Light Asylum lève le voile sur un nouvel album

Peu de groupes peuvent se targuer d'avoir le statut de 'groupe culte', mais c'est clairement le cas pour Light Asylum. Emmené par la voix énigmatique de Sharon Funchess, le projet basé à Portland, dans l'Oregon, a secoué le petit monde de la musique…

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Chroniques

Lali Puna

Our Inventions

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Si la maison Morr a bonne presse, c’est parce qu’elle offre un espace de liberté à ses artistes, dans le domaine de la créativité. A contrario des labels qui se repaissent de grosses vibrations électro, l’écurie allemande privilégie les sonorités léchées, subtiles et sensuelles. Et Lali Puna en est probablement la plus belle illustration. Derrière un sentiment de fausse mélancolie, Valerie Trebeljahr et ses sbires n’en ont rien à cirer de faire transpirer le peuple sur le dance-floor. A l’instar des opus précédent, Lali Puna préfère muscler le cœur et le cerveau plutôt que les mollets. Pas pour rien que les mauvaises langues reprochent à ces ‘snobinards des claviers’ de se complaire dans une certaine forme de masturbation intellectuelle.

Il aura fallu quand même attendre six ans avant que le combo ne décide de refaire surface. Pour reprendre leur périple, là où il l’avait abandonné. Pourtant, si les compos de cet elpee sont à la fois émouvantes et belles, elles semblent un peu datées. Elles baignent même au sein d’un climat terriblement electro-vintage. Comme si le groupe n’était pas sorti de son studio depuis 10 ans, et qu’il était soudainement confronté à la dure réalité de l’évolution. Bref, nonobstant son titre, « Our Inventions » n’invente rien. Une bonne raison pour inviter les cerveaux troués à se focaliser sur des artistes davantage dans l’air du temps. Les autres resteront assis, les jambes en tailleur à s’inoculer, par grosse intraveineuse, cette solution sonore tout en douceur, esthétisme, charme, délicatesse et effervescence…

Kvelertak

Kvelertak

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C’est scandaleux ! Ce groupe risque de prendre une dimension internationale et son patronyme est carrément imprononçable. Vous vous imaginez hurler ‘Kverlertak, Kvelertak, Kverlertak’, au moment du rappel, quand le groupe se produira chez nous, en ‘live’ ? Moi non plus. Pourtant, il va falloir s’entraîner. Parce que, lorsque la Belgique accueillera Kvelertak en concert, il y aura des rappels. C’est garanti !

Nous sommes en 2007 à Stavanger, dans le comté de Rogaland, au sud-ouest de la Norvège. (NDR : le lieu de naissance de l’ex-Theatre Of Tragedy et toujours Leave’s Eyes, Liv Kristine). Six potes décident de former un groupe. Pour se créer un style, les membres de Kvelertak (NDR : ‘kvelertak’ signifie ‘mainmise’ en français) s’inspirent de tout ce qui correspond à leur conception personnelle du rock’n’roll : le punk, le hardcore, le black métal, le heavy métal et le hard rock. Le combo ne se fixe aucune limite. Mais décide d’adopter l’attitude ‘second-degré’ du punk originel, en l’injectant dans chacun de ses titres. Brutale, la musique accroche cependant instantanément. Les paroles sont chantées en norvégien. Le public scandinave adhère immédiatement. Les soutient. A l’instar de quelques stations de radio. Ce qui explique sans doute pourquoi, sans aucun contrat discographique, Kvelertak décroche une place à l’affiche du Roskilde 2009, l’un des plus grands festivals de Norvège. Et que fin de la même année, un deal est signé chez le label Indie Recordings.

« Kvelertak », le premier album éponyme, est un sérieux candidat au titre de meilleur album extrême de l’année 2010, toutes tendances confondues. La signature du groupe est unique. Du métal’punk’n’roll brutal, joué à trois guitares et dont les vocaux hurlés dans la langue maternelle du combo tiennent plus souvent du black métal que du punk. Quant à la musique, elle passe par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel métallico-rock’n’roll. Chaque composition est unique et recèle sont lot de surprises. Chez Kvelertak, un titre peut débuter sur un riff black métal speedé, se réserver un refrain accrocheur et un solo de guitare ‘Guns’n’Rosien’, ralentir dans un style proche du stoner, concéder un break acoustique et se terminer en punk furieux et rageur.

L’artwork sublime est l’œuvre de John Baizley du groupe Baroness. Quant à la production et au mixage, ils sont signés respectivement par Kurt Ballou (Converge) et Alan Douches (Dillinger Escape Plan, Mastodon, Nile). A vous de deviner comment est le son. Un indice ? Il est énorme !

L’album le plus énervé de l’été. On vous aura prévenus.

 

The Keys

The Broken Bridges

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Il y a un peu plus d’un an, nous découvrions « Years are Made of Seconds », le premier opus de Boris Paillard, aka The Keys. L’auteur-compositeur y avait alors démontré un talent certain pour composer des chansons trempées dans le folk’n roll acoustique, style qu’il avait baptisé pour décrire son univers musical. Mais ce qui nous avait surtout marqué, c’était sa voix nasillarde. Constamment au bord de la rupture, elle rappelait même un certain Daniel Johnston.

Toujours autoproduit, son quatrième opus a été enregistré à Montréal (NDR : où l’artiste semble avoir élu domicile). Un disque qui s’inscrit parfaitement dans la lignée du précédent long playing. Le tempo est souvent allègre. Le Toulousain assure toujours les parties de guitare, souffle dans son harmonica et chante. D’un timbre chargé de la même intensité. Il ne partage les vocaux que sur une compo : « Bloodstains on Your Tooth », lors d’un duo qu’il partage en compagnie d’une voix féminine. Une plage particulièrement réussie, il faut le souligner. En outre, ses ami(e)s et sa famille sont à nouveau apporter leur concours. Pour apporter davantage de diversité à la structure instrumentale. A l’instar du morceau maître. De « Rock in This Mountain » également, un titre rafraîchi par les tonalités d’une flûte traversière. Sans oublier la participation de cuivres et d’une contrebasse, discrètement mais judicieusement dispensés…

De toute bonne facture, cette œuvre souffre cependant d’une absence flagrante d’évolution. Serait peut-être temps que Boris Paillard envisage de choisir de nouveaux collaborateurs, quitte à abandonner une partie de son autonomie. Sans quoi, il risque fort de ne plus accrocher que ses irréductibles aficionados… Choix difficile !

 

The Flatliners

Cavalcade

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Sans rigoler, des disques semblables, il en sort quinze à la douzaine tous les mois. Excellents, bien torchés, agréables à écouter, mais pas originaux pour un sou. C’est un peu dommage de le dire, mais, à force d’essayer de s’attirer les grâces des ados rebelles, le punk rock a fini par se mordre la queue. Au point qu’il en devient difficile de distinguer un groupe de l’autre. Est-il donc impossible ne pas sonner comme Green Day, Sum 41 ou Blink 182 ?

The Flatliners est un groupe punk rock originaire de Richmond Hill (NDR : c’est dans la région de Toronto, au Canada). Sa situation géographique constitue d’ailleurs sa plus grande originalité. « Cavalcade », son troisième opus, sorti récemment chez Fat Wreck Chords, est issu du même moule que tout ce que la Californie a pu produire en matière de punk au cours de ces dix dernières années. Des guitares rapides au son un peu trop lisse, des mélodies immédiates et des refrains trop polis pour être rebelles. Un bon disque cependant, mais qui, noyé dans la masse, a bien du mal à se distinguer des autres. Vite écouté, vite adopté et malheureusement, vite oublié.

Evig Natt

Darkland

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En 2003, le bassiste norvégien Stein Sund (ex-Einherjer, Thundra, Throne Of Katarsis) rejoint la vocaliste Kirsten Jørgensen pour former Evig Natt (NDR : Nuit Eternelle). Dans la foulée, le duo recrute Harald Magne Revheim. Cogneur de fûts chez Thundra, il a également milité dans le passé au sein d’Enslaved. Soutenu par quelques musiciens de studio, le trio enregistre, en 2007, un premier album intitulé « I Am Silence », pour le label Omvina Records. Décidé à fonder un groupe à part entière, Evig Natt engage Oskar Naley (chant) et Ruben Osnes (guitare) pour consolider son line-up.

Leur nouvel opus est sorti, il y a peu de temps, sur le label allemand Black Bards Entertainment. Intitulé « Darkland », il permet à Evig Natt d’y réinventer le Doom Death à tendance Gothique qui, au début des nineties, avait fait la gloire de formations scandinaves telles que Theatre Of Tragedy (première période), Trail Of Tears, The Sins Of Thy Beloved et plus récemment Draconian ou encore Swallow The Sun.

A l’écoute de « Darkland », les amateurs de métal ultra plombé, de claviers symphoniques et de duos ‘chant féminin angélique/voix masculines extrêmes’ seront à la fête. Et pour cause : du point de vue de la qualité, ce second opus d’Evig Natt atteint le niveau des meilleures réalisations du genre. Les compositions sont accrocheuses mais ne s’embourbent pas pour autant dans le racolage commercial auquel se livrent certains combos gothiques. Les ambiances sont variées et oscillent de la violence colérique du black métal symphonique à la lourdeur étouffante du doom atmosphérique. Le couple de vocalistes se complète à merveille. Que ce soit dans la langue de Shakespeare ou d’Alexander Kielland.

Evig Natt signe un album de qualité qui rend ses lettres de noblesse à un style malheureusement tombé dans l’oubli depuis quelques années. A checker d’office si vous possédez déjà les albums « Velvet Darkness They Fear » de Theatre Of Tragedy, « Profoundemonium » de Trail Of Tears et « Arcane Rain Fell » de Draconian.

Karen Elson

The Ghost Who Walks

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Jack White est un personnage occupé, on ne le répétera jamais assez. Karen Elson, c’est sa compagne. Elle est également top model britannique. Lors de ses interviews, elle répète à l’envi qu’elle a toujours été fan de musique, eu la chance d’accompagner Robert Plant et chanté au sein Weimar The Citizen’s Band, un collectif new-yorkais qui se consacre au cabaret. Par contre, elle parle peu de White. Et pourtant, ne me faites pas croire que le rockeur de Detroit n’est pas caché derrière la nouvelle aventure de sa nouvelle muse. Mais pourquoi pas finalement ? Car, malgré la tendance (souvent fondée !) à descendre en flammes les acteurs ou mannequins qui se lancent dans la chanson (NDR : tous les goûts sont dans la nature), certain(e)s s’en sortent mieux que d’autres.

« The Ghost Who Walks » constitue donc le premier elpee de la jolie Karen. D’un timbre campant un hybride entre Hope Sandoval et Cat Power, sa voix passe correctement la rampe. Bien sûr, elle ne dispose pas d’un registre aussi complet que celui de Bosque Brown, Alela Diane ou encore Emily Jane White, mais il colle bien à ses compos. Et son écriture aurait pu naître d’une rencontre entre PJ Harvey et Rain Parade, au cours des sixties. D’excellente facture, les morceaux trempent dans un climat essentiellement rural. Folk aussi. Faut dire qu’elle a emménagé récemment à Nashville. Enfin, la légende raconte qu’il lui a fallu plusieurs mois avant de faire écouter ses compositions à son mari. Qui a été immédiatement séduit !

Manifestement, la maîtrise instrumentale des collaborateurs impliqués tout au long de cet elpee est un atout majeur. Ils ne sont pas nés de la dernière pluie ; pensez donc, Rachelle Ramirez (The Citizens Band), Dean Fartita (The Dead Weather) et Jack White en personne constituent un backing group de rêve. Ce dernier se chargeant des drums et de la production.

Les plages de « The Ghost Who Walks » sont solides et variées. « The Truth Is In The Dirt » a probablement été piqué au répertoire des White Stripes. « 100 Years From Now » baigne au sein d’un climat authentiquement cabaret, alors que « Stolen Roses » épouse la forme d’une parfaite ballade folk gothique.

Décidemment, après avoir lancé Meg White et Allison Mosshart, Jack White s’érige en véritable pygmalion ! « The Ghost Who Walks » est un disque très réussi. C’est une évidence, certaines personnes possèdent un don pour transformer en or, tout ce qu’ils touchent. En ce qui concerne Karen Elson, attribuons ce succès à la stimulation artistique active au sein d’un couple disposant de toutes les cartes dans son jeu, pour devenir mythique…

The Dead Weather

Sea Of Cowards

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Il n’a fallu que 10 mois à Jack White, Alison Mosshart, Dean Fertita et Jack Lawrence pour préparer leur seconde attaque. L’opération « Horehound », menée l’été dernier, avait bien causé quelques victimes. Mais devant la résistance des autres, White et Mosshart ont décidé de frapper plus vite, plus fort. Et sans la moindre considération pour cet océan de lâches qui ont tenté, en 2009, de se mettre à l’abri de leurs agissements. La nouvelle devise de la cellule Dead Weather ? ‘Take no prisoners !’ Les quatre guérilleros attaquent de front avec une nouvelle dose carabinée de Garage Blues. The Dead Weather ne sont définitivement pas là pour arrondir les angles. Au contraire, « Sea Of Cowards » est sillonné de recoins aiguisés.

Les intentions bien affichées du quatuor de Nashville ne font d’ailleurs qu’accroître l’intérêt de leur seconde mission. Les morceaux « Die By The Drop », « I’m Mad » ou « Gasoline » valent plus qu’un long discours. Le Dead Weather circa 2010 n’en est plus aux séances de concertation improvisées. L’assaut est désormais réfléchi. Les rafales de « Sea Of Cowards » sont tactiques, huileuses et ininterrompues. Cette fois, les nouveaux Bonny & Clyde ne lèveront le drapeau blanc que lorsque la résistance sera à genoux. En guise de rédemption, ils chantonneront en chœur un « Old Mary » à la mémoire de leurs victimes. Mais dieu sait qu’il ne s’agit qu’une question de temps avant que ces flibustiers ne reprennent les armes. Et s’ils décident de frapper encore plus fort, ça risque de faire mal. Très mal.

Cloé

Hasards de trajectoires

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Avant d’écrire ces quelques lignes, je suis allé m’oxygéner quelque peu dans mon jardin. Et pou cause, après avoir écouté cet album, un sentiment de claustrophobie était occupé de m’envahir. Une véritable angoisse.

Replaçons donc cet opus dans son contexte. Il nous plonge dans le métro de Bruxelles, au cours d’un ‘road movie’, mettant en scène une certaine Lisa (?) vivant et travaillant à Bruxelles depuis 3 ans. Elle observe le comportement des usagers pendant des heures. Dresse l’oreille dès qu’une conversation est entamée. Au GSM, par exemple. C’est dans l’air du temps. Des entretiens qui rivalisent de futilité. Mais qui meublent le décor sonore. Fatalement, elle est aussi observée. Et puis elle réfléchit à son mode d’existence. Au sens à donner à sa vie. Réglé comme une horloge. Au regard des autres. Au stress permanent. A l’embarras face à la mendicité. A la fuite face à la réalité de tous les jours. Qui se résume encore en 2010 à une même formule : ‘métro, boulot, dodo’…

Cloé Defossez avait décroché le prix coup de cœur de l’Académie Charles Cros, en 2008, pour son album « Microclimat ». Dans ces conditions, vous vous doutez bien que les textes (NDR : hormis « So you’re back here », ils sont tous écrits dans la langue de Voltaire) ont une grande importance dans ses compos. Et elle pose ses lyrics, d’une voix intimiste, sur une musique qui oscille entre l’ambient et le trip hop. Une exception qui confirme la règle : « Arts-loi », une plage hip hop au cours de laquelle, le rappeur d’origine marocaine Manza est venu dispenser ses rimes. Accords de piano et de sèche, samplings, boîte à rythmes, bidouillages électro et arrangements entretiennent un climat de malaise et d’oppression tout au long du nouvel elpee de Cloé du Trèfle. Deux bouffées d’air frais quand même : l’excellent « La conductrice » (NDR : Lisa est dans son appart’), une plage dont les accès de cordes apportent un joli relief à la mélodie et puis en final, l’instrumental « Exit ». Caractérisé par son piano allègre, on a l’impression de retrouver la lumière du jour.

Si l’œuvre a été mixée et masterisée par Rudy Coclet aux studios ‘Rising Sun’, le booklet a été réalisée par la dessinatrice Laurence Demaret. Et il est superbe ! En outre, le vidéaste français Fred Vaillant a été invité à mettre cette histoire en scène et en image pour les concerts prévus lors de sa tournée. Une chose est sûre, après avoir écouté cet opus et surtout lu ses textes, vous risquez fort de ne plus jamais emprunter le métro, avec le même état d’esprit…

 

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