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The Far Outs

The Far Outs !

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The Far Outs est un projet monté par le chanteur/guitariste de Grand Atlantic, Phil Usher (NDR : il siège également derrière les fûts chez Screamfeeder et Sounds Like Sunset) et le drummer Johnny Pickance (Blonde on Blonde, Fingerless, etc.) En fait lors de l’enregistrement du dernier opus de Grand Atlantic, plusieurs compos avaient été délaissées, car elles ne collaient pas au style du groupe, qui avait pourtant évolué de l’indie à la britpop. Etonnant, quand on sait que tout ce petit monde est issu de Brisbane, en Australie. Et plus étonnant encore, lorsqu’on écoute le premier elpee de The Far Outs. Puisque dans l’ensemble, l’expression sonore baigne dans le garage. Rappelant très souvent celui des Sonics, circa 1963, un orgue rogné, poussiéreux, s’infiltrant quelquefois dans l’expression sonore.

Instrumental cinématique voire ‘enniomorriconesque’, « Get off my shroud » aurait pu servir de B.O. à un western de Sergio Leone, même s’il emprunte le rythme d’un paso doble. Autre instrumental filmique mais enlevé, « El diablo del mar » se distingue par son intensité électrique et curieusement ses accents flamencos. « Keep away » libère des effluves réminiscentes des Beatles du début des sixties. Aride, « Freight train » adopte un riff qui évoque le « You really got me » des Kinks. Une aridité qu’on retrouve tout au long de « Keen away » et « Hey lkittle girl ». Enfin « Some kind of treason » aurait pu figurer au répertoire des Kills ou des Black Keys.

 

Ali Farka Touré

Voyageur

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Né le 31 octobre 1939 à Kanau et décédé le 7 mars 2006 à Bamako, Ali Farka Touré était un musicien et chanteur malien. Album posthume, « Voyageur » constitue la première sortie de matériel inédit consacré à cet artiste, depuis « Ali & Toumani », paru en 2006. Depuis son village natal, si au bord du fleuve Niger jusqu’à Los Angeles, feu Ali Farka Touré a planté les graines de la world music sur tous les continents. Le son d'Ali Farka Touré a fusionné des styles musicaux traditionnels maliens très appréciés avec des éléments distincts du blues ; ce qui a abouti à la création d'un nouveau genre, connu sous le nom de blues du désert.

Cet opus propose une collection de joyaux capturés à divers moments, pendant une quinzaine d’années, sur la route et en studio, entre les sessions d’autres elpees. Sa compatriote superstar malienne Oumou Sangaré apporte son concours pour trois titres : « Bandoloboourou », « Cherie » et « Sadjona ».

Produit par Nick Gold de ‘World Circuit’ en compagnie du fils d'Ali, Vieux Farka Touré, ce long playing révèle 9 titres originaux.

La voix inimitable d'Ali et son jeu de guitare envoûtant ont tout pour séduire n’importe quel amateur de musique world.

Son premier single, « Safari », se distingue par ses riffs de guitare hypnotiques, véritable signature de l'artiste, des rythmes de calebasse, le tout agrémenté du vrombissement fantomatique d’une flûte peule.

Trois joyaux sont à épingler : les versions acoustiques et électriques de « Sambadio » ainsi que le remarquable « Kombo Galia ». Des grooves épurés et envoûtants dans le style Sonrhaï aux chœurs hymniques des pêcheurs, en passant par les rythmes palpitants des chasseurs, à l’instar de « Malahani », chargé de guitares et de luths comblés de réverbération, « Voyageur » est une œuvre indispensable pour tout fan de world music.

Anita Farmine

Seasons

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De père Iranien et de mère française, Anita Farmine a fui son pays natal, à l’âge de 5 ans pour rejoindre l’Algérie. Deux années plus tard, la famille débarque en France. Anita prend goût à la musique et commence à suivre des cours de chant lyrique et de piano classique avant même qu’elle et les siens partent s’installer à Orléans. Elle y poursuit son cursus, mais ce n’est qu’à 24 printemps, qu’elle décide de se lancer dans la chanson, intégrant différentes formations. En 2014, elle publie son premier elpee solo, « From Above”, puis « Next », en 2017. « Seasons » constitue donc son troisième opus. 

Ces déracinements ont eu une influence majeure sur l’auteure-compositrice-interprète, dont les chansons mêlent les styles, les langues (anglais, persan, français) et les cultures. Instrumentation traditionnelle (karkabou, dayereh ou encore inuk), synthés et même électronique alimentent des morceaux, cependant dominés par des sonorités persanes ou issues du Maghreb, et surtout illuminés par la superbe voix d’Anita Farmine.

Propice aux rêves de voyages exotiques, cet univers sonore est riche et coloré, mais aussi enchanteur…

Mylène Farmer

Interstellaires

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Ce qui impressionne chez Mylène Farmer, c’est la déferlante médiatique qui booste chaque sortie d’album et le succès populaire qui en découle !

Elle fait partie de cette poignée de chanteuses qui vendent le plus de disques, dépassant même allégrement la barre des 30 millions d’exemplaires. Est-ce pour autant un gage de talent ?

La double force artistique de cette femme, c’est sa capacité à créer un émoi substantiel suscitant curiosité et désir, d’une part, et le fait qu’elle parvienne à entretenir un univers bien à elle, singulier et mystique à la fois, d’autre part.

« Interstellaires » s’inscrit à la fois dans cette mythologie et dans une politique volontariste de changement !

En effet, l’univers planant, qui constitue sa marque de fabrique, est toujours bel et bien présent ! Producteurs et agents artistiques attisent les braises encore brûlantes de ses précédents succès !

Choix judicieux par contre, c’est le départ de Laurent Boutonnat, son complice de toujours, prié de faire ses valises illico presto. La rouquine a préféré le producteur pop, Martin Kierszenbaum (Natalia Kills, Robyn, Lady Gaga…), boss du label Cherytree Records. Sans oublier, The Avener (réalisateur du premier single extrait de l’album et Matthew Koma (Zedd, Tiesto…) pour compléter l’équipe.

Un mal pour un bien ?

Clairement, cet opus est plus épuré, doux et fragile. Exit, les gros sons inutiles qui, jadis, polluaient l’expression sonore ! La voix cristalline et les envolées lyriques langoureuses et sensuelles sont davantage mises en exergue ici.

Le son est plus pop ! Paradoxalement aussi moins estampillé variétés ! On est donc loin du manichéisme commercial de ses débuts !

Exception faite évidemment du duo avec Sting pour « Stolen Car », un morceau destiné sans doute à conquérir un marché international ; c’est une prise de risque qu’il faut souligner !

Même si l’absence de gros tubes se fait sentir, ce disque offre tout de même un éventail de belles chansons cohérentes et homogènes.

Epinglons à ce sujet, la reprise particulièrement réussie d’un titre phare de Cheap Trick, « I want you to want me ».

La noirceur des textes d’antan fait aujourd’hui place à un horizon bleu azur, à peine voilé par de rares nuages.

Se sentirait-elle enfin apaisée retrouvant ainsi une certaine forme de paix intérieure et de sérénité ?

Sans doute, le signe que la chanteuse sait encore surprendre, sans pour autant provoquer de séisme…

 

And So I Watch You From Afar

De vraies piles électriques !

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Ce mercredi 6 mai, le Vk* accueille en son sein And So I Watch You From Afar (ASIWYFA). Originaire de Belfast, la formation vient de publier son nouvel opus. Il s’intitule "Heirs". Et elle est venue le défendre. Fidèle au public noir-jaune-rouge, elle se produit en Belgique, quasiment tous les quadrimestres. D’ailleurs, celles et ceux qui ont manqué le set de ce soir, pourront revoir le band dans le cadre du festival de Dour, le 19 juillet prochain.

Pour assurer le supporting act de sa tournée européenne, le groupe a choisi Henry Kohen aka Mylets. Un artiste américain qui est hébergé sur le même label, Sargent House. Et c’est une excellente idée. Ce prodige de la guitare a publié récemment son premier elpee. Un disque dont la musique oscille entre noise et post math rock. Il monte sur l’estrade vers 20 heures. Malgré ses 20 printemps, il ne semble pas du tout impressionné par un auditoire à moitié rempli (ou vide selon). Pendant une heure, il va tenir public en haleine grâce à des compos bien ficelées et bluffantes de maîtrise. Et celle sur sa six cordes l’est tout particulièrement. Une excellente découverte pour une soirée qui débute parfaitement.

Vers 21h, les lumières s’éteignent. Le Vk est à présent bien garni et on sent la température monter de quelques degrés. Les deux gratteurs prennent place aux extrémités du podium, tandis que le bassiste (un barbu imposant par sa stature), s’installe au centre, devant le batteur. Dès les premières notes, pas de doute, le son est toujours aussi caractéristique. Et ce math/rock caoutchouteux fait instantanément mouche. Le headbanging peut commencer… ASIWYFA livre d’abord plusieurs morceaux tirés de son dernier LP. Et franchement, ils tiennent la route. Les Irlandais du Nord n’ont rien perdu de leur fougue et de leur énergie. Les guitaristes seraient-ils atteints d’hyperkinésie ? Une chose est sûre, lorsqu’ils ne bondissent pas, ils courent d’un côté à l’autre de la scène tout en enchaînant les solos. De vraies piles électriques ! On se demande également comment le batteur parvient à pilonner ses fûts à une cadence aussi frénétique. Et parfois pendant dix bonnes minutes. En outre, il crée une interactivité avec la foule, notamment lorsque les compos recèlent des chœurs, des exercices de style qui correspondent parfaitement au contexte. Pendant l’heure et demie de concert, l’intensité ne faiblira jamais. Toute personne normalement constituée se serait effondrée après 60 minutes de combat. Au cours duquel tous leurs meilleurs titres y passeront. Et si les spectateurs en ont eu pour leur compte, ils en réclament encore…

And So I Watch You From Afar possède la classe des groupes capables de transcender ses compos en ‘live’. Et le combo a bien compris ce que les mélomanes attendent d’eux sur les planches…

(Organisation Vk*)

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Pokey Lafarge

Live in Holland

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Pokey Lafarge et ses musicos nous viennent de St Louis, dans le Missouri. Ils pratiquent ce que l'on appelle de l'americana, une musique qui reflète les diverses traditions de ce grand pays tout en rencontrant à la fois country, blues, ragtime, jazz et western swing. De son véritable nom Drew Heissler, Pokey ne se contente pas d’adapter le répertoire de ses ancêtres. Il privilégie même ses propres compositions. La musique est exclusivement acoustique. Pokey confesse pour influences majeures Jimmy Rogers, Blind Boy Fuller et Bob Wills.

Son premier album remonte à 2007. Il s’intitule "Marmalade". L’année suivante, il grave "Beat, move & shake". Deux œuvres commises en solitaire. C’est en 2009 qu’il décide de s’adjoindre un groupe. En l’occurrence le South City Three. Soit trois musiciens locaux. C’est-à-dire le guitariste Adam Hoskins, le contrebassiste Joey Glynn et l’harmoniciste/percussionniste Ryan Koenig. La formation se produit dans de nombreux festivals, dont le Newport Folk Music, mais également un peu partout en Europe. En 2010, le groupe publie "Riverboat soul" et "Middle of everywhere" en 2011.

Il était temps que le quartet immortalise une prestation ‘live’. Et pour concrétiser ce dessein, le combo a choisi les Pays-Bas. En avril 2012, il a donc décidé d’investir une partie du complexe aménagé au célèbre Paradiso à Amsterdam, pour se produire face à une assemblée acquise à sa cause. Entraînante et bien rythmée, la musique de Pokey et ses potes baigne dans un climat de bonne humeur. Certains la compareront volontiers à celle des gitans. Si vous appréciez Django Reinhardt, vous devriez facilement succomber aux jeux de cordes subtils, manouches, dispensés par le leader et Adam. Ryan a également droit au chapitre et souffle toute sa ferveur dans son harmonica. Fort bien d'ailleurs. Notamment sur "Can't be satisfied" et "Fan it". Il y étale toute sa maîtrise. Western swing, "Brick thieves" ne manque pas de charme. On y revoit les images de ces chemins poussiéreux empruntés jadis par les cow-boys sur leurs montures au galop. Un petit coup de mirliton vient égayer "Claude Jones". La présence d’un violon ou d’un un piano barrelhouse aurait certainement été judicieuse. Surtout pour pénétrer dans l’univers du western swing. Néanmoins, cet opus est de toute bonne facture. Finale particulièrement country blues, "La La Blues" en est une autre démonstration.

 

Billy C. Farlow

Alabama Swamp stomp

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Billy est originaire de l'Alabama ; mais au cours de sa jeunesse, sa famille a énormément bourlingué, passant par l'Indiana et le Texas, avant d’atterrir à Detroit, au début des 60s. Il y rencontre le roi de la scène blues locale, Mr John Lee Hooker en personne. Mais également James Cotton, alors accompagné par le batteur Sam Lay. Lorsque ce dernier fonde son propre combo, Farlow a l'immense privilège de succéder à Little Walter au poste d'harmoniciste. Le légendaire Walter venait en effet de décéder tragiquement, en 1968.

L'année suivante, Billy rejoint Commander Cody and the Lost Planet Airmen. Toute l’équipe s’installe à San Francisco afin d’y jouer leur cocktail de country et de rock'n'roll! L’aventure du groupe cesse en 76. Billy monte alors son band personnel. Dans les années 80, il entame une longue collaboration avec Fred James, guitariste chanteur et producteur issu de Nashville. De cette coopération naîtront cinq elpees. Plus tard, notre souffleur se joindra au vieux bluesman Homesick James, mais aussi le compositeur Bleu Jackson avant de retrouver Sam Lay, en compagnie duquel il publiera trois albums pour le label italien Appaloosa.

Plus récemment, Farlow a reçu le concours de Mercy, un trio français créé au début du siècle qui compte deux elpees à son actif : "Tribute to Slim Harpo" et "Magic". Ils se sont rencontrés à San Francisco, en 2006. Et ont décidé de tenter l’aventure ensemble…

Billy C. chante « Snake eyes » d’une voix nasillarde et relativement ravagée, une voix talonnée par la guitare de Jean-Paul Avenalleda. La musique puise son inspiration dans les marais louisianais. Son climat humide et blafard. Ses lueurs en demi-teinte. C’est dans ce contexte que « Runnin’ from the fire » est déclamé d’une voix grave. Cap vers l’Alabama. Au cœur d’une nuit sombre et pluvieuse, Jean-Paul injecte de la reverb dans ses cordes pour attaquer « Magnolia darlin’ ». « Drive me like a mule » baigne plutôt dans une ambiance Chicago blues. Le souffle propulsé par Farlow dans son harmonica chromatique est saccadé. Le rythme est soutenu. Les accents métalliques d’un dobro introduisent « Good rockin’ mama ». Billy souffle comme un désespéré sur ce pur blues Delta blues ; et on ressent énormément de vécu dans sa voix quand il nous conte la rencontre avec cette rockin’ Mama ! Stéphane Avellaneda imprime le tempo ferroviaire de « Tennessee Saturday night ». « My name is trouble » ne respire pas la joie ; faut dire que cette compo narre une aventure de l’artiste qui s’est retrouvé en taule après un périple en bus Greyhound. Le climat est lourd, intense. Poisseuse, la slide parvient néanmoins à s’extraire de cette torpeur. Farlow est toujours englué dans les bayous louisianais sur le lent, énigmatique et très expressif « What have I done ? » Un week-end de fête s’annonce sur les routes. L’explosif « Juke Joint Friday night » nous le rappelle. Le style de Billy C. est très personnel. Difficile de déceler une influence majeure chez ce souffleur. Une chose est sûre, il est très à l’aise sur son instrument chromatique. Il se démène comme un vieux rocker sur « Alligator crawl ». Il reprend le chemin de la Nouvelle-Orléans. Mais il ne parvient pas à échapper à l’atmosphère étouffante qui baigne son environnement. Il est même au bord de l’anoxie sur « Yella Pocahontas » et « Black Lazarus ». Nous sommes en Louisiane. L’opus s’achève alors dans le zydeco. Un moment de fête propice à la joie communicative reproduite par « Wild about you » (Trad : Je suis fou de vous). Excellent ! 

 

Fanfarlo

Rooms filled with light

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Ils ne sont pas canadiens, mais britanniques. Encore que le vocaliste principal est suédois, mais s’est établi à Londres. Bref, si vous aimez Arcade Fire, vous devriez apprécier Fanfarlo. La musique est pourtant différente, en général plus allègre, mais aussi riche en instrumentation (NDR : outre la structure de base et les gadgets électroniques, on y retrouve violon, mandoline, xylophone, scie musicale, trompette, piano, glockenspiel, melodica, mandoline, saxophone et clarinette). La comparaison irréfutable nous vient de Simon Balthazar, dont le timbre est très proche de celui de Win Butler. Les quatre autres musicos assurent les backing vocaux à des degrés divers.

Bien équilibré, l’opus recèle quelques petites perles. A l’instar de « Replicate », balayé par un violon judicieux, de l’enlevé « Deconstruction », caractérisé par sa basse propulsive et ses cordes staccato. Du cuivré « Tunguska », mais dans l’esprit d’un Beirut. De « Lenslife », dont le refrain luxuriant (ces arrangements !) contraste avec le couplet minimaliste (Talking Heads ?) Du latino « Feathers ». Et puis du remarquable et entraînant « Tightrope », tramé sur une ligne de basse irrésistible. Dommage que le dernier quart de l’elpee soit moins percutant.

Et pour que votre info soit complète, sachez que mis en forme par Ben H. Allen (Deerhunter, Animal Collective), « Room filled with lights » constitue le second opus de Fanfarlo. Il fait suite à « Reservoir », paru en 2009.

 

Geoff Farina

The Wishes of the Dead

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Depuis plus de 20 ans, Geoff Farina s’est illustré au sein de groupes indie cultes et dans des styles différents, que ce soit le math-rock de Karate ou le folk de The Secret Stars. En outre, l’artiste a également entamé une carrière solo, il y a quelques années. Mais en règle générale, tout effort en solitaire implique un passage par la case acoustique. Et le Chicagolais ne déroge pas à la règle…

« The Wishes of the Dead » constitue le premier album solo de Geoff Farina depuis 6 ans car, entretemps, le vétéran est devenu prof de musique à l’Université DePaul à Chicago. Ses nouvelles compositions ont été enregistrées le long de la rivière Kennebeck (dans le Maine) et la culture locale influence son écriture : « Hammer and Spade » raconte les batailles des premiers habitants de la région pour leur survie et « Scotch Snaps » son voyage pour dénicher des musiciens dans de petits festivals bluegrass régionaux. Mais, l’Américain ne se limite pas aux frontières du Maine et s’ouvre au monde sur « Prelapsarian » qui relate la vie à travers les yeux d’une droguée ou « Prick Up Your Ears » qui décrit la peur des habitants d’une petite ville face au départ de leurs proches pour partir à la guerre en Irak ou en Afghanistan…

Côté musical, pas de fioritures, Geoff Farina opte pour une instrumentation au plus près de l’os. Sa voix grave rappelle tantôt Leonard Cohen ou Tony Joe White et son toucher de guitare est inspiré du picking cher au ‘Piemond Blues’, technique assimilée auprès des vieux briscards du cru…

Une œuvre austère et digne qui atteint son sommet sur le magnifique « Twilit ».

 

Farewell Poetry

Hoping for the Invisible to Ignite (cd + dvd)

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Farewell Poetry risque fort d’être taxé de Godspeed You Black Emperor ! hexagonal. Motif ? le magnifique crescendo observé tout au long d’« As True as Toilus », une compo digne de la quintessence du post-rock de la formation mythique canadienne. Mais a contrario des activistes du « Miles End » montréalais, le combo français accorde un soin tout particulier aux lyrics. Signé Chaucer, le fameux morceau mis en exergue ci-dessus est ainsi inspiré d’un texte du XIVème siècle. Des textes exprimés dans la langue de Shakespeare, cependant pas toujours facile à bien cerner, le collectif australo-parisien cherchant paradoxalement, avant tout, à mettre en exergue sa poésie à travers la musique.

‘Œuvre totale’, « Hoping for the Invisible to Ignite » est partagée entre deux disques. Un cd et un Dvd. L’artwork est soigné et particulièrement travaillé. Le line up réunit des musiciens parisiens et la poétesse-réalisatrice Jayne Amara Ross, issue des Antipodes. Ténébreuse et mélancolique, sa muse est teintée de couleurs automnales. Longs et sinueux, les compos baignent dans un climat intense et passionnel. A l’instar du second morceau, « All in the Full, Indomitable Light of Hope ». Une compo atmosphérique, mélancolique, parcourue d’accès de violons et illuminée d’arpèges de cordes cristallins, qui s’étend sur dix-sept minutes. A vous flanquer des frissons partout !

Et le Dvd est un complément remarquable du cd audio. Une expérience encore plus bouleversante, vécue lors de la vision du film surréaliste tourné en noir et blanc (bien entendu !), réalisé par Jayne Amara Ross. Une bien belle œuvre, très inspirée, au sein de laquelle il est néanmoins indispensable de s’immerger totalement afin d’en goûter toutes les saveurs…

 

Chris Brokaw and Geoff Farina

The angel's message to me

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A l'écoute de cet album, je ne peux que me remémorer les journées vécues chez tante Gertrude, quand enfant, je devais passer des heures entières à contempler le soleil briller dehors, assis sur une chaise avec comme consigne de ne pas bouger, et ne pas faire trop de bruit. Bref, de veiller à canaliser toute cette énergie qui ne demandait qu'à s'extérioriser. Alors, mes yeux se mettaient en quête de trésors et autres passages secrets éventuellement enfouis derrière telle ou telle pièce du vétuste mobilier familial. Patiemment, j'auscultais chaque recoin, et mon imagination prenait le dessus. Et ces terribles heures d'ennui inéluctables se transformaient doucement en palpitantes découvertes.

C'est qu'à la première écoute, « The angel's message to me » ne procure guère plus de frissons. En découle une impression commune à mes souvenirs. Celle d'une probable et inévitable lassitude qui gagnerait bientôt mes sens déjà engourdis. La première audition me laisse de marbre, passe en arrière-plan dans mon subconscient. Et n'y laisse guère de traces. A priori. Sauf que... Quelques heures plus tard, j'y retourne. Et là, jaillit cette petite étincelle au fond de mon âme d'enfant. Mes oreilles prennent aujourd'hui le relais de mes yeux, et se mettent aux aguets, sondant chaque parcelle de cet album.

Chris Brokaw (ex-Come, ex-Codeine, etc.) et Geoff Farina (ex-Karate, ex-Secret Stars, etc.) n'ont rien à prouver et ne recherchent pas l'esbroufe. Ce recueil de reprises de standards oubliés du blues, le véritable Blues, celui dont les racines s'étendent sous les 'chants' de coton, ils l’ont concocté pour leur propre plaisir avant tout. Soudain, un sentiment de culpabilité m'envahit. J'ai failli lyncher cet elpee, le jeter aux orties sans ménagement. Sans doute ne pas y revenir. Après la deuxième écoute, je commence à m'y attacher. Je sonde plus avant. La poussière s'envole dans un rai de lumière et les ombres dansent sur les murs, découvrant des pans jusque là dissimulés. Des vastes passages s'ouvrent ci et là. Je m'engouffre avec délectation dans cet univers onirique. Je vogue sur le Mississippi.

Ces douze reprises du folklore sudiste mettent en valeur aussi bien la richesse de ces compositions originales que le talent des deux protagonistes. Tout en réserve, ils rendent hommage à ces pionniers d'une musique américaine qu'on aurait tort de trop vite ranger au grenier, sous le vieux gramophone de tata. Mises sous un jour nouveau, ces pépites oubliées retrouvent tout leur éclat. Avec douceur, espièglerie, et sans nostalgie passéiste. Simplement.

Le soir tombe, maman enfile son manteau. Il nous faut nous en aller. Je souris. J'ai passé une bien belle journée.

Axel and The Farmers

Axel and The Farmers

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Quel type de musique pourraient donc bien cultiver Axel et ses amis fermiers ? Ces jeunes agriculteurs emblavent une pop fertilisée en Albion, et en particulier chez les Beatles. Conduite par Axel Concato, cette équipe française avait l’intention de semer son grain dans la terre du Sussex voire du Kent. D’ailleurs, Axel –un multi-instrumentiste– avait déménagé à Londres, dès l’an 2000, pour engager ses ‘Farmers’. C’était en 2004. Mais les semis n’ont guère poussé ; aussi, il est retourné à Paris, l’année suivante, afin de se consacrer à la production (NDR : dont l’album des Hush Puppies) tout en embrassant une carrière de mannequin ! Le virus de la musique est cependant toujours bien présent, et Axel recrute une nouvelle équipe de fermiers. En 2008. Au sein de laquelle on retrouve le claviériste Arno Van Colen, le bassiste Sébastien Dousson ainsi que le batteur Romuald Deschamps. Lors de son séjour au sein de la capitale britannique, Axel avait sympathisé avec Mark Garderner, le leader de Ride. C’est d’ailleurs lui qui avait mis en forme, leur premier Ep. Et il remet le couvert pour ce premier opus.

Verdict ? La qualité de la récolte est indéniable, mais maque cruellement de saveur. C’est propre, parfaitement exécuté et impeccablement produit. Mais l’aspect mélodique a été trop négligé. D’ailleurs, les compos sont bien plus convaincantes, lorsque le tempo s’accélère, lorgnant alors carrément vers l’univers de Ride ou de Pulp. A l’instar de « Dance Hall » et de « Kids ». Ou alors quand les arrangements frôlent la perfection. Et je pense tout particulièrement à « Dream #7 ». Le reste m’a laissé sur ma faim. Et « Bottle of Rain », planté au sein d’une pop psyché bien trop indolente, en est la parfaite illustration. Bref une petite  déception pour Axel and the Farmers qui devra se contenter de glaner, plutôt que de moissonner…

 

Fehlfarben

Glücksmaschinen

Écrit par

Souvenez-vous, en 1982, « Ein Jahr (Es geht voran) » cartonnait au sein des charts internationaux. Une compo issue du premier elpee de Fehlfarben, « Monarchie und Alltag », paru deux ans plus tôt. Depuis, la formation allemande (NDR : fondée à Düsseldorf, en 1979) n’est plus jamais parvenue à renouer avec le succès. Changements de line up, séparations, reformations, ont même émaillé le parcours du combo, au cours des trois dernières décennies. Peter Hein, le leader et vocaliste, s’était même barré pour embrasser une carrière individuelle, à l’issue de la sortie de ce long playing. Pour revenir au bercail, en 2003.

« Glücksmaschinen », le nouvel album de la formation germanique, recèle une compo qui vaut son pesant d’or : « Neues leben ». Digne de leur hit du début des eighties. Tout y est : la fureur lyrique, le groove de la ligne de basse et les pulsions électro industrielles. Sans oublier les lyrics qui traitent de la situation socioéconomique contemporaine. Des thèmes qui alimentent d’ailleurs la plupart des textes de ce disque. Malheureusement, le reste de la plaque fait un peu pâle figure. Il y a bien encore le titre maître, dansant et mélodique, qui nous replonge dans l’univers post/punk (NDR : ou new wave, si vous préférez). Ou encore « Vielleicht leute 5 », caractérisé par son clavier vintage et ses accès de basse ténébreux, cold, même s’il est quelque peu gâché par des interventions vocales, un peu trop approximatives. Voire le final « Respekt ? », rappelant que les musiciens de Fehlfarben sont toujours des inconditionnels du Clash (NDR : et certainement du classique « The magnificent seven »). Un Ep aurait suffi !

 

Axel and The Farmers

Dream # 7

Écrit par

Axel Concato est Normand. Un multi-instrumentiste qui s’est exilé en Angleterre. En 2001. Il a vécu à Camden, puis à Londres, militant notamment au sein des White Russians. Puis, deux ans plus tard, en compagnie de son pote Barth, pour lequel il a participé à la confection de deux de ses albums, ainsi que de quelques musiciens locaux, il décide de fonder Axel & The Farmers. Apparemment, pas trop satisfait du résultat (NDR : c’est un perfectionniste !), il rentre à Paris dès 2005. Et remonte le combo. Barth, est toujours de la partie, mais les autres musicos sont français. Mais lors de son périple aux Iles Britanniques, il a sympathisé avec le leader du défunt Ride, Mark Gardener. Auquel il a demandé de mixer et de produire son futur album. Un disque qui devrait paraître début 2010. En attendant, l’ensemble hexagonal nous propose cet Ep 4 titres qui tire un peu dans toutes les directions.

Uptempo, le morceau d’ouverture, campe une mélodie contagieuse réminiscente de Lloyd Cole et de ses Commotions, malgré l’omniprésence de nappes de claviers. La basse pulsante qui canalise « Red nose » nous replonge dans l’univers mancunien de la house. Pensez aux Stone Roses et à Happy Mondays. Mais le plus étonnant sur cette plage procède du baryton profond d’Axel, alors très proche de Guy Chadwick (House of Love). « Lamp post lighter » est une reprise acoustique signée Mark Gardener. Et elle est superbe ! Enfin, remix electro pop naviguant quelque part entre Depeche Mode et John Foxx, « Caress of blonde » propage des effluves 80’s particulièrement prononcées. Suivant la formule consacrée, on devrait en savoir plus lors de la sortie de l’elpee ; mais au vu du contenu de ce disque, on pourrait connaître une excellente surprise…

Faris Nourallah

Gone

Écrit par

Faris Nouralah a un gros souci. Il ne peut concevoir un morceau sans être sûr qu’il soit parfait. Sans l’assurance d’avoir formulé précisément les sentiments nécessaires à sa conception. Ce qui explique pourquoi, à nouveau, il a découpé, allégé, recomposé, collé et trifouillé malicieusement toutes les plages de son dernier album. Pour les rendre, une fois de plus, par cette démarche, simples et efficaces. Tant puissantes que précises, les munitions de son artillerie visent juste la cible choisie, et frappent sans attendre. « Gone » constitue le cinquième opus en cinq ans de Faris Nourallah et le premier album distribué par Blog Up Musique. Tissée à l’aide de bouts de ficelles, la toile sonore réunissant les treize morceaux de cette œuvre ressemble à un laboratoire clandestin. Les sons semblent posés de manière distraite mais se révèlent très vite, pernicieusement disposés à des endroits stratégiques de l’émotion. Loin du cliché texan, l’Américain à troqué son stetson contre une aura proche du mysticisme. Décrochant par la même occasion le soutien d’un public croissant de jour en jour. Songwriter talentueux et productif, Faris propose selon sa bonne habitude un son pop, riche, entraînant et apaisant à la fois. Non content d’émouvoir musicalement, l’artiste a décidé de renoncer à ses royalties et chargé Blog Up Musique d’en reverser l’intégralité à deux ONG : ‘KNK’ (Kokkyo naki Kodomotachi) et ‘Enfants Sans Frontières’. Deux raisons particulières pour s’enquérir rapidement de « Gone » : la première étant la qualité et la deuxième l’humanisme. Un parfait duo qui motivera votre écoute.

Ali Farka Touré

Savane (1)

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Feu Ali Ibrahim Touré est né 1939. Au Mali. Le long du fleuve Niger. Dans le village de Kanau, très exactement. Il avait reçu le surnom de "Farka" (NDR : traduction ‘âne’, symbole de la force et de la résistance physique), car il était le premier des dix enfants de la famille à avoir vécu jusque l'âge adulte. Très jeune, il s'installe à Niafounké, une bourgade sise à 200 km au sud de Tombouctou. Il en deviendra le maire. Ali s'est éteint en mars dernier. Il était atteint d’un cancer des os. Ali n'a pas fréquenté l'école. Il est devenu chauffeur de taxi, mais s’intéressait surtout à la musique. Il jouait de la guitare et plusieurs instruments traditionnels, tels le ngoni, le luth à 4 cordes, le njarka, le violon populaire ou encore le gurkel, petite guitare à une corde. Le Mali fête son indépendance en 1960 et Touré devient musicien professionnel. A la fin des années 60, il découvre la musique noire américaine et bien entendu le blues. Il est séduit par John Lee Hooker. En 1976, il commet son premier album "Farka". En 1987, il tourne en Europe et se produit à Wembley devant 18.000 personnes. Il se rend ensuite aux Etats-Unis et au Japon. Il signe chez World Circuit et grave un album éponyme. Puis "The river" en 1990 et "The source" en 91, flanqué de Taj Mahal. Il devient l'une des vedettes majeures de la World Music. Paru en 1993, et concocté en compagnie de Ry Cooder, "Talking Timbuktu" remporte un très gros succès. Réunissant des enregistrements antérieurs, "Radio Mali" est édité en 1996. Mais un an plus tard, il se retire chez lui, à Niafounké, pour se consacrer à l'agriculture. Il n'abandonne cependant pas définitivement la musique, puisqu'il aligne encore "Niafunke" en 99 et "In the heart of the moon" en 2005, avec le joueur de kora Toumani Diabaté. Pour cet elpee, un Grammy Award leur sera attribué ! En 2004, le réalisateur Martin Scorcese filme Ali dans un documentaire intitulé "Du Mali au Mississippi".

"Savane" constitue donc son album posthume. L’étiquette ‘le roi des chanteurs du blues du désert’ y a été apposée. Sur la pochette, Ali est assis sur un ‘rocking chair’. Sous les rayons d'un soleil que l'on devine brûlant, sa pose est nonchalante. Si la musique est qualifiée de ‘blues du désert’, c'est dans le sens le plus large du terme qu'il faut le comprendre. Balayé par le sable du désert malien, mais hydraté par le fleuve Niger, cette musique africaine est imprimée immuablement sur une rythmique hypnotique et entretenue par les cordes des ngonis, des njarkas et autres percussions. Des motifs répétitifs sur lesquels viennent se greffer l'harmonica de l'Anglais Little George Sueref (ex- Big Joe Louis & the Blues Kings) et le saxophone de Pee Wee Ellis (ex-James Brown Band). Ces deux musiciens opèrent le trait d'union entre le folklore malien et le blues tout au long du puissant titre d’ouverture "Ewly". Touré le chante d’une voix chaude qui ressemble étrangement à celle de John Lee Hooker. "Yer bounda fara" nous plonge davantage dans la culture indigène. Farka rejoint les voix des chœurs masculins. Tout comme sur "Sopa". La guitare adopte une ligne répétitive pour "Beto". Elle est suivie par le saxophone d'Ellis. Mais pour la circonstance, des voix féminines répondent au maître du désert. Enfin, d’une grande pureté, le titre maître met les cordes à l'honneur. Le rythme épouse imperceptiblement celui du reggae. Il provoque une certaine transe. Ali y improvise des mots dans la langue de Molière. "Penda yoro" rapproche davantage Touré du blues, en traçant, d'une certaine manière, un axe Niger Mississippi. Les deux grands fleuves entonnent des chants tribaux soutenus, par les inévitables percus. Sueref, le ngoni démoniaque de Ledi Coumbe, verse des larmes. Les cordes fiévreuses d’Ali entrent en éruption. Une nouvelle fois, "Machengoidi" nous entraîne dans un monde imaginaire fouetté par le blues des sables. Le motif rythmique y véhicule des chants plaintifs. Face à un ngoni dont la tonalité est empruntée à la basse, les poumons de George Sueref libèrent les notes d’un harmonica empreintes d’une grande tristesse. Cette conjugaison de sonorités opérées tout au long de "Ledi Coumbe" apporte du relief à cette plage à la richesse insoupçonnée. "Savane" poursuit son périple à travers les diversités des sons et des rythmes ainsi que des constantes imposées par l'ensemble. En finale, "Njarou" enfile de petites perles sur des cordes, des perles subtilement nacrées de jazz africain… Excellent!

Ali Farka Touré

Savane (2)

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Avant de quitter le monde des vivants, le griot Ali Farka Touré a trouvé l’énergie pour terminer ce qu’il considérait comme son meilleur disque. Une œuvre pétrie dans le blues rural qui cherche à perpétuer les mythes et croyances des différentes populations du Mali, leur folklore agricole, le culte des défunts et la désertification de la savane (sur la magnifique plage titre). Hormis le sax de Pee Wee Ellis (désormais habitué des sessions chez World Circuit) et l’harmonica de Little George Sueref, l’instrumentation largement traditionnelle est ici conviée pour illustrer la musique aride et hypnotique de « Savane ». Un disque assez long qui ne reproduit pas la magie de « In The Heart of the Moon », concocté l’an passé en compagnie de Toumani Diabaté. Cependant, il constitue une synthèse des nombreuses expériences musicales opérées par Ali dans le passé. Il faut croire qu’il a voulu laisser une trace documentaire des folklores étudiés au cours de son existence de griot, avant que l’oubli ne commence à produire inexorablement ses effets… Pas toujours aisé d’écoute mais précieux, « Savane » devrait trouver un écho particulier chez ceux qui ont été fascinés par les volutes guitaristiques des bluesmen du Mississippi.

Faris Nourallah

Near The Sun - The Best Songs of Faris Nourallah

Il y a trois ans, on découvrait la soft-pop de Faris Nourallah, et avec elle tout un pan du songwriting anglo-saxon, de Bill Fay à Ray Davies. Voilà un type qui savait trousser de jolies mélodies folk, en apparence altières et optimistes, mais écorchées aux entournures… Si le soleil brillait sur ces chansons douces-amères, il menaçait aussi de les carboniser, à force de trop d’exposition. Trois albums plus tard (« I Love Faris », « Problematico », « King of Sweden »), Faris Nourallah n’est toujours pas une star. Comprenne qui pourra à l’écoute de ces 20 titres ici compilés, ses ‘meilleurs’, et c’est vrai qu’ils arrachent. Rien que ces deux plages qui ouvrent et ferment la marche, « A Famous Life » et « The Road », donnent envie de répéter qu’on l’aime, ce vieux Faris. Et le reste, pour une introduction, mérite qu’on s’y attarde. C’est déjà ça de pris, à l’heure où l’industrie du disque préfère le prêt à consommer. Faris Nourallah pourrait ne pas connaître la consécration, et sa musique rester quasi confidentielle… Mais les ‘trésors cachés’ ne servent à rien s’ils restent enfouis sous terre. Encore un peu de patience, et peut-être qu’un jour on louera Nourallah, sa musique, son œuvre magnétique. Lumière, nous sommes à tes côtés.

 

 

Ali Farka Toure & Toumani Diabate

In The Heart Of The Moon

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On ne présente plus Ali Farka Touré, maire de la ville de Niafunké au Mali et surtout guitariste magnifique. Il s’est associé à une autre pointure de la musique malienne, le joueur de kora Toumani Diabaté. Ensemble ils revisitent des traditionnels maliens et composent quelques nouveaux morceaux où l’improvisation se taille la part du lion. Un album instrumental tout simplement lumineux et émouvant qui s’écoute comme on boirait de l’eau fraîche et pure dans le désert du Sahara, à 12h30. Chaque chanson est une gorgée d’eau qui nous ramène un peu plus à la vie, nous fait voir les choses sous un meilleur jour. La production de Nick Gold est exemplaire de sobriété et les rares instruments qui viennent quelquefois soutenir les deux maîtres ne sont jamais décoratifs. Quand on pense que le disque a été enregistré en trois sessions de seulement deux heures… Que dire de plus ? Que « Heart of the Moon » recèle les plus belles choses entendues cette année et que ce serait une grave erreur de passer à côté… Go and check it out baby !

Faris Nourallah

Problematico

Nous avions découvert Faris Nourallah, l’année dernière, lors de la sortie d’un premier album doté d’une richesse mélodique étonnante : « I Love Faris », un titre qui très vite devint une certitude… A peine un an plus tard, le Texan récidive en 14 chansons d’un éclat identique. Toujours seul aux commandes, Faris Nourallah continue donc sa petite entreprise d’enchantement nostalgique. C’est qu’il connaît ses classiques, le Faris : Love, Big Star, les Beatles, les Zombies,… Rien de bien neuf dans ces arrangements pleins de grâce et de lumière, mais du cœur à l’ouvrage qui vaut bien le dandysme d’un Ed Harcourt ou d’un Rufus Wainwright… Des titres comme « You’ve Got It Made », « Coming Out » ou « I Know Your Name » rappellent en tout cas combien la pop, dans les années soixante, savait chanter l’Amérique (la vraie, pas celle de Bush) et nous en faire voir, de toutes les couleurs. « I Dream I’m a Country » chante d’ailleurs Nourallah d’une voix fraîche et espiègle : s’il était un pays, parions qu’il serait celui de nos rêves, où l’on vivrait dans l’insouciance et le bonheur, en écoutant ce genre de bonne musique du matin au soir. « Problematic », malgré son titre, n’a donc rien d’ardu : c’est un disque humble et attachant, qui confirme tout le bien qu’on pensait du bonhomme. On l’aime toujours, Faris… Et pour longtemps.

Ali Farka Touré

Red & Green

Ce type est une légende du blues, à l’instar d’un Muddy Waters ou d’un Solomon Burke… Sauf qu’il vient du Mali, bref d’Afrique, terreau toujours fertile de cette musique qui prend aux tripes parce qu’elle parle de nous tous, depuis que la guitare existe. ‘Toute la musique que j’aime / Elle vient de là, elle vient du blues’, gueulait l’autre : et le blues vient de ces terres arides du continent noir, là où crèche Ali Farka Touré. Autrement dit : sa musique, c’est l’essence même de celles sur lesquelles aujourd’hui on pogote, des White Stripes aux Libertines. « Red » et « Green » incarnent à eux deux ce constat, et deux disques d’un coup c’est quand même mieux qu’un seul. Il s’agit en fait de rééditions, puisque « Red » et « Green » sont sortis respectivement en 1982 et 1988, mais n’avaient plus jamais été pressés en cds depuis lors. Et là, c’est la claque : le son est d’une limpidité renversante, au service d’un songwriting à l’impact universel. Il ne faut pas aimer le blues pour aimer ces deux disques, parce qu’ils offrent une musique au-delà des étiquettes, vierge de tout formatage, libre comme l’air et belle comme une naissance. Une guitare, une voix, quelques rythmes : c’est suffisant pour nous donner la chair de poule, comme si se jouait à nos oreilles la Création de ce qu’on entend tous les jours sans plus se poser de questions. Tribal et poétique, originel et essentiel : laissez-vous guider par ce roi mage, car au bout de ses six cordes se trouve la clé de tout un monde, le nôtre, celui pour/par qui ce site existe. Alillujah !