La nation fantôme de The Besnard Lakes…

Le septième opus de Besnard Lakes, « The Besnard Lakes Are the Ghost Nation », paraîtra ce 10 octobre, confirmant ainsi son statut de l'un des groupes les plus constants de ces 20 dernières années, dont la vision et la qualité sont difficilement égalables…

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Bienvenue dans le monde civilisé de Ghostwoman…

Ghostwoman est un duo réunissant Evan Uschenko et Ille van Dessel. Il est canadien et elle est belge. La paire s'apprête à sortir son nouvel album, "Welcome to the Civilized World", le 5 septembre et partage aujourd'hui son nouveau single, "Alive". Evan…

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Concours Circuit - Pop Rock 2006 - Finale

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A vos marques, prêt, parti ! Entraîné par la foule qui s'élance et qui danse une folle farandole, le Botanique n'accueille pas ce soir Edith Piaf mais un défilé de concerts haut en couleurs locales. Une sélection qui se veut pop rock au sens le plus élargi du terme du fait de formations issues d'autres scènes (hip hop, funk & electro). Un quiproquo qui laisse perplexe. On se contentera de passer à table.

Le duo trash acoustique We Are Not Flowers entame l'ouverture et cuisine un set théâtralisé où l'excentricité est de mise sur un répertoire chanson française tzigano rock jazzy expérimental. Rien que ça. Difficile de résumer en un mot ce spectacle abracadabrantesque qui éblouirait volontiers petits et grands sur le pont d'Avignon. Accompagnés d'une salade aux lardons, les deux gargouilles fanfaronnent des textes insolites sur une guitare et un sax balancés d'une grosse caisse. Ca rappelle Aurillac et le tumulte des troupes de farfadets qui s'exclament sur le pavé.

On continue la route d'ailleurs direction Verviers et ses rappeurs Bern Li. Chaussé d'un DJ qui envoie sa sauce et ses breaks aux platines, d'un bassiste/guitariste qui alimente l'instru et d'un beatmaker (MPC/KORG) qui met la main à la pâte, Bern rappe et se déshabille au sens propre et figuré. Le plat manque malheureusement d'ingrédients et le show n'apparaît pas vraiment folichon. Les textes recuits aux sempiternels aboiements étatiques, risquent de griller le combo. Un manque de prestance aussi est rattrapé en justesse par des beats électro applaudis en final.

Prochain carrefour : William Street et sa guitare. Tel Jack Johnson sur la plage, ce jeune Alsacien de 29 ans comble la salle ultra bondée et euphorique à la seule idée de faire chalouper son cœur. De belles compos, des interludes comiques et une intimité s'installent à la Rotonde. Le songwriter séduit et s'aventure dans de multiples effets (loop station, sampling vocal & rythmique) mais se perd dans ses divagations techniques. Loin d'assister à une belle  performance scénique, on se contente d'un one man show acclamé par une foule (NDLR : composée d'une belle brochette de fans) assoiffée de rappels. Il reste encore du chemin à faire et 3 groupes à voir.

The BigHat Band fait parler de lui. Normal quand on a fait la première partie de The Kooks, joué sous le chapiteau de Babyshambles et qu'on est applaudi par la critique. Normal. Sauf que l'on a davantage l'impression d'assister à un concert des Babyshambles justement. Il y a un hic dans le bazard. A force d'ingurgiter ses influences on finit par leur ressembler. Jusque dans l'attitude blouson de cuir, jeans serrés et décoiffage capillaire. Manque plus que l'indigestion d'alcool, les groupies et autres dark stories du rock 'n roll. A part son mimétisme, le combo s'affiche dans un répertoire stagnant. Les fans slamment sur une fosse improvisée devançant un public figé et emplissant de leurs énergies juvéniles une salle qui sonne un peu le vide.

Il est temps de s'aérer. Ca tombe bien, Fractionnal martèle son ordi sur des beats technoïdes amoureux. Ca tombe bien et ça fait du bien aux yeux. Sur des délires démembrés rappelant Chris Cunningham, les projections  fleurissent la scène et décorent un son organo érotique. Déconstruisant comme le pionnier du genre Aphex Twin, ce n'est pas pop rock pantoute mais c'est beau comme une B.O de film biomécanique. Une musique intelligente qui galope dans les veines.

Tout juste le temps de se faire une transfusion sonore qui nous remet d'aplomb, les Peas Project appellent à table. On connaît la chanson et c'est par pur plaisir que l'on essaie de se frayer une place dans une foule devenue bloc. Le funk peut alors prendre toute sa dimension dans autant de bras qu'il y a de musiciens et c'est parti pour le réchauffement climatique. Un son qu'ils portent bien, des titres accrocheurs et bourrés d'énergie scandés par des gigolos qui maîtrisent leur plat. Et malgré une instrumentation des plus complètes et un public convaincu, The Peas Project ne remportera pas la satisfaction de tout le monde. A croire qu'il ne suffit plus d'être bon pour se faire un nom et que l'usage des oreilles devient ardu. Tandis que les guitares de The Big Hat Band pourront scintiller au grand public et que les mélodies de William Street envahiront les ondes de Pure Fm, on ne peut que rester dubitatif sur les critères de sélection. Derrière cette interrogation se cache un autre point à débattre: celui de savoir si la loi du marché pourra à long terme détrôner le talent.

 

Invité à faire partie du jury, je me suis retrouvé - par hasard - comme représentant des websites pour participer aux délibérations relatives à la remise des prix. Et je dois avouer que les débats ont été, quoique courtois, particulièrement âpres. En fait, lors du dépouillement, The Big Hat Band et The Peas Projet comptabilisaient le même nombre de points. Mais après un deuxième tour de table, certains délégués de groupe ont curieusement changé d'avis. Et le premier prix de s'en aller chez TBHB. Comme la Sabam avait déjà arrêté son choix sur la même formation, j'ai jugé le processus inéquitable. Avis partagé par le représentant des labels. D'autant plus que le nom de William Street est soudainement revenu à la surface. En bref, les deux producteurs qui faisaient partie de la commission ne voulaient pas entendre parler de The Peas Project. Motif invoqué : les musiciens étaient médiocres (nous n'avions donc pas vu le même concert et Pierre Vreven a quand même signalé qu'ils sortaient, pour la plupart, du conservatoire). Motif réel : le groupe ne compte pas de 'chanson' et n'est donc pas commercialisable. Finalement, le prix Pure Fm ayant été décerné à William Street, il me semblait normal de trouver un consensus. Les discussions ont cependant repris de plus belle, chacun restant sur ses positions. Finalement la situation s'est débloquée, William Street récompensé par la radio, le prix de la Communauté française pouvait revenir à The Peas Project. Une décision accouchée dans la douleur, faut-il le préciser. Et malgré toutes ces tractations, une certaine équité a ainsi pu être respectée. D'autant qu'il faut l'avouer, hormis TPP, la finale du concours n'a pas été d'un niveau très élevé. Et pour votre info, sachez que Bern Li se produira à Dour l'an prochain. (Bernard Dagnies, rédacteur en chef)

 

Jacques Higelin

Amor Doloroso

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En voilà un qu’on croyait mort et enterré. Et, contre toute attente, le père d’Athur H renaît de ses cendres, délivre un « Amor Doloroso » de toute beauté et en profite pour serrer la main à son glorieux passé. Souvent présenté comme un des monuments de la chanson française, Jacques Higelin subissait les effets du temps. D’ailleurs, le nouveau millénaire ne semblait point correspondre à l’œuvre du Français. Mais c’était mal connaître Higelin, son verbe élégant, sa poésie chancelante. D’un phrasé impeccable, il donne une suite convaincante à son admiration pour Charles Trenet (écouter « L’hiver au lit à Liverpool », « Se revoir et s’émouvoir »), réintègre le panthéon de la chanson par la grâce d’un album somptueux, presque radieux, quand l’homme ne décide pas d’appuyer ‘sur la gâchette’ (« Prise de bec », « Ici, c’est l’enfer ») et de raviver quelques idées noires. Sur « Amor Doloroso », Jacques Higelin chante l’amour (« Amor doloroso », « J’t’aime telle », « J’aime ») sous toutes ses facettes : joie, tristesse, douleur, bonheur et confusion. Aimer chanter. Voilà sans doute le secret de cette belle résurrection.

Isobel Campbell

Milk white sheets

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On ne présente plus Isobel Campbell... Ex membre fondatrice de "Belle & Sebastian", la sympathique petite demoiselle nous avait offert, il y a six mois, un album convaincant en duo avec le ténébreux Mark Lanegan (ex Screaming Trees et membre honoraire des Queens of the Stone Age). Mais là où "Ballad of the broken sea" s’aventurait dans les méandres d’une Amérique profonde et inquiétante, "Milkwhite Sheets", son nouvel opus, aurait plutôt tendance à nous emmener faire un tour du côté de la Forêt de Brocéliande… Une forêt certes moins poussiéreuse et suffocante que le désert où Miss Campbell nous avait laissés lors de notre dernière rencontre...

Mais si elle a troqué les bottes et chapeau contre une grande robe blanche et une couronne de gui, Isobel n’en reste pas moins dérangeante. La musique folk minimaliste qu’elle propose tout au long de ce disque est, en effet, claustrophobe et oppressante ; comme si la faune de cette futaie hostile n’attendait que le signal de la belle pour se repaître du pauvre auditeur égaré. Paradoxalement, ce sont les instrumentaux, richement orchestrés ("James", "Milkwhite Sheets", "Over the wheat and the barley"), qui offriront le plus d’espace et d’oxygène au pauvre hère perdu tant la voix de la dame des lieux se révèle envoûtante et vénéneuse... Telle une sirène arachnéenne, Isobel Campbell attirera dans sa toile quiconque se laissera tromper par son air faussement angélique. Et, une fois la proie ferrée, Dieu seul sait ce qui arrivera... L'écoute de titres tels que "O love is teasin’" ou "Loving Hannah" peut s'avérer terriblement dangereuse. On vous aura prévenu !

 

The Zutons

Tired of Hanging Around

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Sueurs froides, convulsions, rires nerveux… On imagine aisément l’état dans lequel devaient être les Zutons au moment d’entrer en studio afin de donner un petit frère au très réussi "Who killed The Zutons", sorti il y a tout juste deux ans. Il faut dire que la production d’un second opus est toujours un exercice périlleux. D'ailleurs, on ne compte plus les combos portés disparus suite à une offensive de deuxième ligne menée trop précipitamment… Dans le cas des sociétaires de Liverpool, il y a fort à parier que les musiciens seront bien présents à l’appel, une fois le combat terminé, et qu’il y aura même de la promotion dans l’air ! En effet, "Tired of Hanging Around" se révèle aussi riche et varié que son prédécesseur. L'album recèle, en effet, quelques titres qui devraient valoir de belles satisfactions à un quintette qu’on avait un peu trop vite comparé à The Coral. Plus direct, plus pop et surtout moins empâté que son collègue de label (les deux groupes sont signés chez Deltasonic), The Zutons a le chic d'agrémenter son rock ‘so british’ de touches soul, conférant à sa musique cette saveur si particulière… Saxophones et harmonies vocales magnifiques viennent ainsi colorer des titres déjà rendus efficaces par une kyrielle de mélodies plus évidentes les unes que les autres.

Premier coup de cœur, "It’s the little things we do" démontre toute l’étendue vocale du chanteur-guitariste David McCabe dans un registre très soul rock. "Secrets" met ensuite l’auditeur à genoux à coups de cuivres hybrides, tout droit sortis d’un disque de musique ‘klezmer’, tandis qu’un titre comme "Oh Stacey (Look what you’ve done !)" n’a pas fini de nous arracher quelques larmes émues malgré son côté enlevé, très ‘up tempo’. Comme dans les meilleurs moments d’Otis Redding ou de Wilson Pickett, The Zutons prouve qu’on peut avoir la ‘gnaque’ et être nostalgique en même temps. C’est la marque des grands…

 

 

Danielson

Une histoire de famille...

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Danielson, c'est avant tout Daniel Smith. Un personnage autour duquel gravite toute la famille : frères, sœurs, épouse, belles-sœurs et amis (très proches) ; quoique lors de l'enregistrement de leur dernier album, « Ships », la palette d'invités s'est considérablement agrandie. Une bonne vingtaine de collaborateurs ont ainsi participé à la confection de cet opus, et notamment des membres de Deerhof ainsi que Sufjan Stevens. Un disque remarquable mais trop peu médiatisé pour s'extraire de la zone crépusculaire de l'underground. Le septième de Daniel, si on tient compte de celui de Br. Danielson. Un opus solo ! Tout un concept qui méritait quand même des explications. Surtout lorsqu'on sait que l'intéressé ne cache pas ses convictions religieuses, sans pour autant, a contrario de David Eugene Edwards, chercher à convertir son prochain à sa doctrine personnelle. Les nouveaux sympathisants n'ont donc pas dû se farcir des cours de catéchisme…

« Je ne me considère pas comme un guide spirituel. Ma foi est plutôt le reflet d'un examen de conscience individuel. Je compte autant d'amis croyants que de personnes ne partageant pas nécessairement mes convictions religieuses. Ce n'est pas un problème. Sais-tu que l'essence même des relations est une vérité spirituelle ? C'est ce qui fait tourner le monde. Qui permet aux êtres humains de vivre ensemble sur cette terre… » Donc à l'avenir, il faudra s'attendre à la reconduction de la formule élargie du groupe. Daniel s'explique : « Pour pouvoir écrire un album consacré aux relations humaines, il n'y a rien de tel que d'inviter de nouveaux amis. Et donc, c'est une nouvelle manière de se situer au sein d'un groupe. De partager des idées différentes. D'emprunter une nouvelle direction. D'essayer de concocter un disque qui tient la route. Ce n'est pas une idée révolutionnaire, cependant. Car ce n'est pas la première fois que j'adopte cette formule. Dès le début, je l'ai appliquée. J'écris des chansons et puis j'invite du monde pour participer à leur interprétation (NDR : vieux pote, Sufjan Stevens a ainsi coopéré à l'enregistrement de ' Ships'. Mais il est vrai que, de son côté, Daniel a joué de la basse et produit un album de Stevens). On va essayer de poursuivre dans cette voie ; et qui sait si lors du prochain album, nous ne compterons pas 35 invités. Réunir les frères, les sœurs, les anciens et les nouveaux amis : c'est cela le concept Danielson… » Dont le cœur demeure néanmoins la famille. Mais n'est-il pas plus difficile de travailler en compagnie de ses proches ? Même s'ils sont différents, des problèmes doivent également surgir ? Comment les résoudre lorsqu'un de ses membres ne partage pas le même avis ? La réponse fuse : « Je prends les choses en main. Et je lui demande de se calmer… (rires) C'est une bonne question ! Mes parents ont eu 5 enfants. Aucun d'entre eux n'a jamais envisagé entreprendre une carrière musicale. Moi bien. Ils jouent quand ça les arrange. Pour l'instant David tourne avec nous. Aucun d'entre eux ne compose sa propre musique. Une des mes deux sœurs est styliste dans l'univers de la mode. Elle y fait carrière. En fait, chacun a un job et personne ne vit de la musique. Je suis moi-même charpentier. Mais, il est vrai que ce n'est pas toujours facile. J'écris les chansons. Je joue de la guitare et chante. Je leur enseigne ces chansons et ils amènent leur touche personnelle. Mais il leur arrive de ne pas apprécier ce que je leur soumets. C'est humain. Ils sont là pour m'aider. On ne doit plus se battre ensemble comme lorsque nous étions gosses. Nous avons eu notre dose. Et aujourd'hui tu peux leur dire ce que tu penses. C'est un gain de temps. Alors que pour tes nouveaux amis, tu dois bien souvent ravaler ta salive… »

Un film vient d'être tourné au sujet de la famille Danielson. Intitulé "Danielson: a Family Movie (or, Make a Joyful Noise Here)", il traite de la créativité au sein d'une communauté partagée entre amis et famille. Daniel s'explique : « C'est un documentaire réalisé par JL Aronson. Il nous a approchés il y a plus ou moins 7 ans. Il travaillait dans un club à New York où on jouait beaucoup. Il était fasciné par notre groupe, et en particulier parce que étions une famille. Parce que nous abordions des sujets spirituels. Parce que nous jouions une musique étrange. A cette époque la scène indie était occupée de reprendre du poil de la bête. En outre, les parents et les enfants venaient assister à nos spectacles. Et il lorsqu'il m'a exposé son projet, j'ai tout d'abord refusé, car j'estimais que notre aventure était privée. Après en avoir longuement discuté, il a fini par nous convaincre. Même si à l'origine, nous lui faisions confiance du bout des lèvres. Au début l'expérience était même angoissante. Puis au fil du temps et des années, il est devenu un ami. Il a travaillé dur pour terminer son œuvre ; et finalement, c'est un honneur d'y avoir participé. Ce n'est d'ailleurs pas seulement un film au sujet de la musique, mais aussi de la créativité dans la famille. C'est un documentaire qui est susceptible d'intéresser les gens qui cherchent à comprendre ce qu'il y a derrière la musique. »

Daniel est un grand admirateur de Bob Dylan. Mais qu'est-ce qu'il aime chez le Zim ? « Tout d'abord ses textes. Puis l'individu. Personne n'est jamais parvenu à le classer dans un genre musical précis. Même au cours des années 60, lorsqu'il véhiculait des messages politiques. Ses compos ont toujours été personnelles, originales. Je respecte ce qu'il fait, ce qu'il a toujours fait, même si j'aime moins certains de ses disques. En fait, c'est la culture pop qui s'est alignée sur lui, et pas l'inverse. C'est un narrateur, un poète, un caractère fascinant. Chez la plupart des artistes, il est rarement difficile de discerner leurs pensées. Par contre, Dylan, je me demande toujours ce qu'il a derrière la tête. Il est devenu célèbre alors qu'il était encore très jeune. On peut dès lors facilement imaginer ce que ce statut a pu lui imposer comme contraintes… » Smith admire aussi beaucoup Daniel Johnston, auquel il a rendu hommage lors d'un 'tribute' intitulé 'I Killed the Monster'. Et si Johnston l'appelle pour bosser avec lui, il le rejoint sans l'ombre d'une hésitation… Smith puise ses influences majeures dans les seventies et la fin des sixties. Et il a l'honnêteté de le reconnaître. « Marc Bolan (NDR : la voix !), Syd Barrett, Can, Bowie, Roxy Music, Brian Eno, Soft Machine et surtout Robert Wyatt. J'apprécie tout particulièrement le concept du voyage (NDR : spirituel ?) dans la musique. Cette perspective d'écrire lorsque l'inspiration survient. Car si tu ne la concrétises pas de suite, tu risques fort de perdre le fil de tes idées… J'aime expérimenter la structure d'une chanson. Combiner des instruments qui ne se côtoient pas habituellement. C'est précisément ce qui m'intéresse… »  

Les références religieuses et bibliques, on y arrive ! Déjà que 'Ships' constitue le septième album (NDR : 'Ship' se traduit par bateau). Une allusion à peine voilée à l'arche de Noé. C'est également la troisième partie de la trilogie consacrée au navire Danielson. Les studios de Danielson s'appellent Jerusalem. En 'live', les musiciens du groupe se déguisent parfois en docteurs et les filles (souvent) en infirmières (NDR : on suppose que c'est pour soigner nos âmes). Et puis, les lyrics sont truffés de références bibliques. A croire ( ?!?!?) que ce sont ses seules sources d'inspiration. Celles de la famille également. Mais comment réagiront-ils le jour où ils hériteront d'un fils prodigue ? (NDR : la question déclenche un énorme éclat de rires.) « La Bible est riche en imageries diverses ; mais surtout est une source de vérité, d'émerveillement, de mystère ainsi que de beauté. Bob Dylan est, par exemple très influencé par la Bible. C'est la nourriture de la vie. Les paroles émanent des moments du quotidien. Mon intérêt dans la passion est de regarder constamment les petits événements de l'existence ; et ce bref regard en arrière me permet de déceler le surnaturel dans ces moments privilégiés. Vous passez parfois à côté de certaines petites choses. Je ne suis pas doué pour les reconnaître au moment-même. Mais je tente de m'améliorer. En tentant de les déceler. Et ensuite je m'inspire de ces instants pour écrire des chansons. Ces petites choses, ces petits instants, sont la manifestation de la présence de Dieu. Tu ne les a pas vus, mais pourtant, ils existent. C'est ma quête spirituelle. C'est vivant, parfois dangereux, mais il faut continuer dans cette direction. Je ne cherche pas nécessairement de l'imagerie publique, mais j'exprime ce que je ressens au travers de ces moments, de ces expériences, avec le regard de la Bible. Un exemple : j'éteins la TV ou la radio qui diffuse les nouvelles pour lire ces Ecritures. En fait, les actualités ne m'intéressent que de très loin… » Coïncidence, mais le jour de l'interview, Danielson partageait l'affiche avec Wovenhand, dont le leader, David Eugene Edwards, est réputé pour son intransigeance en matière de philosophie religieuse. Mais manifestement les deux personnages s'apprécient. « David, c'est comme un frère spirituel. C'est un excellent ami (NDR : encore !) Un artiste fabuleux. On aime se retrouver ensemble. Le fait de tourner en Europe, à la même époque, est un hasard heureux. Il est sur mon propre label, aux States (NDR : New Jerusalem). Il utilise des images fortes pour comparer nos philosophies : les ténèbres et la lumière, le sucré et le salé… » 

Daniel clame qu'il n'est pas un artiste solo. Qu'il a besoin des autres. Ce qui ne l'a pas empêché d'enregistrer un disque en solitaire et puis de se produire, lors de son dernier périple sur le Vieux Continent, seul sur scène. Où il s'était même déguisé en arbre. « L'arbre est parti à la retraite. C'est du passé ! Aujourd'hui nous en sommes au thème de la communauté, de la couleur bleue, des arômes. Cette mise en scène nécessitait beaucoup de travail. Maintenant, il n'est pas exclu que le thème revienne dans le futur… Même lorsque je suis en solo, ma femme est au moins présente. Elle chante aussi. C'est vrai : pas lorsque je suis venu en Europe, la dernière fois. En fait, au fond de moi-même il y a une part flemmarde qui ne souhaite pas la présence des autres. Et puis l'autre, que je considère comme une élévation de l'âme, parce que tu la vis en compagnie d'autres personnes. C'est une situation que je dois admettre (rires)… »

Merci à Vincent Devos.

Trust (France)

Soulagez-vous dans les Urnes

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Pour en savoir plus à propos de la reformation du porte-drapeau du hard rock ‘bleu blanc rouge’ des années 80, nous vous renvoyons à notre rubrique ‘interviews’. Des propos qui ont été recueillis avant la sortie de ce nouvel album enregistré en public lors du festival de Bobital. « Soulagez-vous dans les Urnes » recèle douze titres ‘live’, ainsi que trois nouveaux morceaux particulièrement médiocres, heureusement refoulés en fin de parcours. « Chaude est la foule », « la Mort rôde » et « Sarkoland » sont totalement dépourvus d’intérêt. Ambiance hip hop, guitare groovy, refrains misérables, boîte à rythmes… on est bien loin du redoutable « Répression ».

Le matériel live est nettement plus intéressant, même si l’ensemble n’attaque plus aussi brutalement qu’à l’époque glorieuse de la bande à Bernie Bonvoisin. La setlist est composée de quatre titres du premier album, cinq extraits de « Répression », un de « Trust IV », et trois du moins populaire « Europe et Haines ». Un choix plutôt bien équilibré. Le medley qui réunit « Préfabriqués » à « L’Elite » n’aurait jamais été interprété à Bobital. C’est ce que rapporte l’article d’un magazine français spécialisé dans le rock lourd. Bricolage de studio ? Possible, mais le résultat est explosif. Plus complet, le DVD du même nom contient des incontournables comme « Les templiers », « Ton dernier acte » et « Sors tes Griffes ».

 

 

 

Ludicra

Fex Urbis Lex Orbis

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Il paraît évident qu’à la vue de la pochette et du nom du groupe, certains vont imaginer être en présence d’un nouveau combo de post rock ou de néo métal. Et ils se foutent le doigt dans l’œil ! Ludicra pratique un black métal expérimental et ne vient pas de Norvège, mais bien de Californie (NDR : de San Francisco très exactement). Il n’a pas été signé chez Nuclear Blast, mais bien sur le label de Jello Biafra (Alternative Tentacles), n’est pas influencé par Tool et Deftones mais plutôt par Satyricon et Dark Throne ; et ses membres ne se nourrissent pas de ragoût de chauves-souris mais de cheeseburgers et de nachos.

Si les combos de Death sont légion au pays de l’Oncle Sam, on ne peut pas en dire autant des groupes de black métal. C’est donc avec un certain étonnement que nous découvrons cet ovni que constitue « Fex Urbis Lex Orbis ». Pourtant, Ludicra n’en est pas à son coup d’essai. Formé en 1998, il compte déjà à son actif deux albums (trois maintenant) et un EP. Pour cette nouvelle livraison, constituée de cinq plages, chacune d’une durée de plus ou moins 9 minutes, la formation atypique utilise quelques ingrédients de pagan folk, de gothic rock et d’électro indus. En outre, elle parvient à aérer son black technique très proche de Satyricon, tant dans sa construction qu’au niveau du chant. Sans bavure, la ronde diabolique est parfaitement menée par le large spectre vocal de Laurie Sue Shanaman. Certes, ce n’est pas demain la veille qu’on parlera de Ludicra dans les Inrocks ; mais à travers ce « Fex Urbis Lex Orbis », on sait au moins qu’il existe.

 

 

 

Damien Jurado

And Now That I´m In Your Shadow

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Nick Drake, mort ? Elle est bien bonne, celle-là. On nous cachait la vérité jusqu’ici mais le secret le mieux gardé du label Secretly Canadian est enfin révélé au grand jour. Digne successeur de Drake et déjà responsable d’une belle brochette d’albums et d’EPs (la plupart édités sous la houlette du label Sub Pop), Damien Jurado s’extrait des ténèbres pour nous y entraîner à notre tour. And Now That He’s In Our Shadow, plus moyen de se défiler. L’univers sombre, enivrant et circonspect de l’homme dévore les solitaires d’une traite. Les chœurs omniprésents de Jenna Conrad (dont un véritable duo sur « What Were The Chances ») entourent l’ensemble d’un léger voile de luminescence, guidant vers l’absolution tout pécheur ayant succombé au charme des psaumes de Jurado. A l’issue de l’aventure, on se sent apaisé, moins seul. Tant qu’il y’aura la musique. Tant qu’il y’aura d’aussi belles œuvres. Septième essai, « And Now That I’m In Your Shadow » n’est pas sans rappeler Matt Ward, Bonnie ‘Prince’ Billy ou même Neil Young. Une oeuvre splendide qui devrait accorder à Damien Jurado la reconnaissance qu’il mérite. Nos tympans ne s’en sentiront que d’autant mieux.

 

The Jai Alai Savant

Scarlett Johnannsson why don´t you love me (Ep)

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On ne s’attardera pas trop sur les deux derniers titres de cet ep, traitement dub d’anciennes compos, mais bien aux trois autres plages particulièrement intéressantes. Trio chicagolais, The Jai Alai Savant (NDR : patronyme d’un sport insolite particulièrement violent pratiqué aux States et dont les règles semblent s’inspirer à la fois du squash et du rollerball) évoque, à premier abord, TV On The Radio. Mais au fil des écoutes, on se rend compte des véritables influences de la formation, qui oscillent de The Police (période « Regatta de blanc ») à Porno For Pyros (et pas seulement à cause du timbre vocal du chanteur, assez proche de Perry Farrel), en passant par le Clash (les accents dub). Soit un hybride entre reggae blanc et punk atmosphérique. Un premier album devrait sortir au printemps prochain. Et suivant la formule consacrée : ce groupe est à suivre de très près !

 

The Icicle Works

The Icicle Works remastered

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Pour célébrer le 25ème anniversaire de la naissance de cette formation liverpuldienne, Beggars Banquet a pris l’excellente initiative de ressortir leur tout premier album. Sous deux formats : double et triple. En fait, remasterisé, l’album éponyme bénéficie, pour la circonstance, d’un ou de deux ‘bonus discs’. La deuxième plaque réunit des sessions accordées dans le cadre du Radio show 1 de John Peel, des flips sides, des remixes et des ‘extended versions’ Paru en édition limitée (NDR : 1500 exemplaires !), le box recèle surtout un troisième cd consacré à des versions alternatives du premier elpe, des versions immortalisées pour la plupart à la BBC (deux pour John Peel, of course, et quatre pour David Jensen). Et le conditionnement réservé est en tous points remarquables. En fait le disque (on dirait le vinyle mais en miniature) est protégé par une chemise à l’intérieur de sa pochette cartonnée. Un feuillet reprenant les paroles y est également inséré. Comme à l’époque des 33 tours. Et cerise sur le gâteau, il recèle un booklet abondamment illustré et commenté (NDR : notamment par Ian McNabb et le manager Tony Barwood). Un superbe hommage à ce trio qui, nonobstant les quelques hits décrochés en Angleterre et aux States, n’a jamais été reconnu à sa juste valeur.

 

The Immediate

The Immediate

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A croire que le clonage est autorisé sur les terres anglo-saxonnes. Les Strokes et leurs cousins Franz Ferdinand ont ouvert la porte aux falsificateurs et peu d’entre eux en sont ressortis indemnes. La recette est simple pour attirer une myriade de petits joueurs : prenez une mélodie efficace (facile) et balancez dessus un rythme suave avec une pointe de dynamisme (easy), secouez le tout et vous obtenez The Immediate. Le shaker déjà vu. Malgré une tentative d’accroche, le résultat est clair : le premier album du quatuor irlandais laisse un grand vide derrière lui. On soupire, on s’ennuie et on s’endort. La formation est pourtant grandiloquente. Touche-à-tout (3 instrus minimum chacun) les musiciens sont capables d’utiliser leurs cordes (notamment vocales) et de digérer leurs influences (Pink Floyd sur « Let This Light Fill Your Eyes », Velvet Underground sur « Can't Stop Moving »). A en attirer plus d’un producteur flairant la pépite qui a de fortes chances de se refléter sur les ondes. Pari tenu pour Chris Shaw (Wilco, Super Furry Animals, Public Enemy, Dylan) qui a ouvert la brèche pour mettre en forme ce premier album crédité de critiques unanimes outre-manche (‘Oh my god !’). Une production qui a de l’allure donc et un avenir tout tracé pour une énième récupération indie pop rock. Mieux vaut en rire.

 

Memo Gonzales

Live in the UK

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Memo est un harmoniciste texan qui jouit d’une énorme popularité en Europe ; et plus particulièrement en Allemagne où il s’est établi depuis quelques années. Il n’a cependant rejoint les Bluescasters qu’en 1995, une formation jusqu’alors drivée par Kai Strauss. Sous le nouveau line up, le groupe commet un premier album en 1996 : "Let's all get drunk and get tattooed". Puis "10,000 miles" en 98 et "Big time in big D" en 2003, un opus concocté chez lui, au Texas, pour lequel il avait reçu le concours des gratteurs locaux, Anson Funderburgh, Mike Morgan et Johnny Moeller. Excusez du peu! Flanqué de ses Bluescasters, Memo accorde plus de 120 concerts par an. Une espace au sein duquel il y démontre toute l’étendue de son talent. Cosmopolite, le line up de base des Bluescasters implique le gratteur allemand Kai Strauss, le bassiste turc Erkan Ozdemir et le batteur hollandais Henk Punter (NDR : un membre fondateur de T-99). Cependant, à l’époque de l’enregistrement de cet elpee - immortalisé live au Famous Monday Blues d’Oxford, en novembe 2004 - le rôle de bassiste était encore dévolu au Teuton Klaus Schnirring.

Le quartet démarre pied au plancher par "You got me rollin'". L’ambiance transpire la Louisiane. Alerte, la guitare de Kai vagabonde au gré des sentiers, au bord des bayous. "I've been thinking" trace un axe Chicago Los Angeles. Créatif, Kai n’hésite pas à prendre un billet de sortie, passant en deux trois mouvements du swing de la West Coast au blues urbain de la Cité des vents. Le début du set est assez varié. Strauss s’y réserve les vocaux. Très rock'n'roll, mais dans un style texan, son. "What you're doing to me" évolue sensiblement dans un registre proche de Jimmie Vaughan. Blues lent épique de huit minutes, "Greyhound" est une nouvelle occasion accordée à Kai de se révéler l'animateur le plus talentueux du quartet. La montée en puissance de son solo y est absolument incroyable. "Angel in high heels" change à nouveau de cap en optant pour le West Coast swing. Memo chante autoritairement alors que Kai s’inspire, pour la circonstance, des gratteurs issus de L.A ; et en particulier Hollywood Fats, Kid Ramos et Alex Schultz. Une intervention brillante qu’il reconduit sur "Tell me what's the reason", plage dont le rythme est entretenu par la basse d'Erkan. Au milieu du concert, la formation s’offre un petit intermède. En l’occurrence une cover d’"His latest flame", une compo signée Doc Pomus et Mort Shuman qui figurait au répertoire d'Elvis Presley. Le combo embraie alors par un boogie, cheval de bataille sur les planches, monté à partir de titres tels que le "I wanna ramble" de Junior Parker et le "Feelin' good" de Magic Sam. Pour la circonstance, Strauss parvient encore à réunir la quintessence des gratteurs du Westside. Ce qui ne l’empêche pas d’y ajouter un zeste de swing ; et puis surtout de s'envoler à travers "You got what you wanted". Un regret : il faut attendre la fin de concert pour que le géant Memo se décide enfin de faire décoller avec son harmo pour un "I wanna ask you pretty baby" réminiscent des meilleurs moments des TBirds. D’excellente facture, cet elpee (NDR : ou plus exactement ce concert) s’achève par le décapant "Big time operator".

 

Les George Leningrad

Sangue Puro

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Pour écouter le rock ‘pétrochimique’ des Georges Leningrad, il convient d’être remonté à bloc, légèrement débloqué et complètement déguisé. No-wave ou post-punk, musique expérimentale ou avant-gardiste, Les Georges Leningrad brouillent régulièrement les pistes. Chaque nouvel essai discographique de la clique québécoise demeure l’occasion de réitérer un formidable numéro d’équilibriste, une acrobatie étrange, un balancement permanent entre la folie furieuse et le délire incompris.

Intitulé (pour Dieu sait quelles raisons) « Sangue Puro », le nouvel album des Georges Leningrad échappe, une fois encore, à toute catégorisation. Aux commandes de ce navire fantôme, il ne reste que trois moussaillons : Poney P, Mingo et Bobo Boutin. Tous les autres marsouins se sont jetés par-dessus bord, atteints d’atroces démences. Plus que trois, donc. Après « Deux Hot Dogs Moutarde Chou » et « Sur les traces de Black Eskimo », « Sangue Puro » demeure à l’image de ses deux prédécesseurs : il ne cherche pas à plaire. Ce nouvel album préfère choquer, brutaliser les esprits et entraîner nos âmes inconscientes dans une inavouable transe épileptique. Danses de sioux(sie & the Banshees), prototypes sonores et effluves musicales intergalactiques sont donc au programme de cette livraison dadaïste.

De cet album, on retiendra surtout « Eli Eli Lamma Sabachtani », un trip tribal transcendantal reposant sur un lit de percussions percutées. On se souviendra longtemps aussi de « Mammal Beats », une ode bestiale où se croisent cris d’animaux (éléphants, tigres, etc.) et refrains échauffés. En final, un morceau intitulé « The Futur For Less » nous donne la vague impression d’être enfermé dans la salle des machines d’un sous-marin nucléaire dérivant au large de la mer des Tchouktches. Ou n’importe quelle étendue d’eau salée au nom improbable. De toute façon, on s’en fout : en compagnie des Georges Leningrad on est quand même bien barré !

 

God is an Astronaut

All is Violent, All is Bright

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C’est bon de manger du son. Et c’est encore meilleur quand il est à point. A remuer la tête comme tout mélomane qui se respecte, se tape le rythme à s’en faire rougir les genoux et se braque sur un repeat insatiable. « All is Violent, All is Bright » paru en 2005, fait partie du lot dès la première écoute. Le second opus du trio irlandais franchit le cap de l’exploration sonore dans une finesse absolue. De l’ambient cru oui mais post rock qui calme direct, comme un naufrage en pays accidenté. Face à une nature abrupte (des vidéos engagées traitant de la folie humaine, des guerres et autres massacres alimentent leur set) où s’échappent des mélopées mises en scène par les frères Kinsella, émerge une musique emplie de rigueur. Aux complaintes de guitares déchirées et boucles synthétiques cristallines, s’agrippe un clavier torturé sur un air masochiste à la Trent Reznor dans sa phase « Downward Spiral » (particulièrement sur « Remembrance Day »). Sauf que l’action se passe sur les flancs escarpés de « Glen of the Downs », et qu’elle est un pur produit local livré par le propre label du groupe, Revive Records. Force est de constater que cette échappée catalyse les cellules souches parées à un éclatement sur les vingt dernières secondes. Sous des combis spatiales, God is an Astronaut nous embarque dans un vortex plaisant et sans nom suivant des lignes aériennes qui ne battent certainement pas de l’aile. Affaire à suivre

 

 

Various Artists

Peanut Butter Wolf presents Chrome Children

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Dans un paysage hip hop que les vieux de la veille n’hésitent pas à qualifier de morne, ils sont quelques irréductibles à conjuguer leurs talents pour maintenir au plus haut la bannière de cette culture. Ceux-là n’ont pas oublié d’où venait l’inspiration de leurs pairs et s’attèlent aujourd’hui à perpétuer cet héritage, déterrant à l’envi racines jazz, blues, funk, soul… L’écurie californienne Stones Throw est, depuis 1996, la chapelle de ce genre de fidèles. Elle aurait même tendance à prendre des allures de cathédrale au lendemain du gâteau et des dix bougies. Pour fêter dignement la consécration, la bande à Peanut a récolté ses meilleures galettes sur un double album anniversaire jouissif. Et dans la foulée, le sieur cacahuète nous soumet Chrome Children, florilège de faces B et autres sessions inédites jusqu’ici confinées en studio. Si le tracklist a du mordant (Madlib, MF Doom, Oh No, J.Dilla, J-Rocc, Percee P…), les sensations se révèlent douces-amères. Quatre bombes irrésistibles néanmoins : du « Take it Back » de Madlib au « Movin » de Roc C, en passant par « Monkey Suite » de Madvillain ou le funkylicious « Third Rock » de Pure Essence. L’ambiance est tropicale mais les ardeurs ont tôt fait de se rafraîchir. Les efforts conjugués de tous les autres poulains Stones Throw n’y changeront rien ; la compile trace sur la piste mais ne décolle plus ! Mais comble de bonheur, les petits ‘homies’ de la planète rap qui, comme moi, seraient restés sur leur faim, pourront se rassasier en visionnant l’explosif DVD live livré en bonus (un concert de 45 minutes et des interviews, pas de l’arnaque !!!). L’occasion pour eux de (re)découvrir Madlib, l’étalon du label, son acolyte MF Doom, et leur clique de joyeux drilles, boutant allègrement le feu aux planches d’un festival texan devant une foule qui fait des bulles… Un dernier opus en demi-teinte donc, qui, à défaut de vous décaper les oreilles, vous enflammera les pupilles.

Various Artists

The biggest ragga dancehall anthems 2006

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L’annuel et copieux recensement des tubes ragga et dancehall opéré par le label Greensleeves permet à ceux qui ont du mal à suivre le rythme démoniaque des sorties jamaïcaines de rester plus ou moins à la page. Les amateurs retrouveront donc ici les travaux de vétérans dont l’inusable Yellowman, Sizzla, Buju Banton, Beenie Man, Bounty Killer ou encore Wayne Marshall mais aussi les nouveaux ténors du genre comme Mr Vegas, Tony Matterhorn, Vybz Kartel, Macka Diamond (écoutez son très bon album « Money-O ») ou encore le curieux et pas très convaincant Mavado. Le ragga dancehall puise allègrement dans l’électro, le r’n’b américain (style Timbaland), les rythmes traditionnels jamaïcains et les sons de la dance européenne la plus populaire, celle qui abuse des effets vocodeur sur les voix. Beaucoup de paroles branchées sur le sexe et les armes à feu, mais aussi (et plus simplement) de simples appels à la fête. Au-delà des inévitables morceaux faibles, on rencontrera ici une belle brochette de tubes capable de mettre le feu à n’importe quel dancefloor : écoutez des petites tueries comme « Easy Skanking » ou « Rude Boy Love » pour vous en convaincre.

 

 

Lyn Collins

Mama Feelgood

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Après Gwen Mac Crae, le label Hi&Fly rend hommage à une autre légende de la soul et du funk. Choriste de James Brown à la grande époque, Lyn Collins est la chanteuse du titre « Think ». Le break de batterie de « Think » a été samplé tellement de fois que James Brown a dû en attraper des furoncles. Et la mélodie vocale de Lyn Collins a elle aussi été soumise à de multiples emprunts. Enregistré à Paris dans le cadre de l’unique tournée solo de Miss Collins, ce concert recèle quelques versions longues des classiques de James et Lyn joués dans la plus pure tradition gospel, des adaptations caractérisées par des intros kilométriques et entrecoupées d’intermèdes parlés. Même au beau milieu des morceaux. Bénéficiant du concours des très compétents Soulpower All Stars, le set est placé à l’enseigne du groove le plus déchaîné. Exception qui confirme la règle : le calme (et très beau) « Put It On The Line », une belle tranche de soul sudiste. Entrecoupé d’extraits d’interviews accordés par la diva funky, cet objet s’adresse surtout aux fans de James Brown et de cette grande dame, qui nous a quittés en 2005. Pour votre info, sachez que d’autres travaux de feu Lyn Collins figurent également sur les volumes 1 et 2 des compilations « James Brown ’s Funky People ».

 

CharlElie Couture

New YorCoeur

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Depuis son exil à New-York, c’est à dire en 2004, CharlElie avait quelque peu délaissé la musique pour se consacrer à la peinture. Faut croire qu’après deux ans et demi de silence, le virus de la musique l’a rattrapé, puisqu’il vient d’enregistrer un nouvel album : « New-YorCoeur ». Un disque qu’il a entièrement conçu dans la mégalopole, en compagnie de musiciens américains. La plupart des textes - toujours aussi noirs, lucides, rebelles, poétiques - ont été écrits, avec pour toile de fond, New-York. Et très exactement son urgence ! Un fil conducteur qui lui permet d’épancher ses visions socio-philosophiques sur le monde contemporain, rejetant la démission facile et la fatalité (« Même à Spielberg »), dénonçant l’abandon criminel des mines anti-personnel (« J’suis miné »), manifestant sa révolte (« Une certaine lenteur rebelle »), confiant ses doutes (« L’empire du pire »), stigmatisant le syndrome de la convoitise contemporaine (« Jamais assez (Never enough) »), se livrant à un plaidoyer pour la tolérance (« Tous les hommes »), s’interrogeant sur son propre destin (« Follow the line », dans la langue de Shakespeare) ou encore affirmant sa liberté de pensée (« Emmerdeur ») ; la plupart du temps en tirant parti d’une instrumentation musclée, à la limite du métal ou du boogie voire du blues. Ce qui ne l’empêche pas de se réserver l’une ou l’autre chanson plus douce. A l’instar de « Juste un instant », une ode au bonheur immédiat, aux plaisirs simples, ou encore « Ton jour de gloire », lueur d’espoir au sein du grand bordel. Une petite surprise, le cinématique « Au cœur de Manhattan », abordé dans l’esprit du célèbre « Chacun fait ce qu'il lui plait » de Chagrin d'amour. Bref, un bien bel album pour ce doux rêveur tellement réaliste.

 

B.B. & The Blues Shacks

Live at vier Linden

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BB & the Blues Shacks est incontestablement un des meilleurs groupes européens de blues. Fondé en 1989, il est responsable de toute une série d’albums fort intéressants, dont "Live at Lucerne Blues Festival" en 98, "Straight blues" l'année suivante (NDR : une plaque partagée entre face swing et blues), "Midnight diner" en 2001 et enfin "Blue Avenue" en 2004. "Live at vier Linden" est un nouvel opus enregistré ‘live’. Une œuvre immortalisée dans leur bonne cité de Hildesheim, au cours de l'été 2005. Leur répertoire puise allègrement au sein de la musique des années 40 et 50, et principalement dans le west coast swing. Pour y parvenir, ils possèdent tous les atouts indispensables et nécessaires dont deux leaders/solistes extrêmement talentueux ; en l’occurrence les frères Andreas et Michael Arlt, respectivement, guitariste/harmoniciste et chanteur. Ils sont soutenus par le pianiste Dennis Koeckstadt et une section rythmique taillée sur mesure : Henning Hauerken à la basse acoustique et Andreas Bock aux drums. Les frangins Arlt signent, en outre, l’intégralité du tracklist proposé tout au long de ce concert.

L’elpee s’ouvre par "Hot shot bop", un instrumental qui met déjà en exergue le talent fou manifesté par Andreas sur les cordes. Chicago blues rythmé au refrain inspiré, "Let's get crazy" est une synthèse de toutes les influences embrassées par Michael : de Little Walter à Sonny Boy Williamson en passant par Big Walter Horton. "She's goth er eyes on you" est un blues qui baigne dans les swamps de la Louisiane. Michael s’y révèle très proche de la démarche d’un Kim Wilson, tandis qu’Andreas - et ce n’est pas une surprise - marche dans l'ombre de Jimmie Vaughan. Le spectre Fabulous Thunderbirds envahit à nouveau "Lose my mind". Les Teutons sont de grands spécialistes aux ivoires. A l’instar d’Axel Zwingerberger ou encore de Christian Rannenberg. Dennis nous le rappelle tout au long de ce boogie. Et se déchaîne lorsqu’il embraie par "Stompin' and rollin'". Le guitariste reconnaît pour influences majeures des personnages aussi notoires que T-Bone Walker et Tiny Grimes. Plages swing, "Can't hide love" et "Hear my baby naggin'" en sont les plus belles démonstrations. Incroyablement doué, il se révèle même proche des meilleurs élèves américains tels que Kid Ramos, Alex Schultz, Junior Watson ou encore Rusty Zinn. Andreas possède plus d'un tour dans son sac. Il a bien étudié la technique des guitaristes du Chicago Westside. Et en particulier celui d’Otis Rush et de Magic Sam. Long blues lent, "Good night's sleep" est un nouveau tour de force. La voix de Michael Arlt passe également bien la rampe. Assez proche de Kim Wilson, elle donne sa pleine mesure sur "Letter from my baby". Ce concert chaleureux s’achève par "Ain't a home no more", un shuffle conquérant sans doute, très texan sans aucun doute. Un disque tout simplement brillant !

 

Festival Trans Musicales 2006 : samedi 9 décembre

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Pour leur dernière soirée, les Trans Musicales s'annoncent électro-rap ! Il suffit de jeter un rapide coup d'œil à la programmation pour s'en assurer : Easy Star All-Stars, Aufgang, Justice, Keny Arkana, Nouvel R... Quelques moments rock sont tout de même prévus. Notamment la prestation très attendue de Kaiser Chiefs et les brésiliennes de CSS, entre autres. L'affluence est d'ailleurs à son comble…

Nouvel R lance le bal. Pas moins de sept silhouettes se dessinent très vite sur scène ; les vibrations d'une ligne de basse groovy résonnent et pas moins de quatre MC's balancent leur bagout en manifestant une aisance, un phrasé et une énergie étonnants. Quel plaisir, d'ailleurs, de retrouver l'indomptable talent d'Ezra, le human beatbox virtuose déjà vu sur scène la veille ! Tous s'affairent autour du DJ central et nous imposent avec force leur hip-hop efficace. Démarrage de la soirée en beauté !

Alors que DJ Medhi vient tout juste de terminer son set dans le grand hall, c'est au tour des trois Luxembourgeois d'Aufgang de livrer leur art aux Rennais, venus ce soir en force. Deux interprètes communiquent par pianos à queue interposés, tandis qu'Aymeric Westrich imprime le tempo de ses machines. Une formation plutôt surprenante responsable d'une musique qui n'en est pas moins variée et audacieuse ! Les influences oscillent visiblement de la house au jazz, en passant par la world music ; et force est d'admettre que le tout fonctionne plutôt bien, malgré l'atmosphère on ne peut plus froide émanant de la scène.

Après maintes hésitations, le nez pointé sur la programmation, je me décide et me dirige vers le hall 3 où les très attendues brésiliennes de CSS (sans oublier le seul membre mâle de la troupe, préposé à la batterie) vont débuter leur set quelques minutes plus tard… choix judicieux vu la foule déjà agglutinée dans la fosse ! Sans aucun doute, la curiosité est de mise dans la salle et le public ne sera pas déçu par la prestation scénique de ces demoiselles ! Elles crachent sans vergogne leurs chansons courtes et efficaces, aux paroles qui peuvent parfois laisser à désirer. Les Sud-Américaines ne sont en effet pas là pour se prendre la tête comme l'annonce leur « CSS Suxxx » en ouverture, mais bien plus pour s'amuser et entraîner le public dans leur délire… et ça marche ! Il faut dire que la chanteuse sait s'y prendre : boostée par une énergie incroyable et increvable, elle danse, sautille sur scène et fonce dans le public sans retenue… tout en chantant tube après tube. Plus que pour leur musique, on apprécie CSS pour leur spectacle.

C'est ensuite au tour des Anglo-saxons de Kaiser Chiefs de devoir faire ses preuves sur scène ! Très attendus dans le hall 3, ils ne déçoivent pas et sont à l'image du public rennais de ce samedi soir : sauvages et énergiques. Si leur musique n'apporte guère d'originalité dans la très convoitée scène rock anglaise du moment, il convient d'admettre que Kaiser Chiefs est un excellent groupe de scène qui se nourrit du public ; et ce dernier le lui rend d'ailleurs bien.

Rassasiée, je quitte le parc expo et laisse les plus courageux vibrer le reste de la nuit aux sons des platines…

Festival Trans Musicales 2006 : vendredi 8 décembre

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Le nombre important de voitures cherchant à se garer devant le parc des expositions présage une affluence beaucoup plus grande que la veille. En effet, le public est au rendez-vous ce vendredi soir ! La présence d'Albert Hammond Jr, célèbre guitariste des Strokes et de The Klaxons, la dernière sensation britannique, n'y sont peut-être pas pour rien…

A mon arrivée, je me réjouis vite d'entamer la soirée en assistant au set d'Ezra, jeune human beatbox français découvert deux semaines plus tôt à l'Ubu, salle rennaise, lors de la tournée des Trans. Et mon attente n'est pas déçue ! Grâce à ses prouesses vocales et buccales, il enflamme le hall 9 avec une facilité déconcertante. Du hip-hop au rock en passant par le jazz, Ezra module sa voix et nous emporte dans un univers brillamment construit et intelligemment pensé. Son énergie se propage et elle est vite palpable. Le ton est donné et Rennes est vite conquise ; cependant quelques jeunes gens dans la fosse s'impatientent et réclament déjà la tête d'affiche de la soirée : les Anglo-saxons du groupe Klaxons… Sans rancune, car on sait déjà que l'on retrouvera Ezra au sein du groupe hip-hop Nouvel R, le lendemain.

Les techniciens s'affairent donc sur scène et en quelques minutes tout est prêt pour accueillir The Klaxons. La foule semble déjà conquise. La fosse en délire a bien raison d'acclamer ce groupe rock à l'énergie folle, mais on se lasse cependant très vite de leurs mélodies un peu trop téléphonées.

Je décide alors de me diriger vers le hall 4 où The Bishops (nom qui n'est pas sans évoquer la vague pop anglaise qui inonde nos radios) vont se produire dans quelques minutes. Les jumeaux Bishop opèrent une entrée fracassante accompagnés de leur batteur ; cette apparition est leur première date en France et ils semblent apprécier le moment au moins autant que le public. Leurs mélodies pop teintées de rock 60's sont interprétées énergiquement et nerveusement. Les compos sont courtes (toutes les chansons sont expédiées en moins de trois minutes), mais percutantes et efficaces. On ne voit pas le temps passer ; et ils nous quittent déjà dans la bonne humeur générale, après un rappel de 20 minutes spécialement autorisé par Jean-Louis Brossard, directeur de la programmation. C'est dire.

On repart alors vers le hall central où Albert Hammond Jr, fameux guitariste des Strokes, a déjà commencé à jouer. Se lancer seul est un pari risqué ; mais il relève le défi très facilement et le démontre à travers des compositions inspirées et des mélodies pop pétillantes.

Son set vite bouclé, je me décide à aller découvrir l'intriguant songwriter canadien Son Of Dave… et sans regret ! Armé d'un sample, d'un harmonica, d'un tambourin et autres accessoires, il nous interprète une musique hantée et fougueuse. A lui seul, il enflamme le hall très vite bondé ! Son blues teinté de funk a en effet très vite attiré l'attention des flâneurs, et la curiosité a vite laissé place à l'enthousiasme général ! La découverte de la soirée ; et visiblement lui aussi apprécie l'instant.

L'énergie transmise par Son Of Dave nous encourage à parcourir allègrement les halls, et nous nous retrouvons vite face à Cold War Kids. Signé chez V2, ce groupe américain connaît un fort succès dans son pays natal et on comprend vite pourquoi… Il nous délivre un pop/rock d'excellente qualité qui n'est pas sans nous rappeler… U2. Comparaison de taille, certes, mais pour un groupe de grande envergure, tout simplement !

Ces deux superbes dernières découvertes me conseillent d'en rester là pour cette soirée… Je repars alors l'esprit rempli de jolis souvenirs tous en musique, et une grande impatience pour le dernier jour du festival !