Tout est fini pour Sprints…

Le groupe de Dublin, Sprints, sortira son deuxième album, « All That Is Over », le 26 septembre. Bien reçu par la critique, son premier long playing, « Letter To Self » (2024), a marqué le groupe comme une force majeure dans le paysage alternatif et a été…

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La vérité selon RORI

Après avoir marqué les esprits en assurant la première partie de Lana Del Rey, au festival Rock en Seine, devant 40 000 spectateurs, RORI poursuit son ascension. Cet été, elle s'invite sur les scènes de plusieurs festivals dont Les Francos à Esch/Alzette, Les…

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Bad Joke

Alchimie

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La France dispose désormais de sa propre fondation dub aux senteurs asiatiques. Faisant honneur au titre de leur second album, les Bad Joke réalisent une impeccable fusion de rap, reggae, drum’n’bass, rock, electro et dub, à l’image de leurs maîtres britanniques. Aussi engagés que ces derniers, les Rouennais déballent leurs armes mélodiques et s’insurgent contre les médias, le rejet et la haine, le tout sans vulgarité. Que ce soit en français ou en anglais dans le texte, la formation fait preuve d’une technicité singulière et maîtrise intelligemment son Sound System C’est donc en pleine poire qu’on se prend les « Leitmotiv », « L’œuf Story » et autres « T-Rex ». L'alchimie fonctionne tout au long du disque mais c'est véritablement en live que les compos doivent dévoiler leur vraie force. A quand la tournée générale ?

Bambu Station

One Day

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Originaire des Iles Vierges mais installé aux Etats Unis, Bambu Sation pratique un reggae ‘srictly roots’ qui n’a pas encore touché les rivages européens mais risque bientôt d’y parvenir en sortant un nouvel album tout prochainement. Paru trois ans plus tôt, ce « One Day » parvient à se différencier de la pléthorique production reggae grâce à un salutaire ancrage dans la soul et un son moelleux qui renforce l’indolence de rythmiques ‘one drop’ déjà très lentes. Parmi cette collection de longs morceaux aux paroles graves émergent « Humanity Bawlin », « Even Man Cry », « Gusnmoke » et « Amadou Diallo », des plages aux belles mélodies naviguant quelque part entre Beres Hammond et Luciano. Le reste du disque n’est pas vraiment passionnant et se contente de répéter des formules top souvent exploitées ailleurs. Cet opus demeure malgré tout un effort digne de respect, mais s’adresse plutôt aux mordus du genre, qui pour leur part ne devraient pas être déçus.

Be Your Own Pet

Be Your Own Pet

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Ils sont jeunes, beaux et jouent de la musique. Le rock’n’roll, Pet sounds de ce début de millénaire, est le terrain de jeu favori de ces drôles de bêtes. Be Your Own Pet tente ainsi de raviver la flamme punk. Emmené par la superbe blonde platine Jemina Pearl, le quatuor de Nashville nous ressert une jungle binaire à la Yeah Yeah Yeahs. Le single « Adventure » lorgne ainsi du côté des artifices déjantés de Karen O et nous rappelle aux bons souvenirs de « Our Time ». Révélés par « Myspace.com », nouveau puits artistique du tout-Internet, Be Your Own Pet flingue les lapins roses à coups de timbales tribales, de riffs incisifs et d’étendards criards. Engager la cohérence de ce disque ou foncer dans le mur : même combat ! Mieux vaut évoquer le bordel qui agite les quinze titres de cet album. Enregistré en studio comme un live, l’éponyme « Be Your Own Pet » souffre d’un manque de concision, d’un côté épars, qui peine à faire décoller ces histoires de bicyclettes et de chats sauvages. Comme le chante Jemina, c’est « Fuuuuuun » ! Mais est-ce suffisant pour redresser les crêtes punks ? Indulgent avec cette blonde furibonde et ses potes hystériques, on leur accordera le bénéfice d’un premier album transcrit dans la frénésie adolescente. Viscéraux, ces animaux farouches font donc preuve d’une férocité à toute épreuve. Espérons cependant qu’ils échappent à la muselière commerciale...

The Beautiful New Born Children

Hey People !

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The Beautiful New Born Children débarque d’Allemagne et remet les méthodes “Do it yourself” sur la platine. D’abord, une pochette façon copier-coller, en noir et blanc, illustrant l’arrestation d’un cool par des flics (par définition pas cool). Ensuite, la musique écorchée du quatuor encule férocement les règles. Flash ! Les contrôles de vitesse ne les effraient même pas. En 23 minutes, ces adorables nouveau-nés nous balancent neuf chansons boostées pour un ultime record de piste. Pieds au plancher, les huit premiers projectiles demeurent planqués sous la barre des deux minutes. Et laissent près de sept minutes de distorsion à combustion au morceau final (« Up and Down and Round and Round »). Bienvenue à la maison : Per à la batterie, Lolli à la gratte, Kirsten à la basse et son diable d’époux, Michael, au chant. Point commun de ces quatre cocos : un bébé. Pas très rock’n’roll, certes… Néanmoins, tous sont les heureux parents de gentils bambins. Certainement sourds dès leur plus jeune âge, ces marmots vivent dans un cocon familial énergétique. Dès l’ouverture, entamée tambours battant par « Do the Do », on plonge dans une ambiance électrique : du Velvet branché sur 10 000 Volts. Cet album des Beautiful New Born Children s’adresse à tous les fans frustrés des Strokes période “Take it or Leave It”. Du larsen initial au larsen final, des riffs percutants ne cessent de porter une voix noyée sous une saturation permanente de micro. Cette formation célèbre la rencontre des Libertines et des Strokes, de Jesus & Mary Chain et du MC5. Aimer ces groupes, c’est adopter The Beautiful Newborn Children. Chez eux, les chansons s’affublent de noms sympas, aussi courts à épeler qu’à gueuler : « A Good Dose », « I Do To », « Left, Right, Forward » ou encore « OK, Allright, Fine ». En définitive, le problème réside dans la possibilité de freiner un disque chevauchant à cette allure. Le crash ne peut être évité. Bang ! Du sang plein la face, les oreilles calcinées par ce mur de son, on se relève. Tremblant, on tend le bras, on serre les dents. Cette dose sera peut-être la dernière. Mais tant pis, la dépendance n’a pas de prix.

Wünjo

Resistance Deluxe

Écrit par

Wünjo sont des Rebelles. Le R en lettres capitales, s’il vous plaît. Non, non, pas ceux que tu vois le jeudi soir ou le samedi après-midi sur MTV! Wünjo, ce sont des vrais, j’te dis ! Ils ont tout l’attirail : le whisky, la bière, le cigare, les lunettes de soleil, la crête, le doigt d’honneur et le reste. Eux, ils font la nique au système, ils révolutionnent, ils cassent tout et, en plus, ils n’ont pas peur de dire ce qu’ils pensent. Bref, des marginaux originaux, quoi... Des gars qui n’ont pas peur de scander des slogans-choc du genre « Fuck Your Revolution » ou « Vengeance ! » et, cinq minutes plus tard, d’assumer pleinement leur côté féminin en fredonnant des 'Choup Choup' à tue-tête. Et t’avises pas de les traiter de chochottes. Pour prouver qu’ils sont dangereux, ils ont même habillé leur disque d’une pochette qui fait trop peur : y’a une tête de mort, du sang et tout ! On aurait presque pu croire qu’il s’agissait d’un Iron Maiden. Mais le contenu, lui, ne trompe pas : les Iron et leurs textes bidon, c’est du passé. Ici, c’est la jeunesse qui parle et ça s’entend. Les cinq gaillards de Wünjo, ils ont compris ce que les djeuns veulent : du sexe, des drugs, du wok’n’wol à plein tube. Aaaah, si seulement j’avais encore 12 ans…

Viva L’American Death Ray Music

In the Meantime…

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Le secret le mieux gardé de la culture rock indépendante s’évangélise peut-être sous les paroles de Viva L’American Death Ray Music. Les mélomanes qui éprouvent une certaine « sympathie pour l’industrie du disque » ne peuvent passer à côté de ce quatrième album. Impossible ! En huit titres, le trio touche à l’essence de Televison, caresse les doux rêves proto-punk du Velvet. Ces grandes références n’effraient guère ces missionnaires éclairs du rock’n’roll. Pire, la liste des clins d’œil s’allonge : Roxy Music, Galaxy 500 ou The Modern Lovers enrichissent encore un catalogue référentiel étoffé. Derrière la batterie, on retrouve Jeffrey Bouck, figure hippie croisée dans la troupe ensoleillée de Polyphonic Spree. A la guitare et au chant, Nicholas Ray prend la mesure des lignes de basse de Harlan T. Bobo. Ensemble, les trois garçons tissent des toiles mélodiques perforées de refrains entêtants. Des hymnes à l’indépendance, à la joie de griffer ses chansons en toute liberté. Sur « Same Suit Different Tie », la formation parvient à raviver la flamme garage rock attisée par les Stripes sous l’étendard de « De Stijl ». Plus âpre, singulièrement rock’n’roll, Viva L’American Death Ray Music semble traverser les époques pour n’en retenir que l’essentiel. Passion, débauche et grands frissons.

Allerjen

Resurrection

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Originaire de Manchester, ce trio a le mérite de s’être déjà attiré l’intérêt de nombreux médias et de maisons de disques (il vient d’être signé par Sonic Wave et sortira, dans quelques mois, un premier cd distribué par SonyBmg) via cette démo trois titres. Débrouillard, il est aussi parvenu à se hisser sur la même scène que Raging Speedhorn et Entombed lors du dernier Damnation Festival. Allerjen, c’est du costaud, donc ; et son metal très teinté hardcore l’est également, c’est une évidence. Les gros riffs côtoient allègrement les rythmiques endiablées, propulsées par Paul Tarbuck, le nouveau Mister T des batteurs. Les trois titres de cette démo n’ont rien de révolutionnaire mais, en tout cas, carburent au méga-super et révèlent un groupe à suivre de près. Attendons le full album pour confirmer…

Emily Loizeau

Sur la branche du bonheur

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L'hiver se prolonge, se tire en longueur. Dehors, les manteaux en peau d'hermine croisent les bonnets en laine. Ce ballet coquet ne suffit pas à réchauffer nos cœurs. Ni nos humeurs. Pas le temps de se lamenter. L'heure c'est l'heure. Et, en plein cœur de Bruxelles, nous poussons les portes battantes d'un café capital, où on nous assure qu'ici, 'l'échec est un jeu'. Le concept est intriguant. Plus intéressant encore, l'endroit est l'antre d'une rencontre éphémère, volatile en compagnie d'Emily Loizeau. Plutôt terre-à-terre, la jeune femme aime pourtant prendre l'air, s'envoler dans son imaginaire. Loin là-bas, à « L'Autre Bout du Monde », elle chante son premier album. Un disque déroutant, séduisant. Ne reste plus qu'à laisser le charme agir. Et taire les noms d'oiseaux. Ils sont bien mieux dehors.

Emily, peux-tu nous parler de toi, des expériences qui t'ont menées à « L'Autre Bout du Monde » ?

Pour me présenter : j'ai 31 ans et aucun complexe. C'est un bel âge. Depuis mes cinq ans, la musique rythme ma vie. Je me dirigeais alors vers une carrière de pianiste classique. Jusqu'à l'âge de 19-20 ans à peu près. Ensuite, j'ai bifurqué vers des études de philo et vers le théâtre. Puis je suis partie à Londres pour y fréquenter une école de théâtre. De retour en France, j'ai travaillé sur deux spectacles comme assistante à la mise en scène. La musique classique a donc représenté une grande partie de ma vie. Mais l'envie d'en faire mon métier s'est peu à peu dissipée.

Comment expliques-tu ce genre de 'rêves évaporés' ?

C'est souvent le cas pour les choses que l'on commence dès le plus jeune âge. Est-ce que c'est ça que j'ai envie de faire ? Est-ce moi qui ai choisi cette vie ? Est-ce que cela s'est fait tout seul ? De ce point de vue, le théâtre a constitué une étape intermédiaire intéressante. En y travaillant, je suis revenue à la musique. Et ce n'était pas un choix ! Au départ, j'écrivais quelques chansons pour moi. À Londres, j'étais privée de mon piano. J'avais acheté un accordéon et m'amusais à écrire quelques chansons. En ce sens, il s'agissait peut-être d'un manque. Mais au fond, il n'y avait aucun objectif professionnel. De fil en aiguille, à force de petits concerts et de nouvelles chansons, j'ai réalisé que je souhaitais vraiment chanter, faire de la musique. L'idée du disque est ainsi apparue…

Cette idée s'est-elle concrétisée rapidement ?

Pas vraiment. En fait, je suis quelqu'un d'assez perfectionniste. Mais je désirais vraiment sortir un bon premier album. C'était important pour moi ! Je ne suis pas fâchée d'avoir attendu. Mes premières compositions ont presque cinq ans. Mais avec du recul, je suis heureuse d'avoir pris le temps. Il faut toujours se laisser le temps d'évoluer. À l'époque j'étais jeune dans le métier, je ne voulais pas me presser. Mais en observant autour de moi, je me suis rendue compte que mon cas était un peu à part : dans la spontanéité, certaines personnes sont, en effet, capables de sortir quelque chose de très abouti. Bon, ce n'était pas mon cas… J'éprouvais le besoin de creuser, un désir d'exprimer clairement mes sentiments, ma personnalité. Ce qui demande pas mal de réflexion. Je suis assez méfiante à l'égard de la vitesse, de la rapidité. Car, même si on connaît des éclairs de génie et qu'ils engendrent une impression de finition, le fond est-il suffisamment solide sous ces propos spontanés ?

Finalement, « L'Autre Bout du Monde », ton premier album, est atterri sur le label Fargo. Comment cela s'est-il passé ?

C'est une belle histoire. Pour le coup, je commençais à me sentir prête à sortir un disque. Je savais exactement comment mon album devait sonner, je ne pouvais plus attendre ! Mais comme j'aime prendre mon temps, j'ai pris un an à démarcher de maison de disque en maisons de disques. Je ne suis donc pas atterrie chez Fargo par hasard. J'ai eu la chance de rencontrer l'équipe des Franco'folies, dont le patron Jean-Louis Foulquier, qui m'a beaucoup soutenue. Elle m'a permis de participer à des concours dont celui de la fondation 'La Poste'. J'ai eu l'opportunité de remporter ce prix, financièrement appréciable. Et j'ai évolué vers davantage de professionnalisme en réalisant un mini album autoproduit. Il n'a jamais été commercialisé. Je m'en suis juste servie pour démarcher auprès des maisons de disques. Mais au fil du temps, j'en ai eu assez de tous ces démarchages. Cependant, j'ai beaucoup appris durant cette période. Une expérience qui a forgé mon caractère. Certains me disaient d'attendre encore. Mais je n'en pouvais plus. D'autres d'écrire encore. Mais mon disque était prêt ! Il était grand temps que la situation évolue. Alors, je me suis lancée. J'ai enregistré mon disque pour, ensuite, essayer de le vendre à un label…

Et c'est de cette façon que tu es arrivée chez Fargo…

Et non ! L'histoire n'est pas encore terminée : cette année-là, j'ai eu la chance de découvrir Andrew Bird sur scène. J'ai complètement flashé sur sa musique. C'était une claque énorme. À partir de cet instant, c'est devenu une obsession : je voulais qu'Andrew joue sur mon disque. Alors, je me suis réveillée un matin en me disant : « Bon maintenant, c'est fini ! On se prend en main. J'enregistre ce disque et téléphone à Andrew Bird ». Alors, j'ai téléphoné chez Fargo. J'ai pu parler à Michel Pampelune, le directeur du label. A ma grande surprise, il m'a confié qu'il aimerait recevoir un de mes disques, juste pour écouter, se faire une idée. Depuis, on ne s'est pas quittés. Et je suis la première signature française du label.

Le label est établi à Paris. Le plus souvent, les signatures sont américaines. Ta présence chez Fargo est donc riche d'enjeux. Ressens-tu une certaine pression à cet égard ?

Aucune. Au contraire, je trouve cela très stimulant et encourageant. Je considère qu'ils sont autant importants pour moi que je suis importante pour eux. Je crois que j'aurais eu beaucoup de mal en me retrouvant sur une grande maison de disque. Bien sûr, me retrouver dans une grande maison de disques aurait pu être bénéfique. Mais le fait d'être 'une artiste' parmi tant d'autres m'effrayait un peu. Je ne voulais pas être-le-projet-du-moment. Etre rapidement écartée si les chiffres ne suivaient pas. Il ne faut pas s'en cacher : c'est de cette façon que les choses fonctionnent. Chez Fargo, je parle au patron tous les deux jours, on élabore un vrai boulot d'équipe. Ici, on est tous dans le même bateau et cette implication a quelque chose de très artisanal.

Selon toi, ce rapport humain sera-t-il une solution à préconiser pour permettre au disque de sortir de la crise ?

Tout le monde soutient que le monde du disque traverse une période difficile. Une époque qui génère la crainte de voir disparaître le disque, où les gens se retrouvent au chômage, où les musiciens et les chanteurs se font virer, etc. En même temps, notre époque se caractérise par un foisonnement de créations. C'est une situation paradoxale. Qui crée une morosité palpable dans certains réseaux. Et puis, d'autres réagissent à contre-courant. Aujourd'hui, la logique a changé. Les artistes ne cherchent plus absolument à être le prochain single radio. L'originalité marque la différence. Cette affirmation se vérifie de plus en plus. Chez Fargo, nous cherchons à construire quelque chose de solide, de différent. Et pas à bâtir un succès en claquant des doigts.

Ton disque transpire de féminité. Est-ce important pour toi d'exprimer ce côté féminin ?

La féminité qui se dégage du disque, c'est une partie de moi, pas du tout calculée. Je suis ainsi faite. Le côté féminin passe par certaines chansons comme « Jalouse », « Je ne sais pas choisir », « Boby Chéri ». Après, on passe à autre chose. L'enfance et la mort constituent, à mes yeux, les piliers du disque. Le rêve, le cauchemar et la mort sont des thématiques qui m'attirent énormément.

Ce qui explique pourquoi ton disque saute aisément de la déprime à l'allégresse…

Exactement. Et puis, le disque a été écrit en quatre ans. A cet égard, j'ai beaucoup évolué dans mon écriture, dans ma manière de chanter. Mais je n'ai jamais eu envie de gommer ces différentes facettes de mes chansons. Mon écriture peut se révéler légère ou tragique. Plutôt que de gommer les différences, je pense qu'il convient de les accentuer. Il faut s'accrocher à ses différences. Etre soi-même, c'est la plus grande source de différence. En ce sens, les petites différences de mon album, c'est une grande part de moi. Cet album, dans son ensemble, c'est ma personnalité. On y retrouve mon obsession pour le cauchemar, la mort. Ce disque a, dans un certain sens, une fonction cathartique. J'ai dû essuyer un deuil en 1998, vivre des périodes difficiles, d'autres plus agréables. Tous ces éléments s'expriment sur le disque. « L'Autre Bout du Monde », c'est le besoin de survivre, de rire de ces choses, d'assumer ces angoisses. C'est aussi une manière de prendre de la distance par rapport aux problèmes personnels.

Tes chansons respirent la joie de vivre. Mais tout n'est pas rose. Est-ce facile pour toi de chanter l'amour et la mort, des sujets opposés par le sens ?

Dans « Je ne sais pas choisir », on retrouve ce contraste. Dans un premier temps, l'atmosphère est décalée et puis, la chanson s'achève par l'histoire d'un enfant qui exprime son désir de mourir tel jour. Et qui, finalement, se dit que cela peut attendre demain. Parler de la mort avec la distance de l'enfance, c'est naturel pour moi. Je pense que ce sont deux thèmes qui se rejoignent. Sortir de l'enfance, c'est se retrouver seul face à la mort. Mais tu dois toujours conserver une part d'enfance en toi, car c'est ce qui te sauve ! Parler de la mort sur un ton léger ne m'est pas étranger. Cela fait partie de moi.

A la fin de « Jasseron », on entend des bruits étranges. Qu'est-ce que c'est ?

Ce sont les bruits de ma rue, à Belleville, à Paris. Mais comme j'ai du double vitrage, aucun problème !

Le titre de ton album est aussi le titre d'une des chansons de l'album. Pourquoi ? Résume-t-elle ton disque ?

Le résumer ? Non, ce serait réducteur pour l'album. C'est la chanson dont je me sens la plus fière. Cette chanson me parle. Elle évoque un monde imaginaire, comme sur la carte qui accompagne le livret du disque. C'est une sorte de vieille carte du 16e siècle dont les pays imaginaires sont baptisés du nom des chansons. On va penser que je suis obsédée. Mais le thème du cauchemar est de nouveau d'actualité dans cette chanson. « L'autre bout du monde » parle d'un rêve où je rencontre quelqu'un qui est mort et qui m'a manqué. Et cette personne me soutient que je me suis trompée, qu'elle n'était pas décédée, qu'elle vivait juste à l'autre bout du monde. En règle générale, je me souviens très peu de mes rêves. Mais celui-là est récurrent. Ce rêve est à la fois magique et tragique. D'un côté, on se dit que c'est génial de retrouver cette personne en chair et en os. Et d'un autre côté, c'est horrible, puisqu'on se rend compte qu'on l'avait oubliée. Oublier une personne qui nous manque, c'est l'évocation d'une culpabilité énorme. Pour le reste, « L'Autre Bout du Monde », c'est un peu mon pays des merveilles !

New Idea Society

You Are Awake Or Asleep

Écrit par

Quel disque étrange ! Convaincant sur la première partie, « You are awake or asleep » se prend carrément les pieds dans le tapis au cours d’un deuxième acte (les 5 derniers morceaux) qui ne restera pas dans les annales de la pop, loin s’en faut. Il y a pourtant du talent et un sens évident de la mélodie chez Stephen Brodsky et Mike Law, les deux locomotives d’un convoi qui semble avoir oublié la célèbre morale de la fable du lièvre et de la tortue : rien ne sert de courir, il faut partir à point… Et surtout ne pas tirer trop vite ses meilleures cartouches… Malheureusement, ignorant ces précieux conseils, New Idea Society démarre sur les chapeaux de roues. « Will/ Won’t », « The Aching Bells », « Willing To Wait », « The Waiting » s’enchaînent ainsi dans un joyeux capharnaüm, évoquant tour à tour Austin Lace, les Flaming Lips et toute une flopée de groupes indie/folk américains qu’il serait trop fastidieux d’énumérer. Et puis soudain, c’est la panne… Le charbon viendrait-il à manquer ? Quoi qu’il en soit, à partir d’un « Storm in my eyes » éthéré et franchement ennuyeux, NIS semble chercher son second souffle. Il viendra trop tard (« Anna Lee », hivernale petite ballade bien sympathique), hélas… Cet essoufflement, à la limite de la crise d’asthme, s’explique peut-être par la durée d’enregistrement de cet opus : près de 2 ans ! Un laps de temps bien trop long qui a probablement eu pour effet de mettre ses géniteurs à genoux… Dommage.

Emily Loizeau

L’Autre Bout du Monde

Écrit par

La suite des aventures Fargo s’écrit en français : Loizeau. Et, comme il est difficile de changer ses vieilles habitudes, Emily conserve cette part d’anglicité propre au label parisien. Emily Loizeau demeure néanmoins la première signature Française de la maison. Sur « L’Autre Bout du Monde », son album, la demoiselle s’autorise toutes les dérives. Elle s’amuse de la vie, de la mort. Elle voit rouge, broie du noir et nous conte des histoires rose bonbon. Entre franches rigolades et rengaines funestes, le disque façonne les contours d’une personnalité attachante. Loizeau s’envole ainsi pour 13 titres, sifflés en anglais ou en français, accompagnés ou esseulés. Dans la langue de Shakespeare, « London Town » convoque un volatile prolifique en la personne d’Andrew Bird. Ce dernier se risque même à quelques incartades dans le registre de Molière. Mais auparavant, l’équipée alter-mondialiste de Tryo était venue pousser la chansonnette « Voilà Pouquoi » autour d’un feu de bois. Une petite frivolité au cours de laquelle on apprend ‘pourquoi’ Chirac est plutôt un blaireau. Entre Andrew Bird et Tryo, Emily l’avoue : elle ‘ne sait pas choisir’. Alors, c’est Frank Monnet qui est invité autour d’un « Jasseron », histoire de trancher et de remporter le prix du meilleur duo. En solo, Emily Loizeau offre de délicieux moments à ses auditeurs. Divaguant sur ses tourments, la belle dévoile une intrigante part de féminité. Loin des seins siliconés, des Wonderbra matelassés au bubble-gum, Emily Loizeau révèle les craintes, les jalousies et les joies des filles. Tout ce qui plaît réellement aux garçons. Toutes ces choses que les hommes ne comprendront sans doute jamais se trament ici. En filigrane de quelques chansons qui migrent lentement dans nos têtes. Au rythme de Loizeau : toujours plus haut.

The Lords of Altamont

Lords Have Mercy

Du rock’n’roll qui pétarade sans demander son reste, et qui sue des aisselles en tentant de mimer l’Iguane : la tête gigote sur le beat bâtard, les doigts s’accrochent vigoureusement au manche, et les santiags tapent en cadence. Non, il ne s’agit pas d’un film de boules, mais ce disque les fout. On se croirait presque en 69, à l’époque des Stooges, d’où la chanson, et la position. Le sexe, le rock’n’roll, tout ça c’est du pareil au même, et quand elle crie (« She Cried »), c’est qu’elle aime ça. Sur ce disque les Seigneurs d’Altamont crient leur amour du riff débraillé, qui gicle de toute part. On pense aux Seeds et à leur « Web of Sound », le Rhodes en fait des tonnes et ça groove sec sur le linoléum. Un groupe Nuggets en 2006 ? Il y a du « TV Eye » dans le morceau « Let’s Burn »… et de l’Iggy partout ailleurs, en plus garage sixties. Les Lords of Altamont nagent donc en plein délire nostalgique, mais ils y croient tellement que c’en est sympathique. Ayez pitié pour eux, vous les croiserez peut-être en enfer.

Gary Higgins

Red Hash

Il est sans doute très probable que ce disque, s’il ne profitait pas du revival acid folk de ces deux dernières années (Devendra Banhart et consorts), n’aurait jamais été sauvé de l’oubli dans lequel il croupissait depuis plus de trente ans… Pareil pour Vashti Bunyan, qui depuis son intronisation par Banhart et Animal Collective, est ressortie du bois l’année dernière avec un nouveau disque (« Lookaftering »), trois décennies après son fameux « Just Another Diamond Day ». « Red Hash », qui date de 1973, vient donc d’être réédité par l’excellent label Drag City, au grand bonheur de tous les fans de néo-folk (barbus, pour la plupart) et des fashion victims (ce qui revient au même). Pour la petite histoire, Gary Higgins tenait la basse au sein du groupe Random Concept dans les années 60, dont l’un des autres membres, Simeon Coxe, fondera un peu plus tard les excellents Silver Apples… La suite est plus tragique : en octobre 1972 Gary Higgins est incarcéré parce qu’il dealait de la marijuana. Il reste en taule pendant 13 mois… Juste avant, il aura eu le temps d’enregistrer, en l’espace de 40 heures, ce fameux « Red Hash », alors pressé à 3000 exemplaires par un micro-label, Nufusmoon. Onze titres d’obédience acid folk, d’une qualité irréprochable malgré l’absence de moyens dont souffrait alors le chanteur. Vingt ans plus tard, la galette, tombée dans l’oubli suite à l’incarcération de son créateur et à l’absence de toute promotion et de distribution, s’échange sur le net pour plus de 200 dollars… C’est alors qu’en 2005, le folk hippie bénéficiant d’un regain d’attention de la part des labels et des médias (ils espèrent tous découvrir et signer le nouveau Banhart), ressurgit du néant cette pépite acoustique. Ben Chasny (Six Organs of Admittance, Comets on Fire), pour le coup, enregistre même une cover de « Thicker Than A Smokey » sur son dernier album « School of the Flower », de quoi alimenter le buzz et jouer au kador free folk… Sur « Red Hash » on retrouve donc des flûtes et du fingerpicking, des contes narcotiques et des cordes fleuries. Entre blues acoustique et mantras folk, ces treize titres (dont deux bonus) surprennent encore par leur vitalité, comme s’ils dataient d’hier… D’Adem (le surprenant « Stable the Spuds », quasi folktronica) à BRMC, de Mark Lanegan à Josephine Forster, nombreux sont ceux qui risquent d’avoir une claque en écoutant ce disque. « I Pick Notes From The Sky », titre l’une des chansons : si le ciel peut attendre, il est grand temps de rendre hommage, à l’homme et à son œuvre. Les pépites sont rares, et d’autant plus précieuses.

Eddie Hinton

Beautiful dreams Sessions Vol 3

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Eddie Hinton n'est plus de ce monde. Il est disparu en 1995, à l’âge de 51 ans. Il était originaire de Tuscaloosa, dans l'Alabama. Au cours de sa jeunesse, il milita au sein de groupes obscurs comme les Spooks ou les Five Minits. Il acquiert une certaine notoriété, fin des 60s, lorsqu’il devient le guitariste des célèbres studios Muscle Shoals. A cette époque, il partageait un appartement en compagnie de Duane Allman, avant que ce dernier ne fonde l’Allman Brothers Band. Entre 1967 et 1971, il apporte sa collaboration à des célébrités comme Wilson Pickett, Arthur Conley, Aretha Franklin, Joe Tex, Percy Sledge, Elvis Presley, les Box Tops et Otis Redding. En 1977, il commet "Very extremely dangerous", sous la houlette de Barry Beckett. La vague du disco le prive cependant de travail ; et il doit se résoudre à élire domicile dans la rue. A Decatur, dans l’Alabama. C'est là qu'un ami, John D Wyker, le retrouve et l’encourage à enregistrer un nouvel elpee : "Letters from Mississippi". Hinton signe ensuite chez Bullseye et y édite deux opus : "Cry and moan" et "Very blue highway". En 1995, il retourne chez lui à Birmingham où il travaillait sur un nouvel album lorsqu'il est emporté par une crise cardiaque. Ces dernières années, le label Zane avait déjà consacré deux collections à des sessions d'Eddie Hinton : "Dear y'all" et "Playin' around".

« Beautiful dreams » constitue donc le troisième volume de ces sessions, immortalisées entre 1966 et 1980. Hinton possédait une voix extraordinaire. Eraillée, graveleuse, elle était taillée pour chanter le R&B. En 1964, Eddie végétait chez les Spooks. L'année suivante, Fred Styles, bassiste des 5 Menits, lui demande de rejoindre son groupe. Il y retrouve alors le drummer Bill Connell et le claviériste Paul Hornsby. L'année suivante Connell quitte cette formation pour les Allman Joys (des frères Allman). Johnny Sandlin le remplace. Si Hornsby se forgera un nom, notamment comme producteur du Marshall Tucker Band et de Charlie Daniels, Sandlin deviendra le producteur des Allman Brothers Band. Des enregistrements du quartet avaient été opérés en 1966. Ce sont les quatre plages qui terminent cette plaque. Vu l'époque, les reprises de R&B sont exécutées de manière assez brute et primaire, mais elles ne manquent ni de dynamisme ni de conviction. L’enthousiasme et la bonne humeur envahissent "Blue blue feeling", "Lay it on me" ainsi que la reprise du notoire "Turn on your love light", un morceau jadis popularisé par Bobby Bland. Les mêmes musiciens allaient se retrouver quelques années plus tard. En 1974. Chez les Tuscaloosa All-Stars. Ils y concocteront quelques démos en studio. L’aventure impliquait également le guitariste Tippy Armstrong et le claviériste Mike Duke (qui joua en compagnie de Delbert McClinton). "Nice girl" ouvre ce disque. Une gentille ballade soul caractérisée par la profondeur du chant. Le jeu sur les cordes est clair et parcimonieux. "You made me sing" est un plage qui vous flanque des frissons partout, tant la voix libère de l'émotion. Pas étonnant qu'on lui ait donné le surnom d'Otis Redding blanc! Plus rythmé et dansant, "Just another wild love affair" est toujours d’aussi bonne facture. Deux plages datent de 1975. Des sessions qui ont alimenté l'album "Dear Y'all". Tout d’abord "You left the water running", une compo qui fut également adaptée par Otis Redding. Hinton est ici uniquement soutenu par la fameuse "Muscle Shoals Rhythm Section" : David Hood à la basse et Roger Hawkins aux drums. Le timbre vocal d’Eddie est très proche de Sam Cooke. Sur "Beautiful dreams", Hinton est seul. Il chante et joue de la guitare acoustique. Cette plaque recèle aussi des prises alternatives de titres gravés auparavant sur support. Et notamment l’énergique "Everybody meets Mr Blue" et le séduisant "Let it roll". Deux morceaux qui bénéficient du concours des Rocking Horses. Ces plages me rappellent quelque part les Box Tops, combo qui faisait régulièrement appel aux Muscle Shoals! Cette œuvre recèle encore quelques plages puisées ça et là, comme l’inédit "Alleyway", un R&B largement cuivré et très funky datant de 1979 ; ou encore des démos à l'accompagnement dépouillé, et en particulier "I won't let you down" et "Same old thang". De bonne facture, cet opus honore la mémoire de cet excellent chanteur, hélas toujours aussi méconnu…

Field Music

Field Music

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Inusable. Chaque écoute de ce premier album de Field Music éclaire un nouvel angle, héberge une nouvelle île au trésor. La terre au milieu des mers : l’Angleterre. Dans toute sa splendeur, elle traverse les douze titres de cette cargaison anachronique. Des Who à XTC, en passant par Wire, les mesures ‘so british’ s’alignent. Percutées de plein fouet par le rêve américain de The Left Bank et autres Beach Boys. Ces confrontations générationnelles offrent indéniablement une âme à Field Music. Son corps, quant à lui, repose fièrement sur ses membres : David et Peter Brewis, Andrew Moore et, en perpétuel va-et-vient, Tom English se glisse derrière la batterie, entre deux roulements de tambour chez Maxïmo Park. Le paysage de Field Music est esquissé par nombre d’équipées contemporaines. The Futurheads, The Golden Virgins et Maxïmo Park se présentent comme leurs meilleurs voisins de pallier. C’est pourtant à des miles de ces contrées que se localise la (Field) Music. Des humeurs psychédéliques, des montages baroques, des mélodies illuminées survolent des harmonies vocales à tiroirs. Lequel ouvrir ? L’embarras du choix pousse l’auditeur dans ses ultimes retranchements. Il faut pourtant se décider. Les auditions répétitives découvrent alors des compartiments emplis d’harmonica, de glockenspiel. D’autres débordent de guitares et de saxophone. L’enchantement est permanent. Field Music signe un disque sublime, aventureux. Dangereux à l’ère du tout-au-single ? Risqué, tout au plus. Mais quel bonheur enfin de découvrir l’amour du risque !

Camping

Dancing Days

Ce quintet de Barcelone, peu connu chez nous, vaut la peine qu’on s’y attarde, puisque ce « Dancing Days » rappelle le meilleur de Migala et de Shipping News. En gros, du rock indé qui souffre en silence. D’abord les riffs s’envolent, puis la batterie, les beats, rentrent en hibernation. Défilent alors sur l’écran de notre subconscient des images à l’envers ; même qu’à la fin on ignore où on est : sous la cime d’un rock sauvage ou dans l’œil d’un cyclone post-pop, tendance Acuarela, Tortoise, Windsor For The Derby. Tout ici présage d’un avenir serein, même si du calme ou de la tempête on préfère éviter de choisir… Dans l’interstice, heureusement, il se passe quelque chose, et c’est là que Camping a dressé sa grande tente catalane. Où l’on perçoit, étalés sur le sac de couchage, l’intégrale en cassettes de Ride et de Mogwai, une photo de Ian Curtis et un T-shirt de Slowdive. Parfois le vent se lève et malmène les tendeurs (surtout à la fin), mais l’inquiétude ne dure jamais longtemps. Sur ces onze titres sans véritable début ni fin, l’auditeur s’ébaudit à trouver une constante… Ses doigts s’accrochent et glissent sur les fils d’une mélodie fureteuse (douleur brûlante du frottement), mais peu importe : « Dancing Days », s’il porte mal son titre, vaut bien quelques échardes. Aye aye aye !

The Celibate Rifles

Beyond respect

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Née en 1982, cette formation australienne n’avait guère donné de signe de vie depuis l’an 2000. C'est-à-dire lors de la sortie de son dernier opus, "A Mid-Stream Of Consciousness". A un tel point qu’on se demandait si les Fusils Célibataires n’avaient pas déposé les armes… Et paradoxalement, chaque fois qu’on les compte pour morts, ils reviennent à vie. Du line up initial, seuls les deux guitaristes (Kent Steedman et Dave Morris) ainsi que le chanteur (Damien Lovelock) sont toujours au poste. Les différents changements opérés au cours de leur longue existence, n’ont donc affecté que la section rythmique. Et jamais la musique. D’ailleurs, Radio Birdman, les Stooges, les Sex Pistols, Damned, les Saints, les Ramones et MC5 comptent toujours parmi les influences majeures de cet ensemble qui jouit d’une excellente réputation de groupe de scène. La complémentarité des deux guitaristes n’y est pas étrangère. Mais aussi les compositions hymniques, soulignées par la voix âcre, graveleuse, laconique, du vocaliste responsable de lyrics engagés, satiriques, souvent à caractère écologique. « Beyond respect » ne déroge pas à la bonne règle. Il recèle cependant l’un ou l’autre compo plus élaborée, énigmatique, rampante, fiévreuse. A l’instar d’« Alhambra », de « When we meet again » ou encore de « Dre », balayé par les flux convulsifs des six cordes. L’opus privilégie, bien sûr, les plages contagieuses, décapantes, tempétueuses. Et je pense tout particulièrement à l’irrésistible « You won’t love me », au ‘stoogien’ « Nobody knows », à « (We all moved to) Buttland », dont les refrains sont balayés de backing vocaux vindicatifs ; et puis surtout au tribal « Return of the creature with the atom brain », adressant à la fois un clin d’œil à Rocky Erikson (NDR : leader des 13th Floor Elevator, il avait écrit en son temps « Creature of the atom brain », en s’inspirant d’un film d’horreur paru en 1955) et par conséquent aux Cramps, grands collectionneurs de films de série B. En bonus track, cet opus nous réserve une cover de « My generation » du Who. Au-delà du respect il y a encore et toujours du respect…

Susana Baca

Travesias

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Pour son quatrième album, la chanteuse péruvienne est restée fidèle à son habitude d’adapter l’oeuvre d’autrui. Mais il est peu question de folklore africain ou péruvien sur « Travesias » ; on a plutôt droit à un tour du monde de la chanson. Du classique napolitain « Luna Rossa » à l’haïtien « Merci Bon Dieu » en passant par les textes de Pablo Neruda et de Manuel Scorza jusqu’à une reprise de Maxime Le Forestier, beaucoup de continents sont représentés.

« Travesias » est une œuvre mélancolique et acoustique réalisée en compagnie des complices habituels que sont Marc Ribot (guitare électrique), Sergio Valdeos (guitare classique) et Juan Medrano Cotito (percus). On commence (bien) par « Né quelque part », une adaptation très mélancolique de Maxime Le Forestier qui décolle rapidement grâce à un arrangement très soul et des chœurs crépusculaires. « Una copla me ha cantado » est entièrement porté par la voix d’or de Susana Baca. Une comptine d’enfants signée par la chanteuse chilienne Violeta Parra. Maître haïtien de la guitare classique, Frantz Casseus (NDR : il prodigua en son temps des cours de son instrument à…Marc Ribot) a composé « Merci Bon Dieu » ; et l’adaptation ici est très réussie. Plus mièvre, « Estrela » est une jolie mélodie chantée en compagnie de Gilberto Gil ; mais elle souffre d’un excès de sucre largement imputable aux cordes de l’ensemble Tosca Strings. Poème de Pablo Neruda, « Estrela » recentre le propos lors d’un flamenco basé uniquement sur les percus et une guitare classique. L’accent de Susana Baca trébuche un peu sur le dialecte napolitain du sombre « Luna Rossa ». Elle ajoute dans le refrain une dimension plus sentimentale qui n’existait pas dans l’original, déforçant ainsi quelque peu le couplet. L’album s’achève par une touche très (trop ?) mélancolique administrée au « Volcano » de Damien Rice. Le seul authentique faux pas de cet album qui réveille le fantôme de (nooooonnnnn !) Mecano (Une femme avec une femme). A l’arrivée on obtient un album oscillant entre pure magie (surtout le début) et sentimentalisme exacerbé ; une œuvre qui rebutera plus d’un mélomane, mais sûrement pas les amoureux, pour lesquels cet opus emble avoir été conçu.

Easy Bill & The Big Beat

Stay tuned!

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Easy Bill Bower réside à Denver. En 2001, ce jeune chanteur/guitariste monte la formation Easy Beat en compagnie du bassiste RD Jones, du drummer Craig Westwood, du saxophoniste Ken Plum et du pianiste Mark Richardson. En 2003 le combo commet un premier elpee fort prometteur : "Midnight Creep". Un disque enregistré dans le studio de Radio KUVO, là où Easy Bill animait son radioshow : le "R&B Jukebox". Ce nouvel opus a été concocté à Elgin, dans l'Illinois ; et de nouveau sous la houlette de l’excellent bluesman, Nick Moss!

L'entrée en matière brille de mille feux. Les accents jump de la guitare alimentent ce "My kind of woman", une espèce de west coast rockabilly que Bill chante sur un ton convaincu et convaincant. Tout est bien en place et en particulier le sax de Ken Plum et le piano de Mark Richardson. Ce dernier se révèle un claviériste très talentueux. Il introduit "$100 woman", un boogie jump qui vous électrise jusqu'au bout des doigts de pieds. Le pianiste est insatiable. Il ne relève pas la tête, même lorsque notre Easy Bill prend le relais. Il chante comme s'il était sur une scène au beau milieu des fifties, l'époque du rock'n'roll naissant. La machine du Big Beat maintient le tempo pour attaquer "The kind of girl". Du vrai rock'n'roll made in New Orleans. Pourtant au bord de l’asphyxie, les danseurs sont incapables de déserter la piste. Bill chante. Il semble possédé par sa musique. Plum et Towber s'entredéchirent à coups de soli hyperactifs. Bill habille sa guitare d'une tonalité bien T-Bone Walker pour aborder le lent et savoureux "Jeanine", une plage imprimée sur un tempo louisianais qu'aurait bien revendiqué Guitar Slim. Il exploite ici toute l’amplitude de son registre vocal. Ce jeune homme progresse à pas de géants et lorsque les cordes peuvent s'évader, il nous confectionne un solo magique, épaulé par son ami Gerry Hundt. Excellent! Le Big Beat est définitivement lancé. Le riff cher à Elmore James nous conduit… "On your hook". Le saxophone, le piano et l'orgue s'accrochent à la slide, mais le son est pourri, poisseux, tout droit issu de ces tous vieux juke boxes des 50s. On se croirait revenu dans les studios de Leonard Chess à Chicago. Le son bien gras de la Gibson dirige les débats. Le "Right string but the wrong yo-yo" de Willy Perryman (Piano Red, Doctor Feelgood), répercute des sonorités surannées. Hilares, les musiciens s’abandonnent au plus profond de cette plage à la cacophonie mesurée ; et pour cause, Chris Beers tape dur sur ses fûts. Instrumental, "Fruit boots" (NDR : une compo qui figure au répertoire du saxophoniste Red Prysock) poursuit dans le même style. Ken Plum fait hurler son saxophone, pendant que Bill accorde un solo époustouflant sculpté dans le West Coast jump, réveillant en notre for intérieur, les meilleurs plans du légendaire Hollywood Fats. Le Big Beat ne desserre pas son étreinte. Toujours aussi infecté par ce R&B qui rocke, "Twenty-five lies" met en exergue, une nouvelle fois, la complicité entre les différents instrumentistes. Lorsque le combo change radicalement de style, ni la chaleur ni la qualité n’en font les frais. "City girl" emprunte un Bo Diddley beat imparable. Le son des cordes est pourri à l’extrême. Billet et Nick Moss sont réunis pour notre plus grand bonheur ; et le retour de Gerry Hundt à l'harmonica est un régal pour les oreilles. Le "Honey bee" de Little Milton nous replonge dans un R&B dévastateur, tempétueux, dansant. Cette plage autorise des échanges lumineux entre l'orgue et la guitare très largement amplifiée. Hundt souffle alors dans un registre très Sonny Boy Williamson pour exécuter "Back in the game", un Chicago shuffle issu de de la plume de Bill Towber. Ce superbe album s’achève par "Stay tuned!", une plage instrumentale, théâtre d'échanges entre les différents solistes, dont les deux gratteurs réunis, Easy Bill et Nick Moss. Le pied!

Ryan Adams

29

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Dernier pan d’un triptyque folk assemblé en l’espace de sept mois, « 29 » clôture l’œuvre du maître Adams avec une grâce inattendue. De facture moyenne, les « Cold Roses » et « Jacksonville City Nights », fruits de collaborations entre Ryan Adams et The Cardinals, laissaient présager une nouvelle semi-catastrophe. Que dalle ! Le mec a compris la leçon et balance enfin la véritable pièce maîtresse de sa trilogie. Ici, le singer-songwriter retrouve son mojo et la touche d’obscure splendeur qui traversait déjà l’impeccable double EP « Love Is Hell ». Alors que « Cold Roses » contenait 19 titres tous juste bons à animer une rodeo-party dans un ranch de l’oncle George, « 29 » confirme en neuf exemples que le prolifique trentenaire atteint réellement le sommet de son art, uniquement dans la simplicité. Hommage (ou plagiat, c’est selon) aux Grateful Dead et à leur immense « Truckin’ », le titre éponyme « Twenty Nine » applique une première couche folk dont Jerry Garcia aurait été fier. Suivent alors les deux magnifiques strates du tableau que sont « Strawberry Wine », parfaite ballade introspective de près de 8 minutes et « Night Birds » au charme légèrement taciturne et quasi-céleste. Ne dérogeant pas à ses propres règles, l’homme dépeint l’inévitable élégie dédiée à l’une des nombreuses femmes de sa vie sur l’exquis « Elizabeth, You Were Born To Play That Part ». Si ce n’était pour « The Sadness », altération insignifiante, loin d’être stérile mais ternissant quelque peu l’harmonie de l’ensemble, Ryan Adams tiendrait là le chef-d’œuvre de sa carrière. C'est qu'on pourrait presque lui pardonner son absurde « Rock’n’Roll » de 2003.

Richard Ashcroft

Keys to the world

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Après avoir commis “Alone with everybody” en 2000 et “Human conditions” en 2002, Richard Aschcroft nous propose son troisième album solo. Richard y aborde encore et toujours des thèmes qui l’obsèdent : l’amour, le bonheur, la dépression, la religion et la mort. Faut dire qu’il éprouve toujours le même désenchantement vis-à-vis du monde contemporain. Un sentiment qu’il a transformé en mélancolie douce et qui sied parfaitement à son timbre vocal remarquable. Tout au long de « Keys to the world », cette voix est d’ailleurs irréprochable, empreinte d’une grande sensibilité et évoque de plus en plus souvent celle d’un célèbre crooner : Neil Diamond. Passons maintenant à l’aspect musical. Soyons honnêtes, découpé en 10 fragments, cet opus m’a laissé mi-figue mi-raisin. En fait on peut diviser ce disque en deux parties distinctes. Quatre des cinq premières chansons sont absolument superbes. Depuis la big music de « Why not nothing ? » (Mike Scott ?) à l’envoûtant « Keys to the world » et ses chœurs féminins soul, en passant par le très ‘phillysoundesque’ « Music is power » et son sample de Curtis Mayfield (NDR : qu’il co-crédite d’ailleurs), plage interprétée dans l’esprit d’un Todd Rundgren, en passant par le single mid tempo « Break the night with colour », magnifique ballade conduite par un clavecin. Le reste ne manque pourtant pas de raffinement ni de sophistication. A cause des somptueux arrangements orchestraux dont il est coutumier, bien sûr. Mais l’accumulation de ballades concentrées en deuxième partie d’elpee, finit par lasser. A cet instant, davantage de dépouillement aurait sans doute permis de donner une autre dimension à des morceaux trop mielleux pour mériter une quelconque référence à Dylan, auquel l’artiste semble pourtant vouloir rendre hommage…

Lofofora

Les Choses Qui Nous Dérangent

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Techniquement impeccable, « Les choses qui nous dérangent » porte néanmoins assez bien son titre. Les vocalises, plus lourdes (lourdingues ?) que la musique elle-même, font parfois trembler les tympans d’effroi, comme sur les simplistes et peu subtils « Buvez du cul » ou « Humide Song ». Placardés au second plan, les textes politiques moralisateurs mais incontestables qui ont fait les beaux jours de Lofofora ont laissé leur place à des ritournelles indignes d’un groupe de cet acabit. Et c’est certainement là que se situe le véritable défaut de ce disque. Quelque rares titres sortent du lot et accordent à l’ensemble un seuil d’audibilité acceptable, tels que la mirifique « Eclipse », la « Rock’n’Roll Class Affair » issue de la collaboration entre la formation métal et le didji hip-hop DJ Tag Off (qui ça ?) ainsi que l’épatant « Quelqu’un de Bien ». C’est donc de justesse que Lofofora évite l’étiquette de métal de supermarché, genre Pleymo, pour ne citer qu’eux. Même si « Les choses qui nous dérangent » est épisodiquement faiblard, il devrait sans aucun doute cartonner en ‘live’.