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La fresque de Vincent Delerm

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Bacon Caravan Creek

Le syndrome du perfectionnisme

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Auteur d'un premier album fort intéressant et surtout original (" Behind a wish "), paru à la fin de l'année dernière, Bacon Caravan Creek nous vient de la région de Huy. Et pour enregistrer ce premier opus, le quatuor a reçu le concours de Rudy Coclet à la mise en forme, personnage incontournable en Belgique dont la carte de visite mentionne notamment Sharko, Arno et Mud Flow (NDR : ça rime !). Avant d'accorder leur prestation dans le cadre de l'édition 2005 du " D'Hiver Rock ", Nicolas (le chanteur) et Vincent (le bassiste) nous ont accordé une interview. Un entretien qui devrait permettre de mieux cerner le phénomène B.C.C.

La genèse de B.C.C. remonte à 1999. Julien Dacos et Xavier Schmitz se connaissaient depuis l'école. Ils avaient toujours rêvé de fonder un groupe, mais ils ne trouvaient pas de bassiste. Et puis Julien a rencontré Nicolas Perat dans un Supermarché d'Amay. Ils y travaillaient tous les deux comme jobistes. Ont sympathisé. Et comme Nicolas jouait de la basse, leur premier groupe est né. Ils l'ont alors baptisé Explosion. Parce qu'à l'époque, ils étaient tous fans de John Spencer Blues Explosion. Mais rapidement, ils se sont rendu compte que la corrélation était un peu trop évidente. C'est ainsi qu'ils ont opté pour le patronyme Bacon Caravan Creek. Sans raison apparente. Parce que mis en ensemble, ces trois mots sonnaient bien. En réalité, il s'agirait d'une expression qu'ils ont retenue de l'école, du cours d'anglais. Un cliché relatif aux familles américaines qui se nourrissent aux hamburgers et aux sitcoms. A moins qu'il ne s'agisse de la marque d'une caravane. Ou encore d'une référence aux Simpson. Une chose est sûre, les musiciens du groupe prennent un malin plaisir à laisser planer un doute sur l'origine exacte du patronyme. Nicolas raconte : " En fait, nous l'avions surtout choisi, parce qu'il laissait transparaître des connotations blues et rock. Nous interprétions alors de longs morceaux que Julien agrémentait de soli. Progressivement, nous avons voulu apporter à l'ensemble une touche électronique, parce que nous en éprouvions le besoin. A un tel point, qu'à un certain moment, nous écoutions de moins en moins de blues ou de rock et de plus en plus de musique électronique. J'ai donc décidé de m'acheter une petite machine et de me consacrer aussi au chant. Puis on fait appel à Vincent, qui était guitariste à la base ; mais capable de toucher un peu à tout, il est devenu notre bassiste. Mais Julien ne voyait pas l'évolution du groupe d'un bon œil. Et il se rendait compte que sa vision des choses collait de moins en moins à celle des autres membres du groupe. Et il a préféré s'éclipser. C'est alors que nous avons fait appel à John (NDR : Nederlants, ça ne s'invente pas !), qui jouissait d'une réputation de guitariste assez flatteuse, dans la région de Huy. " Et c'est sous cette forme que le combo va entamer la tournée des festivals d'été (Bear Rock, Nandrin, etc.) Vu les échos favorables recueillis lors de leurs prestations, ils décident de s'inscrire au concours organisé par l'asbl Court-circuit. Et de sélection en sélection, ils atteignent la finale, où ils obtiennent la troisième place, le prix du public et le prix Roland récompensant la meilleure démo. Des résultats qui vont leur permettre de décrocher de plus en plus de concerts (dont le festival de Dour) et de se retrouver sur l'une ou l'autre compilation. Bref, fin 2003 le groupe est tout à fait prêt à attaquer l'enregistrement de leur premier opus. D'autant plus que les quatre étudiants bissent leur année d'étude. Une coïncidence ou une fatalité (NDR : biffer la mention inutile) qui semble les avoir beaucoup aidé dans leur entreprise. Même que si l'un d'entre eux avait réussi, il y aurait eu comme un problème.

Mais venons en donc à la confection de cet opus enregistré chez Rudy Coclet, au studio Rising Sun. Le groupe voulait enregistrer un album depuis longtemps, mais cette envie s'est amplifiée à l'issue du Concours-circuit. Nicolas s'explique : " Notre entourage, le public et même des professionnels nous ont aussi poussé à réaliser ce projet. Mais sur un support bien travaillé. Une manière de montrer notre savoir-faire. Pas seulement sur une démo. Sans budget et dans un studio techniquement limité, nous n'aurions jamais pu y parvenir. Heureusement, grâce au prix, nous avons pu disposer d'un budget, minime mais suffisant, pour le concrétiser. " Mais pourquoi Rudy Coclet ? Vincent justifie la décision : " C'est arrivé un peu par chance. Nous connaissions sa carte de visite. Ce qu'il était parvenu à réaliser pour des artistes belges. Et puis c'est le premier à qui on a demandé. Un peu utopiquement. " Nicolas reprend la parole : " Nous avions vraiment flashé sur le deuxième album de Sharko, 'Meeuws2'. L'univers qu'il y développe est exceptionnel. Et on s'est rendu compte que Rudy Coclet ne s'était pas contenté de l'aspect technique, mais qu'il avait aussi mis la main à la pâte. Donc en arrivant en studio, nous savions ce qu'il était capable de faire. Que nous ne nous trouverions pas face à un type qui se contente d'accomplir son job. Point barre. " Vincent confirme : " Nous avions besoin d'un guide et en même temps de quelqu'un qui s'implique ". Et le résultat de ces sessions porte le nom de 'Behind a wish'. Encore que la formation a dû retourner en studio une seconde fois. Parce qu'au départ elle avait l'intention de se limiter à sept morceaux. Et en accord avec l'ingénieur du son, elle y est revenue, un mois plus tard, pour en concocter un supplémentaire. Mais pour le manager, ce format est inhabituel. Ce n'est ni un maxi, ni un album. Aussi, au lieu d'en retirer quatre, ils en ont ajouté deux. (NDR : bonjour la prise de tête !). Dix titres qui baignent au sein d'une certaine ambiance. Et d'ambiance à 'ambient', il n'y a qu'un pas qui méritait d'être franchi. Un avis partagé par Nicolas : " C'est une bonne remarque. Nous voulions que les auditeurs puissent écouter l'album d'une traite. Qu'ils n'aient pas l'envie de privilégier une plage en particulier, parce qu'elle sortirait du lot. " Cependant, pas au point d'épouser une forme conceptuelle. Nicolas confirme : " Absolument ! C'est ce que nous voulions. " Et Vincent en remet une couche : " Il est possible d'écouter chaque chanson individuellement, mais aucune d'entre elle ne se démarque. C'est un ensemble. On n'achète pas le CD pour une seule chanson. " Nicolas embraie : " Le temps passé en studio, nous l'avons consacré à la recherche d'ambiance, plutôt qu'à mettre en exergue une compo qui claque bien ! " Et comme le groupe est perfectionniste, on imagine facilement le somme de boulot qu'il a fallu déployer. Vincent admet : " Nous passons beaucoup trop de temps pour les détails, dont la plupart n'aboutissent jamais à rien. Mais pour cet album, on a réalisé un énorme travail de recherche. Avant et pendant l'enregistrement. Nous avons utilisé de nombreuses pistes. Parfois 50 ! Même si cette quête du détail n'apparaît que par bribes. On ne s'est pas limité à la chanson telle quelle. " On comprend mieux pourquoi les musiciens se remettent constamment en question. Toujours ce syndrome du perfectionnisme ! Nicolas avoue : " Chez nous cette remise en question est permanente. Lors de chaque répétition. Avant un concert, nous exprimons ainsi nos craintes. Après un concert, on fait l'analyse de notre prestation. Et si un set a foiré, nous rectifions le tir de fond en comble. Donc tous les morceaux. Et encore une fois cette méthode rejoint notre besoin de recherche d'ambiance plutôt que de mettre le paquet sur un morceau bien calé. Parce que chez nous, la vision d'une chanson change constamment. Donc à la limite, celle qui véhicule le plus d'émotion est produite sur l'album. Tandis que sur scène, nous fonctionnons à l'émotion du moment, de la semaine, etc. " Et pas facile d'exprimer ses émotions lorsqu'on est introvertis. Nicolas confesse : " Oui, nous le sommes. Tous les quatre. Personnellement, sur scène, je m'accroche à ma planche et j'ai dû mal à la lâcher pour montrer que j'adore jouer en concert. Nous aimons tous nous produire en 'live'. Mais hors de la scène, nous somme très introvertis. " Vincent insiste : " Timides même. Nous éprouvons certaines difficultés à nouer des contacts avec les autres groupes. Et lors d'un set, nous ne sommes pas enclins à inviter les spectateurs à chanter ou à frapper des mains. " Ce qui explique sans doute pourquoi on ressent une certaine angoisse à travers leur musique. Une inquiétude face à l'évolution du monde contemporain. Nicolas précise : " Inconsciemment certainement. Mais ici ce n'est pas voulu. On n'a pas insisté pour que les morceaux soient mélancoliques ou lents. Ils sont nés tout naturellement. Ils sont tout simplement le reflet de notre génération. " Une angoisse que le groupe a en quelque sorte exorcisé en entrant en studio. Nicolas confirme : " Nous avions conscience que c'était la première et la dernière chance de faire un album. Et qu'il ne fallait pas la laisser passer. Que c'était le bon moment pour investir le budget dont on disposait. Donc on y a mis toute la gomme " Un moment d'autant plus idéal que le rock wallon est en plein boom aujourd'hui. On peut même affirmer que des formations comme Girls In Hawaii et Ghinzu ont tracé la voie à suivre. Vincent partage ce point de vue : " Je ne crois pas que nous aurions pu sortir cet album, il y a 5 ou 6 ans. Le contexte est aujourd'hui beaucoup plus favorable, c'est vrai ! "

Mais qu'est ce souhaite vraiment le groupe (NDR : par référence au titre de l'elpee " Behind a wish ") ? Nicolas réagit : " Je suis content qu'on me pose cette question. Parce qu'on ne la pose jamais. Or, nous craignons que le public pense que le titre se résume simplement au souhait de sortir un album. Qu'il ne se rende pas compte de son sens véritable. Que la plupart des lyrics de notre disque traitent de l'hypocrisie en général. C'est dans ce sens là qu'il faut le comprendre. Que se cache-t-il derrière la tête de quelqu'un qui vous souhaite de bonnes choses ? De gens qui vous tendent la main ou refusent de vous la tendre ? Des faux amis ? Des réflexions qui entraînent beaucoup de stéréotypes. Et sont également le fruit d'expériences personnelles. Mais je pense que finalement elles reflètent une espèce de vision du monde… " A contrario, en choisissant d'être bookés par l'agence 'Progress in Booking', le groupe pense avoir fait le bon choix. Nicolas s'explique : " Nous avions fait écouter notre musique à beaucoup de monde. C'est un des premiers retours positifs que nous avons reçu. Bernard est venu nous voir et nous parler plusieurs fois, à l'issue de quelques concerts. En disant ce qu'il pensait vraiment. Et puis au fur et à mesure, le courant est passé de mieux en mieux. Nous partagions la même vision des choses. Et puis nous avions peur de recevoir des propositions malhonnêtes… "

Au rayon influences, la plupart des médias citent Notwist et Radiohead. Une question qui méritait bien sûr d'être posée. Vincent prend la parole : " Les 3 ou quatre dernières critiques de l'album parlent de Notwist et d'Elbow. Un de ces articles mentionne même que notre disque a été recopié sur un des premiers elpees de Notwist. " Nicolas se défend : " Nous n'avons rien recopié, nous ne connaissions même pas Notwist. Et lorsque nous l'avons écouté, nous en avons conclu que la coïncidence était vraiment extraordinaire. Le même phénomène s'et produit pour Arab Strap. Lorsqu'on écrit qu'un groupe nous ressemble, nous avons envie de l'écouter, pour en avoir le cœur net. En ce qui concerne Radiohead, c'est tout à fait différent, puisque nous apprécions tous leur culture. " Et Vincent d'ajouter : " Je crois que ce groupe a influencé tellement de monde. Et en influencera encore pendant un certain temps. Il est devenu en quelque sorte intemporel. Maintenant, nous écoutons tous des choses différentes. Et John des musiques plus complexes que nous. Comme Mars Volta, par exemple " La musique de B.C.C. s'est également vue taxée de noisy. Ce qui a bien fait rire les musiciens. Nicolas reprend le crachoir : " Nous ignorons d'où viennent ces bruits ( ?!?!?), mais on n'a pas cherché non plus. On a même repris l'info quelque temps sur notre site, histoire de marcher dans le jeu. Parce qu'on trouvait que cela faisait bien d'être étiquetés 'noisy'. Lorsqu'on fait le bilan, on ne compte plus le nombre de comparaisons dont on a fait l'objet. C'est inimaginable ! Mais c'est bien ainsi. Cela signifie que nous touchons le public de manière différente. " Comme celle qui les a rapprochés de dEUS, par exemple. Pourtant, on ne peut pas dire que la musique du quatuor soit baroque. Nicolas a son avis sur le sujet : " Probablement plus au niveau de la démarche et du concept que de la musique. Plutôt que de faire constamment écouter le résultat de nos expérimentations à d'autres personnes ou à d'autres groupes, nous préférons nous cloîtrer tous les quatre. Nous ne faisons pas partie d'un collectif. D'une maison, d'une ville, d'une région où il existe une scène rock. Nous avons toujours préféré travailler en circuit fermé plutôt que de se fondre dans un ensemble. Et à ce niveau, je comprends mieux la comparaison à dEUS. Mais il est vrai que pour la musique, on est loin du compte… "

(Photo : Olivia Londot)

Supergrass

La route pour Rouen passait par Lille...

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Pour accomplir sa tournée dans l'Hexagone, Supergrass a choisi Asyl comme supporting act. Un quatuor issu de La Rochelle qui pratique un punk/rock particulièrement énergique inspiré par Noir Désir et Téléphone. Et ce nonobstant des lyrics interprétés tantôt dans la langue de Voltaire, tantôt dans celle de Shakespeare. Un syndrome qui semble hanter encore aujourd'hui une foule de groupes outre-Quiévrain. Même la voix de Mathieu Lèscop emprunte régulièrement les inflexions de Jean-Louis Aubert, mais sans jamais parvenir à en moduler le timbre. Ce qui confère aux mélodies un aspect particulièrement monocorde. Torse nu, le batteur a beau se démener comme un beau diable (son drumkit implique une énorme cloche) et Nicolas Freidline lézarder l'univers sonore d'excellentes interventions électriques en triturant sa guitare, l'ensemble manque cruellement d'originalité. Résultat des courses les 30 minutes de ce set ne laisseront pas un souvenir impérissable auprès de l'assistance alors présente.

On était prévenu : Danny Goffey ne participe pas au nouveau périple opéré par Supergrass sur le Vieux continent, dans le cadre de la sortie du nouvel album, « Road to Rouen ». Son épouse attend un heureux événement, et il a préféré rester à ses côtés. Pour la circonstance, il a été remplacé par l'ex drummer de Ride, Loz Colbert. Autre absence : celle du claviériste Rob Coombes, remplacé par un autre : Charly Coombes (NDR : oui, oui, c'est le petit frère. Et il milite habituellement chez les 22-20's). En outre, un percussionniste d'origine hispanique a rejoint le line up pour cette tournée.

Gaz Coombes monte sur les planches, armé de sa guitare sèche. Elégant, un superbe chapeau vissé sur la tête, il ressemble à… Neil Young. Il prend place sur un des sièges de bar placés à l'avant du podium et attaque en solo « St Petersburg », puis « Wait for the sun ». Le son est frais, cristallin. Sous cette forme minimaliste, les compos prennent une toute autre dimension. C'est le moment choisi par Mickey Quinn pour entrer en scène. Il s'assied également sur un des tabourets. Soutenu par Gaz, il interprète une version à la guitare acoustique de « Caught in the fuzz ». Et dans la foulée le duo enchaîne par « Caught by the fuzz » et « Sitting up straight ». Superbe ! Vingt bonnes minutes après cette intro, au cours de laquelle les deux comparses ont changé d'instrument pratiquement après chaque titre, le reste du combo fait son apparition. On entre alors dans la phase semi-acoustique du set, le groupe épinglant alors « Late in the day », « Kiss of life », « Sad girl », « Mary » et le single « Low C ». Une phase au cours de laquelle, on se rend compte du rôle joué par le drummer remplaçant. En fait l'ex Ride possède un jeu plus souple que celui de Danny ; un style qui finalement colle idéalement à ces chansons mid tempo. Et lorsque Loz et le percussionniste décident de se lâcher lors d'une version libre de « Sun hits the sky », on n'est plus très loin de l'univers de Santana période « Soul sacrifice », un fragment ponctué par un exercice de style en solitaire particulièrement brillant du second nommé aux bongos. Place ensuite à un duo entre Gaz et Charly, soutenu par une boîte à rythmes. Les deux Coombes s'installent derrière un clavier sis à chaque extrémité de la scène. Ils plongent « Roxy » ainsi que « Funniest thing » dans un bain de mélancolie douce. Et lorsque le groupe au complet reprend la route (pour Rouen ?), la formation entre alors dans sa phase électrique, alignant ses hits (« Richard III », « Pumping on you stereo », « Grace », « Moving », etc.), face à un public qui, ravi, commence à pogoter ferme. Et Supergrass de prendre congé du public à l'issue de cette apothéose, qui en redemande. Souhait exaucé par un autre morceau acoustique : « Fin » ; et puis par  l'inévitable « Lenny ». Et si la formation n'avait pas inscrit « Alright » à son répertoire, c'était pourtant le sentiment qui avait envahi l'âme de chaque spectateur, à l'issue de cette bien agréable soirée…

 

 

 

Les Inrocks-Black XS

Pour la deuxième journée du festival, l'accent avait été placé sur la nouvelle vague de groupes post punk qui sévit actuellement aux Iles Britanniques. Responsables d'une musique rafraîchissante et énergique, ils marchent allègrement sur les traces de Bloc Party et de Franz Ferdinand, grosses pointures qui leur ont tracé la voie…

Du quatuor londonien Hard Fi, le public connaît surtout le single « Hard to beat », une chanson pop/rock mélodique, contagieuse, aux sonorités de guitares chatoyantes, diffusée régulièrement sur les ondes radiophoniques. Pourtant, le band se réclame davantage du Clash ou d'un Blur adolescent que de la pop post Prefab Sprout. Tout en s'intégrant parfaitement dans ce mouvement post punk britannique contemporain. Le set a débuté en force par "Middle Eastern holiday" et "Unnecessary trouble", avant d'atteindre sa vitesse de croisière. Le répertoire n'a évidemment pas oublié les inévitables "Cash machine", "Tied up to tight", "Living for the weekend" et le hit single. Mais ce qui a surtout frappé, c'est l'habileté du chanteur à communiquer avec le public. Et la faculté du groupe à mettre de l'ambiance. Pas étonnant que leur tournée soit une réussite. Et que le public était déjà bien chaud à l'issue de leur prestation.

Les compos de The Futureheads sont brèves et puissantes, mais aussi mélodieuses et énergiques. Puisant allègrement dans la musique de la fin des 70's et en particulier chez Jam et les Buzzcocks, ce quartet n'a pas failli à sa réputation en dispensant un set vivifiant et excitant ; dans un style bien soutenu par la qualité de leur interprétation, mais aussi par la perfection de leurs harmonies vocales. Certains morceaux comme "Decent days & nights", "Robot" ou encore "Meantime" avaient même adopté le fameux tempo 1, 2, 3, 4 des Ramones. Jouant de plus en plus vite, écrasant tout et implacablement sur son passage, le combo avait même enclenché la surmultipliée pour conduire "Beserker". Dans un autre style, "Danger of the water" et "He knows" ont bénéficié d'un traitement a cappella. Mais le point culminant de leur spectacle a été atteint lors de leur version du « Hounds of love » de Kate Bush, une chanson reprise en chœur à tue-tête par les spectateurs. Le groupe n'a guère eu de difficultés pour mettre le public dans sa poche, et à mon humble avis, s'est montré encore plus performant que lors de son passage au dernier Pukkelpop…

J.M. (Traduction Suzanne, adaptation B. Dagnies)

Aperçu en salle et lors de festivités estivales, les naufragés de Newcastle ont accumulés quelques kilomètres de tournée dans leur escarcelle. Et cela se sent. Les guitares retentissent, plus directes, maîtrisées et fulgurantes. Un show solide, branché à l'adrénaline, sans jamais oublier de puiser dans le cathéter à mélodies. Une part du public avale d'ailleurs les paroles de Paul Smith comme d'autres avalent des pilules. La sueur perle (enfin) sur les fronts de cette incorruptible assistance. Un noyau dur se forme, masse compacte divaguant au gré des tubes maxïmiens : « Graffiti », « Limassol », « The Night I Lost My Head » ou l'inépuisable « Apply Some Presure ». Si Alex Kapranos veut faire danser les filles, Paul Smith veut faire bondir les garçons. Dommage pour les filles ! De toute façon, sa coupe de cheveux gélatinée ne semble pas vraiment affrioler la gente féminine. Assemblage capillaire lissé sur la tête, chemise rouge pour cravate noire, notre homme saute comme un 'Homme-Machine', fixe des points invisibles et déclame les textes visibles de son fameux livret rouge. Parler de Paul Smith, sans évoquer ces acolytes, c'est comme converser du Bauhaus sans invoquer le Constructivisme. Archis Tiku, le bassiste surnommé 'Apu Nahasapeemapetilon' par une cohorte minimaliste de fans aguerris, se déchaîne. Notre ami 'Apu' frappe violement ses cordes. Va-t-il changer de crémerie dans la demi-heure ? A ses côtés, Lukas Wooller s'acharne sur les touches de son clavier et balance rigidement ses membres comme dans un ballet inspiré par 'Astro le petit robot'. Reste le paisible Tom English (ce nom, pour un Anglais !), force tranquille, qui fracasse ses fûts à l'insu des observateurs obnubilés par les facéties de son compère de chanteur. A la guitare, Duncan Lloyd a marqué le coup. Vivace, précis et incisif, il force le respect là où il traînait la patte lors des premiers shows du groupe. Le groupe culmine finalement par l'entremise de « The Coast Is Always Changing » et d'un « Kiss You Better » définitif. Il n'en faudra donc pas plus aux garnements de Maxïmo Park pour mettre les points sur les i.

Les princes du rock onomatopéique emportent la tête d'affiche du festival. 'Facile', diront certains. 'Trop facile', répondront les autres. La musique de Kaiser Chiefs fonctionne en mode binaire sur des textes patauds, à chanter à la bonne franquette, dans un pub, un bureau ou, comme c'est le cas aujourd'hui, dans une salle de concert, entièrement acquise à leur cause. Elle sera bientôt conquise. Il faut être honnête, le coup de Ricky Wilson et de sa bande ressemble au dernier caprice de gosses de riche. N'empêche, on se laisse prendre volontiers au jeu de leur premier album : « Employment ». Dès le riff de guitare initial, la foule sursaute, bondit et hulule les paroles entonnées par un Wilson monté sur ressort. Chaque chanson, étiquetée 'single', cause son lot d'effervescence dans la fosse. Poseur intrépide, Ricky paie une tournée de hits à son public : « Every Day I Love You Less and Less », « Modern Way », « Oh My God », la liste est intarissable. Vient alors le moment tragique, l'instant décisif où le chanteur effronté lance « I Predict a Riot », en trouvant le moment idéal pour un bain de foule. Ben tiens, en pleine vague de soulèvement urbain, le garçon 'prévoit une émeute'. C'est parfait, inattendu. Le public n'en demandait pas tant. Embarqué dans une bataille sans merci, Ricky Wilson doit ferrailler sévère pour sauver sa peau de rock star ! De retour sur scène, il se tourne vers cette foule belliqueuse, visiblement émoussé : 'It's a fucking rock show ! A rock show : nothing less, nothing more !', précise-t-il. Quelle idée aussi ne pas regarder la télé, de ne pas appréhender l'impact de ces insurrections, de ne pas remettre en question la réalité urbanistique, la Prude Albion esquissée par Tony Blair et ses copains. Fâché mais pas rancunier, Ricky Wilson reviendra régler ses comptes avec son public le temps d'une sympathique reprise de Marvin Gaye et d'un « Time Honoured Tradition ». Et ce n'est rien de l'écrire !

N.A.

 

Hard-Fi

On perd son âme dans un grand studio...

Écrit par

Hard-Fi est un quatuor issu de la banlieue ouest de Londres. De Staines près de Heathrow, très exactement. Un patelin qui n'a rien de bien excitant, puisqu'on n'y trouve pas de pub décent, pas de magasin de disques, pas de salle de concert, pas de discothèque, pas de boîte de nuit, pas de bonne librairie, pas de magasin de vêtements pour jeunes. Pas de bus ni de train de nuit. Même le week-end. Aussi si vous voulez vous rendre dans la capitale londonienne, pas de problème. Mais pour en revenir, vous avez tout intérêt à ne pas manquer la dernière correspondance. Bref, c'est dans ce trou perdu qu'est née cette formation. Avec la volonté de s'en sortir. Parce que la musique est la seule alternative pour les jeunes qui veulent échapper aux petits boulots minables. Après avoir commis un mini elpee, Hard-Fi vient d'enregistrer son premier véritable album : " Stars of CCTV ". Richard Archer, le chanteur/lyriciste, nous a confié tout ce qu'il avait sur le cœur…

En parlant tout d'abord de Staines : " Comme dans toutes les banlieues des métropoles, les choses intéressantes sont récupérées par la cité. Et Staines ressemble à toutes les autres villes de banlieue. C'est suffocant. On s'y emmerde, mais on y a des amis. J'ai toujours eu une relation amour/haine avec elle. Et si de nombreuses chansons sont le produit de cet environnement ; elles le sont de manière générale et pourraient facilement correspondre à d'autres bleds du style. En fait, elles traitent plutôt d'une volonté de fuir cette fatalité. Ce quotidien. Afin de trouver quelque chose de plus enrichissant. Bien sûr, si nous n'avions pas été de cet endroit, nous n'aurions sans doute pas concocté ce type d'album. Ceux qui y vivent se sont reconnus immédiatement. Parce que le son est très particulier. " Pourtant, en signant chez Atlantic, le groupe disposait d'un budget conséquent susceptible de lui permettre d'enregistrer dans des conditions bien plus professionnelles ; mais il a préféré le réaliser dans le studio de leur quartier : le Cherry Lips. Archer se justifie : " Lorsqu'on a commis notre Ep, 'Cash machine', c'est ce son si particulier qui faisait notre originalité. Aussi nous craignions qu'en changeant de studio, on changerait de sonorité. Nous y ressentons les bonnes vibrations et puis il y existe une ambiance comme nulle part ailleurs. C'est beaucoup plus convivial que dans un grand studio. Et moins anonyme. Tu as le sentiment que le son reste brut. Qu'il n'est pas poli. On aurait pu se permettre d'aller dans un studio réputé ; mais pourquoi changer lorsque tu es satisfait du résultat ? On perd son âme dans un grand studio. Et pour nous le résultat obtenu est bien plus important que le budget accordé. Tu n'as pas besoin de millions de livres pour réaliser un disque (NDR : lors d'une interview accordée à un magazine britannique, Richard avait même déclaré que par rapport à celui de Coldplay, leur budget était celui d'un yoghourt macrobiotique ; ce qui a bien fait rire notre interlocuteur). Aujourd'hui tu peux l'enregistrer sur un PC, et même le mettre à disposition sur Internet ". Ce qui n'empêche pas la formation d'être ambitieuse. Richard confirme : " Ce n'est un secret pour personne que nous voulons avoir du succès. Mes parents m'ont transmis un message : celui d'aller de l'avant. Ne pas se morfondre. On avait un choix : persévérer dans la musique ou nous contenter de boulots de merde. Comme mes parents ont toujours accomplis. Mais pour y parvenir, il faut être original. Ne pas faire ce que les autres font… "

Dans ce contexte, vous imaginez bien que les lyrics ont une grande importance chez Hard-Fi. On pourrait même ajouter que leur démarche est plus rock que pop. Richard nuance : " Pour moi la pop n'est pas un genre musical. Elle peut alimenter, simplement, une chanson rock qui interpelle. Une chanson rock ne devient pas pop lorsqu'elle s'adresse à un public plus large. L'important, c'est qu'elle garde ses racines. 'Rock the Cashbah' du Clash est toujours une chanson roots. Mais beaucoup de gens se retrouvent dedans. Le rock et le folk sont des musiques du peuple ". Rock, pop ou folk, une chose est sûre : Hard-Fi est aussi bien capable de briller dans l'univers de l'underground indie que dans les charts. Richard donne un début d'explication : " C'est peut-être parce qu'on écrit de bonnes chansons. Au cours de notre jeunesse, nous jouions un peu tous les styles en compagnie de nos amis : du punk, de la house, du rock, de la soul,… Nous interprétions aussi bien du New Order, du Beyoncé que du Jacky Wilson. Mais tout en demeurant ouverte, notre démarche demeurait fondamentalement insulaire. Un aspect très british que nous avons voulu styliser chez Hard-Fi. Lorsqu'on s'engage dans cette voie, il y a beaucoup de substance. Inévitablement, tu arrives à la chanson pop. Un peu à la manière de Police, de Blondie, des Stones ou du Clash. Lorsque la mélodie accroche et que ça marche, la réaction des gens est identique dans tous les pays du monde. Je chante les choses de ma vie. Mais à partir du moment où la chanson devient populaire, la chanson ne t'appartient plus. Elle fait partie d'un patrimoine mondial… "

On y arrive. Les musiciens de Hard-Fi sont de grands admirateurs du Clash. Contempo, le groupe au sein duquel sévissait autrefois Richard, avait même reçu le concours de Mick Jones, à la production. Richard réagit : " Nous ne jouons pas du Clash. Nous avons joué un titre avec Mick Jones lors d'un spectacle. Cependant, il est exact que nous sommes tous de grands fans de ce groupe. En quelque sorte, nous ajoutons notre touche personnelle à un concentré de 25 ans du Clash. Nous ne regardons pas dans le passé. Nous nous comportons comme si le Clash faisait toujours partie de la scène contemporaine. Ce n'est pas une démarche passéiste. " En quelque sorte, Hard-Fi pourrait être à la classe ouvrière ce que les Libertines sont aux poètes sous influence. Richard nuance : " Possible, mais nous ne nous considérons pas uniquement comme un groupe déterminé à représenter la classe ouvrière. Nous nous adressons à un public hétéroclite, ayant vécu des tas d'expériences dans la vie. Nous sommes fondamentalement ouverts, même si ce n'est pas l'objectif premier. Nous ne sommes pas un groupe britpop, mais une formation qui véhicule un message universel. "

CCTV est le circuit de vidéo surveillance installé dans les rues de Londres. C'est ce qui a permis à Scotland Yard de retrouver la trace des terroristes lors du dernier attentat perpétré par les intégristes. Mais ce système soulève également la polémique. Pas seulement parce qu'il remet en cause le respect de la vie privée ; mais parce que - suivant ses censeurs - il est le responsable de nombreuses dérives dans la lutte anti-terroriste. En choisissant 'Stars of CCTV' pour titre de leur album et comme morceau maître, Hard-Fi ne cherche-t-il pas à vilipender l'administration Blair ? Richard nuance : " Nous ne visons par spécifiquement Blair. Vous avez certainement déjà entendu parler que des choses extraordinaires se produisent en Angleterre. Mais pour le petit peuple, rien n'a changé. Suffit de regarder son voisin pour s'en rendre compte. Le but est de demander aux politiciens de se reconnecter avec les gens. De faire face aux problèmes. De ne plus nous raconter des bobards. Je ne me souviens plus lorsque Blair a été élu pour la première fois, mais je me rappelle que c'était excitant. Un jeune mec parlait d'opportunités pour tout le monde. A l'époque, je me disais que c'était génial. Mais finalement, tout n'est que big business. Que ce soit de droite ou de gauche… " Autre chanson qui suscite la polémique dans les familles de l'Albion : 'Middle Eastern holiday'. Elle évoque le drame de la disparition de policiers britanniques lors de la dernière guerre en Irak. Richard confesse : " Des jeunes compatriotes ont été tués à Bassora. Ils avaient autre chose à foutre que se faire tuer là-bas. A cet âge, tu penses à sortir, à t'amuser, à danser, à draguer les filles… J'aurais pu être à leur place. Et ce drame me permet de regarder les événements avec un certain recul. Donc, c'est une espèce de monde parallèle au sein duquel tu mets de chaque côté de la balance Grande Bretagne et Irak, paradis et enfer. Et tu remercies Dieu que ce n'était pas toi la victime… "

Les musiciens apprécient tout particulièrement Lee Scratch Perry, New Order, Happy Mondays, Massive Attack et puis surtout les Specials. Richard confirme : " C'était un des premiers ensembles multiraciaux. A cette époque, cette situation était assez extraordinaire. Importante d'un point de vue musical, mais aussi sociopolitique. Nous avions effectué quelques répétitions en compagnie de Jerry Dammers que l'on considère comme un héros ; et nous devions enregistrer un titre ensemble. Pour un spectacle qui s'intitulait 'Love Music Hate Racism show'. Mais malheureusement, nous n'avons pu y participer (NDR : et pour cause, c'est à cette époque que la mère de Richard est décédée) Bien qu'appréciant le Clash, le groupe n'interprète pas de titres du mythique combo 'live'. En répétition uniquement : 'London Calling', 'The Guns of Brighton', notamment. Mais pas sur scène. Enfin, pas pour l'instant… " A contrario, Hard-Fi a repris le 'Seven nation army' des White Stripes. Richard avoue : " C'est exact. Pour nous cette chanson est devenue un classique. On l'a d'abord reprise en 'répète' et on la sentait bien et puis on avait la certitude qu'on pourrait en faire une version épatante. Nous ne voulions pas en faire un clone, mais ajouter une touche très personnelle. Et finalement le public l'apprécie beaucoup. C'est un moment important de nos prestations 'live'… "

Merci à Vincent Devos

 

Tahiti 80

Une musique noire jouée par des blancs…

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Fondé en 1993, ce groupe rouennais rencontre un succès phénoménal au Japon. Par contre, en France, il est considéré comme marginal. Peut-être parce que les chansons sont interprétées dans la langue de Shakespeare. Ou que leur musique n’accroche pas le public hexagonal. Pourtant, le combo ne manque pas de talent. Et puis, au fil des albums, il n’hésite pas à se remettre en question. Avant de se produire en concert à la Maison de la Culture de Tournai, Xavier Boyer, parfois rejoint par ses acolytes, nous a accordé cette longue interview…

Tahiti 80 pratiquerait de la pop moderne traditionnelle. C’est ce que mentionnait un article, paru dans un magazine de presse musicale spécialisée. Partagez-vous ce point de vue ?

(Cacophonie ambiante) Ce n’est certainement pas ce qu’on a pu déclarer. En outre, ca ne veut rien dire du tout. Donc…

Oui, il me semble !

On a toujours beaucoup écouté les artistes issus des sixties. C’est la source d’inspiration basique de notre son. Des sixties, mais aussi des seventies. Parce qu’il existait une approche dans l’écriture des morceaux qui a peut-être un peu disparu aujourd’hui. Mais on a toujours suivi l’évolution musicale. Tant à travers la musique électronique que noire : la soul, le hip-hop, le dub ou le reggae. Notre objectif était ainsi de mêler tradition et modernisme. Pas de rester bloqué dans le passé ; car si c’est pour refaire ce qui a déjà été fait, ce n’est pas très intéressant. Mais lorsqu’on parvient à combiner des éléments hétérogène, le résultat est  généralement original et assez personnel.

Vous appréciez la musique des sixties, et en particulier les Beatles, les Zombies et les Beach Boys. Que vous ont apporté ces groupes sur le plan musical ?

Je pense que les années 60 étaient une époque au cours de laquelle les compositeurs étaient encore capables d’écrire des chansons. Elles recelaient de véritables progressions harmoniques et on pouvait compter jusqu’à 50 accords par morceaux. La totale quoi. Que ce soit au niveau du songwriting, de la performance ou du son, à la fois très intéressant et caractéristique. On osait expérimenter des trucs que personne n’oserait tenter aujourd’hui. Hormis Radiohead, peut-être. Mais c’était plein de charme. Ces artistes étaient alors très, très jeunes et ne prenaient pas trop de recul. C’est absolument la période clé de la musique moderne. Mais également, ils plaçaient chaque fois la barre très haute. Ainsi quand l’un sortait un 45trs, l’autre devait absolument faire mieux. Et puis ils n’hésitaient pas à nous gratifier de singles élaborés qui atteignaient les 6 minutes. C’est la raison pour laquelle on est très branché sur cette époque. On y découvre encore et toujours des idées…

Vous avez déclaré que l’élément le plus important dans votre musique était la voix car elle crée la mélodie des morceaux. N’avez-vous jamais pensé chanter ‘a capella’ ?

Euh… On devrait ! Je pense que c’est une des particularités et un des avantages de l’anglais. La voix occupe une position centrale, tout en s’associant complètement aux autres instruments. Elle devient même instrument tout en véhiculant des idées à travers les paroles. Lorsqu’elles sont exprimées en langue française c’est différent. Le texte prime et surtout on est confronté à certaines contraintes dans le rythme. C’est la raison pour laquelle on a fait ce choix. Cet équilibre nous semblait intéressant et nous permettait de concrétiser nos idées. Maintenant, j’ignore si on va se lancer dans l’a capella. Nous allons encore patienter quelques années, pour laisser passer ce qui est encore une mode. On va attendre un petit peu et lorsque ce sera démodé, on tentera l’exercice de style…

En 1976 paraissait un film de Michel Lang qui s’intitulait ‘A nous les petites anglaises’. Vu votre succès au Japon, n’êtes-vous pas occupés de réaliser une version musicale de ‘A nous les petites Nippones’ ?

Non, non, nous n’avons jamais adopté cet état d’esprit. Nous sommes sérieux. Nous privilégions davantage l’aspect musical que l’attitude rock’n’roll. Nous ne saccageons pas les back-stages. Nous n’avons pas encore cassé de guitare sur scène ; et les groupies, nous les saluons, c’est tout. Nos fans féminines sont très gentilles et nous offrent de petits cadeaux.

Oui mais entrer en concurrence avec Bon Jovi là-bas, est-ce flatteur ou agaçant ?  

Nous sommes très contents lorsqu’on parvient à contrecarrer le pouvoir de domination exercé par Bon Jovi. D’autant que ce groupe est absolument affreux. C’est à la fois un rêve et en même temps un objectif pour chaque formation pop, quand tu débutes, de jouer une musique qui te plaît mais en même temps susceptible de plaire au plus grand nombre. C’est le principe même de la musique pop. Les Beatles, par exemple, en constituent l’exemple le plus parfait. En préservant leur intégrité artistique, ils recueillaient un succès commercial énorme. Si à notre échelle on parvient à marcher sur leurs traces dans un pays comme le Japon, c’est plutôt flatteur. Et si on réussit à piquer des fans à Bon Jovi et consorts, c’est encore mieux !

Votre nouvel album est plus black, plus funky, la rythmique davantage mise en avant, la musique me semble plus sensuelle, dansante, parfois même proche d’un certain disco. J’y détecte même un peu l’âme de Prince. Une réaction ?

C’est absolument l’esprit au sein duquel baigne l’album. Entre la sortie du 2ème et 3ème cd, par exemple, le marché nippon nous a sollicités pour réaliser une compilation. On a donc dû sélectionner les morceaux en piochant quelque peu dans le catalogue de notre maison de disques. Mais on a remarqué qu’elle possédait la collection de tous les Stax et Motown. Or nous avons toujours été des mordus de ces labels. Et tout en nous gavant de musique, surtout dansante, à cette époque, on se tapait aussi des DJ sets. Je pense que ces influences ont toujours été présentes dans notre musique. Par exemple, le premier morceau qui nous a lancé, c’est « Heartbeat ». On y retrouvait déjà ce mélange entre rythmique noire et mélodie blanche. Donc pour ce nouvel album, on décidé de se livrer à fond dans ce style, en enlevant un peu de guitare pour disposer tous les éléments rythmiques quasiment au même niveau que les voix. On a voulu enregistrer un album qui corresponde au feeling de l’instant. Pas qui se focalise sur un genre déterminé. Au final, je pense que notre manière d’écrire colle bien à cette orientation rythmique. Et le résultat est différent de tout ce qu’a pu proposer n’importe quel autre groupe jusqu’à ce jour. Et dans le futur, pourquoi pas, nous pourrions intégrer des éléments traditionnels empruntés à la musique brésilienne ou autre…

Vous aimez également Sly Stone et Marvin Gaye, mais également Curtis Mayfield. Etes-vous collectionneurs de vieux vinyles de ces artistes ?

Oui… (rires) Nous disposons tous d’une belle collection de disques du style. On les a dénichés aux Etats-Unis et au Japon. Aux States, parce qu’il y existe le plus grand éventail à des prix concurrentiels et au Japon, car on y dégote les trucs les plus pointus. C’est un peu cher mais en bon état et on a donc pas mal chiné là-bas. On a chiné au Japon (rires).

Par quel hasard avez-vous bénéficié du concours de Neal Pogue et Serban Ghenea ?

Ce sont des choix du cœur que nous avons un peu provoqué, comme la plupart des collaborations décrochées, jusqu’à présent. Deux albums nous ont toujours marqués chez Serban et Neal. Le premier album de N.E.R.D. et celui d’Outkast, notamment la partie d’André 3000. Ce sont des disques qui nous bottent particulièrement, à cause du son, des rythmiques et de cette pulsation très en avant. Mais pas comme du R’n’B trafiqué par des producteurs pour mettre la chanson en retrait. Bref, on est un peu allés au culot et on a foncé tête baissée. C’était nos deux premiers choix. Et lorsqu’on les a contactés on s’est dit que peut-être l’un des deux accepterait de mixer un compo. Mais finalement, ils étaient tous les deux hyper emballés. A un tel point que nous avons dû les départager pour attribuer les morceaux. Par la suite, notre collaboration a été plus étroite avec Neal. Nous avons ainsi parachevé le disque ensemble, au studio. Quelque part c’est aussi assez flatteur de pouvoir bénéficier du concours de telles pointures qui bossent pour des artistes célèbres. Et il est aussi gratifiant de voir de tels personnages être réceptifs à notre musique ; puis qui acceptent de travailler à des prix inférieurs à ceux exigés pour les stars renommées. Mais tout s’est déroulé de manière naturelle…

Et Linda Lewis ?

Pour Linda Lewis, le choix était plutôt marrant, car on avait décrété que si nous devions échanger un duo avec une chanteuse, nous opterions d’abord pour Minnie Riperton et puis Linda. Mais en même temps nous ne savions pas trop nous y prendre pour la contacter. Et puis, c’était un peu con-con de dire ‘on aimerait bien écrire des chansons pour toi ou alors que tu viennes chanter sur notre disque’. En fait, je l’ai rencontrée lors d’une émission de radio en Angleterre, à laquelle elle participait. Donc, j’arrive à l’entrée et je vois son nom sur le registre. Je demande donc à la standardiste si c’est bien la chanteuse Linda Lewis. Mais elle ne la connaissait pas du tout. Quand je suis entré dans le studio, j’ai vu une femme habillée en noir et coiffée d’une coupe afro. C’était bien elle. Lors de l’émission, je suis parvenu à l’impressionner, car je connaissais toute sa carrière. Après cet épisode, on a gardé le contact et on l’a appelé le moment venu. Et ça c’est génial aussi de pouvoir travailler en compagnie d’artistes dont tu apprécies la musique, dont tu es fan.

La mise en forme de votre nouvel album est hyper raffinée, une sensation accentuée par le falsetto des vocaux, un raffinement qui évoque, pour ma part, Todd Rundgren voire Scritti Politti. Qu’en penses-tu ?

Todd Rundgren forcément ; mais Scritti Politti, je connais très, très peu. Quand on a sorti notre premier album, beaucoup de gens nous parlaient de Prefab Sprout, Style Council ou d’autres groupes du style qu’on connaissait vaguement ; mais qui, au final, n’étaient pas du tout des influences pour nous. Mais je pense que par la suite on s’est inscrit dans une lignée de musiciens blancs jouant de la musique noire. Mon objectif n’est pas de parvenir à chanter comme Marvin Gaye, mais de communiquer une émotion. Par exemple, Todd Rundgren c’est vraiment quelqu’un dont on admire la démarche artistique, même s’il s’est parfois planté. Mais au moins, il a été jusqu’au bout de ses idées ! En ce qui concerne le son, tu le trouves très léché. Etonnant, parce que c’est l’album le plus brut qu’on ait enregistré. Il regorge de premières prises. De trouvailles que l’on a conservées. Mais effectivement, on est d’un naturel soigneux. Peut-être que pour le prochain, on effectuera des prises encore plus brutes. 

Pourquoi avoir intitulé l’album « Fosbury » ? Etes-vous devenus accros au saut en hauteur ? Ou alors avez-vous voulu vous servir d’une métaphore pour traduire le grand bond que vous tentez de réaliser dans l’évolution de votre musique ?

Nous aimons beaucoup le sport. Et on y a décelé cette portée métaphorique. En fait, nous avons choisi ce titre aussi à cause de son rôle d’outsider, qu’il incarnait à l’époque. Sa technique était unique. Tout le monde le montrait du doigt. Craignant même qu’il mette sa vie en danger. Qu’il se brise la nuque. Mais dans cette histoire, le plus intéressant, c’est qu’au départ, il n’était pas pris au sérieux, mais qu’au final, il a décroché la médaille d’or et récolté les acclamations. Ensuite, il s’est retiré de la compétition et s’est impliqué dans des mouvements pacifiques. En analysant un peu son parcours, on a voulu, en quelque sorte, défendre une ambition musicale. Essayer de convaincre les gens. Ne pas enregistrer le même disque que son voisin. Mélanger des genres qui ne sont pas, à premier abord, compatibles…  

Jeanne d’Arc a été brûlée à Rouen ; mais vous chantez quand même dans la langue de Shakespeare. N’avez-vous jamais entendu des voix s’élever pour que vous vous exprimiez dans celle de Molière ?

Un jour, nous participions à une émission sur France Inter. Nous nous produisions en showcase et une vieille dame réagit à l’issue de celui-ci en nous demandant pourquoi on ne chantait pas en français. Guy Carlier lui répond alors que les Zombies n’ont jamais chanté en français. Quand on se rend à l’étranger, il est courant de s’entendre dire que nous pratiquons une musique aux influences américaines et anglaises mais adaptée à la sauce française. Après, je pense que c’est le style qui dicte un peu la langue.

Votre reprise de « So You Want to Be a Rock 'n' Roll Star » des Byrds, vous la jouez encore en live ?

Non, plus aujourd’hui. Mais elle était plus Rock’n’Roll que Star… (rires) On y avait inclus un solo et un intermède psychédélique au beau milieu. Elle ne figure plus à notre répertoire depuis que nous disposons de suffisamment de morceaux personnels. C’est vrai qu’à une certaine époque on interprétait pas mal de reprises. Récemment on s’est quand même attaqué à l’une ou l’autre reprise et notamment une d’Epic Soundtracks.

Votre premier mini-album « Twenty Minutes » est sorti à 536 exemplaires ? Je suppose que vous en avez conservé quelques-uns dans un coffre fort…

J’en ai 3 chez moi. Non je ne dirais pas mon adresse je n’habite pas au ‘bip’. Et en plus on récupéré quelques exemplaires, parce qu’on en avait filé 10, à un copain, qui bossait à la Fnac de Nantes. Il n’en avait vendu que 6 du paquet. Je n’ai par contre pas récupéré l’argent, mais bien les 4 autres Eps en circulation.

Apparemment, vous n’aimez pas les groupes à guitares… Une raison ?

Non, non, j’aime bien les groupes à guitares. Mais c’est comme pour le saxo, je n’aime pas les solos. Ils ont salopé beaucoup de morceaux au cours des dernières années. Par contre, on a toujours détesté la noisy pop. Et un groupe comme My Bloody Valentine. Enfin, pas tout à fait celui-là, car au départ l’idée était intéressante, mais l’armée de suiveurs qui ont pris le train en marche n’a strictement rien apporté. Aujourd’hui, un autre courant refait surface, la ‘New Wave’… On nous a souvent taxés de revivalistes parce qu’on a composé un morceau qui rendait hommage à Ray Davies ; alors que cette démarche nous tenait à cœur. Lorsque certains artistes se mettent à piller les années 80, donc la ‘New Wave’, on n’entend pas beaucoup de voix s’élevant pour clamer que ce n’est pas nouveau ce qu’ils proposent. The Raptures, c’est quand même un bon groupe. Pourtant 20 ans auparavant des formations new-yorkaises pratiquaient déjà cette forme de ‘funk blanc’, mais ils y ont ajouté une voix qui chante comme ça ‘Hwuuuuuuu uuuuuuuh’. Finalement, c’est un peu la même technique que celle utilisée pour le cinéma. On reprend un concept intéressant, mais on le remet au goût du jour.

Phoenix, ce sont des potes à vous ?

On ne les connaît pas du tout. Et ce n’est pas bien. Mais je pense qu’ils ont la même attitude à notre égard. Mais le plus marrant, c’est que nous sommes souvent comparés. C’est sans doute parce que les deux groupes puisent leurs références aux mêmes sources américaines, tout en conservant cet esprit pop/rock français…

The Big Pop Circus Festival 2005

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Associer le cirque et la musique lors d'un festival n'est pas une idée neuve. L'une ou l'autre tentative a même déjà vu le jour. Mais elle n'a jamais récolté le succès escompté. Ce projet ambitieux mérite cependant qu'on s'y attarde ; mais pour le réussir, il faudra une bonne dose de persévérance. Et puis peut-être la participation de l'un ou l'autre groupe local susceptible d'entraîner ses aficionados. C'est en tout cas la conclusion que l'on peut titrer de cette première édition du Big Pop Circus Festival, dont la parfaite organisation méritait davantage que les 4 à 500 personnes qui ont assisté aux concerts de ce samedi 17 septembre (NDR : pour votre information, la journée du dimanche était exclusivement consacrée au cirque) : un superbe chapiteau, une acoustique impeccable, de la petite restauration et des prestations particulièrement convaincantes de tous les groupes à l'affiche ; sans oublier les interventions très remarquées des artistes du cirque Malter ( NDR : un bémol : l'absence de bière blanche !) En outre, la position de Molenbaix (NDR : entre le Mont Saint Aubert et le Mont de l'Enclus) permet à cet événement de briguer le statut de festival transfrontalier en attirant aussi bien le public flamand, wallon que du Nord de la France.

C'est avec plus d'une heure de retard que Willy Willy & The Voodoo Band entame les hostilités. Motif : trop peu de monde (NDR : le public arrivera peu à peu au cours de l'après-midi pour atteindre 400 à 500 âmes vers 20 heures). Et se produire devant une cinquantaine de spectateurs n'est pas forcément excitant. Pourtant, la formation flamande n'a pas failli à sa réputation. Ex Scabs et Arbeid Adelt, Willy Lambregt (NDR : il est également surnommé le Keith Richards du rock belge !) est maintenant soutenu par Pip Vreede (ex Red Zebra, ex Wolfbanes) à la guitare rythmique, Paul Brusseel (ex Mudgang et Revelaires) à la batterie et Marnix Catsyn (ex Soapstone, Revelaires) à la basse. Et leur white trash rock'n'roll implique de plus en plus de compos personnelles. A l'instar de son dernier opus, « Hellzapoppin ». Blues, rock'n roll et boogie constitueront l'essentiel d'un set fort solide, à défaut d'être original.

De La Vega (NDR : nom inspiré du célèbre feuilleton de Walt Disney, Zorro) est issu de Gand. Si le noyau de base implique le guitariste (NDR : sa six cordes est d'un vert étincelant !) JP Debrabander, le bassiste Ben Van De Velde et le drummer (NDR : sur les planches il garde presque constamment le casque sur les oreilles) David Van Belleghem, l'arrivée de la chanteuse Lize Accoe a donné une toute autre dimension à la formation. Elle possède une voix exceptionnelle, sorte d'hybride entre Dani Klein (Vaya Con Dios) et Geike Arnaert (Hooverphonic). Un timbre qui sied parfaitement à leur musique, fruit d'un mélange de dub, rock, soul, funk, (nu) jazz et hip hop. Sur scène le line up est enrichi d'une section de cuivres (deux trompettes et un saxophone), ainsi que d'un percussionniste. Et tout ce petit monde nous plonge dans une atmosphère envoûtante, sorte de trip hop survitaminée. Un set au cours duquel se manifesteront des dompteurs de boas et une très jeune contorsionniste. En fin de parcours, Lize s'aventurera même dans la boule infernale, au sein de laquelle virevoltent deux motards. Impressionnant ! Tout comme le set de De La Vega, d'ailleurs. Avec Absynthe Minded, cette formation constitue probablement deux des plus beaux espoirs du nord de la Belgique.

La naissance de Chilly Pom Pom Pee remonte déjà à 1994. A l'époque, la formation liégeoise se produisait sous la forme d'un quintet. Depuis 2002, suite au départ d'un des guitaristes, elle est donc réduite à la formule du quatuor (NDR : très mathématique tout ça !). Ces fanas de bon vieux rock'n'roll jouent la musique qu'ils aiment sans se prendre la tête et sans détour. Parmi leurs références, on citera les Rolling Stones et les White Stripes. Mais aussi le Clash. Ils rendent d'ailleurs un hommage à Joe Strummer à travers leur chanson « The missing drive ». Leur rock teinté de funk, de reggae et de punk passe en tout cas plutôt bien la rampe sur scène ; même s'il faut avouer qu'il lui manque encore de ce petit quelque chose pour faire la différence. Encore que l'intervention de l'artiste préposée aux cerceaux a donné une dimension assez particulière au show. Costard/cravate, Christophe Loyen se démène comme un beau diable, pendant que Didier Masson et Pierre Lorphèvre, respectivement guitariste et bassiste, triturent leur râpe avec fièvre et passion. Parfois, Chritophe sort un harmonica de sa poche pour insuffler un zeste de blues dans les compos. Apparemment friand de covers, CPPP nous réservera une superbe interprétation du « Debaser » des Pixies et puis en rappel leur cover incontournable du « My generation » des Who.

C'est sous la forme d'un quatuor que Mud Flow monte sur les planches. Un guitariste supplémentaire est donc venu rejoindre le line up du combo depuis le début de l'année. Enfin, du moins pour les prestations live. Auteur d'un remarquable quatrième opus, début de l'année dernière (« A life on standby »), la formation a acquis une maturité scénique étonnante. Sans oublier d'y ajouter un sens de l'esthétisme particulièrement raffiné. Le tout tapissé de projections assurées par le frère de Vincent. Tout au long de leur set, l'émotion et la sensibilité des mélodies sont très palpables. Entrecoupée de passages tendres, intimistes, l'électricité coule à flots comme à la plus belle période de la noisy (NDR : pensez à Ride !). Et la voix bien timbrée de Vincent accentue cette impression de mélancolie tour à tour douce ou  furieuse. Derrière le backing group assure. Charly Decroix aux drums d'abord (NDR : probablement un des meilleurs de sa génération ! Pas pour rien qu'il a remplacé au pied levé celui de Girls In Hawaii, l'an dernier). Et puis Blazz, dont les accès de basse mélodique font merveille dans ce contexte sonore. « The sense of 'me' », « Tribal dance », « Five against six »  et bien sûr le single « Today » constituent les points d'orgue du set. Mais Vincent (NDR : manquerait-il de charisme ?) trouve le public un peu trop amorphe à son goût, abandonne sa guitare et rejoint la foule pour tenter de la réveiller. C'est à cet instant qu'elle se rend alors seulement compte de la qualité du show. Et pour clore le spectacle, le crescendo de « New Eve » nous entraîne progressivement dans un tourbillon dantesque, digne du meilleur Mogwai… Epatant !

Jérôme Mardaga monte sur scène. A sa gauche, son bassiste Sacha Symons prend place sur un siège. A sa droite, Thomas Jungblut - un personnage atypique et plutôt de petite taille – se réserve les drums, installés de profil par rapport au public. C'est son éternel petit groupe de merde. Derrière le trio on aperçoit des machines, un clavier et autres gadgets électroniques. Jérôme est armé d'une guitare électrique. Et il ne s'en séparera que trop rarement. Son set est puissant. Il interprète ses inévitables « Tous les gens que j'aime vont mourir un jour », « Ma femme me trompe », « Moi je voudrais », « J'ai peur des Américains », et autres extraits de ses deux albums (« Un monde sans moi » et « 12h33 ») en ponctuant ses compos d'interventions pince-sans-rire dont il est coutumier (NDR : Avant d'attaquer « Je voudrais », il compare même les Diables Rouges actuels à des tapettes, plus soucieux de leur voiture de sport que de l'honneur de leur nation, sous les vivats du public). Bref, il sait mettre de l'ambiance. Malheureusement, il faut attendre trois bons quarts d'heure avant de changer de registre. Il chante alors en solo « J'ai les mains qui tremblent », dans un style qui peut rappeler Jean-Louis Aubert. Emouvant ! La présentation de ses musiciens et de son staff technique est originale. A travers un conte moderne, il les propose à feu Jimi Hendrix. Mais ce soir, Jérôme a bouffé du métal et n'est avare ni d'énergie, ni d'électricité. En fin de parcours, alors que les motos recommencent à vrombir dans la boule infernale, il s'écrie : 'On aime Motorhead' ! Au bout du compte, j'aurais davantage apprécié que Jéronimo nous propose un set plus nuancé. En incluant un zeste d'acoustique, par exemple. Attention, le show était très bien ficelé, très efficace même, mais d'une efficacité monocorde.

En final, Pillow s'est acquitté de sa prestation avec énormément d'application. On sent que l'expérience de la scène les rend plus sûrs d'eux, même si inévitablement la prestation de Guillaume, le guitariste soliste, se détache du lot. Il est cependant regrettable que le batteur continue de drummer dans un registre aussi indolent, alors que le post rock de Pillow mériterait davantage d'explosivité percussive

 

Pukkelpop 2005 : samedi 20 août

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En ce dernier jour de fête, les palabres commencent sous les tonnelles du Club où s'égosille sereinement le chanteur de Dead Fly Bukowsky. Entre psychédélisme abrupt et punk souffreteux, le spectacle offert par le quatuor anglo-saxon dépasse de (très) loin les bribes sonores déposées sur « Land of The Rough », leur premier album.

Sur la Main Stage, Danko Jones triture sa guitare, consulte dignement la foule du coin de son 'indévissable' rictus. Les déflagrations sonores sont violentes : à la croisée des riffs d'Angus Young (AC/DC) et de ceux de Ron Asheton (The Stooges). Rock'n'roll ?

Sous la Marquee, l'héritage de The Jesus And Mary Chain est de nouveau remis sur la sellette par The Raveonettes. Deux voix : celle de Sune Rose Wagner et celle de Sharin Foo. Les descentes vocales du couple se perdent dans une marée hyper distordue de rage contenue. Le nouveau disque de ces Danois de la banlieue de Copenhague vient à peine de paraître. Et déjà, de virtuels hits potentiels viennent nous chatouiller les tympans. Le concert n'est pas mauvais. Mais on sent le groupe incertain, à la recherche de nouveaux automatismes.

Laissons donc du temps aux Raveonettes et tournons nous vers la grande scène où se tient le concert de LCD Soundsystem. Il est 14 h 35. James Murphy et la bande du joyeux bruit envahissent la place. Dans la fosse, les admirateurs de boules à facettes s'interrogent : pourquoi faire jouer le LCD Soundsystem à cette heure si matinale ? James Murphy, lui-même, semble à peine tombé du lit. D'ailleurs, il ressemble à un gros nounours (Teddy Bear Murphy ?). Alors, pourquoi ne pas avoir préféré un chapiteau aux derniers sursauts de la nuit ? La réponse demeure énigmatique. Peu importe, le groupe installe une atmosphère nocturne, échafaudée dans une tanière d'Acid House, de post-punk, de rock garage et de pop psychédélique. La mixture mise au point par James Murphy défie les lois de l'évidence. Et comme pour renforcer cette sensation surréaliste, le groupe électrogène implose à l'entame du deuxième morceau. C'est la guerre ! Sur scène, la concentration vire à l'incompréhension. Pourtant, le public désire son concert et le laisse entendre. Après cinq longues et douloureuses minutes d'attentes, l'électricité fait à nouveau son apparition. Cet épisode a (légèrement) chauffé le public. Mais la voix de James Murphy s'égare et se perd peu à peu dans l'air. Pour l'occasion, le tube « Losing My Edge » se mue en « Losing My Voice ». « I was there… », soutient le chanteur: nous aussi. La boîte à tubes nous sort le grand jeu : « Daft Punk Is Playing At My House », « Too Much Love », « Movement » ou le mythique « Yeah » s'infiltrent dans les cavités pour ne plus jamais en sortir. A l'issue de ce set imparable, nous soulignerons l'inexplicable apathie collective des spectateurs, inconscients juvéniles placés aux premières loges de l'histoire.

Ensuite, la programmation du jour tombe dans un inextricable vortex, trou noir d'excitation. Ainsi, ce ne sont pas les Canadiens de Hot Hot Heat et leur dégaine hyper maniérée qui vont nous pousser à la débauche. C'est bien simple : l'année dernière, ces garçons disposaient d'une paire d'avantages. D'une part, un honorable premier album (« Make Up The Breakdown ») et d'autre part, un facétieux guitariste, le gentil Dante De Coro. En 2005, Hot Hot Heat a viré son meilleur élément et a signé un disque rachitique, pauvre en énergie, réchauffé sur la flamme d'un briquet usager. Autrement dit, il est temps de prendre ses jambes à son coup, un paquet de frites dans les mains et courir vite. Oui, mais dans quel direction ?

Pour se diriger, on suit le regard des mateurs de jupons, obnubilés par la vision de la belle Heather Nova. Certes, l'Américaine n'est plus toute jeune mais sa beauté ne prend pas une ride… Pour ce qui est de sa musique, force est de reconnaître que c'est de pire en pire. Son joli timbre cristallin d'antan laisse aujourd'hui entrevoir les stridences d'un âge adulte, sage et horriblement ennuyeux.

L'impasse artistique touche à son terme lors de l'apparition des quatre trublions de Sons and Daughters sur les planches du Club. Nos Ecossais en connaissent un pan sur la musique et ne se privent pas de le chanter. David, Scott, Adele et Ailidh vouent un véritable culte à Johnny Cash sur un fond de culture rock écossais: Arab Strap et Orange Juice en tête. Le concert impressionne les curieux, étonne les connaisseurs. C'est un fait, en quelques mois, Sons and Daughters a irrésistiblement progressé et trouvé le passage secret menant vers les cimes des charts. Un concert de très bonne tenue malgré certaines dérives vocales d'Adele dans ces périlleux duos qui font le charme du groupe.

La suite des ébats sera dansante et forcément électronique. Sous le Dance-Hall, la tension monte d'un cran : tout le monde attend Vitalic comme le nouveau messie de la scène électro. Les premiers beats retentissent et le peuple converge à l'unisson vers la transe extatique, le climax collectif. D'un seul homme la foule bondit, danse et se déhanche. Vitalic est en train d'asseoir sa popularité. « My friend Dario », « No Fun », « U and I » résonnent sous les bâches en plastique. Les corps se déplacent et se surpassent pour fêter dignement cette grande messe vaudou. Seul sur scène, le Français redore le blason 'French Touch' et en rajoute une couche, très personnelle celle-là. Ce set restera comme l'un des meilleurs de cette 20ème édition du Pukelpop : un instant inoubliable (trop court) où chacun vit un moment intense comme le dernier des bonheurs. A la fin des hostilités, les muscles relâchés et caoutchouteux divaguent à travers les détritus jonchant la verte prairie.

Dans un dernier effort, on atteint les portes du Château où Whitey règne en maître. Ce dandy chapeauté se la joue désinvolte, désintéressé. L'homme affiche un charisme à tout va. Caché sous son couvre-chef de mafieux, le garçon fume sa cigarette d'un air faussement absent. Sa musique valait pourtant le déplacement : électro-pop chamboulée de blues et de riffs hyper rock'n'roll, mélange hybride, surprenant et sincèrement interprété par un artiste à découvrir sur album de toute urgence…

Sur la grande scène, c'est le grand retour des néo-métaleux de Korn. Jonathan Davies n'a pas beaucoup changé, un peu grossi tout au plus. Amputé d'un membre suite à l'appel mystique de Dieu, Korn se débrouille avec un seul bourreau des six cordes. Et là, on se demande franchement pourquoi les Américains s'efforçaient de combiner deux guitares. Le son est puissant, féroce, dangereux comme aux premiers jours de l'aventure. Pour sa part, Korn revisite efficacement son répertoire et se fend d'une reprise vivifiante de « The Wall ». C'est une bonne surprise mais le meilleur reste à venir.

Sous le Club, très exactement, où se préparent les agitateurs de !!!. La musique de ces zigotos est indescriptible : elle n'appartient pas aux règles fondamentales des classements hiérarchiques du dictionnaire du rock. Le groupe malaxe les genres et arpente les époques pour se diriger vers le futur, un avenir utopique où le rock et l'électro seront les Adam et Eve d'autrefois. !!! construit les bases d'une nouvelle humanité musicale. Leur concert est soufflant, haletant. Les yeux ne savent plus où donner de la tête, les oreilles restent bouches bées et le cerveau déconnecte, gambade dans des contrées spatio-vasculaires hallucinatoires, divinatoires. Tout à coup, le chanteur sonne le glas de la performance et rappelle la foule à l'ordre : 'regardez derrière vous, c'est Nick Cave ! Ne le ratez pas, ce qu'il fait est vraiment excellent'. A la surprise générale, le concert du grand Nick a déjà commencé…

Un dernier regard en direction des émeutiers de !!! et les écrans géants placés de chaque côté de la Main Stage nous hypnotisent irrémédiablement vers l'objectif ultime. Nick Cave s'impose comme la tête d'affiche incontestable de cette édition en forme de gâteau d'anniversaire. Comme pour le Pukkelpop, les années se suivent et Nick Cave conserve, lui aussi, toute sa splendeur. Le grand mince aux chaussures noires alimente principalement son concert des meilleurs passages d'« Abattoir Blues », son dernier disque. Le moment vaut le déplacement. Pour beaucoup, cette rencontre avec Nick Cave était une première. Elle restera inoubliable. Espérons que ce ne sera pas la dernière… Le public en redemande mais rien n'y fait : les feux d'artifices crépitent déjà dans le ciel comme un dernier au revoir.

 

Pukkelpop 2005 : vendredi 19 août

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Tout au long du trajet qui mène à Hasselt, nous avons traversé une multitude d'orages. Plus violents les uns que les autres. A un tel point, qu'on se demandait si le festival n'allait pas connaître une situation semblable à 2003, lorsque les campeurs durent plier armes et bagages, tant il était tombé de précipitations. Le site avait même été transformé en véritable cloaque. En arrivant à Kiewit, on s'est quand même rendu compte qu'il avait plu. Mais dans des proportions raisonnables. Ce qui ne nous empêchait pas de craindre le pire. Car les ondées ont commencé à se manifester. Pour heureusement cesser vers 13 heures. A partir de ce moment, le temps est demeuré menaçant, ne distillant que quelques gouttes voire une averse de brève durée. Finalement, le soleil fera de timides apparitions, préservant ainsi une affiche vraiment exceptionnelle. A croire qu'il existe un microclimat dans cette région, car tout au long de cette journée le reste de la Belgique aura les pieds dans la flotte tant il est tombé des hallebardes. Et connaîtra même des inondations ! Auxquelles nous assisterons sur le chemin du retour, vers 3h30 du matin…

Mauvaise nouvelle, Baby Shambles a déclaré forfait. Une demi surprise, car Doherty continue de filer du mauvais coton. Pas pour rien que les Libertines ont décidé de se passer de ses services. Et même de son talent.

Résultat des courses, le set de The Coral est retardé à 13h05. Tout en avalant un sandwiche, on entend au loin la musique d'un groupe qui ressemble à celle du Clash. Elle vient du club. Au sein duquel se produit Infadels. Une belle occasion pour découvrir cette formation londonienne pratiquement inconnue en Europe. De petite taille, tout de noir vêtu et la boule à zéro, le chanteur harangue la foule d'une voix au timbre fort proche de Joe Stummer. Look années 30 (le chapeau !), le guitariste arpente tout le long de la scène. Et hormis le drummer (NDR : ce serait le fils de Bill Brudford, un personnage qui a notamment milité chez Genesis, King Crimson et Yes) les autres sont aussi agités. En particulier, le claviériste/bidouilleur qui frappe sur une cymbale comme un malade. A la croisée des chemins de Radio 4, de Midnight Runners et de The Rapture, leur cocktail de punk, de funk, de soul, de garage, d'électro et de hip hop devient rapidement épileptique tout en libérant un groove irrésistible. Leur set est, en outre, très précis, ce qui ne gâche rien. Une chose est sûre, ces Infadels devrait facilement fidéliser ( ?!?!?) un public qui aime danser et faire la fête. C'est en tout cas un groupe à suivre…

Décontractés, souriants, les membres de The Coral montent sur la main stage ; mais on a l'impression qu'ils ne sont pas très motivés. L'heure de programmation y est sans doute pour quelque chose ; mais de là à se comporter en touristes… Constituée d'une majorité de chansons issues de leur deuxième album voire du troisième, la première partie de leur show va confirmer ce sentiment de détachement et de quiétude propice à une bonne sieste. Leur mélange de rythm'n blues et de country y contribue largement. Et c'est au moment où on a failli s'endormir que le groupe s'est enfin décidé à en revenir à son style garage/psyché. On aura droit ainsi à « Simon Diamond », « Waiting for the heartaches », Don't think you are the first » (NDR : au cours duquel le claviériste souffle dans un drôle de mélodica), « The operator » (NDR : le clin d'œil à « Astronomy domine » du Floyd circa Barrett), une nouvelle compo au cours de laquelle le guitariste va se servir d'un archet et en finale le décapant « Arabian sand » (NDR : mais si peu pour la circonstance). Et 35 minutes plus tard, la formation liverpuldienne tirait sa révérence…

Bien que né en 1996, Good Charlotte n'a guère évolué. Si sur disque, son post grunge peut encore séduire les très jeunes, sur les planches c'est la guerre ! Surpuissant, le son bombarde les tympans. Aux abris : les marines nettoient une poche de résistance dans un quartier chaud de Bagdad. Et les intégristes ripostent. On ne demande qu'une seule chose : un cessez-le-feu ! Il arrivera 40 minutes plus tard. Une boucherie !

Une puissance du son que Death From Above 1979 parvient à maîtriser à la perfection. Responsable d'un excellent nouvel opus («  You´re a Woman, I´m A Machine »), le duo canadien pratique une forme de drum'n' bass sculptée dans le métal, le punk ou le blues. Sébastien Grainger chante et joue de la batterie pendant que son compère, Jesse Keeler, se réserve la basse (souvent) et les synthés (parfois). Mais en permanence distordue par les pédales, la basse est utilisée comme une six cordes. Maintenant, il faut reconnaître que les festivaliers qui n'avaient pas eu l'occasion d'écouter (NDR : et surtout de réécouter) le double album avant d'assister à leur set, ont dû éprouver de grosses difficultés pour apprécier leur concert.

Les Posies s'étaient officiellement séparés en 1998, mais John Auer et Ken Stringfellow ont décidé de reformer le groupe en engageant une nouvelle section rythmique ; et puis ont enregistré un nouvel album : « Every kind of light ». Avant de repartir en tournée. Ils n'ont plus vingt ans. Le visage émacié, les yeux exorbités, Ken semble subir davantage le poids des ans et des excès en tous genres. Mais musicalement, ils ont toujours la pêche ! La power pop  musclée, électrique, héritée en ligne droite des Byrds et de Big Star est toujours aussi rafraîchissante. Alimentée par les guitares du tandem de base et soulignées par leurs harmonies vocales soignées, limpides, leur set est énergique. Le son puissant, excellent. Tour à tour John et Ken se réservent le lead vocal, interprétant ainsi leurs propres chansons. Pour la plupart issues de leur dernier opus ; même si le combo de Seattle n'oubliera pas d'y inclure quelques classiques comme « Solar sister » ou « Dream all day ». A l'issue de leur prestation la formation s'est quand même offerte un rafraîchissement. En l'occurrence une bonne rasade de whiskey, qu'ils ont bue à la santé du public…

Depuis le temps que la presse française parle des prestations 'live' de The National en termes élogieux, je souhaitais voir ce que cette formation américaine (New-yorkaise d'adoption, elle est originaire de Cincinnati, dans l'Ohio) avait dans le ventre. Pas pour les albums, bien sûr, puisqu'à l'instar du tout dernier (« Alligator »), ils sont tout bonnement remarquables. Surprise, Padma Newsome, violoniste/claviériste et membre semi permanent du combo n'est pas de la partie. Le line up est donc réduit aux frères Dessner (Aaron aux guitares et basse, Bryce à la guitare), aux frangins Devendorf (Scott aux guitares et basse, Bryan – pieds nus ! -à la batterie) ainsi qu'au chanteur Matt Berninger. Il y a bien deux choristes qui participent au premier titre, mais passé cette entrée en matière, on entre véritablement dans le vif du sujet. Sans le concours de Padma, la musique de The National prend une coloration beaucoup plus tonique, plus électrique. Mais une électricité chargée d'émotion très palpable. Qu'accentue d'abord les frères Dessner, capables de jouer de leurs six cordes sans onglet ! Que canalise la section rythmique à la fois solide, souple et efficace. Et que magnifie le baryton profond de Matt. L'intensité des compos, tour à tour intimistes, tragiques, ou impétueuses atteint même son paroxysme lorsqu'il hurle comme un désespéré. A cet instant, on a l'impression qu'il est hanté par l'âme de Ian Curtis. Emouvant ! Pourtant, le quintet peut également évoluer dans un registre plus nonchalant, empreint d'une grande mélancolie. C'est à cet instant qu'on se rend compte du rôle du drummer, dont le jeu très riche et original (NDR : lors d'un morceau, il recouvre les peaux d'étoffe, pour rendre les sonorités sourdes) s'apparente parfois à celui d'un jazzman. Un grand moment du festival ! (NDR : voir également l'interview)

Pour occuper la scène principale à 18 heures, Zornik doit jouir d'une grande popularité en Flandre. Et vu l'accueil que lui a réservé le public, c'est manifeste. Notamment après avoir interprété ses deux singles « Goodbye » et « Believe in me ». Un accueil mérité, même s'il faut avouer que le trio ne sait pas encore trop s'il doit marcher sur les traces de Muse ou de K's Choice. Koen Buyse en est le chanteur/guitariste. Une très belle voix ! Mais, franchement son look (un hybride entre Matthew Bellamy et Brian Molko) prête quand même à sourire. Cause à effet, Phil Vinall (dEUS et Placebo) a produit leur dernier album, un disque masterisé aux studios Abbey Road. Excusez du peu ! Suffirait que le groupe parvienne à trouver sa propre identité, et il pourrait s'exporter assez facilement. C'est tout le mal qu'on lui souhaite.

L'ex drummer de Smashing Pumpkins a donc monté son propre groupe : le Jimmy Chamberlin Complex. Un patronyme très bien choisi. A cause de la complexité de leur musique. On se croirait même revenu à l'époque du jazz rock de Chick Corea, voire du Soft Machine de Mike Ratlege et de Hugh Hopper. Faut dire aussi que Jimmy est avant tout un batteur de jazz ; et qu'il n'est venu au rock que lorsqu'il a rejoint le groupe de Billy Corgan. La prestation des différents instrumentistes a beau être époustouflante de virtuosité, le public a beaucoup de mal à vibrer à l'écoute d'un style musical tombé en désuétude depuis plus de 30 ans…

Stéphane (NDR : notre spécialiste en métal) avait tellement dit du bien de Nightwish, que je me suis décidé à aller jeter un œil au set de ce groupe finnois. Avant qu'il ne monte sur les planches, une bande sonore majestueuse, 'wagnerienne', envahit toute la plaine. Probablement un enregistrement de l'orchestre classique Academy's of St Martin's in the Field, auquel le groupe a fait appel pour l'enregistrement de leur dernier elpee « Once », en 2004 (NDR : pour votre information, sachez que Howard Shore, le compositeur de la bande originale du film « Le Seigneur des anneaux » a également reçu le concours de cet ensemble symphonique). Puis un à un les membres du groupe pénètrent sur le podium en saluant la foule. Il faut cependant attendre quelques minutes pour voir arriver la chanteuse Tarja Turunen. Très belle fille au demeurant ; dont la chevelure de jais retombe sur une longue robe noire recouverte d'un voile jaune. Jaune comme le micro et son pied de microphone. (NDR : qui a parlé de string jaune ?) Elle possède, en outre, une très belle voix. Une voix de sirène, opératique qui domine une musique qui mélange métal, classique, prog et gothique. Dans le style, c'est même bien fichu ; et le public conquis semble apprécier le spectacle. Malheureusement les riffs âcres du guitariste rayent constamment les jolies mélodies et au bout de dix minutes, je préfère m'éclipser…

Le Marquee était plein à craquer pour accueillir la nouvelle coqueluche britannique : The Futureheads. Un quatuor issu de Sunderland responsable d'un premier album surprenant. Un opus éponyme dont les compos évoquent tantôt Gang Of Four, The Jam ou encore XTC. Dans un style déchiré entre post punk, new wave et funk blanc. Le tout raffiné par de superbes harmonies vocales. Car les quatre musiciens chantent en jouant le plus souvent sur la diversité de leurs organes vocaux. Energique, effréné, dévastateur et pourtant hyper mélodique, le set enchante les aficionados mais déconcerte le public peu averti. Les compos défilent à une allure vertigineuse, le combo épinglant la plupart des plages de leur dernier elpee ; et en particulier leur fameuse interprétation a cappella de « Danger of the water » , « Decent days and nights » caractérisé par son riff irrésistible emprunté au « My sharona » de Knack et puis une version absolument mémorable du « Decent days and nights » de Kate Bush, au cours de laquelle le groupe va faire participer le public aux canons à travers une répartition mathématique des 'ooh ooh ooh'. Impressionnant ! Et le deuxième highlight du festival …

Brian Warner cultive la polémique et la provocation. Pourtant, lorsqu'on analyse attentivement ses propos ou ses textes, ils ne sont pas aussi simplistes qu'une certaine presse veut bien nous faire croire. Suffit d'ailleurs d'écouter ses propos dans le film « Bowling at Columbine » pour en être convaincu. Et puis, il ne faut pas oublier qu'il draine une cohorte de fans assez impressionnante. Fallait d'ailleurs voir cette plaine de Kiewit envahie par ces filles et ces garçons qui se maquillent, se coiffent ou s'habillent comme leur idole. Maintenant, il ne faut pas se bercer d'illusions : Brian fait intégralement partie du star system (NDR : pas pour rien qu'il est actionnaire d'une des plus grosses boîtes de crèmes glacées aux States). Aussi, c'est sans le moindre préjugé et avec beaucoup de curiosité que je suis allé voir le spectacle de Marilyn Manson. Une énorme mise en scène accueille la troupe de musiciens dont les maquillages et les vêtements sont plus excentriques et morbides les uns que les autres : des tableaux différents servent de cadre, un écran géant balance des mots issus de ses chansons ; et puis il y a cette potence à laquelle se balance un clavier. Rigolo ! Ce qui l'est moins, c'est qu'on n'entend pratiquement pas le guitariste. Que le son est pourri. La voix de Brian n'est déjà pas terrible, mais elle est régulièrement abrasée par des craquements (NDR : sinistres ?) ; un peu comme lorsqu'on écoute un vieux vinyle rayé. Brian monte sur des échasses. Peut-être pour mieux voir le public, car nous on ne voit rien. En fait, il n'y a pas grand-chose à voir. Et surtout à écouter. Pour nous le spectacle de Grand Guignol se termine à cet instant. N'en déplaise aux aficionados de Marilyn Manson. Un désastre !

Auteur d'une prestation cinq étoiles lors de son passage au Cirque Royal de Bruxelles, dans le cadre des Nuits Botanique, Arcade Fire constituait manifestement une des attractions majeures de la journée. Win Butler, Régine Chassagne, Richard Reed Parry, William Butler, Tim Kingsbury, Sarah Neufeld et Jeremy Gara ont de nouveau reçu le concours du violoniste Owen Pallett (Final Fantasy) pour accomplir cette nouvelle tournée. Hormis Sarah et Owen, qui se consacrent exclusivement à leur archet, tous les autres musiciens changent régulièrement d'instrument. Ce qui confère une coloration très diversifiée à leur solution sonore. Dès les premières notes de l'inévitable « Wake up », on sent déjà un degré d'intensité particulièrement élevé. Win, le leader se tient bien au centre de la scène. Look d'employé de banque (la plupart des hommes de la formation sont vêtus de la sorte), il joue le plus souvent de la guitare. Et assure un des deux lead vocals. D'un timbre qui rappelle David Byrne (Talking Heads). Régine se réserve d'abord les claviers. Puis au fil du set, l'accordéon, le xylophone, l'accordéon et même les drums. Jolie brunette, fluette, une fleur dans les cheveux, elle ressemble à une hawaïenne. Et puis elle dispose d'une voix très fine, aiguë, rappelant tantôt Kate Bush, tantôt Björk. Grand, cheveux bouclés, portant des lunettes, Richard Parry a le visage d'un étudiant de la fac ; c'est aussi un des deux clowns de service. Mais également un musicien talentueux. Il joue de la guitare, des percussions (NDR : il tape sur tout ce qu'il a sous la main, même sur des casques de moto), une contrebasse insolite et des claviers. Will Butler (le frère de Win) est plutôt pince sans rire. Râblé, imprévisible, un peu fêlé, il jette un froid dans le public, lorsqu'en fin de concert, il monte sur les armatures du chapiteau, avec une cymbale et son pied, à plus de 6 mètres de hauteur. Mais il est également excellent musicien. Bassiste, guitariste, il est capable de jouer du xylophone à l'envers. Et puis c'est un percussionniste aussi furieux qu'habile. Tous les musiciens assurent les backing vocaux. Et lorsque les sept voix sont à l'unisson, c'est impressionnant. Surtout lorsque le public les accompagne. Tout au long de leur set, le combo canadien va aligner la plupart des titres de son album « Funeral » : « Tunnels », « Laika », « Power cut », « Haiti », « Rebellion » ainsi que de son Ep. Et lorsque Régine interprète « In the backseat », sans doute en pensant à la disparition récente de ses proches, une larme commence à perler sur son beau visage. Emouvant ! Puis la machine se remet en route. Nonobstant, une multitude de cordes de guitares brisées et quelques petits soucis techniques, l'intensité finit par atteindre son paroxysme. Gorgées de crescendos qui finissent par s'écraser, leurs minis symphonies peuvent adopter des rythmes de new wave dansants, goûter à la simplicité folk ou à la grandeur opératique ; le tout avec une agression cathartique et une tendresse délicate. Et une nouvelle claque ! La troisième de la journée…

Pendant ce temps, le dance hall faisait le plein pour accueillir Goldfrapp. Un bassiste, un drummer et deux choristes/danseuses accompagnent le couple Gregory/Alison. Alliant discrétion et efficacité Will Grégory se charge des synthés, boîtes à rythmes et autres arrangements technologiques. Mais c'est toujours Alison qui focalise tous les regards. Très jolie, de petite taille (NDR : pas plus d'1m60 !), blonde, vêtue d'un tailleur de type Chanel et coiffée d'un superbe chapeau, elle affiche un côté rétro, cabaret, dans l'esprit de Marlène Dietrich. Vocalement, c'est tout à fait différent, puisque son timbre velouté, tendre, sensuel, campe un hybride entre Debbie Harry et Madonna. Leur électro pop avant-gardiste n'empêche en tous cas pas le public de danser. Et vu la qualité du set, il a pu joindre le plaisir des yeux et des oreilles… parfois dans un état de transe…

Je tiens à féliciter les organisateurs du Pukkelpop pour avoir choisi de placer les Pixies en tête d'affiche et non pas M.M. Pourtant, vu la différence de statut accordé par MTV à ces deux groupes, l'inverse aurait pu se produire. Et j'imagine les pressions qui ont dû être exercées pour infléchir leur position. Mais en privilégiant la qualité sur la notoriété, ce festival continue de respecter une ligne de conduite, préserve son image de marque et rend un hommage à un des groupes les plus importants des 20 dernières années. Mais venons-en au show. Les Pixies ont vieilli. Joe Santiago, le guitariste et David Lovering (NDR : affublé de lunettes il ressemble à Walter Meeuws !) n'ont plus un poil sur le caillou. Kim Deal – cigarette au bec, et regard dans les étoiles -  a le look d'une ménagère américaine occupée de préparer une pizza. Il ne lui manque que le tablier ! Finalement, seul Charles Thompson n'a pas top changé. Reformé l'an dernier, le combo s'était produit dans le cadre du festival Werchter. Et on ne peut pas dire que leur prestation fut transcendante. Faut croire qu'à force de tourner, le quatuor a retrouvé ses sensations, car les Pixies ont accordé un des meilleurs sets de leur existence en Belgique. L'osmose entre les musiciens est intacte. La voix de Francis est toujours aussi abrasive et perçante qu'en 1988. Celle de Kim aussi sensuelle. Et sa basse percutante et groovy. Mais la bonne surprise procède de Joe Santiago, dont les six cordes sont aussi tranchantes qu'au début des eighties. Au programme: « Where is my mind », "Here comes your man", « Bone machine », « Monkey gone to heaven », « Vamos », « Debaser », "Caribou », etc. Et puis quelques flips sides de singles. Un seul rappel : « Gigantic ». Pourtant, on sentait Black enclin à poursuivre le set (NDR : dans le passé et en particulier lors de ses expérimentations post Pixies, il pouvait jouer pendant plus de deux heures) ; mais Kim lui a fait comprendre que jouer 1h30, c'était suffisant. N'empêche, on venait de recevoir une claque de plus !

Quelques mots quand même d'Apocalyptica qui jouait au même moment que Maxïmo Park. Constitué exclusivement de violoncellistes, le quintet finlandais semble autant attiré par Richard Wagner que par le métal. Spécialiste, dans le passé, de reprises de Metallica, le groupe s'est enfin décidé à intégrer ses compos personnelles dans son répertoire. Au sein d'un univers scénique glauque, tapissé de crucifix lumineux, le set dégage une énergie incroyable, presque sauvage. Une sensation accentuée par les instrumentistes qui se lèvent chacun leur tour de leur cercueil, sur lequel ils sont adossés… 

Et à une heure du mat, Maxïmo Park faisait irruption au club sous un tonnerre d'applaudissements. Le public est chaud, très chaud ; et dans le premiers rangs, ça pogote ferme. Le groupe de Newcastle aligne les compos de son premier opus dont les inévitables « Graffiti », « Postcard of a painting », et puis les singles « The coast is always changing », « The night I lost my head » ou encore « Apply some pressure. Deux nouveaux morceaux également. Paul Smith, le chanteur, en rajoute une couche, se tord dans tous les sens, et ponctue la plupart des compos d'un jump explosif. Entre chaque titre, il remercie le public et boit une lampée d'eau, reposant la bouteille sur le sol sans baisser la tête, pour ne pas froisser sa chevelure gominée. L'expression qui se lit sur son visage trahit toutes les émotions qu'il essaie de faire passer. Depuis la colère à la peur, en passant par la passion et l'euphorie. Une forme d'art dramatique qu'il veut communiquer au public sur un ton théâtral. Typiquement britannique, la musique opère une sorte de fusion de l'âge d'or des eighties : depuis Wire à Gang Of Four, en passant par XTC, les Smiths et Jam. Dans un style convulsif, parsemé de brisures de rythme ou même de breaks. A gauche de la scène, look à la Graham Coxon (ex Blur), Duncan Lloyd - le guitariste - allie efficacité et sobriété. Tout comme la section rythmique d'ailleurs. Par contre, le claviériste, semble dans un état second. Non seulement, il imite les gestes d'un robot, mais emporté par son délire, il recule imprudemment au fond de la scène, percute un retour de scène, et se retrouve les quatre fers en l'air. Sans trop de mal, heureusement. Une heure plus tard, le quintet se retire. Le public est ravi, mais aussi assommé par la puissance du son. Cinq claques dans la même journée, c'est plutôt rare lors d'un festival…

 

The Futureheads

Faire preuve de sérieux et de sens de l humour en même temps

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A l'instar de Maxïmo Park, les Futureheads nous viennent du nord-est de l'Angleterre. Pas de Newcastle, mais de Sunderland. Un quatuor responsable d'un excellent premier album éponyme, paru voici quelques mois. Pour le produire, le groupe avait tout d'abord reçu le concours d'Andy Gill (le leader de Gang of Four), un personnage que le groupe admire beaucoup. Malheureusement, le résultat était loin d'être celui escompté ; et la formation de solliciter le concours de Paul Epworth (Bloc Party, LCD Soundsystem, Liars, The Rapture, Maxïmo Park) pour recommencer la mise en forme de la plupart des titres. Faut dire que les musiciens sont réputés pour leur perfectionnisme presque maladif… Ross Millard (le guitariste) et Jaff Craig (le bassiste) le reconnaissent…

Il leur arrive de répéter la même chanson pendant 3 heures, afin d'être absolument sûr qu'elle soit parfaitement au point. Ross confirme : " On l'est même trop. Mais aujourd'hui nous disposons de moins de temps ; et on ne peut plus se permettre de consacrer autant d'énergie à une seule chanson pendant un mois. Les prises sont plus rapides. Parfois la première est la bonne… " Pour eux, ce qui rend la musique intéressante, c'est la manière dont les composants s'articulent et comment ils sont arrangés plutôt que l'écriture. Ce qui explique pourquoi ils s'intéressent beaucoup à la musique mathématique, une scène dite 'néo new wave' qui fleurit aujourd'hui à New York. Ross commente : " Nous voulons concocter une musique dynamisée par les guitares, mais sur laquelle les gens peuvent danser. Dans la britpop, cette notion est un peu trop souvent négligée. Le mouvement new wave new-yorkais incorpore des éléments forts spécifiques, tels que le tempo des drums et les lignes de basse. Et en Grande-Bretagne, beaucoup de groupes essaient de les intégrer dans leur expression sonore. Parfois même depuis plus de dix ans… "

La new wave est une influence essentielle dans l'univers de Futureheads. Et en particulier des groupes comme XTC, Jam, Devo, Buzzcocks, Wire, Cure et bien sûr Gang Of Four. Une sensibilité qui transpire à travers leurs compos. Mais comment être marqué par un mouvement que l'on n'a pas vécu ? Faut croire que leurs parents disposaient d'une belle collection de disques issue de la fin des seventies et du début des eighties. Ross admet : " Oui, c'est un peu vrai ". Jaff reprend le crachoir : " Nous sommes toujours avides de découvertes. Et en se prêtant ces vieux disques, on s'est en quelque sorte influencés l'un l'autre… " Barry semble même avoir des goûts plus éclectiques que ses acolytes. Voire plus classiques, puisqu'il est très sensible aux œuvres de Steve Reich, Philip Glass ou encore Terry Riley. C'est même lui qui a fait découvrir T Rex à ses comparses… Du mouvement britpop, ils ne retiennent que peu de noms. Blur quand même. Et en particulier Damon Albarn, à qui ils vouent un grand respect. Ross embraie : " Un grand parolier. Je ne l'ai jamais rencontré. Il a l'air sympathique. Mais je n'aime pas trop Gorillaz " Jaff insiste : " Blur a été un groupe séminal. A l'époque où tout le monde écoutait de la britpop, Blur ne s'est pas contenté de subir la mode, il est parvenu à la créer. Il y a toujours quelque chose à découvrir sur ses albums. En outre, Damon est un type très talentueux… " Pulp ensuite. Parce qu'ils considèrent Jarvis Cocker comme un fameux lyriciste. Ross nuance : " Mais ce n'est pas notre modèle, car son écriture oscille entre l'autobiographie et l'étude des mœurs des britanniques ; en en particulier ceux des Londoniens. Et puis nos textes sont moins complexes… " Le nom du groupe est inspiré d'une chanson des Flaming Lips, formation qu'ils apprécient, bien évidemment… Ross confirme : " Ils ont effectué un fameux bout de chemin dans l'univers de la pop. Leurs arrangements sont somptueux, astucieux. C'est dingue ce qu'ils sont capables de faire. On les a beaucoup écoutés. Et on les écoute encore beaucoup. Nous leur devons énormément… "

Chez les Futureheads, les vocaux sont particulièrement soignés. Les quatre membres chantent en prenant chacun leur tour la direction des opérations. Pas pour rien qu'ils considèrent les Beach Boys comme un exemple. Ross admet et Jaff confesse : " Tout comme les Beach Boys, nous avons cette opportunité de disposer de personnes différentes capables d'écrire et de chanter. Et puis de réaliser les arrangements vocaux. " L'album recèle même une chanson a capella que le groupe interprète 'live' en faisant participer le public. Et pourquoi une chanson a capella ? Ross se justifie : " Parce que dans les autres chansons, les mélodies peuvent être occultées par les guitares ou les drums. Aussi la formule a capella est une opportunité de chanter en harmonie de façon à ce que les auditeurs puissent entendre cette mélodie sous sa forme la plus pure, sans être assourdi par le reste. Et puis c'est une variante… " Tout comme chez Maxïmo Park, les membres de Futureheads accusent un accent Geordie. Et il paraîtrait que lors de leur périple aux States, qu'ils ont accompli pour assurer le supporting act de Franz Ferdinand, les filles trouvaient ces inflexions sexy ! Ce qui déclenche inévitablement l'hilarité chez nos deux interlocuteurs. Jaff réagit : " Nous ne voulons pas en changer. C'est notre façon d'être. Et tant mieux s'il plait aux filles outre-Atlantique… "

Sur leur premier opus, figure une reprise d'une chanson de Kate Bush, 'Hounds of love'. Mais qu'en pense l'auteur de cette chanson ? Jaff commente : " En fait on n'a pas encore entendu de réaction de sa part. Et on est un peu nerveux à ce sujet. C'est une chanteuse incroyable" (NDR : à cet instant, une lueur brille dans ses yeux). Et Ross de confirmer : " Il est trop intimidant d'entendre sa réaction ; car en fonction de ce qu'elle pensera de cette cover, on arrêtera peut-être de l'interpréter. " Autre plage de l'elpee, 'Decent days and nights' évolue sur un riff de guitare qui rappelle très fort le 'My Sharona' du Knack. Coïncidence ? Jaff concède: " Tu n'es pas la première personne à nous le faire remarquer". Ross précise : " C'est un grand riff. En fait pour cette chanson, nous l'avions avant les paroles. Alors qu'en général, c'est l'inverse qui se produit. " Enfin le fragment qui clôt leur elpee éponyme ('Man Ray') évoque le thème d'une certaine pornographie qui tente de se faire passer pour de l'art. Ross s'explique : " Man Ray est un photographe célèbre pour ses nus. Ce n'est pas parce que vous vous intéressez à la musique que vous ne pouvez pas être branché par l'art. Par la photographie, par exemple. Et ces autres formes artistiques peuvent vous procurer de l'inspiration pour l'écriture. Il est certainement plus enrichissant de passer une journée à visiter une exposition que de parler pour ne rien dire. Il faut plutôt comprendre ce morceau comme la métaphore d'une relation. Qu'elle soit purement physique ou qu'elle aille plus loin… " Chez Futureheads, les lyrics sont, en général, une vision personnelle de leur environnement. Jaff confirme : " Absolument. Ross et Barry se chargent des lyrics. Même s'il y a une différence entre les deux, ils se référent souvent à ce qu'ils vivent au quotidien. " Ross enchaîne : " Nous sommes un petit groupe qui vient d'un coin perdu de l'Albion. Nous nous sentons à l'étroit et nous voulons aller à la conquête de la Grande-Bretagne et pourquoi pas du monde… "

Dans le futur, le groupe à l'intention de modifier sa manière de composer. En essayant de mieux structurer la chanson plutôt que de mettre des idées l'une à côté de l'autre. Mais n'y a-t-il pas un risque de perdre sa créativité en affichant une telle vision des choses ? Jaff se défend : " Je ne pense pas. Dans l'écriture d'une chanson il y a les idées et le canevas. Il faut savoir ce qu'il faut mettre en avant. Faire le tri. Simplifier. Sans quoi, il y trop de matière et on ne s'y retrouve plus. Par contre sur scène, tout ce qui a été écarté est susceptible de revenir à la surface ; de manière à donner une nouvelle dimension aux morceaux… " La formation essaie de composer des titres sarcastiques qui sont mélodiquement joyeux. Suivant leurs déclarations, c'est un peu comme insulter quelqu'un et rire en même temps. Ce qui méritait une explication. Ross éclaircit la situation : " C'est comme si on voulait faire preuve de sérieux et de sens de l'humour en même temps. Un peu comme chez Devo qui formulait des idées avec une expression neutre ; de façon à ce que les gens ne sachent plus s'il fallait en rire ou en pleurer. Je donne un autre exemple : on s'habille très élégamment ; ce qui ne nous empêche pas de jouer une musique énergique. On cherche à créer le contraste. Nous sommes un peu excentriques. Nous ne sommes pas du style à mettre les cartes sur table et à révéler nos sentiments… "

A leurs débuts, les sets de Futureheads étaient particulièrement courts. Un de leurs tous premiers avait d'ailleurs duré 7 minutes ! Un épisode qui les fait encore bien rire aujourd'hui. Jaff raconte : " 4 chansons en 7 minutes pour le premier show, alors qu'on devait jouer un quart d'heure ! " Ross en remet une couche : " Aujourd'hui pour le même concert, on mettrait une heure. A l'époque on nous avait dit que nous disposions de 20 minutes pour se produire. Or notre répertoire n'allait pas au-delà des 15 minutes. "  Finalement, le montage et le démontage du matériel leur avaient pris beaucoup plus de temps…

Merci à Vincent Devos.

 

Pukkelpop 2005 : jeudi 18 août

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Cette année, le Pukkelpop célébrait sa 20ème édition. Conviés à cet anniversaire, nous avons soufflé les bougies en compagnie de Chokri Mahassine, le grand manitou de ce rassemblement alternatif. Car en Belgique, son Pukkelpop est une référence, un mythe, une institution aventurière vouée à la découverte et aux grandes révélations. Etabli au cœur du Limbourg, la manifestation colporte la bonne nouvelle aux oreilles des festivaliers depuis ses débuts: The Jesus And Mary Chain, Wire, Faith No More, Nirvana, Pixies, Sonic Youth, Beastie Boys, Nick Cave, Iggy Pop, Afghan Whigs, Cypress Hill, Neil Young, Pearl Jam, etc. L'énumération demeure sans fin. L'évènement se poste aux premiers rangs de l'avant-garde. Et puis, le Pukkelpop s'inscrit également comme le premier festival du Royaume à intégrer un 'Dance Hall' sur son territoire. Cela peu sembler anodin. Mais en 1994, la musique électronique harnachait les traits du danger, de l'inconnu. Qui, à l'époque, aurait osé édifier un dôme à la gloire de la transe hystérique des boucles mécaniques ? Une fois encore, le Pukkelpop sera un précurseur et de nombreux festivals belges et européens entreront dans la 'dance'. Ainsi, Aphex Twin, Underworld et Tekton Motor inaugureront l'initiative. Alors, la deuxième décennie allait-elle être fatale à notre réunion récréative préférée ? Avant même de pénétrer sur la plaine de Kiewit, nous jetons un dernier regard sur l'affiche placardée sur l'enceinte clôturée. Et là, le doute n'est plus autorisé : le Pukkelpop a encore de beaux jours devant lui…

Jeudi 18 Août 2005

Le soleil brille de mille feux, les premiers pèlerins foulent la verte prairie limbourgeoise et cherchent une place aux abords de la Main Stage. Là-bas, The Subways amorce la bataille des outsiders au titre très convoité de 'confidence visionnaire' de l'année. Mais le combat livré par le trio britannique est inégal. Dès l'entame du concert, la sono part en couille et les valves distordues de Billy s'entrecoupent d'absences sonores crépitantes. C'est dommage… The Subways n'est pas jugé à sa juste valeur. Peu importe, le groupe reste solidaire et ne galvaude pas son organisation élémentaire : guitare, basse et batterie partent ainsi en quête de sensations fortes et luttent inlassablement contre les salves ravageuses de la régie. « I Want To Hear What You Have Got To Say » apporte la preuve que ces jeunots aiment le bruit et les mélodies efficaces. Pour le reste, inutile d'emprunter quatre chemins pour l'écrire : le point fort de The Subways, c'est Charlotte, la jolie bassiste. Elle bondit, chante et hurle comme une pestiférée. Les ourlets de sa robe virevoltent et Dieu sait que ce spectacle vaut tous les détours du monde Techniquement, la performance laisse à désirer mais les Anglais laisse entrevoir une énergie juvénile rédemptrice sur les singles « Rock & Roll Queen » et « Oh Yeah », réussites radiophoniques en mode binaire.

Sous le Dance Hall, Ladytron s'applique à faire monter le thermomètre. La foule ne s'embrase pas encore, la fièvre viendra plus tard…

De retour au pied de la grande scène, on assiste à l'émergence de Kaiser Chiefs. Annulés en dernière minute à Werchter, ces pensionnaires de Leeds ont crânement joué le coup (franc) au Pukkelpop. A elle seule, l'arrivée de Ricky Wilson devait susciter la confusion dans la fosse. Le chanteur débarque en compagnie de deux béquilles et d'une jambe dans le plâtre… Mais l'habit ne fait pas le moine : dès le coup d'envoi, Kaiser Chiefs rue dans les brancards, catapulte les béquilles aux cieux et décharge les hits de son premier album. Malgré sa jambe invalide, Ricky Wilson sautille comme un kangourou en tournée avec Faithless. La hype a beau faire, ces cinq petits truffions cultivent habilement l'art du rock'n'roll et des choses simples. Ce n'est pas subtil pour une livre sterling mais la lubie de Kaiser Chiefs réside dans la volonté de séduire les foules, d'offrir des refrains 'sur-mesure' à reprendre comme un seul homme. Un peu comme des soiffards supportant leur équipe préférée lors d'une énième finale dans le stade mythique (actuellement en démolition) de Wembley. Le concert est jubilatoire. Kaiser Chiefs est en train de s'imposer comme le plus grand groupe 'onomatopéen' de l'histoire du rock. 'Na Na Na', 'La La La', 'Oh Oh Oh', etc., la liste est longue. Le son est parfait, les cinq garçons en bonne santé et bien décidés à conquérir le monde par la grâce de leurs intrépides singeries !

Après ce bon moment, l'heure est au spleen baudelairien, les lueurs sombres de la musique des Editors pointent le bout de la guitare sous la Marquee. Le groupe de Birmingham, annoncé comme le nouveau messie du rock anglais, n'impressionne pas ou plutôt n'étonne pas. Editors, c'est du Interpol revu et dégradé. Pour sa défense, le quatuor peut avancer ses influences : Joy Division, Echo and The Bunnymen et toute la clique new wave enfantée par la Prude Albion aux premières heures des années 80. A la différence d'Interpol, les Editors sont Anglais et reprennent à leur compte un héritage patriotique. Mais qu'on se le dise : le patrimoine anglo-saxon s'épanouit bien mieux au cœur de la Grosse Pomme ! Surtout, ne pas s'attarder en ces lieux…

Et privilégier la vie de ‘château’ : une bâtisse qui sied particulièrement bien aux échappées aériennes de Styrofoam. Arne Van Petegem (à na pas confondre avec Peter, son homonyme cycliste !) défend les ritournelles de « Nothing's Lost », son dernier album en date. Escorté de ses acolytes, l'homme tapisse la voûte du chapiteau d'habiles superpositions sonores. La musique de Styrofoam nous saisit à la gorge alors que la chaleur ambiante achève de nous étouffer. Même le mercure d'un thermomètre ne s'adapterait guère à tel chaudron ! Derniers applaudissements, dernières sueurs : à l'extérieur, l'air frais demeure l'unique sauveur…

Les échos médiatiques d'outre-Manche nous guident alors vers le Club où se tient le concert de The Magic Numbers. A première vue, ça fait peur : deux garçons, deux filles sapés comme des cow-boys fringants nous délivrent une vision post-folk apocalyptique. En 'gros', l'arrêt sur image brosse le portrait des membres d'ABBA en version rurale et folklorique. Mais une fois que nos quatre spécimens se mettent à jouer, la terre s'arrête de tourner. Que peut-on espérer de la pop aujourd'hui ? La réponse à cette question se chiffre en féerie : The Magic Numbers. Cette formation menée par le chant jovial et hypersensible de Romeo Stodart s'installe d'emblée comme le futur simple de la pop flower-power. A la basse, sa sœur Michelle Stodart porte très haut les couleurs familiales. Et le moins que l'on puisse dire c'est qu''elle est forte celle-là'! Derrière sa batterie, Sean Ganon impulse la rythmique tel un Stillwater échappé du casting d'Almost Famous. Sa frangine à lui se nomme Angela et donne de la voix sur toutes les perles mélodiques du combo biparental. Quatre musiciens, deux familles et un grand moment de musique pour cette nouvelle édition du Pukkelpop. Des tubes, comme s'il en pleuvait : « Mornings Eleven », « Forever Lost », « Love Me Like You », « Don't Give Up The Fight » (sur ce titre, les inflexions vocales de Romeo flirtent avec les intonations de Curtis Mayfield). Ce jeudi, le seul défaut des Magic Numbers, c'est la durée de leur performance : décidément trop courte…

A quelques mètres du Club, The Roots amorce son set sur la Mainstage. Le concert est très attendu. Pourtant, la fraîcheur communicative de ces nouveaux princes du hip-hop tombe rapidement dans une soupe démonstrative que n'aurait pas renié Carlos Santana. Un solo par ici, un par là, un petit à gauche, un petit à droite et comme si la tartine n'était pas encore assez beurrée, on s'en retape une couche. Sur ce coup-là, la déception nous envahit.

La solution, c'est l'exode. Partir loin, très loin : à l'autre bout du site où se tient Soulwax Nite Versions, une curiosité expérimentale. Pour l'occasion, les Fucking Dewaele Brothers nous reviennent en compagnie de leur dernier disque (« Any Minute Now ») mais n'interprètent que le squelette électro de ce dernier. A l'autopsie, l'opération tient du miracle : pitoyable dans sa version rock, c'est un Soulwax énergique, vivifiant et dansant qui nous tient en haleine. Bref, on se demande toujours comment les bastards-Dewaele en sont arrivés au rock ! Dans son prochain volet, le dictionnaire des synonymes doit en tenir compte : électronique et Dewaele, même combat…

A l'antithèse des frangins électro-belges, The Hives carbure en mode binaire. Le rock'n'roll demeure le seul et unique leitmotiv de ces cinq dandys costumés. En noir et blanc, c'est plus revivaliste. Le grand show commence sous la houlette de l'acrobate en chef : Howlin'Pelle Almqvist. Le gaillard harangue la foule de ses déclarations nombrilistes. Le sosie de Jim Carrey tire la langue quand il ne s'amuse pas de sa dernière grimace. Jeune et doué, ce type s'en fout… Pour lui, seul l'entertainment importe. Les lignes de basse du Dr Matt Destruction tabassent les fracas de batterie de l'élégant Chris Dangerous. Face au public, les deux guitaristes s'en donnent à cœur joie : Nicolaus Arson dégaine et tire ses riffs à bout portant alors que Vigilante Carlstroem maintient la mesure. 'Vous aimez les Hives ! Et vous ne pouvez rien y faire, c'est comme ça…', ironise Howlin'Pelle Almqvist. Dans la fosse, une partie du public le siffle, l'autre l'acclame. Au 21ème siècle, The Hives revêt encore une dimension subversive et mystérieuse. Vrai ou faux, ce groupe dérange. Blanc ou noir, The Hives intrigue. Leurs tubes sont des billes supersoniques catapultées dans l'urgence et la concision : « Walk idiot walk », « Two-Timing Touch and Broken Bones », « Main Offender », « Hate To Say I Told You So ». La musique des Hives est aussi simple et rapide que le montage d'un meuble Ikea. En moins d'une heure, les Hives ont démontré leur savoir-faire : Almqvist effleure sa main d'un dernier bécot en direction de ses fans chéris, c'est terminé.

Après une telle performance, les déguisements de rockers des new-yorkais de Bravery paraissent bien pâles. Chez eux, les poses tuent le naturel. Les compos transpirent la redite et l'attitude passe par le braquage de la garde-robe de l'histoire du rock. On peine à y croire...

On se frotte les yeux, on se rince le gosier et on suit le flux migratoire qui mène les festivaliers aux alentours de la grande scène. La sensation de l'année dernière est de retour en Belgique. Et cette fois, tout le monde semble au courant. C'est donc la grande foule à l'entame du concert de Franz Ferdinand. Les quatre aristocrates de la banlieue de Glasgow se plantent sur le devant de la scène. Droit comme un lampadaire, Nick McCarthy enfourche sa guitare. A la batterie, Paul Thomson a (enfin) décidé de se raser la moustache. Pour sa part, Bob Hardy tapote toujours sa basse comme n'importe quel autre morceau de bois qu'on lui aurait glissé entre les doigts. Et puis, que serait Franz Ferdinand sans Alex Kapranos ? Le chanteur charismatique de la formation écossaise est le seul à connaître le secret pour faire danser les filles. Tant mieux, elles n'attendent plus que ça… L'entrée en matière est triomphale. Les quatre garçons demeurent les têtes d'affiches incontestées de la journée. Et cela se sent. Alors, ils vont droit au but, larguent tous les singles du premier album : « Take Me Out », « The Dark of the Matinee », « Jacqueline », « 40 ft ». Les chansons du quatuor suscitent l'enthousiasme des spectateurs. Néanmoins, l'ambiance retombe dès que Kapranos et ses copains s'attaquent aux nouveaux morceaux. Alors là, interrogation : le public belge deviendrait-il mou du genou ? Pourquoi faut-il toujours appréhender les titres comme autant de tubes radiophoniques ? La fête ne peut-elle être insouciante et spontanée ? Vraisemblablement pas sur cette grande scène, pas ce soir. La Franz Mania veut son disque et attend impatiemment le mois d'octobre pour célébrer l'avènement de la nouvelle cuvée. A ce moment-là et seulement à ce moment-là, les fans apprendront les paroles par cœur : pas avant. Pour l'heure, se bouger le popotin sur les extraordinaires avant-premières 'franz ferdinniennes' semble prohibé. Le dernier simple « Do You Want To » chatouille les ondes radios. L'observation accrédite l'affirmation : le moindre hit amuse la galerie. Pour le reste, il convient de rester stoïque, de ne pas broncher : attendre le coup d'envoi du NME et la diffusion en 'heavy rotation' de MTV. Qu'importe, Franz Ferdinand a fait du bon boulot. Le groupe boute le feu, lance un bouquet final et repart le point levé : « This Fire is Out of Control… ».

Mais c'est sous la Marquee que la situation risque de devenir incontrôlable. Vingt-trois zigotos affublés d'une toge, outillés de divers instruments ou de super pouvoirs vocaux viennent d'envahir les lieux pour le plus grand bonheur de centaines d'adeptes. The Polyphonic Spree ou l'histoire vraie d'une chorale rock. Originaire de Dallas, la troupe est représentée par la figure mythique de son chef d'orchestre : Tim DeLaughter. Cet ex-Tripping Daisy ('sensation' grunge du milieu des années 90) est parvenu à ériger une fanfare congréganiste centrée sur une pop psychédélique ancrée au cœur des sixties. Le projet est ambitieux. Ils ressemblent à des hippies 'cryogénisés' mais le ridicule ne les tue pas. Au contraire, la robe au vent, les musiciens de Polyphonic Spree nous offrent un spectacle mémorable, une accolade d'harmonie, de cabrioles et surtout des chansons d'une classe imparable. Les instruments (guitares, trompette, flûte, violon, trombone, moog, orgue, basse, percussions, theremin, trompette) s'entrecroisent et se complètent doucement sans jamais sombrer dans l'ennui. Au contraire, The Polyphonic Spree constitue une des principales usines de constructions d'hymnes (à la joie ?) collectifs. « Soldier Girl » explose : c'est la folie. Comme des moines, les membres de la chorale prêchent la pop moderne et s'élancent dans d'inavouables chorégraphies. Plus tôt, « It's The Sun » s'était chargé de retourner les projecteurs vers les véritables protagonistes de cette première journée de festival. C'est miraculeusement déjanté : en cours de route, l'électron libre de la chorale, accessoirement délégué aux tambours, décide d'escalader l'armature du podium jusqu'à son sommet (avec son tambour !). A chaque seconde, ce numéro d'équilibriste improvisé frôle la catastrophe. Ce garçon est frappadingue, complètement déboussolé. En bas, le reste de la secte perpétue le délire communautaire. La grande messe s'achève sous une salve d'applaudissements, de l'eau bénite pour les disciples de cette compagnie hors du commun. Après cette vision angélique, le corps divague, les membres tremblent et les pensées s'égarent. Il faut se ravitailler…

Une fois les esprits revenus, les yeux s'ouvrent sur les décibels de Basement Jaxx. Derrière leur console, Simon Ratcliffe et Felix Buxton poussent les manettes à gogo. Devant, Lisa Kekaula (The BellRays) répond à nouveau présent. C'est foufou, ondulatoire et renversant comme la tectonique des plaques, un peu à l'image de « The Singles », dernier best-of en date.

Bon, c'est bien beau tout cela mais il y a d'autres chats à fouetter. Ou plutôt d'autres lapins ! Forcément : ce n'est pas tous les jours qu'on rencontre un chanteur agacé de ne pas posséder deux belles et longues oreilles. Mais pour Adam Green, tout se passe dans une zone obscure du cortex. Dès lors, se penser lapin suffit amplement pour se sentir lapin. Du coup, sur scène, la canaille new-yorkaise interprète « Bunny Ranch » en compagnie d'une jolie spectatrice, spécialement invitée sur le fronton pour se trémousser comme…une lapine ! C'est coquin et très mignon. La blague vire même au petit jeu de séduction. Au terme du morceau, Adam Green se ramasse un râteau de la lapine et un crépitement d'applaudissement du public. Dans tous les cas : c'est largement mérité ! L'adage disait : 'femme qui sourit à moitié dans son lit'. Et bien visiblement, ça ne fonctionne pas chez les lapins ! Adam Green était le prince de l'anti-folk. Désormais, il se présente comme le seul et unique militant du 'guignolo-cabaret-folk'.

Sous le Dance Hall, les gogos dancers du jeudi soir s'en donnent à cœur joie. Les Norvégiens de Röyksopp alimentent la foule de leurs rythmes digitaux. Postés devant une sorte de cabine de téléportation, les membres de Röyksopp égrènent leur répertoire avec une ferveur nordique des plus chaleureuses.

Et puis, c'est l'heure du flash spatio-temporel. The Prodigy vient, en effet, d'envahir la grande scène du festival. Ce groupe, fondé par le DJ Liam Howlett, est sorti de ses caves londoniennes au début des années 90 dans un fracas de riffs et de beats. Mais en 2005, la musique de The Prodigy se déverse dans les égouts et se vidange comme autant de mauvais souvenirs d'une époque révolue. Dans ces conditions que pouvait-on espérer des Anglais ? Plus grand-chose… Et pourtant, dans un dernier sursaut de bravoure, Keith Flint et Maxim Reality, les deux agitateurs maison, carburent une fois encore aux amphétamines. La grosse artillerie décante la plaine et électrocute les fans du siècle dernier. « Smack My Bitch Up », « Spitfire », « Breathe », « Girls » et « Firestarter », entre autres, suffisent à relancer toute une décennie « techno-punkoïdée ». Liam Howlett et les siens appartiendront bientôt à l'histoire. Mais ce soir, les turbulents londoniens ont célébré dignement cette 20ème édition du Pukkelpop.

Un dernier passage par le Château nous permet de constater que l'association des boucles électroniques à la soul Motown est foutrement originale. Il fallait y penser, Jamie Lidell l'a fait ! Cet ex-Super Collider ravive la folie du funk dans un méli-mélo de beats robotiques et de chaudes irruptions vocales. La journée touche à sa fin. Et déjà, demain nous appartient…

 

Lokerse Feesten 2005 : The Cure (+ Mercury Rev + Cranes)

Aller à un concert de Cure, c'est comme tremper ses doigts gelés dans un vieux bénitier : on le fait seulement parce qu'on y croit – c'est ça, être fan, comme dirait Obispo. Et les fans de Cure sont légion : ils ont même un patronyme à eux, ce qui se fait très rare. Des curistes, donc : souvent de grandes filles qui se donnent l'air blafardes, ou des garçons trop vieux pour mourir jeunes, coincés dans les eighties depuis leur premier choc 'Pornography-que'. Voilà des gens pourtant normaux, qui travaillent et qui dorment, mais qui deviennent un peu foufous dès qu'on leur parle de Bob, de Baudelaire et de Camus… Le romantisme façon fin de siècle, les chemises à jabot et le Rimmel planqué dans le frigo : il y a des tics à respecter pour être un vrai curiste. Certains se piqueraient même les fesses à coup de cortisone, pour ressembler à leur idole quinquagénaire, bouffi par la déprime et la défonce. C'est clair : les curistes préfèrent le Cure pas drôle, celui de la trilogie Seventeen Seconds-Faith-Pornography.

 

On n'est pas là pour rire, et quand les Cranes débutent leur set tout le monde regarde déjà sa montre : plus que deux heures à écumer des bières, en attendant que Bob ramène sa fraise de vieux goth à la Barry Lyndon. Les Cranes, donc : un air de shoegazing à côté de ses pompes, et quelques tubes pour plaire aux fans – s'il en reste.

Mercury Rev ? On l'avait oublié, mais ce groupe a pondu de bons disques, d'abord psychédéliques et bien barrés (pléonasme), ensuite plus orchestraux mais pas moins addictifs. Le dernier, par contre, est d'un ennui profond, comme si le Rev s'affadissait au fil des ans à force de chercher la petite bête. A part quelques pépites extraites de « All Is Dream » et de « Deserter's Song » (l'album de la consécration), rien de ce live ne valait qu'on se tienne l'entrejambes en criant de bonheur. Mercury Rev, déjà de l'histoire ancienne ? Ca fait 15 ans que ça dure, donc oui.

'Et les Cure ?', rétorqueront les sceptiques ? Ils se font vieux et s'accrochent, mais leur musique, elle, demeure étonnamment vivace. Il suffit d'écouter la radio pour s'en convaincre : Interpol, The Killers, VHS or Beta, The Rapture, Placebo, voire les Deftones et Blink 182 (si si)… Ils ont sans doute écouté Cure en pleine montée d'acné, comme tout ado en manque de repères. Une chance : Roger O' Donnell n'est plus de la partie, donc point de synthé chez les Cure 2005. Perry Bamonte lui aussi s'est barré : c'est Porl Thompson qui le remplace, et c'est une deuxième bonne nouvelle. Son doigté légendaire illuminera ce live, même s'il n'a plus de crinière. A 4 au lieu de 5, les Cure se voient donc obligés de resserrer les vis. Finies donc les ambiances synthétiques cheap : la guitare redevient souveraine, les curistes brament en crêpant leurs vieilles mèches. « Open », en ouverture, donne le ton : électrique, forcément. Pendant plus de deux heures, Bob et sa bande revisiteront avec panache une belle partie de leur répertoire le plus glacé, avec en ligne de mire trois albums mirifiques : « Wish », « Seventeen Seconds » et « The Head on the Door »… Du dernier, produit par le méchant Ross Robinson (Limp Bizkit, Slipknot, At The Drive-In, The Blood Brothers,…), les Anglais joueront trois titres, pied au plancher et la tête dans le guidon. Heureusement, « Shake Dog Shake » remettra vite les vieilles pendules à l'heure : grand morceau, qui plus est rare en live. « At Night », « M », « Play For Today » (et sa partie de synthés reprise cette fois par le public), « The Blood », « Push », « A Night Like This », « Never Enough », « End », « A Strange Day »,… Les fans auraient eu tort de ne pas sauter de joie ! D'autant qu'en rappel, c'est "A Forest", "Why Can't I Be You", "Let's Go To Bed" et "Boy's Don't Cry" que les Cure balancent sans crier gare. Il s'agissait sans doute d'un des meilleurs concerts belges de Cure, depuis 10 ans… Et rien ne prévoit une baisse de régime de leur part : après la réédition « Deluxe » de la trilogie et du premier album, voilà que Robert vient d'annoncer un album pour avril 2006 ! Mais quand s'arrêteront-ils ? Jaméééé, et c'est ça qui est terrible.            

 

Dour Festival 2005 : dimanche 17 juillet

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Formation gantoise, Absynthe Minded compte déjà deux opus à son actif ; et son dernier, « New day », avait été choisi comme album de la semaine, il y a deux bons mois. Un quintette dont la musique oscille de la pop au cabaret en passant par le jazz, la prog, le folk, le blues, le funk, la salsa et j'en passe. Une formation qui peut compter sur deux excellents instrumentistes : le contrebassiste Sergej Van Bauwel et puis surtout le violoniste Renaud Ghilbert (NDR : ce dernier accompagnait Sioen à ses débuts). Sans oublier, bien sûr, le chanteur/compositeur/guitariste Bert Ostyn. Bert possède une très belle voix, dont le timbre mélancolique, chaleureux, évoque le plus souvent un certain Mark Olivier Everett (Eels). Et sur les planches, la section rythmique ainsi que le claviériste (NDR : il dispose d'un hammond !) apportent leur pierre à l'édifice sonore. Lorsqu'Absynthe Minded interprète des chansons semi acoustiques, Bert préfère s'asseoir sur un tabouret de bar et s'accompagner à la guitare sèche. Pour les plus électriques il abandonne son siège et change de râpe en conséquence. Sergej valse régulièrement avec sa contrebasse. Renaud joue parfois de son violon comme une guitare. Ce disciple de Django Rheinhardt est également capable d'apporter une coloration tsigane voire baroque aux compositions. Et en fin de set, le drummer démontre qu'il n'et pas un manchot. Leur prestation empreinte de joie de vivre fait plaisir à voir. Et surtout à écouter. Surtout à cause de ce swing qui sent bon les années 30…

Non seulement David Gedge a remonté Wedding Present en 2004, mais il a commis un nouvel album (« Take fountain ») ; et dans la foulée est parti en tournée. En compagnie de son fidèle guitariste Simon Cleave ; et puis de la bassiste Terry de Castro ainsi que du drummer Kari Paavola. On ne peut pas dire que 'La petite maison dans la prairie' affichait complet pour accueillir le set de ce quatuor mythique (NDR : il ne faut pas oublier que la formation a décroché la bagatelle de 40 hit singles en Grande-Bretagne, entre 1986 et 1996 ; et qu'en outre elle figurait parmi les groupes les plus prisés par feu John Peel). Mais le public averti ne voulait pas manquer leur prestation (NDR : et tant pis pour les autres !). Véritable sosie de Robert Conrad (NDR : acteur principal de la série « Les Mystères de l'Ouest »), David Gedge n'a rien perdu de son phrasé de guitare caractéristique. Gratté, rapide et chatoyant, il alimente une instantanéité pop rafraîchissante. Et on comprend mieux pourquoi Simon Cleave est devenu son complément idéal aux six cordes. Un personnage qui dispose d'une panoplie de grattes assez impressionnante. Plus esthétiques les unes que les autres. Mais il joue avec une telle conviction, qu'il parviendra en en maculer deux de son sang. Terry chante sur une des chansons les plus mélancoliques : « Perfect blue » ; et ma foi, elle a une très jolie voix. David présente de temps à autre ses compos. Parfois dans la langue de Molière. En épinglant même, au passage, une toute nouvelle. Bref, à travers son set captivant, sculpté dans la noisy mélodique, Wedding Present est parvenu à nous démonter qu'il avait encore plus que des beaux restes. Et avant d'interpréter son dernier morceau absolument dantesque, Gedge a anticipé toute réaction de mécontentement, en expliquant que W.P. n'accordait jamais de rappel. N'empêche, quel régal !

Mauvaise nouvelle les Liars ne sont pas encore arrivés. On craint même qu'ils ne déclarent forfait. En fin de matinée, ild étaient encore à New York, et allaient prendre l'avion. Mais pour arriver à destination en temps utile, il aurait fallu les parachuter. En fait, il faut croire qu'ils n'avaient pas du tout envie de se produire à Dour. Des Liars quoi…

Aussi, le Babylon Circus a accepté d'avancer son heure de passage. En se retrouvant du même coup sur la scène principale. A 18h15. Et ils ont répondu à toutes les attentes, même si leur set était pratiquement identique à celui qu'ils avaient accordé, la semaine précédente, au Cactus de Bruges. D'ailleurs ceux qui les ont découverts ont largement pris leur pied.

Le hip hop, ce n'est pas trop mon truc. Mais dans le style, Sole est vraiment un trio pas comme les autres. Trois blancs. Un batteur au drumming riche, presque free jazz. Un guitariste qui se concentre exclusivement sur ses envolées atmosphériques, voire psychédéliques. Et un vocaliste qui rappe son monologue confessionnel ou ses jérémiades anti-impérialistes avec une grande habileté, en variant les flows et les cadences. Le tout balayé de samples, boucles et autres beats de circonstance. J'ai donc vu. Entendu. Et puis je suis parti.

Histoire d'aller jeter un coup d'œil au show de Desmond Dekker. Il ne faut pas oublier que Desmond Dekker est né en 1941 (NDR : ou en 43, suivant les bios). Et qu'il a appris à Bob Marley ses premiers accords de guitare. On le connaît surtout pour ses tubes "Israelites", « A it mek », "007 (Shanty Town)" et la cover de Jimmy Cliff, "You Can Get It If You Really Want". Des compos qui, remontent quand même à la fin des sixties. Rocksteady engagé, Desmond Dekker, possède une voix bien timbrée qu'il met au service du reggae, mais également du ska. Malgré une tentative de come-back opérée au début des eighties, il avait pratiquement disparu de la circulation. Et, sa présence à Dour avait de quoi surprendre. Béret d'aviateur vissé sur la tête, il affiche une présence qui contraste avec son âge. D'ailleurs, les aficionados du Jamaïcain ont eu l'agréable surprise d'assister à un set à la fois solide et bien équilibré. Que demande le peuple ?

De Jon Spencer Blues Explosion à Blues Explosion, il n'y a qu'un pas. Que Jon Spencer a franchi lors de l'enregistrement de son septième album. Ce qui ne change pas grand-chose à la musique du trio. Ni à la formule : deux guitares et une batterie. Et sur la scène, on retrouve inévitablement la même énergie et la même excitation rock'n rollienne. Ce blues à forte libido et cette attitude punk très marquée. Sans oublier ces breaks qui vous plongent littéralement dans le vide. Jon continue de nous asséner ses 'Blues Explosion' militaires. Un changement : l'absence du theremin. Les cheveux coupés courts, Jon bondit, se contorsionne, regarde son micro d'un air lubrique et s'agite comme s'il avait un saumon vivant dans son pantalon (NDR : de cuir !). A gauche de la scène, Judah Bauer (NDR : il chante quand même une compo) aligne imperturbablement ses riffs de guitare lorsqu'il ne les conjugue pas avec ceux - explosifs – de Jon, pendant que Russel Simmins martèle sauvagement ses fûts. A chaque concert, on a même l'impression qu'ils jouent comme si c'était leur première apparition sur les planches. Et en quittant la scène, Jon soulève son ampli avant de le laisser retomber sur le baffle…

Les Levellers avaient inversé l'ordre de passage avec Madrugada. 15 ans plus tôt, le folk punk celtique des Levellers apportait un vent de fraîcheur à la scène musicale pop/rock. Et en 'live', la formation mettait le feu partout où elle passait. Aujourd'hui, leur musique a mal vieilli. Les instrumentistes sont toujours aussi talentueux, et en particulier le violoniste Jon Sevink. Mais la flamme s'est éteinte. Tout comme l'inspiration d'ailleurs.

A l'instar de leur set accordé la semaine dernière au Cactus de Bruges, Madrugada s'est montré à la hauteur sa réputation. Et on leur accordera nos félicitations pour le respect qu'ils manifestent vis-à-vis du public, car pour venir jouer à Dour (NDR : 10 jours plus tôt une annulation était dans l'air) ils ont effectué un voyage de 12 heures. Chapeau ! Maintenant, le tracklist étant sensiblement identique à celui proposé dans la Venise du Nord, il ne m'a pas semblé judicieux de m'étaler davantage sur leur prestation. D'autant plus qu'il a fallu quitter les lieux une bonne vingtaine de minutes avant la fin du set pour ne pas manquer une des têtes d'affiche du festival : Killing Joke.

Assister à un concert de Killing Joke, c'est un peu comme assister à une cérémonie. A un rituel. Personnage central, leader charismatique voir shamanique, chanteur à la voix cassée, rauque, inquiétante, lyrique, capable de jaillir comme un cri de rage, Jaz Coleman monte sur scène vêtu d'une salopette bleue. S'il n'avait le visage peinturluré comme un guerrier africain, on penserait qu'il travaille dans un charbonnage. Une impression corroborée par les autres musiciens qui se sont noirci le visage. Des fantômes qui hantaient les puits désaffectés de la région de Dour seraient-ils remontés à la surface ? Image surréaliste amplifiée par la machine à feu qui exécute sa ronde infernale. Un contexte qui va donner une coloration toute particulière au set puissant et dévastateur de Killing Joke. Cause à effet, mais les sonorités du clavier n'ont jamais été aussi post industrielles. La guitare de Geordie Walker concasse, se tord, persécute, abrase, pendant que la section rythmique muscle le tout lorsqu'elle ne joue pas au rouleau compresseur. Faut dire que la basse de Youth est un groove à elle seule ! Tribale et hypnotique, la musique de Killing Joke est noire, dérangeante, primitive et intense : elle sort du ventre. Et Jazz fait son show. Il tremble de tout son être, fustige le public, l'exhorte à entrer en communion avec lui. Ses yeux vous transpercent littéralement. Devant le public pogote frénétiquement. Jazz est heureux de voir leur réaction. Il remercie l'assistance et se retire. Il est minuit trente : le temps est passé trop vite…

Dour Festival 2005 : samedi 16 juillet

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La foule est moins dense que la veille. Le public semble encore plus dispersé et éclectique que les jours précédents... Parfois, lorsqu'on s'écarte des scènes, on se demande si on participe encore à un festival rock ou si on traverse les allées d'une grande foire. Mais Dour, c'est ça aussi ! Celles et ceux qui n'ont plus participé à ce type de manifestation depuis des lustres seraient sans doute très surpris de son évolution… Bref, en se faufilant entre stands de sponsors, échoppes de magasins et en évitant les corps étendus de jeunes 'cuves psycho-narcotiques', on atteint finalement le but ultime: The Last Arena.

Là-bas, les Anglais de Help She Can't Swim pulvérisent la plaine à grands coups de riffs et de cris stridents. Coïncidence qui ne trompe pas: la plaine de la Machine à Feu n'a jamais aussi bien porté son nom. Les guitares virevoltent et la voix de Leesey Francis, la chanteuse, extermine les moindres temps morts du concert. Les hits s'enchaînent et se déchaînent: "Fermez La Bouche" (ce titre !), "My Own Private Disco" ou "What Would Morrisey Say ?" alimentent la tension vitale de cette décharge en règle. Un set puissant pour un quintet à tenir à l'œil.

Quelques mètres plus loin, c'est l'effervescence. En compagnie de son fidèle batteur, l'étrange Scout Niblett rabote la Petite Maison dans la Prairie. Le couple est une version renversée du duo rouge et blanc de Detroit. C'est un style particulier: Scout Niblett est fringuée comme une caissière Carrefour signalant la route à des chauffards paumés en plein Alabama. On sent la fougue Albini traverser les titres surpuissants de ces White Stripes du pauvre. Pourtant, le compte en banque du mélomane s'enrichit: "Fuck Treasure Island", "Valvoline" et "Good To Me", tombent dans son escarcelle pour ne plus jamais en ressortir. Un pur moment de découverte!

Sous la Club Circuit Marquee, Modey Lemon se chauffe à l'ancienne. Derrière son micro, Phil Boyd éructe la panade rock'n'roll favorite de son trio. Venus défendre "The Curious City", leur dernier opus, les Américains dévoilent une rage sirupeuse qu'on ne leur connaissait pas. Les gaillards sortent leur rock du garage et l'envoient promener sur les chantiers du grunge et du punk. A ce titre, "In the cemetery" et "Trapped rabbits" résonnent encore comme d'indéniables réussites.

Sur le coup de 16h50, Daniel Darc débarque sur la Red Frequency Stage. L'ancien leader des Taxi Girl reste une curiosité à lui seul. Il se déhanche continuellement. Son chant est aussi saccadé que celui de Miossec, lorsqu'il n'est pas très proche d'un Gainsbourg des mauvais jours. Cet homme est un écorché. D'ailleurs, il ne faut pas longtemps pour s'apercevoir que la vie de Darc a cramé par les deux bouts. Sa gueule de névrosé tatoué est à peine masquée par des lunettes noires. Dans la rue, on le prendrait facilement pour un chanteur SDF qui fait la manche. En découvrant son show, on a la conviction qu'il vit dans son propre monde. Il nous raconte - entre autres - ses mésaventures avec la police belge (sa détention pour consommation (abusive?) de cocaïne) à une certaine époque de sa vie. L'impression globale est pitoyable voire pathétique… Et pourtant, la magie opère. Soutenu par d'excellents musiciens, Daniel Darc déballe une sensibilité rare dès les premiers titres de son set. Ressassant souvent les mêmes thèmes : le suicide ou la perte de (ses ?) repères. Toujours sur le fil du rasoir, Darc dégage un 'je ne sais quoi' qui ne laisse pas indifférent. S'il était un peu plus respectueux de son entourage (il s'énerve un peu trop souvent sur son pied de micro, allant jusqu'à le briser), il pourrait rejoindre, bien malgré lui, la vague des artistes étiquetés 'nouvelle chanson française'. On aimerait le revoir en meilleure forme…

Sur la scène principale, une accalmie (toute relative) règne par rapport à la journée du vendredi : le métal lourd de la veille cédait le relais à du hardcore… On regrettera néanmoins que des groupes du même style se produisent au cours d'une tranche horaire identique. Dilemme donc pour choisir entre l'école française (ETHS et Watcha) et la new-yorkaise (25 Ta Life et Murphys' Law). Si ce sont principalement les ados qui se déchaînent sur les sets vitaminés mais sans surprise d'ETHS et Watcha, c'est finalement sous la chaleur étouffante de la Popbitch Tent que les vrais amateurs de hardcore se sont donné rendez-vous. Après une époque de gloire vécue au début des 90's, le hardcore new-yorkais semble être un peu passé de mode. Mais bon, le public de Dour n'est pas aussi pointu que celui du Graspop. Ainsi, sous le chapiteau, on ne dénombre qu'une centaine de personnes. Mais l'ambiance est bonne et l'esprit vraiment underground. Malgré l'accumulation des concerts (ne se contentant pas des grands festivals, ces formations jouent un peu partout lors de leurs tournées européennes: même dans des salles plus étriquées), les artistes américains sont loin de se la jouer "grandes stars" et ne se prennent pas la tête. Aussi les New-yorkais ne font-ils pas la fête en backstage, se mêlant généreusement à la foule ou dressant carrément un stand improvisé d'autoproduction sous le chapiteau.

Il est malheureusement un peu trop tard pour admirer les irréprochables 25 Ta Life. Autour du charismatique Rick Healey (encore un tatoué de partout), un gros turn-over s'est opéré dans le line-up (NDR : Oups… A force de côtoyer des Américains, on finit pas y perdre son langage) du collectif. Sur scène, tout porte à croire que c'est encore ce bon vieux Rick qui tire son groupe vers le haut.

Pour le retour de Murphy's Law, quelques fans s'étaient donnés rendez-vous. Mais au début du concert, on a l'impression qu'il y a autant de monde devant le podium qu'en backstage. Tant leurs copains de 25 Ta Life que d'autres musiciens aficionados du genre se regroupent sur les côtés de la scène pour participer à la grande fête. Car si vous ne les connaissez pas, ne vous fiez pas à leur nom (la célèbre loi du capitaine Murphy envisage toujours une issue pessimiste), ni à celui de leur dernier opus (« The party's over »). La fête n'est, en effet, jamais finie chez eux. Nos quatre gais lurons gagnent donc la scène. Le line-up des Murphy's a également changé au fil des décennies, mais le frontman original Jimmy 'G' Gestapo répond toujours présent. Il est même bien entouré. Et en particulier par l'ex- Demonspeed Sal Villaneuva. Look de catcheur, il aurait pu incarner le vengeur masqué. Il ne faut pas plus de deux titres pour que Jimmy fasse monter l'ambiance. Face à une telle animation, des tas de curieux viennent se mêler aux fans. Le public s'embrase au simple contact de l'énergie communicative des sympathiques New-Yorkais. Une spirale délirante fait rapidement de ce concert un grand moment festif et convivial. La scène est sans doute trop petite pour le chanteur déjanté qui bondit dans le public dès le troisième morceau, électrisant davantage la foule. Le groupe invite alors le public à créer le traditionnel 'circle'. (NDR : pour les non-initiés, cette invitation consiste à former un cercle au sein duquel les spectateurs courent et pogotent de plus en plus vite, sur un rythme tribal, cadencé par la musique). Et quand on vous dit que ces Américains savent faire la fête: ils ne sont pas avares de libations et ne tarissent pas d'éloges à propos de notre bière belge ('You have the best beer in the world'). Le groupe se montre généreux, distribuant ses canettes dans le public. Jimmy G s'amuse à les ouvrir de côté avec les dents (quelle mâchoire !) et asperge le public du breuvage. Musicalement, l'éclectisme est de rigueur : on passe du punk US made in NOFX au bon vieux hardcore à la Sick of it All, le tout épicé d'une pointe de ska et de reggae (de ce côté, le bassiste s'en donne d'ailleurs à cœur joie). C'est sûr Murphy's Law n'usurpe pas sa renommée légendaire de groupe de scène. La formation prend clairement du plaisir à jouer. Leur joie est communicative et entre littéralement en communion avec le public. Espérons qu'on puisse les revoir bientôt chez nous, dans un cadre plus adéquat.

Napalm Death leur succédait sous la Popbitch Tent. Les fans gardent certainement le mauvais souvenir de leur annulation 1998. Le dimanche 12 juillet très exactement, moment de gloire pour la France qui remportait la coupe du monde de football. Ce même jour, Immortal et Louise Attaque (dans un autre genre mais aussi en dernière minute) déclaraient forfait. La pluie et l'absence (prévue celle-là) de Rammstein avaient rendu la soirée vide et maussade. Cette année, Napalm Death n'a pas fait faux bond et était plus décidé que jamais à nous balancer sa purée sonore à la figure. A l'instar d'Anthrax, Napalm Death n'a guère de lien avec l'univers terroriste et demeure un des noms incontournables en matière de trash. Le groupe n'a pas non plus échappé à la loi des changements de line-up. Mais sur scène, son authenticité reste intacte.

Comme nombre de nos compatriotes à l'affiche, Jeronimo a recueilli un énorme succès. Aussi bien avant qu'après son show; et en particulier pour la séance de dédicaces (NDR : ce stand Humo est encore une nouveauté à Dour, une initiative que l'on retrouve depuis longtemps dans les festivals flandriens) au cours de laquelle les fans faisaient la file. Des compositions très personnelles, de belles chansons à texte et de longues balades bien agréables que l'on préfèrera revoir et écouter dans une ambiance plus nocturne (NDR : il n'est que 18h30). De plus, cette grande Red Frequency paraît tellement démesurée lorsque l'artiste chante en solo.

Et ce n'est pas en solo, ni en version DJ, mais bien entouré d'un authentique groupe rock qu'Alec Empire prend le relais sur la Last Arena. Ses allures et attitudes ne sont pas sans rappeler Iggy Pop. Plus jeune et torse nu, tel l'iguane du rock, Alec Empire s'exhibe véritablement, se dépense sans compter, avant de se lancer dans un slam et de prendre un petit bain de foule. Entouré d'une jolie claviériste (NDR : Cette dernière avait probablement oublié ses sous-vêtements au vestiaire. Un spectacle d'autant plus apprécié du côté de l'écran géant, sur le côté de la scène), il nous livrera un set solide ; nous remémorant parfois d'inoubliables instants passés en compagnie d'Atari Teenage Riot, son ancien groupe. On se rappelle d'ailleurs du gracieux concert offert par le bonhomme quelques années auparavant, sous une chaleur tout aussi étouffante.

Malheureusement, il a fallu se résoudre à quitter les lieux après un bon quart d'heure. Non que le style soit peu accessible mais parce qu'un zapping s'imposait. Le rendez-vous avec Mickey 3D est fixé. En fait, les préjugés ont la vie dure. C'est ainsi sans grande conviction et plutôt par curiosité que l'option se porte sur les Français. D'autant plus que les occasions seront rares d'aller les applaudir cette année. Pour preuve: Dour est la seule date belge prévue à ce jour par le trio. Les tubes simplets comme « Respire » ou « Yalil » trottent inévitablement dans toutes les têtes. Mais sur scène, le groupe semble vouloir casser cette image à tout prix. Résolument rock, dans l'attitude et dans le rythme, Mickey 3D surprend et impressionne. Finalement plus proche de Noir Désir que d'un piètre groupe de variété française. A l'instar du dernier album, « Matador », le collectif hexagonal ne prend pas une mauvaise direction. Même le mégatube « Respire » est joué de façon très rock, presque speedé. Et si « J'ai demandé à la lune » est repris dans une version toute aussi révoltée en rappel, c'est sans doute une façon pour Mickey de montrer qu'il est également un artiste à part entière (NDR : Un excellent parolier du moins. C'est lui qui a écrit les lyrics de cette chanson, popularisée par Indochine).

Dans la même lignée, Saian Supa Crew (NDR : après un premier passage annulé à Dour) manifeste également un certain talent (dans un registre rap/hip hop cette fois). Ici également, le tube « Angela » et son clip vidéo sont très présents dans les esprits. Mais sur scène c'est une autre histoire : accompagnés d'un DJ, les cinq rappeurs attirent la grande foule. Il manquait même de place sous le Dance Hall. Celui-ci débordait de monde jusqu'à plusieurs dizaines de mètres à l'extérieur du chapiteau… on n'avait plus vu un tel enthousiasme depuis le passage de…Kyo ! Bref, un peu comme pour Vive la Fête la veille, Mickey 3D et Saïan Supa Crew ont mérité un statut de 'têtes d'affiche' dans un festival qui n'en propose plus vraiment. La place est laissée aux surprises et aux découvertes et c'est tant mieux!

A Dour, une part belle est faite aux revenants! Le reste de la soirée en atteste : Television, Young Gods et Front 242. Rien que ça ! Et décidément, un problème persiste cette année : la répartition des artistes sur les scènes en fonction du public ciblé.

Pendant que Saian Supa Crew faisait le plein au Dance Hall, Television n'attirait que quelques centaines (à peine) de spectateurs devant la scène principale. Installés au premier rang, les vrais fans pouvaient se compter sur les doigts d'une main. Peu de jeunes: logique, ce groupe mythique est né en 1975. A l'époque, de nombreux festivaliers n'étaient pas nés. Peu importe, Tom Verlaine et ses acolytes ont un classique à défendre: "Marquee Moon". Alors, jouera, ne jouera pas ? Dans la fosse, le respect a remplacé l'hystérie et le recueillement s'impose. Dans une ambiance clinique et rétrograde, les New-yorkais retracent l'histoire du rock. Si Television a réellement participé à l'épopée du punk, Tom Verlaine demeure sans aucun doute le moins bon guitariste de cette idéologie révolue. Ce mec est une véritable bête, un animal 'pince-sans-rire' et 'sans voix' mais un admirable guitariste quand même. Moins d'une heure après l'entame du concert, les premiers échos de "Marquee Moon" retentissent enfin. L'instant est fort, vibrant. On se rend à l'évidence: ce groupe a influencé ses pairs à jamais. Et soudain, c'est la fin. L'illusion perdue se retire en coulisses. Un dernier regard en direction de la maigre assistance en guise de remerciement, Tom Verlaine s'évapore dans l'obscurité. S'agissait-il d'un adieu à la Belgique ?

Pour leur part, les Young Gods avaient choisi Dour pour fêter leur 20ème anniversaire. En 1992, ils nous avaient accordé un concert époustouflant. A l'époque, la formation suisse partageait la tête d'affiche en compagnie des Négresses Vertes (NDR : depuis le décès d'Helno, le groupe n'est jamais parvenu à remonter la pente). L'excellent album "TV Sky" succédait alors à un autre chef d'œuvre "L'Eau rouge". Treize ans plus tard, la potion magique des jeunes dieux a toujours le même goût. Mais cette fois, elle est concoctée par un trio chant/batterie/synthé. En effet, les Young Gods sont surtout des divins du sampling. Il est toujours aussi troublant d'entendre ces riffs de guitare détonants (particulièrement sur le tube "Skinflower"), sans voir le moindre guitariste en action. Originaire de Genève, la formation parvient toujours à agrémenter son subtil mélange d'electro-noisy d'une touche industrielle ou de post-punk. Les Young Gods sont capables de se muer en ensemble philharmonique (on se souvient aussi de leur album hommage à Kurt Weill). Franz Treichler se démène toujours autant. Bénéficiant d'un joli 'light show', la prestation est unanimement appréciée. Aussi bien chez les connaisseurs postés aux premières loges que chez les curieux reculés. Comme le bon vin, les Young Gods ont bien vieilli. Reste à voir et surtout à écouter ce qu'ils nous proposeront à l'avenir. La sortie d'une compilation est annoncée. Mais elle ne présentera qu'un seul nouveau titre.

Un petit vent de douceur et de jeunesse n'est jamais désagréable à rencontrer. Dans la Petite maison dans la Prairie, le duo de charme Electrocute peut nous offrir ce rafraîchissement. Kitsch au premier coup d'œil, les deux chanteuses - vêtues de minishorts hyper racoleurs –relancent les deux choristes d'Abba (en plus sexy !) sur le dancing. A priori, les mélodies génèrent une 'nouvelle sensation' d'électro-clash réchauffé et superficiel. Mais force est de constater qu'Electrocute passe au-delà des clichés et nous séduit au fil de son répertoire. Les deux 'front-women' jouissent d'un physique identique et leur voix se complètent à merveille. Les divers instruments balancés ci et là forment une bonne alchimie. Au final elles nous livrent un mélange hybride, bien travaillé et pour le moins atypique. Les 70's dominent le set. Mais les deux beautés nous invitent à traverser un succédané d'époques alambiquées.

Dans un autre style, Front 242 nous propose de revisiter les 80's, une période plus actuelle que jamais. Une époque dans laquelle nous replongent d'ailleurs des groupes en vogue comme Interpol ou The Editors. Vers 1h30 du mat' (NDR: on s'habitue vite à ne plus avoir de retard dans les festivals. Toutefois, les Young Gods ont un peu débordé sur l'horaire), le groupe belge prend possession de la grande scène. Alors que l'écran vidéo, situé en arrière plan, nous plonge dans un kaléidoscope d'images électroniques, les deux premiers membres du groupe s'acharnent sur leurs boîtes à rythmes. Et puis, Jean-Luc déboule pour attaquer un "Body to body" entraînant. En fait, les Bruxellois ont opté pour la bonne recette: mener de front (NDR : elle était facile celle-là) l'alignement de leurs tubes légendaires, tout en conservant l'intensité de leur set. On a l'impression que les morceaux new-wave sont actualisés par une techno profondément ancrée dans le nouveau millénaire. Front 242 évite la facilité et l'impression de déjà-vu. Malgré la bonne ambiance et un show mené tambour battant par Jean-Luc et Richard, la fatigue commence à se faire sentir. 'On n'a plus 20 ans', ironise d'ailleurs un fan de la première heure. Ainsi, sur le coup de 2h30, l'heure de rentrer chez soi et de se reposer les tympans a sonné…

(Merci à Nicolas Alsteen)

 

Dour Festival 2005 : vendredi 15 juillet

On ne peut pas vraiment dire que les tronches du trio Experimental Tropic Blues Band (NDR : tant qu'ils y étaient, ils auraient pu trouver nom encore plus long !) soient à l'image de leur musique. Il est même assez incroyable que des aussi jeunes gars (NDR : les filles ajouteraient certainement et beaux) pratiquent une musique aussi 'fieftiesante'. Et avec autant d'aplomb. Leur psycho boogie naturellement inspiré du Blues Explosion et des Cramps est, à l'instar du titre de leur dernier EP, de la dynamite. Sur les planches, Psycho Tiger, Boogie Snake et Devil Inferno alignent leur compos à une cadence infernale. Et le public flambe ! Psycho Tiger s'autorise même une séance de stage diving sur le ventre au milieu de la foule (NDR : bravo pour le roadie qui est parvenu à dérouler le fil du micro) alors que Boogie Snake est parvenu à cadencer le morceau final du set à l'aide de la fiche de sa guitare.

La longue tournée opérée par Frédéric Sioen passait donc par Dour. Pour la circonstance, le jeune Gantois a embarqué un backing group constitué d'un guitariste, d'un bassiste, d'un drummer et d'un violoniste. Frédéric se réservant les parties vocales et le piano ; piano qu'il délaisse parfois pour se consacrer exclusivement au chant. Et de son son timbre légèrement rocailleux, il parvient à faire passer des émotions très fortes. Le set va aligner compos issues de ses deux albums, à travers une musique qui mêle allègrement pop, rock, classique, jazz, prog et parfois même flamenco ou funk blanc. Etonnant qu'un garçon aussi talentueux passe si peu sur les ondes francophones.

Comme le déclarait Fabrice, Austin Lace gagne deux heures chaque année. Peut-être que d'ici deux ans, la formation nivelloise sera la tête d'affiche. C'est tout le mal qu'on lui souhaite. Son sens inné de la mélodie contagieuse et le soin tout particulier apporté aux harmonies vocales sont leurs principaux atouts. Des harmonies vocales purifiées par le falsetto suave de Fabrice. Il leur reste sans doute à trouver une image ; quelque chose qui leur permette de passer à l'échelon supérieur. Car comme d'habitude, leurs chansons ensoleillées font mouche. Enzo, le claviériste, va même rejoindre épisodiquement les autres musiciens, au devant de la scène, pour y jouer de la guitare sèche. Une version plus alanguie et davantage élaborée de « Wax » et un « Kill the bee » explosif seront les points culminants d'une prestation très appréciée. Et en particulier par la cohorte de fans que la formation avait déplacée. En finale, Fabrice va même inviter une vingtaine de filles (NDR : que des filles, insistera Fabrice) pour improviser quelques pas de danse et faire la fête sur « Say goodbye ».

Devendra Banhart, c'est l'artiste qui monte. Gradué de l'institut des Arts de San Francisco, ce Californien est aussi doué en peinture, en poésie qu'en musique. Découvert par Michael Gira (NDR : ex Swans et fondateur du label Young Gods), Banhart compte déjà 3 albums à son actif. Mais c'est surtout sur les planches qu'il défraie la chronique. Capable du pire (NDR : sa prestation imbibée d'alcool, accordée au Grand Mix de Tourcoing), mais le plus souvent du meilleur, il affiche un look de hippie circa 1968 (NDR : Grégory pensait même qu'il était la réincarnation du Christ). Et les 3 autres gratteurs qui l'accompagnent auraient pu également naître à la même époque, l'un d'entre eux portant même une superbe tunique indienne. Ce quartet de barbus vient s'asseoir sur le devant de la scène, passant allègrement de la guitare acoustique à l'électrique. Ils chantent aussi tous les quatre, même si le plus souvent Devendra assure le lead vocal. Une superbe voix dont les inflexions me rappellent parfois Jeff Buckley. Derrière le drummer a mis une barbe postiche bleue et porte des lunettes orange. Histoire de rester dans le ton. Tout au long de ce set, le groupe va interpréter un répertoire taillé dans le folk légèrement teinté de psychédélisme. Quittant leur siège au beau milieu de la prestation. C'est le moment que va choisir Devendra pour se consacrer exclusivement au chant. Torse nu, pantalon de velours mauve, il arpente la scène sur toute la largeur. Puis vers la fin du set, invite un artiste en herbe à venir chanter sa propre création. Lui permettant même d'emprunter la guitare d'un des membres du groupe. Et le garçon qui s'y risque s'en tire même plutôt bien. A brûle pourpoint, il ne fallait pas avoir froid aux yeux. Et avant de prendre congé de l'audience, Devendra accordera la plus belle citation du festival : « Merci, chevaliers du soleil »… Un grand moment !

Ayant sévi ou sévissant encore chez Faith No More, Mr. Bungle, Tomahawk, Dillinger Escape Pla, X-Ecutioners, et j'en passe, Mike Patton drive une des formations les plus énigmatiques de la scène underground : Fantômas. Avant que le groupe ne monte sur scène, on assiste à l'érection d'une véritable cage en acier destinée à monter la batterie et ses accessoires. Impressionnant ! Trois grosses caisses, une multitude de toms, une trentaine de cymbales de tout calibre et des percussions en tous genres y entreront. Et en live, le drummer s'y réfugie. Comme dans une cage. Ne laissant apparaître ses mains que pour tourner les pages de sa partition. Bref, un spectacle à lui tout seul ! Et pourtant, il paraît qu'il s'agit d'un remplaçant. Adossés à leurs amplis, le guitariste Buzz Osborne (NDR : imaginez la tête de Robert Smith dans dix ans) et le bassiste Trevor Dunn sculptent les sonorités de leurs décharges électriques. Et puis il y a, bien sûr, Patton. Des yeux perçants, effrayants, fantomatiques. Un claviériste, bidouilleur et surtout un chanteur capable d'inflexions de fou furieux. Mais il est surtout le chef d'orchestre. Canalisant les élucubrations sonores les plus démentielles. Ses sources d'inspiration ? Multiples ! Au hasard, je citerai Pierre Henry, Wagner, Boris Karl-Off, John Zorn, Slayer, Sinatra (NDR : et je vous invite à compléter la liste). En outre, il utilise tout ce qui lui tombe sous la main pour le mettre au service de son esprit créatif : l'orgue de Barbarie et la sirène d'alarme, par exemple. Quelque part, il me fait penser à feu Frank Zappa. Alors, Fantômas serait-il les Mothers Of Inventions du XXIème siècle ? Je suis incapable de répondre à cette question ? Ni même de dire si j'ai apprécié ou non le set. Une chose est sûre, il m'a déboussolé.

B.D.

 

Sébastien a pris le relais en soirée :

Le soleil ne désemplit pas et la foule non plus ! Pour la première fois dans l'histoire du festival, le 'sold out' est décrété en cours de journée ; et il n'est plus possible de se procurer de  ticket combi 4 jours. Hormis les fans de métal/hardcore qui pouvaient se contenter de rester devant la Last Arena, il faudra à nouveau surfer d'une scène à l'autre pour être dans les bons coups. Dommage de manquer Lofofora, Tahiti 80, Austin Lace, Walls of Jericho, Cult of Luna ou plus tard en soirée Fantômas, mais il faut bien faire des choix.

Et le premier de la soirée allait s'avérer gagnant : quoi de mieux qu'un bon groupe de folk dans le Dance Hall pour se remettre en jambes ? Le Bucovina Club Orkestar est annoncé comme un des groupes montants de la world music. Difficile d'étiqueter le mix énergétique livré par les protagonistes sur scène : imaginez une rencontre au sommet balkanique au cours de laquelle des fanfares yougoslaves, ukrainiennes et roumaines se réuniraient. Ajoutez-y une pincée 'gipsy' et vous ne serez pas loin du compte. Derrière ce cocktail harmonieux, on retrouve un Allemand, Stefan Hantel dit Shantel. Une chose est sûre, avant la prestation d'Etienne de Crecy et d'Alex Gopher (NDR : dans un autre genre), le Bucovina Club Orkestar n'a pas eu son pareil pour faire bouger la foule ; et il a fort à parier qu'on parlera encore d'eux dans un futur proche...

Autre groupe d'origine yougoslave (slovène plus exactement), mais autre style pour Laibach, programmé sur la scène principale. Et le passage d'une scène à l'autre nécessite à nouveau une certaine ouverture d'esprit : on passe d'un folk débordant de cuivres et d'énergie à un métal/indus plutôt froid et morose, même s'il s'avère captivant. Nonobstant 20 années de parcours, les occasions de voir les Laibach en 'live' sont plutôt rares. Le début du show évoque Rammstein, les feux d'artifices en moins, mais deux jolies percussionnistes fringuées à la 'Tomb raider' en plus. Assez vite, le grand public - dont la connaissance du genre musical se limite à Metallica ou Marylin Manson - commence à s'ennuyer. Ce qui peut se comprendre ; car certaines compos tirent en longueur. En outre, la langue de Goethe n'est vraiment pas faite pour alléger la solution sonore. Finalement, seuls les véritables amateurs du genre tiendront la distance.

Si les médias ne peuvent s'empêcher de faire référence à Sneaker Pimps, lorsqu'ils évoquent I am X, il faut admettre que depuis son départ, il a pris un virage à 180°. Il a donc définitivement coupé le cordon ombilical avec les autres membres du groupe. D'ailleurs, le show de ce soir n'a plus rien à voir avec celui de son défunt groupe. Des tendances électro, il reste un fil conducteur ; mais ce fil prend sa source dans la new-wave des années 80, que Chris Corner dose avec une énergie propre à I am X. Aux côtés de Chris Corner, au look déjanté et presque androgyne, on retrouve un groupe solide, tonique, qui nous balance un spectacle épatant, sémillant. Pas surprenant d'ailleurs que la 'Petite maison dans la prairie', bien loin du décorum habituel de la famille Ingalls, s'est rapidement animée.

Malheureusement le temps presse, impossible de voir l'intégralité du show. Après avoir manqué le retour de Fantômas, je ne voulais pas louper les Project Pitchfork. Au sein des survivants de la vague électro-goth, ces Allemands figurent parmi les meilleurs. Il y a plus de 15 ans qu'ils militent dans l'underground ; se produisant dans des endroits fermés comme le Steeple à Waregem ou le Cactus de Bruges. Pourtant, ils avaient eu l'occasion de brasser un public plus large en 1997. Lors de l'édition fort sombre du Dour Festival, aux côtés d'autres références du genre comme Sisters Of Mercy ou Das Ich. Mais cette année, pour les fans moins nombreux de gothic/new-wave/indus, l'ambiance est loin de cette mémorable journée de 97 où la plaine de la machine à feu était envahie de 'corbeaux' (NDR : dixit Ponpon, qui ne semble pas spécialement les apprécier ; et traduisez plutôt par 'sosies de Robert Smith' ou aficionados en tenues vampiriques ou sataniques, des expressions bien moins péjoratives). La Popbitch tent n'est remplie qu'à moitié mais les absents auront tort. Et pas seulement parce que leurs tenues de scène sont plus sobres. Confirmant l'impression laissée par leur récent album « Kaskade », bien moins ténébreux que leur précédent « Inferno ». Le groupe teuton donne toujours l'impression de vider ses tripes sur scène ; mais paradoxalement, il le fait en manifestant une sympathie et une joie de vivre assez étonnantes (NDR : il y aura une flopée de paradoxes à Dour !), compte tenu de leurs compos obscures. En outre, les beats et les percussions entretiennent un tempo hypnotique qui incite les premiers rangs à remuer allègrement. Ceux qui les ont ratés pourront toutefois se rattraper lors de leur prochain passage le 1er octobre en salle à Malines, le nouveau temple gothique.

A Dour, il y a à boire et à manger, et sous le même chapiteau j'ai failli frôler l'indigestion (NDR : et si vous me permettez l'expression, c'était à gerber !). Après avoir accordé une prestation en demi-teinte lors de l'édition 97, Anne Clark nous a infligé une parodie de concert. Les mots sont même difficiles à trouver pour qualifier la médiocrité du spectacle. Elle n'a même pas pris la peine d'engager des musiciens, se contentant  de la présence de deux DJs foireux. Ce n'est plus Anne Clark, mais Desireless opérant son come-back dans une émission de variété du samedi soir. Tenue négligée, jeu de scène inexistant (elle reste souvent les bras croisés !), elle se contente d'aligner ses tubes des 80's qui nous trottent encore en tête : « Our Darkness » ou « Sleeper in Metropolis » (NDR : elle aurait d'ailleurs mieux fait d'aller se coucher). Et là aussi un nouveau paradoxe (NDR : on vous l'avait dit !) : alors que la prestation est en toute objectivité insignifiante, il y a 3 fois plus de monde que pour Project Pitchfork. En l'absence de véritables têtes d'affiche à ce festival, le grand public, en quête de noms connus, semble s'être massé et apprécier le show d'Anne Clark. A ne rien y comprendre…

Heureusement, tous les revenants ne ratent pas leur retour : celui d'Anthrax sera plutôt gagnant ! A l'instar d'Iron Maiden, de Slayer ou autre Megadeth, Anthrax est souvent cité comme groupe de référence en matière de hard rock, tendance heavy/métal. Victime de changements de line up tumultueux, il a connu le creux de la vague début 2000. A cette époque, leur patronyme faisait d'ailleurs davantage penser aux envois contaminés par une poudre chimique, transmis par des terroristes, qu'à leur formation. Mais Anthrax avait annoncé la couleur. D'abord, parce qu'on retrouvait la formation sous sa forme originelle. Et bien sûr, Joey Belladonna aux commandes. On pouvait donc s'attendre à en prendre plein la figure. Et, Anthrax – qui vient littéralement de renaître de ses cendres - n'a pas failli à sa réputation : la voix aiguë de Joey, leurs jeans moulants, les cheveux longs bouclés et le trash des guitaristes nous ont replongés dans l'univers du bon vieux hard. Joey, en véritable frontman routinier de la scène, n'a pas son pareil pour exciter la foule. Maintenant, il faut rester réaliste. Un chapiteau aurait suffit pour satisfaire le public branché sur le métal. Pas la scène principale. D'ailleurs, en soirée, mais sur la Last Arena, Hawkwind n'a attiré que quelques centaines d'irréductibles. Faut croire que le métal psychédélique de ces autres vétérans ne fait plus recette.

Le véritable succès de foule de la journée (et sans doute du festival) reviendra à Vive la fête ! Pourtant, le groupe tourne beaucoup en Belgique, et occupe rarement le haut de l'affiche. Sur disque, on a plutôt tendance à se lasser rapidement de leurs compositions simplistes. Les lyrics quelque peu lubriques ('ne soit pas jaloux…', 'laisse-moi te toucher…') ne cassent pas des briques. Sur scène, la boîte à rythmes minimaliste fait vraiment le minimum ; et les mélodies sans grand relief ne volent pas plus haut que le « Da da da » des Trio. Alors comment expliquer que cet assemblage de bouts de ficelle déclenche un tel enthousiasme et surtout attire autant de monde ? Certes, il y a les tenues affriolantes d'Else Pynoo (NDR : elle avait opté pour un minishort et un débardeur qui avait du mal à tenir sur ses épaules). Il y a aussi le déjanté Danny Mommens (ex-dEUS) à la guitare. Faut-il aussi voir en Vive la fête ! un groupe passe-partout voir fédérateur ? Leur style simpliste mais raffiné et surtout voluptueux est en mesure de séduire un large public potentiel, aussi bien wallon que flamand ; ce qui n'est pas toujours le cas d'autres groupes belges (NDR : ainsi, Zornik ou Sttellla n'ont pas le même succès au Sud ou au Nord du pays). Toujours est-il qu'il fallait se faufiler pour approcher la Red Frequency Stage et que Vive la Fête était déjà un des plus grands 'highlights' du festival.

 

S.L.

Dour Festival 2005 : jeudi 14 juillet

Pour couvrir entièrement la 17ème édition du festival du festival de Dour (NDR : la 14ème en ce qui me concerne), il aurait fallu se couper en quatre. Même à trois ! Une manifestation dont le succès est manifestement croissant, puisqu'en arrivant vers 19 heures ce jeudi soir, les bouchons commençaient à se former pour accéder aux parkings ; et on annonçait déjà plus de 25.000 personnes (pulvérisant ainsi tous les records de fréquentation pour un jeudi !), alors que 7.000 campeurs avaient déjà planté leurs installations la veille. 200 groupes étalés sur 6 scènes et 4 jours : il sera de nouveau délicat de tout voir. Par exemple, il faudrait être présent dès 15h30 vendredi pour apprécier Tahiti 80 ou Lofofora, et rester éveillé jusque 3h du mat' pour ne pas rater les revenants de Neon Judgement ! Et dès ce jeudi, certains choix s'avèrent cornéliens : il fallait choisir entre le rock électro noisy/pop des M83, pointés à 19h45 (NDR : ils avaient effectué naguère un passage remarqué sur la Plaine de la machine à feu) et les autres Français qui montent : Luke, programmés à 20 heures. (SL)

Une chaleur torride et moite plombait déjà le Marquee lorsque les Nashville Pussy montent sur les planches. Et face à leur déferlante de rock'n roll, le public en est ressorti comme s'il venait de séjourner dans un sauna. Chez les Nashville Pussy on en a autant pour les yeux que pour les oreilles. Pour les yeux à cause des deux filles. Pantalons de cuir moulants. Poitrine généreuse bien mise en évidence dans son soutien noir échancré pour la guitariste. Body très court pour la bassiste. A côté d'elles, le chanteur/guitariste Blaine Cartwright passe pour un vétéran. Pourtant, c'est bien le mari de Ruyter Suys, la préposée à la six cordes solo. Et c'est elle qui assume l'essentiel du spectacle. D'abord, parce que sur sa râpe électrique, elle sait y faire. En véritable osmose avec son instrument, elle se contorsionne, virevolte, s'agenouille, secoue sa longue crinière blonde et bouclée dans tous les sens et termine même le set en montant sur un des pylônes du chapiteau. Pour y briser ses cordes sur l'armature. Et si le reste du groupe manifeste moins d'excentricité, il reste au diapason. Mais qu'est ce qui peut agiter ainsi ce quatuor basé à Atlanta ? Tout simplement leur rock sudiste. Un rock empreint de sexe, d'humour et d'énergie. Un rock pour lequel les Nashville Pussy donnent tout ce qu'ils ont dans les tripes. Et puis prennent congé de l'assistance, tout en nage (NDR : et nous aussi !).  

Isis, c'est le groupe d'Aaron Turner, le boss du label très alternatif Hydrahead (NDR : Converge, Pelican, vous connaissez ?). Une formation issue de Boston responsable d'une forme de post rock aux accents très métalliques. Et il faut reconnaître que dans le style, elle (NDR : la formation !) ne se débrouille pas trop mal. Pourtant, les fans de la première heure leur reprochent d'être devenus trop accessibles. De commencer à s'adresser à un public plus large. Personnellement, j'estime que leur musique est simplement devenue plus mélodique. Tout au long de leur set on a l'impression qu'Isis développe des paysages soniques, impressionnistes, paysages traversés tour à tour par la tempête, la dissonance, l'harmonie, les hurlements (NDR : extra-terrestres ?), le gothisme, l'ambient, la frénésie, la quiétude, et j'en passe. Avec une vibration sombre et parfois apocalyptique. Incluant même imperceptiblement changements de tons et de rythmes. Au centre de la scène Aaron arrache les notes de ses six cordes ; avec une telle ferveur que parfois, on a l'impression qu'elles sont occupées de pleurer…

B.D.

Arrivé trop tard pour contempler (NDR : il n'existe pas d'autres termes pour qualifier sa plastique) la guitariste des Nashville Pussy, que j'avais eu l'occasion de voir à 3 reprises (Bernard vous en parle toutefois ci-dessus), une petite mise en jambes s'imposait chez le duo franco-finlandais The Penelopes. L'atmosphère électro-punk créée par ces derniers embrase le public entassé sous le grand chapiteau central baptisé 'Dance hall', qui mérite déjà bien son nom vu les nombreux spectateurs qui emboîtent le pas. Déchaîné derrière sa boîte à rythmes (NDR : il a un look rappelant Robert Palmer !) le claviériste balance une déferlante de rythmes énergétiques, hérités en ligne droite de la new wave du début des eighties. Un scénario qui sied parfaitement au chanteur black, qui n'est pas sans rappeler un certain Maxim MC de Prodigy.

Autre chapiteau, autre style, la 'Popbitch tent' accueillait dans une ambiance tour à tour planante et énergique, les M83, dont la prestation allait confirmer les échos unanimement élogieux de leur dernier passage à Dour. Sur disque, les Français ne sont pas des plus abordables ni même des plus faciles à écouter : peu de paroles, morceaux tirés en longueur sur leurs albums « Dead cities, red seas and lost ghost s» et le plus récent « Before the dawn heals us ». A la fois sûrs d'eux mais en même temps sympas et décontractés, ils livrent un show net et sans bavure, qui n'est pas sans rappeler les groupes de la grande époque noisy comme Swervedriver, My Bloody Valentine ou Slowdive. Laissant quand même transparaître en filigrane, des affinités avec un certain Yo La Tengo. Tour à tout intimistes ou électriques, les compos de M83 nous entraînent crescendo dans un flux sonore torrentueux, propice aux passions les plus déchaînées. Le chanteur abandonne son synthé en plein milieu de certains morceaux pour empoigner sa guitare et balancer une flopée de riffs qui font monter l'ambiance. Le public applaudit à tout rompre et contribue à créer un climat propice à l'osmose parfaite : M83 est sans conteste la première grande claque de ce festival. Les absents qui ont préféré Luke ont eu tort !

Effectivement, un petit passage vers la grande scène plonge le festivalier dans un tout autre contexte. Un public plus ado est venu pour Luke, qui complétait l'affiche de Dour après une annulation. Bien que démarrant en force, le concert s'essouffle rapidement. Il faut dire que si leur discographie (NDR : « La vie presque » et « La tête en arrière ») reste agréable à l'écoute, à l'inverse des M83 elle n'est pas encore suffisamment étoffée pour tenir l'heure de prestation qui lui est attribuée. Et quand le leader Thomas Boulard parle d''Une reprise d'un groupe sans lequel nous ne serions pas là', on pense immédiatement à Noir Désir, tant les similitudes avec les Bordelais sont criardes. Raté ! C'est dans le répertoire de la Mano Negra que Luke va puiser un « Pas assez de toi » ; pas trop massacré heureusement, mais suffisamment éloigné de la version originale. Une prestation sans éclat qui ne restera pas dans les annales du festival.

Il est déjà 21h30 et on aurait aimé applaudir Hollywood P$$$ Stars qui, à l'instar des autres artistes belges à l'affiche, récolteront un franc succès. Les HPS n'ont vraiment pas oublié leur premier passage à Dour, et ils n'hésitent pas y faire allusion, on les verra sans doute encore avec plaisir une autre fois car comme bien d'autres groupes, ils semblent fidèles à l'esprit du Dour Festival. Une autre fois car le chapiteau 'Marquee' est trop étroit pour accueillir une foule de fans impressionnante. Et malgré l'heure avancée, il fait toujours aussi étouffant à l'intérieur. Après quelques titres nous déclarons donc forfait pour le reste de la soirée, histoire de garder ses forces pour les jours à venir qui promettent d'être chargés….

S.L

Cactus 2005 : dimanche 10 juillet

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La troisième et dernière journée du sympathique festival brugeois débute par un temps splendide qui ne laisse augurer que le meilleur. Les Américains du Youngblood Brass Band et leur jazz teinté de hip hop se chargent d'ouvrir les hostilités. Un MC/batteur au style proche de Zack De La Rocha se charge de communiquer avec le public tandis que la large section cuivres (deux trombones, deux trompettes, un sax, un tuba) produit un son chaud et puissant rehaussé par une rythmique des plus efficaces. Le son (excellent) aide à faire passer un peu mieux les quelques improvisations jazzifiantes qui déforcent un peu le propos de cette formation originale.

Backstage, on aperçoit un vénérable Congolais d'une soixantaine d'années qui attend patiemment que les Youngblood aient enlevé leur matériel de la scène. C'est un des membres de Konono n°1, formation de Kinshasa qui va faire entrer le Minnewaterpark dans une autre dimension. Deux percussionnistes, un batteur (une caisse claire et une cymbale) et trois joueurs de caisses équipées de languettes métalliques amplifiées par des haut-parleurs de gare produisent une sorte de techno préhistorique galvanisée par les chants d'une chanteuse/danseuse et d'un chanteur qui exécute des chorégraphies étranges au moyen de deux tambourins et de son sifflet. Les énormes lignes de basses, les solos en distorsion et le groove produits par les musiciens impassibles (qui changent d'instrument lorsqu'ils commencent à s'ennuyer) vont enchanter, sans peine, l'assemblée qui réservera une belle séance d'applaudissement à un des concerts les plus étranges et radicaux auquel il nous ait été donné d'assister depuis longtemps.

Le concert de Wunmi, chanteuse/danseuse anglo-nigérienne, s'ouvre par une entrée fantomatique de cette dernière. Emballée de la tête aux pieds d'une tunique funèbre, elle exécute une danse sur un morceau de soul psychédélique exécuté par les musiciens hors pair (mention spéciale au guitariste et au batteur) qui composent son groupe. Après un début difficile, la chanteuse (NDR : elle a fait ses premiers pas chez Soul II Soul) fait monter la sauce. Lentement mais sûrement. Le show bascule progressivement dans une séance d'afro-beat fiévreuse qui se termine par la reprise du « Zombie » de Fela Kuti.

Lorsque le tour de Gabriel Rios arrive, on aperçoit des jeunes filles qui se ruent fébrilement vers la scène. Le temps de comprendre et il est déjà trop tard. Impossible de sortir des backstages, la foule est trop compacte et déjà en délire… C'est donc un peu en biais par rapport à la scène que nous sommes obligés de suivre le concert du Portoricain installé à Gand… Même s'il n'a pas encore franchi la frontière linguistique, Gabriel Rios a déjà écoulé en Flandre plus de 20 000 exemplaires de « Ghostboy », son premier album solo réalisé en compagnie de Jo Bogaert (Technotronic). Face à un public acquis à sa cause, le chanteur guitariste aligne des morceaux énergiques où le rock, les rythmes latins et des pointes d'électro se mélangent sans complexes. En espagnol et anglais dans le texte, l'homme nous réserve quelques très bons morceaux ; en outre, il est parvenu à s'entourer d'excellents musiciens, dont le guitariste des non moins excellents Fifty Foot Combo, qui ressemble à une version mexicaine de notre ami Christian Clavier. A côté de la scène, on aperçoit Balo (ancien MC de Starflam) qui s'apprête à aller balancer quelques unes de ces rimes acérées sur une des dernières chansons du set, au cours duquel on pourra aussi entendre une reprise iconoclaste du « Bad Card » de Bob Marley.

Lorsque Transglobal Underground arrive sur scène, on peut de nouveau arpenter la plaine, car le groupe anglais attire un peu moins les foules. Un batteur, une joueuse de sitar, un Mc/percussionniste et un claviériste qui ressemble à un des membres des Village People alignent leurs morceaux efficaces rehaussés par les rimes très rastafari et enflammées de leur chanteur. Leur mélange de dub, musique indienne et drum and bass manque malgré tout un peu d'âme et on s'ennuie quand même un peu… La faute peut-être à un usage un peu trop intensif de bandes sur lesquelles les musiciens jouent un peu mécaniquement et sans feeling.

Après un 'longuissime' et laborieux soundcheck, les quinze musiciens qui forment le nouveau groupe de Lauryn Hill commencent à balancer la sauce. Le set démarre fort par « That Thing », un des hits de son premier album, repris en chœur par la foule. Mais le son est mauvais. Heureusement, il s'améliore par la suite ; et la chanteuse américaine alterne les hits des Fugees, les nouveaux morceaux et les chansons issues de ces deux premiers albums solo. Les intervalles entre les morceaux sont longs. Lauryn Hill ne semble pas péter la forme et on a quelquefois l'impression qu'elle va se mettre à pleurer sur scène ; surtout lorsqu'elle joue ses très belles chansons à la guitare sèche. Coincées entre hip hop old school et les influences ragga, les nouvelles compos laissent cependant espérer la sortie d'un nouvel album assez intéressant. Le concert se termine assez vite, handicapé par les problèmes techniques et un groupe pas tout à fait en place. Lauryn Hill quitte la scène, les gens patientent encore un bon quart d'heure, en espérant un rappel qui n'arrivera jamais, tandis que les musiciens de la chanteuse exécutent derrière la scène une étrange chorégraphie avant de quitter les lieux. Une danse pour la pluie ? On espère que non...

 

Cactus 2005 : samedi 9 juillet

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Désolé pour ce que les Pays-Bas considèrent leur meilleur groupe live et l'avant-garde du mouvement 'électro-fusion', mais je n'ai pu assister au set de Zuco 103. Pourtant, il paraît que leur mélange de mélodies brésiliennes, de drum'n'bass, de triphop, de r&b, de jazz et d'afrobeats réussit à faire bouger les plus coincés, voire les plus encroûtés. Pas d'empêcher les retardataires d'arriver à l'heure. Mea culpa !

Etonnant de voir une formation française se produire lors d'un festival organisé au nord de la Belgique. Et d'y récolter un beau succès. Son nom : Babylon Circus ! Issu de Lyon, ce collectif – ils sont dix – pratique un mélange de ska, de reggae, de musette (NDR : les Négresses Vertes ?), de jazz, de dub, de punk et de musique de l'Est (NDR : pensez au film « Underground » d'Emir Kusturica) sur fond de théâtre et d'engagement sociopolitique (NDR : le pastiche du JT en est une des plus belles illustrations). Un drummer, un claviériste, 4 cuivres, un bassiste, un chanteur/guitariste et deux vocalistes spécifiques. Qui s'expriment parfois dans la langue de Shakespeare, mais le plus souvent dans celle de Molière. Ca bouge dans tous les sens, c'est festif. Le courant passe parfaitement avec le public. Auquel ils leur racontent être tenu d'écourter leur set, parce qu'il doivent se produire le lendemain dans le sud de la France. S'excusent. Exécutent une dernière compo d'une trentaine de secondes et se taillent. Sous les sifflets et les huées. Avant de revenir en fanfare. Et de démentir. Pour terminer sur les chapeaux de roues. Enfin presque puisqu'ils achèveront leur set par un exercice de style a cappella. Ovation ! Et plongée dans le public de plusieurs musiciens qui rejoignent alors la fanfare locale.

Bien que reformé depuis l'an 2000, on ne peut pas dire que les Presidents Of United States Of America aient défrayé la chronique. Ils ont pourtant commis depuis deux albums : « Freaked out and small » et « Love Everybody ». Mais ils sont totalement passés inaperçus. Faute de hit, probablement. Car les P.O.U.S.O.A. sont surtout notoires pour leurs tubes : « Kitty », « Peaches », « Lump », « Zero fighting » etc. ; ou encore leur version du « Video kill the radio star » des Bugles. Et c'est d'ailleurs par ce titre que, le trio ouvre son set. Set et fête riment chez les Presidents, une fête teintée d'humour et d'excentricité. Chris Ballew, Dave Dederer et Jason Finn multiplient les frasques (NDR : lorsque Jason frappe ses baguettes sur les planches, en se promenant à quatre pattes, on est au bord du délire) pour le plus grand plaisir de la foule. Sans pour autant oublier de soigner leur prestation, ponctuée des inévitables tubes. Adressant même un clin d'œil aux Beatles du tout début des sixties, à MC5 (la cover de « Kick out the jam ») et même à Gloria Gaynor, en rappel, pour le célèbre « I will survive ». Rien que leur présence méritait le déplacement !

Depuis qu'il a remporté la médaille d'argent au Humo Rock Rally de 2000, Admiral Freebee s'est forgé une solide réputation dans le nord du pays. Mais Admiral Freebee, c'est avant tout le chanteur/compositeur/multi-instrumentiste (NDR : il joue le plus souvent de la guitare, mais aussi du piano, de la trompette ou de l'harmonica) Tom Van Laere. Admiral Freebee est avant tout un groupe de rock. Qui puise essentiellement son inspiration dans les seventies ; et en particulier chez Van Morrison, les Faces, les Stones et Bob Dylan. En outre, Tom possède une voix écorchée, rauque (rock ?) qui sied parfaitement à ce style musical. Et puis un look d'époque : un large bandeau rouge dans les cheveux et une barbe qui lui mange le visage. Soutenu par un backing group particulièrement solide, Admiral Freebee va alterner titres puissants, électriques et ballades chargées d'émotion (NDR : qu'il interprète alors le plus souvent au piano). Des chansons hymniques que le public reprend même parfois en chœur. En fin de set, Tom se prend même pour Hendrix en jouant de sa six cordes avec les dents. Et puis nous réserve sa compo la plus élaborée « Get out of town », qui débute très doucement avant de se métalliser, puis d'éclater dans une véritable orgie d'électricité. Recueillant un très gros succès auprès du public, Admiral Freebee accordera sans peine le rappel réclamé. Personnellement ce set m'a quand même laissé perplexe. Une excellente prestation sans doute. Mais un peu trop revivaliste, sans aucun doute. Enfin, des goûts et des couleurs….

Pour effectuer sa nouvelle tournée, Will Oldham, alias Bonnie 'Prince' Billy, Palace Brothers, Palace Music ou encore Palace, a eu la bonne idée de s'entourer d'un groupe. Parmi lequel on remarquera la présence du guitariste Matt Sweeney ; un ex Chavez récemment impliqué chez le défunt Zwan de Billy Corgan. Et puis une claviériste (NDR : qui passe son temps disponible à fumer des clopes ou à prendre des photos) et un très jeune drummer. Bref une formule électrique qui dans ses meilleurs moments peut atteindre l'intensité d'un Neil Young ou baigner dans un climat atmosphérique digne de l'album incontournable de David Crosby, « If I could only remember my name ». Instrumentalement, le quatuor est plus qu'au point. Et en particulier la conjugaison des guitares opérée entre Matt et Will. Scéniquement, Will (NDR : casquette yankee vissée sut la tête et barbe en broussaille) se complait dans son monde. Régulièrement dos au public, il prend son pied sans se soucier de la réaction du public, auquel il n'adresse la parole qu'après 45 bonnes minutes. Pour dire merci. De temps à autre, lors d'un changement de tempo, il exécute un petit pas de danse, comme s'il était content de vivre cet instant de bonheur intérieur. Qu'il ne partagera jamais au cours de son set. Dommage…

Je n'avais pas conservé un souvenir impérissable du dernier passage d'Asian Dub Foundation, en première partie du concert de Radiohead à Forest National. Mais il faut leur reconnaître une intégrité intellectuelle qui mérite le respect. Depuis 2000, la formation est passée de l'engagement sociopolitique au militantisme. Un militantisme qui transparaît à travers les lyrics des deux MC's dont le rap acharné parvient à exciter la foule. Et même à la faire danser. Sur une musique qui mêle allègrement drum'n'bass, hip hop, (dub)reggae, funk, ethno et beats. Lors de leur set, l'accent a surtout été porté sur les compos du dernier album « Tank ». Mais les meilleurs moments de leur prestation se sont paradoxalement produits lors de leurs envolées instrumentales. Libérant alors une atmosphère plutôt étrange, au sein de laquelle les percus et les sonorités indiennes étaient davantage mises en évidence. Fidèle à la tradition, Asian Dub Foundation a clôturé son set par « Rebel warrior », issu de son tout premier opus, « Fact & fiction ».

 

Cactus 2005 : vendredi 8 juillet

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Le Cactus attire de plus en plus de monde. Pour preuve, la journée du dimanche consacrée essentiellement à la world était sold out. Faut dire que le cadre du Minnewaterpark est absolument superbe. Canaux et espaces verts balisent ce festival encore très familial. Des enfants (NDR : pour lesquels de multiples activités ont été organisées), des parents et des grands-parents côtoient les festivaliers dans la plus grande convivialité. Et puis une seule scène. Ce qui permet de souffler une petite demi-heure entre chaque set…

Vendredi 8 juillet

Il revenait à Dieffenbach d'ouvrir la 24ème édition du festival. Le peu de temps consacré à leur set m'a quand même permis de découvrir une formation qui accorde un très grand soin à ses harmonies vocales. Pensez aux Byrds. Sur une musique élégante, à la fois pop et psychédélique, largement influencée par la fin des 60's et le début des 70's ; mais revisitée par un très fort courant post rock. Etonnant, lorsqu'on sait que les deux premiers elpees accordaient une large part à l'électronique. Et apparemment, le troisième et dernier opus (NDR : « Set and drift ») de ce quintet danois confirme la nouvelle orientation. Un groupe à suivre, c'est une certitude…

La Scandinavie était à l'honneur, puisque après des Danois, l'affiche nous proposait des Norvégiens : Madrugada. Pas des inconnus, puisqu'ils se sont déjà produits à plusieurs reprises en Belgique et notamment lors d'une précédente édition du Cactus. Et puis la formation compte déjà 4 albums à son actif, dont le dernier, « The deep end », est paru voici quelques semaines. Pour accomplir sa tournée, le trio de base (Sivert Hoyen au chant, Robert Buras à la guitare et Frode Jacobsen à la basse) a engagé un drummer et un claviériste/guitariste. Grand, la boule à zéro, vêtu d'un gilet particulièrement seyant, Sivert dégage beaucoup de charisme. Gestes amples, arpentant toute la largeur de la scène, il entre facilement en communion avec son public. Et puis il pose littéralement son baryton profond sur les chansons généreusement électrifiées par Bob. Les cheveux en pétard, à la Rob Tyner (MC5), Robert torture sa râpe comme un vieux briscard qui aurait vécu le mouvement West Coast la fin des sixties. Ce qui n'empêche pas l'ensemble de couler de source avec une intensité blanche digne de Leather Nun (NDR : le groupe a interprété plusieurs anciennes compos), de s'enfoncer dans une mélancolie ténébreuse digne des Bad Seeds, ou encore d'épouser une forme plus allègre comme sur les hispanisant « Hard to come back » et « Stories from the streets » ainsi que le REMesque « The kids are on high street ». Et puis ponctuellement, Sivert empoigne une guitare sèche pour s'embarquer dans l'une ou l'autre ballade hymnique empreinte de tendresse. Un chouette moment !

Fondé au tout début des 90's, les Frames comptent déjà 5 albums à leur actif. Une formation irlandaise souvent comparée à dEUS. Pas étonnant, d'ailleurs, qu'ils aient déjà travaillé en compagnie de Tom Barman. Drivée par le chanteur compositeur Glen Hansard, elle peut compter sur la présence d'un excellent violoniste, un certain Colm Mac An Iomaire. Malheureusement sur scène, ce violon n'est pas suffisamment mis en évidence. Glen (NDR : les cheveux et la barbe roux carotte !), possède une très belle voix et les autres instrumentistes semblent connaître leur sujet. Pourtant le set ne décolle que trop rarement. Les quelques moments d'intensité à se mettre dans l'oreille sont rapidement dilués dans une monotonie qui suscite rapidement l'ennui. Parfois en n'entend pratiquement plus rien. Et les spectateurs en profitent pour tailler une bavette avec leur voisin ou pour aller chercher quelque rafraîchissement…

En perte de vitesse depuis quelques années (NDR : un « best of » en 2002 et un « Loco » complètement ringard en 2003), les Fun Lovin´ Criminals jouissent encore – heureusement – d'une excellente réputation de groupe 'live'. Comme d'hab., le groupe affiche un look très 30's. Même qu'ils auraient pu jouer dans la série 'Les Incorruptibles'. Il n'y manque qu'Eliot Ness ! Vêtu d'un costard (sans cravate!) digne d'un mafioso, Huey Morgan n'a rien perdu de sa dextérité à la guitare. Coiffé d'un doulos et arborant des bretelles certifiées d'époque, Mackie allie souplesse et frénésie aux drums. Quant à Fast, il continue d'assumer sobrement son rôle, partagé entre basse, clavier et trompette. Malheureusement la voix de Huey passe très mal. A croire qu'il fume 3 paquets de clopes par jour. Pourtant leur mélange de funk, de hip hop, de jazz nightclubien, de rock, de Chicago blues, de gangsta rap et de soul ne manque pas de charme. Et en particulier l'hommage à Barry White, « Love unlimited ». Empreintes de sensualité et de fun et bercées de rythmes chaloupés voire latinos, les compos restent agréable à écouter. Outre « Korean bodega », « Scooby snacks », « Where the bums go », « Come find yourself » et « 10th street », le trio va même nous réserver quatre compos issues de leur nouvel elpee « Livin In The City » (NDR : sortie prévue ce 25 juillet !) : « The preacher », « That ain't right », « Is ya allright » et le single « Mi Corazon ». Mais on a l'impression que le groupe n'a pas le feu sacré. Cessant sa prestation dix minutes avant la fin prévue de son set. Pour y revenir lors d'un pseudo rappel au cours duquel ils joueront leur hymne « Fun Lovin' Criminals »…

 

Rock Werchter 2005 : dimanche 3 juillet

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En ce dernier jour de fête, les choses sérieuses commencent tard, très tard. Il est 17h00 et nos Fucking Dewaele Brothers entre en scène sans leur combinaison magique de 2 Many Dj's. Aujourd'hui, les organisateurs les ont invités sous l'enseigne Soulwax. En règle générale, un peu de changement ne fait de tort à personne. Mais là, on peut dire qu'ils nous ont fait grande peine. On les créditera bien volontiers du son le plus déplorable de Rock Werchter 2005. Et pourtant, on pouvait s'attendre à monts et merveilles… Il faudra s'en faire une raison: Soulwax n'est décidément pas un groupe de festival.

A l'autre bout du site, ce sont les Eagles Of Death Metal qui triturent leurs guitares. Sans Tim Vanhamel et Josh Homme aux commandes, la recette manque de saveur. Le projet reste planté là comme une carotte en plein désert. Seul rescapé de l'équipée sauvage, Jesse 'The Devil' Hughes défend ardemment son projet. Malgré tout le mal qu'il se donne, on se rend compte que la nouvelle mouture des Eagles tient difficilement la route. Le tout est joué à l'emporte pièce et manque cruellement de puissance de frappe. La sentence est lourde de conséquences: à revoir ou à saborder.

La pérégrination vient de commencer. Venus des quatre coins du site, les fans de Queens Of The Stone Age transitent vers une même destination: la Main Stage. Tout le monde veut se rapprocher de la grande carcasse de Josh Homme, leader unique de la formation ricaine. Sous le soleil, la chaleur est accablante, presque insupportable. Cette ambiance sied pourtant bien aux Queens qui entament leur set par le torride "Go With The Flow". La nouvelle brigade du général Homme assure sa part du boulot. "Medication", "If Only", "Everybody Knows That You Are Insane" et "Sky Is Falling" claquent dans l'air comme des myriades d'explosifs hypnotiques. C'est du psychédélisme pour Stoners dépressifs, une vraie musique de junkie. Le géant et toujours là, campé aux avants postes des réjouissances. Dans les mains de Josh Homme, une guitare semble bien frêle. Heureusement que le grand gaillard n'a pas encore inauguré la défenestration de grattes… L'idée pourrait causer de sacrés dégâts. Les accords de "Little Sister" retentissent enfin. Le moment est attendu et ça s'entend. La foule vibre, se bouscule et lève le poing en direction de la scène. C'est un pur instant de rock'n roll dirigé et orchestré par Josh, l'homme qui aime qu'un plan se déroule sans accroc. Plus tard, "Tangled Up In Plaid" se perd dans un enchevêtrement de guitares. C'est insensé, compliqué et éclairé. On sent la fin du concert ; mais toujours aucune trace de la folie douce d'antan. Terminé le Dave frappadingue à la batterie, disparu le nudiste à la barbichette, terminé l'insolente ode à la came: pas de "Feel Good Hit Of The Summer" cet été. Certes, la version 2005 des Queens Of The Stone Age vaut le détour. Oui, Josh Homme est une putain de rock star. Pourtant, il manque la plue-value frénétique: le barjot Nick Oliveri et sa basse. Car ce soir, il fallait être un perfide comédien pour camoufler cette insoutenable carence. Admettons le une bonne fois pour toute: l'autre siphonné du caillou nous manque.

Une fois encore, Dave Grohl est à Werchter. Et quand ce n'est pas en compagnie des Queens Of The Stone Age, c'est derrière le micro de ses Foo Fighters. Dave, c'est un guitariste recyclé, un chanteur étrange et une honnête personnalité. Son principal atout: il a le sens du spectacle. Après, peu importe qu'il braille comme un poulet sans tête, qu'il remplace la fin de ses paroles par des onomatopées étranglées en pleine voltige. On s'en tape. Pour lui, là n'est pas l'essentiel. L'objectif affiché des Foo Fighters: amuser la galerie. Et sur cette observation sociologique de haute volée, on peut une nouvelle fois les féliciter: ils n'ont pas loupé le coche. "All My Life", "Everlong", "Learn To Fly", "My Hero", The One" et tous leurs brûlots énervés trouveront toujours une place de choix dans nos cœurs. Mais le temps est maintenant à la quiétude du songwriting de Tom McRrae. Venu en compagnie d'Olli Cunningham (au piano) et d'Oli Kraus (au violoncelle), le Britannique doit forcer pour se faire entendre. La lutte à scène interposée qui l'oppose aux Foo Fighters tourne rapidement à l'avantage des cris tourmentés de Dave Grohl.

Combat déloyal, artiste jovial: Tom McRae ne semble pas rancunier. Les Foo Fighters en fond sonore, le bel Anglais se présente sur scène tel un poète désœuvré et malheureux. Les compositions du bonhomme renforcent ce sentiment de disgrâce. "Hawaïï", "Hummingbird", "Bloodless" et "Bubblegum" se présentent comme autant de complaintes euphorisantes, écrites pour traverser l'histoire. Le violoncelle confère une douce profondeur aux chansons de son auteur. L'inventaire de son talent s'achève lentement par un "Fools" dépouillé et sensible. La messe est dite.

Ne reste plus qu'à porter un rapide mouvement de l'œil en direction de la Main Stage pour assister au bouquet final offert par R.E.M. aux spectateurs. Peter Buck et Michael Stipe forment toujours la paire. L'un cajole sa guitare, l'autre prend soin de son public. Certains groupes sont insubmersibles. R.E.M fait partie intégrante de ce contingent d'irréductibles rockers. Les Athéniens en connaissent un bout et les fans connaissent leurs tubes: le deal est équitable. "What's The Frequency Kenneth?", "Leaving New York", "Everybody Hurts", "Losing My Religion", "The Great Beyond" ou encore "Man On The Moon" enflamment les derniers instants de cette edition 2005 aussi convenue que réussie. Finalement, qui d'autre que Michael Stipe peut se targuer de conclure un festival dans une débauche de magnificence ? Question difficile, n'est-il pas ? Bah, la réponse attendra bien l'année prochaine…

 

 

 

Rock Werchter 2005 : samedi 2 juillet

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La journée débute sur les chapeaux de roues. Et un effroyable dilemme nous attend sur le site: les vétérans vitaminés de Therapy ? ou la nébuleuse rock And You Will Know Us By The Trail Of Dead ? Notre choix se tourne vers ces derniers. Trail Of Dead, pour les intimes, tape un sacré tintamarre sous les voûtes de la Pyramid Marquee. Devant un parterre dégarni, les Texans se montrent inspirés. Les musiciens pratiquent une sorte de chaise musicale grandeur nature. Chez eux, tout le monde tourne et tricote un nouvel instrument. Une guitare troquée contre une batterie par ici, une basse échangée contre une guitare par là et un micro terrorisé par des chanteurs intérimaires finissent par convaincre de l'originalité de la formation. L'acte se conclu par "Ounce Of Prevention" dans une tourmente de riffs virevoltants et diablement efficaces.

La suite de nos péripéties est moins drôle. Le charme annoncé de Rilo Kiley laisse franchement à désirer. C'est doux et gentil. Mais la pop a déjà connu escapade plus folle…

L'entreprise dégénère rapidement et l'exode vers la Main Stage de Daan devient inexorable. Quel beau crooner que ce Daan ! Costume blanc, lunettes noires, l'homme est raffiné et ça se sent. On ne peut pas en dire autant de ses sbires. Aux claviers, une sorte de mascotte Haribo (c'est beau la vie?) modelée pour l'Eurovision balance sa frange peroxydée comme une langouste exotique. Ce garçon n'a aucune classe, c'est une parodie incarnée. Derrière lui, deux potiches: une bombe sexuelle à la batterie et une jolie créature à la basse. Pour ouvrir la danse, Daan dispose de "Housewife", tube infaillible. Le public à majorité néerlandophone en redemande. Daan l'entend et adresse "Eternity" pour assouvir la pulsion populaire qui envahit peu à peu la plaine de Werchter. L'élégant monsieur ne se pose pas de question: il fume, il boit, s'assied et se couche en coquet de bon aloi. A ses côtés, la troupe de variété qui lui fait office de groupe a pauvre allure. On a beau apprécier les performances de Daan sur disques, il faut bien admettre que le visuel scénique suscite l'incompréhension. La vue d'ensemble reste inconsistante et pas bien méchante. Daan ne montre jamais les dents et même "Victory", son hit, s'encroûte précipitamment dans une gestuelle ringarde digne du 'bébête show'.

Sur ce, on s'éloigne du naufrage et on rejoint les rives de la Pyramid Marquee où Murray Lightburn et les siens dispensent le romantisme exacerbé de The Dears. Chaleureux et réconfortants sur disque, sur scène, les Canadiens chavirent dans une démesure émotionnelle. C'est pompier et larmoyant. Et même le fulgurant "Lost In The Plot" ne modifie guère l'attitude outrancière de ce tragique épisode. Ne reste plus qu'à patienter avant l'avènement pressenti des Londoniens de Bloc Party. 17h20: l'agonie surfaite de The Dears touche à sa fin. Il est temps de se positionner pour assister au concert tendance de la journée.

La silhouette athlétique de Kele Okereke surgit et ses compagnons d'aventure le suivent de près. Du post-punk ? De la cold-wave ? Peu importe, Bloc Party détache les étiquettes et déracine la hache de guerre. "Like Eating Glass" entame la croisade sensible de nos gays lurons. Foudroyant et radical, le message de Bloc Party est belliqueux. Et la bataille ne fait que commencer. Tout sourire, Okereke repart à la charge et expulse "Positive Tension" de l'amplificateur. Une hystérie générale s'empare du parterre public dès les premières notes de "Banquet". Les Anglais assurent le spectacle. Plus rudes et déchirées que sur les enregistrements de Paul Epworth (The Rakes, The Futurheads), les chansons du groupe passent comme une lettre au déchiqueteur électrique. Les pogos sont de plus en plus violents, les titres de Bloc Party de plus en plus incendiaires. Ces garçons se dégourdissent à tout va. Kele torture sa Telecaster. Sans relâche, il empoigne son manche et griffe ses cordes. Le concert s'apaise dans la fournaise de "This Modern Love". Shoegazer invétéré, Russel Lissack, le deuxième guitariste, n'abandonne pas une seconde ses chaussures du regard. Elles doivent beaucoup lui plaire car il assure parfaitement la rythmique du groupe. Bloc Party dispose indéniablement d'une nouvelle notoriété. La formation a grandi et l'image restrictive du groupe hype à la mode n'est plus tendance. Bloc Party a défini son identité. Ne lui reste plus qu'à forcer le respect !

Après l'invasion britannique, on retrouve le Blanc Bleu Belge. Rien à dire, les nationaux de Millionaire sont devenus de sacré poids lourds dans notre paysage musical. La bande de Tim Vanhamel ouvre le "Champagne" en début de prestation. C'est pétillant, mature et intense. Dès l'instant d'après, Millionaire débouche "Love Is A Sickness", titre issu de sa cuvée "Paradisiac". Les petits Belges déboulent et sortent le gros son. Plus tard, "Come With You" produit son effet et Tim se tortille comme un poisson hors de l'eau. La formation a gagné en puissance ce qu'elle a perdu de son funk original. Qui s'en plaindra ?

Après un deuxième album particulièrement réussi, Interpol était considéré par de nombreux observateurs comme une des principales têtes d'affiche de cette édition 2005. Les New-Yorkais étaient attendus au tournant. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le groupe a fait sensation. Le regard défiant un ennemi imaginaire, Paul Banks affronte d'emblée son auditoire. D'une voix grave et sombre, il psalmodie les premiers mots de "Next Exit". L'entame du concert fait du bien là où ça fait mal. Interpol discerne le point sensible de la nature humaine, touche l'auditeur au plus profond de sa grâce. Aristocrates mélancoliques d'un rock ténébreux, les quatre musiciens enfoncent directement le clou en cognant un mirifique "Slow Hands" dans la tronche épatée de milliers de fans transis. Banks allume une cigarette, brave la foule d'une œillade démoniaque et étale son indiscutable charisme au grand jour. "Say Hello To The Angels", chante-t-il entre deux bouffées de tabac. La suite était écrite: "Evil" rencontre une ferveur populaire énorme, incommensurable. A quelques mètres du chanteur, un type récite religieusement les mots professés par l'homme en noir. L'hystérie collective revêt le costume d'Interpol. Le concert approche le paroxysme, monte vers les étoiles et soudain, c'est l'accident. D'irrémédiables problèmes sonores viennent gâcher l'instant. La basse de Carlos D. se retire en coulisse et s'efforce de maintenir ses lignes inquiétantes. Mais l'inquiétude se mue en un accablant constat d'impuissance et le concert s'achève prématurément. L'épilogue nous laisse un goût indéfinissable en travers de la gorge, étrange mélange d'excitation, de surprise et de tristesse.

Mais c'est connu un bon festivalier ne baisse jamais les bras (et dispose généralement de bonnes jambes)! Une course olympique nous conduit ainsi aux alentours de la Main Stage où Nine Inch Nails s'acharne sur la fin de "Closer". La puissance vocale de Trent Reznor est bouleversante. On se met à regretter le doublon entre Interpol et Nine Inch Nails. Et comme pour renforcer cette optique, le bon vieux Trent nous agresse d'un "Hurt" d'une rare violence. Le concert s'achève en force par "Head Like a Hole".

Pour nous, la journée pouvait s'arrêter là, mais pas pour Rammstein. Les Allemands constituent la tête d'affiche proclamée du Rock Werchter 2005. Les t-shirts tamponnés à l'effigie du groupe post-industriel s'amoncellent en nombre aux abords de la Main Stage: ça va péter! Et de fait, les pensionnaires de Berlin-Est boutent les feux d'artifices à la moindre incartade. L'artillerie lourde est en train de chauffer la plaine comme une colonie de Panzers décampant sous les bombardements alliés. Et pourtant rien à faire, la musique de Rammstein est stéréotypée à mort. Les protagonistes de ce grand cirque jouent d'ailleurs sur un physique martial à en perdre les pédales. Et nous, pauvres belettes paranoïaques, on s'interroge sur l'engouement général qui tourne autours de ces zozos. Ces gars véhiculent une imagerie ultra nationaliste et totalitaire. On a beau savoir que c'est du pipeau, ça fout quand même les boules. Quand est-ce qu'on rentre au camping ?

 

Rock Werchter 2005 : vendredi 1er juillet

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En principe, après la pluie vient le beau temps. Ce deuxième jour de festival commence pourtant sous les pâles apparitions d'un soleil dissimulé sous d'épaisses ondées nuageuses. Il fait un peu froid, un peu gris et ce n'est certainement pas la programmation du début de journée qui nous réchauffera. Simple Plan, De La Vega, Kt Tunstall, Sioen et Jimmy Eat World se partagent le bas de l'affiche. Globalement, l'apéro est indigeste. N'est-on pas en droit d'attendre une réception plus alléchante de la part d'une manifestation du standing de Rock Werchter ? La question est posée et l'intérêt de cette édition 2005 ne se trouvait visiblement pas là. Néanmoins, une toute bonne surprise est à mettre à l'actif des organisateurs: la venue du couple théâtral The Dresden Dolls.

L'étrange duo, composé d'Amanda Palmer (piano et chant) et de Brian Viglione (batterie), en impose. Les curieux qui ont fait le déplacement ne s'y sont pas trompés. Ce concert est sans nul doute LA révélation de l'année. C'est la naissance du 'Rock Réaliste de l'Illusion', un théâtre musical épique secrètement fantasmé par Berthold Brecht. Hypnotique et attrayant, le concert mélange rock'n roll et lyrisme, émotion et sophistication. Venu tout droit de Boston, The Dresden Dolls étale son  bagage culturel sous les yeux et les oreilles d'inquisiteurs ébahis. Deux reprises, en particulier, forcent le respect: "War Pigs" de Black Sabbath et surtout, l'inattendue et irréprochable interprétation d'"Amsterdam" de Jacques Brel. La performance est millimétrée. La batterie de Brian semble répondre aux notes dispensées par le piano d'Amanda. Il est 16h45, le duo se retire sous les encouragements d'un public ébloui.

La place est torride, prête pour l'arrivée d'un autre duo: The Kills. De l'autre côté, sur la Main Stage, Shirley Manson et Butch Vig tentent vainement de réanimer Garbage, leur projet boursouflé. Sous la Pyramid Marquee, The Kills a d'autres guitares à fouetter. VV alias Alison Mosshart et Hotel alias Jamie Hince attaquent d'emblée leur dernier album par "Now Wow", titre éponyme et ravageur. Ils repassent ensuite sur "Keep On Your Mean Side" par l'entremise d'un "Cat Claw" hargneux. Planquée sous sa tignasse rebelle, VV est nerveuse, tendue, totalement insoumise aux attaques répétées des décharges électriques de son compagnon. Lui, le beau ténébreux, la regarde comme si c'était la dernière fois. Au fond, une rythmique, impulsée par une boîte à rythmes, astreint le chant alterné des tourtereaux à une rigueur de métronome. Le rock'n'roll des Kills consacre sa source d'inspiration, le Velvet Underground. Sur scène, "Good Ones", le dernier simple est rêche et sauvage. Le concert file à toute vitesse et rien ne perturbe la liesse de ces deux-là. "Fried My Little Brains" retentit dans nos tympans comme le morceau le plus corrosif de ce court instant passé en leur compagnie. Les riffs de The Kills s'estompent vers 18h15 dans une ultime reprise de Captain Beefheart, "Dropout Boogie".

Tranquillement, nous quittons la tente pour rendre une visite aux ancêtres du Velvet Revolver. Scott Weiland (ex-Stone Temple Pilots) et les pensionnés de Guns N' Roses se sont emparés de la scène principale pour un show redouté. Nos craintes sont confirmées d'entrée de jeux par papy Slash et ses potes cocaïnés. Grossis et déguisés en rock stars, ces adeptes de soli dégoulinants et de clichés affligeants singent honteusement leur prestigieux patrimoine. Les poses puent le Jack Daniel's périmé, la voix de Scott Weiland se mue en kalachnikov et flingue les malheureux observateurs postés aux premiers rangs de la débâcle. Les compères essaient de sauver la mise en balaçant " It's So Easy", "Mr. Brownstone" et "Sex Type Thing", trois classiques de feu Stone Temple Pilots. Mais rien n'y fait. C'est carrément naze: le mot est lâché. Et heureusement pour leurs poires rabougries par ces décennies de défonce que personne ne vend de cacahouètes sur la plaine… Allez hop, à l'hospice !

Le point fort du vendredi repose presque entièrement sur la venue de Green Day. Voilà un groupe qui vaut tous les déplacements du monde: plus de quinze ans de carrière dans le rétro et pas une ride en perspective ! Emmené par Billie Joe Armstrong, le trio carbure aux tubes. En 1994, le groupe ramasse le pactole en sortant l'indémodable "Dookie". Dix ans plus tard, c'est au tour de "American Idiot" de se tailler la part du lion. L'événement est donc attendu par des adolescents de tous âges en manque de sensations fortes en cette fin de journée. Et là, pas la peine de faire un dessin, le seul et unique groupe de punk-pop tient la dragée haute à tous ses concurrents. Devant la scène, c'est l'effervescence. L'attente devient longue et chacun cherche la bouffée d'air rédemptrice avant la bataille. Tout à coup, Tré Cool se pose derrière ses fûts, Mike Dirnt enfourche sa basse. Et là, c'est l'explosion: Billie Joe Armstrong déboule et arrache un "American Idiot" des cordes de sa Gibson. Une folie furieuse et tourmentée envahit alors l'assemblée. Le chanteur de Green Day court comme le successeur humanisé du lapin Duracell, il galope, trébuche et fonce vers son micro. Tout de noir vêtu, Billie Joe arbore une sympathique cravate rouge et une étoile communiste au revers de sa chemise. Nouveau disque, nouvelle chanson: "Jesus Of Suburbia" entraîne à nouveau la foule dans un tourbillon de magnitude 7 sur l'échelle de Werchter. La suite se décline en singles: "Holiday", "Knowledge" et l'inoxydable "Basket Case" se chargent de passer les troupes en revue. Le sens de l'entertainment s'incarne parfaitement dans l'idéologie du groupe. Sur "King For A Day", Billie Joe invite un fan surexcité à asperger ses congénères au pistolet à eau. On s'amuse, on s'éclate. On sue, on pue. Et en définitive, c'est génial. Le groupe de Berkeley interpelle le public à intervalles réguliers, histoire de vérifier qu'il subsiste encore quelques survivants à l'étage d'en bas. Pour certains, ce jour de fête était également un jour de gloire. Au beau milieu du concert, Green Day se fait remplacer au pied levé par trois énergumènes piochés au hasard de l'assistance. Une jeune batteuse foutrement douée, un guitariste bouleversé de se retrouver en compagnie de ses idoles et un bassiste simplet, coaché par un Mike Dirnt désabusé viennent assurer la rythmique du groupe. La chanson s'achève dans des accolades et des remerciements. Charitable rocker, Billie Joe offre sa guitare à son éphémère remplaçant. Aux dernières nouvelles, ce dernier dort debout en chantant les huit albums de Green Day et vient juste de se faire interner pour démence en compagnie de sa guitare. La formation américaine tire alors à boulets rouges sur George W. Bush, son 'adorable président' et enchaîne par "Minority". Le divertissement touche à son apogée lorsque nos facétieux enragés s'attaquent à une reprise surdosée de Queen, "Cause yes: We Are The Champion my friend !". Green Day repart, fier du boulot accompli. Mais les fans ne l'entendent pas de cette oreille. Devant un public en transe, Billie Joe revient en solo pour un (désormais) traditionnel "Good Riddance ("Time Of Your Life"). Bref, une bonne journée tient parfois à peu de chose.

Pour se remettre de toutes ces émotions, il ne reste qu'à faire un choix: les multirécidivistes Faithless ou Armand Van Helden. Pour finir, Van Helden sera la dernière attraction de ce 1er juillet. Une journée qui s'achève par un dj-set convenu (Blondie, Ram Jam, The White Stripes ou encore Felix Da Housecat passent ainsi dans l'escarcelle électronique du bonhomme) mais agréable. Néanmoins, on regrettera l'usage abusif de 'compacts discs' tout au long de ce 'poussage de disques' en règle. Toute personne susceptible de nous renseigner sur la disparition des vinyles peut nous contacter dès à présent.