Tout est fini pour Sprints…

Le groupe de Dublin, Sprints, sortira son deuxième album, « All That Is Over », le 26 septembre. Bien reçu par la critique, son premier long playing, « Letter To Self » (2024), a marqué le groupe comme une force majeure dans le paysage alternatif et a été…

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Le jeu d’échecs de Vera Daisies

Margaux Jaudinaud, illustratrice multi-casquettes et binôme du groupe Ottis Cœur, se lance en solo sous le nom de Vera Daisies. Après avoir ouvert pour The Libertines, Tess Parks ou encore le band londonien Sorry, elle dévoile un premier titre incisif, "Chess…

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The Watchman

Weep on, Willow

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Né en 1953, ce chanteur guitariste batave pratique une musique très roots, puisant dans le folk, la country et le blues, tout en observant une certaine approche pop. Mieux connu sous le pseudonyme The Watchman, il écume les bars d' Eindhoven depuis des lustres. Enfin, au moins depuis 1988. Il est donc loin d'être un débutant, comptant même une bonne dizaine d'albums à son actif. Eponyme et bénéficiant de la production de Joe Boyd (R.E.M, Fairport Convention), son premier elpee est paru chez Rykodisc, en 1990. Ad est parvenu à exporter son country folk au-delà des océans ; et en particulier au Quebec et surtout au Texas. A Austin et Houston, pour être plus précis. Depuis le début du nouveau siècle, il a signé chez Munich, label pour lequel il a commis "Melancholicus Realisticus" en 2000, "Carnival of circumstances" ainsi que "Elsewhere bound" en 2002.
 
Ce dernier opus flanqué des Very Girls, en l’occurrence Ankie Keultjes et Aggie de Kruijf, un duo de néerlandaises passionnées d'americana folk! Ankie a collaboré à la confection de ce dernier album. Au chant, mais aussi à la mise ne forme. Elle a ainsi pris le contrôle total du studio, enregistré, mixé et produit cette plaque.
 
"Drizzle" s’ouvre par des guitares acoustiques : celles d'Ad et de Stephan Jankowski. Le saxophone de Menno Robers épouse parfaitement les lignes rythmiques de basse. Un univers sonore assez proche de celui au sein duquel évolue Hans Theesink ; même si Ad Van Meurs possède une voix moins grave. Les cordes de Stephan sont un ravissement tout au long de "Hunger and play", un blues très mélodique, mélancolique. Ankie Keultjes enrichit les chœurs de sa voix féminine. Le rythme met le nez à la fenêtre. En catimini, tout d’abord. Pour "The road". Plus franchement ensuite. Sur "Laundry days". Des compos folk roots au cours desquelles Jankowski s’autorise un nouveau et brillant solo sur sa guitare acoustique. Ce musicien est incontestablement une révélation ! The Watchman exécute alors une version légère et très originale du "Louisiana blues" de Muddy Waters, conférant chacun dans son rôle : voix féminine, sax et guitares. "Leave me blues" est un blues personnel, très à fleur de peau. Le saxophone balaie le décor, tandis que les cordes de Stephan crèvent l'écran. Le sax de Menno ne manque pas d’allure ; et lorsqu’il s’extrait en solo c’est pour mieux s’intégrer à la section rythmique, un peu comme le tuba de John Sass chez Hans Theesink. Très bluesy, la guitare rythmique introduit "Nostalgia blues". Sans doute la meilleure plage de l'album. Les musiciens semblent prendre leur pied, pendant que Romers se démène sur son saxophone. "The canyon" bénéficie d’excellents arrangements. D’excellente facture, cet opus s’achève par une autre blues confession intitulé "If I would love you like I love my guitar".

Muddy Waters

Muddy ´Mississippi` Waters Live

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Né McKinley Morganfield, Muddy Waters a vu le jour le 4 avril 1913. Dans le Mississippi. Il est sans doute un des plus célèbres bluesmen de tous les temps. Un des rares personnages dont le nom sonne familier, même à ceux qui ne connaissent pas le blues. Un musicien que personne n'est prêt à oublier, même 21 ans après sa disparition. Les premiers témoignages transcrits sur support datent d'août 1941, lorsque Alan Lomax et John Work avaient recueilli sa prestation dans Stovall Plantation, où il travaillait. Deux ans plus tard, il émigre à Chicago où il allait très vite créer le blues urbain. Un blues citadin électrifié très caractéristique. Il s'entoure alors de compagnons musiciens devenus légendaires : Jimmy Rogers, Little Walter, Otis Spann,… Il allait enregistrer pour le label Chess sans interruption jusqu'en 1975. Avant de signer pour le label Blue Sky, du groupe CBS Epic, sur les conseils du guitariste texan, Johnny Winter. Quatre albums allaient suivre : "Hard again", "I'm ready", "Muddy Mississippi Waters Live" et "King Bee".
 
“M.M.W.L.” agrège le live susvisé ; mais est enrichi d’un second CD. Un elpee commis la même année, au club "Harry Hope's". L'album original a été immortalisé en août 78 au Harry Hope's à Cary, dans l'Illinois, et en mars 77 au Masonic Auditorium de Detroit. Produit par Johnny Winter, il bénéficie de la participation d’une fameuse brochette de musiciens. Autour de Muddy Waters, on retrouve ainsi les guitaristes Johnny Winter (NDR : of course !), Luther "Guitar Jr" Johnson et Bob Margolin, l'harmoniciste James Cotton, le pianiste Pinetop Perkins, le batteur Willie "Big Eyes" Smith et Charles Calmese, le bassiste de James Cotton.
 
Ce premier elpee recèle une superbe version de "Mannish boy" que Muddy avait écrite en s’inspirant du "I'm a man" de Bo Diddley. Muddy partage les vocaux avec l'albinos texan. Trois superbes blues lents nous permettent d’évaluer l’intensité du son et surtout la maîtrise de Waters à la slide : "She's nineteen years old", "Streamline woman" et "Howling Wolf". L’elpee épingle également d'excellentes versions de "Nine below zero" et de "Baby please don't go", un titre que lui avait enseigné Big Joe Williams lorsqu'ils faisaient route ensemble vers le Sud. Les nouveaux fragments procèdent de concerts accordés au Harry Hope's. La production y a été assurée par Bob Margolin. Muddy est toujours épaulé par Luther Johnson, Margolin, Smith et Perkins, ainsi que Jerry Portnoy à l'harmonica et Calvin Jones à la basse. Les prises s’ouvrent par un long medley de 12' : "After hours : Sormy Monday blues". Muddy y présente ses musiciens. Lorsqu’il aborde "Sormy Monday", il ne peut s’empêcher d’évoquer la disparition récente de T-Bone Walker. "Trouble no more" met en évidence le talent de Jerry Portnoy à l'harmonica. "Champagne & reefer" constitue une version prototype d'un titre qui figurera sur son opus suivant, "King Bee". Il chante également "Corrina, Corrina", "Hoochie Coochie man" (un de ses plus grands hits dans les 50’s) et "She moves me", un slow blues dont il avait le secret. Muddy n’oublie pas son fidèle pianiste Pinetop Perkins. Et le valorise en l’invitant à chanter "Kansas City" ou à assurer (NDR : mais ce n’est pas une surprise !) le "Pinetop's Boogie woogie" de Clarence Smith. Muddy permet encore à Portnoy de briller son instrument tout au long de "Made love". Une œuvre qui recèle encore "Everything's gonna be alright", que chante Guitar Junior Johnson et, en finale, un "Got my mojo working" imprimé sur un tempo élevé. S’étalant sur une bonne heure, ce disque ‘bonus’ constitue une occasion unique de revivre ce blues de haute facture dispensé par un artiste qui aura marqué à jamais l'histoire de la musique, et du blues en particulier...

Geraint Watkins

Dial ´W` for Watkins

Écrit par
Geraint entame étrangement ce « Dial ´W` for Watkins » par une très courte plage : "Two rocks". Il la chante de sa voix grave, en s’accompagnant de l’orgue. Heureusement, la suite nous ramène au Watkins classique. "Turn that chicken down" nous plonge au cœur d'un pub. Simple mais efficace, le rythme s'installe. Les percussions sont lourdes. Entrent alors en scène une guitare acoustique, un harmonica bien timide ainsi qu’un sax ou une trompette à peine plus libérés. Des instruments que se réserve apparemment le seul Geraint. Steve Donnelly se charge des parties de basse et des guitares (acoustique et électrique), et Robert Trehern apporte ses frêles percussions pour épauler Geraint sur la ballade légère, entraînante, "Be my love ". "Blessed with happiness" maintient un tempo modéré. La voix prend de la force. Nick Lowe (NDR : un vieux compère) est passé à la basse. Steve Donnelly égrène de jolies notes de cordes sur une autre ballade inoffensive, tendre : "The whole night through", pendant que Neil Brockbank siège derrière son orgue. Geraint joue de tous les instruments et en particulier de l’orgue, devenu ici l’élément central, sur l’instrumental Memphis R&B "Cold war". Sa version pub rock du "Heroes and villains" des Beach Boys est excellente. Sa voix se démène. Tout au long de cette cover il se sent comme un poisson dans l'eau. Nick Lowe y apporte les backing vocals. Ne boudons pas notre plaisir, car non seulement cette adaptation est respectueuse de l'original, mais elle bénéficie également d’arrangements personnels particulièrement soignés. Plage dépouillée, "Soldier of love" recèle pourtant des richesses cachées. L’artiste y joue de plusieurs instruments, y compris des cordes. De son timbre velouté, Geraint susurre des mots d'amour, dans un style très cabaret, sur "I will". Les plages largement rythmées sont plutôt rares. Exception qui confirme la règle, "I'm just crazy about you" renoue avec un pub rock linéaire et gouailleur. Autre jolie ballade, "Bring me the head of my so called lover" caresse gentiment nos oreilles. Sensation prolongée tout au long du plaintif "Only a rose". "Dial W" constitue finalement une œuvre très intimiste pour cet artiste attachant. Cependant, je préfère lorsqu’il nous plonge au coeur du Delta de Balham pour entretenir des climats festifs, teintés de zydeco. A l’instar de la finale "Go west", un fragment au cours duquel il nous rapproche de la Nouvelle Orléans, lorsqu’il chante à la manière d'un certain Fats Domino.

The Waxwings

Shadows of the Waxwings

Écrit par
La scène musicale de Detroit est en pleine effervescence. Mais le plus intéressant procède de la richesse et de la diversité de cette scène. Entre les White Stripes, Blanche et les Waxwings, il est très difficile de faire un lien. Sauf qu’ils ont joué sur la même affiche. A première écoute, on est surtout impressionné par les harmonies vocales des Waxwings. Aussi soignées que chez les Byrds et les Beach Boys elles servent, en quelque sorte, de fil conducteur aux compositions. Des compositions, en général, aussi contagieuses que chez Teenage Fan Club. Encore que lorsque sinusoïdales ou cotonneuses, elles se lovent dans le psychédélisme, l’ombre des Pretty Things se met à planer. Un spectre qui se fait plus présent au fil des écoutes. Surtout lorsque mélodies baroques et instrumentation luxuriante entrent en osmose. Et le concours d’un violoniste, d’un violoniste et de cuivres n’y est pas étranger. On a même droit à du mellotron sur le lancinant « Almost all day », fragment dont le climat frôle l’univers des Flaming Lips. Et pour encore davantage brouiller les pistes, l’opus s’ouvre par une compo dont le groove nébuleux, nonchalant, rappelle les Dandy Warhols (« Wired that way ») et s’achève, nonobstant l’harmonica bluesy, dans la noisy pop hypnotique réminiscente de Ride (« What’s needed now »). Epatant !

Carl Weathersby

In the house

Écrit par
Né voici 52 ans, Carl Weathersby est originaire de Jazckson, dans le Mississippi. Il a ensuite grandi à East Chicago, dans l'Indiana. Il a travaillé très jeune, dans les hauts-fourneaux, avant d’exercer successivement les professions de militaire (NDR : il a (sur)vécu quelque temps au Vietnam), de gardien de prison et même de policier. Mais sa vocation est celle de musicien. Et c’est au sein des milieux du blues de Chicago qu’il a bâti sa réputation. Il devient ainsi le guitariste rythmique d'Albert King. Une situation qu’il va assumer de 1979 à 82. Albert incarnera et incarne toujours son influence majeure. En 82, il rejoint les Sons of Blues de l'harmoniciste Billy Branch pour y remplacer Carlos Johnson. Il sévira pas moins de quinze années au sein de cette formation responsable d’un blues mâtiné de soul, de funk et de rock. Il décide alors de ne plus vivre dans l'ombre de Branch pour embrasser une carrière solo. Il signe chez Evidence et commet quatre albums : "Don't lay your blues on me" en 96, "Looking out my window" en 97, "Restless feeling" en 98 et enfin "Come to Popa" en 2000, disque nominé pour deux WC Handy Awards. Sans oublier son "Best of Carl" paru en 2003.
 
Dans la série "Live at Lucerne" du label allemand Crosscut, nous retrouvons Carl lors de ce festival en novembre 2002, flanqué de son band : Paul Hendricks à la guitare rythmique, Calvin Gaskin à la basse et Leon Smith aux drums. L’ambiance est déjà chauffée à blanc lorsque Fritz Jakober introduit Carl. Il ouvre par un Memphis R&B and soul somme toute classique : "Leap of faith". La voix est très présente, puissante, très chaleureuse jusqu'à l’apparition de la guitare. Les cordes sont largement amplifiées. Manifestement, ce musicien sait comment les faire vibrer, respirer, éclater. "What's going on" est très atmosphérique, lancinant. Si proche du micro, volontairement implorante, sa voix se pose. Cette prière se fond dans "Love lead us home", une complainte soul susurrée. Carl dialogue avec ses cordes jusqu'à ce qu'il libère un merveilleux solo. Un exercice de style habilement construit. Le flot de notes est continu. Le sens mélodique jamais pris en défaut. Du grand art ! Une intervention qui relève sans aucun doute davantage de la musique rock que du blues ; mais quelle beauté dans ce moment si finement inspiré ! Plus blues, mais assez funky, "If that ain't the blues" donne une nouvelle fois l'occasion à la guitare de s'exprimer. Et de le faire d’une manière fort originale. Le chant de Carl suscite la participation du public qui se prend au jeu. Les cordes sont incapables de s'arrêter. A cet instant, nous pouvons nous rendre compte combien Weathersby a pu faire évoluer son inspiration puisée chez Albert King pour l’élever vers des sommets personnalisés. Il reprend les thèmes créés par Albert pour les décortiquer, les lacérer et ensuite les synthétiser dans son univers avant de repartir aussitôt dans un shuffle mouvementé, soutenu par l’harmonica de Bille Branch, son ancien partenaire dans des Sons of Blues. Les deux compères s’aventurent dans un grand moment de Chicago blues bien senti. Parfois, les instruments se retrouvent seuls, presque à l'arrêt avant que la machine rythmique ne les rattrape pour éclater dans un moment de bonheur intense. Billy est à son meilleur niveau. Il est encore de la partie pour la reprise du "Hobo blues" (NDR : un fragment écrit par Pierre Lacocque de Mississippi Heat), tandis qu'Otis Clay et Carl échangent des répliques vocales dans un registre soul blues. La suite du concert est largement dédiée à Albert King. A l’instar du long slow blues "Angel of Mercy", une longue plage sur laquelle le second guitariste, Paul Hendricks, se permet de se mesurer au maître. Ensuite à travers deux compositions du King dont une magistrale cover de Can't you see what you're doing to me?" et un instrumental aussi passionnant que ravageur intitulé "Night stomp". En rappel, Carl accorde un hommage manifeste à Hendrix, sur son "Looking out my window", une interprétation tellement proche du "Voodoo chile" de Hendrix. « In the house » : le concert d'un musicien éblouissant !

Ben Weaver

Stories Under Nails

De sa voix graveleuse comme un Tom Waits barbu, Ben Weaver (25 ans à peine) chante des histoires du bayou : ça sent l’Amérique, celle de Kerouac et de Carver… Douze traversées du désert qui, filmées par Wenders ou Peckinpah, auraient fait un grand film. Ben Weaver n’en est pas à son coup d’essai, mais cet album (le quatrième ?) est le premier à bénéficier d’une vraie distribution en dehors des terres labourées du Minnesota. Des terres où le gars white trash roucoule des jours paisibles, à écouter Johnny Dowd et Johnny Cash les bras croisés derrière la tête, sous le porche de la maison familiale. Au pays de Tom Sawyer, Ben Weaver s’amuse à jouer au cow-boy, mais sa musique n’a rien d’un rodéo : lancinante et poussiéreuse, elle colle aux santiags et ralentit la marche. Fatigant, mais au bout du chemin, la sensation d’avoir fait un beau voyage, à travers les plaines dégagées de l’americana la plus authentique.

Weevil

Drunk on Light

Le shoegazing, une vieille histoire, aujourd’hui à nouveau sous les projecteurs grâce aux talents conjugués de groupes comme The Notwist, Postal Service, Her Space Holiday, Windsor For The Derby, De Portables…. Le nouveau shoegazing, c’est l’indietronica : sous une couverture chauffante de bleeps cotonneux et rêveurs, les guitares se lovent et se frottent, « post coïtal animal triste ». Après l’amour, la vague à l’âme s’installe, parasitant l’instant précaire de ses décharges juvéniles. C’est l’ivresse du consommé, la petite mort qui crie famine. Tom Betts et Jonny Pilcher se couchent avec leurs guitares et leur ordinateur, pour accoucher d’une musique limpide et matricielle, rassurante comme la nuit qui se lève. Leurs mélodies côtoient les étoiles, jusqu’au trou noir du sommeil qui les plongent dans de vaseuses espérances. Ils chantent qu’ils « ont dormi trop longtemps » (« Too Long Sleeping »), et au réveil leurs joues sont marquées du sceau du plaisir. Ivres de cette lumière qui doucement les asperge, les deux tourtereaux abandonnent les berceuses, mais leur esprit reste engourdi. Le jour s’allume, mais dans leur tête c’est toujours le crépuscule. Dans le réconfort que distille leur musique, on s’endort les paupières légères. La nuit, le jour, s’annoncent sans lendemain, à l’abri des soucis.

Weird War

If you can´t beat´em, bite´em

Écrit par
1988-1992, Nations of Ulysses, Dischord Records (Fugazi, Jawbox) / 1995-2001, The Make-Up, Dischord et Drag City Records (U.S. Maple, Smog) / 2002-2004, Scene Creamers rebaptisé Weird War pour l’occasion et toujours sur Drag City. Fil conducteur de ces 16 années de musique underground ricaine ? Ian Svenonious. Leader de toutes ces formations, le coco conserve le bon goût des pochettes DIY, l’humour tout en finesse (leur hit “AK-47”) et l’esprit ludique (un jeu de l’oie dans le booklet). Bref de la joie et des rires. Teinté de ce bon vieux rock patiné d’esprit punk, Weird War ajoute une touche funk blanche. Rien d’autre à ajouter !

Paul Weller

Studio 150

Souvent, l’album de reprises cache un gros souci : une facture d’électricité à payer, un contrat de label dont on veut se débarrasser, une panne d’inspiration,… Tous les mois des types se fendent de ce genre d’exercice, avec plus ou moins de bonheur (dernier en date : Neal Casal). Paul Weller, lui, se moque bien du quand dira t on : de toute façon ça fait bien longtemps qu’il ne vend plus de disques. Et puis les covers, il connaît : The Jam s’était fendu de « David Watts » des Kinks ou encore « So Sad About Us » des Who. Pareil pour les Style Council. L’exercice, il connaît. Alors pourquoi insister ? Parce qu’il aime ça, point barre. Et c’est encore mieux si les chansons ne lui plaisent pas forcément, comme c’est le cas ici ! Enregistré au Studio 150 d’Amsterdam (d’où ce titre), cette collection de 12 reprises permet à l’Anglais de s’amuser tel un gosse à jouer et chanter Sister Sledge ( !), Neil Young, Bob Dylan, Gil Scott-Heron, Aaron Neville et les Carpenters (!!). L’intérêt, c’est que pour une fois Paul Weller ne nous bassine pas avec les Small Faces et les Beatles, et c’est déjà pas mal… Du bon boulot, anecdotique mais plaisant pour les fans.

West Side Heat

Live at Blues on Grand

Écrit par
Guitaristes, Steve Arvey et Jon McDonald ont fondé le West Side Heat en 1982, en compagnie du batteur Marvin Jackson qui jouait alors dans l'Albert Collins Band. Le choix du patronyme s’inspirait de leur addiction au Westside Chicago Sound de Magic Sam, Otis Rush, Eddie C. Campbell et autres Jimmy Dawkins. Le line up sera bien vite complété par Lovie Lee, le dernier pianiste du Muddy Waters Band. Le Westside Heat écumait les clubs de Chicago et de Milwaukee. Leur premier elpee, "Crazy mixed up world", est paru en 1985. A cette époque, les drums étaient assurés par Tony Mangiullo, un personnage qui avait milité au sein du Jimmy Rogers Band et dont la mère avait épousé Homesick James. Capable de chanter et de jouer, avec le même bonheur, de la guitare et de l'harmonica, Mark Hoekstra devait ensuite rejoindre le groupe. Le Westside Heat a splitté en 1991. On peut cependant retrouver le son de cette époque, sur l'album de Steve Arvey, "Best from the Vault". Steve allait alors se consacrer au blues acoustique. En solo ou flanqué de Kraig Kenning.
 
Probablement nostalgique du West Side Heat, Steve a tout récemment reformé le groupe. Et a repris la route. En février 2003, il a ainsi immortalisé son set ‘live’ au "Blues on Grand" de Des Moines, dans l'Iowa. Michael Wagner est à la basse, Pete Kruse aux drums, Steve Arvey se réserve le chant et la guitare, alors que le vétéran Mark Hoekstra se charge de l’harmonica, de la slide et également des vocaux. Dès que la machine se met en route, elle libère une fameuse dose d’énergie. La sonorité n’est guère en phase avec Chicago. Excellent R&B, "Stranded" aurait été apprécié par Mark Wenner et ses Nighthawks. A l’instar de "Fine line", on navigue ici dans un univers bien plus proche des texas shuffles. Mark souffle dans l'harmo chromatique, pendant que les différents acteurs se mettent en valeur, à tour de rôle. Néanmoins, les guitares évoluent dans un registre très différent du style pratiqué par Jimmie Vaughan. Plutôt blues rock, les cordes sont largement électriques. Les arrangements opérés sur "Mississippi" ne brillent pas par leur légèreté. Les deux guitares jouent en puissance. La voix d'Arvey accentue l’âpreté de ce rocker. Une impression intensifiée tout au long de "Oh lucky". La conjugaison des cordes classiques d'Arvey et de la slide de Hoekstra est lourde. Toute en réverbération, la slide gémit, halète. Westside Heat consomme également du blues classique. D’ailleurs, leur version du long et lent "Reconsider baby" de Lowell Fulsom se révèle très conventionnelle. Le spectre des T-Birds de naguère revient régulièrement à la surface. A cause des similitudes qui existent entre les voix d’Arvey et de Kim Wilson. Et je pense tout particulièrement à "How do you spell love". A l’instar de Jimmy Reed et surtout de Kim Wilson, Hoekstra souffle dans les tons aigus. Une sensation qui se confirme sur le tonique "He knows the rules" de Jimmy McCracklin. Afin de permettre à l'harmoniciste de s'égayer librement et à la guitare de multiplier les effets, le Heat traîne un peu en longueur le funky "Chicke heads" de Bobby Rush. Le "Chicago blues" n'est quand même pas totalement absent. D’honnête facture, "You're so fine" rend justement hommage à son créateur, Little Walter. Le concert tire à sa fin. Chicago boogie, "Shake your moneymaker" se révèle explosif. Contagieux, "Rollin' and tumblin' résume ce qu'ils font le mieux : leurs références puisées dans le Delta se mêlent au Chicago blues, pendant que les vibrations rock durcissent le son. Même s’il n’est pas un mauvais vocaliste, Steve Arvey use et abuse d’effets spéciaux pour emprunter le timbre vocal profond et grave de Howlin' Wolf. Aux States, il existe de multiples formations de la trempe de West Side Heat. Ce qui ne veut pas dire qu’elle soit dénuée d’intérêt !

Whirlwind Heat

Flamingo honey

Écrit par
Abonnés aux concepts albums,Whirlwind Heat donne aux journaleux l’envie de tomber dans la chronique toute aussi conceptuelle. Genre : 10 morceaux, 10 minutes, 10 lignes. Et pourquoi ne pianoterai-je pas frénétiquement mon clavier pendant 10 minutes ? On verra. Au diable la ponctuation ! Seuls les plus talentueux s’en sortent généralement. Revenons à nos lapins. Paru en 2003, “Do rabbit wonder ?” alignait 13 titres aux noms de couleurs; pour les moins futés d’entre vous “Flamingo Honey” égrène 10 titres en 10 minutes. Le moog tourne à plein régime. Le band diversifie son registre par rapport au passé et s’affranchit définitivement du parrainage consenti à Jack White. Pour les plus curieux, une recherche dans les archives du site s’impose. Et comme en son temps, je remarquais la tournée estivale commune aux White Stripes et à Whirlwind Heat, je signale pour ceux qui ne font rien ce 15 octobre que New York accueille TV On the Radio, Pinback et .... Whirlwind Heat. Hé, mais je la tiens ma concept chronik !!!

Jim White

Drill A Hole In That Substrate And Tell Me What You See…

Depuis « Wrong-Eyed Jesus » (1999), Jim White trimballe ses démons (la religion, la mort, l’Amérique white trash) à dos de mulet, traversant le désert country tel un Pancho Villa illuminé par la vie et ses petits tracas. Chez lui, raconter des histoires de diable, de paradis et de romances étriquées s’avère une chose tout à fait normale, comme porter un stetson mais critiquer la morale pudibonde des mangeurs de bretzels. Jim White est le ménestrel gonzo de la cause country, le Bukowski de l’americana populaire. Sa musique traduit cet amour pour les mythes salis du Grand Ouest : comme du Canada Dry servi en pleine cambrousse, elle sonne comme de la country US, mais au final ça n’a rien à voir. Qu’une pedal steel se prenne un jour les fils dans le tapis d’un saloon ou qu’une trompette se voit bouchée par un nuage de poussières, Jim continuera toujours à raconter ses histoires de Jésus « conduisant un camping-car » (« If Jesus Drove A Motor Home »). Entouré d’une clique de musiciens balèzes et connus (Joe Henry, Matt Ward, Mary Gauthier, Bill Frisell, Aimee Mann sur le splendide « Static On The Radio »), l’Américain du bayou n’a pas son pareil pour mélanger les genres (country, folk, spoken word, rap/funk couillon à la G Love, soul à la Me’Shell) sans jamais se coincer les doigts dans un seul. De plus en plus raffinées avec le temps, ses mélodies ne cessent d’émouvoir, comme en apesanteur, à des kilomètres du sol argileux de l’Alabama. Un mirage ? Peut-être. Mais il est tenace, et sa vision réconforte, dans un monde où la sincérité n’a plus sa place. Tel le héros du roman de Matheson, Jim White est quasi une légende. Il est unique, et c’est la raison pour laquelle on l’aime.

Vehicle

The Fire Is Warmer On The Inside

Le post-rock est partout : cette fois il s’attaque aux Pays-Bas, et menace nos tympans en osant nous refaire le coup des montagnes russes et des explosions surprises. Vehicle : quatre types qui connaissent la chanson, surtout sans paroles… Larsens et montées d’adrénaline, lentes combustions et samples cinéphiles (« Twin Peaks » et « 2001 » sur « Twinlings ») : c’est sûr, on a déjà entendu ça quelque part. L’atlas Larousse à la main, on feuillette les cartes du monde à la recherche d’indices plus concrets : Espagne (Migala), Texas (Explosions in the Sky), Canada (GY !BE), Belgique (Sweek) ? En plein examen géographique, ces riffs entêtants nous donnent le tournis : heureusement qu’on n’a pas consulté notre mappemonde, on serait déjà par terre à vomir nos tartines. « The Fire Is Warmer On The Inside » : avec un bon Motilium ©, ça passe en un quart d’heure. Après on est tout froid dedans, mais au moins on n’a plus la nausée. Alors Vehicle, toujours partant ?

The Veils

The Runaway Found

Le chanteur de ce nouveau groupe anglais glapit comme celui de Starsailor, racle sa gorge comme celui des Stereophonics. Deux énormes défauts qu’il aura bien du mal à nous faire avaler, parce qu’il faut bien le dire : Starsailor et Stereophonics sont les deux pires groupes que la pop anglaise a enfanté ces cinq dernières années. Dommage : si monsieur n’entonnait pas ses hymnes pompiers avec l’intonation d’un ténor plein de tics et pour qui le pathos est une marque de grandeur, on aurait pu passer l’éponge. Encore que : y ajouter des montées de fièvre pleines de violons et des explosions lyriques à la U2 ne fait pas non plus trop notre affaire. Il y a des limites que la bienséance nous empêche de franchir. Après une heure de gémissements pédants et de mélodies à l’emphase titanesque, c’est sur les cuvettes qu’on se soulage de cette grosse colique, qui pue trop le lyrisme de bas étage.

The Veils

The tide that left and never came back

Écrit par
Finn Adrews a donc viré tous les musiciens de son groupe, au début de l’été dernier. Depuis, il prépare l’enregistrement d’un deuxième album. Seul ? En compagnie de nouveaux musiciens ? On n’en sait strictement rien. Il a décidé de nous réserver la surprise. Issu du premier elpee (« The runaway found »), le contagieux « The tide that left and never came back » est paru début juin sous la forme d’un single et d’un 7”. Dans le premier cas, la flipside nous propose « The lydiard bell », une composition fragile et mélancolique tramée sur les accords d’un piano. Pour le 7”, on a droit à « The house she lived in », une plage fort intéressante. Hypnotique, aride, manifestement hantée par l’esprit du Velvet Underground, elle s’écarte totalement de l’univers balisé habituellement par les Veils…

The Verve

This is music : The singles 92-98

Écrit par
Au fil du temps, de plus en plus de formations contemporaines branchées sur la musique dite psychédélique se réclament de The Verve. Les Warlocks, The Music, les Vines et Black Rebel Motorcycle Club figurent parmi les plus notoires. Si vous n’avez jamais entendu que le hit planétaire “Bittersweet symphony”, voire le tubesque « The drugs don’t work », vous ne devez certainement penser que je vous raconte des salades. Et l’album « Urban hyms » qui recèle ces deux fragments ne fera qu’accentuer votre défiance. En fait, vous devez absolument avoir écouté « A storm in heaven » ou/et « A nothern soul » pour en comprendre la raison. Deux elpees devenus depuis incontournables. Maintenant, il est exact que pour concocter une telle solution sonore, The Verve était lui-même influencé par le Floyd circa Syd Barrett et par My Bloddy Valentine. Chez la formation issue de la région de Manchester (NDR : de Wigan, très exactement), cette période de créativité intense procédait de la collaboration entre deux personnages dotés de caractères versatiles. Richard Ashcroft, tout d’abord. Un chanteur au timbre exceptionnel, ample, éthéré. Nick McCabe, ensuite. Un guitariste inventif et surtout terriblement efficace. Surnommé ‘Richard le fou’, le charismatique Ashcroft affichait une exubérance excessive, alors que le taciturne Nick préférait l’expérimentation la plus pure. Une situation qui va déboucher sur un conflit d’ego. Et le remplacement de Nick par Simon Tong. Avant que Richard ne se rende compte que l’absence de son rival lui est préjudiciable. Et le rappelle pour enregistrer « Urban Hymns ». Mais le charme est rompu ; et si ce troisième opus recèle de remarquables mélodies hymniques, il y manque ce grain de folie que McCabe n’a pas eu le loisir d’injecter. Ce qui explique la nouvelle séparation et le début de la carrière solo de Richard Ashcroft. Cette compile réunit donc les plus grands succès du groupe issus des trois elpees, différents Ep’s, quelques flip sides et deux inédits (NDR : loin d’être indispensables, je vous l’avoue). Bref, si vous possédez toute la discographie de la formation, ce disque n’a guère d’utilité pour vous. A contrario, si vous souhaitez découvrir The Verve, cet opus (NDR : nonobstant son désordre chronologique) vous donnera une idée plus ou moins correcte de l’histoire d’une légende éphémère, mais qui est déjà parvenue à marquer l’histoire du rock et de la pop.

Vibrion

Vibrion

Écrit par
Quatuor marseillais, Vibrion propose une musique calme et agréable, aux influences électro/rock (guitare, basse, samples). Malheureusement accompagnée de slams assez prétentieux, elle finit rapidement par agacer. L’occasion de souligner ici encore une fois la difficulté qu’il y a à produire de bonnes paroles en français. Un texte moyen en anglais ça passe…En français par contre, cela ne pardonne pas. Dommage…

Vibronics

Dublifment

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En guise de troisième opus, ce collectif anglais nous propose du dub digital. Bien mixé par le leader Steve Vibronics, cet album est une bonne surprise. Les basses et les beats semblent être électroniques tandis que tout le reste (cuivres, claviers) relèvent de l’instrumentation basique. Les morceaux subissent un traitement intensif d’effets multiples. En même temps les structures chantées et instrumentales restent plus ou moins intactes. Un bon point, puisque les chansons proposées ici sont généralement d’excellente facture et reposent sur de bonnes mélodies ; un élément capital qui manquait à l’album de Sly & Robbie, autre long format dub paru il y a peu… Synthèse parfaite entre tradition et modernité, « Dublifment » nécessite peu de littérature ; sachez simplement que si vous appréciez les travaux de Jah Shaka, vous devriez aimer cette plaque...

The Vines

Winning days

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En 2002, cette formation australienne avait frappé très fort lors de la sortie de son premier opus, « Highly evolved ». Un disque dont les chansons féroces, juvéniles, jubilatoires, parvenaient à emballer toute l'histoire du rock en quarante minutes : de la pop sixties aux métalleux d'aujourd'hui, sans jamais se casser les dents. Toujours produit par Rob Schnapf (NDR : mieux connu pour avoir mis en forme « Mellow gold » de Beck), « Winning Days » a mis davantage de pop dans son Vines ( ? ! ? ! ?). A cause des harmonies vocales, tout d’abord. Limpides, angéliques, ensoleillées, on les croirait presque empruntées, tantôt aux Beach Boys, tantôt aux Byrds. Et puis du sens mélodique capable de flirter avec la britpop. Et je pense tout particulièrement à « Rainfall » découpé dans les cordes de guitare bringuebalantes (Bluetones ?). A « Sun child » qui épouse un format électrique proche des débuts de Travis. Et puis au contagieux « She’s got something to say to me », dont l’emphase lorgne du côté d’Oasis. De psychédélisme également. Un psychédélisme visionnaire, aventureux qui ose une rencontre avec le punk gothique sur l’étonnant « Evil town ». On a parfois l’impression d’y vivre une rencontre entre le Floyd et Bauhaus. Même la voix de Craig Nicholls y épouse les inflexions de Peter Murphy. Une voix, tour à tour gémissante ou écorchée, hantée par le fantôme de Kurt Cobain sur le single furieux « Ride » et le ‘stoogien’ (guitare fiévreuse, tempo tribal, basse énigmatique) « Animal machine ». Un grunge qui prend, nonobstant son groove profond, des accents hymniques lors du final « F.T.W. ». En jouant la carte de l’éclectisme, les Vines vont fatalement s’adresser à un public plus large ; mais en même temps risquent fort de déplaire aux fans de la première heure. Ceux qui voyaient en eux l’esprit anarchique et à l’exubérance rock’n roll de rebelles …

Vini & The Demons

Vini and the demons

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Vini et ses Démons sont issus de Gainesville, en Floride. Ils y ont d’ailleurs accordé leur premier concert, en 1999. Hiver 2001, ils ont décidé d’émigrer à Chicago, la cité de leurs références. Cette formation compte parmi ses inconditionnels Ros, la fille de Muddy Waters, et Bo Diddley en personne. Chaque mardi soir, ils se produisent au Reservation Blues, le club d'Eddie Clearwater. Particulièrement fougueux, cet ensemble injecte beaucoup d'énergie dans son blues. Les Demons me rappellent les premiers groupes nés au cours de la vague du ‘british blues boom’ ; et en particulier les Yardbirds. Ils aimeraient, en toute modestie ( ? ! ? ! ?), faire revivre le fantôme de celui qui vendait son âme au diable : Robert Johnson. Ce qui explique sans doute pourquoi le groupe a choisi le patronyme des Demons. Ce quatuor est donc drivé par Vini. Cloué dans son fauteuil roulant, il se réserve le chant et la guitare. Il est épaulé par l’harmoniciste Skibo, le bassiste Tom Miller et le drummer Evil Evan. Nonobstant les remerciements qu’ils adressent à une multitude de personnages - notamment à Billy Branch, Eddie Clearwater, Bo Diddley, Vance Kelly et au regretté harmoniciste anglais, Duster Bennett -, les Demons écrivent l’essentiel de leur répertoire.
 
Ils ouvrent d’ailleurs l’elpee par une de leurs compos : le bien nommé "Possession blues". Le son est très Chicago Southside (NDR : si vous voyez ce que je veux dire). La voix de Vini possède des intonations fort proches de Keith Relf (NDR : pour gouverne, il était le chanteur des Yardbirds). Skibo souffle à la manière de Little Walter ou Junior Wells derrière Muddy Waters. La guitare est largement amplifiée. Elle véhicule des vibrations blues rock. Les compositions personnelles sont largement inspirées par le blues urbain des 50s. Et je pense tout particulièrement à "I don't want you", "You go your way" et "Please shake your ass for me". Des fragments qui libèrent une fameuse dose d’énergie et de fraîcheur. Mais les Demons comprennent le sens profond du blues. Ils sont capables d’y injecter toute leur sensibilité, particulièrement lorsqu’ils ralentissent le tempo. Et la cover du "Ive got to be with you tonight" de Slim Harpo explique parfaitement leur admiration pour Duster Bennett. Ce voyage au cœur des swamps leur sied vraiment bien. Ils tempèrent davantage le rythme pour attaquer "Beautiful poison". L’accompagnement est moins étoffé ; la couverture plus roots. L’excellente adaptation du "Sick bed blues" de Skip James baigne au sein d’une atmosphère plus tendue. Seuls le martèlement répétitif d'Evil Evan et la basse lugubre de Tom donnent la réplique à la voix. Après un début très dynamique, les Demons semblent avoir définitivement opté pour le tempo lent. Hommage à la regrettée fille de Willy Dixon, Shili Marie, la reprise bien réussie du "Sittin' on top of the world" de Howlin' Wolf en est la quatrième démonstration consécutive. Vini est à la slide et le Japonais Sumito Ariyoshi siège derrière le piano. Vini s'est armé d'un bottleneck au doigt. Le glissement métallique se détache du décor sonore. Une grande tristesse suinte de tous les instruments et l'atmosphère devient terriblement lourde sur "I don't want to go to heaven". L'effet dramatique rend le cri du vocaliste plaintif ; et lorsque les cordes se libèrent enfin, des flots de notes presque contenues tentent de s'échapper. L'effet est étonnant ! Les Demons ne s'en remettront pas. Le rythme ne reviendra plus. L’opus s’achève par le minimaliste "Blues for the android", un fragment très bien ciselé au cours duquel la guitare ne produit que les notes nécessaires. Mais des notes saisissantes. Et d’une certaine manière, c'est bien l'adjectif qui qualifie le mieux cette musique très personnelle : saisissante.

Viva L’American Death Ray Music

A new commotion, a different tension

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Nicholas Ray forme en 1998 un quintet au doux nom d’American Death Ray. Juste le temps pour la bande de Memphis de sortir deux albums salués par la critique que Mr Ray décide d’échanger deux musicos contre deux noms : Viva l’American Death Ray Music est maintenant un trio. Qui, à l’occasion de ce « A New Commotion, A Different Tension », resserre quelques boulons. Car à l’évidence Mr Ray s’est longtemps baigné dans les eaux du Velvet Underground (courant « White Light/White Heat ») et, entre autres cascades new wave US, de Television. Les 10 chansons balancées ici reposent bien sûr sur la répétition métronomique d’un gimmick rythmique simple et groovy (les incontournables « Blue Cars » et « New Commotion »), où les riffs secs de Mr Ray délivrent une énergie purement rock’n’roll (les indispensables « The New Age », « Oh! Libertine » ou « Any Given Hour »). Le tout servi par une production brute, comme aux glorieux temps de Pussy Galore. Bref, un pur moment de jouissance électrique issu de la mythique Memphis, loin des artifices friqués de la déferlante New York. The Strokes est mort ! Viva l’American Death Ray Music !