Light Asylum lève le voile sur un nouvel album

Peu de groupes peuvent se targuer d'avoir le statut de 'groupe culte', mais c'est clairement le cas pour Light Asylum. Emmené par la voix énigmatique de Sharon Funchess, le projet basé à Portland, dans l'Oregon, a secoué le petit monde de la musique…

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Aidan Moffat (Arab Strap) en featuring sur le nouveau single de ĠENN

ĠENN dévoile aujourd'hui « Jaguar Sun », un nouveau single en collaboration avec Aidan Moffat d’Arab Strap. Le titre sort au format digital ainsi qu'en 12’’ sur le label Rock Action Records, fondé par Mogwai, et accompagne l’annonce d’une tournée européenne…

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PJ Harvey

To bring you my love

"To bring you my love" constitue le troisième album de PJ Harvey. Et nous devons avouer que sa première écoute ne nous a pas particulièrement enthousiasmés. Il est vrai que tout le tam-tam, qui se trame (!) autour de cet événement depuis sa sortie, était plutôt de nature à nous rendre prudents. Pourtant, si nous nous étions bornés à refléter cette première impression, nous aurions commis une grave erreur. Car cet opus est tout à fait remarquable. Mais s'aborde comme une œuvre de Nick Cave. Pas de PJ Harvey. Le guitariste des Bad Seeds, Mick Harvey, est d'ailleurs de la partie. Tout comme celui de Tom Waits, Joe Gore. Un disque âpre, tordu, mais inexorablement envoûtant. La voix de Polly Harvey est désespérément fascinante, sauvagement menaçante, suspendue à une texture blues mélodramatique, qui s'enlise entre la perfection et le putride. Le clavier lancinant, insidieux. Les guitares mornes, fiévreuses. Les compositions fantastiquement dérangées. Un must!

 

Juliana Hatfield

Only everything

En 1995, Juliana gravait son premier album solo. Une œuvre climatique, sauvage, adolescente dont la force instinctive oscillait imprévisiblement du plus tendre au plus fanatique. Pour enregistrer son deuxième opus, Juliana Hatfield a décidé de muscler son expression. Et puis en même temps de ne plus épancher aussi naturellement ses émotions les plus secrètes. Adieu donc l'autobiographie. Mais en même temps adieu à cette forme de spontanéité lyrique qui nous avait autant enchantés autant qu'intrigués. "Only everything" fait la part belle aux mélodies pop contagieuses, lyriques, torturées par les cordes de guitares acérées, excitantes, grésillantes. Son noisecore n'a jamais été aussi proche de Veruca Salt. Ce qui peut sembler étonnant, lorsqu'on sait que Juliana fait aujourd'hui pratiquement cavalier seul. Coproduction, guitare, claviers, et même un tantinet de basse. C'est vrai que depuis la dissolution de son groupe Three, elle doit composer avec des musiciens de studio. Et pour la circonstance de John Freese (School of Fish, Paul Werterberg), Mike Levesque (Tribe, Scare) et Dean Fisher. Un disque finalement d'excellente facture, mais qui nous semble déjà un peu trop artificiellement dans l'air du temps.

 

Headswim

Flood

Curieux! Un ensemble britannique qui se met à patauger dans le grunge, alors qu'aujourd'hui toute sa genèse cherche à éviter les éclaboussures de sédiments seattlenesques. Headswim semble n'en avoir cure. Et n'hésite pas à se repaître de cette fange sonore. Pensez à Soundgarden, Pearl Jam et à Stone Temple Pilots. Même à Nirvana, auquel le chanteur emprunte régulièrement les inflexions vocales de feu Kurt Cobain. Et sous son aspect le plus métallique, "Flood" s'enlise dans le heavy metal d'Alice in Chains. Quatre ans trop tard!

 

Heather Nova

Live

"Oyster", premier album solo d'Heather Nova ne nous avait pas fait une très grosse impression. C'est vrai que le timbre vocal éthéré, vulnérable, à la croisée des chemins de Kristin Hersh, d'Harriett (Sundays) et de Joni Mitchell sert parfaitement les compositions romantiques, tourmentées, cousues à vif dans la mélodie par des cordes de guitare semi acoustique ou de violoncelle majestueux. Mais l'ensemble pêchait par ses excès stylistiques. Pourtant, Heather Nova est capable de dépasser les limites du simple exercice de style. D'atteindre une véritable intensité émotionnelle. Et notamment en ‘live’. Enregistré au Melkweg d'Amsterdam, cet opus en est la plus belle démonstration. Il n'y manque plus que l'image... de la très, très jolie Mrs Nova!

 

Heather Nova

Oyster

Ce qui frappe d'abord chez Heather Nova, c'est son timbre vocal. Ethéré, vulnérable, vertigineux même, à la croisée des chemins de Kristin Hersh, d'Harriett (Sundays) et de Joni Mitchell. "Oyster" constitue son troisième opus. Un disque aux compositions romantiques, tourmentées, cousues à vif dans la mélodie par des cordes de guitare semi acoustiques ou de violon majestueux; un album très agréable, mais qui laisse cependant une impression de déjà entendu...

Helium

The dirt of luck

Helium chercherait-il à ravaler la façade de la noisy? Probablement! Mais en utilisant toutes les variétés des caractéristiques originelles de ce style musical. Puisées à la fois chez Sonic Youth, Breeders, Pale Saints, Boo Radleys, My Bloody Valentine et même les Pixies. Bref une opération pas tellement facile, underground même, qui doit, en outre, tenir compte de la structure mélodique. Hésitant entre la pop la plus allègre (Stereolab?), le folk celtique et le blues aride (PJ Harvey?). Une seule constante, la voix claire, savoureuse de Mary Timony, matière grise d'Hélium, dont le timbre vocal navigue quelque part entre celui de Suzanne Vega et de Tanita Tikaram...

The Hoax

Sound like this

Découvert puis signé par Mike Vernon, The Hoax est passé du régime amateur au stade professionnel en un peu moins de douze mois. Mi 94, cet ensemble londonien s'est même vu décerner le titre de meilleur groupe britannique par le magazine Blueprint. Parce qu'il ne jure que par le blues. Parfois dynamisé par le rock ou traduit dans la langue du boogie, surtout lorsque Hugh Coltman exerce ses talents d'harmoniciste. Mais du blues célébré à la gloire de ses héros. En l'occurrence Albert Collins, Stevie Ray Vaughan, Albert King et les Fabulous Thunderbirds. Ce qui ne veut pas dire que Hoax fasse des concessions aux adaptations. Pas une seule. Rien que des originaux. Onze en tout, qui "Sound like this"...

 

H.P. Zinker

At the mountains of madness

Ce groupe autrichien est cité par Thurston Moore (Sonic Youth) et Evan Dando (Lemonheads) comme un de leurs groupes préférés. Une formation qui à l'origine se limitait à un duo et une boîte à rythmes. Le line up initial en est d'ailleurs rapidement revenu à une formule plus classique, et engagé un drummer, faute de débouché créatif. Aujourd'hui, H.P. Zinker semble avoir atteint la pleine mesure de son art. Expérimental par excellence, il agrège des styles aussi différents que le métal (Led Zepplin), le psychédélisme (13th Floor Elevators), le prog rock (King Crimson), le postcard (Felt), la no wave (Live Skull), le post grunge (Smashing Pumpkins), l'avant-garde (John Zorn) et le jazz (Ornette Coleman) ; le tout sous un format pop. Donc mélodique ; ce qui n'est pas pour nous déplaire. Néo progressif!

 

The Human League

Octopus

Sheffield. 1979. Martyn Ware, Ian Marsh, Adrian Wright et Phil Oakey commettent un album de musique électronique totalement révolutionnaire. "Reproduction". Post industrielle, inspirée par son propre environnement, parvenant à fusionner la rigidité synthétique et la mélodie enivrante, elle suscitait la transe dérisoirement robotique. Mais l'album est très mal accueilli par la presse insulaire. Aussi Marsh et Ware décident de voler de leurs propres ailes, épousant successivement les aventures de BEF et d'Heaven 17. Deux nouveaux électroniciens mais surtout deux choristes, Susan Sulley et Joanne Catherall comblent les places laissées vacantes. Sous ce nouveau line-up la formation enregistre "Travelogue", une œuvre qui ouvre toutes grandes les portes de la new-wave. Des portes qu'un John Foxx tentait bien de forcer depuis quelques temps. Mais sans succès... Un succès dont va profiter l'ensemble insulaire pendant cinq bonnes années. Multipliant les hits comme "The Lebanon", "Fascination" ou "Don't you want me", mais négligeant de se régénérer son inspiration. A un tel point que début des nineties, il tombe dans le ridicule avec le morceau de plastique "Romantics". Dans ces conditions, vous imaginez bien que le commun des mortels n'aurait plus osé parier un penny sur Human League. Et pourtant! Réduit au trio Oakey, Sulley, Catherall, il semble avoir retrouvé une seconde jeunesse. Nonobstant trois fragments insipides, sub Saint Etienne, "Octopus" nous a franchement étonnés. Le single "Tell me when" trotte certainement dans votre tête depuis quelques semaines. Mais des titres comme "Cruel Young Lover", réminiscent d'"Empire State Human" ou "House full of nothing" sont encore plus percutants. Et si "Never again" suinte de romantisme glacé, "John Cleese: is he funny" devrait faire le bonheur des animateurs de radio, en recherche perpétuelle d'indicatif. Pensez à "Love action". Oakey?(!) Une excellente surprise!

 

Idaho

This way out

Tout comme Red House Painters et American Music Club, Idaho appartient à la vague des nouveaux dépressifs qui secoue aujourd'hui les States ; et en particulier la Californie. Inutile de vous dire (!) que les thèmes abordés sur cet opus ne sont pas particulièrement joyeux. Vide existentialiste. Futilité de la vie. Inéluctabilité de la mort. Des thèmes qui alimentent un climat morose, austère, sombre. Mais cette expérience est purifiée par l'électricité des guitares. Qui filtre lentement, à travers la mélodie, telle une coulée de lave incandescente, crépitant de feedback. Et transcendée par le vocal angoissé, angoissant, ‘’eitzelien’ de Jeff, dont les bouffées languissantes, éplorées, libèrent une mélancolie grise. Excellent, à défaut d'être original!

The Inbreds

Kombinator

Le chanteur/bassiste Mike O'Neill et le drummer/percussionniste Dave Ulrich se sont associés en 1992 pour fonder Inbreds. Ils se partagent la composition; mais l'abordent d'une manière fort originale, à l'aide de leur instrumentation rythmique. Pas de guitare électrique, donc. Mais une multitude de pédales de distorsion. Parfois un zeste de piano, de xylophone ou de vibraphone dispensés par de très rares invités. Et puis, surtout une prolifération d'overdubs. Réalisés dans le studio personnel du duo. Situé dans leur Kingston natal, au Canada. Ce qui explique également la qualité des arrangements administrés aux quatorze fragments de ce "Kombinator". Des compositions minimalistes maximalisées, qui adoptent un langage lo-fi enseigné par Sebadoh, Built to Spill, Swell et autres Grifters...

 

Inspiral Carpets

The singles

Après sept années de bons et loyaux services, Inspiral Carpets vient d'être remercié par son écurie, Mute. Et pour consacrer cet événement, le label a décidé de sortir une compile exclusivement consacrée aux singles du quintet. L'avenir est donc plutôt instable pour cet ensemble qui a connu ses heures de gloire en 1990. En pleine explosion baggy. Au moment de la sortie de son premier elpee, "Life". Si la suite s'est révélée moins efficace, donc rentable, nul ne pourra jamais reprocher au combo mancunien d'avoir trahi son public. Leur discographie (quatre albums et une pluie de singles) en est la plus belle démonstration. Et puis la griffe de leur son, caractérisée par cet orgue farfisa (acheté pour une bouchée de pain sur une brocante) au son complètement pourri, mais tellement chaud. Revenons à ce morceau de plastique qui parvient à réunir l'intégrale des singles d'Inspiral Carpets. Depuis "Joe" à "Uniform", en passant par "Move", "This is now it feel", "Caravan", "Dragging me down", "Two worlds collide", "Saturn 5", "I want you", et bien d'autres... soit dix-neuf fragments!

Ivy

Realistic

Très chouette album pour ce trio américain dont la musique navigue à la croisée des chemins de la noisy insulaire (Pale Saints, My Bloody Valentine), du minimalisme glacé de Stereolab et de la pop sylvestre (Everything But The Girl). On se demande même comment un groupe aussi arty ne relève pas du label 4AD, alors qu'il bénéficie de la production de Kurt Ralske. On ressent d'ailleurs très fort la griffe du leader d'Ultra Vivid Scene sur les douze chansons croquantes, contagieuses, subtiles, tendres et insidieusement vivifiantes de ce "Realistic". Les harmonies vocales sont limpides, satinées, les cordes de guitare le plus souvent semi-acoustiques, plaquées, parfois aquatiques, mais également caustiques et savoureusement crépitantes lorsque les mélodies s'enveniment. Des coups de cœur? "15 seconds", "Point of view", "In the shadows" et puis un single en puissance, "Don't believe a word". Superbe!

 

The Verve

A northern soul

En 1993, Verve commettait un superbe opus, "A Storm in Heaven", un disque que la plupart d'entre vous ont sans doute snobé par manque d'audace ou tout simplement par paresse. C'est vrai que la musique de ce quatuor est intemporelle, atmosphérique, difficile même parfois, mais tellement vivifiante et surtout exaltante. Reflétant l'état d'esprit d'un chanteur/compositeur illuminé et fascinant, Richard Ashcroft. Depuis, le groupe a dû adapter son patronyme en The Verve, suite à une action judiciaire menée par un label yankee frustré. Commis une compile de singles. Passée totalement inaperçue, faute de promo, il faut le souligner. Enfin, s'est décidé à faire appel à Owen Morris, ingénieur du son chez Oasis, pour coproduire son nouvel opus. Et, il faut reconnaître que la formation galloise vient de frapper fort. Très fort même. Etablissant subconsciemment un pont naturel entre Oasis et les prémisses des Stones Roses. Rien que le titre maître, qui exhume les fantômes des Stooges, Doors et autres Thee Hypnotics originels, mérite un prix d'excellence. Et le reste ne manque pas de surprises. Comme cet "History" enrichi d'orchestrations symphoniques opérées dans le célèbre studio Abbey Road. Ou encore "A new decade" et "This is music" aussi stupéfiants qu'imprévisibles. Douze expérimentations stimulantes où violence, douleur, exaltation, sexualité, dépression, romance, mort et mysticisme alimentent un paysage sonore vertigineux, kaléidoscopique. Calme un instant, tumultueux le suivant, il s'évapore dans l'éther stratosphérique avant d'atteindre les rêves célestes de la "Northern soul"...

 

Townes Van Zandt

Je n’ai jamais cherché à être reconnu…

Townes Van Zandt est un mec dégingandé. Filiforme, les traits burinés par une cinquantaine d'années consacrées principalement au cafard, à la guitare et au whiskar... Le genre de type qui au lieu de gérer sa carrière en pro, a toujours préféré se tailler pour vivre des mois en ermite à cheval dans les montagnes. Difficile de devenir Garth Brooks dans ces conditions... Un peu malgré lui, le Texan est à présent reconnu, par ses pairs surtout, comme un des country-bluesmen ricains les plus importants de la 2ème moitié du siècle. Mais cette reconnaissance, un peu tardive, Townes s'en tape un peu, se réfugiant sans cesse derrière une modestie et une humilité qui sont tout sauf feintes.

Où en est ton projet de réenregistrer 62 anciens morceaux destinés à faire le point sur ta carrière ?

En fait, ce n'était pas mon idée, mais puisqu'on me l'a proposé, j'étais partant. D'ordinaire, je ne suis pas quelqu'un qui se penche volontiers sur son passé. En principe, le projet est en cours de finition. C'est en boîte. Il ne faut plus y apporter que quelques aménagements, faire le mix final et régler tous les détails de manufacture… J'ai travaillé selon trois formules différentes, avec un groupe d'Austin, un de Nashville et un mexicain. Ma préoccupation principale était de payer tout ce monde. J'y tenais absolument, mais les chèques de la compagnie de disques se faisaient parfois attendre. Maintenant, ils ont investi suffisamment d'argent pour ne plus faire marche arrière! J'ai quand même le sentiment que si ça traîne, c'est que ma firme de disques espère attendre ma mort pour sortir ce coffret ! (rires) Je ne sais pas s'ils font un bon calcul A leur place, je préférerais négocier avec un type comme moi, plutôt qu'avec ma future veuve... Jeanene est mon éditeur et elle est autrement plus forte en affaires que moi! En principe, ce sera un coffret de 3 Cd, uniquement composé d'anciennes chansons réenregistrées pour l'occasion, mais en utilisant les moyens actuels. Je garde les nouvelles compos pour d'autres projets.

La douche et la sieste

Quel genre de vie mènes-tu en 95?

Je suis tout le temps sur la route. C’est une vie où la douche et la sieste revêtent une importance aussi capitale que le concert du soir. Elle est dangereuse aussi. Quand on voyage tout le temps, on est forcément plus exposé aux accidents. Cependant, j'aime ce mode d’existence. Il me maintient en forme et m'aide à garder la santé. Bien sûr, je fume et je bois de la vodka…  mais ma femme et mon fils Will détestent me voir saoul!

Tu vis où?

A une cinquantaine de kilomètres de Nashville. Mon épouse et moi vivons dans 2 maisons différentes... Chaque fois que je rentre à la maison, après une tournée, j’ai toujours besoin d’un délai, d’un temps d'adaptation pour réaliser que je suis rentré chez moi. Au début, j'arrive difficilement à faire autre chose que regarder la télé!

Tu appartiens à cette catégorie de songwriters qui sont, au fil du temps, devenus des références et dont les chansons sont fréquemment reprises, même par les plus grands. Si tu devais en choisir une ?

C'est bien simple, je les aime toutes, sans exception. Même quand c'est un gosse de 5 ans ou quelqu'un qui n'arrive pas à reproduire les accords. Peu importe, c'est formidable! C'est un grand honneur pour moi. Je n'accorde aucune importance à la valeur de la reprise, il n'y a aucune qualité requise. Bien sûr, je sais que mes enfants (1) sont fiers d'entendre des stars comme Bob Dylan ou Willie Nelson interpréter les chansons de leur papa, mais pour moi, elles n'ont pas plus d'importance.

Tu es une référence, mais tu n'as jamais eu une grande popularité. Au départ, pourtant tu devais quand même rechercher une sorte de reconnaissance de la part du public, non?

Je ne crois pas. Je n'ai jamais cherché à être reconnu, ni par les connaisseurs, ni par le grand public. Au départ, je vivais des concerts au jour le jour, dans les arrière-salles de café où on me payait quelques dollars. Je ne rêvais à rien d'autre, mon optique était proche de celle de Woody Guthrie.

Composer une chanson, quelle serait ta définition?

Composer une chanson est à la portée de tout le monde, d'un électricien ou d'un garagiste. Mais ceux-là en général laissent passer l'idée, ne la figent pas. Je crois que les chansons nous traversent tous, et que le songwriter est celui qui est conscient qu'il doit noter ce qui lui traverse l'esprit. Tout est une question de moment.

Avec Sonic Youth

Les Cowboy Junkies t'ont invité sur scène. Je suppose dès lors que "Cowboy Junkies Lament", une des chansons de ton dernier Cd, leur est dédiée, non?

Eh oui, elle cause du groupe canadien. J'étais en tournée avec eux. J'ai écrit cette chanson au fond d'un car. C'était la toute première fois que je dédiais ainsi une chanson à quelqu'un. Ne me demande pas pourquoi, je l'ignore moi-même.

Comment vois-tu ta carrière évoluer maintenant? Tu as des souhaits?

Je voudrais m'éloigner un peu de Nashville, enregistrer ailleurs. C'était déjà le cas pour le dernier disque que j'ai réalisé en Irlande, en faisant auparavant un crochet par Seattle. Tu sais que le grunge m'intéresse beaucoup? Normalement pour mon prochain album, je devrais me faire accompagner par un grunge band.

Ah oui, lequel?

Il est peut-être un peu tôt pour le dire, mais il se pourrait bien que ce soit Sonic Youth. Ils me connaissent, je crois qu'ils m'apprécient. Bien sûr, rien n'est encore confirmé, mais apparemment ils en auraient envie.

Tu dis qu'ils te connaissent ; mais toi, tu les connais?

Pas fort bien, je dois avouer. Tu sais, je reçois des tonnes de K7 et de Cd. A commencer par les groupes qui assurent mes premières parties. Je mets tout ça dans ma valise. Mais à la maison, je préfère mettre sur ma platine Lightnin' Hopkins ou Hank Williams. Je ne m'explique pas pourquoi j’aime mieux me farcir quelque chose que je connais déjà. C'est comme ça, c'est tout... En tout cas, il y en a un que je n'écoute jamais, c'est Townes Van Zandt!

(1) Townes a trois enfants John alias JT (26 ans), Will (11 ans) et Katie Belle la petite dernière qui n'a que 4 ans.

(Article paru dans le n° 39 du magazine Mofo de décembre 95/janvier 96)

Hunters & Collectors

Demon Flower

Au début des eighties, cet ensemble australien nous avait livré deux elpees absolument remarquables, deux œuvres sculptées dans le funk blanc épileptique, cuivré et torturé. Le groupe va alors curieusement rencontrer les pires difficultés pour bénéficier d'une distribution décente. Et c'est au moment où le spectre de la séparation s'est manifesté que le groupe a décroché un contrat chez Atlantic. Mais pour n'accoucher que d'un album aussi insipide qu'inutile. En changeant à nouveau de label, le groupe kangourou vient surtout de changer de fusil d'épaule. "Demon Flower" devrait en tous cas réhabiliter le groupe dans le cœur de ses admirateurs. Il renoue enfin avec ses structures riches, déconcertantes, envoûtantes; ses climats étranges, inquiétants, rencontrés sur "H &C" et "The Human's Curse". Mais en plus, il parvient à jeter des ponts entre le garage (Neil Young), le métal (Hendrix) et même le jazz. Une excellente surprise !

 

Red Hot Chili Peppers

One Hot Minute

Impossible d'aborder un album de Red Hot Chili Peppers sans le poser sur son dénominateur commun : le funk blanc. "One hot minute" ne déroge pas à la bonne règle. Et il est indispensable de replacer notre analyse dans ce contexte pour vous faire une idée plus ou moins exacte du contenu de ce morceau de plastique. Treize titres. Pimentés, sulfureux, vivifiants. Depuis les classiques "Shallow be thy game", "Coffee shop" (bien que glamourisé), "Deep kick" (au parfum "Frusciante"), "Warped" (à la Verve atmosphérique mais au tempo impitoyable), "One big mob" (au débit verbal échevelé), jusqu'à l'opulence électrique du titre maître, en passant par les inévitables ballades "My friends" et "Tearjerker", réminiscentes d' "Under the bridge", un "Walkabout" plus MC 900 Ft Jesus que nature, le minimaliste, circonscrit à la basse et au chant, "Plea", "Transcending" au mid tempo spectral, sans oublier le single "Aeroplane". Futur hit en puissance, enrichi de chœurs d'enfants, à la manière du mémorable "Circus game", commis par les Skids en 1980... Un must!

 

Morphine

Yes

Morphine est au jazz moderne ce que Birthday Party était au post punk. Austère, couvant, hanté, il semble vouloir exister au sein d'un vide artistique où seules texture et émotion importent. Coproduit, suivant la bonne habitude, par Mark Sandman et Paul Q Kolderie (Hole, Radiohead, Dinosaur Jr), le troisième opus de ce trio bostonien continue de vagabonder dans une atmosphère sordide, nocturne, somnambulique. Basse à deux cordes, slide tendue, saxophone baryton débauché, fiévreux, drums minimalistes, jazzifiants, souples, murmure vocal réminiscent d'Orson Welles, entretiennent ce funk névrotique, intoxiqué de lyrics sombres, à l'humour mordant, mais terriblement fascinant...

 

Steve Jansen & Richard Barbieri

Stone to flesh

Quatrième projet issu de la collaboration entre l'ex-drummer et l'ex-claviériste du défunt et mythique Japan. Un duo cependant renforcé par le concours de Steven Wilson (Porcupine Tree, No Man) à la guitare et plus épisodiquement par Max Feltham (Talk Talk, Orang). Une équipe complétée par un certain Colin Edwin à la basse ainsi que par le manipulateur de bandes David Torn, mais pour un seul titre, "Swim there". Ce "Stone to flesh" nous entraîne dans un périple à travers l'ambient (Ryuichi Sakamoto), la muzak (Brian Eno) et le krautrock (Neu, Can). Balayées de rythmes fragiles, décolorés, les lignes mélodiques se faufilent à l'intérieur et à l'extérieur de la structure musicale luxuriante, progressive, tissant une véritable toile d'araignée d'émotions sophistiquées. Un seul regret, l'absence d'un vocaliste de la trempe de David Sylvian. Même si Steve se réserve quelques interventions vocales, dans un style fort proche de son frangin, sans toutefois parvenir à reproduire toute la gamme des inflexions...

 

Jarboe

Sacrificial Cake

Jarboe est la compagne de Michaël Gira, avec lequel elle partage le leadership de Swans et de Skin. Ce qui ne l'empêche pas de s'aventurer individuellement sur des territoires sonores inexplorés. A l'instar de Michaël, auteur tout récemment de "Drainland". Cependant, l'univers de Jarboe s'est toujours révélé plus expérimental. Aussi sombre, mais plus atmosphérique. Sur ce "Sacrificial Cake", certaines compositions flirtent avec l'ambient. Pensez un peu à la rencontre de Brian Eno et de Robert Fripp lorsqu'ils ont commis leurs "Frippertronics". D'autres adoptent un profil plus solennel, grave, dans l'esprit d'un Dead Can Dance ; la voix blême, ‘chuchotante’, sinusoïdale de Jarboe épousant même certaines inflexions de Lisa Gerrard. Hypnotiques, sinistres, répétitives, elles lorgnent vers le monde minimaliste de Laurie Anderson. Pop, cuivrées, le new mersey sound de Teardrop Explodes ("Deflowered"). Hallucinées, elles préparent un véritable exorcisme. Les 8'45 de "Troll" auraient ainsi tout aussi bien pu naître de la collaboration entre Brian Eno (encore!) et David Byrne, voire être retenue pour sonoriser certaines scènes de l'"Exorciste". Reste "My buried child", probablement la chanson la plus abordable, issue du répertoire de Swans. Dans un phrasé semi-acoustique, puissamment électrifié...

 

Jason Rawhead

Dehumanized

Evidemment, vu le titre, difficile d'imaginer une petite parcelle de subtilité dans la démarche du trio noir jaune rouge. Et la production de Scots Burns (Sepultura, Napalm Death, Obituary) nous met immédiatement au parfum. Métallique dans sa crudité la plus implacable, la plus malsaine. Des cordes de guitare sursaturées, criardes, sulfureuses. Un profil de basse radioactif, indigeste. Des drums implacables, mécaniques, ‘posttchernobylesques’. Un vocal pétrifiant, vociférant. Pas tellement notre tasse thé! Encore que des goûts et des couleurs...