Le rire de Will Paquin

Will Paquin sortira son premier elpee, « Hahaha », ce 12 septembre. Orienté guitare, psychédélique et garage-rock, il est décrit comme un chaos créatif à haute tension et imprégné d'humour, un élément souvent oublié dans le rock. En attendant, il a partagé…

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Ozark Henry connaît la musique Parker…

C'est vrai, l'attente a été terriblement longue ! « Us », son dernier album studio, date de 2017. Dans le monde éphémère de la musique pop, où les stars vont et viennent, c'est une éternité ! Mais il faut parfois savoir être patient, et en livrant « Light »,…

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The Verve

A storm in heaven

En 1993, Verve bénéficie d’une une campagne de presse qui frôle l’indécence. Dans le style réservé à Suede. Etonnant d’ailleurs pour deux groupes qui alors n’ont toujours pas enregistré le moindre album. D’ailleurs le premier elpee de Suede était largement perfectible, pour ne pas dire bâclé, même si à l’époque on ne contestait pas la valeur du groupe promis à un bel avenir. Bref, quoi de plus normal alors d’être méfiant vis-à-vis de Verve. « A storm in heaven » allait-il déclencher une tempête dans un verre d’eau ? On a rapidement été rassuré. Et pourtant, le disque ne recèle aucun titre susceptible d’enflammer instantanément, mais sa maturité et son équilibre sont alors étonnants pour une aussi jeune formation.

Produite par John Leckie, cette œuvre nous invite à traverser des climats vertigineux, extatiques, puis des turbulences tempétueuses, dramatiques, avant de revenir contempler des horizons paisibles, fragiles, propices aux rêves les plus impressionnistes. Les guitares sont tantôt sensuelles, ondoyantes, menaçantes ou fluides, épisodiquement, un sax ou une flûte accentue le côté planant des mélodies. Et puis la voix dédaigneuse de Richard Ashcroft se fond dans l’ensemble avec une telle séduction et un tel souci du détail, qu’elle en devient bouleversante…

Def Leppard

Un Def Leppard très ‘rétro’

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Certaines formations sont victimes d’une foule de préjugés. Def Leppard est du nombre, lui qu'on taxe généralement de groupe qui avance au train de sénateur (à juste titre d'ailleurs, même si la bande à Joey Elliot a quelquefois des circonstances atténuantes dramatiques à faire valoir). C'est vrai: le ‘Léopard Sourd’ est lent à la détente ; surtout lorsqu'il est question de proposer un nouvel album. Son délai habituel tourne autour des quatre ans, ce qui encore une fois, est plutôt long (indépendamment des circonstances : l'accident de Rick Allen, le décès de Steve Clarke ont été deux gros problèmes difficiles à surmonter). Les explications du groupe tournent autour d'un leitmotiv: ‘Def Leppard souhaite ne proposer que des albums parfaits, tout doit être impeccable’. Sous-entendu : on ne réalise pas ce genre de plan en dix jours de studio... Mais il faudra peut-être, à l'avenir, revenir sur ces idées préconçues : quelque chose semble avoir changé dans le fonctionnement du groupe, désormais. Il vient de sortir un Cd ("Retro Active"), sorte de collection d'inédits, de reprises et de raretés. Et la conception de ce disque semble avoir donné au groupe l'envie de modifier ses batteries. Phil Collen s’explique…

"Retro Active" est un projet spécial que nous avons voulu concrétiser au cours de notre dernière tournée. En fouillant dans notre passé, nous nous sommes rendus compte que nos tiroirs contenaient quelques fort bonnes compos qu'il était regrettable de ne pas exploiter. Certaines d'entre elles avaient été commencées mais pas terminées; d'autres avaient été utilisées mais pas vraiment mise en valeur. Nous nous sommes dit qu'il serait bon d'utiliser ce matériel et de réaliser, à l'aise, pour le fun mais sérieusement, un Cd qui le mettrait en exergue. Et, nous avons pris un pied monumental en concrétisant ce projet !

Contrairement aux albums précédents comme "Hysteria" ou "Adrenalize" (dont les différentes phases de réalisation ont souvent été pénibles), ici, on a pris ce projet très simplement, très spontanément, en jouant très sérieusement mais aussi en nous amusant beaucoup. Je dois bien reconnaître que nous n’avions pas souvent bossé, au sein d’un tel climat, dans le passé. Certaines parties de guitare ont été bouclées en une nuit, alors que celles d"'Hysteria" avait nécessité plus d’un an ! Sincèrement, "Retro Active" nous a apporté un bol d'air frais. Et laissera des traces. En tout cas, nous en avons au moins tiré quelque enseignement.

Après le break de quelques mois que nous nous autorisons actuellement (le premier depuis onze ans), nous nous plongerons dans la conception d'un nouveau Cd pour lequel nous comptons modifier nos habitudes! Nous prendrons le temps et la peine de composer nos nouvelles chansons jusqu'au bout. Lorsque nous rentrerons en studio, nous saurons exactement comment elles devront être arrangées, comment elles sonneront. Plus envie de perdre des mois à chipoter en studio. Il faudra que nous soyons fins prêts: plus question d'expérimenter, de tergiverser. Cela va nous aider et nous simplifier la tâche.

Doit-on s’attendre à du changement dans le fameux son Def Leppard ?

Je suis sûr que non! Le seul vrai changement, c’est qu’on risque d’être moins stressé et qu’il sera moins complexe, pour nous, d'enregistrer un nouvel album. Pour le reste, je ne vois pas pourquoi nous modifierions de A à Z un style qui est le reflet de nos personnalités.

Il y a sur "Retro Active", deux reprises (l'une du "Action" de Sweet et l'autre du "Only After Dark" signé feu Mick Ronson) et des titres un peu surprenants. Votre horizon musical en sortira-t-il, également, différent?

C'est possible, par contre. Nous avons abordé "Retro Active" en toute liberté, sans ressentir aucune limite. Par exemple, il y a quelques ballades sur ce Cd alors qu’habituellement, pour des raisons de business, nous nous limitions à une seule. Il est possible, et de toute façon souhaitable, que nous en retirions les enseignements aussi…

(Article paru dans le n° 18 de décembre 93 du magazine Mofo)

 

Crosby, Stills & Nash

After The Storm

Sans le concours de Neil Young, David Crosby, Steve Stills et Graham Nash n'ont gravé ensemble ou individuellement qu'un seul elpee accompli, le tout premier. Passons sous silence l'excellent "If I could only remember my name" de Crosby, puisque ce morceau de plastique résulte essentiellement de la rencontre entre l'élite des musiciens de la West Coast organisée fin des sixties, début des seventies à cet effet. Eponyme, la première expérience du trio constitue avec ses "Judy Blue Eyes: suite", "Marakesh Express", "Guinnevere" et "Woman Ships", un album incontournable de l'histoire du rock et de la pop. C'est d'ailleurs en 1969, au festival de Woodstock que CS&N se sont véritablement révélés en interprétant ces compositions. Flanqué de Neil, le groupe connaîtra pourtant encore des heures de gloire. Mais à l'issue de cette lune de miel, les événements vont se dégrader pour finalement atteindre quelques années plus tard, un seuil véritablement dramatique. Et pourtant, lors du vingt-cinquième anniversaire de Woodstock, Crosby, Stills & Nash nous avaient paru reprendre quelque peu du poil de la bête. Il nous a fallu cependant déchanter à l'écoute de cet "After The Storm". Les voix ont beau se conjuguer en harmonie, l'étincelle ne jaillit plus. Elle nous paraît même éteinte, pour l'éternité. Triste à pleurer !

 

The Creeps

Seriouslesness

Si les Creeps sont à la Suède ce que Soapstone est à la Belgique, il faut admettre que la formation scandinave jouit d'une toute autre expérience et d'un tout autre crédit. Fondé voici un peu plus d'une décennie, ce quatuor a pourtant dû attendre 1990 pour récolter le fruit de son obstination. Au cours de cette année il parvient à vendre plus de 200 000 exemplaires de son "Blue Tomato" rien que pour le marché suédois. Et dans la foulée décroche un ‘Award’ aux States pour le meilleur clip non américain... Sans quoi la musique possède les mêmes spécificités que le groupe gantois. Sorte de rhythm’n’blues teinté de psychédélisme, d'urban rock et de gospel qui macère constamment dans un bain de claviers rognés. Et comme le timbre vocal écorché, fiévreux de Robert Jelinek semble coincé quelque part entre celui de John Kay et de Steve Winwood, vous ne serez pas étonnés d'apprendre "Seriousness" que les Creeps puisent leur revivalisme chez Steppenwolf, Steve Miller Band et Traffic, poussant même le goût du pastiche jusqu'à intituler le titre d'une de leur composition, "Well ... Awright" (!) ...

 

Slowdive

Voler de ses propres ailes…

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Quand Slowdive, groupe anglais de Reading, est passé au VK, il y a près de deux ans, il avait surpris les trop rares spectateurs présents. On s’attendait à un set mou et ennuyeux, et on a eu droit à un véritable enchantement sans baisse de tension. Ne les ratez sous aucun prétexte lors de leur prochain passage (sans doute en novembre). Conversation recueillie auprès de la craquante Rachel Goswell (guitare et chant).

Je me souviens de ce concert à Bruxelles. J'étais vraiment très malade. J'ai vu la vidéo que quelqu'un avait filmée. C'était la dernière date de la petite tournée qu'on avait accomplie et j'avais attrapé un sérieux refroidissement. Je me sentais vraiment mal, ce soir-là. Dans les loges, il y avait des lits de camp, et en arrivant, avant de monter sur scène, je m'y suis évanouie. Et quand c'était l'heure de manger, je n'ai rien pu avaler. Après le concert, je suis retournée immédiatement me coucher sur ce lit de camp. On me demandait : ‘Ca va, Rachel?’ Et moi, j'étais là à gémir : ‘Oaahh! Je suis malaaade...’ C'est très ennuyeux parce que chaque fois qu'on part en tournée, je la termine très malade. C'est horrible.

Est-ce la raison pour laquelle, tu t’es assise sur le sol ?

(rires) J'avais tout-qui tournait. Je croyais que j'allais m'évanouir. Et on me disait : il faut jouer ce concert! On est allé aux Etats-Unis pour un mois, en mai, il y a un an. Le matin suivant le dernier concert, quand je me suis réveillée, j'avais perdu ma voix. Je ne pouvais plus parler. En rentrant en Angleterre, quelques jours plus tard, j'ai dû rester au lit pendant trois semaines. J’ignore la raison. On voyage dans un car où on dort aussi ; si quelqu'un chope un rhume, tout le monde est contaminé.

Sur votre nouvel album, les morceaux ressemblent plus à de chansons qu’à des pièces atmosphériques...

Il a fallu un an et demi pour enregistrer cet album. Le précédent, trois mois. Et on écrivait en même temps qu'on enregistrait. Cette fois, on a d'abord répété les chansons. Nos goûts musicaux ont changé, aussi. On est beaucoup plus satisfaits de cet album et du processus de confection. On compose déjà de nouveaux morceaux qui sont plus ‘ambient’, pour le prochain disque. Neil écoute des choses comme The Orb. Et on expérimente de nouvelles voies, à l’aide de synthés... Ca change tout le temps, en fait.

'The scene that celebrates itself’ (la scène qui s'autocélébre) est quasi disparue. C’est une bonne nouvelle pour vous, non?

Au moment où on a sorti notre premier album, il était facile de vendre pas mal de disques vu cette scène créée de toutes pièces par la presse anglaise. Nous, on bénéficiait de l'effet de ‘hype’, comme Chapterhouse, par exemple. C'est comme si maintenant, on volait enfin de nos propres ailes. On ne peut nous associer à personne d'autre, c'est bien mieux pour nous ; ce qui nous permet d’appréhender comment notre disque est reçu, selon ses propres qualités. Nous ne sommes plus à la mode, nous ne sommes pas Suede! Tout a changé et on préfère cette situation. C'est d'ailleurs ce qu'on a toujours voulu : mais on ne peut pas faire grand-chose contre un intérêt outrancier de la presse.

Une autre étiquette qui vous colle à la peau, c'est une image de groupe triste ?

Les gens s'attendent à ce que nous soyons très sérieux. Ils nous imaginent l'air malheureux en concert. C'est très amusant car lors des interviews, on nous pose toujours des questions très sérieuses. Et quand les gens nous rencontrent, ils nous avouent : ‘C'est dingue, vous ne ressemblez pas à ce qu'on attendait de vous.’ Nous sommes des gens heureux, mais quand on joue ensemble, c'est cette musique-là qui sort. Je ne sais pas pourquoi.

Enfant, tu étais plutôt triste ou joviale ?

J'étais vraiment heureuse. J'ai vécu au Pays de Galles jusqu'à mes 7 ans. Ma mère est infirmière et mon père, à ce moment-là, était ingénieur. C’est à cette époque qu’on a déménagé pour Reading. Je m'en souviens parce que j'aimais bien vivre dans ces petits bungalows entourés de champs, au Pays de Galles : c'était magnifique. A Reading, la vie était difficile : j'avais un accent gallois à couper au couteau, et, quand je suis allée à l'école primaire, tout le monde se moquait de moi. Et pendant mes deux premières années, je me suis mise à haïr l'Angleterre. Mais je n'ai pas connu de traumatisme particulier, pas plus que la moyenne des enfants. J'ai vécu ma crise d'adolescence à 16 ans. Elle ne s'est pas très bien passée. A cause de mon père. J'ai quitté la maison et il n'y a plus eu de problèmes.

Tu ne fais pas beaucoup d'efforts pour entretenir la légende de tristesse de Slowdive?

(rires) Je pense que le vécu de Neil (chant, guitares et composition) a été plus difficile. Son père l'a foutu dehors. Avant qu'on soit signés, Neil fréquentait le collège mais il était censé aller à l'université pour étudier la littérature anglaise. Il a décidé d'arrêter un an pour se consacrer au groupe et son père l'a mis à la porte. Il s’est tapé des petits boulots de nuit pour payer son loyer. Le jour, il allait au collège. Il a peut-être été plus traumatisé que nous...

Les gens attendent que vous ressembliez à vos disques...

Cette réflexion me rappelle une anecdote amusante : lors de nos premières tournées, en Angleterre, les spectateurs interpelaient notre ingénieur du son quand on était sur scène pour demander si on utilisait une bande! Ils ne comprennent pas comment on tire de telles sonorités de nos guitares. A cause de nos disques, ils étaient persuadés qu'on devait mimer les chansons, en concert...

Vous avez dit que la population de Reading vous acceptait mal. La situation s’est améliorée aujourd'hui?

Oui, on est beaucoup mieux intégrés qu'avant. Beaucoup de gens étaient agressifs uniquement parce qu'on était signés par une maison de disques. Les autres groupes étaient jaloux. ‘Vous êtes vraiment nuls. C'est nous qui aurions dû être signés. Nous sommes bien meilleurs.’ Ils venaient nous apostropher quand ils lisaient une mauvaise critique à notre sujet. Par contre, quand elles étaient bonnes, c’était le silence radio. Jusqu'alors, quand on jouait à Reading, l'ambiance était assez glaciale, le public semblait dire ‘Allez, impressionnez-nous!’

(Article paru dans le n°17 du magazine Mofo de novembre 1993)

 

Iggy Pop

Reformer les Stooges ? C’est bon pour les publicitaires

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A lui seul, Iggy Pop incarne plus de vingt ans de rock'n'roll. Ses folies, ses excès, et aussi sa générosité sans faille constituent le fonds de commerce de son job numéro un : performer / songwriter!

Inutile de reprendre la liste des superlatifs existants ou de se plonger dans les encyclopédies, pas la peine de rédiger une bio-express qui mentionnerait son aventure chez les Stooges, le soutien de David Bowie, ses participations au cinéma et la confection d’une quinzaine d'albums : Iggy reste un cas à part dans le music-business. Et pourtant, il nous a accordé une interview après son concert, au festival Pukkelpop...

Que penses-tu de ta prestation, ce soir?

Je me suis vraiment bien marré. En plus, j'étais vachement excité : vingt minutes avant de monter sur scène, je ne savais même pas que mon album était déjà sorti ici! C’est un type qui est venu me dire qu’il avait aimé mon album. J'étais plutôt surpris et je n'ai pu que lui demander où il avait pu l’entendre…

A propos de concert, depuis une dizaine d'années, tu n'interprètes plus de compos issues de "Soldier", "The Party" ou même de "Zombie Birdhouse". Tu ne les aimes plus ou quoi?

Non, pas du tout (sourire embarrassé). Je vais y réfléchir pour la prochaine fois, promis.

Ton nouvel album s'intitule "American Caesar". Si tu es César, qui est Brutus? Et Cléopâtre?

(Rires) Yeah, j'y ai tout de suite pensé! Je rencontre des tas de Cléopâtre dans ce job. Presque chaque nuit... Elles viennent se balader dans ma loge (NDR : il mime une pétasse légèrement en rut). Et pour Brutus... eh bien, il faut toujours se méfier.

Pour réaliser "Brick by Brick", tu as reçu le concours d’un tas de collaborateurs (NDR : dont Slash et Duff des Guns et David Lindley). Ton dernier est plutôt un album solo?

Ecoute, il est solo, mais j'ai également eu beaucoup de soutien. Pas de grosses personnalités, mais des gens qui ont effectué une carrière en solitaire, mais susceptibles de m’apporter de bonnes idées. Pour créer de la bonne musique, il est préférable de se débarrasser des personnalités un peu trop notoires. En fait, pour faire du bon boulot, tu dois avoir une relation plus intime avec tes collaborateurs. Certains, dont les noms ne te diront pas grand-chose m'ont apporté une aide précieuse. Le producteur Malcolm Brun, par exemple, est un jeune type qui a énormément de talent.

"American Caesar" baigne dans un état d’esprit très proche assez proche de "Kill City" et "New Values". D’accord ?

Oui, comme à l’époque où je prenais pas mal de risques. Et j'en ai aussi pris beaucoup pour le dernier, car il y avait des idées auxquelles je tenais absolument. J'ai donc pris des risques à ma façon. La chanson "Caesar" en est un bel exemple.

C'est la première fois que tu évoques aussi ouvertement tes rapports avec la dope sur une chanson. "Perforation Problems", c'est une chanson thérapeutique?

Elle a une histoire. J'étais au Liquor Store du coin et je tombe sur le cd d’Alice ln Chains. Je mate les titres du disque qui... parlaient tous de came. C’est le point de départ des textes que j’ai écrit pour ce titre. Je n'ai plus besoin de thérapie pour aborder le sujet. Je ne me souviens pratiquement plus de mes problèmes. Et quand ils reviennent à surface, je ne me sens pas très bien, mais ils disparaissent assez vite.

Tu as des regrets quand tu penses à cette période de ton existence ?

(En riant) Si je n'avais pas fait cette expérience, j'en aurais. Je me demanderais comment c'est, et je ne le saurais pas. Ainsi, au moins, je le sais (rires).

Tu as de nouveau composé "American Caesar" à la guitare. Tiens-tu à cette méthode de travail ?

Cette interview va se terminer. Cette lumière va s'éteindre (il désigne les spots), la télé va sauter, il n'y aura plus... Et s'il n'y avait plus de fusées, ni de bombes, ni de télé, ni de films? Et si tout s'arrêtait? On dépendrait alors de nouveau des ressources humaines. Que pourrions-nous faire pour jouer de la musique si nous ignorons comment utiliser une guitare et jouer un truc avec? On serait incapable de faire quoi que ce soit ! Je trouve donc qu'il est important de pouvoir s’en servir. Si on se prétend bon musicien, on doit être capable de composer une chanson très simple sans avoir recours à la technologie. On devrait, en fait, pouvoir y parvenir sans le moindre instrument. Ecoute si je ne venais pas de monter sur scène, j’aurais pu (léger sourire) te chanter une chanson ici en direct, a cappella. C’est important de commencer à la base. Aujourd’hui, il existe de la musique qui déprime et rend malade. Ce n'est que de la merde et c'est chiant.

Lorsque tu montres ta bite sur scène, ne crains-tu pas de devenir auto-parodique, ridicule et prévisible?

Non, d'abord ce n’est pas systématique et puis je n'ai pas peur de ce que pensent les gens. Franchement, tout le monde se fiche de ce que les critiques disent, non ? Tu peux dire ce que tu veux, moi, je m’en fous. C’est personnel ce que je fais. Si tu préfère un orchestre philarmonique, c’est ton droit.

Le Velvet de ton vieil ami Lou Reed s’est reformé cette année. Des promoteurs t’ont déjà proposé de remonter les Stooges ?

(Sèchement) D’où tiens-tu cette info ?

De nulle part, c’était juste une question…

(Rassuré) C’est un fantasme de journalistes, non ? C’est bon pour les publicitaires.

Et le cinéma ? As-tu tourné récemment ?

Oui, j’ai fait un chouette truc pour la série « Coffee & Cigarettes » de Jim Jamush, en compagnie de Tom Waits, comme partenaire.

(Article paru dans le n° 17 de novembre 93 du magazine Mofo)

 

Cocteau Twins

Luttes d’indépendance

Écrit par

Cocteau Twins est de retour, et c’est une première, son nouvel album, « Four-Calender Café », n’est pas sorti chez 4AD, mais Phonogram. Et Liz Frazer, chanteuse, frêle créature, avait beaucoup de choses à dire, ses mots se bousculant dans un désordre maladroit, comme si elle s’était tue trop longtemps, pour finalement éclater d’un rire un peu embarrassé : ‘Et dire, explique-t-elle, que j’étais celle qu’on n’arrivait jamais à faire parler !’

Pour la première fois j’étais consciente que quelque chose de nouveau se produisait. Du temps de « Blue Bell Knoll » j’étais incapable d’écrire des textes, de parler de mes sentiments. Ce qui a débouché sur un album sans aucun mot, facile à réaliser. Et que j’aime bien. Mais aujourd’hui, j’ai changé… En fait, j’avais déjà essayé, dès « Heaven or Las Vegas », mais je ne m’y étais pas bien prise. J’éprouvais toujours des difficultés à accepter que les créations ne répondent pas à mes attentes ; et je culpabilisais. Pourtant, je ne suis qu’un être humain qui commet des erreurs comme tout un chacun. Pour cet album-ci, changement de cap : certains textes ne sont pas loin d’être des concessions. Nos albums, finalement, sont des documents qui balisent notre existence, qui déterminent où nous en sommes, mentalement. Du temps de « Blue Bell Knoll », j’étais introvertie ; mes talents pour la communication étaient si… ils sont toujours assez minimaux. Le groupe lui-même était dans une mauvaise passe : il y avait tant d’événements qui s’étaient produits dans nos vies privées ; de la douleur, des personnes auxquelles on tenait qui mourraient, pas mal de relations qui s’arrêtaient… Notre humeur était assez autodestructrice ; on a consommé pas mal de drogues et entre nous trois, nous ne parlions plus ! Si on ne s’était pas ressaisis, on n’aurait pas réalisé d’autre disque. Mais les choses ont évolué : de toute façon, on était descendus si bas qu’on ne pouvait que remonter.

Pourtant, sur « Iceblink Luck » de « Heaven or Las Vegas », tu chantes ‘I’m happy again’ d’un ton enjoué…

C’est dans ma nature. Et pour continuer à avancer. On me demande toujours pourquoi je souris. J’essaie de réagir comme si je ne ressentais pas la souffrance. Ce qui ne m’a peut-être pas totalement réussi, mais j’ai essayé. Auparavant, mes textes ne me concernaient jamais. Ils étaient bien sombres et romantiques, mais je parlais de ce qui se passait autour de ma personne, sans jamais citer de noms. C’était imaginaire, rien qui se soit réellement produit.

« My Truth » y fait allusion ?

Le titre correspond à ce que je viens de dire, mais ‘ma vérité’, c’est quelque chose d’autre… qui ne cesse de changer ! Cette chanson marque de grands bouleversements dans mon comportement. Je commence à me distancer de Robin (Guthrie, le guitariste, compositeur et père de leur fille Lucy Belle). Notre relation basée sur la dépendance était assez malsaine. On ne pouvait plus rien faire l’un sans l’autre. Changer, c’est ce qui peut nous arriver de mieux.

Pourtant, vous vivez ensemble, travaillez ensemble…

On a essayé d’en sortir mais pas en utilisant la bonne méthode. Je suis honnête : j’écris des textes sur ce qui me préoccupe. Et ma relation avec Robin m’inquiète : est-ce une bonne relation ? Ai-je pris les bonnes décisions ? Il faut réévaluer tout ce qui est arrivé. Avant, je ne le faisais jamais, parce que je craignais que Robin m’en empêche ; j’avais peur de sa réaction, je craignais que ça le rende triste. Attention, je ne révèle pas de secrets sur notre vie privée, je pose simplement la question : devons-nous être ensemble ?

Et tu en as parlé à Robin ?

Depuis peu. C’est le seul moyen. Sinon, on fait du surplace, on tourne en rond. J’avais alors commencé par me réfugier dans mes rêves, une manière de me ‘soigner’. On ne parlait jamais, parce qu’on croyait ne pas en avoir besoin. On était tellement proches, parler n’était pas nécessaire, on était censés lire les pensées de l’autre. Pourtant, notre relation ne cessait de se détériorer. Heureusement, on a fini par s’en rendre compte.

L’absence de Robin (il a la coqueluche) te permet de raconter des choses que tu n’aurais pas osé dire en sa présence ?

Apparemment. Mais cette situation ne devrait pas se produire. Je dois apprendre à m’exprimer quand nous sommes ensemble. Je l’ai toujours considéré comme mon supérieur. Je ne suis pas la seule à adopter un tel comportement, mais il peut te détruire.

L’avenir de votre relation ?

Je ne sais pas. Ce qui importe vraiment, c’est qu’on reste amis. Nous sommes partenaires pour les affaires, nous vivons ensemble, nous sommes quasis mariés, nous avons une petite fille. Et c’est très difficile d’être ‘bon’ pour toutes ces valeurs à la fois.

Et Simon Raymonde, le bassiste dans cette histoire ?

Je me sens très vulnérable. Simon, lui a toujours été fort. Peut-être ne subissait-il pas la même pression ? Enfin, je ne veux pas le sous-estimer. Simon est merveilleux, c’est vraiment le 3ème Cocteau Twins. Je suis triste quand on le décrit comme la 5ème roue de la charrette, comme le membre qui est venu s’ajouter par la suite. C’est injuste.

Pourquoi avez-vous quitté 4AD ?

On n’a pas quitté 4AD, Ivo (le patron de 4AD) a eu l’intelligence de nous laisser partir. Et ce départ s’est passé sans blessures graves. On a vécu des problèmes relationnels avec Ivo. Les affaires et l’amitié, tout était mélangé dans un grand foutoir. Quand on s’est rencontrés, Ivo était très jeune. Même si à l’époque, il nous paraissait vieux (il approchait la trentaine et on avait à peine vingt ans). Notre relation professionnelle s’est dégradée et notre amitié en a souffert. Tout le monde était à cran.

Une conclusion ?

Positive ! Maintenant qu’on a arrêté cet horrible cycle de destruction, d’isolation… (je n’exagère pas). J’ai toujours des difficultés à demander de l’aide. Aujourd’hui, j’arrive enfin à me sentir au même niveau que les deux autres. C’était dans la tête puisqu’eux, ils m’ont toujours considérée comme leur égale.

(Article paru dans le n° 16 du magazine Mofo d’Octobre 1993)

 

Radiohead

Expatriés culturels

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Ces Anglais-là trouvent le répertoire de Suede aussi excitant qu'une pub pour poudre à lessiver, affirment que la musique pop est morte, que son salut viendra d'eux et dans le même temps, en profitent pour décrocher un hit avec une chanson qui, ironie du sort, dénonce l'hypocrisie et l'absurdité des charts, « Anyone con play guitar ».

Influencée tant par U2 et Julian Cope que par Elvis Costello, The Only Ones et même Nirvana, la pop caustique de Radiohead a au moins le mérite de ne se rattacher à aucun courant musical actuel, s'inscrivant plutôt dans une tradition ‘songwriter’ typiquement anglaise. Excellents 45 tours, dont le fabuleux "Creep", et premier album rafraîchissant ("Pablo Honez"), le groupe d'Oxford –comme Ride et Candy Skins– est à ranger dans la catégorie des outsiders, aux côtés de PJ Harvey et des Auteurs. Gare au hype ? Nos interlocuteurs : Thom Yorke (chant/guitare), flanqué des frères Greenwood, Colin et Jan, respectivement bassiste et guitariste.

Ce qui frappe d'abord à l'écoute de vos morceaux, c'est le pessimisme et le côté ‘loser’ qui en émane. Vous pensez être représentatifs de votre génération?

Colin Greenwood: en Angleterre, on aime les chansonnettes propres et gentilles. Sous prétexte que les nôtres sont plus sombres, parfois dépressives, les programmateurs, conformément à leur code moral, refusent de les diffuser sur antenne. Ils estiment qu'elles sont subversives, dangereuses pour la jeunesse; ils craignent des suicides. Pourtant, ils n'hésitent pas à passer les disques de REM qui sont, eux aussi, assez noirs. Mais bon, on n'a pas le statut de REM. "Creep" s'est quand même vendu à 20.000 exemplaires, ce qui n'est pas mal, puisqu'il n'a bénéficié d'aucune promotion radio.
Thom Yorke: Nos paroles sont peut-être dépressives mais elles reflètent simplement la réalité à laquelle nous sommes confrontés. On vit une époque particulièrement morose.

Sur votre 45 tours "Pop is dead", vous proclamez la mort d'un genre qui vous fait vivre. Paradoxal non ?

Jon Greenwood : C’est une constatation. Les maisons de disques exploitent de plus en plus les fonds de tiroirs. Les disques qui se vendent le mieux sont ceux d'artistes décédés ou artistiquement morts. Comme Rod Stewart, par exemple.
T.Y.: La dimension artistique de la musique est en train de disparaître, au profit du marketing. La plupart des productions actuelles ne touchent plus la sensibilité des gens, elles sont complètement aseptisées. Certains groupes s'étonnent que leur disques ne se vendent pas; c'est normal, ils sont trop éloignés des préoccupations des jeunes, ils vivent sur un nuage.

C'est quand même le public qui décide, non?

T.Y.: On peut les manipuler facilement. Beaucoup de produits musicaux sont de véritables insultes adressées à l’auditeur ou au spectateur. L’industrie du disque prend les gens pour des imbéciles. Radiohead va à l’encontre de cette croyance : on respecte le public. Tout est ciblé de nos jours. Acheter un disque de Janet Jackson ou un carton de lait demi-écrémé au supermarché, c’est du pareil au même. Tu sais exactement ce que contient le produit avant même de l’avoir ouvert ! La curiosité et l’intelligence de celui qui l’achète ne sont pas sollicitées. Si tu prends REM, par exemple, chaque album est différent du précédent. Ce groupe se remet en question.
C.G. : De toute façon, si une firme dépense 5 millions de FB pour la promotion d’un 45 tours, c’est un hit garanti.

La musique pop n’est-elle pas reléguée au second plan au profit d’une culture plus vaste ?

T.Y. : La culture pop est récupérée par les médias, par la publicité notamment. Elle n’exerce plus aucune fascination sur le public en tant que telle. C'est devenu un phénomène de masse. Auparavant, la musique créait les modes, aujourd'hui, c'est le contraire.
C.C.: Si tu te retrouves sur la couverture du Melody Maker ou du NME, alors tu as toutes les chances de réussir. Ce n'est pourtant pas un critère objectif. On vend beaucoup plus de disques que certains groupes qui font la une de ces journaux. Radiohead ne fait pas l'objet d'une grande attention médiatique mais cette situation ne nous empêche pas d'avoir du succès. C'est le public qui juge, pas la presse spécialisée.

Vous vous reconnaissez parfois dans le film "Spinal Tap" (NDR: racontant les narrant les déboires d'un groupe en tournée, "Spinal Tap" est une satire du rock et de ses clichés) ?

C.C.: On a parfois du mal à trouver le chemin de la scène ou celui des loges! (rires). C'est surtout aux Etats-Unis qu'on se prend au piège du star-system. Tu descends de l'avion, tu quittes l'aéroport et là, une limousine t'attend. Il paraît que ça coûte moins cher que le taxi! On est plongés dans un univers artificiel. Il faut garder les pieds sur terre, éviter de se laisser tenter par la facilité et l'autosatisfaction.
J.C.: La seule façon de garder ses distances par rapport aux excès du show-business, c'est d'être conscient des règles du jeu. Sinon, c'est la chute. En tant que groupe pop, nous avons des obligations: répondre aux lettres de nos fans, aux questions des journalistes... La promotion fait partie du jeu, il faut l'accepter et surtout, ne pas perdre son sens de l'humour.
C.G.: Aux USA, tout le monde donne l'impression d'être cool avec toi. Alors, pendant une semaine, tu dois sourire et serrer la main de centaines d'inconnus. Fatiguant!

Une anecdote particulière sur la démesure américaine?

C.G.: On était invités à une émission radio et l'animateur nous a proposé de répondre, par téléphone, aux questions des auditeurs. La plupart des appels provenaient de jeunes filles nous priant de résoudre leurs problèmes sentimentaux et sexuels. On ne savait vraiment pas quoi dire! Au début, on pensait que c'était un programme humoristique mais non, pas du tout, c'était très sérieux. Je ne vois pas comment 5 musiciens anglais peuvent venir en aide à une jeune Américaine de 14 ans qui prend de l'acide parce qu'elle vient de se faire jeter par son petit ami. Heureusement, nous avons un batteur spécialement entraîné pour répondre au courrier du cœur... (rires)

Comment jugez-vous la musique anglaise des années 90? Est-elle facilement exportable?

T.Y.: La plupart des groupes anglais actuels sont nombrilistes, ils se fichent éperdument de l'Europe continentale. Pour eux, se rendre en Allemagne ou en Italie pour y faire de la promo, c'est une perte de temps. Ce n'est pas notre attitude, on se considère comme des expatriés culturels : chaque fois qu'on se rend dans un pays étranger, on s'y plaît et on n'a pas envie de rentrer à la maison. Ca fait plaisir de voir que des journaux belges ou hollandais parlent de notre musique. Pour nous, réussir une carrière ne se limite pas à la conquête du marché britannique. Le rock doit être universel. Cette conviction est renforcée par le fait que les médias anglais nous ignorent. Dès le début, on a été obligés d'aller voir ailleurs. Certains groupes attendent trois ans avant de mettre les pieds en Europe!

Une de vos chansons s'intitule "Anyone can play guitar". Vous visez quelqu'un en particulier ?

T.Y.: Les gens prennent le rock trop au sérieux. C'est avant tout un divertissement. Dommage qu’on en ait fait un business. Il ne faut pas être un génie pour jouer de la guitare ou pour chanter. Je pense particulièrement à des groupes comme Therapy? ou Quireboys. Cela dit, nous sommes réellement les suiveurs du rock anglais! (NDLR: C'était la pensée du jour).

(Article paru dans le n°16 du magazine Mofo d’octobre 1993)

Tindersticks

Tindersticks

Tout comme pour Suede et The Verve en 1992, le Melody Maker a de nouveau surpris tout son lectorat en plébiscitant le premier opus de Tindersticks comme meilleur album de l'année. Nous on veut bien, mais sans promo, il était difficile de jauger le véritable potentiel de ce groupe insulaire (Nottingham). Heureusement, nous sommes aujourd'hui en mesure de vous décortiquer ce CD. D'abord vous en aurez pour votre argent, car ce disque flirte allègrement avec les septante-sept minutes. Vingt et un titres autobiographiques nés de la conjugaison des esprits torturés, malicieux, inspirés, de Neil Fraser et de Stuart Sticks. Un Stuart Sticks dont la voix grave sinistre épouse le timbre vocal de Ian Curtis. Vous pensez à Joy Division? Vous n'avez pas tout à fait tort. Cependant chez Tindersticks l'instrumentation est plus riche, moins linéaire, épousant davantage les perspectives tracées par Crime & The City Solution ou les Triffids que celles développées par le mythique ensemble de cold wave. Claviers vertigineux ou piano spectral, basse ténébreuse, guitare torturée et violon angoissant obéissent parfaitement à une expression romantique qui macère dans la mélancolie, la tristesse, la colère, l'obsession ou la jalousie. Une œuvre fascinante qui dans ses moments les plus douloureux épanche l'émotion la plus pure...

 

The Levellers

La prochaine révolution sera écologique…

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Positions anti-gouvernementales, croisades contre les oppresseurs, préoccupations écologiques, concerts de charité : les Levellers mêlent rock et fonction sociale. Un combat qui n'est pas sans rappeler celui des Clash. Douze ans de thatchérisme ont assassiné les rêves d'une génération... A l'instar de Manic Street Preachers, les Levellers constatent les dégâts ; mais au nihilisme des Gallois, ils opposent une attitude positive et volontaire. Et les laissés pour compte de la société capitaliste ont trouvé en eux une voix capable de faire entendre la leur : le folk-punk romantique de ces anarcho-hippies dépose une gerbe d'espoir au pied d'une Angleterre meurtrie et met un peu de baume dans le coeur de ses victimes. Pour mieux comprendre leurs protests songs, rien de tel que de tailler une bavette en compagnie du guitariste Simon Friend et du violoniste Jon Sevink…

Il paraît que votre producteur, Marcus Draws, vous imposait une demi-heure de salsa tous les matins, avant d'enregistrer ?

Simon : Ce n'était pas vraiment de la salsa mais plutôt du bruit, histoire de se défouler.
Jon : Tous les matins, vers l0h, après le déjeuner, on prenait son pied en jouant des percussions de toutes sortes. Marcus et moi avons une passion commune pour la salsa et la samba.

Vous avouez piquer des sons à gauche et à droite. Votre originalité est dans la façon dont vous synthétisez vos influences?

S. : Notre principale influence reste l’observation du monde qui nous entoure. Tous les groupes ont des influences, c'est inévitable. Comme au sein des Levellers, nous aimons tous plus ou moins les mêmes musiques ; et notre manière de jouer en porte évidemment les traces.
J. : Sur « Belaruse », par exemple, on a superposé un riff heavy metal et un violon tzigane. Ce qui traduit notre ouverture d'esprit.
S. : Il ne me viendrait jamais à l'esprit de reproduire tel quel un son que j'ai entendu et qui me plaît. Clash, par exemple, est un de nos groupes préférés mais on ne peut pas se contenter de les parodier.

Vous n'aimez pas l'étiquette folk, trop limitative. Jon, tu as même dit que vous n'étiez pas plus folk que les Clash. Etes-vous aussi ‘punk’ qu'eux, alors?

J. : Pas vraiment. Le punk, c'était en 77, un mouvement musical mais aussi et surtout social. Je n'avais que 12 ans à l'époque. Aujourd'hui, en 1993, il n'existe plus de culture punk.
S. : De toute façon, les Clash, même si on les a assimilés au courant punk, étaient avant tout un groupe de rock, avec des influences funk et reggae.

Et la culture hippie, vous a-elle marqués?

J. : Oui. Elle était porteuse de valeurs qui nous tiennent à coeur mais les hippies étaient aussi des fainéants qui passaient leur temps à ne rien faire, si ce n'est à fumer des joints. Notre attitude est plus dynamique. On combat les inégalités qu'on rencontre en Angleterre. Par exemple, depuis quelques années, les autorités y mènent campagne contre les bohémiens, sous prétexte qu'ils perturbent l'ordre public, ce qui est complètement faux. Parmi ceux-ci, il y a des jeunes qui, obligés de quitter les villes parce qu'ils sont sans emploi et sans abri, voyagent à travers le pays. Ils ont formé de petites communautés nomades. On y rencontre aussi des personnes qui, de leur plein gré, ont choisi de vivre en harmonie avec la nature. Parce qu'on a pris leur défense et qu'on mène parfois, nous aussi une vie de bohème, on nous a associés à ce mouvement. Rien que pour nous, la presse musicale a créé le genre ‘crusty’. Ce terme (NDR: sale, pouilleux) est une insulte à la dignité de ces gens. Il fait référence aux vêtements qu'ils portent. Pourtant, leur hygiène de vie est très saine. Ce sont des êtres humains, il faut les respecter. Le plus amusant, c’est qu'actuellement, beaucoup de jeunes issus de la classe moyenne s'habillent comme des vagabonds. Même les grands couturiers s'intéressent aux ‘crusties’. Il y a là un phénomène de récupération, comme pour le grunge. Du même coup, certains journalistes ont retourné leur veste et défendent maintenant la cause de ces nomades, parce que c'est à la mode. Ca me dégoûte.

Le folk est une de vos influences majeures. Cette musique n'est-elle pas en contradiction avec la réalité des années 90 à laquelle vous faites si souvent allusion?

S. : Pas du tout. Le folk a toujours eu une dimension protestataire. Le folk irlandais a toujours eu un côté rebelle. Il s'est soulevé contre la monarchie anglaise et l'Eglise. C'est une musique très forte. Le problème, c'est qu'on l'associe trop souvent à des formations comme les Dubliners, qui passent leur vie au pub.
J. : Le folk nous a essentiellement influencé au niveau mélodique. Je pense que les plus beaux airs, les plus belles mélodies viennent du folk.

Le prix démocratique des CDs et de vos concerts se justifie-t-il par la présence, dans votre public, de nombreux jeunes sur la paille?

S. : On le fait pour eux mais aussi pour les autres. Le but du rock'n'roll n'est pas de ramasser un maximum de fric sur le compte du public. Légalement, il devient de plus en plus difficile parce qu'il y a un cartel, en Angleterre, qui contrôle le prix des disques.

Avez-vous l'intention de renouveler les ‘freakshows’ de vos débuts, quand votre set était inclus dans un spectacle avec danseurs, acrobates et trapézistes?

J. : En Europe, ce n'est pas possible pour le moment : on n'attire pas encore la toute grande foule. Si c'est le cas, on essaiera de reproduire ici les shows qu'on donne en Angleterre. On aime les spectacles interactifs. Ce que crée Perry Farrel chez Porno For Pyros me plaît beaucoup : inclure des numéros visuels, inspirés du cirque, dans un concert rock, c'est une très bonne idée. Les spectateurs en ont pour leur argent. C'est plus intéressant que de réaliser des clips vidéo.

Dans « The Boatman » vous chantez: ‘Si je pouvais choisir la vie qui me plaît, je serais batelier’. Utopie?

S. : Je suis idéaliste, je ne le cache pas. Il est important de se fixer des buts dans l’existence, c'est ce qui nous donne la force de se lever chaque matin. A vrai dire, j'apprécie les plaisirs simples de la vie, au quotidien. Beaucoup de gens ne se rendent pas compte que le bonheur se trouve là, près d'eux.
J. : Dans cette chanson, tu peux remplacer le mot ‘batelier’ par tout ce que tu veux. L'important, c'est que tes rêves deviennent réalités. On pense tous à quelque chose qui nous rendrait heureux pour le reste de notre existence.
S. : On est à l'aube du XXIème siècle, il faut accepter la réalité telle qu'elle est, même si parfois elle fait mal. La vue du béton et des gratte-ciels m'horrifie, c'est mon côté hippie qui refait surface. Je ne me bats pas pour une vie plus saine, j'y crois, c'est tout.

Qu'est-ce que tu entends par vie ‘plus saine’?

S. : Une vie menée en toute simplicité. Ne pas utiliser les ressources naturelles de la terre à des fins destructrices. En Angleterre, il faut se battre mentalement pour acquérir ces droits. Si je décidais d'aller vivre au beau milieu d'une forêt, on aurait vite fait de me virer... Le gaspillage est un mal qui me préoccupe beaucoup, aussi. Quand tu vois la quantité d'eau qui coule dans un pot en tirant la chasse d'un WC! Effrayant. Cette eau ne pourrait-elle pas être utilisée autrement ? Il y a tant de zones désertiques sur la planète! Les gouvernements ne m'inspirent aucune confiance ; trop de responsabilités incombent à un trop petit nombre de personnes. Je ne supporte pas l'idée que des politiciens aient ma destinée entre les mains. La prochaine révolution sera écologique, c'est inévitable.

Peut-on vraiment changer le monde lorsqu'on estime que le paradis, c'est de ‘s'asseoir près d'une rivière, autour d'un feu, en fumant une cigarette’ (cf. « Far From Home ») ?

S. : Oui parce qu’on communique aux gens une expérience positive qui peut susciter chez eux l'envie de faire la même chose. C'est une prise de conscience du bonheur. A quoi aspire le changement si ce n'est au bonheur?

Vous aidez financièrement une organisation comme Greenpeace?

J. : Greenpeace est une grosse machine, dotée de moyens financiers importants. Il existe beaucoup d'associations caritatives qui ne disposent pas de tels moyens ; ce serait dès lors injuste de ne verser de l'argent qu'à Greenpeace.

(Article paru dans le n°15 du magazine Mofo de septembre 1993)

The Verve

Adepte des voyages astraux

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"La musique de Verve nous fait traverser des climats vertigineux, extatiques, puis des turbulences tempétueuses, dramatiques, avant de revenir contempler des horizons paisibles, fragiles, propices aux rêves les plus impressionnistes". Cette réflexion empreinte de poésie adolescente (sic!), ne pouvait pas mieux tomber pour introduire l'interview que nous a accordée le leader charismatique du groupe, Richard Aschcroft. Un gars étonnant, ambitieux, philosophe, mystique et cultivé qui a les pieds sur terre, mais la tête dans les nuages...

Tout comme l'album de Suede, "A storm in heaven" a été porté aux nues avant même sa sortie. Ne penses-tu pas que cet engouement prématuré soit une arme à double tranchant?

Au début, cette situation m'a beaucoup amusé. Il n'est pas fréquent de voir un groupe indie sur la couverture des magazines. Mais une telle publicité n'était pas pour me déplaire; même si parfois elle s'est avérée excessive. Mon but est de faire de Verve un groupe important. Quelque chose qui ne peut cependant pas se réaliser du jour au lendemain. Nous prenons du recul par rapport à tout ce qui se dit et s'écrit. Mais il est exact que jusqu'à présent la presse s'est montrée positive à notre égard. La presse écrite, surtout. Car la radio ne semble pas tellement s'intéresser à notre sort...

Mais bien à Suede pourtant?

Suede est un bon groupe, mais il ne draine pas le même public que Verve. Nous sommes capables de jouer devant n'importe quel public: rock, danse, psyché,... Une faculté d'adaptation qui s'explique par l'éclectisme de nos goûts musicaux. Nous écoutons aussi bien des groupes allemands des seventies, tels que Can, Amon Düül, Faust et Neu, que des artistes américains comme Neil Young ou Big Star.

Tu as pourtant déclaré que la musique de Verve n'avait pas besoin de références?

Exact! Nous avons notre propre style musical. Je ne crois pas qu'il soit possible de le comparer à celui d'un autre groupe. Parce qu'il n'est que pure évasion. Et c'est la raison pour laquelle nous éprouvons un plaisir immense à jouer "live".

Tu défends des concepts néo progressifs là (rires) ?

Je veux que Verve atteigne une grande richesse musicale. Un son unique fait de rock, d'ambiant, de psychédélisme et de tas d'autres choses. N'importe qui est susceptible de pousser le volume à fond de son ampli lorsqu'il gratte une guitare. Regarde ce qui se passe pour l'instant à Seattle!... Mais cela ne m'intéresse pas que la musique enfle, gronde ou explose. Un album doit devenir un ami. Permettre de t'y confier le matin, l'après-midi ou le soir. C'est un ami qui t'écoutes et que tu écoutes... La musique de Verve tente d'atteindre cet objectif. Parce qu'elle vient du coeur. Une émotion que nous essayons de transcender sur scène. Nous accordons beaucoup d'importance à l'improvisation, mais la technique ne suit pas toujours. Surtout lorsque tu développes une musique élaborée, difficile à canaliser; et qu'il t'est demandé de démontrer l'étendue de tes capacités en quarante-cinq minutes!

Est-il exact que tu aspires à devenir une star? Es-tu un idéaliste?

Oui, je veux devenir célèbre. Mais sans mettre en jeu mon intégrité. Il n'est pourtant pas facile, pour un jeune groupe d'observer une ligne de conduite. Parce qu'un tas de prétextes peut à tout moment en modifier l'orientation. Nous avons tous entre vingt et vingt et un ans et sommes de véritables amis. Ce qui explique pourquoi le groupe est toujours aussi soudé aujourd'hui qu'il y a deux ans. Nous voulons faire mentir le préjugé selon lequel un groupe doit attendre cinq ans avant d'enregistrer quelque chose de valable. J'estime notre âge idéal pour le style musical que nous pratiquons. C'est en tout cas plus original que de copier Nirvana ou Pearl Jam. Appartenir à un courant alternatif indépendant, c'est aller à l'encontre des temps et des modes!

Le public est-il indispensable lors d'un concert de Verve? Est-il exact que tu ériges une barrière entre le groupe et les spectateurs?

Je désire communiquer avec le public, mais spirituellement, pas physiquement. Je déteste me prostituer dans un bain de foule. Un concert de Verve ressemble à une pièce de théâtre. Tu assistes au spectacle, et puis tu rentres chez toi. Je reconnais que six mois plus tôt, nous accordions des rappels. Mais cette forme de compromis n'avait aucun sens. Nous voulons donner naissance à un moment privilégié. Jouer notre set, puis disparaître dans les coulisses, dans la profondeur de la nuit. Et laisser le spectateur conserver une bonne image du concert. J'aime que les gens continuent de rêver après notre spectacle, qu'ils laissent aller leur imagination. Qu'ils se posent des questions au sujet du groupe. Sur son identité, sa personnalité, son message...

La musique de Verve traduit-elle un voyage à travers l'espace mental? Reflète-t-elle des climats dramatiques, exotiques ou extatiques?

C'est un cocktail de tous ces concepts! Nous tentons d'embrasser l'éventail d'émotions le plus large possible. Oui, je veux qu'elle soit dramatique. Mais pas d'une manière pompeuse. Et surtout pas en me pavanant dans un stade. Dramatique, mais à l'échelon humain. Extatique aussi, lorsqu'elle se met à flotter. Elle n'est pas exclusivement focalisée sur les accords de guitare. Elle fluctue. Nous ignorons même parfois les turbulences qui l'agitent. "Live", nous n'avons pas toujours la maîtrise de son développement ou la connaissance de son aboutissement. Sauvage, belle ou atmosphérique, elle nous entraîne avec elle lorsque nous en perdons le contrôle. Elle devient multidimensionnelle. C'est elle qui nous guide. Pas notre ego ou notre personnalité. A quoi ressemblera notre prochain album? Personne ne le sait. Ni moi, ni les autres musiciens du groupe. Nous entrerons en studio avec nos désirs et nos rêves et les traduirons dans la musique avec cet esprit de liberté qui nous hante.

Votre démarche n'est-elle pas liée à la consommation de drogues et d'alcool?

D'une certaine manière. Parce que nous composons sous influence. Nous propageons une certaine culture musicale en marge de tout système, une culture musicale qui cherche à rencontrer la plénitude. Et si quelqu'un a recours aux expédients pour y parvenir, je respecte son choix. Mais Verve lui offre une nouvelle alternative beaucoup plus saine pour atteindre cet absolu: sa musique...

Tu as déclaré que sur les planches, tu étais capable d'incarner quinze à seize personnes différentes susceptibles de propager des millions de pensées. Est-ce une scission ou une multiplication de la personnalité?

Je ne sais pas si tu as vu notre vidéo. J'y joue plusieurs rôles en même temps. C'est la projection de mon état d'esprit lorsque je suis sur scène, des différents voyages que j'entreprends en compagnie de Verve. En concert, je plane très haut dans les airs. Je suis détaché de mon être. Remercier le public romprait le charme. Retour sur la terre: "Bang !". C'est pourquoi, à l'issue d'un set, j'ai besoin d'un certain laps de temps, une bonne demie- heure, pour récupérer, pour retrouver la parole. Pour redevenir moi-même. Je suis un grand adepte des voyages astraux. Je crois aux manifestations de la parapsychologie. La musique de Verve me permet de sortir de mon corps. Là-haut, la perception des choses est totalement différente, fascinante même...

(Version originale de l'interview parue dans le n° 17 - novembre 1993 - de Mofo)

 

 

 

 

The Smashing Pumpkins

La versatilité des formations actuelles me donne le vertige...

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Kurt Cobain, leader de Nirvana, vient de déclarer que sans l'avènement de son trio, des tas de groupes yankees, et en particulier le quatuor de Chicago Smashing Pumpkins, n'auraient jamais eu droit au chapitre. Pourtant, James Iha (prononcez "I-A", sans quoi vous déclencherez l'hilarité du personnage) déclare n'avoir aucune affinité avec cette vague métallique qui déferle sur Seattle. C'est d'ailleurs, probablement le seul moment où cet excellent guitariste, mais également brillant 'chèvrechoutiste', s'est montré formel au cours de notre entretien. Alors, Smashing Pumpkins : corruptible ou incorruptible? Et le deuxième album : grunge ou pas grunge?

L'accouchement de votre deuxième opus, "Siamese Dream" m'a semblé particulièrement douloureux. Pourtant en engageant Butch Vig pour le produire, vous auriez dû ne rencontrer aucun problème?

Nous n'avons éprouvé aucune difficulté pour l'enregistrer. Mais il est exact que sa confection a nécessité quatre mois et demi. Ce qui peut paraître assez long. En fait, nous travaillons assez lentement ; et, pour la circonstance, avions décidé de prendre tout notre temps. Avant de nous intéresser à l'album, nous avons préféré sortir un premier single, puis un deuxième single. C'est la raison pour laquelle nous avons choisi Butch Vig à la production. C'est un gars très cool, et son concours nous a permis d'œuvrer dans les meilleures conditions.

En choisissant "Siamese Dream" comme titre de votre elpee, souhaitiez-vous transmettre un message d'espoir à tout ceux qui souffrent?

D'une certaine manière. Je suis incapable de dire pourquoi (NDR: ou plus exactement, il ne souhaite pas s'étendre sur le sujet), mais il reflète des concepts plus optimistes, plus visionnaires. Ce qui n'était pas le cas pour "Gish", davantage dominé par des thèmes douloureux, désenchantés...

N'est-ce pas trop dangereux de naviguer entre réalisme et fantaisie?

N'exagérons rien! Il existe des groupes beaucoup plus réalistes que Smashing Pumpkins. Rage Against The Machine, par exemple. Et toute la panoplie de rappers qui sévissent aujourd'hui aux States. Je ne pense pas que nous soyons davantage des fantaisistes. Nos chansons ne sont pas peuplées de lutins, de travestis et de clowns, que je sache...

Etes-vous froissés lorsque les médias vous taxent de 'grunge'? Le succès récolté par Nirvana et Pearl Jam ne vous étonne-t-il pas?

Irrités certainement! Hormis la concentration d'électricité qui émane des guitares, nous n'avons rien en commun avec ces groupes qui se réclament du 'grunge'. Notre conception de la composition et de l'écriture est totalement différente. Nous ne jouons pas de la même manière. Et notre portefeuille n'est pas aussi garni que celui des membres de Nirvana ou de Pearl Jam (rires). Nous reflétons notre propre image et n'accepterons jamais de nous aligner sur une mode quelconque. Ce qui explique pourquoi nous sommes agacés, lorsqu'on pratique une standardisation des valeurs musicales américaines. Le succès de Nirvana et de Pearl Jam? Il s'explique facilement! En fait, le heavy metal est toujours très prisé aux States. Il est d'ailleurs le seul créneau musical à pouvoir concurrencer la 'dance' et le monde creux de la pop FM. Pour te faire une idée, pense à Bryan Adams! Ceux qui n'appartiennent pas à ces familles vivent dans l'underground, et rencontrent, en général, plus de crédit à l'étranger... Bref, Nirvana s'est contenté de reproduire les nombreux clichés du heavy metal en y injectant une dose d'agressivité supérieure. Un signe des temps qui ne trompe pas. Puisque le succès s'est répandu comme une traînée de poudre. Et pour sortir de leur marginalité, de nombreux groupes, s'y sont engouffrés. Pearl Jam et des tas d'autres. De Seattle, bien sûr, mais également d'ailleurs.

Est-il exact que Smashing Pumpkins est davantage séduit par la musique britannique que par la musique américaine? Et qu'il préfère les artistes du passé à ceux d'aujourd'hui?

Nous n'avons pas d'exclusive, et apprécions autant les groupes américains que les groupes britanniques. La musique du passé que celle d'aujourd'hui. Personnellement, j'estime d'ailleurs qu'il existe pour l'instant, de meilleures formations aux States qu'aux Iles Britanniques. Plus originales. Plus extrêmes. Et si j'ai un petit faible pour le monde ses seventies, celui d'ELO, des Eagles et de Gram Parsons en particulier, je ne rejette pas les ensembles contemporains. Come et Sweverdriver me plaisent beaucoup. Mais la versatilité des formations actuelles me donne le vertige. Elles disparaissent parfois aussi vite qu'elles ne sont apparues. Difficile de s'y retrouver. C'est peut-être la raison pour laquelle je préfère me réfugier dans les valeurs du passé. Mais j'admets qu'il faut laisser le temps à la nouvelle génération d'écrire son histoire...

Vous avez un jour déclaré qu'il était hors de question de vous exhiber hors de contrôle, sur scène, comme Iggy Pop. Etes-vous des adversaires de la consommation de drogue ou d'alcool?

Question à la fois amusante et pertinente! En général, nous conservons la tête froide en toutes circonstances ; mais il arrive, pas très souvent il est vrai, que nous perdions notre self control. Sans avoir recours aux drogues ou à l'alcool, il faut le préciser!

N'est-il pas difficile de vivre à Chicago, deuxième capitale culturelle, mais également deuxième capitale du crime aux U.S.A.?

Chicago ne diffère pas tellement des autres métropoles américaines. Dans le domaine de la criminalité, il existe d'ailleurs des villes bien plus irrespirables. Il existe suffisamment d'espace pour y vivre paisiblement. Le crime ne vous attend pas à chaque coin de rue. Il faut simplement savoir où mettre, et où ne pas mettre les pieds. La population est bien renseignée à ce sujet, et évite de fréquenter ces endroits mal famés...

Pourquoi comparez-vous l'Amérique à un cauchemar 'orwellien'?

Parce que les différents pouvoirs qui se sont succédé y ont fait le lit de la corruption. On a beau remplacer le président, le gouvernement, rien ne change. Le capital tire toutes les ficelles de la société et place ses hommes politiques et ses fonctionnaires d'administration pour le faire fructifier... L'argent ne manque pas aux Etats-Unis, mais il va dans la poche de ceux qui en ont le moins besoin ou dans celle des gangsters. Le taux de hold-up y est d'ailleurs particulièrement élevé. Un constat pas très moral, mais très réaliste! Pourtant, je ne pense pas que l'Amérique soit le pays le plus corrompu. Ailleurs, c'est parfois pire...

Cette situation entraîne inévitablement une recrudescence de la violence?

La violence n'existe pas plus aux States qu'ailleurs! Elle est surtout présente à la TV. Et la communauté internationale imagine qu'elle est notre pain quotidien. C'est faux! Ces excès ne se produisent que dans les bas fonds de certaines grosses villes. La plupart des autres cités sont très peu touchées par ce phénomène. Cette idée n'est qu'un stéréotype monté de toutes pièces à l'étranger, et surtout en Europe.

Est-ce que Smashing Pumpkins est un groupe ambitieux?

Qu'est-ce que tu entends par ambitieux? Devenir des stars? Non, ce n'est pas notre truc! Nous voulons vivre notre aventure, au sein de ce groupe, le plus longtemps possible. Enregistrer de bons albums. Nous produire plus souvent 'live'. Se faire une petite place dans le panthéon de l'histoire du rock. Mais surtout pas comme U2. Bono est tellement devenu imbu de lui même et se prend tellement au sérieux, qu'il en devient grotesque...

Tu ne crois pas que la musique puisse changer le monde?

Non! Je pense qu'elle influe sur le comportement des gens. Mais il est abusif de penser qu'elle puisse changer la face du monde. Aujourd'hui, c'est trop demander à des artistes, qui vivent au jour le jour, de s'intéresser à la fois à leur propre existence et aux questions humanitaires. Ce style de personnage s'est éteint avec John Lennon et Bob Marley...

(Version originale de l'interview parue dans le n° 16 - octobre 1993 - de Mofo)

 

 

 

 

Peter Hammill

J'ai été frappé par la force de la musique...

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Dernier ambassadeur du grand ordre des excentriques anglais (auquel appartiennent, en outre, Syd Barrett, Nick Drake et Kevin Ayers), Peter Hammill n'a toujours que très peu de notoriété publique. Pourtant, ce musicien complet, ce chanteur exceptionnel, ce poète compositeur prolifique occupe depuis plus de vingt ans une position clef dans le panthéon de l'histoire du rock. Pensez donc, des artistes comme Bowie, Johnny Rotten ou même Robert Smith se sont réclamés de lui. C'est vrai que Peter, aussi bien en compagnie du Vander Graaf Generator qu'en solitaire, n'a jamais rien fait comme les autres. Et c'est probablement parce qu'il n'a jamais voulu faire la moindre concession aux temps et aux modes, qu'il a obtenu ce statut de culte. En 1993, il nous propose même, tout au long de son dernier album "The Noise", sa version du noisy! Rencontre avec ce personnage fascinant pour un entretien très riche, très profond. Un entretien auquel l'artiste s'est plié avec beaucoup de gentillesse et de simplicité. Un entretien qu'il nous accordé en français. C'est si rare et épatant qu'il faut le souligner!

En intitulant ton album "The Noise", n'as-tu pas voulu donner une nouvelle version à la 'noisy'?

Le Vandergraaf Generator consommait déjà la 'noisy' voici plus de vingt années, mais en y injectant une force positive. "The Noise" produit un bon bruit, celui de la force fondamentale du rock. A 44 piges, je pense avoir conservé l'esprit et l'âme d'un gars de 20 ans. J'aime changer régulièrement de style, et aujourd'hui, je reviens à la 'noisy' pure et dure, comme je ne l'avais plus pratiquée depuis une décennie; et tu vas pouvoir t'en rendre compte lors du concert!

N'envisages-tu pas un jour de reconstituer le VDGG?

Non, c'est de l'histoire ancienne! J'ai définitivement tourné la page. Je déteste les réunions nostalgiques destinées à exploiter la gloire du passé. Ce qui ne nous empêche pas de nous rencontrer, et de rester tous très amis. Mais pour une reformation, c'est non!

Dave Jackson joue quand même sur ton disque!

Oui, mais plus sur scène. Il est venu nous voir jouer à Londres, mais la scène ne l'intéresse plus. Il travaille dans un complexe d'art à l'extérieur de Londres. Il se consacre à la rééducation des handicapés par la musique. Guy est impliqué, dans un projet pédagogique plus ou moins similaire, mais à Londres. Quant à Hugh, il est toujours passionné par les claviers... Sur scène, c'est autre chose. C'est une expérience chaque fois unique, comme chez ce groupe en compagnie duquel je compte encore collaborer pendant une bonne année.

Tu préfères jouer seul, flanqué d'un piano ou d'une guitare, ou encore soutenu par un backing band ?

Les deux formules sont aussi intéressantes, et je les apprécie tout autant. J'aime expérimenter toutes les facettes de l'interprétation. A l'instar de l'enregistrement ou du 'live'. En solo, l'expression repose sur la voix. Elle peut flotter sur la musique... Mais la force d'un groupe, et particulièrement celle de celui-ci dans sa capacité d'improvisation. Car aucune partition n'est écrite, et chacun peut épancher sa propre sensibilité. Mais ce n'est possible que si l'ensemble est véritablement soudé!

Est-il exact que tu prépares un spectacle à Lille, en compagnie d'un orchestre philharmonique?

Oui! Et j'espère qu'il pourra se concrétiser. Le projet n'est encore qu'à ses balbutiements. J'ai rencontré le chef d'orchestre. Nous en avons débattu dans les grandes lignes. Il pourra peut-être voir le jour l'an prochain. Mais je ne souhaite pas m'étendre davantage sur ce sujet, car tout est encore à faire...

Pourquoi es-tu devenu musicien et pas écrivain?

Parce que j'ai été frappé par la force de la musique! Ecrire un bouquin prend beaucoup de temps. Tu ne vois pas la réponse du lecteur. C'est ingrat! Dans la musique, la réaction est immédiate. En public, bien sûr, mais également lors d'un enregistrement, où tu parviens à te surprendre toi-même...

Qu'est ce que l''Amour' pour Peter Hammill?

Le moteur de la vie! Personnellement, je le partage avec ma famille, mon épouse, mes filles...

Est-ce que la mort constitue pour toi, la fin de l'existence ou le début d'une nouvelle vie? Crois-tu à la réincarnation?

Je suis agnostique (NDR: personne qui professe que ce qui n'est pas expérimental est inconnaissable et, notamment, n'a pas d'opinion sur la religion), pas athée. Je ne suis pas un philosophe, mais je crois à un temps liquide qui me permet d'observer ma propre vie. Dans le temps présent, elle va du point A, la naissance, vers le point B, la mort. Dans le temps liquide, les deux points sont déjà ensemble. La réincarnation ne concerne que le temps présent. Elle peut se produire dans un animal ou une autre personne, mais n'est pas systématique. Je ne crois pas non plus à la réincarnation par paliers qui permet de perdre ou de gagner une vie meilleure ou moins bonne... Toutes les vies présentes sont probablement des réincarnations...

Te considères-tu comme un artiste marginal ou intemporel?

Je n'ai jamais voulu composer une musique difficile, mais intelligente et personnalisée. D'autre part, j'ai toujours voulu explorer des styles différents. Et puis, j'accorde une énorme importance à la richesse de la musique et au message qu'elle doit véhiculer. C'est peut-être la raison pour laquelle elle semble parfois complexe. C'est vrai qu'aujourd'hui une telle attitude se fait de plus en plus rare. Trop d'artistes suivent des règles préétablies par l'industrie du business. En ce qui me concerne, j'ai toujours voulu demeurer imprévisible. C'est dans ma nature! C'est sans doute pourquoi je suis encore un peu marginal, un peu intemporel. Mais je ne suis pas responsable de cette situation; la faute incombe aux autres. Et je déclare ceci sans la moindre manifestation d'égoïsme!

Penses-tu que l'argent est la source principale de l'égoïsme?

Je ne le pense pas. L'argent est une manière de le démontrer. Tu peux t'isoler sur une île du Pacifique, en ne vivant que de noix de coco, et encore faire preuve d'égoïsme. L'égoïsme est un problème psychologique. Il n'est pas seulement dû au matérialisme, il illustre une extériorisation de l'individu.

Dans ton œuvre, les thèmes de la mer, de l'océan et de la solitude reviennent régulièrement à la surface. Constituent-ils les symptômes d'une angoisse ou la recherche de l'infini?

La mer, l'océan, représentent des symboles. Mais la solitude, l'identité, la spiritualité sont des sujets auxquels j'accorde beaucoup d'importance. Ces thèmes, je les ai développés différemment au cours de ma carrière. Il y a vingt ans, mon écriture était plutôt intolérante, égocentrique. Je jugeais tout en noir et blanc. Aujourd'hui, ma vision du monde est plutôt grise. Au lieu de m'étendre sur mes angoisses avec mélancolie, je pose des questions comme un auteur, comme un romancier, sans nécessairement y répondre. Il est d'ailleurs possible de traiter ces sujets sous d'autres formes d'art. Disons que je tente de soulever des interrogations qui peuvent intéresser tout le monde, et pas exclusivement ma propre personne.

Comme dans ta chanson "The Great European Store" où tu sembles très ironique au sujet de la construction de l'Europe?

Je crois à l'Europe, mais en même temps, j'estime qu'il est indispensable de préserver les identités des pays et des régions du Vieux Continent. Je ne veux pas de  cette Europe standardisée, peuplée des mêmes magasins, affichant les mêmes produits de consommation, de cette image de l'Europe planifiée. Ce qui ne veut pas dire que je partage le point de vue de certains Britanniques qui s'opposent à l'entrée de mon pays dans l'Europe. Tu pourrais, c'est vrai, interpréter la chanson ainsi. Je crois à l'Europe, et en même temps sa construction me fait un peu peur. Je voyage depuis plus de vingt ans, et j'ai constaté une métamorphose des villes. Lorsque je me réveille, le matin à l'hôtel, je ne sais plus exactement où je suis. L'environnement est identique; et ce n'est que lorsque tu manipules de l'argent que tu parviens à te localiser sur la carte. Pourtant, l'avenir appartient à l'Europe... Malgré les difficultés et les coûts inhérents au traité de Maastricht, l'Europe peut continuer sans l'Angleterre, mais l'Angleterre sans l'Europe?...

Tu as fondé ton propre label, "FIE Records". N'est-ce pas plus difficile de voir sa production distribuée par plusieurs relais indépendants (NDLR: Rough Trade en Belgique et New Rose en France), plutôt que par un major?

J'ai relevé de Virgin pendant de nombreuses années, puis j'ai fait un bref intermède chez Enigma (NDR: label californien distribué chez nous par EMI), et je me suis  rendu compte que nous n'étions pas sur la même longueur d'ondes pour le marketing. En fait la promo était insuffisante, si pas nulle. Aussi, comme j'avais acquis suffisamment d'expérience dans ce domaine, j'ai décidé de gérer mes propres affaires. De l'enregistrement à la promotion, en passant par la pochette... Bien sûr, c'est un peu plus de boulot, mais je pense ne pas trop mal me débrouiller. Et puis, si ce n'est pas parfait, ce sera toujours mieux qu'une grosse maison de disques qui ne fait rien pour vendre mes albums. Enfin, le label est un peu un pari sur l'avenir. C'est un choix adulte, et j'en tire une certaine satisfaction personnelle.

Quel sentiment éprouves-tu vis à vis de 'Virgin' aujourd'hui?

J'entretiens de bonnes relations avec 'Virgin', car il gère les droits de tous les disques de 'Charisma'. Il a reproduit mon catalogue et celui du Vandergraaf sur CD, avec beaucoup de bonheur. Conclusion, je perçois des royalties de 'Virgin'. Pas des sommes folles, mais une sorte de petite rente (rires). Et ce n'est pas négligeable! Je ne me suis pas disputé avec eux, mais je dois reconnaître qu'aujourd'hui, ce label est devenu un grand complexe industriel, une part de marché d'EMI, chez qui la rentabilité prend le pas sur la créativité...

A propos de 'Charisma', que sont devenus Alan Hull et Rod Clements de Lindisfarne. Les musiciens d'Audience et de Capability Brown?

J'ai rencontré le guitariste d'Audience aux Etats-Unis, voici dix ans. Lindisfarne donne encore des concerts, mais seulement à Newcastle. Capability Brown? Je ne sais pas! Mais je dois avouer que je fréquente très peu le monde des musiciens. J'habite à Bath, pas à Londres, et la plupart de mes amis ne sont pas musiciens. A l'exception de ceux avec qui je travaille. Mais la vie fermée de ce monde où l'on ne parle que de musique, de tournées, etc. ne m'intéresse pas du tout!

Peter Gabriel est toujours ton ami?

Oui, mais nous nous rencontrons très peu. En fait, nous sommes issus du même mouvement progressif, reconnaissons des influences similaires, et vivons à Bath. Nos succès sont différents. Nous ne nous voyons qu'une ou deux fois par an. J'ai chanté sur "Us", son dernier album. Nous sommes amis, mais pas trop proches...

Version originale de l'interview parue dans le n° 14 (juin 1993) du magazine MOFO

 

 

 

 

Spiritualized

Etre indé, c’est la clef du succès

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Programmé en première partie de Depeche Mode, Spiritualized a vécu une situation étrange. La formation n’a pas été annoncée. Aussi, quand les lumières se sont éteintes, le public pensait voir arriver leurs chéris. Du coup, il ne voudra même pas entendre Spiritualized ! Une musique tellement éloignée du groupe-vedette qu’elle restera incomprise, et c’est bien dommage. Car finalement, malgré les conditions épouvantables, le concert sera superbe. Rencontre avec le leader, ex-Spacemen 3, Jason Pierce, peu de temps avant de monter sur les planches, pour leur deuxième soir, à Forest National.

Je voulais que Spiritualized soit la continuation de Spacemen 3, mais de façon différente. Le projet Spacemen 3 était devenu stérile, très intense mais d’une intensité stérile : il n’allait nulle part. Les concerts étaient de plus en plus prévisibles. Or, ce que j’aime dans les concerts, c’est l’imprévisible, justement. Communiquer des sensations très diverses dans un seul show. C’est la raison pour laquelle j’ai fondé Spiritualized.

Ce qui est assez étonnant, c’est que vous pouvez jouer des mêmes accords, très longtemps sans que la chanson devienne ennuyeuse, lui communiquant même un côté hypnotique…

C’est une question d’intensité à faire monter graduellement. A force de jouer la même chose pendant un certain temps, les gens peuvent entendre leurs propres sons, des choses qui leur appartiennent personnellement. C’est un peu comme regarder une image de télévision qui ne se focaliserait sur rien de précis. On finit par créer ses propres images. Dans notre musique, on présente des choses minimales, directes. Les gens finissent par y entendre des mélodies. Et si ce qu’on fait ressentir est bien, c’est que c’est bon.

Sur « Lazer Guided Melodies », les six premiers morceaux sont assez courts, les six autres plus longs…

Il y a clairement deux parties. Dans la première, les chansons sont plus classiques. Ce qu’on construit est toujours basé sur des chansons. Il ne suffit pas qu’il y ait un bon son, il faut d’abord une chanson. On fait avant tout du rock et pas, par exemple, de la musique industrielle.

Que retires-tu de l’expérience ‘Depeche Mode’

C’est très étrange de se produire devant 10 000 personnes qui te détestent. Si on avait su, on n’aurait pas accepté cette proposition. Ce soir on va jouer un set plus radical, tant qu’à faire. Une telle expérience représente tout le contraire de pourquoi on a envie de faire de la musique. Dans de telles circonstances, les compos peuvent prendre une nouvelle signification, une mauvaise signification. Une chanson comme « Smiles » est destinée à faire naître le sourire sur les visages de ceux qui l’écoutent alors qu’ici, c’est tout le contraire. C’est perçu comme si on disait ‘fuck’ au public ! On ne va pas continuer cette tournée très longtemps. Au début, on se disait ‘pourquoi pas’ ? Mais finalement, on ne voit pas très bien l’intérêt. C’est curieux, c’est comme si on était dans une bulle en plexiglas, dans un monde parallèle qui ne permette pas de rencontre avec celui du public.

Quand as-tu commencé à t’intéresser à la musique ?

Quand ? Je ne sais pas. Mais comment, oui. J’ai commencé à m’y intéresser vers 16-17 ans. Je suis devenu passionné par les groupes américains : les Stooges, les Cramps, Gun Club, Fleshtones… Quand j’ai commencé à jouer de la musique, je suppose que c’était assez proche de ces groupes ; et petit à petit, on a commencé à se forger un son qui nous était propre. Mais on n’a jamais essayé d’appartenir à la scène indépendante. Parce que la scène indé, c’est le ‘mainstream’. Tout le monde veut sonner comme un groupe indé, c’est la clef du succès. Depeche Mode est un groupe indé ! En Angleterre, des labels comme Virgin ou RCA distribuent des labels indépendants, car ils ne peuvent se faire passer comme tels.

N’y a-t-il pas un projet pour changer les charts indés en charts alternatifs ?

Mais comment va-t-on déterminer qui est alternatif ou qui ne l’est pas ? Et qui en a quelque chose à foutre ? La plupart des groupes veulent sonner comme le dernier groupe à succès. Certains ont besoin de réagir contre quelque chose. Pour nous, on s’en fout. Et puis je pense qu’il est très facile d’être avant-garde, bizarre. Il est plus difficile d’essayer de créer quelque chose de beau. Très facile de reproduire des sons à la mode, surtout si c’est pour masquer l’absence de mélodie. 3% de la dance-music et de la techno est intéressante, mais les 97% qui restent, c’est du déchet. On essaie de se cacher derrière un style de musique. C’est comme les groupes qui se complaisent dans le sous-My Bloody Valentine. Ils oublient que sous le bruit, les mélodies de My Bloody Valentine sont fortes. Chez eux, c’est créatif.

(Article paru dans le N° 14 de juin 1993 du magazine Mofo)

 

Ugly Kid Joe

Fini de glander !

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Ugly Kid Joe n’a certainement pas traîné en chemin. Il vient de publier « As Ugly As They Wanna B », un mini-album et « America's Least Wanted », un long playing normal (mais y a-t-il quoi que ce soit de normal chez ces types?), en une seule année. Deux disques qui ont suffi pour transformer ces ‘american rigolos’, en impressionnants représentants d'une toute nouvelle excitation métallique de première qualité.

Ces Ugly Kids (de vrais mariolles!) débordent d'énergie (le véritable cirque auquel on a pu assister dans les coulisses, avant leur set, n’était vraiment pas triste). Parfois grossier, leur humour les fait beaucoup rire. Et ils sont capables d’écrire de bonnes chansons comme « Neighbor », « Everything About You », « Cats ln The Cradle » ou un « Sweet Home Alabama » plombé à souhait. Bref, le groupe est promis à un bel avenir… C’est Dave Fortman, le guitariste qui a répondu à nos questions, d’un air faussement détaché…

Ce succès ravit ma mère. Quand je lui ai dit, il y a quelques années, que je voulais vivre de la musique, elle s'est fait beaucoup de mauvais sang. Elle craignait que je devienne clochard. Aujourd’hui, quand elle me voit à la télé, elle est fière.

Justement, votre réussite a été rapide. A tel point qu'elle vous a rendus suspects aux yeux de pas mal de gens, qui voyaient en vous un produit du business américain de plus...

Han han, j'ai lu ces articles. Mais les gens qui ont écrit ces conneries ne nous connaissent pas ; ils nous jugent à partir de paramètres qu'ils ne maîtrisent pas. C'est pas très logique. Nous n’avons aucune excuse à faire valoir, mais, je peux te dire que nous ne devons rien à personne. Notre seule préoccupation est de nous payer une tranche de bon temps, et d'en offrir une à ceux qui viennent nous voir. Pour le reste, basta! On n'est vraiment pas du genre à se casser la tête et à monter des plans. On sait que nos disques se vendent bien, mais on ne connaît pas les chiffres ; et, honnêtement, on s'en fout! Bien sûr, on parlera sans doute différemment quand on n'en vendra plus aucun. Ugly Kid Joe, pour nous tous, c'est une source de plaisir, une party continuelle, une jam permanente. Il y a quelques mois, je glandais, plus ou moins... Aujourd'hui je joue dans toute l'Europe devant des dizaines de milliers de gens, c'est ça le miracle!

Pressés par le temps et vu le ‘boom’ dont a bénéficié le groupe, vous avez enregistré votre album très rapidement. Aurait-il été très différent si vous aviez pris le temps?

Sans doute, mais ce n'était pas nécessaire. Nous sommes un groupe nature, vrai, simple et direct. Pas besoin de passer des années en studio comme... heu... Def Leppard pour sortir un bon disque. Evidemment, chacun fait comme il veut. Nous, on est des types nets et spontanés et notre musique nous ressemble. On éprouvera peut-être le besoin, plus tard, de travailler plus nos chansons, c'est possible. On verra bien.

Quelle est ta définition d’une bonne chanson?

Quelques minutes de musique qui parviennent à faire vibrer, c'est tout. Le reste, c'est de la littérature. On est tous très éclectiques, dans la formation. Perso, j'écoute des tas de vieux groupes, comme Lynyrd Skynyrd ou les Allman Brothers autant que des guitaristes de la nouvelle génération. J'adorais Randy Rhoads, j'aime beaucoup le jeu de George Lynch. Quand j'écoute Lynyrd ou Lynch, je ressens la même excitation. Donc pour moi, ils sont aussi bons les uns que les autres! Je ne me torture pas la tête et j’en conclus que les gens nous ont bien compris s'ils ont cette attitude à notre égard.

Quel est selon toi, le meilleur groupe de rock au monde?

Mec, le rock a les épaules suffisamment larges pour pouvoir porter un tas de gens sur son dos. Il n'y a pas de meilleur groupe de rock du monde. Par contre, il en existe beaucoup de bons. Je ne suis pas partisan des restrictions et des privilèges. Que chacun prenne un maximum de fun tant qu'il est sur terre et tant mieux si dix mille groupes de rock l'y aident!

(Article paru dans le n° 14 du magazine Mofo de juin 1993)

 

 

Peter Astor

Concrétiser ses propres idées…

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Poète introverti, cet ex leader de Loft, puis de Weather Prophets a décidé de faire cavalier seul en 1989. Depuis, il nous a livré quatre albums différents, "Submarine", "Zoo", "Paradise", et aujourd'hui "God and other short stories". En évolution constante, puisque de la morosité et de l'intimisme, il est parvenu aujourd'hui  à traduire ses émotions sous une forme de pop plus optimiste. Rencontre avec un Peter Astor détendu, souriant, décidé à faire table rase du passé, et surtout très satisfait de son dernier disque, pour lequel nous avons voulu tout savoir. Ou presque! 

Avais-tu l'intention, dès ta plus tendre enfance, de devenir un artiste? As-tu suivi des études en conséquence? Que ferais-tu si tu n'étais pas musicien?

A l'âge de onze ans, je rêvais de devenir un footballeur célèbre. Sinon, je passais mon temps à jouer avec des petits soldats ou à assembler des modules de tanks. J'ai terminé un cycle d'études consacré à la littérature anglaise. J'étais à la fois intéressé et motivé, parce que j'y ai gagné plus d'argent que lorsque je suis devenu chômeur! En Grande Bretagne, le chômage est un grave problème. La plupart des musiciens ont connu cette situation difficile à leurs débuts. Si je n'étais pas devenu musicien, je ressemblerais à ces bâtards qui, pour oublier leur condition misérable, se saoulent la gueule toute la journée dans un bar, en espérant une hypothétique providence...

Avant d'entreprendre une carrière solo, tu as joué au sein de Loft et des Weather Prophets. A quelle formule donnes-tu la préférence?

A celle que je mène pour l'instant. Cela me paraît le choix le plus honnête, le plus adapté à ma sensibilité. Prends l'exemple d'Andrew Eldritch, il a conservé le patronyme Sisters of Mercy, alors qu'il est devenu le seul maître à bord. Et il y en a beaucoup d'autres dans le cas. J'estime qu'il est plus correct de jouer sous son propre nom lorsque tu es seul responsable de la création. Faire partie d'un groupe, c'est apprendre à vivre ensemble, à faire des concessions, des compromis. Parfois, tu te rends compte que tu fais fausse route, mais tu n'oses pas l'exprimer de peur d'exacerber les susceptibilités. Attention, cette aventure est enrichissante, mais elle ne correspond pas à ma nature. J'ai choisi délibérément de poursuivre une carrière individuelle, et j'en suis très heureux. Ce qui n'exclut pas la participation de collaborateurs sur scène et sur vinyle. Mais je ne tiens plus à appartenir à un groupe, car je n'aurai plus le sentiment d'interpréter ma propre création, de concrétiser mes propres idées.

Est-ce que tu reprends parfois des chansons de Loft et de Weather Prophets en concert?

Quelques unes. Mais pas trop! Mais cela n'a guère d'importance... (NDR : il a l'air embarrassé). Ce serait trop ennuyeux d'interpréter ces vieux morceaux. En fait, je me limite à l'une ou l'autre chanson de Loft ou des Prophets. Des faces ‘B’ de singles méconnus. Le reste ne m'intéresse plus. Je préfère me consacrer au nouveau répertoire!

Comment s'est déroulé l'enregistrement de ton dernier album? Es-tu satisfait du résultat?

Il a fallu deux mois et demi pour le terminer. Je dois avouer que son enregistrement n'a pas été facile. J'y ai travaillé très dur. J'ai voulu tirer un maximum de moi-même, et j'ai fait preuve de la plus grande sévérité quant au choix des morceaux. Mais je suis content du résultat. Maintenant, ne me demandes pas d'analyser ma propre création, c'est un peu comme si tu devais décrire ta propre maison, alors que tu l'occupes depuis plusieurs années. Disons qu'il est plus optimiste, plus pop, par rapport à ce que j'ai réalisé jusqu'à présent...

Moins dramatique que "Submarine"?

Absolument! "Submarine" développait des thèmes très sérieux, réalistes même. "God and Other Short Stories" se veut plus positif. Et je suis enchanté que tu l'aies compris dans ce sens.

Est-ce que Dieu est plus important que les autres petites histoires?

Non! Que veux-tu dire par là?

Que représente Dieu dans la vie et dans l'œuvre de Peter Astor?

C'est une question difficile. C'est un peu comme si tu me demandais le chemin qui mène au ciel, alors que j'ai égaré le plan...

Tu crois en Dieu? A la religion?

Non! Je voudrais bien, mais non!

"God and Other Short Stories", c'est seulement un titre?

Oui! Un titre ironique...

Sur ce disque, de nombreuses plages relatent des histoires qui se déroulent le week-end. Est-ce une nouvelle fascination pour Peter Astor?

Pas seulement les week-ends! En fait, après avoir enregistré les chansons de cet album, je me suis rendu compte qu'il y en avait une qui concernait le mercredi, une autre le jeudi, etc. jusqu'au dimanche. Et je me suis dit qu'il serait intéressant de les aligner sur le Cd. Mais au départ, ce n'était pas du tout intentionnel.

A quoi accordes-tu le plus d'importance, aux paroles ou à la musique?

Aux deux! La conjugaison des deux éléments est très importante. Une bonne chanson ne se limite pas à de bons mots!

Es-tu d'un naturel pessimiste?

C'est relatif. Je suis un romantique, et cette sensibilité imprègne mes chansons. Mais je ne suis pas un pessimiste. Pas toujours quoi! Disons que je trouve de la beauté dans la tristesse. Cela donne une signification à la poésie. Je ne suis d'ailleurs pas le seul artiste à y puiser l'inspiration...

Romantique, cela fait très conservateur britannique! Pourtant, tu ne portes pas de chapeau-melon?

Conservateur? Certainement pas dans le domaine de la politique! Traditionnel? C'est très relatif. Peut-être parce que je critique tous ceux qui détruisent l'environnement ou ces nihilistes qui foutent la merde partout. Mais aussi marginal parce que j'aime toutes les formes d'art contemporain, et que je suis tolérant en matière de sexualité. On ne peut donc dire que je sois un véritable conservateur...

Au cours de ton adolescence, tu appréciais tout particulièrement Patti Smith, Television et le Velvet Underground. Que penses-tu du dernier album de Television?  De la reformation du Velvet?

Je n'aime pas du tout le dernier Cd de Television. Il se limite à des riffs de guitares, et pas très subtils en plus! Il ne recèle aucune bonne chanson. L'aura de Television appartient au passé! Le Velvet? Sterling Morrison a sans doute besoin de fric. Pas les autres, je suppose. Lou Reed est devenu le personnage le plus pompeux et le plus ennuyeux du monde musical. Il n'a plus aucun talent et je ne parviens pas à comprendre comment il parvient encore à avoir du succès. "New-York" était son chef-d’œuvre. Le reste n’est que détritus. "Magic & Loss" ne mérite même pas les immondices. Il est dégoûtant! Je n'ai jamais rien entendu d'aussi mauvais! John Cale? Au cours des seventies, il a beaucoup apporté à la musique underground. Depuis, à ma connaissance, il n'a plus fait grand chose d'intéressant. Cette reformation n'est motivée que par l'appât du gain. A moins qu'elle ne soit destinée à leur procurer de la compagnie (rires). Je hais ce style de reformation. Tout comme celle des Buzzcocks. Elles sont totalement ridicules.

La presse rock te rapproche souvent de Nick Drake. Comment réagis-tu à ces comparaisons? Ce personnage est-il si important pour Peter Astor?

Ce n'est pas parce que j'apprécie l'œuvre de Nick Drake qu'il faut nécessairement me comparer à lui. Il est mort! Alors, je préfère être comparé à des artistes comme Metallica, Nirvana, Screamin' Trees ou Babes In Toyland. Au moins eux sont toujours vivants...

(Interview parue dans le n°13 du magazine Mofo de mai 1993)

 

That Petrol Emotion

Libres de contrat!

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Bâti sur les cendres des Undertones par les frères O'Neill, That Petrol Emotion a toujours été un favori des critiques, mais a constamment rencontré des difficultés auprès des firmes de disques. Leur dernière en date, Virgin, les a virés. Ce qui a convaincu le groupe de continuer désormais sur leur propre label ‘Koogat’ (en licence sur New Rose en France et chez Play It Again Sam en Belgique). Les membres du groupe irlandais qui ont bien géré le départ de Sean O'Neill, leur guitariste et principal compositeur, semblent animés d'une foi inébranlable! Sur « Fireproof », leur nouvel album, ils ont même intitulé un morceau « Last of the true believers » ! Explications en compagnie de Steve Mack, le chanteur, américain lui...

Difficile à croire, hein? De toute façon, notre but a toujours été de sortir plus de disques que les Undertones. Aujourd'hui, c'est fait! Le nouveau est arrogant. C'est une sorte de grand ‘Fuck You’ adressé à l'industrie du disque, aux grosses compagnies. Vous ne nous aimez pas? On s'en fout! On est un grand groupe, quoi que vous pensiez...

N'était-ce pas quand même traumatisant de se faire jeter par Virgin, votre firme de disques ? Vous avez songé à vous séparer ?

Oh oui. Spécialement l'été dernier, j'étais retourné à Seattle –d'où je suis originaire– pour voir des amis et de la famille. C'est à ce moment-là que Virgin nous sacqués. 'Libres de contrat!’ On s'y attendait et c'était plutôt une bonne nouvelle pour chacun de nous. Seulement voilà, moi, je suis resté deux semaines de plus que prévu aux Etats-Unis, cinq au lieu de trois. J'ai donc laissé un message sur le répondeur d'un des membres des Petrols. Manque de pot : le message n'a pas été enregistré. Alors, quand je suis revenu à Londres, un copain m'aborde et me dit: ‘Tiens, vous avez splitté ?’ Là dessus, je téléphone à Damian, le guitariste, pour lui demander des nouvelles. Il me dit ‘Ben on était sans nouvelles de toi, on croyait que tu allais rester définitivement aux Etats-Unis!’ Finalement, nous avons tous discuté et nous nous sommes rendus compte que nous étions d'accord : il fallait rester ensemble au moins pour que le disque que nous avions réalisé sorte un jour. On a donc décidé de le réenregistrer, parce que nous n'étions pas tout à fait satisfaits de la première version.

Malgré tous ces ennuis, vous semblez toujours y croire. C'est la signification de la chanson « Last of the true believers » ?

Oui, si tu veux. Les thèmes des chansons, c'est vrai, tournent autour de ‘nous-mêmes’. « Detonate my dreams » est un peu dans le même esprit. On parle des vaches maigres, d'un groupe désargenté qui, pourtant, continue à faire de la musique parce qu'il y croit dur comme fer!

Comment vois-tu l'avenir si vos disques ne se vendent pas mieux?

Ben... Je possède mon propre studio d'enregistrement maintenant. Je pourrai toujours me reconvertir. C'est d'ailleurs mon occupation en dehors du groupe. Mais on a tous l'impression que ce disque va marcher... De toute façon, même s'il n'y a que nos fans habituels pour l'acheter, ça nous permettra déjà d’en faire un autre. Mais on espère plus évidemment. On fera beaucoup de scène pour mettre tous les atouts de notre côté. La situation ne peut donc que s'améliorer.

J'ai lu une critique qui disait que « Detonate my dreams » aurait été un hit dans les années 80, mais qu'aujourd'hui...

Je ne peux pas croire ce genre de truc. Ca m'a tourneboulé. Il est écrit que la chanson est très bonne, de la veine de « Hey Venus » ou « Big Decision »... Moi, je crois qu'à partir du moment où une chanson est bonne, les gens s'y intéresseront. Imagine que ce soit Therapy? qui signe « Detonate my dreams » aujourd'hui. Eh bien, crois-moi, le morceau serait considéré comme un classique des années 90. Par contre, si nous sortions leur single à eux, les gens nous regarderaient en se demandant ce qui nous prend. Attention, j'aime bien l'album de Therapy?, qu'on me comprenne bien. Tout ça me fait rigoler. Une réaction comme ‘OK, quelle bonne chanson, mais personne ne va l'acheter’. Qu’est-ce que ça veut dire ? Qu'on est trop vieux?

Quel âge as-tu?

29 ans, c'est moi le bébé du groupe. Non, pour clore le sujet, je dirais que chaque fois que je vais voir un nouveau groupe, je le compare à ce que nous sommes. Et la comparaison est toujours en notre faveur. Les Petrols sont bons et encore meilleurs qu'il y a quelques années.

Des rumeurs de reformation des Undertones ont circulé. C'était vrai?

Oui. Feargal (Sharkey, le chanteur) ne voulait pas en entendre parler. Nous, on a répondu à Damian qu'il aurait pu l’envisager soit l'an passé, soit l'an prochain, mais pas cette année. Cette année, c'est That Petrol Emotion! De toute façon, je crois que la magie des Undertones était due à leur âge. A l’époque ils étaient très jeunes : 17, 18 ans. Tu les imagines chanter « Teenage Kicks » à 35 ans? Ce serait embarrassant pour des gens qui sont mariés et ont des enfants. Tu ne crois pas?

Tu rencontres encore Sean?

Chaque fois qu'on se produit en Irlande du Nord, il vient nous voir. Il donne des leçons de guitare aux gosses maintenant.

Et s'il voulait rejoindre le groupe?

Il n'est pas le bienvenu (rires). Non, s'il veut nous refiler des chansons, pourquoi pas? Mais, il ne souhaitait plus être dans le groupe, parce qu'il voulait s'occuper de sa famille, de ses enfants. La famille et le rock'n'roll, c'est l'huile et l'eau, ça ne se mélange pas. Sean aurait pu continuer avec nous si nous avions décidé de travailler en dilettante, accorder un concert de temps en temps. Comme professionnels, ce n'était plus possible.

Qu'est-ce qui pourrait être une consécration pour vous?

Juste la reconnaissance populaire. Les critiques, eux, nous ont toujours aimés. La scène reste importante pour nous. A 17/18 ans, j'ai vu tous ces groupes : Iggy Pop, Killing Joke, Dead Kennedys, Gang Of Four, Public Image Ltd. C'était comme une drogue pour moi. Et c'est la raison pour laquelle j'ai décidé de me lancer dans la musique. On va remonter sur scène, quasi après 5 ans d'absence, et la période est difficile, j'ai l'impression que l'assistance est partout en constante diminution : plus personne n'a suffisamment d'argent pour se payer tous les concerts. Mais il y a peut-être une autre explication : je me demande si tous ces shoegazers n'y sont pas pour quelque chose. Ride en ‘live’, c'est à peu près aussi passionnant que regarder de l'herbe pousser. Je veux bien que leurs disques soient bons, mais sur scène, le rock'n'roll c'est pas ça. Un groupe doit suer et convaincre le gars qui est là d'oublier la journée merdique qu'il vient de vivre. Et ce feeling, il n’y a plus beaucoup d'Anglais qui parviennent à le communiquer. Davantage d’Américains, oui. Suede est un jeune groupe. Pourtant, ses chansons sont extraordinaires. Mais je me demande si ce statut ne va pas leur monter à la tête. Est-ce qu’ils ne vont pas se croire aussi grandiose que Manhattan, un de ces jours? Regarde où sont les Stone Roses aujourd'hui! Eux, ils ont sorti un excellent 45tours ; point à la ligne. J'ai lu un sondage selon lequel Reni est le plus grand batteur de tous les temps, à cause de « Fools Gold ». Cette réflexion me rend furax : sur « Fools Gold », c'est pas un batteur qu'on entend, c'est une boîte à rythmes.

Steve, tu es américain, est-ce un avantage alors, aujourd'hui?

Pendant très longtemps, c’était un désavantage Au départ, on me disait: ‘Comment peux-tu parler de l'Irlande, toi qui es américain?’ Et puis quand on a commencé à jouer live, les autres m'ont demandé de ne pas gigoter autant en chantant, parce que je détournais l'attention du public, et que l'important c'étaient les chansons! Là, j'ai dit: ‘Stop, attendez les gars, je suis ricain ; j'aime la musique et je la vis. Le jour où je ne me démènerai plus en les interprétant, ça voudra dire que je n'aime plus nos chansons.’ Voilà, mais en ce qui me concerne, je crois qu'il vaut mieux être américain en Grande-Bretagne aujourd'hui qu'il y a 8 ou 10 ans. Entre-temps, il y a eu Seattle...

(Article paru dans le n° 12 du magazine Mofo d’avril 1993)

 

Chris Cacavas

Nostalgique du ‘Paisley Underground’

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Figure de proue de la scène underground californienne de la fin des seventies et du début des eighties, Chris Cacavas vient d'accomplir une tournée en compagnie du Giant Sand de Howe Gelb. Un périple qui fait d'ailleurs suite à l'enregistrement en commun de l'album "Center of the Universe". Cacavas est surtout connu pour son rôle de claviériste joué au sein de Green On Red, un groupe qu'il a quitté apparemment brouillé avec Dan Stuart et Chuck Prophett. Mais là, c'est une autre histoire. Pourtant, ce musicien accompli, doué d'une superbe voix, capable de troquer son orgue contre une guitare avec une aisance surprenante, dégage une sympathie naturelle. Il ne compte d'ailleurs que des amis parmi les musiciens qui ont vécu ou été impliqué dans le ‘Paisley Underground’, dont Howe Gelb qui participe également à cet entretien (voir également l’interview qui est consacrée à Giant Sand)

Lorsque tu as quitté Green On Red, tes relations avec Dan Stuart et Chuck  Prophett étaient loin d'être au beau fixe, que s'est-il donc passé ? Regrettes-tu d'avoir joué au sein de ce groupe ?

Chris Cacavas : (en grommelant) Difficile à expliquer. Je ne me rappelle plus des raisons exactes (NDR : ou il ne souhaite pas les divulguer). Tu sais, lorsque j'ai joué au sein de Green On Red, on ne peut pas dire que le courant soit toujours bien passé entre eux et moi et puis, mon rôle se limitait à assurer les claviers. Pas évident de vivre avec ces deux types. Ce qui ne signifie pas nécessairement que je regrette cette aventure, car elle m'a procuré une certaine expérience. Mais Green On Red était d'abord le groupe de Dan Stuart.

Tu as vécu le ‘Paisley Underground’ qui a sévi à Los Angeles au début des eighties ; n'as-tu pas la nostalgie de cette époque ? Que reste-t-il de ce passé prestigieux ?

C.C. : Un peu nostalgique quand même. Tous les musiciens se connaissaient, et la plupart sont restés des amis. Nous faisions ensemble des jams et n'hésitions pas à remplacer quelqu'un au pied levé lorsque c'était nécessaire. Les concerts étaient excellents, et ils dégageaient une formidable ambiance... Aujourd'hui, on nous compare à des profs. Personnellement, je n'aime pas beaucoup d'être comparé à un prof. Mais certains (NDR : Chuck Prophett et Dan Stuart ?) cultivent ce complexe de supériorité. C'est ridicule ! Il faut rester humble et s'ouvrir aux autres. Et particulièrement aux jeunes musiciens. Nous aussi nous avons eu des débuts difficiles... tu comprends ce que je veux dire ? Maintenant, le passé, c'est le passé et il vaut mieux vivre avec son temps...

Pourquoi a-t-on qualifié cette musique de psychédélique ? Y a-t-il, comme lors des sixties, une relation avec la consommation de drogues ? 

C.C. : Cette musique avait quelque chose de psychédélique, et de nombreux musiciens ont eu recours aux hallucinogènes ; mais je ne pense pas que cette scène reposait uniquement sur la consommation de drogues...

Tous les groupes issus de ce ‘Paisley Underground’ reconnaissent pour influence majeure les Byrds, et particulièrement Gene Clark. As-tu eu la chance, un jour de monter sur scène avec lui ? Que représente pour toi cette légende ?

Howe Gelb : J'ai joué avec lui !

C.C. : Je suis un fan des Byrds. Mais je regrette que des gens se procurent leurs disques pour les décortiquer, et que des artistes interprètent leurs chansons sans se soucier du message qu'il véhicule. Lorsque j'ai écouté les Byrds pour la première fois, j'ai été très ému. C'est une émotion que je ne puis décrire ; alors, tu comprends pourquoi je n'accepte pas que l'on en fasse des exercices de style. Je m'estime incapable de chanter correctement une chanson de Gene. Certains prennent pourtant le risque, mais avec quel résultat, je te le demande ?

Comment expliques-tu que des groupes comme Long Ryders et Green On Red aient eu ou ont encore des racines ‘country’ ?

C.C. : En ce qui concerne G.O.R., je pense qu'elles sont dues au passé de Dan Stuart. Il a séjourné tellement longtemps en Australie, qu'il se prend pour un cowboy. Il porte même encore aujourd'hui des chapes (NDR : jambières d'équitation)
H.G. : Même qu'il a peur de sourire de peur d'attraper des gerçures !...

En tant que claviériste, as-tu un modèle ?

C.C. : Oui et non. Disons que j'admire beaucoup Bent Montench, le claviériste de Tom Petty, et l'organiste de jazz Jimmy Smith.

Pas Ray Manzarek ?

C. C. : J'apprécie les Doors dans leur ensemble. A une certaine époque je n'écoutais rien d'autre. Et figure-toi que je n'ai jamais atteint mon point de saturation. C'est un groupe toujours aussi fabuleux, et j'aime toujours sa musique.

Les Doors représentent-ils encore quelque chose à Los Angeles, aujourd'hui ?

C.C. : Oui... plus ou moins... pas tellement (rires)

Lorsque tu composes, à quoi accordes-tu le plus d'importance, à la musique ou aux lyrics ? Qu'est-ce qui t'inspire pour écrire ?

C.C. : Ce qui me vient le plus facilement à l'esprit, c'est la musique. L'élaboration des textes est plus laborieuse. Mais je n'ai pas d'exclusive en ce qui concerne les sources d'inspiration. Cela peut être une réaction à un film auquel je viens d'assister, à un livre que je viens de lire ou à une expérience que je viens de vivre...

En 1985, tu as participé à l'album de Giant Sand, "Valley Of Rain".  Comment t'es venue l'idée de recommencer cette collaboration pour "Center Of The Universe", puis de participer à la tournée du groupe ?

C.C. : Ce "Valley Of Rain" remonte déjà à un bon bout de temps. C'était juste avant la naissance de mon premier enfant. Cela doit être en 1985, tu as raison. En fait, j'ai surtout contribué à la confection du single qui porte le même nom. Nous avions pris beaucoup de plaisir à jouer ensemble, et avions convenu de reproduire l'expérience, mais les aléas de la vie ne nous avaient pas permis de la concrétiser plus tôt. Je ne regrette d'ailleurs pas cette décision, et je suis prêt à la renouveler...

Que comptes-tu faire à l'issue de cette tournée ?

C.C. : Me rendre à Disneyland (rires...) Je n'en sais trop rien. Me concentrer davantage sur mon propre travail. Me débrouiller pour que mon album puisse être distribué normalement en Europe. Reprendre mes activités de musicien de studio, prendre part à l'enregistrement des disques de mes amis.

Quel est le partenaire que tu préfères à la guitare ?

H.G. : Dis le, dis le !
C.C. : C'est Howe Gelb.
H.G. : Et moi, mon claviériste préféré, c'est Chris Cacavas.
C.C. : Faux cul ! (rires)

Interview (adaptée) parue dans le n°11 du magazine Mofo de mars 1993.

 

Giant Sand

Il faut être fou pour assurer la première partie des tournées de Neil Young !

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Giant Sand est un projet monté par Howe Gelb au beau milieu des années 80. Bien que né au Nord des Appalaches, Howe Gelb a véritablement entamé ses aventures musicales à Tucson, dans l’Arizona ; là où il avait émigré. Avant de se lancer dans le projet Giant Sand, il a milité chez les Giant Sandworms (NDR : commettant même un Ep passé complètement inaperçu), puis sorti un elpee sous l’étiquette de The Band Of Rocky Blanchette, disque édité par le défunt et mythique label parisien New Rose (NDR : un second long playing de ce combo, intitulé « Hertland », paraîtra même en 1986). C’est en 1985, que Giant Sand sort son premier opus : « Valley of Rain », un disque pour lequel il reçoit le concours du bassiste Scott Garber et du drummer Tom Larkins. Si on implique Giant Sand dans le mouvement ‘Paisley Underground’, c’est à cause de ses relations qui lui ont permis de côtoyer des musiciens comme Steve Wynn, John Convertino et Joey Burns (NDR : ces deux derniers ont même sévi chez le Géant de Sable, juste avant de fonder Calexico) ainsi que Chris Cacavas (NDR : voir également l’interview qui lui est consacrée). John, Joe et Chris accompagnaient même Howe pour la tournée mondiale de Giant Sand, début 1993, un périple destiné à promotionner l’album « Center of the Universe », auquel les trois protagonistes avaient participé. Le 6 février 1993, le band se produisait même à De Kreun, à Courtrai. Pour un set particulièrement halluciné. Faut dire qu’à l’époque, la musique du G.S. était très expérimentale. Surtout en ‘live’. Une sorte de country/psyché/jazz/blues qui aurait pu naître d’un hypothétique bœuf entre Captain Beefheart, Tom Waits, Thelonious Monk et Neil Young. Bref, la musique de Giant Sand est avant tout alternative. Apre, sulfureuse, urbaine, elle est en outre soulignée de textes très élaborés. Certains n'ont d'ailleurs pas hésité à les qualifier de kafkaïens. Rencontre donc avec un personnage, ma foi agréable, mais qui formule le plus souvent des réponses à prendre au second degré, lorsqu'elles n'atteignent  pas le stade de la dérision à l'état pur. Jugez plutôt du résultat...

Howe Gelb est-il ton véritable nom ?

H.G. : Oui, j'en ai bien peur !

Dans la mythologie du rock'n roll, quels sont les artistes qui t'ont le plus marqué ?

H.G. : Mott The Hoople!

Tiens, j'aurais parié que tu me cites Johnny Winter, Woodie Guthrie et Neil Young.

H.G. : D'un point de vue artistique, ce sont de véritables monuments qui ont toujours affiché une forte sensibilité musicale. Mais ce sont aussi des citoyens américains qui paient leurs taxes comme moi et présentent probablement une anatomie semblable à la mienne (!!!)

N'as-tu jamais rêvé d'assurer la première partie d'une tournée de Neil Young ?

H.G. : Surtout pas ! C'est beaucoup trop dangereux ! Le rythme des prestations est tellement élevé que j'en perdrai la carte. Je ne tiens pas à vivre sur les routes pendant des mois et être astreint à me taper chaque soir un concert. Il faut être fou pour assurer la première partie des tournées de Neil Young !

Combien d'albums as-tu enregistré ?

H.G. : Huit en compagnie de Giant Sand. Onze ou douze si on tient compte des albums solos. J'ai également participé aux projets d'autres artistes. Mais là, je ne me souviens plus très bien...

Pourquoi le désert et le sable sont-ils omniprésents dans ton œuvre ?

H.G. : Je suis amusé d'entendre parler de l'omniprésence du sable du désert dans mon œuvre. Il n'est pas à l'intérieur, mais autour...

Tu as quand même une vision du monde bien particulière ?

H.G. : J'aime cultiver les choses troubles, à double sens (NDR : on s'en serait douté!), mais je n'ai pas de vision du monde très précise.

Tes lyrics semblent exprimer un bien-être, un spleen ou une expression violente à l'encontre de ce qui te déplaît. Est-ce la raison pour laquelle ta musique est tantôt douce, violente, complexe ou difficile ?

H.G. : Selon que je suis heureux, triste ou irrité, mon inspiration se modifie. C'est un état d'esprit qui a une répercussion sur mes textes et ma musique.  Et comme je suis extrêmement sensible aux évènements de la vie, ils peuvent paraître versatiles...

Te sens-tu inspiré par la littérature absurde ? Par Joyce, Beckett et Kafka en particulier ?

H.G. : Kafka est-il absurde ? C'est un excellent musicien et je me suis procuré son dernier album la semaine dernière... (rires)

Mais encore ? Tu as lu Kafka ?

H.G. : Je ne peux le nier, mais chacun en retire ce qu'il veut bien !

Que penses-tu de la mort ?

H.G. : Lorsque tu mets chauffer l'eau et qu'elle commence à bouillir, elle dégage de la vapeur... elle se meurt. L'âme de l'eau se détache alors du liquide. C'est la même chose lorsque nous nous éteignons... nous nous évaporons, nous nous transformons en un état gazeux...

De Dieu et de la religion ?

H.G. : Les deux choses ne sont pas nécessairement  liées...
John Convertino : Dieu est une relation personnelle, tandis que la religion crée Dieu.

Retournes-tu encore parfois à Tucson ? Y-a-t-il une scène spécifique en Arizona ?

H.G. : Je rentre à Tucson pour y retrouver ma famille. Ma petite fille s'y trouve pour l'instant. Il n'existe aucune scène en Arizona. Si tu trempes dans le rock'n roll, tu cherches les meilleurs studios d'enregistrements et les meilleurs musiciens de studio ; or ce n'est pas à Tucson que tu les trouveras. C'est la raison pour laquelle j'ai souvent séjourné en Californie ; et qu'aujourd'hui je vis à New York. C'est juste pour mon travail.

Que penses-tu de la phobie des groupes américains qui s'entassent à Seattle pour chercher fortune? Du noisy rock et du grunge en particulier?

H.G. : Un phénomène ou une phobie? Je ne sais pas pourquoi ! Sans doute pour gagner autant de fric que Nirvana. Ils vont bientôt devoir se marcher dessus pour se faire une petite place. Et je ne vais certainement pas allonger la liste. Le grunge? C'est une affaire privée... (???). Noisy? Regarde autour de nous, l'environnement est noisy... (???).

Bernard Dagnies

Interview (adaptée) parue dans le n°11 du magazine Mofo de mars 1993.

 

Buzzcocks

On a peut-être ouvert la porte aux Smiths

Atome prépondérant de l’explosion punk, les Buzzcocks ont profondément marqué le rock anglais de la fin des années 70, au même titre que Clash, Sex Pistols ou The Jam. Pourtant, même si leur musique possédait la fougue et la frénésie de rigueur à l’époque, le groupe de Manchester ne s’identifiait pas vraiment à la ‘no future generation’.

Alors que d'autres parlaient de révolution et d'anarchie, Pete Shelley et sa bande abordaient, à travers leurs hymnes adolescents, des thèmes aussi abstraits et universels que l'amour, la romance, le désir ou la recherche de son identité, les Buzzcocks faisaient rimer punk avec sensibilité, laissant aux générations futures des titres aussi essentiels qu'« Ever Fallen in Love » ou « Everybody's Happy Nowadays », un héritage que les Smiths exploiteront à merveille quelques années plus tard. Après un break de 8 ans, ils sont de retour, sans cheveux gris et sans maison de disque. On ne refait pas l'histoire, mais quand il s'agit des Buzzcocks…

Rencontre avec Pete Shelley et Steve Diggle.

Pourquoi cette reformation?

Pete : Il y a 3 ans et demi qu'on est de nouveau ensemble. L'argent? Il est toujours le bienvenu (rires)… mais la raison principale de ce retour, c'est l'envie de s'amuser et de faire plaisir à tous ceux qui voulaient nous revoir sur scène.
Steve : On estimait que c'était le moment opportun pour travailler à nouveau ensemble. Mais il fallait d'abord qu'on se repose un peu, qu'on prenne nos distances par rapport à l'industrie du disque, ce qu'on a fait chacun de notre côté pendant plusieurs années. Puis après plusieurs discussions dans les pubs de Manchester, on a eu envie de recommencer.

Y a-t-il encore une place pour les Buzzcocks en 1993?

P. : Il y a un grand vide, actuellement, dans la pop anglaise et il y a donc de la place pour nous, je crois.

Est-ce celle laissée vacante par les Smiths?

P. : Non, pas vraiment. On a peut-être ouvert la porte aux Smiths mais il ne s'agit pas de récupérer notre trône. C’est vrai qu'en 78, je ne parlais ni d'anarchie, ni de politique. Mes chansons étaient plutôt des petites histoires d'amour de la vie quotidienne et là, je pense que nos thèmes ont pu inspirer les Smiths. Mais ce n'était pas en réaction contre les Pistols ou les Clash, c'était ma façon de voir les choses et de les exprimer.

Ce n'est pas difficile de conquérir un nouveau public?

P. : Depuis notre reformation, on a tourné deux fois et la réaction du public a été très bonne, particulièrement en France. C’est intéressant parce qu'on va se produire dans de nouvelles salles et c'est un défi pour nous de jouer devant des gens qui ne nous avaient jamais entendus auparavant.
S. : Les trois-quarts du public qui vient nous voir sont composés de nouveaux fans, de jeunes kids, c’est une réelle surprise, étant donné notre longue absence.

N'est-ce pas la curiosité qui pousse les gens à venir vous vous voir ?

P. : Oui, mais ça nous arrange.

Vous préparez un nouvel album?

P. : Oui, il y a deux ans qu'on y travaille mais on est toujours à 1a recherche d'une firme de disques ; et ce n'est certainement pas Factory qui nous signera en tous cas, la boîte a fait faillite (rires).
S. : On n’a jamais rien enregistré pour Factory, de toute façon. On ne correspondait pas vraiment à leur politique, davantage axée sur la musique de danse. On a reçu quelques offres et j'espère que l’une d’entre-elles se concrétisera, cet été.
P. : Les nouveaux morceaux ne déboussoleront pas nos anciens fans ; ce ne sera pas de l’acid jazz ! On a expérimenté de nouveaux sons, mais pas trop quand même.
S. : Nos nouvelles chansons sont aussi fraîches que celles écrites il y a 15 ans. La qualité ‘Buzzcocks’ est toujours là. Sur scène, on ne peut pas jouer trop de morceaux parce que le public ne les connaît pas. Alors, on reprend aussi nos anciens classiques.

Pourquoi éprouvez-vous des difficultés à trouver une firme disques?

P. : Je ne crois pas que les goûts aient changé, il y a toujours un demande pour la musique que nous jouons. Ce qui se passe, c'est que l'industrie du disque, au Royaume-Uni, est frappée par la récession économique. Beaucoup de groupes sont actuellement sans contrat. Les maisons de disques ont beaucoup changé en 15 ans. A nos débuts elles étaient dirigées par des gens passionnés de musique. Maintenant, ce sont les hommes d'affaires qui dictent leur loi, et eux, ils ne pensent qu'à la rentabilité: on signe un groupe, on attend qu'il ait sorti deux 45 tours et si les ventes sont faibles, on le vire! C'est ainsi que ça marche de nos jours. Nous, on recommence à zéro et comme notre musique n'est pas particulièrement commerciale, il faut lui laisser le temps de faire son chemin.

Que reste-t-il du punk?

S. : Après l'explosion punk qui n'a duré que 8 mois, chacun a suivi sa propre direction. Les Clash, par exemple, sont devenus un grand groupe de rock tout court, en imposant leur son très personnel. Nous n'avons plus de contacts avec tous ceux qui ont démarré en même temps que nous. En plus, on ne s'est pas reformés dans le but d'exploiter un quelconque ‘revivalisme’ punk. Le terme ‘punk’ n'a d'ailleurs plus aucune signification à l'heure actuelle.
P. : Il en avait une en 1976, en Angleterre, dans le contexte socio-économique de l'époque. C'était une nouvelle façon de vivre, en quelque sorte. Mais peut-être encore davantage un état d'esprit qu'un style musical. Le sens de l'humour en était une composante importante, aussi.

Vous avez entendu parler des Manic Street Preachers?

P. : Je les ai vus une fois en concert et je les ai trouvés trop bons pour être punk! (rires)... Ils étaient filmés pour la télévision, c'est peut-être la raison pour laquelle ils jouaient si bien.
S. : Leur premier 45 tours, « Motown Junk », était vraiment très bon, tout à fait dans l'air du temps. Ensuite, ils ont signé chez Sony et je trouve que leur attitude a changé, ils se sont mis à copier les Clash. Ils n'ont rien apporté de nouveau, ils ont davantage soigné leur image médiatique. « Motorcycle Emptiness » est un bon morceau mais je ne sais pas trop quoi penser d'eux.

Quels sont les groupes actuels que vous écoutez volontiers?

P. : Eyh... Je ne sais pas, j'ai oublié. Je passe: trop difficile (rires)

Vous connaissez des groupes francophones?

S. : La presse musicale anglaise est très insulaire, elle ne parle pas de ce qui se fait en dehors du Royaume-Uni, sauf si un groupe anglais se produit sur le continent. C'est dommage. C'est également la raison pour on aime tourner hors-Angleterre, ça nous permet de découvrir d'autres scènes musicales, en France, en Espagne, ... Les journalistes, chez nous, pensent que l'Angleterre est le nombril du monde en matière de musique.
P. : Elle l'est, non? (rires)
S. : Il ya beaucoup de bons groupes dans notre pays. Ailleurs aussi. .

Etes-vous conscients d'avoir influencé une multitude de groupes?

P. : Oh oui! REM, par exemple! (rires).
S. : Ca nous fait plaisir d'être une référence. En fait, il n'y a pas longtemps, est sortie une compilation sur laquelle plusieurs groupes de Seattle reprennent nos morceaux. C'est un beau compliment et c'est amusant à écouter parce qu'ils essaient de les jouer à la perfection, sans trop s'éloigner des versions originales.
P. : On n'est est pas toujours conscients. On ne connaît même pas nos propres influences, hormis l'alcool (rires).

Avant de mourir, quelle serait votre dernière parole?

P. : Fuck me and die (rires).
S. : Je me souviens de ce vieillard, le père d'un ami, qui voulait absolument écouter un morceau de musique classique avant de mourir. Le jour où il l'a entendu, il a compris que c'était la fin. J'étais présent et ça m'a vraiment fait une impression bizarre.

Buzzcocks de 1976 à 1993

1976

- Naissance des Buzzcocks à Manchester, après avoir vu les Sex Pistols en concert.
- Sortie de « Spiral Scratch », un EP pressé aux frais du groupe sur son label New Hormones.

1977

- Howard Devoto quitte le groupe et fonde Magazine (premier et meilleur album « Real Life », sorti en 78). Pete Shelley s'empare du micro.
- Steve Garvey remplace Garth Smith à la basse.

1978

- Sortie du premier album, « Another Music From A Different Kitchen ».
- Sortie en 45 tours d'« Ever Fallen in Love », leur plus gros hit.
- Sortie du deuxième album, « Love Bites ».

1979

- Sortie de « A Different Kind Of Tension », troisième album.

1981

- Les Buzzcocks cessent d'exister...

1989   

- …pour se reformer 8 ans plus tard.
- Nouveau batteur: Mike Joyce (ex-Smiths) remplace John Maher.
- Sortie du maxi 4 titres, « Alive Tonight »,

1993

- Tournée européenne et nouvel album en préparation.

Article paru dans le n°11 du magazine Mofo de mars 1993

Screaming Trees

Une sorte de revanche !

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C’est quand même con, parfois, la musique et la façon dont ça marche. Tiens, on n’est pas certain qu’on aurait fait un tel cas des Screaming Trees si, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, Seattle n’était devenu la Mecque des rockers patentés en quête de Nirvana (NDR : oui, oui, d’accord, le jeu de mots est bête et facile). Pire encore : il aurait été dommage et injuste! Comme quoi, les Trees méritent bien qu’on s’attarde un peu sur leur sort. Surtout qu’elle n’est pas loin, l’époque où leurs albums se vendaient chichement. Gary Lee Conner, le guitariste de la formation, le reconnaît…

- C'est exact, nous avons connu des moments difficiles. Le groupe a même failli splitter avant d'enregistrer « Sweet Oblivion ». Nous avons, à cette époque, rencontré d'énormes problèmes. Notre batteur est parti et nous avions l'impression de ne plus avancer dans le bon sens. Nous n’étions pas vraiment loin de la rupture ! Nous avons alors modifié notre façon de faire. Auparavant, nous étions du genre à foncer tête baissée pour enregistrer : ‘on écrit, on met en place, on enregistre et c'est dans la boîte’. Eh bien, on a changé ! Pour « Sweet Oblivion », on s'est rendu compte qu'on pouvait aller plus loin en bossant plus posément, plus précisément. Sans perdre l'énergie, la spontanéité qu'on a toujours souhaité garder. Depuis, tout va bien! Fini, le temps où on pensait bien avoir dit tout ce qu'on avait à dire, où on avait même du mal à imaginer de bosser encore ensemble... Cette période est derrière nous et on se sent bien. C'est d'autant plus chouette que la réussite commerciale de « Sweet Oblivion » n’est probablement pas le facteur déterminant de cette évolution. On a relancé la mécanique, redynamisé le groupe, et nos perspectives d'avenir me semblent bonnes.

« Sweet Oblivion » est-il meilleur ou simplement différent des albums précédents?

- C'est toujours une question-piège. Moi, je l'aime bien mais peut-être que dans six mois je ne pourrai plus l'écouter. Par exemple, de cet album, je n'aime pas particulièrement « Nearly Lost You ». Et pourtant pas mal de gens ont craqué sur cette chanson (NDR : ce titre est paru sur la B.O. de « Singles » et a fait un joli petit tabac dans les charts US). Non, ce que j'adore surtout dans ce cd, c'est qu'il soit réellement le fruit d'un travail de groupe. Nous avons tous participé à la composition et le résultat a été géant, vu les événements dont je viens de parler. Une sorte de revanche.

C'est assez amusant, la façon dont vous vous exprimez par l'image. Les pochettes de disques, par exemple. Tout est très fouillé et on y décèle des tas de symboles et d'objets bizarres. Alors que musicalement, justement, vous donnez plutôt dans le ‘vite fait bien fait’...

 

Mwouais. C'était peut-être un moyen de rétablir un certain équilibre! (il se marre)... Disons qu'on a toujours cherché à ne pas présenter de pochette de disques débile, mettant nos tronches en avant et tout le tremblement. On n'a pas vraiment des faciès de jeunes premiers et les pochettes à la Poison n'étaient donc pas pour nous. Nous avons toujours invité l'auditeur à aller plus loin. Des illustrations un peu complexes, c'est un bon moyen d'y parvenir. Je signalerai aussi qu'enregistrer rapidement ne signifie pas qu'on se contente d’une musique creuse, vide de sens.

Vous êtes associés à cette vague ‘Made in Seattle’ et vous tournez actuellement en compagnie d’Alice ln Chains. Cette assimilation géographico-musicale est-elle un avantage ?

Certainement sur le plan de la popularité, ne nions pas l'évidence. Néanmoins, il faut que nous ne devenions pas prisonniers d'une telle situation! Il se passe des choses superbes à et autour de Seattle parmi des groupes que tout le monde connaît mais il ne faut pas que ce climat  devienne un cauchemar pour les artistes. Si ceux-ci perdent le sens de leurs idées, tout s'écroulerait en deux secondes...

(Article paru dans le n° 11 du mois de mars 1993 du Magazine Mofo)