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Nicolas Alsteen

Nicolas Alsteen

samedi, 31 décembre 2005 04:00

Délivrance non sous-titrée

Collectif fragile articulé autour de l'âme sensible de Boris Gronemberger, V.O. offre " Pictures " au monde. Ce premier album insuffle à la Belgique une autre vision de son univers musical, une autre façon de vivre la pop. Les éloges ne seront jamais suffisants pour acclamer le travail de ces artisans stakhanovistes de la belle musique. Indomptables et incompréhensibles, les mélodies se construisent ici pièce par pièce comme la plus somptueuse des mosaïques. Petit entretien en compagnie de Boris Gronemberger, l'architecte de ce fameux projet.

Boris, peux-tu me retracer brièvement l'histoire de V.O. ?

Notre histoire remonte à l'année 2000. A l'époque, nous jouions au sein de Grinberg, un projet instrumental. Mais je ressentais le besoin et l'envie d'écrire des chansons. Nous nous sommes produites pour la première fois dans le cadre d'un festival organisé à Louvain-La-Neuve : le 'First Steps and false alarm'. Cet événement met en exergue le travail de musiciens qui prennent l'habitude de jouer dans leur chambre ou dans leur cave. Un des organisateurs qui connaissait Grinberg m'a alors proposé d'y participer. J'ai profité de cette opportunité pour mettre V.O. sur pied. Au début, le projet se réduisait à une simple échappée en solitaire. Mais peu à peu, il devenait très difficile d'assurer toutes les compositions seul sur scène. J'ai donc décidé de me tourner vers les autres membres de Grinberg pour m'accompagner. Actuellement, nous sommes cinq : mon frère Dimitri aux claviers, Cédric Castus (Grinberg) à la guitare, Frédéric Renaux (Grinberg) à la basse et Julien Paschal (Sharko) à la batterie

A côté de V.O., tu collabores également à d'autres projets. Tu es notamment le guitariste attitré de la belle Françoiz Breut. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Je l'accompagne effectivement depuis près de quatre ans… C'est vraiment une artiste formidable. Là, nous venons d'achever l'enregistrement de son troisième album (NDR : " Une saison volée ") et nous partirons bientôt en tournée pour le défendre…

Comment perçois-tu V.O. dans notre paysage musical ?

Nous sommes une sorte de formation à part. Notre musique ne passe pas en radio, contrairement à la plupart des formations pop-rock actuelles. Nous nous intégrons dans une communauté d'artiste bien implantée en Belgique mais dont personne ne parle ! En Belgique, il y a une foule de labels intéressants et défricheurs dont on ne souligne pas suffisamment le boulot : c'est une certitude ! Une scène belge alternative évolue aujourd'hui dans l'ombre. Même si notre musique demeure indissociable de la pop, nous faisons partie intégrante de cette scène alternative ! Dans notre Royaume, on ne compte plus les groupes géniaux ! Pour moi, c'est une chose très positive de retourner les projecteurs pour s'apercevoir de la qualité des projets qui se trament en coulisses !

" Pictures ", votre nouvel album, vient de paraître. Qu'attendez-vous de sa sortie ?

Pour être honnête : pas grand-chose ! J'espère quand même que les gens pourront écouter notre musique et qu'elle sera accessible dans le commerce. Et il ne faut pas penser que cette étape soit évidente dans une petite structure comme la nôtre ! Il est difficile de se faire une place dans la jungle des sorties discographique hebdomadaires… Mais nous n'escomptons pas un énorme succès. Tout simplement parce que cette hypothèse n'entre pas vraiment dans notre éthique. Quand j'ai commencé à jouer de la musique au sein d'un groupe, j'étais idéaliste, voire utopiste par rapport à la réussite dans le monde de la musique. C'est en commençant à collaborer avec d'autres artistes que je me suis rendu à l'évidence…

Qui s'est chargé du visuel de la pochette du disque ?

Ce travail revient à Maxime, un des grands artisans de chez Matamore Recordings … et un peu à moi aussi ! A l'intérieur du disque, on peut découvrir une magnifique tête de taureau… (NDR : une expérience visuelle à vivre). C'est une photo prise durant l'enregistrement du dernier album de 'Françoiz Breut'. Nous filmions toutes les prises de sons et par hasard, nous sommes tombés sur ce masque étrange. Inutile de préciser que c'est parti en cacahouète… Cette image est assez cocasse et biscornue. Je trouvais cette photo suffisamment originale pour illustrer la partie intérieure de notre disque !

Le 17 juin, ouvrira la Fête de la musique en grande pompe. Que penses-tu d'une initiative comme la Fête de la Musique ?

D'année en année, l'affiche ne cesse d'évoluer et offre un aperçu de plus en plus large des musiques émergentes. De plus, la promotion associée à l'évènement connaît également un essor considérable. Par contre, il serait très intéressant de faire évoluer le concept de la Fête de la Musique vers d'autres disciplines artistiques !

Pour toi, un concert accordé à cette occasion est-il un concert comme un autre ou a-t-il une saveur particulière ?

Pour les spectateurs qui n'assistent pas souvent à un concert, il est certain que les représentations offertes à l'occasion de la Fête de la Musique doivent avoir une signification particulière. Mais pour nous, un concert reste un concert et se doit d'être joué avec la même envie de partager notre musique !

Quel est le prochain concert auquel tu assisteras ?

En tant que spectateur ? Certainement une des nombreuses premières parties de Françoiz Breut ! On va jouer en même temps que Sonic Youth en France. Ce sera peut-être l'occasion de les voir ! Et puis, notre tournée passe par Barcelone et son fabuleux Festival Primavera (NDR : à l'affiche, on retrouvera notamment The Arcade Fire, Maxïmo Park, New Order, The Wedding Present, Vitalic, Gang of Four, The Stooges, Nouvelle Vague, Mercury Rev…) De quoi passer d'excellentes vacances !

Quel est le disque que tu offrirais à ton pire ennemi ?

Sans hésiter, je crois que ce serait " Smile " des Beach Boys. Simplement parce que j'adore cet album. C'est une manière comme une autre de sourire à son pire ennemi, non ?

Quel est l'album préféré de V.O ?

Difficile de répondre à une question commune. Surtout lorsque les autres ne sont pas présents… Nous avons des goûts tellement différents… Néanmoins, je pencherai pour l'album " Camoufleur " de Gastr Del Sol ! Chez V.O., tout le monde sera d'accord pour célébrer ce disque…

Quel est pour vous le meilleur album de tous les temps ?

J'opte sans conteste pour le " double blanc " des Beatles !

Dans ta collection, y a-t-il un disque que tu as aujourd'hui honte d'écouter ?

Un disque que j'ai honte d'écouter ? Bon, je dois passer aux aveux : je possède un exemplaire du dernier album des Destiny's Child…

samedi, 31 décembre 2005 04:00

Trioscopie

Tout doucement, à petits pas, nous pénétrons dans l'antre du " Slow Club ", nouvel album des Namurois de Flexa Lyndo. Ce disque emporte la somme des frustrations accumulées par les fans : des mois d'attentes pour les uns, des années pour les autres. Retour sans cesse reporté, absence continuellement prolongée : le cycle prend fin. Pourtant, ça a chauffé dans le bloc opératoire ! L'amputation d'un membre (Rodolphe Coster) n'a pu être évitée et la rééducation semblait inévitable : réparation des traumatismes, traitement des infections,… Aujourd'hui, Flexa Lyndo repose fièrement sur ses trois membres et s'affiche plutôt confiant avant d'ouvrir les portes de son " Slow Club " au public… Petite discussion en compagnie de Loïc et Gaël, les compères 'trématiques' de la formation.

Pouvez-vous revenir sur les épisodes qui ont jalonné l'histoire de Flexa Lyndo entre votre album précédent, " Little Everyday Masterplan " et la sortie de " Slow Club "?

Loïc : A la sortie de " Little Everyday Masterplan ", les concerts se sont enchaînés en Belgique et à l'étranger. Durant ces représentations, nous n'avons intégré aucun nouveau morceau dans le set, contrairement à nos habitudes. Nous connaissions une sorte de panne sèche d'inspiration…. Jusqu'alors, le groupe fonctionnait toujours de la même façon : nous réalimentions sans cesse un stock de nouvelles chansons. Après le deuxième album, nous avons eu l'impression d'avoir épuisé ce stock, d'avoir fait le tour de notre univers… Nous avons donc décidé d'arrêter de tourner pour nous concentrer uniquement sur la composition du nouvel album…

Comment ne pas évoquer le départ de Rodolphe Coster (guitare, claviers, chants) ?

Gaël : C'était en septembre dernier… Il a participé à l'élaboration de toutes les chansons du nouvel album et a enregistré de nombreuses parties de guitares. Mais il avait tellement de projets... Notamment, ses rêves les plus fous, tournés vers le théâtre. Il s'est très vite aperçu qu'il ne disposait plus vraiment du temps nécessaire pour assumer tous ses projets. Plus les jours passaient et moins il venait au local de répétition. En fait, c'est Rodolphe, lui-même, qui nous a proposé de prendre un peu de distance…

L. : …par la force des choses, il ne jouera pas sur scène à nos côtés. Mais nous sommes conscients qu'il a mis toute son énergie dans les chansons de " Slow Club ". Quand Rodolphe nous a quittés, nous nous sommes demandé ce que nous allions faire. Finalement, nous avons décidé de 'solder les comptes' et de ne plus rien modifier !

Que pensez-vous de Baum, le nouveau groupe de Rodolphe Coster ?

L. : Nous reconnaissons immédiatement la personnalité de Rodolphe dans ce projet. Il a toujours été captivé par la chanson française, par les mots de la langue française. Nous sommes un peu désolés qu'il ne soit plus des nôtres au sein de Flexa Lyndo mais il ne faut pas s'alarmer : la situation n'est nullement conflictuelle !

Comment expliquez-vous l'envol de votre musique vers des contrées plus électroniques ?

L. : Mon inspiration à la guitare touchait à sa fin… J'étais plus heureux de chipoter sur un clavier que de gratter des cordes ! Et nous avons découvert de nouveaux instruments, des outils formidables qui nous permettaient de créer de la musique autrement…

G. : …les choses ont évolué très naturellement. Pendant la réalisation de notre nouvel album, nous avions enregistré quelques sons sur un ordinateur. Cela nous a donné des idées et offert l'opportunité d'expérimenter de nouvelles sonorités…

L. : …de toutes façons, nous n'avions pas envie de faire du sur-place. Nous avons changé notre fusil d'épaule parce que nos goûts musicaux évoluaient en ce sens ! Mais il est toujours très difficile d'évaluer son travail de l'intérieur ! Car nous sommes profondément immergés dans l'objet même de notre musique.

Une de vos chansons s'intitule " Love The Bomb ". C'est très belliqueux comme titre ! Pouvez-vous nous expliquer cet amour irraisonnable pour les bombes ?

L. : Ce titre trouve une part de son explication dans " Docteur Folamour ", un des grands (NDR : mais en existent-t-ils de petits ?) films de Stanley Kubrick. Le sous-titre de la version originale indiquait " How I Learn to Love The Bomb ". En chantant, j'avais ce " Love The Bomb " qui ne cessait de revenir sur la mélodie. Aujourd'hui, c'est la guerre en Irak. Mais à l'origine, ce n'est pas du tout le thème phare de cette chanson. " Love The Bomb " parle d'une obsession permanente pour une personne, quelqu'un dont on est amoureux, par exemple. Le plus amusant, c'est que derrière cette chanson, les gens identifient directement une logique guerrière, même nos proches ! Ainsi, sur scène, nous sommes accompagnés d'un V-jay. Il a interprété " Love The Bomb " à partir de son sens littéral… C'est très marrant car le thème initial de ce titre réside dans un profond sentiment obsessif.

Sur l'elpee, tu chantes 'The Thing You Wanna Have (But You Don't Have It)'. Est-ce que l'auditeur peut retrouver des traces autobiographiques du groupe dans le thème de cette chanson ?

L. : Cette chanson résume le sentiment frustrant de vouloir à tout prix trouver la perle mélodique sans y parvenir. Ce genre de sensation peut engendrer une réelle remise en question au sein d'un groupe. Parfois, tu peux enregistrer trente prises de voix sans qu'une ne soit meilleure que l'autre... Pour nous, c'est le sens de cette chanson. Mais une fois encore, l'interprétation de ce titre appartient avant tout au public !

Vous êtes dans le circuit depuis de nombreuses années. Quand vous découvrez dans la presse qu'il existe une nouvelle vague de rock en Belgique francophone, quelle est votre réaction ?

L. : Nous ne sommes pas conscients de ce statut. Pourtant, lorsque nous avons annoncé la sortie de ce nouvel album, la presse s'est largement manifestée. Nous ne nous y attendions vraiment pas… Mais que penser de cette 'nouvelle vague' ? Quand les gars du label sont venus nous voir en nous présentant Girls in Hawaïï, leur nouvelle signature, nous avons directement accroché. Antoine et Lionel (NDR : les têtes pensantes de G.I.H.) sont parvenus à séduire facilement le public. Il a quelque chose de très limpide et d'immédiat dans leur musique... De notre côté, nous ne sommes pas du tout frustrés ou jaloux par rapport au succès d'autres groupes belges. En musique, il n'y a pas de mystère : pour réussir à creuser son trou, il faut toujours compter sur la chance et sur un sérieux coup de poker ! Personnellement, je connais trop de groupes qui enregistrent d'excellents morceaux dans l'anonymat… A mon avis, un groupe comme Austin Lace est largement mésestimé ! Je ne cherche pas à comparer l'œuvre de Girls in Hawaïï à celle d'Austin Lace mais quand j'écoute le dernier album d'Austin Lace, je ne comprends toujours pas pourquoi ils ne sont pas encore en haut de l'affiche !

 

 

 

 

samedi, 31 décembre 2005 04:00

Objectif grandes scènes`

Le rock belge fait son show ! L'info n'est pas très récente mais demeure toujours aussi excitante. La scène nationale, en pleine émergence, s'exécute dans la langue de Shakespeare et discute exportation autour d'un bon verre de bière. Mais qui donc s'occupe de Molière dans cette histoire ? La réponse fuse comme un flash-back, une ultime allusion à cet été de l'amour : l'Eté 67. Cette réminiscence hippie revient aujourd'hui de droit à un jeune groupe liégeois. Confectionneuse de rêves musicaux, cette formation s'apprête à répondre simultanément aux étroites exigences des radios, des ados et des prolos ! Eté 67 est une assemblée démocratique, une petite famille composées de six grands enfants : tous des frères… Pour le plus grand bonheur des dames !

Pouvez-vous revenir brièvement sur l'aventure Eté 67 ?

Nicolas Michaux : Nous fréquentions l'école ensemble. C'est là que nous avons décidé de jouer de la musique dès nos 14 ans. Pourtant, nous n'étions pas de bons musiciens ! Disons que nous avons créé le groupe avant même de maîtriser nos instruments. Tout ceci explique en grande partie la bonne cohésion qui existe au sein d'Eté 67. C'est une situation paradoxale puisque nous apparaissons aux yeux du public comme un groupe de jeunes (20 ans de moyenne). Or, notre histoire est déjà longue ! Notre évolution a été constante : des communions, des mariages, des cafés, des salles de concerts, des concours, des victoires et de nombreuses rencontres…

Pourquoi avez-vous choisi de chanter en français ?

N.M. : Dès le début, nous composions en français parce que c'est la langue que nous maîtrisons le mieux ! Il nous a semblé logique de chanter dans notre langue maternelle. De plus, nous avons la chance d'avoir une belle langue d'un point de vue littéraire et poétique…

Depuis la création du groupe, il s'en est passé chez Eté 67 : des concerts, un premier EP, un titre sur la compile des Inrocks, un sur la compile du Soir… Ne craignez-vous pas que les choses ne s'emballent un peu vite pour vous ?

N.M. : Nous sommes très contents d'avoir notre nom publié dans les Inrocks D'autant plus que cette édition présentait Bob Dylan en couverture ! Nous l'adorons tous… Est-ce que cette situation nous effraie ? Non, je ne crois pas. Au contraire, voilà maintenant cinq ans que nous évoluons naturellement…

Nicolas Berwart : Et puis, nous sommes six. Dès qu'il y en a un de nous qui flippe, il peut compter sur le soutien des ses cinq potes…

Nicolas, ta voix trahit parfois des inflexions propres à Bertrand Cantat. Si tu dois aller en France défendre la promo de ton disque, que répondrais-tu à cette constatation ?

N.M. : Déjà, je préciserai que ce n'est pas volontaire. Il convient néanmoins de reconnaître que nous avons écouté Noir Désir et que ce groupe figure certainement sur la longue liste de nos influences.

Pouvez-vous nous citer quelques uns de vos albums préférés parus en 1967 ?

En chœur : Le premier Pink Floyd : "The Piper at the Gates of Dawn ", "Sergent Peppers" des Beatles, "Velvet Underground & Nico ", le premier elpee des Doors.

Comment percevez-vous Eté 67 dans notre paysage musical ?

N.M. : Nous avons certainement une place à part. Eté 67, ce n'est pas vraiment du rock et pas vraiment de la chanson française : c'est un mélange hybride de ces deux composantes. Actuellement, on voit énormément de groupes pop-rock chanter en anglais… Mais qui fait la même chose que nous ? Là, je ne vois pas…

Et comment se positionnent les petits poucets d'Eté 67 par rapport aux autres formations nationales ?

N.B. : Nous sommes plus jeunes que tous les autres. A partir de là, je pense que nous abordons les choses avec plus de naïveté…

N.M : …mais nous les aimons ces groupes ! D'ailleurs, nous avons tous le dernier album de Girls in Hawaïï à la maison ! Cependant, nous n'essayons pas de nous placer par rapport aux autres groupes belges. Même s'ils sont sur la même compilation que nous !

Pouvez-vous nous parler de votre futur album ?

N.M. : …les auditeurs retrouveront " Le quartier de la gare " sur notre album. Par contre, nous n'allons plus le ressortir en single. Ce titre doit avoir sa place sur le disque car les gens l'ont apprécié ! Ce serait vraiment dommage qu'ils ne puissent plus l'écouter… L'accent ne sera donc plus mis sur ce morceau. Nous allons choisir un single inédit pour lancer le CD… De manière plus générale, nous détestons les albums qui donnent cette horrible sensation d'écouter douze fois la même chanson ! Il doit refléter un certain relief, une certaine ligne de conduite, sans être rébarbatif. Nous cherchons la différence au cœur même de notre homogénéité !

N.B. : …il n'est pas encore achevé. Nous avons réalisé les maquettes de nombreux titres : plus d'une trentaine. En principe, nous n'en garderons que douze ! Il devrait sortir en septembre pour le meilleur et pour le pire !

A partir de combien de chansons pensez-vous qu'un elpee est trop long ?

N.M. : Les albums que je préfère durent rarement plus de quarante minutes…

Raphaël Breuer : Bien sûr, il y a des exceptions. Le 'double blanc' des Beatles en demeure sans conteste une des meilleures illustrations !

N.B. : Actuellement, la tendance est à la concision et à l'efficacité. Ces albums sont vraiment excellents ! Personnellement, que ce soit sur disque ou en concert, je préfère toujours terminer sur un goût de trop peu que sur une sensation d'ennui…

Pour l’instant, vous êtes toujours aux études ? Imaginions que votre album rencontre les louanges du public, quelle sera votre réaction ?

En chœur : On arrête l'école et on se concentre à fond sur notre projet !

N.M. : Après le travail que nous avons abattu, nous ne pouvons plus faire marche arrière. Nous ne voulons vraiment rien regretter. Nous ne pouvons passer le reste de notre vie à nourrir des regrets ! Si on y va à fond et qu'on se plante… qu'aurons-nous perdu ?

 
Et si vous voulez vraiment tout savoir sur Eté 67...

 

Quel est pour vous le meilleur album de tous les temps ?

N.M. : " Abbey Road " des Beatles.

R.B. : " Revolver "… des Beatles.

N.B. : " OK Computer " de Radiohead.

Bryan Hayart : "Around The Fur" de Deftones.

 
Quel est le disque que vous offririez à votre pire ennemi ?

N.M. : N'importe quel disque de Fado, cette musique portugaise triste à en mourir !

R.B. : Edith Piaf : " Je ne regrette rien "…

N.B. : N'importe quel album de Stockhausen !

B.H. : Le "Best-of" de Britney Spears...

 
Quel est le dernier concert que vous avez vu ?

N.B. : Experimental Tropic Blues Band et Jeronimo.

B.H. : Experimental Tropic Blues Band et Jeronimo ! Nous étions ensemble...

R.B. : Domguè !

N.M. : C'était Paul McCartney.

 
Quel est le concert que vous regretterez toujours de ne pas avoir vu ?

N.B. : En fait, j'aurai aimé voir les Smashing Pumpkins. Je nourris un réel regret par rapport à ce groupe… Il y a quelques années, j'étais en vacances à Londres et la formation de Billy Corgan jouait juste à côté de l'hôtel où je séjournais. Bien sûr, je n'avais pas de ticket…

B.H. : Noir Désir…

R.B. : The Doors… mais pas ceux du 21ème siècle !

N.M. : Elvis Presley… mais avant son service militaire !

 
Depuis la sortie de votre premier EP, constatez-vous des changements comportementaux du côté de la gent féminine ?

B.H. : Tu parles… Voilà bientôt sept mois que je suis célibataire ! Pour moi, les choses n'ont pas vraiment changé !

N.M. : Disons que les convoitises sont un peu plus pressantes qu'auparavant. Mais n'étant pas libre en ce moment, je n'ai pas vraiment profité de la rançon du succès. Jusqu'à maintenant… (rires !)

R.B. : Plus la scène est grande, plus il y a de filles et plus il faut signer des autographes… (Rires !) C'est vraiment l'objectif 'grandes scènes' !

 
Qu'attendez-vous de la sortie de votre album ?

N.M. : Et bien… des filles et de l'argent… (rires…)

N.B. : Ce disque doit nous permettre de continuer à tourner ! Prouver que la confiance qui nous a été faite n'a pas été vaine !

 

 

 

samedi, 31 décembre 2005 04:00

Little Big Man

L'heure du nouvel album de Jeronimo a sonné. Il y a quelque temps déjà que notre ami Jérôme Mardaga s'y préparait. Comme sur une image en noir et blanc, le garçon était assis sur le vieux banc d'un parc de la Cité Ardente. Pensif et soucieux de son avenir, il restait là, seul sur ces vieilles planches en bois. Obnubilé par ses songes, il s'obstinait à regarder droit devant, cherchant les hypothétiques réponses des mystères de la vie. Et puis, soudainement, à "12h33 ", heure précise, les évènements se sont emballés : Jérôme s'est levé, bien décidé à défendre ses belles histoires tragi-comiques aux doux relents de belgitude.

Que s'est-il passé dans la vie de Jeronimo entre la sortie de son premier album et celle de son nouveau disque ?

Sur le premier album, j'avais encore un job sur le côté… Aujourd'hui, ma vie a changé. Dans une certaine mesure, elle se construit autour de la musique. Je ne vis pas pour autant à 100 % de mon art mais j'y consacre désormais tout mon temps…

Qui était Jeronimo avant de devenir chanteur ?

Jeronimo ? Il était prof de guitare (rires…) Mais entre le prof et le chanteur, il existe une véritable frontière : ce n'est pas du tout la même approche de la musique ! Parfois, c'est étrange : mes élèves me manquent ! J'en recroise certains à des concerts. Mais heureusement aucun d'entre eux ne me balance un reproche du genre : " Tiens, tu nous as salement lâché… " D'ailleurs, lorsque l'histoire Jeronimo touchera à sa fin, je les retrouverai bien assez vite !

Quand Jeronimo part en tournée, loin de sa famille, de ses amis et de son entourage, éprouve-t-il de la tristesse ?

Etonnement, je vais répondre non. La vie est tellement excitante en tournée que je ne ressens pas ce manque, cette sensation de vide. En réalité, il s'agit d'une existence très particulière : un peu concentrée, très exigeante et surtout, très fatigante. En tournée, nous vivons dans une sorte de bulle, hors de toute réalité commune. Bien sûr, certains moments sont plus difficiles, les journées n'en finissent plus et le soir, parfois, la solitude te menace... Mais dans l'ensemble, je ne me plains pas de la vie en tournée…

Sur « 12h33 », la chanson intitulée " La fille que j'aime " évoque un être parfait. T'arrive-t-il de rêver de l'être romantique idéal ?

C'est quelque chose qui m'est complètement inconnu… Cette chanson reste une histoire d'amour très naïve. Le thème de " La fille que j'aime " réside dans un sentiment ambigu, quelque chose d'abstrait et d'inaccessible. Que ce soit clair : la fille dont je parle dans cette chanson n'existe pas !

Pourtant, la thématique de cette chanson risque de toucher bon nombre d'auditeurs. Tout le monde s'interroge, se demande si l'être parfaitement complémentaire existe…

Pour moi, cette hypothèse n'existe pas. Je ne me suis d'ailleurs jamais posé cette question en écrivant la chanson. Personnellement, je considère que les rêves ne sont que mensonges. Et comme le souligne le refrain : " Je rêve de la fille que j'aime ", il ne s'agit que d'un songe, rien de plus…

Quand ton premier disque est sorti, la presse t'a vite collé une étiquette de " joyeux surréaliste " de la chanson française. Aujourd'hui, l'univers de Jeronimo est beaucoup plus terre à terre. Etais-tu conscient de cette évolution quand tu as composé 12h33 ?

Mon état d'esprit a changé : c'est indéniable. A la relecture des paroles du premier album, je me situais en retrait par rapport à mes propres textes et aux différents personnages que je décrivais. Et puis, il y a eu une tournée, des concerts, des rencontres, de nouveaux liens. Tous ces éléments ont engendré un ton nouveau. Au final, j'avais vraiment envie d'écrire un disque plus introspectif. Pour moi, ce nouvel album est plus romantique et désabusé que surréaliste ou cynique, c'est une certitude…

Tu voudrais paraître moins cynique… Pourtant, de nombreux titres prennent un joli bain de cynisme. Tes chansons s'inspirent-elles d'expériences personnelles ?

Oui, c'est une grande différence par rapport au premier album qui n'était nullement autobiographique. Cette fois, la majeure partie de mon travail raconte des circonstances, des humeurs, des sensations, des impressions éprouvées dans différents contextes.

Drôle de réaction : tu connais un chouette petit succès et, paradoxalement, nous retrouvons un Jeronimo plus mélancolique, chantant des textes plus sombres. Nous étions pourtant en droit de nous attendre à des chansons euphoriques après ce premier essai, non ?

A chaque médaille son revers. Le premier album fut très passionnant et enrichissant mais la tournée qui s'en suivi fut très fatigante et dévastatrice à des niveaux plus personnels. J'ai énormément appris grâce au premier album : à répondre aux journalistes (sourires), à monter sur scène, à répondre à l'attente du public, à résister à de fortes pressions, etc. Mais à partir d'un moment, cette vie artistique a pris le pas sur tout le reste. Malheureusement, à l'époque, je ne suis pas parvenu à réprimer ce sentiment de lassitude. Quelque part, j'ai tenu à être honnête sur ce nouvel album et l'affirmer haut et fort au public : " Ecoutez les choses ne marchent pas comme elles le devraient: je préférerai en parler pour qu'elles s'améliorent ! "

Ressens-tu une sorte de pulsion thérapeutique lorsque tu interprètes les chansons de ton nouvel album ?

Cet album demeure une sorte de catharsis. J'ai essayé de coucher sur papier tout ce qui m'avais atteint pendant les deux dernières années de mon existence. Inconsciemment, j'ai certainement déclenché une sorte d'auto thérapie. Aujourd'hui, je me sens mieux. C'est donc que ça fonctionne! Pourtant, c'était réellement difficile. Des gars me croisaient dans la rue: 'Ouah, c'est génial ce qu'il t'arrive !' et inlassablement, je répondais : 'C'est chouette : j'ai perdu ma baraque, je suis complètement déboussolé mais c'est super…' En réalité, la première année d'" Une Vie Sans Toi " fut complètement euphorique et la deuxième restera à jamais gravée dans mon esprit comme une lente descente aux enfers… Sérieusement : la vie d'un artiste n'est pas rose ! La presse a tendance à nous représenter comme des stars logées dans de grands hôtels de luxe. Mais en réalité, il t'arrive de dormir dans une camionnette ou à la belle étoile parce qu'un distrait a oublié de te réserver une chambre. La vie d'artiste, ce n'est pas que des paillettes…

Sur la pochette de " 12h33 ", tu sembles même un peu triste…

Je suis tout seul dans une ville que je ne connais pas. Cette illustration résume assez bien mon état d'esprit de l'époque…

Ce disque marque-t-il un tournant dans la carrière de Jeronimo ?

Je l'espère de tout cœur ! Pour moi, " 12h33 " est un disque de transition. Et ce, pour plusieurs raisons : il n'a pas du tout été réalisé de la même façon que le premier, les paroles sont plus sombres et surtout, pour la circonstance fois, l'éternel petit groupe a eu son mot à dire sur toutes les chansons. Nous voulions éviter de retomber dans le même son et le même ton. Seul, j'aurais refait la même chose… Cette fois, on retrouve du folk, du jazz et du blues : c'est différent !

" Ce que nous ont laissé les vieux " est le titre d'une de tes nouvelles chansons. Ce n'est pas très gentil pour les vieux…

Je le sais… Mais il ne faut certainement pas interpréter ce titre au sens propre du terme ! Il s'agit d'une chanson réactionnaire. Soyons clairs : aujourd'hui, il convient de se couler dans le moule, de porter certains vêtements, de faire des activités de jeunes pour paraître jeune. Bref, nous vivons une sorte de chirurgie esthétique appliquée à la vie. Or, Jacques Brel, par exemple, soutenait que l'accomplissement d'une vie, c'est de vieillir. Il avait entièrement raison : la vie s'écoule et notre existence va dans ce sens là… Cette chanson s'assimile à une réflexion relativement vaste : c'est une interprétation socio-économique mais aussi musicale. Je pense notamment à tous ces vieux cons qui soutiennent ardemment que personne ne fera jamais mieux que les Beatles, que Pink Floyd ou que Bob Dylan. Je déteste cette attitude… Pourtant, je ne remets pas en doute l'immense talent de nos prédécesseurs mais je pense sincèrement que les artistes contemporains sont particulièrement doués…

Certaines de tes chansons respirent la " Belgitude ". " Moi je voudrais ", par exemple, nous procure cette légère sensation patriotique. Est-ce un sentiment voulu et recherché ?

En réalité, j'ai composé cette chanson à Montréal. En somme, on peut soutenir que lorsqu'on s'éloigne de la montagne, on aperçoit mieux son sommet. En écrivant cette chanson loin de chez moi, je me suis laissé davantage de liberté. Cette chanson n'est pas médisante : elle ne fustige aucunement notre pays. Actuellement, sur le plan international, la Belgique est meilleure en musique qu'en football. Alors, pourquoi s'en cacher ? Et puis, au regard de sa taille et de sa géographie, la Belgique rayonne énormément sur le reste du monde. En ce qui me concerne, je me suis vraiment rendu compte de cette situation à l'étranger. Dans le reste du monde, le Belge véhicule une image sympathique : celle d'un individu qui ne se prend pas trop au sérieux, une personnalité emplie d'autodérision et d'un certain sens de l'humour.

Le titre de ce disque suscite une dernière curiosité : Pourquoi avoir opté pour " 12h33 "?

J'ai retrouvé ce chiffre dans mes notes de travail. Je le trouvais beau… il était intriguant et sans signification profonde. Mais faut-il vraiment y apporter une explication ? Bon… (réflexion…) Alors, disons que c'est un simple équilibre entre le jour et la nuit !

 

samedi, 31 décembre 2005 04:00

Légendes urbaines

Bidouilleurs, sampleurs, auteurs et compositeurs, les deux banlieusards de Scenario Rock ont tout écrit : des premiers accords au dernier morceau de " Endless Season ", l'album de la révélation. Autodidactes et passionnés, Mehdi Pinson et Ludovic Therrault ont choisi de mettre leurs rêves en musique. Sans concession ni appréhension, sans foi ni loi, ils nous livrent aujourd'hui le secret de leur détonnant cocktail rock ! Pardon… de leur Scenario Rock…

Sur la pochette du disque, vous apparaissez sur un puzzle. Vos fans peuvent-ils se procurer ce jouet en magasin ?

Medhi : Ben non… Ce puzzle se compose de 1100 pièces. Il est énorme ! C'est vraiment une galère de le reconstruire. D'ailleurs, je ne le conseille à personne ! Pour le refaire, on ne s'adressera pas à nos fans… mais plutôt à des fanatiques de puzzles, des gens expérimentés ! Nous en avons fait réaliser six. Nous avons détaché les pièces et il n'a jamais été possible de les réassembler, c'était trop chaud !

Ludo : A fond, y avait des pièces noires partout, pff…

M. : Mais ce puzzle sur la pochette existe bel et bien. Il ne s'agit pas d'un montage graphique. Pour les plus courageux, il est possible de se procurer un puzzle du visuel de la pochette : un puzzle sur lequel nous sommes occupés de reconstituer un puzzle !

Quand on évoque Scenario Rock, les gens pensent immédiatement à " Skitzo Dancer ", votre premier single. Ne craignez-vous pas d'être réduit à ce single, de devenir le groupe " Skitzo Dancer " ?

M. : Bon, il est vrai que cette chanson a changé des trucs. Mais ce n'est pas non plus le jour et la nuit… Il s'agit effectivement d'un titre fédérateur et il tombe bien dans la mesure où c'est un peu son propos. Ensuite, il titre opère une synthèse et fourmille de références qui nous sont propres. Dès lors, nous ne sommes pas dérangés d'être assimilés à cette compo.

Pourquoi, cette plage est-elle scindée en deux parties distinctes sur le disque ?

M. : Dans la narration de la seconde partie, il y a des réminiscences du début de la chanson. Pour nous, c'est une manière de revenir sur la thématique et de clore le truc simplement. Nous sommes très heureux d'avoir indexé cette chanson sous cette forme. Cela permet à l'auditeur de réécouter la partie jouissive de la fin sans devoir se retaper le début de la chanson. De plus, nous avons appris que la chanson allait être amputée pour sa version radio. Nous préférions donc retrouver notre propre parti pris artistique plutôt que de voir notre chanson massacrée de façon complètement incohérente !

Sur la deuxième partie de " Skitzo Dancer ", vous chantez des paroles que l'on peut traduire littéralement : 'Je suis seulement coupable de danser seul'. C'est quoi cette histoire ? Vous préférez danser à deux les gars ?

En choeur : (Rires) Non, ce n'est pas du tout ça !

M. : Dans cette chanson, nous voulions dénoncer le conformisme moderne qui règne dans les clubs, les soirées et les concerts. A la base, ce sont des lieux où tu es susceptible de rencontrer des gens, d'exprimer ta joie, de danser. Dans ces soirées, il y a toujours un gars ou une fille qui se livre à une danse étrange, voire extravagante. Bref, quelqu'un qui n'est pas forcément à l'aise avec son corps mais qui n'hésite pas à s'exprimer et à s'afficher. Personnellement, je ne comprends pas pourquoi cette personne devrait être montrée du doigt comme le vilain petit canard de l'histoire ! Pourquoi tout le monde regarde cette personne de travers ? Aujourd'hui, à l'occasion d'un concert, les gens sont plus enclins à rester stoïques, à analyser la performance des artistes plutôt qu'à se lâcher… même s'ils apprécient la musique du groupe. Dans ces soirées, ceux qui vivent réellement le concert, ceux qui se trouvent en adéquation totale avec l'artiste seront décriés. Pour nous, cette réaction constitue une moquerie gratuite à l'égard de ceux qui dansent, même de façon ridicule, sur la musique qu'ils aiment. " Skitzo Dancer " se construit comme une véritable métaphore autour de ce concept. La morale de cette histoire : en soirée, si tu as envie de t'exprimer, de profiter de l'ambiance et de danser seul, tu n'as pas à te sentir coupable…

Sur " Frantic Dance of Death ", vous évoquez l'éloignement. La solitude est-elle une sensation qui vous effraie?

M. : (Rires…) Non pas du tout ! Je suis très à l'aise par rapport à mes textes. Les faits et gestes que je dénonce dans les paroles de mes chansons ne me concernent pas directement. Ce n'est pas du tout autobiographique, ni une manière de régler mes comptes. Il y a toujours une part d'humour et de légèreté dans nos paroles car il n'est pas question de devenir complètement militant. Ce n'est pas notre truc… Je ne vais pas sombrer dans le cliché " Fight your right to party " à la Beastie Boys mais quelque part, nous ne somme pas loin de cette optique.

Comment définir Scenario Rock ? Plutôt funk, rock, dance ou soul ?

M. : On est tout ça réuni mec… Et plus encore ! Notre objectif est d'inscrire la musique dans un mode d'expression à part entière. Quand on joue de la musique, il reste essentiel de ne pas sombrer dans les extrêmes, dans un truc complètement égoïste. Le but reste avant tout de faire passer un message. La musique est un grand partage. Après, résumer Scenario Rock n'est pas une mince affaire… Le rock demeure néanmoins la meilleure façon de résumer la musique de Scenario Rock. C'est une musique inventive qui n'a jamais cessé de se réinventer au cours des décennies. Nous souhaitons vraiment inscrire notre projet dans cette voie !

Quand on écoute " Cruisin' ", on décèle immédiatement l'influence 'punkisante' des premiers Beastie Boys. C'est assez drôle d'entendre ce genre de compos alors que les Beastie Boys eux mêmes ne sont peut-être plus capables d'en composer. Que vous inspire cette réflexion ?

M. : C'est peut-être un peu prétentieux de notre part mais j'ai vraiment la sensation que nous empruntons autant qu'ont pu emprunter les Clash ou les Beastie Boys. Quand les Beastie Boys ouvraient pour Minor Threat au CBGB's dans les années 80, ils harponnaient des influences extérieures et s'inspiraient d'un courant qui existait déjà ! De notre côté, nous essayons de travailler en ce sens. Ces influences représentent vraiment quelque chose qui fait partie de nous et qui rejaillit dans nos chansons. Composer un morceau comme Cruisin' s'explique en grande partie au regard de nos expériences, de notre grand folklore et de notre état d'esprit actuel. Quand nous n'aurons plus l'énergie nécessaire pour balancer ce style de musique, alors peut-être passerons-nous à autre chose… Pour revenir aux Beastie Boys : quand tu as 40 ans, je ne pense pas qu'il soit très judicieux de jouer la musique de tes 20 ans… A moins d'être capable de le faire avec la même 'gnac', la même folie ! Pour nous, " Endless Season " demeure une sorte de photographie de nos inspirations et de nos aspirations. Pour Scenario Rock, l'originalité passe donc bien par l'éclectisme… Chez nous, c'est l'authenticité qui prime. Or, la meilleure façon d'être authentique est de faire quelque chose qui te ressemble, que tu maîtrises. Même si la charpente d'un disque s'articule autour de ta personnalité, il y a toujours moyen d'apporter des éléments objectifs…

Et sur scène, que peut-on attendre de Scenario Rock ?

M. : Sur scène, nous sommes cinq. J'assure la voix et la guitare. Ludo la basse et les claviers. Nous avons également un batteur et un deuxième guitariste. En live, nous cherchons vraiment à rester proches du songwriting de l'album…

Une chanson comme " Modern Epicureans " peut-elle être assimilée à un subtil mélange entre la pop scintillante de The Police et l'énergie abrupte des premiers Beastie Boys ? Etait-ce un but pour vous de réaliser ces mélanges osés et un peu fou ?

M. : Il ne s'agit pas d'un exercice de style mais plutôt d'un folklore qui s'exprime de façon inconsciente. A 12 ans, j'avais un groupe de hip hop et j'écoutais aussi bien les Beastie Boys que Minor Threat, Bad Brain ou Slayer. J'accomplissais des figures de Break Dance mais je jouais aussi de la guitare. Tout simplement parce que j'adore les Pixies, Cure ou Police. En réalité, ce sont de faux paradoxes... Evoluer dans le milieu du skateboard a largement contribué à élargir nos horizons et à nous sensibiliser à différents modes d'expression. L'ambition et la témérité, voire l'agressivité se transforment en un processus positif et créatif.

Etes-vous des collectionneurs de disques avant d'être des musiciens ?

M. : Les disques de mes parents m'ont rapidement intrigué. Mon père s'écoute plein de morceaux de groove, de funk ou de soul jazz rarissimes ; ma mère est plus branchée sur les trucs rock et easy listening. Plus jeune, mon grand frère jouait dans un groupe de heavy métal. L'oncle de Ludo était deejay dans les 80's ; et sa programmation oscillait entre Big Beat et New Wave, voire de la production plus funk. Nous avons donc grandi au milieu des années 80. Notre génération se tournait davantage vers le punk ou le hip hop et naturellement vers le vinyle. J'ai vite collectionné les originaux pour mixer ; cela m'avait toujours passionné. Les instruments sont arrivés plus tard pour la bonne et simple raison que c'est quelque chose d'onéreux, d'inaccessible lorsque tu es plus jeune. Au fil du temps, notre culture s'est étoffée. De son côté, la musique s'est démocratisée et décomplexée. Cependant, bien que nous jouions de nombreux instruments, nous nous considérons avant tout comme des producteurs.

Sur le titre " Endless Season ", nous avons l'impression d'entendre une douce référence au " London Calling " de The Clash ? Que pensez-vous du punk ?

M. : L'urgence et la mélancolie se dégagent de ce titre et de son riff de guitare. En réalité, le punk peut devenir nostalgique lorsqu'il sous-tend une référence implicite. Essentiellement pour ceux qui y voient un clin d'oeil aux Clash. Pourtant, de nombreux groupes se sont illustrés en empruntant des éléments à d'autres genres musicaux pour réinventer le rock. Cette démarche nous motive. Nous sommes le produit d'un environnement où le Do It Yourself et l'authenticité comptent encore énormément. Mais il est évident que le punk est devenu un cliché de mode, un univers fantasque où l'esthétique a remplacé l'artistique. Aujourd'hui, tout devient tellement superficiel…

Que pensez-vous des concerts gratuits ? En jouez-vous parfois ?

M. : Les concerts gratos ? Mais ça n'existe pas ! Les représentations nous coûtent toujours de l'argent: alcool, 'etc'... Plus sérieusement, il nous arrive de jouer des concerts gratuits pour des anniversaires, des fêtes ou d'autres événements bien précis. Il n'est pas dérangeant de jouer gratuitement pour une cause caritative. Mais la plupart du temps, ce sont des prétextes avancés pour réduire les coûts et s'en mettre plein les poches. Notre premier concert était d'ailleurs une initiative de ce genre, un concert de soutien,... qui s'est terminé par une disparition de la caisse…

Connaissez-vous quelques artistes belges ?

M. : Des artistes belges ? Quelle drôle de question ! Bon alors… Je pense à dEUS, à Vive la Fête, à Ghinzu, à Girls in Hawaïï, aux 2 Many DJ's ou encore à Soulwax. Les artistes belges francophones, ce n'est pas vraiment notre tasse de thé, à quelques exceptions près !

Quel est l'album préféré de Scenario Rock ? Et dans votre collection, quel est le disque que vous avez vraiment honte d'écouter ?

M. : Ouah, il y a trop de concerts, trop de disques, trop de qualités et de producteurs pour n'en citer qu'un… Par contre, les artistes que nous avons honte d'écouter, on ne les écoute pas. On les fuit ! Ben ouais, faut assumer ces goûts, mec!

Quel est le disque que vous offririez à votre pire ennemi ?

M. : Malheureusement, nous n'avons pas d'ennemi vivant sur la planète terre… Mais si j'en avais un, je lui offrirai notre disque rien que pour lui foutre les nerfs en boule ! Mais j'espère que ça n'arrivera jamais…

Quel est le prochain concert auquel vous assisterez ?

M. : Là, nous sommes impatients de découvrir le LCD Soundsystem de James Murphy à l'Elysee Montmartre ! J'ai l'impression que ça va faire très mal…

 

 

samedi, 31 décembre 2005 04:00

Le charme sème le trouble

Quelle joie de découvrir le nouvel album de Shivaree ! Qui ne se souvient pas de " I Oughta Give You A Shot In The Head For Making Live In This Dump " ? Ce premier disque à l'intitulé longuet renfermait l'un des tubes les plus efficaces et romantiques de cette fin de siècle. Un titre ? " Goodnight Moon ", une chanson faite pour rêver. Et la chanteuse de Shivaree ? Ambrosia Parsley, une frimousse parfaite pour nous obliger à céder aux charmes de cette formation californienne. En Europe, l'intitulé à rallonge s'écoulera à plus de 500 000 exemplaires. Une moitié de décennie après ce succès populaire, Shivaree livre " Who's Got The Trouble ? ", nouveau recueil de comptines atypiques coulées dans un moule de revendications. L'engagement politique constitue indéniablement une petite révolution dans l'univers envoûtant de Shivaree. Résumé d'un entretien séduisant en compagnie de cette perdante des élections américaines… La beauté effraie énormément les hommes. Le genre masculin craint l'éclat, la douceur et la perfection pragmatique de son contraire. Les femmes impressionnent les hommes, c'est un fait. Cette affirmation explique en grande partie la panique qui nous envahit quelques minutes avant de rencontrer Ambrosia Parsley, la voix cristalline de Shivaree. Pourtant, la jolie brune qui nous fait face respire la gentillesse. Naturellement, elle nous propose de nous asseoir. Gêné, les joues rougies, nous acceptons cette rassurante invitation…

Le premier album de Shivaree fut un succès. Quelle drôle d'idée de choisir un titre d'album aussi long !

En fait, nous n'avions jamais songé au rapport entre nos choix artistiques et les vues de l'industrie du disque. Nous faisions notre boulot pour sortir de bonnes chansons et aboutir à un album honorable. Nous recherchons toujours le plaisir dans notre travail sans vraiment réfléchir à la façon dont il travail va être perçu et interprété. Personne ne peut contrôler ce que les gens pensent.

Malgré l'important succès populaire de " I Oughta Give You A Shot In The Head For Making Live In This Dump ", votre deuxième album n'est pas sorti aux USA. Peut-on connaître les raisons qui expliquent cette décision ?

Les personnes avec lesquelles nous avons travaillé sur " Rough Dreams " en 2002 se foutaient pas mal de notre musique… Ce genre de situation se produit relativement souvent chez les compagnies 'Major'. Nous nous sommes retirés afin d'éviter ces hommes d'affaires. Personne ne pouvait nous empêcher de jouer notre musique et c'est la principale raison pour laquelle nous avons décidé de les zapper…

L'explication de cette non-parution aux USA n'est donc pas à chercher dans les conséquences des attaques terroristes du 11 septembre ?

Oh Non … le masque de repos sur la pochette (NDR : ce genre de masque que l'on porte sur le visage pour s'endormir dans les avions) n'est pas du tout une allusion aux attaques terroristes. Tout le monde peut mettre un masque de sommeil ailleurs que dans un avion, non ? Mais cette remarque est très positive car elle démontre que toute chose peut-être interprétée. Un même fait, un même objet sera différent d'une personne à l'autre, d'une interprétation à l'autre. C'est quelque chose de vraiment formidable !

Après le succès de " Goodnight Moon " et du premier album, penses-tu que votre public soit dans l'attente d'un nouveau " Goodnight Moon " ?

Pas vraiment… (hésitations)… En fait, je crois que nous ne pouvons pas penser ainsi. Tu ne peux pas faire quelque chose juste en essayant de reproduire une particularité vocale, en essayant de manipuler le public en quelque sorte. C'est très étrange… Personnellement, j'adore cette chanson. Nous la jouons toujours en concert. Mais comment expliquer son succès ? Je ne sais pas… C'était une très bonne surprise ! Il est très bizarre de composer une chanson que les gens apprécient à ce point.

Votre premier album offrait des images du rêve américain. Pour nous Européens, cet album véhiculait le rêve d'une Amérique inconnue. Sur le nouvel album, c'est différent. On retrouve davantage un travail d'écriture et de composition. Comment expliques-tu cette évolution ?

Tout ce que nous avons réalisé à ce jour constitue une évolution dans notre vie mais aussi dans notre carrière. J'ose d'ailleurs espérer que notre nouvel album ne sonne pas exactement comme notre premier disque ! Aujourd'hui, quand nous réécoutons notre premier disque, c'est un peu comme si nous regardions la photo de notre bébé. Ce premier album a grandi. Si notre nouvel album pouvait parler ou nous écouter, nous pourrions lui faire écouter notre enregistrement initial en lui disant : 'Ecoute ! Ecoute, c'est toi il y a cinq ans…Tu as bien changé, n'est-ce pas ?' En réalité, je pense que tout le monde change. Ce n'est pas quelque chose d'inconcevable pour moi de changer et d'évoluer. Nous rencontrons des gens, nous apprenons des choses et nous grandissons. Nous évoluons sans cesse. Cette notion d'évolution est une des choses les plus fascinantes et fabuleuses dans la musique. Il y aura toujours quelque chose à apprendre et la musique ne cessera jamais d'évoluer, de grandir.

Si un de tes fans vient te voir et t'avoue que pour lui, le rêve américain… c'est toi ! Que lui répondras-tu ?

Je ne sais pas ce que les gens s'imaginent à mon propos. Personnellement, je n'essaie pas 'd'être' ou de représenter qui que ce soit. Mais que peut-on faire contre ces représentations ? Sans le savoir, tout le monde véhicule l'imaginaire du petit monde visuel attaché à son lieu d'origine. Mais personne n'y peut rien…

Sur le titre " I Close My Eyes " du nouvel album, tu chantes quelques mots en français. Que représente la langue française à tes yeux ?

Sur le nouvel album, la politique rencontre la poésie des textes de mes chansons. " I Close My eyes " s'inspire d'un de mes rêves. Dans cette aventure inconsciente, j'imaginais que l'on torturait le président Bush. C'était très étrange… Le lendemain, j'ai écrit cette chanson contestataire. A nos yeux, ces mots que je fredonne en français représentent un affront à notre président. Depuis quelques mois, les relations entre la France et les USA sont tendues. Pour nous, " I Close My Eyes " est symptomatique de ces tensions. Je ne parle pas très bien le français mais si ces paroles permettaient de changer de président, je serais bilingue ! Je suis né à Los Angeles… En Californie, on enseigne l'espagnol à l'école. Ben oui, nous sommes juste à côté de la frontière mexicaine… Alors, les quelques mots de français que je connais, je les ai trouvés dans les livres les disques ! (rires…)

Une des chansons de " Who's Got Trouble ? " s'intitule " The Fat Lady Of Limbourg ". Savais-tu que le Limbourg était une province belge?

Oui, je le savais (NDR : un journaliste perspicace vient de la renseigner). Mais pour moi, avant d'être une province belge, c'est surtout une chanson de Brian Eno, une chanson tirée de l'album "Taking Tiger Mountain…". Mais peut-être qu'un jour j'enregistrerai un disque de reprises, qui sait ? C'est possible… Par contre, il faudra vraiment que je demande à Brian Eno s'il connaît la province du Limbourg en Belgique ! (rires…)

Pour toi, le plus important réside-t-il dans l'écriture ou l'interprétation de la chanson ?

C'est impossible de séparer ces deux choses. Ecrire une chanson et la chanter demeure une chose tout à fait normale, liée à la nature humaine. Je pense réellement que tout le monde est capable de réaliser ce genre de dessein artistique !

 

vendredi, 31 décembre 2004 04:00

Psychanalyse d un projet solo...

Au début des années 90, Londres enfantait les Sneaker Pimps, trio de trip-hop pénétrant, attendant sagement une reconnaissance manifeste d'un public encore épars. Trois albums plus tard, Chris Corner, le leader du groupe, décide de marquer une pause, de s'échapper du collectif sous le couvert d'IAMX. Le projet solo de Corner s'inscrit dans cette mouvance electro-pop qu'il affectionne tant. Une musique traversée d'ambiances et de tempos inhalés au plus profond des années 80. Et lorsque Mr Corner accepte de se livrer au jeu de l'interview, la psychanalyse n'est jamais loin. Histoires de refoulements et de défoulements garantis!

Pourquoi as-tu choisi de te lancer dans un projet solo? Est-ce le reflet d'un ras-le-bol de ta vie au sein des Sneaker Pimps?

Pas un ras-le-bol! Je ne cois pas que ce soit le terme approprié. Je pense qu'à un certain moment, j'ai eu envie de faire des choses plus personnelles, ancrées en moi. J'avais beaucoup de choses à dévoiler à propos de l'amour, de la mort ou du sexe. Le genre de choses que je ne pouvais exprimer librement au sein des Sneaker Pimps. J'ai donc décidé de faire un break, de m'échapper le temps d'un projet solo afin de mieux me comprendre.

Pour toi, quelle est la plus grande différence entre la vie en groupe et ton aventure sous le nom d'IAMX ?

Je pense que le projet solo te permet d'explorer profondément des facettes de ta personnalité. Chose que tu peux plus difficilement accomplir au sein d'un groupe. De plus, pour y vivre, tu dois consentir un nombre ahurissant de compromis. Certes, c'est une bonne chose dans la mesure où tu collabores avec d'autres personnes et tu peux facilement te confier, car ce sont tes amis. Mais une chose est certaine: tu ne peux pas exprimer ce que tu ressens au plus profond de toi-même.

Mais est-ce que les Sneaker Pimps existent encore?

Oui, bien sûr! Quand je me suis lancé dans IAMX, j'avais déjà écrit de nouvelles chansons pour le groupe. Mais elles ne correspondaient pas tout à fait à son univers. Nous voulions changer d'orientation. En même temps, nous ne savions pas réellement dans quelle voie nous diriger. Nous avons donc choisi de faire le point, de réfléchir à ce nouvel album des Sneaker Pimps. Je pense que d'ici Noël, nous l'aurons d'ailleurs achevé.

Ton projet solo s'intitule IAMX. Pourquoi ne pas avoir simplement repris ton nom ou quelque chose comme "Chris Corner solo Project?"

Parce que Chris Corner, ce serait chiant! Je pense que IAMX reste une chose beaucoup plus amusante pour moi. C'est un peu comme mon alter ego. C'est une part de moi que je ne peux pas vraiment exprimer dans ma vie quotidienne. Donc, ce n'est pas vraiment Chris Corner. C'est le diable qui se cache au fond de moi!

Que signifie IAMX?

Ce n'est pas vraiment un nom. Il s'agit d'une sorte de symbole qui reste ouvert à l'interprétation… Pour moi, je sais ce qu'il représente, mais pour les autres personnes, c'est variable… Les gens peuvent vraiment en penser ce qu'ils veulent.

Ton album s'intitule "Kiss and Swallow" (soit "embrasse et avale"). C'est aussi le nom du premier single issu de ton disque. Quelle est la signification de ce titre?

(rires!) Il n'y a pas vraiment de signification là derrière! C'est un titre qui donne bien, quelque chose de viscéral et un peu provocateur, je pense. Mais ce n'est certainement pas quelque chose d'évident!

Ressens-tu le besoin d'être provocant?

Je n'ai pas besoin de l'être. Mais peut-être le suis-je ! (rires). Peut-être est-ce une part de ma nature cachée.

Penses-tu être capable d'apaiser cette personnalité?

Peut-être dès le prochain album. En fait, la question est un peu particulière ; car à la maison, je suis quelqu'un de très posé, de très calme. Par contre sur scène, je suis très différent.

Quand on écoute tes chansons, il convient de reconnaître que tes paroles ne respirent pas l'optimisme. C'est même assez glauque. Quel sentiment souhaites-tu faire passer à travers ta musique?

Je pense que le mot glauque n'est pas adapté! Je n'essaie pas d'être glauque ou déprimant. Au contraire, j'essaie d'évoquer les meilleurs aspects de l'amour et du sexe. Je pense que le sentiment général qui peut se dégager de ma musique reste avant tout une impression de confusion. Ce n'est pas supposé être une musique dépressive! Il n'y a aucune intention de ma part de prendre une semblable direction.

Dans la vie, tu n'es donc pas quelqu'un de pessimiste?

(petite réflexion…) Parfois ! Mais ça dépend. Disons que je suis… comment dire? Disons lunatique! (rires)

Certaines de tes chansons abordent des histoires sadomasochistes. Es-tu attiré par ces pratiques sexuelles?

(rires) Pourquoi pas? Je n'ai jamais pratiqué. D'un point de vue psychologique, il s'agit d'un sujet très intéressant à aborder. Très large et finalement très peu exploité. Quelque chose de très puissant qui se produit entre deux personnes. Cependant, je ne suis pas quelqu'un de violent ou attiré par les chaînes! Comme je le disais, je n'ai jamais pratiqué…

Certain?

Absolument certain !

D'une manière générale, tes chansons parlent d'amour, de sexe, de mort et de souffrance. Considères-tu que ces thèmes entretiennent une quelconque relation entre eux?

Que ces thèmes puissent être liés entre eux? Toutes ces matières entretiennent nécessairement des relations étroites entre elles. Je pense que le cerveau humain emprunte des voies très étranges. Mais au final, toutes les idées qui s'y retrouvent sont connectées entre elles. Pour moi toutes ces choses sont inextricablement liées. Est-ce un hasard si on alimente des rêves érotiques lorsqu'on rencontre une jolie fille? Le rêve continue et puis brusquement, il s'arrête. Il ne reste que la mort! C'est l'histoire de la vie. Pas seulement la mienne mais celle de tout un chacun!

Tes performances scéniques sont de plus en plus réputées, de plus en plus folles. Qu'est-ce que les gens peuvent s'attendre à découvrir en venant te voir sur scène?

Par rapport à la scène, IAMX est très différent des Sneaker Pimps. Il n'y a pas de batteur, pas de groupe à proprement parler. Pour moi, c'est davantage une performance du cœur. J'exploite tous les personnages qui se trouvent enfouis au plus profond de moi-même! Je transporte des amis, d'autres artistes, des comédiens, des personnes étranges. ("C'est toi qui es le plus étrange" lui crie alors sa mystérieuse accompagnatrice).

Pas étrange alors ?

Etrange n'est pas le bon mot. Je pense qu'il est beaucoup plus intéressant pour le public de visualiser différents personnages plutôt que de voir des gens qui jouent vraiment bien !

Tes concerts correspondent-ils davantage à une forme d'événements artistiques?

Exactement! C'est vraiment ce que j'essaie de créer ! Mais les concerts sont différents d'un soir à l'autre. Tout dépend de ce qui se passe pendant la soirée. De ce point de vue, les choses restent totalement imprévisibles!

Mais le fait de se produire en solo, de ne pas dépendre des Sneaker Pimps te permet sans doute de pousser le spectacle plus loin, d'être plus excentrique, non?

C'est vrai que je peux en rajouter sans que le reste du groupe ne commence à me critiquer. Il est déjà arrivé qu'on vienne me trouver à la fin d'un concert des Sneaker Pimps pour me dire que ma performance ne collait pas à notre musique. Chez IAMX, tout vient de moi. Dès lors, il est bien plus facile d'exprimer les émotions qui se cachent derrière les paroles de mes chansons. Je me sens complètement libre, réellement expressif et honnête. C'est mon expérience…

vendredi, 31 décembre 2004 04:00

Pour nous, le Rock n Roll c est de la Pop !

En mai 2002, un petit groupe issu de la banlieue de Glasgow choisit le salon d'une copine pour y interpréter ses premiers morceaux, jouer un concert initial historique, point de départ d'une formidable ascension. Epoustouflante et foudroyante, la musique de nos quatre Ecossais aurait comblé à elle seule notre année 2004. D'ailleurs, leurs noms placarderont bientôt les pages du dictionnaire du rock, imprimés entre Aretha Franklin et Free. Mais à ce jour, ils sont là. Alex Kapranos, Bob Hardy, Nicholas McCarthy et Paul Thomson demeurent la meilleure preuve de notre humanité, notre présent. En 2004, mes amis, nous y étions. Franz Ferdinand était tout. Tout sauf le mirage, l'illusion d'avoir croisé, ici bas, l'avenir du rock'n'roll. Pour fêter dignement Noël, la maison de disque (Domino) de notre quatuor bien coiffé se propose de rééditer l'album fédérateur, premier couperet responsable du changement de statut soudain de Franz Ferdinand. En bonus, un deuxième disque agrémenté de trois nouvelles chansons et de deux introspections musicales. Cinq titres imparables, tirés à quatre épingles, prêts à décoincer l'embourgeoisement généralisé de notre jeunesse. Bref, à l'image de tous les projectiles de pop balancés par le groupe en 2004. Le temps d'une entrevue de début d'année, Alexander - le charismatique chanteur/guitariste de la formation - et Bob - le bassiste à la sympathique allure de môme joufflu - nous confiaient leurs premières impressions. Sensations.

Vous semblez vous connaître depuis toujours. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Alexander : Nous sommes originaires de Glasgow. A l'origine, nous étions tous potes ! Enfin, non (rires) : pas tous ! Pour Nick (Nicholas McCarthy) le cas est un peu particulier. Nous l'avions rencontré lors d'une soirée…

Bob : Ce soir là, Alexander venait d'acheter une bouteille de vodka. Une espèce d'imbécile (Nick) s'est pointée et lui a piqué notre précieux breuvage…

A. : Evidemment, nous nous sommes battus. Pourtant, à la fin de la soirée, nous étions devenus les meilleurs amis du monde ! (NDR : aaahh l'alcool…) Au cours de cette fête bibitive, je lui avais demandé s'il savait jouer de la batterie. Le plus naturellement du monde, Nick m'avait assuré qu'il était très bon batteur. En réalité, il ne savait pas en jouer, c'était une véritable catastrophe. Le pire batteur de l'histoire du rock (rires) Aujourd'hui, c'est Paul qui se charge de frapper sur la batterie de Franz Ferdinand. Comme vous le savez, Nick chante et joue de la guitare !

Une question que tout le monde se pose : 'Que signifie Franz Ferdinand ?'

B. : Avant même de former officiellement le groupe, nous avions toujours rêvé d'un nom de groupe profond, débordant de significations. Bon, pour la petite histoire : nous étions affalés dans le fauteuil, devant la télé, occupés de regarder une course hippique. Dans cette course, un des chevaux s'appelait 'l'Archiduc'. C'est à partir de ce moment que nous avons réellement commencé à parler de Franz Ferdinand…

A. : C'est vrai ! D'abord, ce nom sonnait bien. Ensuite, d'un point de vue historique, la mort de ce personnage a véritablement changé la face du monde. Pour nous, c'était tout trouvé !

A vos débuts, que pensiez-vous des incessantes comparaisons aux Strokes ?

A. : Rien à foutre ! Nous aimons bien ce groupe…Ces gars là font vraiment de très chouette chansons…

B. : Mais notre musique sonne vraiment différemment ! Ce qu'ils font, c'est une chose. Mais nous, nous ne jouons pas cette musique parce que nous aimons les Strokes ! Quand, nous feuilletons toutes ces comparaisons dans la presse, nous ne sommes ni flattés ni énervés,… On s'en balance complètement !

A. : Le plus amusant, c'est lorsqu'on nous compare avec des groupes dont nous n'avions jamais spécialement écouté les disques comme Gang Of Four ou XTC. Comment pourrions-nous copier leur musique sans les connaître ? Pour nous cette situation ne durera pas… Quand un groupe débarque, je pense sincèrement que les gens ont besoin de toutes ces comparaisons. Bientôt le public parlera simplement de Franz Ferdinand !

Depuis trois ans, une 'nouvelle vague Rock'n'Roll' déferle sur la planète. Vous sentez-vous concernés par cette tendance ?

A. : Sur cette question, il convient de se pencher sur l'histoire de la musique. Dans les années 60, il y avait beaucoup de chanteurs et de formations merdiques. Puis les Beatles sont arrivés. Il s'agissait une révolution musicale. Une multitude de groupes formidables sont apparus dans leur sillage. Ensuite, nous avons eu droit à une période un peu plus vide jusqu'à l'arrivée des Sex Pistols et du punk en général. De même, à la fin des années 80, nous entendions de la variété sur toutes les ondes. Subitement des gars de Manchester et de Seattle sont arrivés, porteurs d'un nouvel idéal. Nous assistions aux premiers pas du grunge, aux balbutiements d'un genre nouveau. La musique fonctionne ainsi ! Par accumulation de vagues. Parfois, elles sont très intéressantes, parfois pas du tout…

B. : Nous venons de la scène alternative mais nous aimons énormément la musique pop. Notre souhait le plus cher est de faire de la pop et non de la musique manufacturée. Sérieusement, je pense que Blondie, les Stooges, les Ramones ou le Velvet Underground, c'est de la pop ! Mais une pop très intelligente, celle qui su conserver son côté indépendant. Pour nous, le Rock'n'Roll c'est de la Pop !

Quelle est votre définition de la musique Pop ?

A. : C'est très simple : la pop est une musique sur laquelle tu peux danser. Un refrain que tu chantonnes, un rythme pour ton quotidien. En réalité, le problème vient du fait que les médias collent une étiquette 'pop' sur beaucoup de choses, souvent inintéressantes. Les Strokes, les White Stripes, ce sont là des groupes qui jouent de l'excellente musique pop. Pour moi, c'est le genre de Pop à privilégier…

Quelles sont vos influences majeures ?

B. : Elles sont nombreuses. Mais nous pouvons très certainement citer Roxy Music, Sparks, The Smiths, The Buzzcocks ou encore The Clash…

Connaissez-vous des chanteurs ou des groupes belges ?

A. : Oh,… (hésitations) Oui (enchanté) : Plastic Bertrand et son super 'Ca Plane Pour Moi' (NDR : prononcé dans la langue de Shakespeare, c'est quelque chose…) et Jacques Brel ! Je ne vois que ces deux là… Mais y a-t-il des groupes en Belgique ?

Vous ne connaissez pas dEUS ?

A. : dEUS ! Cette formation est incroyable ! Ces gars là sont belges ? Je l'ignorais totalement. Leurs compositions sont excellentes et j'espère vraiment les revoir un jour en concert.

vendredi, 31 décembre 2004 04:00

Nostalgique du vinyle

Nouveaux princes d'une pop cynique, sombre et romantique, les Canadiens de The Dears attisent aujourd'hui toutes les convoitises. Au chant, Murray Lightburn opère un savant mélange de genre, rencontre sensorielle des voix de Morrissey (The Smiths), de Damon Albarn (Blur) et de Jarvis Cocker (Pulp). "No Cities Left", leur premier disque distribué sur le territoire européen, monte sur scène pour interpréter leur pièce de musique, la plus cohérente entendue dernièrement. Dans une atmosphère de music-hall, The Dears vient de signer sans conteste la plus délicieuse tragédie musicale de ce début de millénaire. Rencontre avec Martin Pelland, le bassiste francophone de la formation.

Pourquoi avez-vous illustré votre pochette de deux tours ? Faut-il y rechercher une quelconque référence au 11 septembre ?

En réalité, les pochettes du disque sont différentes pour chaque continent. Au Canada, l'océan garnit notre pochette. Aux U.S.A., c'est une sorte d'arbre en feu. Les deux tours ont été choisies pour le continent européen. Mais il n'y a aucune référence au 11 septembre à y voir. La maison de disque nous a proposé cette illustration. Nous l'avons accepté mais sans arrière pensée, aucune.

Vos compositions développent une atmosphère proche de celle des comédies musicales. Dans votre cas, on serait presque tenté de parler de tragédie musicale. Qu'en pensez-vous ?

Personnellement, je ne suis pas passionné par les comédies musicales. Je préfère davantage contempler notre musique comme un livre ou un film. En enregistrant le disque, nous avons essayé d'élaborer un tout, pas seulement une suite de singles. C'est certainement cette impression d'ensemble qui confère à notre musique une 'atmosphère de comédie musicale'. Parfois nos morceaux peuvent être sombres… Pourtant, il ne s'agit que d'une simple description de la réalité. Ceci étant dit, notre message n'est jamais négatif. Au contraire, nos paroles sont remplies de messages d'espoir.

Seriez-vous intéressés par des réalisations de musique de films ?

Nous n'avons jamais envoyé de musique à une maison de production. Mais elles sont venues nous chercher ! Ils ont ainsi utilisé certains de nos morceaux pour la série '24 heures'. Vous connaissez ? Un soir, je regardais cette série à la télé. Elle est vraiment chouette. Là, j'ai entendu notre chanson. C'était complètement fou !

Certaines de vos compositions entretiennent un climat relativement sombre. Etes-vous de nature pessimiste ou morose sur la route ?

Je vous rassure : il n'y a aucun suicidaire chez The Dears ! (rires) Nous sommes même très festifs. Traîner dans les fêtes, dans les bars après les concerts est une véritable tradition, une religion pour nous !

Que pensez-vous de cette référence incessante aux Smiths ?

Lorsqu'un groupe commence, les journalistes essaient toujours de coller une étiquette afin de piquer la curiosité des gens, de cibler un certain public. D'ailleurs, cette comparaison aux Smiths n'est pas un défaut, mais plutôt un honneur ! Il est certain que notre approche mélodique est assez britannique. Néanmoins, au bout d'un certain temps, cette étiquette peut devenir un fardeau ? Une fois que les gens connaissent ta musique, ils n'ont plus besoin de référence. Pour le prochain album, j'espère de tout cœur que les journalistes laisseront les références de côté.

Pourtant, une chanson comme 'Don't Lose The Faith' ne dénaturerait pas sur 'The Queen Is Dead'…

En attendant, je ne pense pas que nous méritons une grosse étiquette 'nouveaux Smiths' sur nos pochettes de disques. Il existe tellement d'autres éléments. Je pourrai citer de nombreuses références que les journalistes ne nous attribuent jamais !

A l'écoute de votre musique, on évoque également la voix de Damon Albarn de Blur ou celle de Jarvis Cocker de Pulp…

C'est vrai ! D'ailleurs, cette réflexion nous surprend toujours un peu. Dans la mesure où nous venons du Canada, les gens réfèrent copieusement notre musique, généralement à celle d'artistes européens. C'est certainement plus simple pour les gens de s'y retrouver…

Votre disque se divise en deux parties : A et B. On ne peut s'empêcher de penser aux deux faces d'un disque vinyle. Etes-vous nostalgique de cette époque où le compact disque n'avait pas encore vu le jour ?

J'aime la durée des disques vinyles. A l'époque, les albums ne duraient jamais plus de 45 minutes. Le vinyle présentait cet avantage indéniable: la musique était concise, il n'y avait rien à jeter car tous les titres en valaient vraiment la peine. Au niveau du son, je suis assez nostalgique de la chaleur sonore du vinyle. Mais bon, il faut bien que la musique soit diffusée d'une manière ou d'une autre

Votre single 'Lost In The Plot' cartonne sur les ondes. Quelle est votre sensation par rapport à cet intérêt nouveau pour votre musique ?

C'est vraiment la preuve qu'il est possible de sortir des singles différents de ceux de Céline Dion ou de Nickelback. Nous ne sommes pas occupés de révolutionner l'histoire de la musique grâce à ce single. Mais pour le moment, il y a une réelle ouverture d'esprit du public, quelque chose de nouveau. C'est formidable !

Penses-tu qu'il existe désormais une vague canadienne ?

Si c'est le cas, j'en serai ravi ! Ce n'est pas une question de nationalisme exacerbé mais je sais par quoi tous ces groupes canadiens doivent passer. Il est possible de comparer la situation canadienne à celle de la Suède. Un groupe comme Abba n'a pas eu que des retombées positives sur le pays. Quand un groupe débarquait de Suède, il devait sonner comme Abba. Par la suite, les Cardigans ont réussi à débloquer cette image arrêtée. Pour nous, c'est un peu la même histoire mais avec Céline Dion dans le rôle d'Abba ! Jouer dans un groupe canadien est une aventure qui crée de puissants liens humains. Le pays est aussi grand que les Etats-Unis mais compte dix fois moins d'habitants. Autant dire que lorsqu'on s'embarque dans un bus pour partir en tournée, les relations avec les autres voyageurs deviennent forcément très fortes.

Avez-vous déjà pensé à jouer quelque chose de différent, de plus rapide ?

Comme les Strokes ou les Hives ? Non. J'aime vraiment le premier album des Strokes. D'un point de vue mélodique, cet album reste une tuerie. J'ai apprécié cette nouvelle tendance, ce 'retour du rock'. Mais c'est comme n'importe quoi : une fois qu'un groupe fonctionne, les maisons de disques veulent signer 20 projets identiques. Nous sonnons différemment et c'est très bien ainsi.

Si tu ne devais garder qu'un seul disque dans le tour bus, ce serait lequel ?

Dans un tour bus ? (songeur) Par rapport à une île déserte, c'est très différent ! Dans le bus, je ne suis pas seul. Dès lors, il convient de prendre le goût des autres en considération. (méditatif) Surtout pas un disque dramatique… Les autres auraient envie de me balancer à la première halte ! (rires) Dans le tour bus, j'opterai pour l'album 'Hunky Dory' de Bowie ou éventuellement celui des Smiths, 'The Queen is Dead' !

 

vendredi, 31 décembre 2004 04:00

Ménage à cinq...

Apparu en 1997 aux alentours de Nivelles, c'est désormais à Bruxelles que la vie d'Austin Lace suit son cours. Tout au long de leur deuxième album, mystérieusement intitulé "Easy To Cook", les cinq musiciens réalisent une belle mosaïque de musique pop, bricolée aux sons d'illustres anciens répondant aux noms des Beatles, des Beach Boys ou des Papas Fritas. Travailleurs acharnés, les garçons viennent d'ouvrir une brèche dans l'univers des mélopées joyeuses, gorgées d'insouciances. Fabrice (chant) et Fred (batterie) nous confient les secrets de cette étrange recette :

Depuis votre premier album, quatre ans auront été nécessaires pour en arriver à " Easy To Cook ". Quatre longues et difficiles années, non ?

Fabrice : Nous sommes passés par différentes périodes de déchirements, de tensions…

Fred : C'est vrai, sauf que la séparation n'a jamais été mise sur le tapis. Il y a bien eu des tensions entre certains membres du groupe. Mais jamais nous n'avons évoqué l'idée de nous séparer. Ce groupe, on y tient comme à la prunelle de nos yeux. C'est vraiment la chose qui nous tient le plus à cœur. Une des principales raisons pour laquelle on apprécie la vie. En plus d'être amoureux, bien sûr…

Amoureux ! L'un de l'autre ?

Fabrice : (rires) On nous a toujours dit qu'il y avait un côté féminin chez Austin Lace. En fait, on l'assume totalement !

Comment sont apparus ces problèmes au sein du groupe ?

Fabrice : Pour trouver cinq personnes du même avis, il faut énormément de temps, de patience. Inévitablement, les problèmes rencontrés au sein de la formation sont apparus suite à des problèmes d'ego.

Fred : Dans un certain sens, Austin Lace est un couple. Mais au lieu d'être deux, nous sommes cinq !

Au niveau des influences musicales, êtes-vous souvent du même avis ?

Fabrice : Non, pas du tout ! Il y a un admirateur de Creedence Clearwater Revival, par exemple. De mon côté, j'écoute un peu de tout…

Que pensez-vous de la hype qui plane au-dessus des groupes belges ? Ne craignez-vous pas d'être englobé dans la masse, que le soufflé retombe aussi vite qu'il est monté ?

Fred : Pour moi, il s'agit davantage d'une rampe de lancement. Cette situation nous permet de jouer devant un public. Sincèrement, si nous parvenons à réaliser de bonnes chansons, le public suivra…

Fabrice : Nous étions présents avant la hype, nous le serons après ! Pour l'instant, c'est une bonne chose que le rock belge comble ce public. Si cette situation perdure, tant mieux. Mais si le soufflé devait retomber, tant pis…

Vivez-vous de votre musique ?

Fabrice : Absolument pas… Nous avons tous des activités professionnelles secondaires, nos activités principales, celles qui nous permettent de vivre. Dès lors, le temps que nous consacrons à la musique est vraiment du temps voulu, arraché…

Fred : Combiner les deux (boulot et groupe) n'est pas forcément évident ! Mais Austin Lace reste un choix personnel. Après la journée de boulot de " monsieur tout le monde ", chacun de nous se donne encore plus pour répéter, enregistrer et donner des concerts.

Fabrice : De toute façon, il est nettement plus agréable de vivre de la musique que d'opter pour une vie de fonctionnaire, conduite par un rythme répétitif et monotone…

Fred : Notre mode de fonctionnement reste la preuve que les artistes ne sont pas des fainéants. Chez Austin Lace, il y a une vie après le boulot !

Sur scène, Austin Lace se produit souvent en compagnie du Lovely Cowboy Orchestra. Comment explique-t-on cette collaboration ?

Fabrice : Au niveau humain, il existe entre nous une grande entente. Au-delà de la musique, il existe une sorte d'harmonie, de compréhension, d'humilité qui fait que l'on se comprend.

Fred : Pour l'album, nous avions besoin de cuivres. Comme ce sont de très bons amis, nous avons fait appel à leurs services ("Accidentally Yours"). Et s'ils sont disponibles le jour d'un de nos concerts, ils viennent toujours avec un plaisir non dissimulé pour nous donner un petit coup de main (NDR : de cuivres) !

Vous vous êtes rendus en Scandinavie. Comment s'est passée cette aventure ?

Fred : A la base, John Wayne Shot Me, une formation hollandaise signée sur notre label (62 TV) avait projeté de se lancer dans une tournée scandinave. Ainsi, nous sommes partis avec eux voici trois ans. A l'époque, nous ne les connaissions pas. D'ailleurs, les premières soirées étaient (hésitations)… particulières ! Nous restions chacun dans notre coin : Austin Lace d'un côté, John Wayne Shot Me de l'autre. Mais rapidement, nous avons constaté que nous avions de nombreux points communs…

Fabrice : Le fait qu'ils soient hollandais avait déjà nourri de nombreuses appréhensions. Mais après quelques jours, la situation s'est débloquée… On les adore !

Cette tournée était une aventure ou de la promo ?

Fred : A cette époque, notre premier album n'était pas sorti en Norvège ou au Danemark. Il s'agissait donc d'une aventure humaine avant tout. Depuis ce premier départ vers la Scandinavie, nous y sommes retournés trois fois !

Fabrice : La Scandinavie demeure une région honteusement oubliée par le marché de l'industrie musicale. C'est scandaleux ! L'ouverture du public y est pourtant incroyable...

Fred : Les gens sont très accueillants, très réceptifs. Le plus amusant, c'est que les jeunes sont restés dans un trip sixties. Tout le monde s'habille "rétro" !

Certaines rumeurs circulent à propos de drôles de cookies. Austin Lace serait-il un groupe de junkies ?

Fred : … (rires) L'histoire se déroule au Danemark dans un quartier de Copenhague. Il s'agit d'une entité un peu particulière dans la mesure où l'état danois n'a aucune compétence sur cette parcelle de territoire. C'est indépendant en quelque sorte…

Fabrice : Nous sommes arrivés dans ce quartier en cherchant la salle dans laquelle nous devions jouer. Pour la circonstance, j'avais emmené mon père avec nous. Il était le chauffeur du bus. En plus de nous conduire, il assurait la comptabilité de la tournée. Un jour, on lui a demandé un peu d'argent pour s'acheter de drôles de cookies. Normalement, un cookie convenait pour deux personnes. Mais nous ne l'avions pas bien compris… (rires) Maintenant, on en rigole mais je jure que jamais je n'en reprendrai ! A l'heure du café, il arrive souvent que je propose un petit cookie à mon père. Ma mère n'y comprend jamais rien mais pour nous, cette aventure nous fait toujours bien rire !

Sur votre album, on retrouve davantage de sonorités électroniques. Austin Lace va-t-il bientôt troquer ses guitares contre des ordinateurs ?

Fred : Effectivement, nous sommes attirés par les machines mais nous n'abandonnerons jamais nos guitares ! Quoi que nous fassions, nous resterons toujours Austin Lace. De toute façon, la base du groupe ce sont les lignes de voix!

Fabrice : Par contre à l'avenir, il serait chouette d'évoluer vers un son très lourd, proche du hip-hop, avec des mélodies pop qui continuent de planer au-dessus de ces nouvelles sonorités. Mais je reste également partisan des morceaux folk et hyper dépouillés.

Vous êtes hébergés sur le même label que Girls In Hawaïï. Le succès de ce groupe ne peut que vous encourager. Vous reposez-vous sur le travail de votre label ?

Fred : Se reposer ? Pas vraiment. Mais il est certain que leur succès nous encourage énormément. Parfois, il arrive qu'on se dise : 'Girls In Hawaïï à réussi. Pourquoi pas nous ?' Cependant, il convient de souligner qu'ils y sont parvenus à force de motivation, pas seulement grâce au label. A leur image, c'est à nous de travailler dur pour que leur belle aventure puisse aussi être la nôtre. Pour moi, Girls In Hawaïï reste le déclencheur de cet engouement nouveau pour les formations belges. Néanmoins, notre musique demeure assez lointaine de celle de Girls In Hawaïï…

Fabrice : Lors de la sortie du mini album "Wax" (e.p.), certains journalistes nous ont comparé à Girls In Hawaïï… Franchement, il y a des journalistes qui ont du crottin dans les oreilles ! Ces journalistes n'écoutent pas les disques ! Ils ont une idée préconçue de notre musique avant même de déballer l'album…

Fred : Le piège de la scène belge est là ! Pourquoi écouterait-on un groupe francophone belge différemment d'un groupe américain ? Pourquoi ?

Que signifie "Easy To Cook" ?

Fred : "Facile à cuire"!

Fabrice : Ce titre se retrouve dans les paroles de la chanson "Your Heart Is A Hook". Ce côté facile et rapide à cuisiner s'applique davantage à notre musique. Soit, on la dénigre facilement en invoquant son côté fragile, voire gentillet, soit on tombe sous son charme pour ces mêmes raisons. Ce côté facile à cuire est une des facettes d'Austin Lace. On se donne simplement, et le public choisit ce que bon lui semble !

 

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