Le rire de Will Paquin

Will Paquin sortira son premier elpee, « Hahaha », ce 12 septembre. Orienté guitare, psychédélique et garage-rock, il est décrit comme un chaos créatif à haute tension et imprégné d'humour, un élément souvent oublié dans le rock. En attendant, il a partagé…

Winter adults only ?

Winter, une artiste issue de la nouvelle génération de shoegaze, a annoncé la sortie de…

logo_musiczine

Bénabar les regarde danser…

Bénabar est de retour et nous propose un nouveau single intitulé « Elles dansent », un titre fondamentalement pop, joyeux et émouvant, qui raconte une histoire de famille ou d’amis dans laquelle chacun pourrait se reconnaître : un moment de joie et de liberté…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Jean-Claude Mondo

Jean-Claude Mondo

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

The London Sessions

Au début des années 70, le label Chess avait immortalisé une série d'enregistrements de ses artistes les plus prestigieux. A Londres. Pour y mêler le son original et authentique du blues à celui de la nouvelle génération. Celle qui avait tant fait pour le populariser, en ramenant à l'échelle universelle la connaissance de ses créateurs d'outre-Atlantique. Après le "BB King in London", paru chez Probe en 1971, Chess empruntait même chemin avec Chuck Berry, Bo Diddley, Muddy Waters et Howlin' Wolf. Epaulé par Eric Clapton, Steve Winwood, Bill Wyman, Charlie Watts, Ian Stewart et de son fidèle guitariste Hubert Sumlin, le vieux Chester Burnett concoctait donc cet album. Un elpee découpé en treize fragments et habillé d’une très belle pochette. En 2002, Chess a décidé de ressortir ces ‘London Sessions’ sous la forme d'un double CD. Richement illustré, ce box réunit ici 28 titres, au lieu des treize initiaux.

Le premier disque épingle l’intégralité de l’elpee original et trois bonus tracks issus des mêmes sessions d’enregistrement. Trois fragments qui figuraient sur "London revisited", édité en 76. Le second collige douze prises alternatives issues des sessions originales qui s’étaient déroulées entre le 2 et le 7 mai 1970. Mieux connu pour avoir réalisé le double "Fathers and sons" de Muddy Waters, en compagnie de Paul Butterfield et de Mike Bloomfield, Norman Dayron signe ici la production. A l’instar du long playing originel, la première plaque s’ouvre par "Rockin' daddy". Personnellement, ma plage préférée demeure "I ain't superstitious". Pas parce que la section rythmique est composée de Klaus Voorman et de Ringo Starr, mais à cause de la participation du groupe américain 43rd Street Snipers. Réputée pour ses cuivres, bien sûr, mais surtout pour le talent de l'harmoniciste Jeffrey Carp qui participait à toutes les sessions. Soutenu par un bon Clapton aux cordes, cet excellent instrumentiste tire son épingle du jeu sur "Sittin' on top of the world". Carp devait malheureusement décéder peu après, en se noyant dans la mer des Caraïbes. Accompagné par Lafayette Leake au piano, Wolf souffle sur "Worried about my baby". La voix particulière du Wolf est omniprésente. Face aux cuivres, elle se fait tranchante sur "Built for Comfort". Arc-bouté sur la section rythmique des Rolling Stones et l'orgue de Steve Winwood, "Who's been talking?" est peuplé de rythmes syncopés. L’interprétation y est excellente. Mais l’émotion atteint son paroxysme sur "The Red Rooster". Les musiciens anglais qui venaient de persuader Wolf de prendre son bottleneck, provoquent un faux départ. L'attaque abrupte opérée sur "Do the do" rend cette plage très contemporaine. Le "Highway 49" de Joe Williams est interprété de manière classique, moins primaire que la version de Hound Dog Taylor. Parmi les bonus tracks, "Goin' down slow" et "I want to have a word with you" ont été réalisés le premier jour des sessions. Ringo Starr est aux drums, mais il ne s’y montre guère brillant. Par contre, "Killing floor" est beaucoup plus saignant. Faut dire que Charlie Watts et Bill Wyman y sont très efficaces.

La deuxième plaque débute par une prise tout à fait intéressante et dépouillée de "Worried about my baby". Wolf est au chant et à l’harmonica. Clapton et Wyman l’accompagnent. Plusieurs plages ont été remixées, histoire de leur conférer un son plus actuel. C’est incontestable sur "What a woman", une plage bien plus longue que l'originale. Elle libère pas mal de groove et épingle un joli travail sur l'harmonica. "Who's been talking" est ici profilé sur un monologue de Wolf qui précise ce qu'il attend des divers intervenants, notamment dans la reproduction du rythme de la rumba. Un morceau fort intéressant. Clapton se réserve un solo sur la prise suivante. Il y est excellent, comme sur un autre titre très proche : le "All your love" d'Otis Rush. Pour restituer un son contemporain à "Worried about my baby", un travail minutieux a été opéré sur la nouvelle prise. Une réussite ! Surtout dans le chef de l'harmonica qui met en évidence le talent de Karp, alors qu’il passait inaperçu sur l’opus original. Faut dire qu’à l’époque, l’accent n’avait certainement pas été mis sur les évasions instrumentales. Et c’est encore le cas pour les nouvelles prises de "I ain't superstitious", "Highway 49" et de "Do the do", au cours desquelles le jeu de Clapton est très distinct. Les quatre dernières plages sont des versions alternatives des sessions originales, mais non remixées. Epaulée par une forte section de cuivres, "I ain't superstitious" constitue une excellente surprise. Il s’agit probablement de la meilleure version réalisée à ce jour. Répétitif, "What a woman" a subi un remodelage. Sous cette forme, il fait même penser à des productions bien actuelles. Chess a manifestement soigné cette édition dite Deluxe. Elle allie à la fois qualité et originalité, notamment à cause du second morceau de plastique, dont les fragments affichent une différence marquante.

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

She´s my money maker

Joe Louis Walker est né à San Francisco, le jour de Noël 1949. Etabli aujourd'hui sur la West Coast des Etats-Unis, il est considéré comme un des grands noms du blues contemporain. Mais avant d'obtenir ce statut, il a connu un parcours particulièrement chaotique. Au cours des années 60, il partage un appartement avec Mike Bloomfield dans le quartier branché de Haight - Ashbury. C'est Mike qui met une slide dans les mains de Walker. Quelle heureuse idée a-t-il pu avoir ! Après avoir mené une existence assez perturbée, Joe Louis rejoint un groupe de gospel. Il ne reviendra au blues qu'en 1985, lorsqu'il fonde ses Bosstalkers.

Il commet son premier elpee, "Cold is the night", l'année suivante. Depuis, en alignant régulièrement ses albums, il est devenu une des valeurs sûres du blues. En 92, il signe sur le label major Verve, sur lequel se succèdent "Blues survivor", "Silvertone blues", "Blues of the month club", "Great guitars", "How blue can you get" et "Preacher and the President". Ce dernier en 98. Et puis, il disparaît de la circulation. Jusqu'en 2000, où on ne voit plus que lui. Il enregistre alors "Guitar brothers", en compagnie d'Otis Grand. Paru chez JSP, en mai 2002. JLW embraie ensuite par "Pasa tiempo", un disque sorti en octobre dernier sur Evidence, puis se mue en funky Joe pour "In the morning", édité en juillet 2002 chez Telarc. Il nous revient déjà avec ce nouvel elpee. Mis en boîte à Richmond (Californie) en novembre dernier et autoproduit, cet opus est sous-titré "The Slide guitar album". Le titre de l'album adresse sans aucun doute un clin d'œil à Elmore James, le roi de la slide des 50s qui avait composé "Shake your money maker".

Joe démarre par un "Slow down GTO" qui ne laisse aucune trace de ralentissement, vu l'ardeur au rythme. Encrassée et fort métallique, la slide est bien présente. Elle se met directement à rugir, à hurler. Mais est-ce de plaisir ou de douleur ? Robert Watson à la basse, Willy Jordan aux drums et le bouillant Geno Blacknell Jr aux claviers, complètent le line up. "Poor man blues" est un blues rocker au tempo sage. Joe Louis a calmé sa voix. Geno est passé à l'orgue. Dès que la slide se libère, elle ébauche de petites phrases, bavarde, avant de prendre de l'épaisseur et de l'ampleur. Le bottleneck frétille d'aise. "Borrowed time" est tramé dans le même moule ; mais après moins de 50", la slide ne peut plus se contenir et se met immédiatement en orbite. "Ghetto life" est abordé sur un thème funky ; ce qui n'empêche pas la slide de pétiller. L'homme ne joue certes pas de manière conventionnelle. Il dispense des sons extraterrestres ou reproduit des cris d'animaux qui n'existent pas ici bas. "No easy kind of loving" est un slow blues bien plus proche du Chicago blues. Celui d'Elmore James, en particulier. Mais la slide reste dévorante et bien personnelle. Une nouvelle leçon pour ceux qui voudraient se montrer les meilleurs élèves du style. Nouveau coup d'accélérateur sur "Slide her up and down", une compo dont la démarche et le rythme me rappellent le classique "Shake your moneymaker". Mais le plus étonnant procède de l'aisance avec laquelle Walker libère ses notes. Déconcertant ! Le très connu "Born in Chicago" constitue la seule reprise de l'album. Signée Gravenites, elle rend ici très certainement un hommage à son ami de jeunesse Mike Bloomfield. Un message de classe qu'il transmet à son protecteur de jadis. Dirigé vers le Delta, "My judgement day" est un travail plus roots. Si la slide reste électrique, Joe joue du bottleneck d'une manière plus traditionnelle. Il respecte ainsi le travail des anciens comme Fred McDowell. Il reste plus appliqué et modeste pour rendre un hommage à deux de ses maîtres, John Lee Hooker, mais aussi l'innovateur de son époque, Earl Hooker, tout au long de l'instrumental "Hooker's blues". Une démonstration ! En finale "Eight years of lovin" fait une entorse au programme. Un duo échangé entre le piano boogie de Geno Blacknell et Joe Louis Walker qui a abandonné sa slide au profit d'un harmonica. Il souffle dans les aigus à la manière de Jimmy Reed. Tout au long de cet opus, la voix de Walker est puissante, profonde, chargée d'émotion et de feeling. Excellent!

mardi, 31 décembre 2002 01:00

Newport blues

John Adam Estes est un bluesman mythique, réputé et connu de tout esthète confirmé du blues. Il est né en 1899 à Brownsville, dans le Tennessee. Il avait perdu un œil au cours de sa jeunesse et est devenu complètement aveugle en 1949. Sa vie d'artiste a cependant été bien remplie, et ce jusqu'à son décès en 1977. Pourtant, à sa mort, il était dans un tel état de dénuement que ses funérailles durent être payées par souscription. Il a beaucoup enregistré : depuis ses débuts en 1929 pour Victor, et puis successivement chez Decca, Bluebird, Sun et Delmark.

Cet album est historique, car il n'a jamais été édité. John était passé, durant l'été 1964, au célèbre Newport Folk Festival. Des séances en studio ont été programmées suite à ce passage. Elles datent du 28 juillet de la même année. Cet album vaut aussi par la présence de ses deux fidèles amis, Yank Rachell et Hammie Nixon. Né en 1910, Yank a joué chez Beale Street avec Sleepy John. Multi-instrumentiste, il était surtout réputé pour son adresse à la mandoline. Il nous a quittés en 1997. Hammie Nixon était également originaire de Brownsville, où il avait vu le jour en 1908. Un remarquable harmoniciste qui a également disparu en 1984.

John ouvre l'opus par "Special agent". Un titre qu'il avait déjà enregistré ; mais sur un 78 tours ! Chez Decca, en 1938. Yank rejoint John et Hammie dès "Wadie green blues". Renforcée par l'harmonica lumineux, l'alchimie guitare et mandoline fonctionne instantanément. Le jeu superbe de Hammie Nixon est sans doute l'élément clef de cet album. Personnellement, c'est même une révélation ! Certaines sonorités atmosphériques balaient "Up & down", une espèce de blues scatologique au cours duquel la mandoline se libère. L'album offre une solide tranche de blues pur. Un folk blues qui ne suscite jamais l'ennui. Depuis le singulier "Need more blues" à "Newport blues", dominé par le brio de Nixon, en passant par "80 Highway", un superbe bues lent que Sleepy John chante avec une passion débordante, "NYC Breakdown" au cours duquel Estes et Nixon s'échangent des phrases vocales sur le mode du dialogue et "Worried mind blues". En fin d'album, Yank Rachell s'assied au piano. Il laisse d'abord Hammie Nixon chanter d'une voix chaude et rassurante, "Poor mother's child" ; avant de prendre le relais vocal pour interpréter "New doorbell blues". Un excellent album de downhome blues !

 

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Bluesanthropie

Les WBB nous viennent de la région de Lyon-St-Etienne. Un trio partagé entre le chanteur/guitariste Gaspard Ossikian, le bassiste Olivier Perez et le batteur Michel Rulliere. Le groupe comptait déjà deux albums à son actif, dont un "Live sessions" paru en 2002. Très soigné, ce nouvel opus ne recèle que trois compositions maison, privilégiant les nombreuses reprises.

Il s'ouvre par un titre de BB King, "I wonder why". La voix autoritaire, puissante, assez râpeuse de Gaspard est étonnante. La formation abat du bon boulot. Le leader joue de la slide, avec beaucoup de réserve, sans jamais en remettre une couche. Ce qui explique la réussite de sa première sortie en soliste. "Mat à dame" est une composition maison, funky, qui montre les limites de la langue française ("les morpions qui attendent les ébats!!"). La belle voix rugueuse s'adapte mieux à la langue de Shakespeare. A l'instar du classique "Just a little bit" caractérisé par ses changements de rythme, et d'"I feel good", de James Brown, un fragment qui bénéficie du renfort de Fred Brousse, à l'harmonica. Un multi-instrumentiste qui a de l'étoffe ! "I'm ready" constitue le premier grand moment. La version est swing. La voix très grave, travaillée comme un instrument. Son solo est assez créatif. "Ice cream" est un tout bon blues lent maison, une compo magnifiée par l'épaisseur du timbre vocal de maître Ossikian. Nonobstant les limites de la formule trio, les musiciens remplissent bien l'espace sonore. Les Blasters conservent le tempo modéré tout au long du "Don't say that no more" de Jimmy Reed. Il n'est pourtant pas interprété à la manière typique de Reed, mais plutôt comme les formations blues rock du british blues boom des sixties. A cause de cette aptitude à ne pas s'égarer dans des flots de notes et dans l'autosatisfaction. Les Wananas font une interprétation réussie de l'instrumental "Don't loose your cool". Une cover notoire du maître de la Telecaster, Albert Collins, au cours de laquelle le trio est rejoint une nouvelle fois par Fred Brousse. Et tout au long de cette adaptation, il faut reconnaître que la section rythmique libère un fameux groove. La fin de l'album demeure fort intéressante. Le "Magic Moutain" de Gaspard Ossikian marque un net changement de style, beaucoup plus personnel. Gaspard trafique sa voix qui semble venir d'outre-tombe. Une voix très expressive, dont les reliefs soulignent l'effet dramatique. Elle peut même rappeler celle du Captain Beefheart à son époque glorieuse ou de l'Anglais Edgar Broughton. Et les cordes accentuent les effets vocaux dans un dépouillement assez sinistre. Une slide plaintive introduit une version bien personnelle du hit de Nino Ferrer, "Le Sud". J'aime beaucoup la finale, le fameux "Third degree", un long blues lent poussé à l'extrême. Un titre signé par le pianiste de Chicago, Eddie Boyd. L'adaptation est à nouveau sculptée dans le British Blues. L'atmosphère est empreinte d'une tristesse infinie. L'introduction à la guitare est tout en sensibilité. Les notes parcimonieuses font mouche. La voix de Gaspard colle bien à ce climat. Personnellement, elle me rappelle la quintessence d'Aynsley Dunbar Retaliation. Et en particulier le chant de Victor Brox et la guitare de John Moorshead (NDR : un fervent adepte de Peter Green). Et c'est un compliment !

 

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

What´s wrong with this picture?

Quel parcours pour ce chanteur irlandais depuis le milieu des sixties ! Une époque au cours de laquelle, à la tête du légendaire Them, il immortalisa le fabuleux "Gloria" et une version dévastatrice de "Baby please don't go". L'artiste emprunta alors une carrière en solitaire. Un parcours exemplaire entamé en 1967, par l'album "Blowin' your mind" et poursuivi l'année suivante, par "Astral weeks".

Près de quarante albums plus tard, "What´s wrong with this picture?" flaire bon le blues. Chanteur/compositeur, Van mêle ici, et avec beaucoup de bonheur, jazz, blues et soul, sans oublier pour autant ses racines celtiques. Il signe par ailleurs son premier opus pour le célèbre label Blue Note, une écurie spécialisée dans le jazz. Et l'artiste en tire une certaine fierté.

Van se fait introspectif pour interpréter le titre maître. Soutenu par les cordes et entouré de chœurs féminins, il chante cette ballade lente à la manière d'un Ray Charles. "Within boy moan" est un R&B teinté de jazz. La section rythmique swingue. L'orgue Hammond de Richard Dunn et les cuivres nous entraînent dans une douce folie. Martin Winning se réserve le sax ténor et Mr Morrison le sax alto, en personne. L'opus recèle, bien sûr, quelques ballades folk jazz dont Van a le secret. Il y étale toujours ce sens affirmé de la mélodie. A l'instar de "Fame" et surtout d'"Evening in June", dont les accents désuets sont soulignés par une trompette et une clarinette. Mais pour notre plus grand bonheur, Van ouvre alors une belle page blues. Blues langoureux teinté de jazz d'une autre époque, "Too many myths" véhicule les accents nonchalants de la Louisiane. De Baton Rouge, très exactement. "Somerset", ensuite. Epinglant pour la circonstance Acker Bilk à la clarinette. L'intemporel "Meaning of loneliness", également. Van souffle dans le sax alto avant de moduler sa voix pour concéder le blues savoureux, "Goldfish bowl". La richesse de son timbre lui permet d'être aussi à l'aise dans le rock, le blues, le jazz que le folk. Il dirige magistralement la manœuvre tout au long du boogie blues "Stop drinking". Signé Lightnin' Hopkins, cet excellent fragment bénéficie du concours de Pirate Mick Green à la guitare, de Martin Winning au sax tenor et d'Alan Wicket au washboard, dans un registre plus discret, il et vrai. Un léger frisson nous caresse l'échine à l'écoute du blues traditionnel "St James infirmary". A cause de sa mélodie. Van n'a jamais renié ses origines irlandaises. Il le démontre une nouvelle fois à travers "Once in a blue moon" et surtout le brillant "Little village", une ballade celtique à la mélodie accrocheuse. Incroyable, mais nonobstant son âge, Morrison a conservé toutes les facultés vocales de ses débuts. D'ailleurs, "Get on with the show", la dernière ballade de ce songwriter, aurait pu figurer au répertoire de Them. C'est à dire quarante ans plus tôt…

mardi, 31 décembre 2002 01:00

Blues in Britain 2002

A contrario de revues comme 'Blues & Rhythm' et 'Juke Blues', 'Blues in Britain' constitue le mensuel anglais de blues qui milite en faveur de la scène locale. En fait, il a succédé à 'Blueprint', un magazine qui a porté haut et durant une décennie le flambeau du british blues. Au cours des dernières années, la revue nous a proposé une collection miroir de l'activité locale, une collection réservée aux seuls abonnés, et donc impossible à se procurer dans des points de vente habituels. Pour 2002, on y retrouve pas moins de vingt titres, exécutés par autant d'artistes différents ; la plupart peu ou pas connus. A travers un répertoire né d'un savant mélange du blues électrique et de l'acoustique. Modestement sous-titré "The best of British blues", l'opus débute par un des plus sérieux espoirs anglais : le chanteur pianiste et harmoniciste Dave "West" Weston. Issu du fameux Delta de la Tamise, il est le leader de ses Bluesonics mais aussi membre régulier des Big Town Playboys et des Blues Kings de Big Joe Louis. Il est sans doute l'harmoniciste anglais le plus talentueux. Avec Paul Lamb. Lui aussi inspiré par le 'west coast jump'. Son "I know what's going on" est tout à fait excellent. Son jeu sur l'harmo chromatique est saturé de swing. Son chant lui colle à la peau. Alimentée par la basse acoustique de Ian Jennings, la section rythmique est chargée de groove. Le Daniel Smith Blues Band assurait derrière Mojo Buford, au dernier Spring Blues d'Ecaussinnes. Sur ce "Fast train" il est soutenu par la guitare de Jon "T-Bone" Taylor et l'harmonica d'Alan Glen (ex-Nine Below Zero) ; un solide espoir du piano d'outre-Manche qui incarne ici le successeur des princes du boogie woogie. Les Customtones pratiquent un boogie blues d'honnête facture. Chez "Let's slide", le piano et la guitare passent bien la rampe, mais la voix n'est pas inoubliable! Flanqué de Chad Strentz au chant, un personnage qui fut longtemps le vocaliste des Kingsnakes de Paul Lamb et du guitariste Pete Farrugia, auteur d'un excellent solo, le Breakout Blues tire très bien son épingle du jeu sur "Drunk 'n' homeless". Drivée par le chanteur/harmoniciste Pete G Welland, Pete "G" & the Magnitones est une formation prometteuse. Ses deux guitaristes assurent dans la discrétion sur le relaxant "Big man blues". "Just enough" bénéficie du concours de Sonny Black à la guitare. Un instrumental au cours duquel Lee Badau concède un solo de sax très intéressant. Les Blackjacks évoluent dans un univers fort proche de Little Charlie & the Nightcats. Ils le démontrent tout au long de leur "Blackjack boogie". Etonnant ! Cliff Stocker et Slack Alice me rappellent le Doctor Feelgood du regretté Lee Brillaux. Côté acoustique et roots, trois plages sortent du lot. Tout d'abord "Hallowed ground". Si Guy Tortora y tire son épingle du jeu, ce fragment est traversé par l'accordéon de Charlie Hart, le chauve bien connu chez nous. Eddie Martin et son Acoustic Trio également. Chez "It's a mystery to me". Dino Coccia enfin. Pour un "Hey Renee" au cours duquel on retrouve le merveilleux Gordon Smith au chant et à la guitare. Sans oublier le duo vocal partagé entre Marcus Malone et Papa George. Ce dernier se réservant, en outre, le dobro. Leur "Take it to heart" est tout à fait bouleversant. Cette très bonne collection s'achève par "Blues mag blues" (!!), un instrumental magique, un voyage au cœur du Delta, sur lequel on retrouve Chris Rea à la slide. En fait un fond de tiroir inédit issu des sessions d'enregistrement de son dernier album, "Stony road".

 

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

50 years of Jazz & Blues - Blues

Si Alligator constitue le label n° 1 du blues à Chicago, Delmark se rapproche de plus en plus de son statut. Drivé par par Bob Koester et focalisé entre le jazz et le blues, cette maison de disques célèbre, cette année, son 50ème anniversaire. L'occasion était donc belle de sortir une collection "Blues" sur un double CD. Et une compile qui vaut son pesant d'or puisqu'elle est rehaussée par la présence de quelques plages jamais éditées à ce jour. Sept sur les 33 fragments retenus.

Bénéficiant du soutien de Ken Saydak au piano, la chanteuse Zora Young ouvre le feu par "Learned my lesson". De son timbre vocal purement soul, Syl Johnson chante "I like your style". Signé Junior Wells, "Ways like an angel" est le premier inédit. De tout premier intérêt, ce slow blues paresseux remonte à juin 1953. Enrichie d'une superbe partie d'harmonica, cette prise alternative est issue des sessions de l'album "Blues hit big town". Les Aces sont bien au poste : Louis et Dave Myers ainsi que Fred Below aux baguettes. Speckled Red, un des grands pianistes de Saint-Louis, interprète "Cow cow blues". Un extrait de "The dirty dozens", le tout premier opus de blues, paru chez Delmark en 56. Le premier disque recèle encore quelques excellents fragments. Le dynamique "Let it roll", tout d'abord. Une composition du chanteur guitariste Frank Morey. "I can't quit you baby" d'Otis Rush, ensuite. Un morceau immortalisé 'live' en 1975, au Japon. Secondé du sémillant Billy Flynn à la slide, Willie Kent nous réserve une interprétation merveilleuse d"I had a dream", tellement proche d'Elmore James. Issue des sessions de "Pineywoods blues" (1958), "Midnight creep" est une plage indédite de Big Joe Williams. Lurrie Bell est responsable de l'adaptation du "Got my eyes on you" de Smokey Smothers, tramée sur le riff de "Help me". Le second disque s'ouvre par "My woman is gone", une réplique de Howlin' Wolf exécutée par Tail Dragger. Des inédits, encore ! Magic Sam, le roi du West Side, reprend son succès de 57, "Everything's gonna be alright". Une version commise en 67, au club Mother Blues. J.B Hutto, un des princes de la slide, nous gratifie du brûlant "Love retirement", un fragment enregistré en 72, à l'époque de son album "Slidewinder". Johnny B. Moore concède "Broke man". Enregistré en février, cette compo sera la plage titulaire de son prochain album. Tout comme le "Back to the Delta" de Jimmy Burns. Flanqué de Hammie Nixon et de Yank Rachell, Sleepy John Estes exécute "Time is drawing near". Un titre issu des sessions de l'album "Broke and hungry", commises en 64. Ce morceau de plastique épingle encore "You were a good old ride" de Steve Freund et la cover du "Help me" de Karen Carroll, par Johnny B. Moore et Ken Saydack. Cette version date de l'an 2000. Carey Bell exécute son slow blues sublime "So hard to leave you alone" (1977) en compagnie de son fils Lurrie. Le guitariste Dave Specter se réserve l'instrumental délicat "Blues A-la-King". Enfin, le tout jeune Luther Allison, "Dust my broom", un extrait de son elpee "Love me mama" (1969). Et pour que l'information soit complète, sachez que Delmark a édité, en même temps, une compilation jumelle, consacrée au "Jazz".

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Where blues meets rock V

Il y a de nombreuses années que le label hollandais Provogue est devenu un spécialiste des rencontres entre le blues et le rock. Mais, en général, elles accouchent d'un hard rock aux accents bluesy. Un résultat renforcé par le cinquième volume de cette collection "Where blues meets rock". Pour être honnête, j'avoue être davantage attiré par les plages les plus blues. Et en particulier celles que défendent Omar & the Howlers, Dave Hole, Jan James et Tony Galla, ainsi qu'aux plages de braise allumées par Michael Katon et Rob Tognoni.

Le géant texan Omar chante "Life without you". Un blues lent issu de l'album "Big Delta". La voix écorchée et puissante de Jan James se montre à son avantage tout au long de "Built me a man", un blues de bonne facture qui épingle Craig Calvert à la guitare. Il y a très longtemps, Tony Galla s'était illustré comme gratteur chez Raven. Il chante parfaitement son "A.S.A.P" en communiquant des accents très BB King à sa guitare. Le boogie rock est également au menu de cet opus. Et tout d'abord, Michael Katon. Un guitariste issu de Hell, dans le Michigan. Sa slide furieuse déchire "The Detroit river dirty blues". Dans ce registre, Rob Tognoni n'est pas un manchot non plus. Paul Gilbert et son oncle Jimi Kidd sont réputés pour leur métal dévastateur. Mais sur "Girl watching", le duo passe quand même la rampe. Les Barrelhouse Brothers paraissent un peu perdus au milieu de toutes ces machines puissantes. Leur boogie confortable est parcouru par le piano élégant de Colin Earl (ex-Mungo Jerry). On retrouve pourtant au sein du line up le regretté Noël Redding (ex-Jimi Hendrix Experience), Eric Bell (ex-Thin Lizzy) et Corky Laing (ex-Mountain). Certains guitaristes sont ici, manifestement inspirés par le spectre de Jimi Hendrix ; et en particulier Jay Hooks, Carl Verheyen et Craig Erickson. D'autres préfèrent offrir un avant goût de leur tout prochain album. A l'instar de Michael Lee Firkins, dans sa reprise du "Still alive and well" de Rick Derringer, un standard interprété naguère par un certain Johnny Winter. De Greg Koch également, pour un assez prometteur "Ain't got problems" ; et en fin de Steve Fister…

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Shout, Sister, shout

Rosetta Rubin Tharpe est née en 1945. A Cotton Plant, dans l'Arkansas. Elle y est élevée au sein d'un milieu très religieux qui répond au nom de 'the Church of God in Christ'. Très jeune, joue du piano et de la guitare ; mais surtout chante le gospel dans les églises. En octobre 1938, elle enregistre à New York sous le nom de Sister Rosetta Tharpe. Et très rapidement, elle acquiert une solide réputation, dans les milieux gospel. Au cours des années 40, elle devient très populaire. A cause de sa voix, mais aussi de son jeu de guitare. Elle décroche quelques succès en compagnie de l'orchestre de Lucky Millinder et Sammy Price. Il lui arrive alors de monter sur scène armée de sa guitare électrique avec Louis Jordan et son Tympany Five. Elle s'est éteinte en 1973 à Philadelphie.

Sous-titrée "A tribute to Sister Rosetta Sharpe", cette collection épingle toutes des chanteuses qui se sont fait connaître sur des scènes aussi diverses que blues, folk, gospel ou jazz. La part réservée au gospel est bien sûr ici très bien représentée. Ainsi, l'ouverture est déjà consacrée au traditionnel "Nobody's fault but mine", que chante Joan Osborne entourée des Holmes Brothers. Sherman, Wendell Holmes ainsi que Popy Dixon sont également de la partie pour épauler la voix puissante et superbe d'Odetta sur "Two little fishes and five loaves of bread", celle de Phoebe Snow pour "Beams of heaven" et la voix frêle de Victoria Williams tout au long "My lord and I". Certaines plages sont extrêmement dépouillées. Et je pense tout particulièrement aux morceaux qui consacrent les performances vocales. A capella de Sweet Honey in the Rock sur "Precious memories", de Michelle Shocked pour "Happening every day" (NDR : que Rosetta avait chanté en 1944 en compagnie du Sammy Price Trio), superbe, naturel et bouleversant manifesté par Janis Ian tout au long de "This train" ; sans oublier celle accomplie par Rory Block lors de son adaptation du "Stand by me". Cet opus recèle également toute une série de fragments qui ont bénéficié du concours d'une formation R&B drivée par la guitariste Del Rey. Enregistrés en Californie, ces tracks mettent en exergue plusieurs chanteuses prestigieuses. Et tout d'abord la plage générique "Shout, Sister shout", chantée par quatre grandes dames : Maria Muldaur, Tracy Nelson, Lou An Barton et Marcia Ball. Marcia se réserve également "I want a tall skinny papa", Maria et Tracy, "Up above my head", Maria le remarquable "I looked down the line" et flanquée de Bonnie Raitt à la slide, "My journey to the sky" ; enfin Angela Strehli concède l'excellent blues rythmé "That's all". Guitariste féminine, Miss Rey avait donc bien sa place ici. Pour votre information, sachez qu'elle a déjà commis quelques albums, dont le dernier ("Twins") est paru en 2002. Un disque enregistré en duo avec Steve James. Joanna Connor et son band se consacrent à "Don't take everybody to be your friend". Chanteuse de gospel, Marie Knight partagea la route de Sister Rosetta fin des 40's, début des 50's. Elle mérite donc légitimement sa place, en interprétant ici "Didn't it rain". L'opus recèle enfin une vidéo de Rosetta, tournée en noir et blanc, un clip issu de "Gospel time", une émission TV issue des 60's. La Gibson SG en bandoulière et épaulée par une dizaine de choristes, elle y chante le classique "Down by the riverside". Non seulement sa voix et remarquable, mais sa manière extravertie, très amplifiée, de jouer des cordes, tout en exécutant des gestes et des petits pas, rappelle inévitablement Chuck Berry et Pete Townsend : " Shout Sister, shout ! ". La cerise sur le gâteau !

 

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Johnny´s blues - A tribute to Johnny Cash

Johnny Cash, (1931-2003), la star authentique de la country music, vient de tirer sa révérence. Celui qu'on qualifiait de "Man in black" a enregistré plus de 1.500 chansons et a vendu plus de 50 millions d'albums. Il figure à la fois au Country Music Hall of Fame et Rock Music Hall of Fame. Il y rejoint Elvis Presley. Cette collection est parue peu de temps avant sa mort. Elle réunit treize artistes plus ou moins impliqués dans le blues qui reprennent une de ses chansons.

Northern Blues Music est un label canadien. Il n'est donc pas étonnant que la production soit réalisée par un artiste canadien : Colin Linden. Et il revient à d'autres Canadiens, Paul Reddick et ses Sidemen, d'ouvrir cet opus. Par un "Train of love" d'excellente facture. Très blues, cette compo met en exergue le piano de Richard Bell, le dobro de Colin Linden ainsi que la voix et l'harmonica de Paul Reddick. Epaulé au chant par Benjy Davis, Clarence Gatemouth Brown inocule un ton western swing jazz à "Get rhythm". La sortie de Gatemouth à la guitare y est superbe. De nombreuses chansons de Johnny Cash étaient moulées dans le country folk. Un style aisément convertible en folk blues. Miss Maria Muldaur réalise cette opération sur "Walking the blues", en s'appuyant sur la guitare du folksinger Del Rey. Alvin Youngblood Hart également. Pour le très intimiste "Sunday mornin' comin' down", une chanson signée Kris Kristofferson. Chris Thomas King ensuite. De sa 12 cordes, il interprète le classique de Leadbelly, "Rock island line". Dans ce registre la simplicité fait merveille. A l'instar de "Redemption". Corey Harris accommode ce fragment à la sauce jamaïcaine, en l'épiçant du djembe de Farrell Rose ainsi que des chants afro de Davina et de Davita Jackson. Enfin de "Long black veil". Un morceau enrobé de forts jolis chœurs, sur lequel Harry Manx apporte une coloration indienne. D'autres musiciens traitent la musique de Johnny Cash d'une manière roots. Garland Jeffreys s'illustre sur "I walk the line", une chanson tramée sur un accordéon et des guitares acoustiques. Kevin Breit, un des potes de Harry Manx, sur l'instrumental "Send a picture of mother". Il y joue de la National steel, de la clarinette, de la mandoline, de la mandola, du mandocello et de la slide. Excusez du peu ! Sleepy Labeef n'est pas un bluesman mais un digne représentant du rockabilly. Et c'est sous cette forme qu'il resculpte "Frankie's man Johnny". Mais venons-en aux artistes canadiens. Blackie & the Rodeo Kings est un super groupe local réunissant Colin Linden, Tom Wilson et Stephen Fearing. Ces songwriters réalisent une cover, ma foi, fort originale du célèbre "Folsom Prison blues". Colin Linden se réserve "Big river". En finale, Mavis Staples chante le grand classique "Will the circle be unbroken". Elle se rappelle alors l'époque où au cœur des Staple Singers, elle rejoignait Johnny et sa femme June Carter au Grand Ole Opry de Nashville, capitale de la country…