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Sur « Idols », Yungblud franchit un cap et affirme son identité musicale avec force. Toujours porté par une énergie brute et une notoriété en pleine ascension, le chanteur britannique livre un troisième album studio aussi puissant que varié. Dès « Hello,…

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mercredi, 27 avril 2011 20:54

Undone

Freddy Koella est originaire de Mulhouse, en France. Il est né en 1958, dans une famille très réceptive à la musique. Au cours des années 80, il milite chez Cookie Dingler, un groupe qui décroche alors un gros succès en publiant la chanson "Femme libérée". En 1990, il traverse l’Atlantique. Il s’installe à la Nouvelle Orléans d’abord, à Los Angeles ensuite. Il a alors l’opportunité de collaborer en compagnie de grosses pointures comme Bob Dylan, Zachary Richard, Willy Deville (avec lequel il tournera durant 12 ans) et même Carla Bruni Sarkozy !

Guitariste et violoniste, Freddy avait publié un premier opus, il y a déjà quelques années : "Minimal". "Undone", son second, est intégralement instrumental. Il a été enregistré en 2010, au Sunset Studio, à Los Angeles. Lors des sessions, il a reçu le concours du bassiste David Piltch et du drummer Jay Bellerose.

"Rio" ouvre l’elpee. Une plage intimiste et minimaliste au cours de laquelle Freddy caresse ses cordes parcimonieusement. Il s’insère d’abord prudemment dans le tempo imprimé par ses deux partenaires, puis il progresse, dissertant suivant son inspiration. Sa poésie visionnaire, champêtre, proche de la mélancolie, illumine "Calling you", une compo qu’il interprète seul à la gratte. Freddy reprend courageusement son chemin en "Walkin in G". Il est suivi par David et Jay. Le son est torturé. Nouvel interlude pastoral, "Covington" est profilé sur les cordes, face aux interventions pudiques à l’accordéon d'Alexandre  Leauthaud. Telle une marche lente, accablante, "Elephant" marque ses pas au rythme des percussions. Et une forme d’extase semble enfin atteinte, lorsque l’artiste pince ses cordes pour en extraire de petits gémissements jouissifs. Ballade légère, aérienne, "Snow" observe les flocons de neige qui tournoient devant un soleil blafard. Koella n’accorde jamais à son blues, le temps de s'épanouir. Il en émane une tension qui filtre à travers la beauté désespérée de "Broken dream". Fermez les yeux. Laissez-vous envahir par les étranges vibrations produites par cette solution sonore sans artifice. Vous esquisserez un sourire, même s’il est lent à se dessiner, traduisant alors un véritable ravissement… Freddy aborde "J45", comme un vieux songster qui regarde couler les eaux tranquilles de la rivière Yazoo, sise quelque part entre Jackson et Greenwood. "Undone" referme cet opus. Et nous quittons alors son univers secret, sans en avoir trouvé la clef. Il l’a emportée avec lui. Mystérieux et beau à la fois !

 

mercredi, 27 avril 2011 20:52

Beautiful chaos

Johnny Mastro & Mama's Boys est une formation californienne que j’apprécie tout particulièrement et dont le parcours m’a toujours impressionné. Un groupe dont le succès s’est forgé à force de sueur et en écumant les routes. Johnny Mastroianni en est le chanteur et l’harmoniciste. Le combo se produit régulièrement dans les petits clubs de L.A. ; et en particulier le Babe & Ricky's, celui de Mama Laura Gross, chanteuse disparue en 2009, à l'âge de 89 ans. C'est elle qui leur avait déniché le patronyme de ‘fils à maman’.

La musique des Boys est rude, largement amplifiée, véhiculant le mal vivre des grandes cités américaines. Pour concocter ce dernier opus, sorti en 2010, les musicos s’étaient rendus sans la Motor City de Detroit. Au studio Ghetto Recorders, sous la houlette du producteur Jim Diamond. Mastro est soutenu par le chanteur/guitariste Smokehouse Brown, le drummer Jimmy Goodall et le bassiste Mike Hightower. Un invité notoire : Kirk Fletcher. Il apporte son concours aux 6 cordes.

Il ne faut pas attendre longtemps pour se rendre compte de la puissance de ce nouveau chapitre musical des Boys. Il sera hard, amplifié à l'extrême. Smokehouse aime tourner la molette de son ampli à fond, afin d’ériger un mur sonore. Il ne reste alors plus à Mastro qu'à pousser ses cordes vocales, à la manière d'un Ozzy Osbourne novice. Mais il n'a pas oublié son harmonica, le chef de la meute. Pas étonnant, dès lors que ce "Spider" écrase déjà tout sur son passage. "Wineheaded" élève le tempo. Un rockin' blues très dense, bétonné par la section rythmique. Johnny se révèle très à l’aise au cœur de cette fête tonitruante et il souffle comme un damné dans son instrument pour contrer les percussions diaboliques de Goodall. Lester Butler pourrait sortir de sa tombe s’il entendait les vibrations produites par "Love tain #2". Le train entre en gare. Il souffle quelques instants avant de redémarrer de plus belle. Les changements de rythmes sont ténébreux, presque terrifiants. La pression s’amplifie. A son tour, Smokehouse se prend pour Tommy Iommi afin de ressusciter "Dirge". Issue du premier elpee de Black Sabbath, cette compo était caractérisée par son climat oppressif. Il s'acharne sur ses cordes, les torture, les piétine. Plage instrumentale, "Fresh squeezed coolaid" retrouve son rythme de croisière. Particulièrement offensive, elle est parcourue d’excellentes interventions à l’harmo et de slide bien gouailleuse. Les riffs dispensés tout au long de "Kings and queens" sont royalement découpés au rasoir. Plus lent, "Shades of grey" baigne dans une certaine sérénité. Enfin sérénité relative, car le climat devient carrément tragique ; moment choisi par Kirk Fletcher pour s’autoriser une sortie princière sur des cordes. Relativement déjantés, acides, les accords de guitare prennent alors une forme étrangement psychédélique. Et "Bonedry" en est la plus belle illustration. "Howling" macère dans une atmosphère de transe. L’ensemble des instruments semble exécuter une danse macabre. A cet instant, nous ne sommes plus très loin de l’univers de Howlin' Wolf. Belliqueux, "Kgb boogie" est parcouru de bruitages produits par des armes ; un morceau qui aurait pu figurer au répertoire de Billy Boy Arnold. Mastro reste menaçant pour attaquer la plage finale. Il mène même ses Boys à la baguette tout au long de "Night", une compo écrite par son maître, Lester Butler, et imprimée sur un rythme hypnotique emprunté à Howlin' Wolf. Un album très sombre…

mercredi, 27 avril 2011 20:48

Brazilian kicks

Une petite question : dans quel pays le blues est-il le plus populaire aujourd’hui ? Réponse étonnante : au Brésil ! Et la formation locale la plus talentueuse qui sévit au pays des cariocas est certainement celle d’Igor Prado. Un band drivé par Igor, bien entendu, et dont le line up est complété par son frère Yuri à la batterie, Rodrigo Mantovani à la basse et Denilson Martins aux saxophones.

De son véritable nom Richard Dennis Duran, Lynwood Slim, est d’origine californienne. Chanteur, compositeur, harmoniciste et flutiste, ce bluesman d’origine excelle dans le style west coast jump, c’est-à-dire la musique des années 40 et 50. Son dernier album, "Last call", était paru en 2006, également chez Delta Groove. Leur rencontre s’est déroulée au sein d’un studio de Sao Paulo.

Le “Shake it baby” de Jr Wells et Buddy Guy ouvre l’elpee. Un rhythm & blues très dansant. La voix caractéristique de Slim s’impose déjà. Quoique bien présente, la guitare d’Igor Prado est encore sur la réserve. Slim achève le morceau à l’aide de sa flûte traversière. Le "Is it true" de Dave Bartholomew est un west coast shuffle de toute bonne facture. Igor nous éclabousse de ses notes éclatantes, face à la section rythmique responsable du swing de circonstance, pendant qu’un autre Brésilien, Donny Nichilo, nous régale de ses caresses sur les 88 touches en ivoire. Ce swing est omniprésent tout au long du "Bloodshot eyes" de Wynonie Harris. Oscillant entre jive et jazz, cette plage est dynamisée par un saxophone ténor percutant. Le jazz monte encore en puissance lors du récréatif "My hat’s on the side of my head". Igor  gratte ses cordes en accords, dans un style proche du manouche, cédant cependant rapidement le relais au saxophone et au piano. Instrumental nerveux "Blue bop" est un titre judicieux. Igor s’y révèle éblouissant, digne de maîtres comme Charlie Christian ou Wes Montgomery. Et le saxophoniste n’est pas en reste ; il le suit même à la trace. Lynwood Slim démontre tout son talent à l’harmo sur le "Little girl" de Little Walter. Un blues simple, dépouillé et surtout superbe ! Bien rythmée, dansante, "I sat and cried" est une plage savoureuse au cours de laquelle tous les instruments bien en place. Blues lent, "Maybe someday" est propice à l’étreinte. Une compo idéale pour permettre aux couples de s’enlacer, en fin de soirée. Slim persiste dans le blues lors d’un "Show me the way" qui baigne au sein d’un climat nonchalant, presque paresseux, abordé dans l’esprit d’un classique de Jimmy Reed, mais dont le tempo a été ralenti. Autre instrumental, "Bill’s change" confirme la versatilité des musiciens. Signé CL Frazier, "The comeback" trempe dans un jazz réminiscent de Roomful of Blues. Blues aux accents exotiques, "The way you do" est une autre perle. Le chant et l’instrumentation s’y révèlent absolument remarquables. Et la finale est encore instrumentale. En écoutant ce "Going to Mona Lisa’s", on croirait entendre Little Walter flanqué des Aces, lorsqu’il était au sommet de son art. Une œuvre de toute bonne facture. Et dire que tous ces musiciens brésiliens n’ont pas encore trente ans…

 

mercredi, 27 avril 2011 20:44

40th Anniversary Collection

Fan inconditionnel du blues, Bruce Iglauer n'avait que 23 ans quand il fonde le label Alligator. C’était alors en 1971. Il venait d’investir ses économies pour sortir le premier album de Hound Dog Taylor flanqué de ses Houserockers. Un pressage de mille exemplaires ! Bruce travaillait alors comme employé chez Delmark, un label blues qui n'avait pas voulu signer Hound Dog. Une année plus tôt, il avait également participé au lancement du magazine "Livin' blues". 40 ans plus tard, il faut reconnaître qu'Alligator a dépassé la notoriété de Delmark ; et pourtant, il est impliqué aujourd’hui autant dans le blues que le jazz. Bien entendu, Iglauer est toujours resté fidèle au blues de la Cité des Vents ; celui de Koko Taylor, Son Seals, Eddie Clearwater, Lonnie Brooks, Buddy Guy ou Junior Wells, Luther Allison ainsi que les héritiers légitimes de Hound Dog, Lil' Ed and the Blues Imperials. Néanmoins, Bruce s’est aussi adapté aux nombreux courants du blues, et notamment ceux tracés par les harmonicistes James Cotton, Charlie Musselwhite, William Clarke et Rick Estrin. Ce recueil opère un véritable tour des Etats-Unis : de la côte ouest à New York en passant par le Texas, la Louisiane, la Georgie et j’en passe. Mais les 38 plages réunies sur ce double cd revisitent 40 années de catalogue.

La première plaque s’ouvre brillamment par le "I'm a woman" de la reine du blues, miss Koko Taylor. Il s’agit, en fait, de la version féminine du célèbre "I'm a man" de Bo Diddley! Notre itinéraire transite par le Texas, lors du "I ain't drunk" d’Albert Collins. Johnny Winter nous propose une des ses meilleures compos : "Mojo boogie". Sa slide est infernale. Smokin' Joe Kubek et Bnois King sont responsables de l'énergique "Have blues will travel". Lonnie Mack et Stevie Ray Vaughan nous réservent "Double whammy", un instrumental éblouissant. Albert Collins, Robert Cray et Johnny Copeland nous proposent "T-bone shuffle", un morceau extrait de l’album "Showdown", elpee qui avait permis au label de décrocher un Grammy award. Cap sur l’Arkansas, où Michael Burks, dit ‘The Iron Man’, chante en puissance "Strange feeling", tout en s’accompagnant à la slide. Place à la Californie, pour mettre en exergue le talent de guitaristes mais aussi de vocalistes de Tommy Castro ainsi que de Coco Montoya. En Louisiane, il était impossible de ne pas épingler l'un des plus grands pianistes locaux, Professor Longhair. Il nous sert un plat de haricots rouges ("Red beans"). Pianiste de boogie woogie, Katie Webster chante "Two-fisted mama" ; et sa disciple, Marcia Ball, également aux ivoires, "The party's still going on". Une autre facette locale nous est présentée par Buckwheat Zydeco sur "When the levee breaks". Débarquement à New York, enfin ; Shemekia Copeland y est bouleversante tout au long de "It's my own tears". Un espace a également été réservé aux souffleurs. Flanqué de ses Nightcats, Rick Estrin est éblouissant sur "U B U", et le maître James Cotton, l'est tout autant sur "With the quickness". Légende vivante, Charlie Musselwhite est envahi par l’émotion en interprétant "Where Hwy 61 runs". Le regretté William Clarke nous rappelle à son souvenir sur "Daddy Pinocchio". Sans oublier Hound Dog, impérial lors de son "Sitting at home alone", mais aussi sous le line up de Lil' Ed & the Blues Imperials, à travers une furieuse partie de slide qui a éclaté sur "Icicles in my meatloaf". Mais la cerise sur le gâteau pour votre serviteur, c'est bien entendu la présence de l'inoubliable Luther Allison. Sympa et classieux ce bluesman nous avait si souvent rendu visite. Et il se révèle tout bonnement extraordinaire tant au chant qu’à la guitare, tout au long d’"All the king's horses". Près de trois heures de bonheur concentrées en deux cds. On ne peut donc que souhaiter à Alligator d’atteindre le demi-siècle d’existence…

 

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Bound to ride

Les Radiotones nous viennent de Perth, en Ecosse. Un quartet qui réunit Dave Arcari au chant et aux guitares 'National', Jim Harcus à l'harmonica, Adrian Paterson à la basse et Don Mackinnon aux drums. " Bound to ride " constitue leur troisième album. Il fait suite à "Gravel road", paru en 98 et "Whiskey'd up", en 2000.

Dès l'ouverture, "Another chance", ils démontrent qu'ils sont de fervents adeptes du blues traditionnel. Arcari possède toujours cette voix basse et graveleuse si caractéristique. Harcus est un harmoniciste très pétillant. Le rythme du chemin de fer lui sied à merveille. La 'National' d'Arcari amorce "Trouble mind". Le climat oppressant, lugubre, s'accentue encore lorsque le niveau sonore s'élève. La torpeur tropicale nous pousse à traverser le Mississippi pour gagner les bayous louisianais. Il est de plus en plus difficile de respirer à pleins poumons. Les changements de rythme accentuent davantage ce malaise permanent. Cette plage trouble vraiment l'esprit. Composé par Frankie Miller, "One more heartbreak" s'attarde dans le Sud. Nonobstant le tempo rapide, les cordes et l'harmonica font bon ménage. Les Radiotones sont particulièrement à l'aise lorsque le rythme s'élève. Le plus souvent dans un style railway. A cause des percussions produites par Mackinnon. Le timbre vocal abrupt d'Arcari traduit toujours un appel à la fête. Une invitation aux juke joints ou aux pubs écossais ? A vous de choisir ! Une impression confirmée par "Bring my baby back" et la plage titulaire. Tout au long de ce nouvel album, ces Ecossais font preuve d'un dynamisme constant. Et il faut croire que sur les planches, ils doivent dégager une fameuse énergie. Talonné par les petits chorus de l'harmonica de Jim, Arcari se montre insatiable sur ses guitares. Faut dire qu'ils revendiquent cet esprit d'attaque permanente, car lorsqu'ils parlent de leur musique, ils la qualifient de (NDR : respirez un bon coup !) : 'préwar Delta blues teinté de trash country, de rockabilly et de punk'. Il faut avouer, davantage pour l'attitude que dans le son. On les a même traités de Sex Pistols du blues. Restons les pieds sur terre, car l'expression sonore est uniquement acoustique. C'est dire combien ils peuvent dégager d'énergie communicative ! Et en fin d'album, "Close to the edge" en est une nouvelle démonstration. "Small world" et "Hot muscle jazz" nous plongent dans un monde fou et déjanté. Le son sale est toujours aussi immédiat. La voix pas nécessairement toujours facile à supporter. Mais quelle santé! Ces trois dernières plages se posent en sommet de l'album. Mais il serait judicieux qu'ils se manifestent 'live'. Alors, messieurs les Radiotones, c'est pour quand ?

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Exalted lover

Duke Robillard a entamé sa carrière en 1967. Au sein du Roomful of Blues. Après avoir commis deux albums en compagnie du big band et deux autres du Legendary Blues Band, il s'est lancé dans une carrière personnelle, flanqué des Pleasured Kings. Sous cette formule, il va commettre la bagatelle de sept elpees. Entre 84 et 92. Sur le label Rounder. Et pour Pointblank et Stony Plain, il en a aligné une dizaine. Sans compter les collaborations qu'il a concédées pour Johnny Adams, Ruth Brown, Jimmy Witherspoon, ainsi que pour le Kim Wilson Band et les Fabulous Thunderbirds. Ce qui explique, sans doute, pourquoi il a collectionné les distinctions. Et en particulier, au cours des dernières années.

Pour enregistrer, " Exalted lover ", il s'est entouré de son band habituel : Jesse Williams à la basse, Mark Teixeira à la batterie, Matt McCabe au piano et Doug James au sax ténor ainsi qu'au baryton.

Duke ouvre les hostilités par "Real live wire". Quelle mouche l'a donc piqué, pour faire preuve d'une telle vivacité ? La rythmique est très nerveuse. Matt McCabe virevolte au piano. Les guitares en re-recording ont la pêche. Duke nous réserve son blues lent : "Deep inside". Le piano répond aux courtes phrases vocales qu'il balance de sa voix chaude et puissante. Edifié par Doug James, son ami de toujours, le mur de cuivres murmure doucement, pendant que les cordes s'éclatent avec bonheur et frémissement. Le Robillard a le don de varier son répertoire. "Love made a liar out of me" en est une belle illustration. Une petite perle country qui semble sortir tout droit de Nashville. Il y manifeste une telle richesse, une telle diversité dans son jeu ! Plage intimiste, "Exalted lover" réconforte par ses paroles chaleureuses. Des mots prononcés dans la langue de Voltaire, par une maîtresse visiblement satisfaite, face à la trompette de Scott Aruna. Duke joue du dobro électrique tout au long de "Tore up". Un R&B qui se traîne sur tempo paresseux. La trompette d'Aruna pointe à nouveau le bout du nez, pendant que McCabe puise son inspiration dans la Nouvelle Orléans. De son timbre de crooner, il chante "I'll never be free". Dans un style cabaret. Mais en échangeant un duo avec la chanteuse de country, Pam Tills. Steve Burk est au piano pour interpréter "Down home country girl". Un R&B enlevé au cours duquel l'arrivée de Sax Gordon au sax ténor et de l'ami Carl Quefurth au trombone sonne le rassemblement des cuivres. Il invite Miss Debbie Davies à chanter "How long has it been". Mais elle est également venue donner la réplique à la guitare. L'album s'achève par le désuet "Travelin' mood". Les rythmes sont à la fête ; mais Duke y manifeste son évidente soif de voyager dans les états du Sud.

 

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

That´s right!

Bruce Iglauer est un gars très futé. En signant le big blues band de Rhode Island, il a manifestement fait une bonne affaire. Louée pour sa section de cuivres, cette formation célèbre ses 35 ans d'existence. Un réel exploit ! Bien sûr, il ne doit pas rester grand monde du band des débuts. Chris Vachon a succédé à des étoiles de la six cordes : Duke Robillard et Ronnie Earl. Guitariste et leader actuel, il peut cependant toujours compter sur la présence Rich Lataille aux saxes et de Bob Enos à la trompette. Les autres sont tous des nouveaux venus dans la formation : Jason Corbiere aux drums, Brad Hallen à la basse (il jouait pour Susan Tedeshi), Mark Stevens au piano et à l'orgue (il a épaulé Kim Wilson, James Harman et Jerry Portnoy), ainsi que Mark Easley aux saxes (ténor et baryton).

La plage générique ouvre le feu. Et quel feu ! Swing de tous les instants, cette plage libère déjà les solistes, en particulier l'alto du vétéran Rich Lataille. La guitare de Vachon introduit "We can't make it" (de BB King), à la manière de T-Bone Walker. La voix de Mark Dufresne surprend, mais elle est d'une rare efficacité. Cet harmoniciste du Nord-ouest des USA est à coup sûr la principale révélation de cet album. "Shame shame shame" est imprimé sur un tempo infernal, très boogie New Orleans. Enos crache le feu dans sa trompette. Mark Dufresne s'est à peine effacé que le piano tonitruant de Stevens libère le sax ténor. La fête peut commencer ! "How long will it last?" est un de ces blues fin de soirée, à ne pas décrocher sa partenaire. Marc chante comme un Dieu. Les cordes de Chris hurlent de bonheur. Les ivoires de Mark frétillent. C'est l'extase ! Vachon n'a vraiment pas à rougir devant la réputation de ses illustres prédécesseurs. Il est impérial sur ce blues lent. "You're driving me crazy" baigne dans un swing jazz blues qui faisait le bonheur des foules à la fin des années 40. Popularisée par Big Maybelle, "Ocean tears" est une plage familière. Elle convient à merveille au répertoire du ROB. Le retour de l'harmo comme instrument solo, disparu depuis Sugar Ray Norcia, se salue avec bonheur. Le terrain lui est aussi laissé libre sur "Tennessee woman". La forme instrumentale de "2 Point 8" sert de prétexte aux saxophonistes pour pouvoir guerroyer sur leur terrain de prédilection. Le swing demeure pour "I know your wig is gone". Vachon en profite pour étaler son carnet de route dédié à T-Bone. Le blues des bayous louisianais est un style qui a toujours collé à ROB. Avec une approche très Guitar Slim. A l'instar d'"I'll keep on trying" d'Eddie Bo. Les musiciens nous entraînent dans la danse tout au long de l'irrésistible "Lipstick, powder and paint". Dufresne peut shouter ses vocaux sur "I'm tryin'", un excellent blues signé Little Milton. Le blues est décidément à l'honneur sur ce nouvel album. En fin de parcours, Mark chante un très heureux "I just got to know". Sur cette cover de Jimmy McCracklin, Vachon se montre insatiable et intenable devant le front des cuivres. Un très grand moment ! Ce 17ème album s'achève par la reprise du "Stranger blues" d'Elmore James. Les cordes de Vachon émettent un son pourri, très métallique. Le chant de Marc est furieux. Rien n'est sage au cœur de cette tranche de blues à coupée vif. Les derniers accents sont lugubres. Une bien belle fête!

 

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Blues ignited

Ce chanteur/harmoniciste canadien s'est converti au blues après avoir découvert James Cotton sur scène. Il va acquérir son expérience en accomplissant divers séjours aux USA : New Orleans, Clarksdale, Austin, Memphis et Chicago. Un périple qui va payer ! Les oreilles comblées des principes institués par les maîtres, Sonny Boy Williamson, Little Walter, George Smith, il fonde ses Blue Canadians. En 1996. Mais son premier elpee ne paraît qu'en 2001 : "Blown for broke". Une œuvre qui lui permet d'être élu meilleur nouvel artiste canadien, l'année suivante.

Mais venons en à ce " Blues ignited ". La mise à feu débute par "Stranger". Un fragment imprégné de Chicago Westside. Le spectre de Magic Sam me traverse l'esprit. L'attaque opérée par la rythmique de l'invité italien, Enrico Crivellaro, est vive e saignante, mais surtout immédiatement reconnaissable. Il est en forme…éblouissante ! A l'origine très influencé par Ronnie Earl, notre Transalpin s'est aguerri pour se forger un style très personnel. Rotundo est un excellent harmoniciste. Il possède un souffle puissant, utilise sa capacité pulmonaire au maximum. Des dispositions qui promettent ! Il enchaîne d'ailleurs par "Talk to me ". Les accents très aigus extraits de son instrument évoluent dans un registre très proche de Jimmy Reed. La guitare ne distille que les notes nécessaires. La section rythmique épouse la démarche traînarde des swamps de la Louisiane. David saisit son instrument chromatique pour le jump blues bien nerveux "I want to get lucky". Un exercice de West Coast blues qui s'inscrit dans la lignée d'un de ses maîtres, William Clarke. Il chante "Worries & troubles", d'une voix tellement proche de Rod Piazza. Mr Rotundo choisit bien ses précepteurs ! Plus que probablement exécutée par Crivellaro, la partie de guitare est purement et simplement géniale. Il fait ici pratiquement jeu égal avec les maîtres californiens du genre. Impressionnant ! Plein feu sur Chicago pour "Wiggle a little boogie". Un shuffle qui aurait pu être signé par Jimmy Rogers. Slow blues bien senti, "Can I come in your kitchen" autorise une nouvelle sortie de guitare parfaitement ciselée. La rencontre entre Rotundo et Crivellaro a débouché sur une envie de travailler en étroite collaboration. Il en résulte deux plages instrumentales : "Let's have a good time" et le très T-Bone "The sway". "Sellout or starve" est bien plus proche d'un shuffle texan. Un fragment qui met bien en évidence la section rythmique : Shane Scott à la basse et Greg Cooper à la batterie, pendant que le piano de Julian Fauth sautille d'aisance. "Lonely nights" est un blues long et lent, qu'on pourrait qualifier de fin de soirée. A l'écoute de cette composition, le légendaire George "Harmonica" Smith me vient tout de suite à l'esprit. La démarche est identique. Minimaliste, l'harmonica chromatique est projeté à l'avant-plan. Les six cordes sont bien mises en évidence sur le Chicago blues rythmé "Drinking overtime". Nous venons de passer dans l'univers musical de Sonny Boy Williamson. David l'a bien compris et s'autorise une sortie exubérante sans le moindre faux pas. Rotundo joue dans un registre très proche de Rod Piazza sur le titre maître. Un instrumental détonnant ! Nous restons à Los Angeles pour aborder "Ball & chain". La dernière occasion pour Enrico de se mettre en valeur ! "I've got to move" ponctue l'opus. David y est épaulé par l'ami canadien Jack DeKeyzer, un des maîtres locaux de la guitare dans le domaine du blues. Cet excellent disque nous entraîne quelque part entre la Californie et Chicago. Ce qui n'est guère étonnant aujourd'hui, lorsqu'on sait que le niveau instrumental est de très bonne qualité. Le blues canadien pète décidément de santé !

 

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Comfort to the soul

Ana est bien décidée à se faire un nom au sein des milieux blues et blues/rock de ce début du 21ème siècle. Cette tigresse slave a découvert le blues en 91, après avoir écouté un disque d'Elmore James. Un elpee issu de la collection de son paternel, il faut le préciser. Ceux de Roy Rogers, John Mooney, Johnny Winter, Sonny Landreth et de quelques autres lui donnent alors l'envie d'apprendre à jouer de la slide… En 1995, elle fonde son propre groupe : Hush. A Belgrade. Quatre ans plus tard, la formation commet "Hometown", un album dont l'édition restera limitée. En 2000, elle s'installe aux Pays-Bas. Bernard Allison la découvre et la présente à Thomas Ruf. Ce dernier l'emmène à Memphis pour enregistrer un nouvel opus : "Hush". Sous la houlette de Jim Gaines. Armée de sa slide, elle ne manque pas d'atouts. Avouons-le, surtout extérieurs. Féline et légère, elle est pourtant capable de mordre. En décrochant le WC Handy Award de nouvelle artiste, elle a déjà réussi la création d'un axe Belgrade Memphis. Elle n'a encore que 27 ans et peut donc voir venir.

En février 2003, elle revient à Memphis pour mettre en boîte cinq plages. Jim Gaines y signe la production. Deux mois plus tard, elle enregistre six autres titres. David Z (Buddy Guy, Jonni Lang) se charge alors de la mise en forme. Elle a bénéficié de la collaboration de ses musiciens. En l'occurrence Steve Potts aux drums, Dave Smith à la basse et Jack Holder à la guitare rythmique. Ces deux sessions sont sensiblement assez différentes.

Celle qui relève de Gaines débute de manière très électrique par "Don't bear down on me". S'appuyant sur l'efficacité de Jack Holder, l'assise rythmique est solide. Essentiellement rock, la base de cette plage concède de légers accents jazzy. "Love me again" persévère dans le même registre. Un périple dans le rock dont la structure emprunte beaucoup au blues. Contagieuse, cette plage affiche un énorme potentiel. Ana a sorti la slide. Al Gamble est à l'orgue et Jack dessine des arabesques boogie. La reprise du "Sitting on top of the world" de Howlin' Wolf n'est pas très respectueuse de l'original. C'est une certitude ! Mais imprimée sur un tempo assez élevé, elle transpire des effluves blues. La slide disserte allègrement et multiplie les effets sonores. Très propre, trop propre sans doute, exempt du moindre défaut, "Navajo moon" est un instrumental… plutôt insipide. Personnellement, j'estime que "Fool proof" est la meilleure plage de l'opus. Un blues rock assez agressif. La guitare est bien travaillée. Des chœurs féminins et l'harmonica de Lyn Jones renforcent la puissance de l'ensemble. Le titre maître relève de la première session concédée à David Z. Clairement funky, il contamine "Change my mind". L'accent est ici davantage appuyé sur la section rythmique. Bien mise en avant, elle est épaulée par l'orgue de Reese Wynans. Ana joue beaucoup sur les sonorités. Elle a volontiers recours à des artifices et avoue un goût très prononcé pour certaines tonalités jazz. Légèrement funk, "Night by night" est issu de la plume de Steely Dan. Une très belle composition qu'Anna est parvenue à retranscrire à sa manière. Elle use et abuse quelque peu de ses pédales, sans toutefois forcer la dose. Dadid Z aime remplir l'univers sonore. Chaque instrument apporte un élément au décor. "Need the help I can get" en est la plus belle démonstration. Composition bien cool à la balance instrumentale parfaite, "Recall the days" repose sur l'orgue Hammond de Wynans, pendant qu'Ana flirte sur les arpèges jazzy. L'elpee s'achève par "Jaco". Une note atmosphérique, très éthérée, caractérisée par des guitares acoustiques. Un exercice de style qui contraste avec l'ensemble de l'opus, mais qui apporte un petit air de fraîcheur à l'ensemble. Si vous souhaitez vous imprégner de la Popovic music, je vous invite à écouter ce disque à plusieurs reprises. Vous pourrez alors l'apprécier à sa juste valeur…

 

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Soul derby

Organiste extraordinaire, Billy Preston a accompagné un peu tout le monde. Mais surtout les célèbres Beatles et Rollins Stones. Billy est né en 1946. A Houston, au Texas. Très jeune, il émigre à Los Angeles, en compagnie de ses parents. Il y met rapidement son talent au service de l'église. A 10 ans, il dirige un orchestre symphonique local! En 1962, il effectue sa première tournée européenne en compagnie de Sam Cooke et de Little Richard. Son premier elpee paraît à cette époque : "The 16 years old Soul". Il enregistre alors chez Vee Jay les plages qui constituent le présent album, sous-titré pour la circonstance : "The Complete Vee Jay recordings 1964/1965". Il tourne ensuite durant trois années en compagnie de son idole, Ray Charles. Il rencontre les Beatles qui rachètent ses droits chez Vee Jay pour leur propre label Apple. Il collabore même aux derniers enregistrements opérés par les Fab Four. A l’époque, on le considère même comme le cinquième Beatle. Il travaille ensuite pour les Rolling Stones. Et en particulier à la confection des elpees "Sticky fingers", "Exile on main street" et "Gots head's soup". Il tourne même en leur compagnie. Billy Preston est un artiste soul réputé depuis quatre décades.

Cette plaque nous renvoie assez loin dans le passé. Elle réunit des adaptations de certains succès de cette époque destinés aux juke-boxes. Des plages consacrées à la danse, sous une formule réduite, dominées par l'orgue (NDR : bien sûr), parfois balayées d’un piano et soutenues par une section rythmique. Si en ce temps-là, André Brasseur animait nos bals de cette manière ; il faut avouer que Billy Preston possède une toute autre dimension. Cette œuvre épingle notamment "If I had a hammer" (Si j'avais un marteau), "You've lost that lovin' feeling", "Eight days a week" (des Beatles), "Downtown", "Goldfinger", "My girl", "Go now", "Shotgun", "Stop in the name of love" (un fameux hit des Supremes). Plus engageant dans notre registre, "Slippin' and slidin" (de Little Richard), "Drown in my own tears", "Soul meetin", "The masquerade is over" et bien sûr le "Soul Derby medley". Une plaque qui s’adresse d’abord aux mélomanes de l'orgue Hammond!