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La fuite d’Ellside

Le groupe parisien Ellside présente « Run Away », son concept album naviguant entre ombre et lumière pour un voyage qui durera un an. Une lente année pour dévoiler 6 chapitres de 2 chansons, 12 titres qui narrent l'histoire de Light. Le groupe invite les…

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mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Blues and beyond

Dick Heckstall Smith demeure un des piliers des scènes blues et jazz britanniques. Il a ainsi trempé, dès le départ, dans toutes les expériences blues, et sévi au sein de multiples formations légendaires. Et en particulier chez Alexis Korner Blues Incorporated, Graham Bond Organization et les Blues Breakers de John Mayall. Flanqué des Blues Breakers, qui avaient commis l'elpee "Barewires", il fonda Colosseum, une formation épatante responsable d'une musique, fruit d'un subtil cocktail de jazz, de blues et de rock. Lorsque Dick soufflait dans deux saxophones à la fois, l'alto et le ténor ou le soprano et l'alto, on assistait à un des grands moments de scène du Colosseum. Dick a joué en compagnie d'une multitude de musiciens. Et il jouit toujours d'un énorme capital sympathie. Il n'est donc guère surprenant de le voir aboutir à ce projet baptisé DHS and Friends.

Dick est épaulé par un quartet de base, au sein duquel figure notamment Eddie Martin à guitare steel. Mais au fil des plages, les invités de prestige se succèdent. Le répertoire est assez éclectique. Pourtant, en choisissant comme plage d'ouverture, "Rollin' and tumblin", Dick m'a fait un peu peur. Heureusement, Paul Jones (NDR : au chant et à l'harmonica) et John Hiseman (NDR : aux drums) sont de la partie. John était le leader de Colosseum. Tout au long de cette version, le sax, l'harmonica et la National guitare d'Eddie Martin font bon ménage. Dick a écrit "Millenium blues" en hommage à Muddy Waters et Ray Charles. Un blues à l'anglaise. Il n'y a pas photo ! La rythmique est implacable, assez lourde. Rab McCullough est au chant pendant que l'excellent Clem Clempson tire son épingle du jeu aux guitares, un peu comme à la grande époque du Colosseum. La pureté des saxophones de DHS est un véritable bonheur. Il ne résiste même pas au plaisir de souffler dans le ténor et l'alto. McCullough est irlandais. Ses vocaux sont impeccables sur le rythmé "Watching your every move". Il attaque son phrasé à la manière d'un Rory Gallagher. Surprenant! Ce fragment avait été écrit par Dick pour Colosseum. Autre guitariste, Rab s'acquitte fort bien de sa tâche. Il est assez agressif sur les cordes. Mais Dick prend le relais pour nous nous réserver un excellent moment. Peter Green chante, joue de la guitare et de l'harmo sur le blues lent saturé d'émotion, "Cruel contradictions". Peter me semble fort bien inspiré et c'est tant mieux! Abordée dans l'esprit de Colosseum, voire d'Alexis Corner, "Angie baby" est sculpté dans le son funky. Le sax de Dick délire un peu dans le free. Ex-Piblokto, ex Battered Ornaments, le poète/musicien Pete Brown assure la production de l'album. Il chante l'étrange "Grind, glitch and snit". Dick a sévi chez le Blues Incorporated. Un groupe qui possédait, à l'époque, deux leaders : Alexis Korner et le regretté Cyril Davies. En hommage à ce grand musicien, Dick reprend l'instrumental "Spooky but nice", les deux saxes à la bouche. Mick Taylor est à la slide. Le tempo reste lent et la voix de Jack Bruce envahit l'espace sonore. Jack a souvent été le compagnon musical de DHS. Il attaque "Hidden agenda", mais la plage est un peu trop longue à mon goût. Excellent chanteur anglais, Paul Williams a travaillé en compagnie de John Mayall. Très brièvement, il faut le reconnaître. Il a également sévi chez Juicy Lucy. De sa vois graveleuse, il assume les parties vocales de "Twilight shuffle". Clem Clempson sort de sa réserve en dispensant des notes de guitare très travaillée. Dick exécute un superbe travail au sax sur l'instrumental "Swamp". L'album s'achève par un autre instrumental. Un blues lent qu'on croirait issu de sessions d'enregistrement des Blues Breakers, commises à la fin des 60s. Et c'est bien John Mayall qui donne la réplique sur ce "If you know you don't love me why in the world don't you leave me be?".

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Snibb

Avant d'emprunter le patronyme de leur leader, cette formation suédoise (NDR : de Malmö, très exactement) répondait au nom de Mescaleros. Chanteur/guitariste, Pontus Snibb est épaulé ici par Pelle Jernryd à la guitare et à la slide, Magnus Nörrenberg aux claviers, Nikke Ström à la basse et Hakan Nyberg aux drums (NDR : le paternel de Pontus). Aujourd'hui âgé de 27 ans, Pontus a apparemment joué en compagnie de Jason and the Scorchers. Les Mescaleros comptaient deux albums à leur actif : "Family business" (en 99) et "Doin' time" (en 2000).

La musique de Snibb n'est pas tout à fait blues, mais plutôt rock, un rock subtilement teinté de blues. La voix de Pontus est assez remarquable dans son registre ravagé. Elle me rappelle même celle de Joe Cocker. Et dès les premières notes de "Yourself to blame", on en a immédiatement la démonstration. Erika Nordhal lui donne la réplique au féminin, sous forme de chœur. L'orgue Hammond de Magnus confère une certaine étoffe à l'environnement sonore, pendant que Pelle intervient à la fois sur une slide et une lapsteel. "Love letter" évolue sur un riff échafaudé par la conjugaison des guitares rythmiques de Pontus et de Pelle Jernryd ; mais après quelques mesures un harmonica au son plaintif et accrocheur intervient : celui d'un invité de marque, le grand Charlie Musselwhite. Il accorde pour la circonstance un petit mais élégant solo sur son instrument chromatique. Au sein de la musique de Snibb, l'orgue Hammond occupe un rôle important. Un peu comme chez le Grease Band de Joe Cocker. Balayée par une guitare acoustique et un piano électrique, "Make me whole again" est une ballade douce et agréable. J'apprécie beaucoup le chorus d'entrée de "Lucky man". Une manière de chanter qui ne laissera pas indifférents les fans de Lynyrd Skynyrd. A l'instar de "Simple man", les ballades lentes sont modelées de la même manière. Abstraction faite des guitares southern rock, bien entendu. Face à l'orgue, la voix de Pontus impressionne tout au long de cette plage très agréable. Les compositions de Snibb tiennent parfaitement la route. L'interprétation confère une homogénéité au groupe qui dégage un style indéniable ; mais l'élément qui ressort de l'ensemble reste toujours la voix du leader. Nonobstant, la qualité incontestable des musiciens, les sorties instrumentales sont rares et à chaque fois très courtes. "The reason I'm here" brille par son équilibre. Le nerveux "Stone cold" met en exergue un fort bon solo, un rien fuzz, de Pontus, et une nouvelle brillante intervention de Nörrenberg. Pour la ballade lente et très douce, "It isn't fair", Magnus est au piano acoustique, Pelle au dobro, et les vocaux sont partagés entre Pontus et un certain Eric Bibb que vous connaissez déjà. Tout au long de ce fragment extrêmement dépouillé, cette collaboration Snibb/Bibb est superbe. Au rayon des ballades qui vont à ravir au timbre de la voix nasillarde de Pontus, le joyeux "Join in hands" est soutenu par un accordéon joué par Magnus. "Still be there" réalise une savante fusion des guitares, acoustique et électrique. Assez semblable dans la démarche, "Harm's already on" irradie de mille éclats. L'intensité est volontiers dramatique. L'instrumentation y est sans doute pour quelque chose ; et en particulier l'orgue et les cordes de Pontus. D'excellente facture, cet elpee éponyme trahit un délice parfois pop, mais dans le bon sens du terme. Le disque recèle un morceau caché "One romance". Davantage blues, et imprimé sur un mid tempo, il libère un solo de guitare très excitant.

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Tell it to your landlord

Ce chanteur/harmoniciste est ajourd'hui âgé de 57 ans. Issu de la Californie, il a pourtant grandi au Texas, avant de s'établir dans la Motor City de Detroit. En 1967. Il y travailla d'ailleurs pendant 16 ans. Aux usines Ford. Son premier album est paru en 2000. Chez Blue Suit. Son titre ? "Motor City Mojo". La même année, il commet "Deep Detroit". Sur le label anglais Bluetrack. Pour ce nouvel opus, il a de nouveau reçu le concours du guitariste blanc local, Howard Glazer. A une seule exception, toutes les compositions sont signées Shah ou cosignées par le tandem Shah/Glazer.

Le blues consommé tout au long de "Tell it to your landlord" est primaire et basique. Il est essentiellement inspiré du blues urbain de Chicago. L'elpee s'ouvre par "Slow and easy". Une plage rythmée qui permet déjà au guitariste de se mettre en évidence. Le jeu de Shah à l'harmonica est dépouillé, sans fioriture ni prouesse technique. Sur "Welfare shoes blues", 'Glazer empoigne une slide bien teigneuse. Le son est sale. Nous sommes très proches de l'univers d'Elmore James voire de Hound Dog Taylor. La voix graisseuse de Shah domine l'ensemble ; mais elle sonne si authentique. On se croirait dans le Chicago des années 50. "Guilty" est un long slow blues à fleur de peau. Une réécriture du célèbre "Catfish" de Muddy Waters. Constituée de Bob Goodwin à la basse, et d'Art Vaughn aux drums, la section rythmique est minimaliste. La voix est proche, tellement proche… Elle arrache. Le ton est dramatique. Shah souffle approximativement dans son chromatique pour n'y sortir que les notes nécessaires. "Crying Michigan tears" épouse un même profil. Mais dans l'esprit de Muddy. Les notes sont trempées dans l'acier de Detroit. "Hey Detroit" est un shuffle instrumental. Un concentré musical célébrant la musique blues locale. Shah y construit son meilleur jeu. De son côté, Howard dispense un solo aux accents jazzy particulièrement rigoureux. Le bassiste et le batteur y vont de leur petit solo. Carte de visite de la formation, "Mean and evil" est une plage acoustique puisée dans le Delta. Shah y est uniquement accompagné de son guitariste. Sa voix puissante se détache nettement. Elle goûte aux différents reliefs. Ce blues pur et simple va droit au but. Glazer reprend la slide. Elle est toujours aussi poisseuse. Il interprète un nouveau blues lent : "I heard you was at the Casino", un fragment qui sent bon le Southside. La rencontre entre Shah et Glazer peut rappeler les débuts de Junior Wells et de Buddy Guy. Et elle fait plaisir à entendre. Le gratteur arrache des larmes de son solo. A l'écoute de "Champane", deux noms viennent immédiatement à l'esprit : Jimmy Reed, pour l'introduction dans les aigus à l'harmo ; et puis Magic Slim, dont l'ombre se détache immédiatement. A cause du rythme et de la manière brute de chanter. Excellent! L'opus ne recèle qu'une seule reprise, le redoutable "Scratch my back". Shah réinvente ce titre composé par Slim Harpo, en lui réservant de nouveaux lyrics, pendant que la guitare de Glazer glousse de plaisir. "Bumpity buimp" maintient le tempo. Shah y signe incontestablement son meilleur solo. La plage titulaire est un instrumental bien nerveux. Cet elpee de très bonne facture s'achève par une nouvelle plage lente et longue ; une plage dont le développement fait la part belle au style "downhome", de nouveau tellement proche de Magic Slim.

 

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Boogie King

Shane Dwight est un chanteur/guitariste/compositeur californien. Flanqué de son blues band, il nous propose son premier elpee. Un disque coproduit par Dave Wellhausen, un spécialiste du genre. Pour concocter ce premier album, Shane ne s'est pas contenté de favoriser une production personnelle, mais s'est lancé dans la reprise des canons du Chicago Blues.

C'est une slide assez méchante qui introduit le riff du célèbre "Sweet home Chicago". Dave Wellhausen vient souffler avec puissance sur ce fragment au cours duquel Shane montre beaucoup de cœur à l'ouvrage. Plutôt saignant le Dave ! Mr Dwight ne se débrouille pas trop mal pour reprendre le "Snatch it back & hold it" de Junior Wells. La section rythmique est assurée par la basse de Cuck Fike et les percussions de Jerome Kimsey. Une base de lancement idéale pour la six cordes, Robby Z complétant le tableau à la guitare rythmique. De sa voix nasillarde, un rien faible mais juste, Shane poursuit son périple. Mais, heureusement, sa guitare est très inspirée. A l'instar du "I need U so bad" de Magic Sam. Vous l'aurez deviné, la plage titulaire flirte avec le boogie. Pour ce titre issu de la plume du leader, Shane a battu le rappel de ses potes. : Little John Chrisley à l'harmo, Warren Davis à l'orgue et le brillant Steve Lucky au piano. Le reste de l'album aligne des reprises : "Just a little bit" et "Baby what you want me to do", tout d'abord. Le très tonique "You were young" de Freddie King, ensuite. Très Chicago Southside le "That's alright de Jimmy Rodgers ralentit la cadence. Wellhausen y participe activement. La guitare de Dwight a bien assimilé le style de Rodgers ; et en particulier dans la rythmique. Shane monte en puissance. Sur "Yonder's wall", le solo tiré de ses cordes est particulièrement réussi. Les covers se succèdent : "Gangster of love" de Johnny Guitar Watson, "Please love me" de BB King. Elles véhiculent un de ces sons ! En réalisant une sortie parfaite, ce jeune musicien prouve une nouvelle fois qu'il possède les qualités pour assimiler le style des grands. Et il le démontre à nouveau sur "Hideaway", l'impeccable "It takes time" d'Otis Rush et enfin en finale, "Backstroke" d'Albert Collins, rehaussé par la présence de Don Boraka au saxophone. Après avoir écouté cet elpee enregistré en 2001, il ne fait aucun doute que cet artiste prometteur mérite d'être suivi à la trace...

 

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Ep

Cet Ep a été enregistré 'live' à Hayward, en Californie. Le 28 avril 2002, très exactement. Découpé en 5 fragments, il nous présente un SDBB plus proche de nous, plus personnel aussi, car il ne réunit que des compositions de Dwight. Hormis la participation de l'harmoniciste Greg "Tumbleweed" Mooney, le line up du combo n'a pas changé.

La plaque s'ouvre par "Please", une compo puissante, imprimée sur un tempo rapide et toujours aussi inspirée par le son Chicago des années 50 et 60. Sa guitare semble plus assurée. La production restitue bien le son souhaité par Shane. La section rythmique entretient ce son volontiers sale. A l'instar de "You're gonna want me". Dwight force quelque peu sa voix sur cette plage qui déménage allègrement. Elle passe ainsi beaucoup mieux la rampe. Clairement funky, "Sideman" permet à la guitare d'exulter en explorant ces champs rythmés… Le virus atteint l'harmoniciste qui fonce tête baissée dans "She's so sweet". La finale est consacrée à "Boogie king", une adaptation du titre maître de son premier album ; mais sous une version plus dépouillée, brute, sans les claviers.

 

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

In concert

Ce chanteur guitariste suisse a signé chez Crosscut il y a une dizaine d'années. Un label pour lequel il a commis quatre albums : "Low budget" en 94, "Walk" en 96, "Plenty of time" en 97 et un éponyme en 2000. Ce nouvel opus est 'live'. Double de surcroît. Réunissant 24 titres dont la plupart figurent sur les albums précédents, sous une version studio, bien sûr.

La première partie est consacrée au trio de base : Hank au chant, à la guitare et au bouzouki, soutenu par sa section rythmique, Loose Gravel ; c'est à dire Michel Poffet à la basse et Christophe Beck à la batterie. Le disque s'ouvre par "Bedpopthang". La formule du trio permet à Hank d'occuper le devant de la scène. Et ses soli à la slide sont à la fois agressifs et surprenants. Composition lente, "Southern movements" laisse une nouvelle fois libre cours à la slide. Le bottleneck malmène les cordes. Les effets de pédale accentuent encore ces artifices, conférant un ton lugubre à l'ensemble. "Arrows through my heart" est hanté par le rythme des Stones. "Low budget", "Handmade love", "Waltz n°1" et "8000 miles to New Orleans" évoluent au sein d'un climat plus roots, relax, laidback si vous préférez. Et c'est incontestablement lorsqu'il évolue au sein de ce type d'exercice de style que Shizzoe est le plus excitant. Plage rock, "Indian girl" révèle un Shizzoe extraverti. Sa guitare est saturée d'électricité. Mais, à mon humble avis, il a un peu trop recours à la galerie des effets. Pour l'introduction de "Caught asleep", on se croirait sur scène en compagnie de Pete Townsend. Le trio démontre qu'il est capable de déménager où et quand il le veut. Lorsque Hank évolue dans le registre country/folk/rock, il étale toute sa richesse musicale. A l'instar de "The whole book". Une plage au cours de laquelle, Michel nous réserve un solo à la basse. Hank Shizzoe est un artiste aux multiples facettes. Il est capable d'incarner à la fois JJ Cale, David Lindley, Ry Cooder ou Mark Knopfler (Dire Straits). Sur les planches, jamais il ne lasse ; et puis il faut avouer qu'il bénéficie du concours d'une section rythmique assez extraordinaire.

Lors du 2ème set, le trio de base est rejoint par Sonny Landreth. Un joueur de slide louisianais. La présence des deux guitares renforce la fécondité sonore de l'ensemble. Et on peut s'en rendre compte dès les premières mesures de "Oh so near". Une ambiance feutrée qui permet aux solistes de s'évader vers des sommets. Les musiciens ne se côtoient pas au quotidien. Ce qui explique sans doute pourquoi les prouesses instrumentales sont abondantes. Chaque soliste a même toute liberté de s'exprimer suivant l'inspiration. "Don't bore me, man" et "You make it sway" en sont les exemples les plus frappants. Tout au long "Zoo", un fragment imprimé sur un tempo rapide, les prouesses des guitares brillent par leur inventivité. "Joe went to the water" est bien un des meilleurs titres issus de leur répertoire. Christophe Beck est un virtuose aux drums. Mais tout au long d'"Isbjorn", il nous en met plein la vue (NDR : les oreilles ?) En fin de concert, la formation élargie aborde des reprises : "Six blade knife" de Mark Knopfler, "She belongs to me" de Bob Dylan et "Cabin down below" de Tom Petty. L'ombre de Dire Straits plane tout au long de "Being there with you" et de "6 blade knife". Hank chante "Real tigers" à la manière d'un Lou Reed. Une nouvelle composition imprimée sur un rythme proche du Velvet Underground, pendant que les deux guitares vrombissent. Une chose est sûre, avec Hank Shizzoe on ne s'ennuie jamais !

 

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Strange dreams

Savoy Brown est une véritable institution dans l'histoire du british blues et du boogie. Il est né au beau milieu des années 60, juste à temps pour goûter au succès du blues boom. Sous la houlette du guitariste Kim Simmonds, le groupe a traversé les âges. Ce Gallois d'origine s'est même fixé, depuis belle lurette, dans l'Etat de New York. Lui et le chanteur/bassiste noir Nathaniel Peterson avaient mis fin à la dernière formule du combo en 1999.

Le nouveau line up implique donc aujourd'hui, Simmonds, Dennis Cotton aux drums (NDR : il a joué en compagnie de Duke Robillard et chez Commander Cody and his Lost Planet Airmen), David Malachowski à la guitare (NDR : également un ex Lost Planet Airman), et Gerry Sorrentino à la batterie (NDR : il a aussi joué pour Robillard). Nouveaux musiciens : nouveau style ! Enfin, pas tout à fait, puisque l'expression sonore n'est jamais très éloignée du blues. Simplement, elle opère plutôt un retour au style qui avait fait leur succès commercial au milieu des 70s. Pensez aux elpees "Street corner talking" (72) et "Hellbound train" (73), lorsque Dave Walker se réservait le chant. Première constatation, Nathaniel parti, les vocaux sont désormais assurés par Kim Simmonds. Une situation qui s'était rarement produite dans le passé. Encore que ce soit lui qui donne de la voix sur ses deux albums solo, "Solitaire" et "Blues like midnight", parus chez Blue Wave. Kim n'est pas un chanteur né. Et il est à souhaiter que dans un futur proche, il trouve un remplaçant.

"When it rains" entame ce "rêve étrange". La section rythmique marque le coup. Kim chante. Mark Nanni a été invité pour participer aux sessions d'enregistrement. Il est bien calé derrière son orgue pour donner du corps au rythme. La première étincelle se produit dès l'envol initial des cordes. Des cordes allumées par Kim ! Une flamme entretenue lors de la subtile fusion entre le blues et le rock exotique, réminiscent de Carlos Santana. L'étiquette rock blues accessible peut être collée sur cette plage. En fait, Savoy Brown semble avoir opéré un retour de trente années dans le passé. A une époque considérée comme la mieux exploitée, d'un point de vue commercial. "Can't take it with you" évolue sur le même tempo. Une composition agréable, au cours de laquelle les soli de Kim conservent une trame bien mélodique. L'orgue de Nanni se fond dans le décor, à l'instar de celui de Paul Raymond, naguère. Kim passe à la slide pour la reprise du "Meat shaking woman" de Blind Boy Fuller. Le bottleneck glisse avec douceur le long de la Gibson. Pour la circonstance la voix se fond bien dans l'ensemble et la slide ressort bien de son environnement rythmique. Une plage récréative qui me plait beaucoup. Le morceau maître possède un impact commercial indéniable. Les interventions de la guitare glissent toujours harmonieusement au creux de nos oreilles. J'ignore si ce morceau deviendra leur "Tell Mama" des années 2000, mais il passe la rampe sans difficulté. "Keep on rollin" sent bon le british blues. La guitare répond au chant. Des échanges qui me rappellent de glorieuses années passées ; et en particulier, le "It hurts me too" paru sur l'album live "Blue Matter", en 68. "Shake it all night" est un boogie pas trop furieux, que Savoy Brown a parfois dispensé dans le passé ; mais un boogie bien dans la ligne de conduite observée par le présent opus. "Pain of love" et "(Hard time) believing in you" marquent un retour au style des premières plages, un style teinté par des sonorités de guitare qui me plaisent beaucoup. Invitation à se tortiller les orteils, "Memphis last night" est une plage assez longue, un peu répétitive. Les percussions s'activent pendant que Kim peut jouer son côté Santana. Savoy Brown achève son album par "Can't you let go", une composition dont les accents dépouillés et dramatiques baignent au sein d'un climat traditionnel. Kim m'y fait un peu penser à l'un de ses anciens potes, Stan Webb, leader de Chicken Shack.

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Flavor Saver Live

Spécialisé dans le black rock'n'roll et le black R&B, les Seatsniffers figurent parmi les meilleures formations belges. Fondée début 1995, autour de Walter Broes (guitare et chant), Roel Jacobs (saxophones), Luc Houben (basse) et Piet De Houwer (drums), elle compte déjà plusieurs albums et singles à son actif.

Live, leur nouvel opus inaugure leur nouveau contrat signé chez le label hollandais Sonic RendezVous. Et c'est bien sur une scène que nos quatre lascars s'expriment le mieux. Leur savoureux cocktail de rockabilly, de blues, de R&B, de country & western et de surf, libère une énergie permanente, tout en véhiculant une attitude quasi punk.

Le concert s'ouvre par les accents d'une rythmique boogie, bien huilée par le tandem De Houwer/Houben. La guitare de Walter épouse un profil rockabilly à la limite de la country. Les percussions sont denses et la machine à rythme s'emballe. Mais paradoxalement, cette agitation reflète une forme de solitude. Que brise le sax hurleur de Roel au bout d'une bonne minute. Il se défoule comme un beau diable sur ce "Shake it", devenu un titre de référence par excellence. Le public est déjà à point. Il répond aux invitations à se manifester. La tonalité surf de la guitare réverbère tout au long de ce "She's a fox" complice. Sous l'impulsion de Piet De Houwer derrière sa caisse, les Sniffers accélèrent encore le tempo et embraient par un 'Shakedown", au cours duquel Roel laisse éclater une joie d'une grande limpidité. "This must be the bottom" est sculpté dans du rockabilly pur et dur. Walter laisse glisser ses cordes huileuses tout en les secouant au service du rythme. "Taggin' along" est un blues lent sans complication, mais très efficace. Walter et Roel y chantent en duo. Insatiables, les Sniffers reviennent au boogie hypnotique pour "Don't gimme that". La guitare rythmique emprunte le riff cher à John Lee Hooker. Le son est sale, primaire. Il va droit au but recherché : celui de faire bouger. Proche d'une composition de Leiber et Stoller, "Get it" ouvre une parenthèse de calme. Et inévitablement le tempo ralentit la cadence tout au long de ce morceau né d'un savant dosage de blues et de rock ; un titre qu'aurait apprécié Little Charlie Baty ou encore les Paladins de Dave Gonzales. Cette plage est également la plus longue de l'album. Elle permet à Walter Broes de s'exprimer en développant un superbe solo. Pour aborder "Make my dream come true", le guitariste est complètement libéré. Il entretient sa furie dans une saveur tex-mex, avant de nous plonger au sein d'une ambiance futuriste (NDR : bruitages à la clé) chez l'éclatant "UFO". Pris de court, le public n'a pas le temps de reprendre son souffle que le rythme repart de plus belle, contaminant tour à tour le rocker "Assembly line", un "Since my baby left me" caractérisé par son riff découpé au couteau et l'instrumental gloussant "Run chicken run", parcouru par une guitare qui rocke et rolle. Le concert s'achève par une plage cool, baptisée "Sleep". Un tout bon album !

 

mercredi, 27 avril 2011 21:02

Girls with guitars

Thomas Ruf, ce n’est un secret pour personne, aime les femmes. Il leur voue même une certaine admiration. Le boss leur permet ainsi d’enregistrer et de tourner dans le cadre du projet ‘Blues Caravan Tours’. D’excellents blueswomen ont ainsi sillonné notre Vieux continent, telles Sue Foley, Ana Popovic, Candye Kane, Deborah Coleman ou Erja Lyytinen.

"Girls with guitars" se consacre, vous vous en doutez, aux dames et demoiselles qui jouent de la guitare. Et le trio en présence se débrouille plutôt bien, il faut le reconnaître. Dani Wilde avait déjà publié deux albums, "Heal my blues" et "Shine". Cette jeune chanteuse/compositrice/guitariste anglaise est issue de Brighton. Samantha Fish n’a que 21 printemps. Elle vit à Kansas City, dans le Missouri. Elle s’est produite, l’année dernière, au Chicago Blues Festival. Cassie Taylor, est la fille du bluesman Otis Taylor. Elle aussi affiche à peine plus de vingt ans.  

Ces filles sont capables de rocker. Elles ouvrent la plaque par le "Bitch" des Rolling Stones, une cover qui ne manque pas de panache. Le trio conjugue les voix en harmonie. Dani est emportée par son solo et enflamme ses cordes. La petite Cassie (NDR : très élégante, sous sa chevelure toute bouclée) chante d’un timbre caressant son "Satisfy my soul ", pendant que Dani se dresse sur ses pédales ! Dani Wilde n’est plus une novice. Empreinte de sensibilité, sa voix passe bien la rampe. Elle interprète impeccablement son "Mr loving man", tout en égrenant de subtiles notes sur sa Fender. Samantha (NDR : c’est la fille blonde !) prend son tour de rôle et chante "We ain’t gonna net out alive", soutenue par Mike Zito à la slide. Ce dernier s’est également chargé de la mise en forme de cet elpee. Actuellement, Dani est la seule à pouvoir affronter le public en solitaire. Armée de son seul dobro, elle démontre toute son assurance sur les planches en attaquant "Reason to stay". Ce qui ne l’empêche pas d’injecter une certaine émotion dans son interprétation. "Get back" est sans aucun doute la meilleure plage de cet opus (NDR : non, ce n’est pas une cover des Beatles). Les trois félines se succèdent au chant au cœur d’un climat oppressant entretenu par les sonorités métalliques de la guitare de Mike Zito. Samantha tire également son épingle du jeu sur le lent "Come on home" ainsi que tout au long de "Wait a minute", un morceau dont le rythme particulièrement syncopé épouse un profil très New Orleans. Mais surtout lors du blues rocker "Move on", une chouette compo au cours de laquelle elle libère une bonne dose d’énergie sur sa gratte. Cassie possède une très belle voix. Douce aussi. Pas vraiment adaptée au blues, mais plutôt au folk rock. Une délicatesse quelle laisse transparaître sur son "Leaving Chicago". Dani revient une dernière fois mettre les pendules à l’heure sur "Are you ready". Une chanson abordée dans l’esprit du Fleetwood Mac, deuxième époque, lorsque le combo impliquait deux vocalistes. Et en final, le "Jet Airliner" de Päul Pena, baigne au sein du même climat ; mais pour la circonstance, les trois chanteuses se libèrent en chœur.

mercredi, 27 avril 2011 21:00

Love to beg

Chez Ruf Records, on a le nez creux pour dénicher des talents féminins ou félins, selon. Et l’écurie vient à nouveau d’en dégoter une nouvelle : Dana Fuchs. Jolie, les cheveux blonds et de longues jambes qui n’en finissent pas. Que demande le peuple ? Ben quand même qu’elle soit crédible. Sa voix rauque et un brin éraillée, ne manque, en tout cas pas de charme. Agée de 35 ans, elle est née dans le New Jersey et a grandi sous le soleil de plomb très caractéristique de la Floride. A 19 balais, elle quitte sa famille, sans un sou, et débarque à New York pour tenter sa chance. Elle participe à des blues jams dans les bas quartiers de Manhattan. C’est là qu’elle rencontre Jon Diamond, guitariste (NDR : quelquefois harmoniciste) qui avait tourné au sein des backing groups de Joan Osborn et Debbie Davies. Ensemble, ils fondent le Dana Fuchs Band.

En 2003, la formation avait publié l’album "Lonely for a lifetime", suivi en 2008 d’un opus enregistré en public, " Live in NYC", immortalisé au BB King’s Blues Club. Jon Diamond et Dana sont toujours partenaires au sein du line up. Hormis un titre, le duo se charge de la composition et de la coproduction. Ils sont soutenus par une section rythmique en béton : le bassiste Whynot Jansveld et le drummer Carter McLean. Le futur périple du band devrait transiter par la Belgique, et s’arrêter ce 7 août, à la Ferme de la Madelonne, à Gouvy.

Le long playing s’ouvre par le titre maître. Puissante, cette piste s’apparente à un poing dans la figure. La slide de Jon Diamond arrache. La production est bien léchée. Les cordes acoustiques sont subtilement ciselées. Jon double à l’harmo. Dès qu’elle élève le ton, Dana évoque inévitablement Janis Joplin. Son timbre rocailleux et assuré crève l’écran. Pas étonnant, lorsqu’on sait qu’elle est aussi actrice. Ainsi, il y a quelques années, elle avait tapé dans l’oreille (NDR : l’œil ?) des producteurs de la revue de Broadway, "Love, Janis". Et elle s’était alors vu offrir le rôle de la célèbre blueswoman. "Nothing’s what I cry for" hausse le rythme. Atmosphérique, "Golden eyes" est une piste qui ne manque pas de charme. Les cordes de Jon nous transportent. Une intensité dramatique émane de cette compo au cours de laquelle le chant est soutenu par des harmonies vocales féminines. Dana possède un registre vocal particulièrement ample. Et elle le démontre, face à l’orgue Hammond de Glenn Patscha, sur la jolie ballade soul, " Keepsake". Sculpté dans le rock et bénéficiant d’excellents arrangements, "Set it on fire" lorgne vers les Rolling Stones, tout comme "Faster than we can" ; mais à cause du tempo, réminiscent d’" It’s all over now" (NDR : le premier hit ; et c’était en 1964 !) Miss Fuchs se montre également à l’aise dans la soul. Elle injecte énormément de passion dans sa voix lorsqu’elle s’attaque à la ballade R&B lente. Elle adopte alors un style très sixties, proche du Stax de Memphis. Mais aussi lorsqu’elle aborde le gospel, soutenue par des chœurs de circonstance. En outre, elle est également capable de nous balancer un rockin’ R&B percutant, dans l’esprit de Tina Turner. "Pretty girl" revient au rock made in Joplin. Une seule reprise et elle n’est guère surprenante, puisqu’il s’agit du merveilleux "I’ve been loving you too long" d’Otis Redding, un hit inoubliable dont elle parvient à nous délivrer une excellente version. Le rockin’ blues "What you see" précède le morceau final du long playing, "Superman", un blues que n’aurait pas renié Howlin’ Wolf en personne !