La terre fissurée de Daffo

À seulement 20 ans, Daffo, artiste indie-rock basée à Brooklyn, transforme le tumulte intérieur en chansons brutes et poétiques, d’une étrange beauté. Entre l’énergie DIY et des arrangements délicats, sa musique oscille entre fragilité et intensité. Révélée…

logo_musiczine

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Jean-Claude Mondo

Jean-Claude Mondo

vendredi, 31 décembre 2004 02:00

Movin´along

Maxwell Street réunit quelques figures séminales du blues anglais, des musiciens apparus au temps du british blues boom. Chris Youlden et Graham Vickerey se sont rencontrés en 1963 suite à une annonce parue dans le Melody Maker. Leur passion pour le blues les entraînent à vivre diverses expériences, dont celles du Down Home Blues Band et du le Lonesome Jax Blues Band en compagnie du futur Savoy Brown, Dave Peverett. En 1966, Graham monte son premier Shakey Vick Big City Blues Band flanqué du futur Foghat, Rod Price, à la guitare et de Mel Wright aux drums. Chris Youlden rejoint Savoy Brown en 1967. Il devient alors un des meilleurs vocalistes du blues anglais.
 
Chris, Shakey Vick et Mel Wright se sont retrouvés en 2002 pour enregistrer ces quatre titres sous le patronyme Maxwell Street. Un disque pour lequel ils ont reçu la collaboration du guitariste Bernie Pallo (NDR : il avait déjà joué pour Shakey) et du bassiste Peter Moody. Un Ep qui s’adresse aux nostalgiques du british blues. Plusieurs vocalistes se partagent le chant. Le grand Chris, deux titres. Il n’a rien perdu de son superbe timbre. Et le démontre dès le début de "Movin' along". L'accompagnement musical est sobre. Discret, l'harmonica se calfeutre dans l’ombre. Très anglaise, la guitare sort très peu de sa réserve. Youlden interprète encore "Bad mood blues" ; une plage imprimée sur un rythme plus proche de John Lee Hooker. Au cours de ce fragment qui ne manque pas d’allure, Shakey sort son l'harmonica. Une compo naturellement inspirée par Little Walter. Shakey chante "Somewhere in my dreams". Son timbre caractéristique est grave, sans trop de relief. Pallo extirpe un solo de ses cordes, mais sans jamais parvenir à faire jaillir l'étincelle que produisait les grands gratteurs anglais de l'époque. Shakey se réserve enfin "Just can't lose the blues", un morceau imprégné de south side Chicago Blues du maître des lieux : Muddy Waters en personne.
vendredi, 31 décembre 2004 02:00

70th Birthday Concert

John Mayall est né le 29 novembre 1933, dans un petit village près de Manchester. A Macclesfield, très exactement. Il y a déjà 40 ans que ce vieux loup mancunien a fondé une fantastique école du blues : les Bluesbreakers. Cette formation légendaire fut le rayon de soleil du british blues boom au cours des sixties, révélant ainsi à l’époque, de nombreux talents. Et en particulier, Eric Clapton, Peter Green et Mick Taylor. Ils n'avaient alors même pas vingt ans. A la fin de cette décennie, John allait émigrer vers les Etats-Unis, près de Los Angeles plus précisément, où il réside encore aujourd'hui. S'il négligea les Bluesbreakers dans les années 70, il revint à ses premières amours dans les années 80 ; mais flanqué désormais de musiciens essentiellement américains.
 
Le 19 juillet 2003, la formation s’est produite au Kings Dock de Liverpool pour plus de deux heures de fête, bénéficiant pour la circonstance du concours de quelques invités de marque. Le concert s’ouvre par deux titres interprétés sans le maître. Une excellent entrée en matière des Bluesbreakers illustrée par "Grits ain't groceries" et "Jacksboro highway". Le guitariste Buddy Whitington est un excellent chanteur, au timbre naturellement puissant. Il est entouré par l'inamovible Joe Yule à la batterie, Hank Van Sickle à la basse et Tom Canning aux claviers. Ce remarquable musicien a rejoint le line up lors de la confection de l’album "Stories". La tonalité de son orgue Hammond s'intègre vraiment bien dans l'ensemble. Mayall intervient alors pour une série de trois titres. La machine est parfaitement huilée. Elle carbure à plein régime sur les planches. John invite alors un ancien collaborateur qui l’épaula souvent tout au long de la carrière des Bluesbreakers : Mick Taylor. Il n’est sans doute plus aussi étincelant que dans le passé. Et puis n’a jamais eu l'âme ni les qualités d'un leader. Cependant, au sein d’un ensemble aussi soudé que celui-ci, il peut encore faire vibrer sa slide. Et il le démontre tout au long de la superbe version du slow blues "Blues for the lost days". Mais il est nécessaire de bien discerner les cordes ; car Buddy Whitington et Mick Taylor se réservent chacun leur tour une excellente intervention. Le style nonchalant de ce dernier, ponctuellement traité par des pédales, se distingue nettement. Une section de cuivres fait son entrée. Elle implique un vétéran, le trompettiste Henry Lowther et enrichit deux fragments écrits il y a belle lurette : "Walking the sunset", extrait de "Blues from Laurel Canyon", et "Oh, pretty woman", issu de "Crusade". Clapton opère un retour de prestige 38 ans plus tard. Le vieux John s'assied derrière le piano et entame "No big hurry", en duo avec Eric. Un léger frisson vous parcourt l’échine… Le deuxième morceau de plastique libère immédiatement une nouvelle dose d'émotion. Et pour cause, Mayall présente un illustre personnage qui a invité les premiers bluesmen noirs américains à se produire en Angleterre, au cours des années 50 : Chris Barber, un tromboniste qui drive son jazz band depuis une éternité. John, Eric et Chris interprètent "Please Mr Lofton". Un moment d’anthologie ! Comment rester insensible à cette complicité partagée par ce trio, sur les planches ? Les Bluesbreakers reviennent pour apporter leur dose de décibels nécessaires, épinglant pour la circonstance quelques plages notoires. Elles figuraient d’ailleurs au répertoire de Mayall lorsqu’il était accompagné de Clapton. Se succèdent ainsi "Hideaway" (NDR : un instrumental signé Freddie King), le fameux "All your love" d'Otis Rush, caractérisé par ses changements de rythmes (NDR : cette compo n’a pas pris une ride), le blues lent et torride "Have you heard" (une plage issue de l'album "Bluesbreakers"), sans oublier "Hoochie Coochie Man" et "I'm tore down", deux classiques que chante Eric. Mayall accorde son exercice de style à l'harmonica sur "It ain't right" de Little Walter. La fin du concert est proche. Mick Taylor réapparaît pour attaquer "California". Dans un style très jazzyfiant, que pratiquait John dans les 70’s. La fête s’achève en compagnie de toute l’équipe pour interpréter le classique de JB Lenoir, "Talk to your daughter". S’il faut reconnaître que nous ne sommes pas en présence du meilleur album du grand Mayall, cet opus demeurera cependant un témoignage de la remarquable longévité d'un artiste que personne, sans doute, n'attendait quarante ans plus tard…
vendredi, 31 décembre 2004 02:00

Rollin´ with the blues Live

Ce coffret réunit des enregistrements commis entre 1972 et 1982. C'est-à-dire ce qu’on a appelé "The second decade ». La première était évidemment consacrée à la fabuleuse histoire des Bluesbreakers, groupe phare du British Blues boom des 60s. Elle était illustrée par la succession de trois brillants gratteurs : Eric Clapton, Peter Green et Mick Taylor. Mayall allait finalement se fixer du côté de Los Angeles et monter une formation sans batteur, le drumless band, au sein de laquelle Jon Mark se réservait la guitare acoustique. Une période couronnée de succès et ponctuée par le célèbre "Room to move".
 
Celle qui concerne cet opus est moins prestigieuse, mais révèle pourtant d'excellents musiciens. Nous entrons ici dans sa période "Jazz blues fusion". Rappelez-vous d’ailleurs de cet album ‘live’ enregistré à Boston et New York, en 1972. C'est d'abord sur cette époque que "Rolling with the blues" s'arrête. Et tout d’abord le 2 mai 1972. A Francfort. Mayall est au piano, Clifford Solomon au sax ténor, Blue Mitchell à la trompette et Freddie Robinson à la guitare, pour un "Got you on my mind" brillant, très jazz. Une interprétation de très haut niveau! Epaulé par Keef Hartley aux drums, le bassiste Victor Gaskin accentue l’empreinte jazz. John met en évidence sa voix louvoyante sur "No smoking", un bon blues lent sur lequel il s'accompagne à l'harmonica, face à deux cuivres. Une plage vraiment délicieuse. John nous a fixé rendez-vous au même endroit, une année plus tard. Hormis Clifford Solomon qui a cédé le sax ténor à Red Holloway, les musiciens sont identiques. Mais nous n'y perdons pas au change. Cinq plages illustrent cet événement. Tout d’abord, "Feels good in Frankfurt". Blue Mitchell se montre brillant tout au long de ce blues relaxant, sans doute bien improvisé. Les musiciens ont le champ libre pour se mettre tour à tour en évidence. Victor Gaskin et Hartley ne s’en privent par sur "Next time around", et Blue Mitchell les imite sur "Filthy McNasty". Superbement chanté par Mayall, "Sad to be alone" est un nouveau blues lent. Il manifeste toute sa sensibilité exacerbée. Ce concert s’achève par "Make my bed tonight", un Chicago shuffle entraînant, sans doute inspiré par Jimmy Reed. Le second disque opère un changement radical. Il nous transporte d'abord en Californie. Nous sommes en mai 1980. Kevin McCormick à la basse et Soko Richardson à la batterie constituent une rythmique d'acier. Red Holloway est toujours au sax ; mais la guitare de James Quill Smith est beaucoup plus rock Mr Smith gratte cependant fort bien sur "Mexico City", mais dans un style résolument rock. Une chose est sûre, McCormick bétonne! Quill Smith remet le couvert pour "Gone from the canyon", un blues rock à la Clapton. Véhiculant des accents dramatiques, "Caught in the middle" démontre que Mayall n'est pas là dans sa période la plus enthousiasmante. Pourtant, son intervention à l'harmonica sur "John Lee boogie" est tout de même assez communicative. Elle est même hantée par l’esprit de Sonny Boy. Immortalisées en 1982, les cinq dernières plages sont consacrées au retour progressif des Bluesbreakers. Et chaque fois, on retrouve Mick Taylor à la guitare, Colin Allen aux drums, ainsi que John McVie ou Steve Thompson à la basse. Quelques vétérans de la grande époque ! Blues, le titre maître de l’elpee met en évidence le talent de Mick ; et en particulier son jeu si caractéristique à la slide. Cette même slide et le piano se conjuguent fort bien sur le doux et mélodique "Howlin' moon". "Sitting here alone" nous rappelle la grande époque du blues anglais. Cet excellent coffret réunit des bandes ‘live’ de qualité qui appartiennent à l'artiste. Un box ponctué par une interview en DVD.
vendredi, 31 décembre 2004 02:00

I just want to be held

Dès les premières notes, "I wanna dance with you" nous conduit sur un funk entraînant. Une ouverture qui repose sur une rythmique solide, ponctuée de cris émis par le saxophone de Suzi Hendrix et traversée par une guitare au son très aigu. Toute la piste de danse est déjà comble, lorsque la voix de Nathaniel fait son apparition. Une voix soul, d'une pureté hors de l'ordinaire, qui transpire le vécu. Une voix qui ne doit guère forcer pour convaincre le public à le rejoindre sur le dance-floor. Une voix tout en relief qui se fond parfaitement à l’environnement sonore. Elle emprunte même les inflexions d’un vocaliste punk sur "I found out". En réalité une composition de John Lennon, totalement méconnaissable. La production la plonge de toute évidence au sein d’un environnement agressif. Tous les instruments se déchaînent dans le rythme, et en particulier les guitares de Dale Beavers et de Jeff Meier. Le climat s'apaise et le tourment s’éclaircit pour aborder "Satisfied fool". Une ballade soul vive, illuminée par ce chant communicatif. Nathaniel aborde chaque chanson comme si son univers personnel en dépendait. Jack Yarber, qui a composé ce titre, se charge ici des parties de guitare. "I'm in love" est une chanson pop/soul tellement contagieuse qu’elle s'insinue au plus profond de votre esprit. A cet instant, on croirait presque retrouver Sam Cooke ou même le Rod Stewart de sa meilleure époque. Superbe!! Une sensation qui réapparaît sur l’éclatant « You are the one ». Mais implacablement, le rythme refait surface. "Leave me alone" libère de la puissance par ses guitares. L’orgue Farfisa d'Adam Woodard nous ramène à une époque glorieuse des sixties. Celle des hits pop immortalisés par Question Mark & the Mysterians ou le Sir Douglas Quintet. Une étiquette qu’on pourrait également coller à "You gotta work" ; mais ici la puissance de feu du rythme est à son apogée. Nathaniel se met dans la peau de James Brown. Le saxo est jouissif. Impressionnante, la machine musicale laboure tout sur son passage. Support idéal, la section rythmique réunit Greasy Carlisi à la basse et Tino Gross à la batterie. Pas de moment faible sur cet elpee de brève durée. L'énergie incroyable persiste tout au long de "From now on". Rien n'est ordinaire chez Mayer. Ballade R&B, "Stick it or lick it" campe ici un style proche du Motown d'un Marvin Gaye ; mais la voix demeure sale, primaire et capable de tous les excès. L'album s’achève sur les derniers souffles de cet artiste de Detroit. Face aux sons tribaux, il exhorte son « What's your name » devant des guitares assoiffées, avides de prendre le pouvoir. Une oeuvre inattendue dans le catalogue Fat Possum pour un artiste majeur à la voix inclassable mais tellement belle.
vendredi, 31 décembre 2004 02:00

Boogie is my name

Originaire de Gadsden, dans l'Alabama, Jerry est né il y a tout juste 74 ans. Il souffle dans son harmonica depuis l'âge de cinq ans. Un fameux bail ! Gamin, il se produisait dans les rues de Gadsden. Et c’est de cette époque que date son surnom de Boogie. Il est également capable de jouer de la batterie et de la guitare. Ses premières influences répondent aux noms de John Lee Williamson et de Sonny Terry. Mais il se montre aussi fort à l’écoute de Little Walter et de l'autre Sonny Boy, Rice Miller. Au cours des années 50, il enregistre pour les labels Trumpet, Nashboro et Excello. Mais c'est en 1960, à Birmingham (NDR : dans l’Alabama) qu'il met en boîte ses véritables classiques (NDR : parus chez Rex), dont l'instrumental "Steady" et surtout "She's tuff", une compo que les Fabulous Thunderbirds feront revivre bien plus tard, mais avec beaucoup de bonheur. On retrouve ensuite trace de sa discographie chez Okeh et Jewel ; et plus près de nos jours chez Ichiban et Wild Dog.
 
Jerry McCain est manifestement un des acteurs essentiels de la boogie music et personne ne songerait à lui contester ce surnom qui lui colle à la peau. C'est donc sans surprise qu'il ouvre les hostilités par le titre maître. L’accompagnement est discret, tant la place réservée au son largement amplifié de son harmonica acéré est prépondérante. Naturellement ravagée, sa voix a du vécu. Elle est le complément idéal de son instrument. Jerry maintient le rythme pour interpréter "My new next door neighbor". Le pianiste Clay Sawfford s'intègre bien au décor sonore."Big butt Sara" est du pur McCain. La trame musicale repose toujours sur le boogie. Greg Rowell à la basse, Ardie Dean aux drums et Ralph Lusian à la guitare font preuve à la fois d’une grande sobriété et d’une grande efficacité. La voix fatiguée de McCain laisse le plus souvent possible la voie libre à son harmonica dans lequel il souffle à sa manière, dans les sons très aigus, pratiquement à la rupture mais toujours sous contrôle. Prodigieux ! "Potato patch" est un blues lent, proche des swamp blues que Jay Miller dispensait. Du blues pur, forgé dans la sensibilité exacerbée. Boogie instrumental, "House party boogie" est imprimé sur un rythme modéré. A l’instar du long "Short skirt and big legs", Jerry continue à nous narrer ces petites histoires pleines de piment et de saveur. "Lowdown dirty rat" et les neuf minutes de "Cryin won't do no good" trempent dans le downhome blues comme nous n'en entendons que trop peu de nos jours. Boogie reste un pur et nous dispense un blues à ras de terre susceptible de vous fait hérisser les poils. Son accompagnement est minimaliste. Et il injecte une telle dose d'émotion et de désespoir en soufflant dans son harmonica que nous ne puissions vivre qu’un grand moment de blues! Autre instrumental, "Jimmy roll" libère pas mal d'énergie. Nonobstant la participation de grosses pointures (Jimmy Johnson, John Primer, Jimmy Vaughan, Anson Funderburgh et Double Trouble), "This stuff just kills me" (NDR : son précédent elpee, paru en 2000) m’avait moins fait flasher. Je lui préfère ce "Boogie is my name". Une plage qui s’achève dans un église : la Old Stone Holiness Church de Vinemont, dans l’Alabama. Jerry y échange quelques propos avec les prieurs. Actionné par Ralph Lusian, l’orgue est omniprésent. Et les quelques trop rares notes de l’harmonica majestueuses.
Les labels Blues Leaf et Music Maker sont distribués en Belgique par Luc Ghyselen, Blues Promotion, Spoorwegstraat, 15 – 8930 LAUWE – Belgique.
vendredi, 31 décembre 2004 02:00

Use what you got

Originaire de Detroit, cette fille a découvert sa musique de prédilection à l'écoute d'Aretha Franklin, Etta James et Koko Taylor. Et il faut reconnaître que depuis quelques années, elle s’est imposée comme une vocaliste de talent. Mais c'est en Californie que son succès a véritablement éclaté. Son premier opus, "It takes one to know one", remonte à 1997. Depuis, elle a commis "My bad luck soul" en 1999 et "Blues ain't pretty" en 2001, chez Blues Leaf. Et ce troisième elpee, "Use what you got", toujours pour le même label.
 
La voix veloutée de Janiva s’impose immédiatement dès le "I'm lost without you" de Memphis Slim. Quel organe! Une voix très musicale et modulable qui affiche une grande facilité dans les changements de rythme. Son guitariste signe une première sortie nerveuse, coupée au rasoir. Dave Woodford sollicite lui aussi un premier solo sur son sax ténor. La voix est parfaitement huilée. Elle maîtrise en ‘lady shouter’ naturelle la plage générique, "Use what you got", face aux deux saxophones baryton de David et Jeff Turmes, le fidèle compagnon, tandis que Zach se montre insatiable sur ses cordes. Manifestant un maximum de feeling dans la voix, Janiva aborde une très belle ballade louisianaise : "I'm not ashamed". Elle me fait ici penser à la quintessence de Marcia Ball. Nous sommes entièrement sous l’emprise du redoutable pouvoir de séduction exercé par notre chanteuse. Signé Denise La Salle, "Find a fool" campe un R&B funky. La prestation de Zunis demeure un véritable plaisir pour nos oreilles. Le "How much longer" de Jeff Turmes a été taillé sur mesure pour la voix expressive de Janiva. Le piano d’Andy Kaulkin sautille pendant que Zach s'amuse comme un fou. L'intensité des lumières diminue. Le sax de Woodford envahit aussitôt cette ambiance moite de fin de soirée. Janiva peut chanter en toute humilité l'inoubliable et savoureux "Stormy blues" de Billie Holliday. Remuant, illuminé par les sorties de Zunis et de Woodford, "You better love me" est du pur R&B. Dans le même registre, le "All night worker" de Rufus Thomas est encore plus envoûtant. Le sommet de l'album est atteint par le "That's why I'm cryin" de Magic Sam. Zach Zunis se sent comme un poisson dans l'eau au sein du son Westside de Chicago. Ses échanges opérés avec la voix dominante et plaintive de Janiva sont franchement brillants. Direction plein sud, et en particulier vers la Nouvelle Orleans pour le "Who's gonna help a brother get further" de Lee Dorsey et Allan Toussaint. Un funk enrichi de percussions et de cuivres, bien entendu ! Pour bien nous démontrer la variété de son répertoire, elle reprend le "Who will the next fool be" de Buddy Rich. Tout au long de cette excellente ballade country, elle se montre une nouvelle fois proche de Marcia Ball. Elle redevient l'excitante blues shouter sur le rythmé "Matchbox" d'Ike Turner, une plage au cours de laquelle Zunis se révèle décidément très versatile. Sa performance accordée tout au long de cet opus est vraiment remarquable. Ce très bon album s’achève par une reprise intéressante du "Don't start cryin' now" de Slim Harpo. Et pour que votre information soit complète, sachez que Lady Magness s'est chargée elle-même de la production. En outre, un nouvel elpee est annoncé chez Nothern Blues Music, pour cet été…
vendredi, 31 décembre 2004 02:00

Live in Dallas

Agé de 44 balais, Mike Morgan, est depuis près de vingt années un des fleurons blues de la guitare à Dallas. Une ville texane qui s’est forgé une notoriété dans ce domaine, en abritant des talents tels qu’Anson Funderburgh, Jim Suhler, Bugs Henderson, Johnny Moeller et bien d'autres encore. En 86, Mike fonde le Crawl en compagnie du chanteur Darrell Nulisch. Venu tout droit de Kansas City, Lee Mc Bee remplace ce dernier en 89. La grande aventure est en marche ! Premier elpee, "Raw and ready" paraît l'année suivante. Et le fantastique "Mighty fine dancin", en 91. Un opus dont il reprend ici "Frankie's blues" et "Blues for Al & Peg". Pour notre plus grand bonheur, la vie musicale de Mike était accompagnée de la voix et du souffle du grand Lee McBee. Et pour l’instant, leurs destins sont séparés ; ce qui a donné naissance à deux formidables blues bands. Une situation qui permet de mesurer tout le talent de Mike Morgan, comme seul soliste du Crawl ; et croyez moi, cet événement n'est pas banal ! D’autant plus qu’il est ‘live’.
 
Nous sommes donc le 1er juin 2002 au Bootlegger's de Dallas. Les vibrations sont excellentes. Les quatre musiciens se retrouvent pour la première fois depuis un mois. Kevin Schermerhorn est derrière ses caisses, Rhandy Simmons à la basse, et Chris Zalez, le nouveau chanteur, se réserve aussi la guitare rythmique. Pendant ce temps, l'œil droit toujours caché, Mike Morgan se fait le roi de cœur… et de la guitare. Tous ces musiciens avaient déjà participé à la confection de l'album précédent, "Texas man", un disque paru en 2001. Le concert s'ouvre par une superbe version de "One of a kind", issu de l'album "I like the way you work it". Bien sûr, Lee McBee n'est pas là. Son harmonica manque. Bien qu’elle tente de l’imiter, la voix de Chris Zalez n'a pas sa puissance ; mais qu'est-ce que Mike Morgan dégage ! Ses parties de guitares sont époustouflantes. Il semble totalement libéré tout en manifestant un charisme certain. Le "Frankie's blues" de Frankie Lee Sims ne recèle pas de solo. Tout est dans la rythmique. "Mother-in-law blues" est un de ces shuffles qu'on n’entend plus qu'au Texas. A Dallas ou à Austin, en particulier. La partie de cordes est encore une fois extraordinaire. "Blues for Al & Peg" est le slow blues instrumental sur lequel Mike peut libérer le feeling débordant de son écriture personnelle. Dans l’esprit de ce que faisait Stevie Ray Vaughan sur "Tin Pan Alley". Quand Mr Morgan saisit sa slide, il se fait Elmore, mais son coup de patte si personnel, si modéré, libère tellement de beauté simple dans l’exécution… Chris Zalez chante impeccablement "Help me baby", un autre shuffle au cours duquel il prend aussi un solo très réconfortant, sous l'œil du maître. Le Crawl se transporte dans les swamps louisianais quand il joue "Those lonely, lonely nights", une plage dont la partie vocale est tellement inspirée par Guitar Slim. On y ressent même la présence du fantôme de Lee McBee. Mais n’ayez crainte, il reviendra bien un jour prochain, le grand Lee ! Pendant ce temps, Mike se sent revivre sur ce rythme si chaleureux du sud des Etats-Unis. Le concert s’achève par la reprise du notoire "Shame, shame, shame" de Jimmy Reed. Ce premier opus ‘live’ du Crawl est un véritable régal ; et pas seulement parce que Mike Morgan est un tout grand guitariste…
vendredi, 31 décembre 2004 02:00

Coming from the Old School

Le vieil harmoniciste aveugle vient de se rendre coupable d’une infidélité auprès des Rockets d'Anson Funderburgh. Sam est né à Laurel, dans le Mississippi. En février 1936. Très jeune, il manifeste un véritable don pour la musique. A la trompette et aux percussions, tout d’abord. Une aptitude qui l’incite à fréquenter l'école de musique de Chicago. C’est à cette époque que le déclic se produit. En côtoyant des géants du blues local : Muddy Waters, Howlin' Wolf, Little Walter, Hound Dog Taylor, Elmore James, et bien d’autres. D'ailleurs, durant une dizaine d'années, il jouera de la batterie dans le band du roi de la slide guitare. En 1956, il enregistre déjà sa composition qui sera sa plus célèbre : "Sleeping in the ground". Il tourne ensuite inlassablement dans les clubs de Jackson. A partir de 1986, il fait équipe avec le redoutable guitariste texan, Anson Funderburgh. Au sein de ce team, il va commettre la bagatelle de huit elpees, dont le premier s’intitule "My love is here to stay". Il a également collaboré à la confection de l’un ou l’autre disque pour des amis texans : Joe "Guitar" Hughes, Hash Brown, Robin Banks et Jim Suhler ; sans oublier les nombreuses sessions d'Elmore James auxquelles il a participé. L'homme a multiplié les WC Handy Awards : en solo, comme chanteur et harmoniciste ou encore entouré des Rockets.
 
« Coming from the Old School » constitue son premier album personnel. Il a quand même reçu le concours des musiciens maison d'Electro-Fi : Mel Brown à la guitare et aux claviers, Michael Fonfara aux claviers, Pat Carey aux saxophones, Alec Fraser à la basse et Jim Boudreau aux drums. Sam étale toute sa verve. Sa puissance de feu est intacte dès qu'il aborde son "I'm tired of your jive". Hilare, il se trémousse tel un jeune adolescent. Pat Carey laisse alors échapper son premier solo au saxophone. Il reprend ensuite, de manière classique, le "Ninety nine" de Sonny Boy Williamson II., en lâchant au passage un solide exercice de style sur son harmonica. "I got a thing for the voodoo woman" est une plage funky, dansante. Fonfara siège à l'orgue Hammond. Les musiciens se libèrent, Pat au sax et puis un Mel Brown très relax sur ses six cordes. Bien imprégné du Chicago southside, "Burning fire" est un slow blues classique. Fonfara est passé au piano pour cette reprise d'Otis Spann. Mel joue avec beaucoup de retenue, ne laissant filtrer que sa sensibilité exacerbée. Imprimé de nouveau sur un tempo funky, le très neveux "Waitin' on you mama" permet à Fonfara de prendre son pied derrière son piano. Mais on ressent également toute la joie que manifeste Sam, lorsqu’il souffle dans son instrument. Myers a le blues. Il le respire à pleins poumons. Bien lent, son "I got the blues" nous fait frémir. Quel bonheur de percevoir Mel Brown faire vibrer sa guitare de manière si originale. Le climat de l'album demeure serein. A l’instar du "My daily wish" de Robert Lockwood Jr, un blues tellement émouvant. Guitariste canadien particulièrement réputé, Jack DeKeyzer fait alors son apparition. D’abord sur le saignant "You don't know what love is all about". Il y manifeste beaucoup de présence et libère énormément de punch. Jack est toujours au poste pour le titre maître. Une plage très lente qui accorde beaucoup de respect pour le blues traditionnel, tout en laissant la part belle à tous les intervenants : guitare, harmonica et piano. "Country boy" est une plage très roots. Jack siège à la guitare acoustique, Mel est au piano, Sam se concentre sur l'harmonica. L’émotion est très palpable ! Bien nerveux, "Money is my downfall" est un bijou de shuffle. Sam chante avec conviction. Tout est bien en place. La guitare et le piano font merveille. Les trois dernières plages se consacrent au bon vieux downhome blues, des plages lentes bourrées de feeling, à l’instar de cette merveilleuse finale intitulée "Let you slowly bring you down". Recommandé !
vendredi, 31 décembre 2004 02:00

The blues is back!

Ernest Lane est né en 1931. A Clarksdale, dans le Mississippi. Son père jouait du ‘barrelhouse piano’ et fréquentait un certain Pinetop Perkins. Ike Turner était un de ses amis de jeunesse. A 17 ans, il rencontre le mythique Robert Nighthawk et le suit à Chicago. Ce qui lui permet d’entrer aux studios de Chess Records. Il enregistre ensuite en compagnie du chanteur/guitariste Houston Stackhouse, avant de commettre deux titres pour Modern Records, sous son patronyme. Il fonde alors son groupe qui se fixe à Little Rock, en Arkansas, avant d'émigrer vers Los Angeles où il vit toujours aujourd'hui. Au début des années 60, son vieil ami Ike Turner le recrute pour faire partie du Ike and Tina Turner Revue. Mais lorsqu'il quitte l’ensemble, il emmène avec lui la plupart des autres musiciens. Ils deviennent alors les Goodtimers qui assurent régulièrement le backing du groupe pop, les Monkees. Il participe aussi, à l'époque, à la confection de trois albums de Canned Heat : "Hallelujah" en 68, "Future blues" en 70 et "Historical figures and Ancient heads" en 72. Mais le monde de la musique ne lui botte plus trop ; et il préfère prendre du recul ne jouant alors plus que pour le plaisir. Il embrasse alors la profession de vendeur de voitures, puis de transporteur routier. Christian Rannenberg (NDR : un pianiste allemand talentueux) retrouve sa trace et le convainc d’enregistrer ce premier opus. Un disque qu'il produit également.
 
L'album s’ouvre par "Blue and lonesome", un excellent downhome blues écrit par Memphis Slim. Ernest siège derrière le piano. Il joue sereinement et en toute décontraction, tout en chantant de son timbre bien prononcé. Une excellente entrée en matière ! Le rythme s'accélère dès "I'll be watching you". Les cuivres annoncent un R&B entraînant. La guitare s'évade timidement. Le piano règne en maître sur cette plage imprimée sur un rythme boogie woogie. L'album alterne les tempos. Le titre maître trempe dans un slow blues chaleureux. Autre boogie woogie vigoureux, "What's wrong, baby" met en exergue le sax ténor de Leo Dombecki. Ce duo ne manque pas d’allure et remet le couvert sur un nouveau blues lent intitulé "What I saw". Boogie instrumental, "Lane shuffle" démontre la technique et le feeling du musicien! "What kind of love" est une plage funky soutenue par une bonne section rythmique : Rick Jones à la basse et James Gadson aux drums. Big Jay McNeely y dispense un excellent solo de sax ténor. Il interprète alors un blues fin de soirée, qu'il a écrit en compagnie de Percy Mayfield. Il y chante d'une voix forte, proche de celle de Memphis Slim. Ernest brille de mille feux quand il s'attaque au swing blues. Et en particulier tout au long de la reprise de "Just like a woman". Un fragment qui bénéficie du concours des cordes de Steve Gannon ainsi que des cuivres de Mack Johnson et Derrick Edmonson. Autre blues lent, "Feelin' kind of lonely" permet à son guitariste Wali Ali de tirer son épingle du jeu. Un exercice de style qu’il accomplit avec beaucoup de subtilité tout en manifestant une approche jazzy. Cet excellent album s’achève par "Boogie in' at Leon's Place", un dernier boogie woogie instrumental...
vendredi, 31 décembre 2004 02:00

In Tennessee

Alvin Lee est loin d’être un illustre inconnu. Il est même considéré comme un des tous premiers ‘guitar heroes’ du british blues boom. Ses premières apparitions au sein du légendaire Ten Years After remontent à 1967. Une formation qui rencontra alors un succès assez rapide. A cause du jeu de guitare très speed d’Alvin, qui se nourrissait au rock'n'roll, au blues et au jazz. En août 1969, il participe au festival de Woodstock. A l’issue de cette prestation immortalisée par le film du même nom, Alvin devient une véritable superstar. Il commet alors album sur album. Jusqu'en 1975, année au cours de laquelle il éprouve le besoin de se remette en question. Ce qui n’a pas empêché le T.Y.A. de se reformer épisodiquement. En compagnie des musiciens d'origine. Ce 16 décembre, Alvin a fêté ses 60 ans. Alors que ses ex-acolytes ont engagé un jeune guitariste qui répond au nom de Johnn Gooch pour faire revivre le Ten Years After, Alvin a préféré se rendre dans le Tennessee pour enregistrer en compagnie du guitariste légendaire d'Elvis Presley, Scotty Moore et du drummer DJ Fontana. Il réalise en quelque sorte un rêve d'enfant.
 
L’opus s’ouvre de manière idéale : par du pur rock'n'roll. Un "Let's boogie" chargé de swing qu’alimente le piano sautillant de Willie Rainsford et la basse acoustique de Pete Pritchard (NDR : un des cofondateurs du label Alligator). Alvin est bien présent, mais il demeure quelque peu en retrait. Comme son titre l’indique "Rock & roll girls" persévère dans le rock n’ roll, une plage très proche du style pratiqué par Chuck Berry. Franchement plus blues, "Take my time" ralentit le rythme. La voix adopte un timbre de circonstance. "Let's get it on" évolue dans le même univers sonore. Un excellent blues légèrement teinté de country qui bénéficie de la présence majestueuse de Scotty. "I'm gonna make it" nous replonge dans le rock'n'roll. Celui des Studios Sun de l’époque Elvis. Pendant que le vieux DJ Fontana martèle ses peaux devant la basse acoustique, le père Alvin est à son affaire. La section rythmique est d'une solidité à toute épreuve. Le piano sautille. Des rampes de lancement idéales pour permettre aux cordes de s’éclater. Plus de six minutes de bonheur ! Très laidback, "Something's gonna get you" s'étire sur un rythme légèrement funky que balaie l'orgue de Tim Hinkley (NDR : un Britannique !). Le style vif, rapide et saccadé d'Alvin Lee refait surface sur l'entraînant "Why did you it". Les ivoires de Willie adoptent un profil boogie woogie. Scotty reprend des couleurs et se réserve l’un ou l’autre bref solo. "Getting nowhere fast" (NDR : il a osé l'écrire !) renoue avec une certaine quiétude. Les instruments acoustiques évoluent au sein d’une ambiance fort country. "How do you do it" et "Tell me why" trempent dans le plus pur style rock Lee. Il s’y sent comme un poisson dans l'eau. Alvin prend son pied et ne résiste pas à en profiter. Pas étonnant qu’il achève cet opus en reprenant une fois de plus son hymne personnel : "I'm going home". Un elpee sans prétention, simple comme le bon vieux rock'n'roll!