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vendredi, 31 décembre 2004 02:00

Think about it

Alex Schultz est un artiste jusqu’au bout des ongles. Un guitariste exceptionnel capable de s'attaquer à toute une panoplie de styles très divers, avec une facilité déconcertante. Alex a été le guitariste des Mighty Flyers pendant plusieurs années. Il a notamment participé à la confection de l'excellent album "Live at BB King's". Il a joué pour William Clarke, Tad Robinson, Lester Butler (NDR : chez Thirteen), Egidio Ingala et les Dirty Hands, et même en compagnie de Fred Lani... Il a pu réaliser son rêve : entrer en studio à deux reprises pour y enregistrer en compagnie de musiciens différents et surtout particulièrement talentueux. Des sessions qui ont donné naissance à cet elpee.
 
La première remonte à septembre 2001. Plage d’entrée, "Done got over it" donne le ton. Signée Guitar Slim, elle mêle blues, jazz et swing. Un véritable big band participe à la fête, dont une section rythmique de rêve constituée de Larry Taylor à basse et de Gio Rossi à la batterie. Alberto Marsico à l'orgue Hammond (NDR : autre Italien issu des Dirty Hands), le chanteur au timbre superbe Finis Tasby et l’excellent saxophoniste ténor Mando Dorame complètent le line up. Finis Tasby est noir. Il avait commis un tout bon album en 1998 : "Jump children!". Autre chanteur talentueux, Lynwood Slim prend le relais sur le "Be good, be gone" de Chuck Willis. Le tempo est assez vif. Du swing jazz tout à fait pur. Alex accorde une intervention impeccable, très vivifiante, devant l'énergique Marsico aux claviers. Lynwood Slim vient à peine de ranger son micro que la voix de Tad Robinson entre en scène. Son timbre tout en relief colore "Let's start again", un blues très swing, imprimé sur un rythme pondéré, caressé par quelques fines touches d'orgue Hammond. Alex y étale toute sa technique qui sort de l'ordinaire ; mais également son art et sa facilité à produire un solo que bien peu d'autres guitaristes seraient capables d’accorder. Lynwood Slim chante le très cool swing "I don't want your money, honey" ainsi que "No use knocking", dans un style proche de la Nouvelle Orléans. Parmi les grands moments de cet elpee, j’épinglerai Finis Tasby venu chanter le "Think" de Jimmy McCarcklin. Il interprète également "I love the woman", un grand slow blues au cours duquel sa voix se révèle curieusement aussi profonde que celle de BB King. C'est lors de ce blues que nous mesurons tout le talent de Schultz, proche lui aussi de BB King. Impressionnant! Tad Robinson se réserve encore "Act right". Son timbre s’y révèle tellement réminiscent du regretté Ray Charles, pendant que Marsico se montre impérial au B3. Et encore un de ces blues fin de soirée ! Son organe très vibrant est chargé d'émotion contenue, une impression de vague à l’âme persistant accentué par l'orgue Hammond. Alex Schultz a également conduit une session plus récente : en mai 2003. Elle a accouché de trois instrumentaux issus de sa plume. Trois fragments auxquels participent le bassiste Bill Stuve (NDR : son ex-acolyte des Mighty Flyers), le batteur Daniel Glass et le prodigieux pianiste, Carl Sonny Leyland. Blues particulièrement cool, "Big time" évolue sur un tempo très modéré. A contrario, "Lexington Express" opte pour un rythme bien plus enlevé. Alex dispense ses notes limpides et incroyablement légères, au coeur des cuivres du Royal Crown Revue. Et à l’écoute de "Rhumba & Orange" impossible de ne pas penser au style et au jeu Westside d'Otis Rush ainsi qu’à celui qui avait été un des ses élèves les plus doués, Peter Green. Cet elpee tout à fait intéressant s’achève par le sobre et dépouillé "Walkin' and talkin" de Finis Tasby. Une plage qui laisse, bien entendu, la part belle à la voix puissante de Finis.
vendredi, 31 décembre 2004 02:00

Let´s burn down the cornfield

Les Seatsniffers comptent déjà sept années d’existence. Des ex-musiciens du Dizzy Dave Band qui avaient opté pour ce roots rock tellement personnalisé, lorsque Big Dave avait tenté l'aventure des Electric Kings. Depuis, six albums ont vu le jour, dont "Flavor Saver". Leur précédent. Un live ! Et sur leur nouveau label : Sonic Rendez-Vous. Le line up est identique : Walter Broes au chant et aux guitares, Roel Jacobs aux saxophones, Piet de Houwer aux drums et Luc Houben à la basse. La formation est à nouveau au sommet de son art. Sa croustillante fusion de R&B, de blues, de rockabilly, de soul, de ska et de surf music déborde d’une même énergie ; et vous invite en permanence à investir la piste de danse. Impossible de ne pas remuer les doigts de pieds ! La majorité des plages sont rythmées. Difficile d’en monter une en épingle, tant l’ensemble tient la route. Mais certaines sont véritablement irrésistibles.
 
Quelques notes de guitare parsèment "I want to know". La basse acoustique suit le mouvement. Puis la machine à rythme embraie pendant que le sax et la guitare se conjuguent à l'unisson. Rien ne semble pouvoir arrêter cette formation unique en son genre. Bienvenue dans le monde du rock’n roll : "Make like a rocket and fly", "Gimme gimme", "We're gonna rock" en sont d’excellents témoignages. Du rock'n'nroll et du boogie. Des compos au cours desquelles la sonorité métallique est accentuée par la guitare. Quelques accords country préludent à "Crush". Une ambiance agréable qui persiste tout au long d’"It'll never come to light". A cause de la réplique vocale féminine de Nathalie Delcroix et de l’indispensable pedal steel de René van Barneveld. Les Seatsniffers version 2004 semblent apprécier la fibre country. "Depression's got me again" en est une nouvelle démonstration. Une plage pour laquelle, ils ont reçu le concours des Bluegrass Boogiemen, une formation néerlandaise de country et bluegrass, au sein de laquelle banjo et mandoline ont une place de choix. "Gimme more sugar" emprunte des accents musicaux à la surf music pour colorer cette compo de nouveau très rock. Le titre maître est une reprise assez blues du 'Let's burn down the cornfield" de Randy Newman, mise à la sauce Sniffers. Pratiquement sans rivale sur notre continent, la formation sent bon le parfum des années 50. "Sticks and stones" agrège R&B, blues et rock. Le saxo de Roel Jacobs y est incomparable ; mais le combo a ici reçu la collaboration du guitariste et leader de T99, Mischa den Haring. Fameux ! "You got it all mixed up" renoue avec l'esprit des riffs et accords chers à Chuck Berry, tandis la finale "Get high" épouse le beat de Bo Diddley. Quelle ambiance !
vendredi, 31 décembre 2004 02:00

Come see me

Shane Dwight vient de commettre trois albums en très peu de temps : "Blues Band", "Boogie king" et "Come see me". Un jeune bluesman californien (NDR : il n’a pas trente ans), qui vient de décider d’élargir son horizon sonore en ne se limitant plus à sa seule guitare slide.
 
Dès l'entrée, Shane prouve qu'il est bien chez lui en Californie. De sa voix un peu frêle il chante le bon jump, "Hot little mama". Sa guitare répond instantanément aux vocaux. Le saxophone de Danny Hull est bien planté dans le décor. Sa voix montre bien plus d'aplomb pour aborder le classique "Pretty woman". Son timbre est proche de l'Anglais Mick Clarke. Lorsqu’il veut injecter de la puissance, il se met à crier, un peu comme Johnny Winter. Il remet le couvert pour "High time", une composition pour laquelle il est rejoint par Gregg "Tumbleweed" Mooney à l'harmonica. Il affectionne tout particulièrement ce tempo qu'il emprunte à Elmore James ou à J.B Hutto,… Armé de son bottleneck acoustique, il accorde un "Can't be satisfied" caressé par la basse discrète de Paul Logan. Rock blues énergique, le titre maître repose sur un solide riff électrique, probablement issu de la guitare de Robby Z. Shane est de nouveau très proche de Mick Clarke. Ce titre doit vraisemblablement faire un malheur sur scène. Mr Dwight est perspicace pour choisir son répertoire. "Empty arms" est imprimé sur un tempo élevé. Sa sortie de guitare est impériale. Il n’accorde pas une note de trop. Son phrasé me rappelle parfois celui que Peter Green exécutait à l'époque de "Mr Wonderful". L'harmonica et le piano de Tommy Thompson sont bien présents tout au long du Chicago shuffle bien enlevé, "You've gonna want it". R&B funky, "Sideman" marque un changement de style. Il s'attaque d’emblée au West Coast jump à travers le fabuleux "Rock this house", un fragment immortalisé par l'extraordinaire Hollywood Fats, il y a plus de vingt ans. Shane Dwight n'a pas à rougir de sa performance. Il revient à nouveau à Chicago pour reprendre un autre titre de Muddy Waters : "Catfish blues". Son interprétation est empreinte de beaucoup de respect. Shane Dwight achève cet opus de bonne facture armé de sa slide bien électrique pour attaquer "She's so sweet". Tumbleweed Mooney souffle tout en puissance avant de laisser la slide de Shane exploser…
vendredi, 31 décembre 2004 02:00

Kitchen table blues

JW Roy est un singer songwriter batave. Un roots singer, si vous préférez. Bien qu’âgé de 33 ans, il est déjà parvenu à se tailler une solide réputation. Et pour cause, il a déjà été comparé, ni plus ni moins, à John Hiatt, Jackson Browne et Van Morrison. A ce jour, il avait commis trois albums, dont deux flanqués du One Night Band, une formation impliquant le claviériste Roel Spanjers et le bassiste Kees Spruijt : "Round here" en 1997 et "Deeper shades" en 99. Il cesse cette expérience en 2001, pour se concentrer sur sa carrière solo. En 2003, il grave "Keep it coming", un elpee dont la démarche est plus rock. "Kitchen table blues" célèbre le JW Roy nouveau!
 
Folk intense "Kitchen table blues" ouvre l’opus. Epaulé par le piano de Chuck Leavell (NDR : cet ex Allman Brothers Band participe aux tournées des Stones depuis belle lurette) et du violon de Carrie Rodriguez, il chante d'une voix triste, en s’accompagnant d’une guitare acoustique. Epicée par la guitare électrique de Ruud Van den Boggaard, "Next stop" est une roots song. Le chant est toujours aussi plaintif. Au coeur de cette musique intimiste, la six cordes véhicule beaucoup de tristesse mais aussi de beauté. "Straight back to you" hausse le rythme et s’anime. Le chant et l’atmosphère évoquent Bruce Springsteen. Chuck Leavell est au piano et à l'orgue Hammond. Plus proche du country blues et même de l’outlaw folk blues, le contestataire "These are you" marche sur les traces du Bob Dylan de naguère. Une excellente plage rehaussée par la présence de la slide de Richard Van Bergen. La très belle reprise du "No expectations" des Rolling Stones est interprétée en duo : JW et le piano de Leavell. "Thrill has gone" et "Leave on a light" sont de bien jolies mélodies pop, des mélodies soulignées par l’orgue Hammond du vétéran hollandais Roel Spanjers. Et quoique plus musclé, "Later" ne néglige pas pour autant cette ligne mélodique. La guitare de Gabriel Peeters y est éclatante. En fin d'album, JW signe encore une reprise séduisante du "Better days" de Bruce Springsteen. Les amateurs de musique roots (NDR : ou d’americana, si vous préférez) aux mélodies soignées et agréables, vont beaucoup apprécier cet elpee
vendredi, 31 décembre 2004 02:00

Cold outside

Acteur et chanteur, Raoul Bhaneja nous vient du Canada. Il partage donc sa vie entre le grand écran et les planches des clubs qu'il arpente flanqué de son backing band, le Big Time. Raoul a été éveillé au blues par Jumpin' Johnny Sansone, un bluesman de la Nouvelle Orleans. Il a fondé the Big Time en 1998. Epaulé par Darrell Gallen à la guitare, Ka-Cheong Liu à la basse acoustique et Tom Bona à la batterie, il se consacre au chant et à l'harmonica. En parallèle, il continue de jouer pour Sue Foley. Le groupe avait déjà commis un premier elpee en 2000 : "Big Time blues". Un disque primé l'année suivante par le magazine de blues canadien ‘Real Blues’.
 
Découpé en dix nouvelles compositions et deux reprises, « Cold outside » constitue donc leur second elpee. Il s'ouvre par "Can't help it". Le rythme est soutenu. La voix de Raoul est alerte mais peu puissante. La basse acoustique de Liu étaie l'ensemble pendant que Darrell échafaude un solo tout en rythmique. La formation libère beaucoup de swing. Les instruments s'emboîtent fort bien. Et "Otherside of town" en est la plus belle démonstration. Graham Guest est au piano. Raoul en profite pour accorder un très bon solo sur son harmonica. Darrell embraie immédiatement aux cordes. Excellent! Le violon de John Showman introduit "Kiss every dollar goodbye", une ballade aux accents surannés. L’opus continue à évoluer sur un registre élevé tout au long de "Baby don't stop". Rafraîchissante, la guitare manifeste toujours une certaine originalité. Seule la voix frêle de Raoul pourrait encore s'aguerrir. Le Big Time reprend "Easy", le célèbre instrumental de Big Walter Horton, avec beaucoup de retenue et aussi de respect. Raoul parvient à faire bien ressortir la tristesse et la sensibilité exacerbée de Horton. Le rythme enlevé revient chez "Call me crazy". Et le swing ainsi que le jazz pour "Come back", une plage rehaussée par la présence immédiatement détectable de Junior Watson. Interprétée en duo par Raoul au chant et Graham Guest au piano, "Living paradise" épanche une immense tendresse. "Loving machine" constitue un des meilleurs moments de l'album. Bien que préposé aux baguettes, Big Joe Maher échange les vocaux avec Raoul. Une compo qui fût un hit R&B pour Wynonie Harris. En 1951. Blues très lent et particulièrement dépouillé, le titre maître fait mouche. A l’instar de "The mercy song", nonobstant son inspiration louisianaise. Cet opus de très bonne facture s’achève par le paresseux "You got it all", un fragment qui bénéficie du concours d’un invité prestigieux : l'harmoniciste Mark Hummel.
vendredi, 31 décembre 2004 02:00

The blue jukebox

Chris Rea jouit d’une énorme réputation sur la scène internationale. Mais surtout dans l’univers du rock, ou plus exactement soft rock. A contrario, il ne rencontre guère de popularité dans les milieux blues ; ce qui est une injustice, car l’artiste possède beaucoup de talent. Et pas seulement comme compositeur ; mais aussi chanteur et guitariste. Parce que si sa voix dégage manifestement quelque chose, il est très habile au bottleneck et à la slide. Originaire de Middlesborough, ce Britannique gère une carrière solo depuis 25 ans ; une carrière émaillée de 19 elpees et ponctuée par la vente de 22 millions d'albums. Excusez du peu ! Il aime la couleur bleue, c’est une certitude. En 1998, il avait intitulé son opus "Blue Cafe". Aujourd’hui, il a choisi pour titre "Blue Jukebox". Le bleu domine aussi dans les tableaux de la main de Chris qui illustrent ses notes de pochette.
 
"The beat goes on" ouvre le morceau de plastique. Cette plage démarre sur un bon tempo, un phénomène assez inhabituel dans son chef. Sa voix tellement intimiste force le respect dès les premiers mots. La slide sort déjà de sa réserve. Le sax d'Eric Seva et le piano colorent très bien l'espace musical. "Long is the time, hard is the road" est du pur Rea. Le tempo est lent à l'extrême. Le climat lugubre. Le baryton ravagé disserte dans un monologue. Le piano, le sax et la slide manifestent une certaine présence instrumentale, mais c'est la basse, très grave, qui alimente le climat oppressant de cette plage. Comme un vieux bluesman du Mississippi, il est capable d’extraire des sonorités incroyables de son bottleneck acoustique. Et il le démontre, avec beaucoup de bonheur, lors de l’intro de "Let's do it", une ballade dont la grande richesse musicale est parfumée d'un léger swing. Rea s’y réserve un superbe solo. "Let it roll" entretien toujours cette forme d’intimité, de proximité, de confidence. Chris aime communiquer ses sentiments ; et en particulier son spleen. Dans ce contexte, le rôle d'Eric, le saxophoniste, est important. Toutes ces petites tranches de vie défilent comme sur un écran : "Steel river blues", "Blue street", "What kind of love is this", caractérisé par une bien jolie mélodie, et le titre maître. Chris Rea cumule plusieurs instruments : guitares, basse, piano et harmonica. J'apprécie tout particulièrement "Somebody day Amen", un morceau qui s’ébroue lentement, puis hausse le rythme progressivement, à l’instar d’un Howlin' Wolf. Ce lent crescendo est marqué par la slide. "Blue street", cette rue bleue, et "Monday morning" procèdent de la même manière ; mais lorsque le tempo s'accélère, on se retrouve dans les rues de la Nouvelle Orléans. Le son jazz est assez traditionnel. La clarinette aurait même pu remplacer le sax et l'harmonica. "Restless soul" baigne davantage dans le Delta. La slide et les percussions de Thierry Chauvet-Peillex sont bien en avant. Chris laisse glisser son bottleneck le long des cordes, afin de laisser transpirer un son métallique et gouailleur. Le sax s’autorise même de petits effets sonores amusants. Mais cette fantaisie instrumentale s’achève un peu trop vite, à mon goût. Dommage! Nonobstant sa performance dans le domaine de la vente de disques, la musique de Chris Rea n’est pas toujours très accessible. Je me demande même parfois ce qu’on pourrait lui trouver de commerciale. En fait, ce musicien évolue en dehors des créneaux battus... Et lorsqu’il signe une composition très roots comme le superbe "Baby don't cry", il se fait fort proche du blues. Je le répète, cet opus n’est pas facile à assimiler, mais dans son style, il reste de très bonne facture. En finale "Speed" évolue sur un tempo bien plus enlevé. L’effet est immédiat. Et on se prend tout de même alors à regretter qu'il n'y ait pas davantage de compositions de cette trempe, sur cet elpee...
vendredi, 31 décembre 2004 02:00

Villanelle

A l’écoute de cet album, on est immédiatement frappé par l’originalité du son. Et la production de Colin Linden n’y est certainement pas étrangère ! Dès "Winter birds", la machine rythmique est en marche : la basse sourde de Linden et les percussions à l'avant-plan de Bryan Owings crèvent le décor. Et paradoxalement, elle côtoie une guitare acoustique fragile. "Big not small" baigne également au sein de cet univers si particulier, que le label Fat Possum semble cultiver depuis quelques années. La voix adopte un ton monocorde. Elle contrebalance l’instrumentation, pour la circonstance enrichie d'une mandoline. Le titre maître traduit toute l’élégance manifestée par l’artiste, pour sa musique, tout au long de cet opus. "Long gone music" évoque un passé lointain. La voix traîne face au violon discret de Kathleen Edwards. Larry Taylor est à la basse. "Luck in love" nous plonge davantage dans l’insolite. C’est le moment choisi par Reddick pour sortir son harmonica. Le piano de Richard Bell et la mandoline de Linden sont également de la partie. Il se dégage un charme indéfinissable de cette plage. L'album monte en régime. Très roots, "Waves" opère un dialogue entre l'harmonica et le dobro. La voix de Paul y est tellement authentique qu’elle communique un effet irrésistible de pré war blues! "So long thank you goodbye" exhale le parfum suranné d'un jug band. Ballade douce, sereine, particulièrement apaisante, "Round this time of year" est magnifiée par la beauté de l’harmonica. Un harmonica soutenu par une guitare qui épouse la sonorité d'une pedal steel. "Five silver dollars" maintient cette beauté paresseuse et caressante. Le mal être du début d'album refait surface. Une atmosphère dramatique et oppressante règne tout au long de "Six was the six". Bell est de retour au piano. Une plage impressionnante, nonobstant le son trafiqué! Linden remet une couche de loops pour envelopper la voix sur "Hook's on the water". La basse de Dymond est linéaire. Gary Craig y essaime d’épisodiques percussions. Linden a ramené sa guitare d'outre-tombe. Et sa mainmise sur la production est toujours bien présente pour "Blue eventide". Une compo qui nous entraîne dans l'ambiance lourde et minimaliste du Velvet Underground d'autrefois. Et ce climat ne change guère sur les plages suivantes. Avant de retrouver un titre à la sonorité quasi classique : le superbe blues lent "Dog Catcher". Stephen Hodges est à la batterie et Larry Taylor à la basse : la rencontre du mystère et de la beauté. Country blues "Some afternoon alone" achève l’opus. Un fragment au cours duquel la voix et les cordes de Linden évoquent Lightnin' Hopkins. Nonobstant son originalité, cet elpee peut parfois déranger ; parce qu’il est avant tout le résultat d’un travail de production.
vendredi, 31 décembre 2004 02:00

Live at Blues on Grand

Le Reverend Raven est un des musiciens locaux les plus talentueux dans l’univers du blues de Milwaukee. Je luis avais déjà consacré une chronique lors de la sortie de son premier elpee, "Slow burn", en 1998 ; un disque commis en compagnie de ses Chain Smokin' Altar Boys. Cet enregistrement ‘live’ a été immortalisé le 22 mars 2002 à Des Moines, en Iowa, au Blues on Grand Club.
 
Le groupe ouvre le show par "I'm your honeyboy", une plage assez jump au cours de laquelle nous ressentons immédiatement une grande complicité entre la guitare du Révérend et l'harmonica de Madison Slim. Raven est un musicien complet. Il est parvenu à se forger un style en empruntant à Freddie King, Albert Collins et Magic Sam. Une écoute attentive de "Loving you" permet de discerner l’addiction du leader au Chicago Westside et de Madison Slim au Southside. Ce denier est un vieux routier du blues. Il a sévi chez le Jimmy Rogers Band, le groupe de Sam Lay ainsi que le Legendary Blues Band. Tout au long du concert, il nous démontre que son influence majeure est bien Shakey "Big Walter" Horton. Au sommet de son art, il parvient à nous arracher des larmes, tant le sentiment de tristesse vous envahit. "Got love if you want it", "I've got to be with you tonight" de Slim Harpo, et "Bee hive baby" (NDR : une espèce de medley entre "Tee na nee na nu" et "Scratch my back" écrit par Rev Raven en hommage à Slim Harpo), sont un véritable régal. Ce type de répertoire est bien dans les cordes du quartet. L'ambiance monte d'un cran et le tempo accélère pour attaquer le traditionnel "Bye bye baby", un fragment littéralement enflammé par la guitare. André Maritato à la basse et Kid Panosh aux drums poussent les deux solistes vers les sommets. Le reste de la soirée ne quittera plus Chicago. Rev Raven adapte "In the open" de Freddie King. Puis "Louise" de Howlin' Wolf, avec beaucoup d'intensité et d'expression. Il joue dans le style indentifiable de Magic Sam. Il poursuit d'ailleurs dans le même répertoire par "Who's been talkin". Il y introduit la guitare d'Otis Rush et les changements de rythmes familiers. Un frisson nous parcourt l'échine lors de l'introduction opérée à l'harmonica de "Sweet man", un slow blues signé Muddy Waters. Le set tire à sa fin. Mais on a encore droit au "Please let me explain" de Sonny Boy Williamson, à "The back scratcher" de Leroy Carr, une plage dont l’atmosphère me rappelle encore et toujours Slim Harpo, et enfin à "I can't get you off my mind" de Willie Mabon.
mardi, 14 avril 2009 22:25

All night party

Phil est issu du New Jersey ; mais en 1989 il décide de s’établir à San Francisco afin de poursuivre des études universitaires. C'est dans la ville californienne qu’il prend goût au blues et au jazz et décide de devenir chanteur et harmoniciste. Il fait son écolage au contact d'autres musiciens ; et en particulier des souffleurs comme RJ Mischo, Gary Primich, Gary Smith ou encore Billy Branch. En 96, il fonde les High Rollers. Puis transforme ce patronyme en Dirty Cats. Sa musique s’inspire à la fois du Chicago blues, du West Coast Jump et du R&B de New Orleans. A cette époque, il enregistre deux elpees : "The High Rollers" en 1999 et  "High time" en 2001. En 2004, il avait rendu hommage à Louis Jordan, en compagnie de son ami, le guitariste Dany Caron, un ancien membre du Charles Brown Band. Un disque intitulé "Phil Berkowitz plays… Louis's blues", très bien reçu par la critique.

Phil n'est plus un débutant. Pour concocter « All night party », il a fait appel à ses meilleurs amis. Et en particulier aux guitaristes Dany Caron et Sean Carney, Bill Stuve ainsi qu’Eric Blume ; et la liste n’est pas exhaustive. Sans oublier ses propres musiciens. En l’occurrence le guitariste Marvin Greene, le pianiste William Beatty, le bassiste Tim Wagar et le drummer Bowen Brown.

Cet opus est dédié à la mémoire de Jimmy T-99 Nelson et de Gary Primich. Et il s’ouvre par le titre maître. Bienvenue pour une belle nuit de fête et d’ivresse sonore. Gratteur notoire issu de Columbus, Sean Carney est venu renforcer le line up de base. "All night party" baigne manifestement dans la bonne humeur. "Straight up" a été mis en boîte à Colombus, dans l’Ohio, en compagnie du Sean Carney Band. Un shuffle bien rythmé, bourré de dynamisme (NDLR : qui a dit dynamite ?) La guitare rythmique de Carney est bien en place ; puis elle s’envole vers les sommets. Sean il a ramené son drummer, Eric Blume. Berko en profite à son tour pour se libérer sur son harmonica. Manifestement il est très à l’aise sur l'instrument chromatique. Il prend un nouveau billet de sortie lors de l'instrumental "Tonka T", démontrant qu’il est aussi bien capable d’intégrer des éléments jazz que swing à son blues de base. A cet instant, son style est très proche des autres souffleurs californiens. Phil ralentit le tempo afin d’aborder le blues indolent spécifique aux night-clubs. La solution sonore est aussi douce et savoureuse que celle d’un Charles Brown. Il interprète ce "Ghost child" d’un timbre plus velouté ; une compo relaxante cosignée par son ami Dany Caron. Le piano de Beatty occupe l'avant-plan. L'harmonica colore cet univers sonore paisible. La cover du "Always a first time" d'Earl King est abordée dans un style radicalement différent. Un R&B des fifties, façon New Orleans. Il souffle parcimonieusement dans son instrument au beau milieu d'une section de cuivres. Fort varié, le blues de Berkowitz est très susceptible de nous transporter aux quatre coins des States. Repris en chœur par ses acolytes et pimenté par les ivoires joués dans un style New Orleans, son "Beach bar boogie" est très vivace. Il libère à nouveau l'instrument chromatique face aux percus renforcées par Boven Brown. "Fine little honey dripper" nous transporte dans le monde jazz blues de T-Bone Walker. Son gratteur Greene peut enfin dévoiler son talent sur ce blues lent. La voix de Phil est convaincante tout au long du "If you were mine" de Ray Charles. Pour la circonstance, il est enfin épaulé par les cordes de Dany Caron. Direction Chicago pour la reprise du "Here's my picture" de Billy Boy Arnold, un personnage réputé pour ses rythmes sautillants (NDR : souvenez-vous également d’"I wish you would" et d’"I ain't got you"). Mais la version vire soudainement au boogie. En cause, les ivoires de Beatty ; et si la voix du leader affiche ses limites, il éclate littéralement sur son instrument. Sean Carney refait surface lors du très jazzy "She's my baby". Il s’appuie sur Mr Bill Stuve, son contrebassiste d'exception. Jeff Ervin en profite pour s’autoriser une très belle sortie au sax ténor! Particulièrement tonique, "I want a roof over my head" baigne dans le swing le plus pur. Et les musiciens prennent véritablement leur pied. "Midnight rooster" est un des meilleurs morceaux de l’elpee. Un blues dépouillé à l'extrême. L’émotion dans la voix est difficilement contenue. Stuve ne concède que de rares notes lugubres de sa contrebasse. Carney est d'une grande discrétion. Et l’harmo n’a jamais été aussi ténébreux… D’excellente facture, cet album s’achève dans la bonne humeur. La boucle est bouclée et on a l’impression de revenir à la case départ à l’écoute de "The party's over". Un blues qui rocke sur un tempo alerte. Le piano de Beatty est mis en exergue, pendant que Phil se met à improviser le thème de "Ce n'est qu'un au revoir", avant que la fête ne se clôture dans un élan de dixieland tonitruant!   

mardi, 14 avril 2009 22:19

Fourty four

Motor City Josh est originaire de Detroit. Une cité dont la réputation de ‘Motor City’ est bien mal en point, aujourd’hui, depuis que l’industrie automobile traverse une crise automobile (NDR : et économique) sans précédent, aux States. Il fait ses premiers pas en 1991, au sein du Curtis Sumter Project. En 94, il monte son groupe, Motor City Josh and the Big 3. Entre 2000 et 2004, on le retrouve à Atlanta, avant qu’il ne décide de se fixer à Chicago. A ce jour, Josh compte dix albums à son actif : "Living like a king in the ghetto", "Going to the country", "Live in Atlanta", "Acousticly sound",  "Stringer full of blues", "Live from the road", "Blue collar blues man", "Made in Detroit" et "Covered up".

Pour enregistrer ce « 44 », il a reçu le concours de son Big 3, c’est-à-dire le guitariste Johnny Rhoades, le bassiste Chris Douglas et le drummer Justin Headley. Il s’y réserve le chant, la guitare et la slide. Au cours de cet opus, il rend hommage à Howlin' Wolf. De son véritable nom Chester Arthur Burnett, Wolf était né dans une plantation du Mississippi en 1910. En 1948, il décidait d’émigrer à West Memphis avant de rejoindre Chicago au début des années 50, pour y rejoindre l'écurie Chess et créer une bien belle tranche de l'histoire du blues. Il nous a quittés en 1976.

Au cours de cet opus, Josh reprend donc treize plages du répertoire du grand Wolf, mais aussi neuf titres issus de la plume de Willie Dixon. Le tout enrichi par quelques compos personnelles. Son timbre vocal est littéralement ravagé par la fumée de cigarette. Une voix qui colle cependant fort bien au répertoire du géant de Chicago.

L’elpee démarre en force par le titre maître. Une plage bien rythmée. La voix de Josh passe en force. Nicotinée, elle rappelle inévitablement celle de son idole. L’adaptation de ce morceau est cependant originale. L’orgue de Shawn McDonald balise la solution sonore, pendant que les deux guitares s’échangent des répliques. "Spoonful" est un grand classique. A cause de ses riffs caractéristiques et puis de la voix imposante de Wolf. La formation britannique The Cream en avait concocté une version live au cours des sixties. Et c’est même Jack Bruce qui en assurait les parties vocales. La nouvelle cover est très convaincante. Elle est enrichie par les interventions du jeune prodige Jason Ricci, à l’harmonica. La slide de Josh introduit le tonique "Evil is goin' on". Sur cet instrument, il se sent libre comme l’air ; d’autant plus qu’il est soutenu par une solide section rythmique. Et à nouveau, les deux guitares s'échangent des phrases, permettant ainsi à la slide d’emprunter une grande variété de registres. "Back door man" est sans aucun doute un des meilleurs morceaux de l’elpee. Le tempo est très lent, menaçant, lourd. L'harmo de Ricci balaie ce décor sonore. Le riff est écrasant. Il prélude cette voix venue d'outre-tombe… Bien ficelé, "I ain't superstitious" est sculpté dans le funk. "Truth" est un morceau savoureux qui figurait, voici déjà 40 ans, sur l’elpee du Jeff Beck Group. A l’époque, le line up impliquait alors Rod Stewart au chant, Nicky Hopkins au piano et Ron Wood à la basse. Excusez du peu ! "Sittin' on top of the world" et "Smokestack lightning" sont deux autres fragments signés par Wolf. Indolent, le premier est dynamisé par les accords du piano de Shawn McDonald. Quant au second, il est littéralement découpé dans des riffs hypnotiques. Du répertoire de Willie Dixon, signalons encore la présence du notoire "Little Red Rooster", popularisé jadis par les Rolling Stones, "Built for comfort", vivifié par le souffle fiévreux de Jason Ricci, "Meet me in the bottom" ainsi que "Wang dang doodle", une composition marquée par une voix empreinte d’authenticité et traversée de cordes virevoltantes. Ce vibrant hommage s’achève par le "Goin' down slow" de St Louis Jimmy Oden, morceau qui figurait au répertoire de Howlin' Wolf. De toute bonne facture, l’adaptation est nappée d’orgue. Ce qui n’empêche pas la slide gouailleuse de s’en donner à cœur joie. Si cette œuvre n’est pas révolutionnaire, elle reflète l’admiration et l’immense respect manifesté par Josh pour la légende.