La clef de TOPS git 6 pieds sous terre…

TOPS sortira son nouvel elpee, "Bury the Key", ce 22 août. Le quatuor propose une musique intemporelle qui allie profondeur et immédiateté. Il s’agit de son premier album complet depuis 2020, un opus qui explore des tons plus sombres tout en restant maîtres…

logo_musiczine

La vision de l’art prônée par Superchunk…

Superchunk sortira son nouvel album, « Songs in the Key of Yikes », ce 22 août. En attendant, il a partagé le single, « Is It Making You Feel Something ». ‘Il a toujours été vrai que tout le monde traverse quelque chose dont on n'est pas forcément conscient’,…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Jean-Claude Mondo

Jean-Claude Mondo

vendredi, 31 décembre 2004 02:00

Ladies man

Nonobstant ses 91 balais, Joe Willie "Pinetop" Perkins a toujours bon pied bon œil (NDR : et bonne oreille !). Né en juillet 1913, à Belzoni (NDR : dans le Mississippi), ce vétéran est probablement un des bluesmen les plus âgés qui soit encore capable de se défendre sur la scène musicale. Pas pour rien qu’il continue d’enregistrer des disques et de se produire sur les planches. Guitariste à ses débuts, il a dû se résoudre à s’asseoir derrière le piano, suite à une mauvaise blessure. A cette époque, il vivait à Helena. En 1943, il travaille en compagnie du guitariste Robert Nighthawk et de Sonny Boy Williamson. Dans les années 50, il côtoie Earl Hooker. Il faudra cependant attendre 1969 pour connaître son heure de gloire. En fait, il succède alors au regretté Otis Spann au sein du Muddy Waters Band. Plus tard encore, il sévira chez le Legendary Blues Band. Depuis, il s’est multiplié pour collaborer à la confection d’une multitude d’elpees. Surtout comme musicien de studio. Après avoir signé pour le label MC en 2003, il participe aux "Memphis Barbecue sessions" en compagnie de Big Jack Johnson et de Kim Wilson.
 
"Ladies man" constitue donc son premier opus solo commis pour l’écurie MC. « Ladies man » est un hommage aux dames. Et en particulier aux blueswomen qui apprécient le vieux pianiste ou le reconnaissent pour influence. Le "Meanest women" de Muddy Waters ouvre le disque. Une compo féline qui met en exergue le talent de la chanteuse guitariste Deborah Coleman. Face à sa section rythmique de prédilection, au sein de laquelle on retrouve des vieux loups tels que le bassiste Bob Stroger et le drummer Willie "Big Eyes" Smith, Pinetop s'y montre souverain. Susan Tedeshi chante de sa douce voix au timbre fausset le "Since I lost my baby" d'Ivory Joe Hunter. Une interprétation bien sentie, au parfum cabaret, soulignée par le sax feutré de Jerry Vivino. "He's got me goin" libère énormément de swing. Madeleine Peyroux y chante d'une voix délicate, proche de Billie Holiday en s’accompagnant d’une guitare jouée avec finesse et doigté. Une excellente surprise ! Long Chicago slow blues, "Chains of love" est chanté par la remarquable Ruth Brown. Une plage empreinte de force et de passion, qu’elle shoute avec une facilité déconcertante. Deborah Coleman et Jimmy Vivino s’y partagent les cordes. Interprété par Miss Odetta, une autre vocaliste noire douée d’un timbre grave et puissant, le "Trouble in mind" de Big Bill Broonzy est un autre blues lent digne d’intérêt. Au cours des sessions d’enregistrement, Pinetop a été victime d’un accident de circulation. En fait, sa voiture a percuté un train. Sérieusement blessé et incapable de jouer du piano, il est quand même revenu terminer son travail. Il chante ainsi "Big Fat Mama" et "Kansas City", deux fragments qu'il assurait si souvent jadis, lorsqu’il épaulait Muddy Waters. Pour la circonstance, il a reçu le concours de deux charmantes musiciennes blanches : la pianiste Lisa Otey (NDR : particulièrement douée, elle vit en Arizona) et la guitariste Carmen Getit (NDR : sa six cordes sévit aujourd’hui chez Steve Lucky and the Rhumba Bums). Leurs exercices de style jump accordés à "Big Fat Mama" sont tout bonnement remarquables. Pinetop chante "How long" de Leroy Carr. Un blues lent auquel Lisa et Carmen participent encore ; mais également Elvin Bishop aux guitares. Il n’existe pas d’album de Mr Perkins sans boogie woogie. Le "Pinetop's new boogie woogie" confirme donc la règle. Pour la circonstance, on à droit à un duel entre Pinetop et la longiligne louisianaise Marcia Ball. Instrumental allègre, "Careless love" propose un duo de pianistes, échangé entre Pinetop et Ann Rabson. Et en finale, on retrouve les mêmes musiciens pour l’interprétation de "Chicken Shack". L’œuvre recèle, en outre, un hommage au vieux maître : "Hey Mr Pinetop Perkins". Il n’y participe pas. Un morceau écrit par la texane Angela Strehli qu'elle chante en compagnie de Lisa et de Carmen. Agréable, mais loin d’être renversant, cet elpee recèle heureusement quelques bonnes surprises.
vendredi, 31 décembre 2004 02:00

Raw deal

Bill Perry nous vient de l'état de New York. De Rochester très exactement. Son premier album, "Love scars", est paru en 96. Réédité par Pointblank (Virgin), ce disque a alors bénéficié d’une campagne de promotion. Dans la foulée il a commis "Greycourt lightning" en 1998 (NDR : toujours chez Pointblank), "High Octane" (NDR : pour Car Wash) en 99 (NDR : une prise ‘live’ immortalisée au célèbre club new-yorkais Manny's Car Wash), et puis plus récemment "Fire it up" en 2001 ainsi que "Crazy kind of life" en 2002. Deux elpees qui relèvent déjà de Blind Pig.
 
Bill est un musicien très électrique. Le son de ses compos est toujours largement amplifié. Il possède une voix grave, très chaude. Il ouvre l’opus par son "Bluesman". Le son est bien gras. Constituée de John Redden à la guitare rythmique, de Tim Tindall à la basse et de Rob Curtis aux drums, la section rythmique talonne son leader. Sa voix puissante mais ravagée me fait souvent penser à celle de Billy Gibbons du ZZ Top. Boogie plombé, "Big ass green man" évolue dans un registre proche du trio texan. Et en particulier le solo que Bill emprunte largement à Gibbons. Perry ne fait pas dans la dentelle. Toujours aussi pesant, "Harlem child" agresse par ses changements de rythme. Bill chante de son timbre proche et chaleureux "Live on", dans un style très Memphis Stax R&B. L'orgue Hammond de Dave Keyes (NDR : un claviériste notoire issu de New York) n’y est sans doute pas pour rien. Le solo sur les cordes est mesuré mais efficace. A la guitare, Perry est capable de se révéler bien plus aventureux ; mais alors il évolue dans un univers rock, bien loin des racines du blues. Et je pense tout particulièrement à "Another man" ou encore à l’excellente composition "Terrorists", théâtre d'une sortie sans faille. Cet adepte du jeu dur interprète sobrement "Going down to Memphis", un fragment inspiré par le blues du Delta. En cours de route, il est rejoint par un autre guitariste : Popa Chubby. Ce personnage qui jouit d’une énorme réputation à New York, s’est également chargé de la production de l’elpee. Dave Keyes revient siéger derrière l'orgue Hammond pour la cover du "Til the money runs out" de Tom Waits. Il apporte à cette reprise une légère touche empruntée à Santana. Probablement la meilleure plage de la plaque ! Popa revient pour attaquer son "Paper dragons", histoire d'affronter Bill dans un duel de cordes. Mais le résultat n’a guère de relief. Bonne composition, "Man on the side" est derechef taillée dans le rock. L'album s’achève par une version du "Gotta serve somebody" de Bob Dylan. Imprimée sur un tempo paresseux et soutenue par les choeurs de Popa Chubby et de son égérie Galea, cette chanson colle bien à la voix de Perry.
vendredi, 31 décembre 2004 02:00

Keepin´ it real

Rod Piazza est un des musiciens blancs les plus actifs sur le circuit du blues. Comme harmoniciste, bien sûr. Un statut qu’il partage avec Charlie Musselwhite, puisque Paul Butterfield ainsi qu'Alan Wilson et Bob Hite de Canned Heat ne sont plus aujourd’hui de ce monde. Ses premières apparitions remontent au cœur des années 60. Il milite alors chez le Dirty Blues Band et Bacon Fat, en compagnie de son idole et maître, Mr Georges Smith. Fin des années 70, il sévit au sein du Chicago Flying Saucer Band, juste avant de diriger les Mighty Flyers, dont le premier elpee, "Radioactive material", paraît en 1981. Depuis, il a commis plus de dix albums sous l'étiquette des Mighty Flyers ou sous son propre nom, disques parus tour à tour sur les labels Right Hemisphere, Murray Brothers, Black Top, Big Mo et Tone Cool.
 
Les Mighty Flyers constituent une école de musiciens de très haut niveau. Notamment à cause des guitaristes qui se sont succédés : Junion Watson, Alex Schultz et Rick Holmstrom ! Excusez du peu ! Pourtant, la pierre angulaire des Flyers repose sur le couple Rod Piazza et son épouse Honey Alexander ; une version moderne de Little Walter et Otis Spann! Ils se sont rencontrés en 1973. Par affinités musicales. Puis se sont mariés. En 1977. Alors qu'ils avaient déjà monté les Mighty Flyers. Pour enregistrer ce nouvel opus, le duo a reçu le concours du bassiste Bill Stuve, un ami fidèle dont la présence remonte aux débuts du groupe, du guitariste Henry Carvajal et du batteur Paul Fasulo. Si Piazza est un compositeur assez prolixe, cet elpee épingle toute une série de reprises, dont certains canons du blues.
 
L'album s'ouvre par le funky "Big Blues party". Une plage peu excitante à mon goût, même si elle présente successivement les différents acteurs! La suite aligne les covers annoncées. Les versions très classiques du "Good morning little schoolgirl" de Sonny Boy Williamson I et "Baby please don't go" de Muddy Waters permettent à Rod et Honey de se libérer. "Baby please don't go" emprunte les formes d'un shuffle bien vigoureux. "Just like a woman" renoue avec le style jump californien. Pour la circonstance, Carjaval prend enfin son envol. Une intervention de qualité, il faut le préciser ! Les musiciens prennent leur pied en jouant ensemble, et cela s'entend : piano, cordes et harmonica sont d’ailleurs à l'unisson. Le Bo Diddley beat contamine "Pretty Thing", une compo signée Willie Dixon, mais bien issue du répertoire de Diddley. Toute la machine est au service du rythme. Rod et Honey chantent ensemble l'entraînant "Tick tock". Carvajal est à la parade. Le nouveau gratteur n'a pas à rougir face à ses illustres prédécesseurs. Intoxiqué jusqu’à la mœlle par sa musique, Rod entame son "Moving in a west coast way" comme un exercice de style. Honey en profite pour éclater dans un son très barrelhouse. Probablement le sommet de cet album ! Honey chante un "Ain't nothing happening" relax et tout en swing ! Instrumental classique, "West coast midnight blues" brille par son interprétation. Les trois dernières plages de cet opus ne sont pas neuves. Version caractérisée par une aventure de près de 10' imaginée par Miss Alexander, "Buzzin" figurait déjà sur "Blues in the dark". En 1991. Et "That's what she hollered" et "Devil's foot" sur "Greasy kid stuff", un opus signé Kid Ramos, en 2001. A l'instrument chromatique, Henry et Rod brillent de mille feux sur "Ain't nothing shakin". Du pur Flyers ! Et personne ne peut arrêter Piazza, lorsqu’il est lancé de cette manière. Midnight Flyers vient encore de commettre un album de toute bonne facture. Et la formation envisage de nous livrer un DVD ‘live’. Lors d’une prestation qu’ils accorderont le 22 mars prochain au Sierra Nevada Brewing Co de Chico, en Californie. Pour un concert qui accueillera également à l’affiche, le Tommy Castro Band.  
vendredi, 31 décembre 2004 02:00

Sky blues

Que de grands noms sont nés de ce glorieux british blues boom des 60s ! Mais on y recensait également de très nombreux artistes de talent qui ne connurent, en réalité, que de brefs instants de célébrité. Cette vague a engendré la vocation de peu d’harmonicistes, mais bien de guitaristes dont le légendaire Cyril Davies (NDR : trop tôt disparu en janvier 1964), John Mayall, bien sûr ( NDR : qui n'était pas spécialement un musicien hyper doué), Duster Bennett, John O'Leary, Shakey Vick et Duffy Power. Duffy avait été, pendant quelques mois, le chanteur d'Alexis Korner Blues Incorporated. Il a enregistré également quelques 45 tours en compagnie du Graham Bond Organisation. Il a commis son premier album en 1971, "Innovations", flanqué de son groupe, le Duffy's Nucleus. Une formation au sein de laquelle militait John McLaughlin, Danny Thompson et Terry Cox. Duffy véhiculait une solide réputation, à la fois de chanteur, compositeur et instrumentiste. Cet opus nous permet de découvrir différentes sessions enregistrées pour la BBC.
 
L'elpee s’ouvre par "Gin house blues", un bon blues destiné à l'émission "The blues roll on", diffusé sur Radio 3 en juillet 68. Duster chante d’une vois très présente, au feeling naturel très rare. Il est secondé par les remarquables Alexis Korner à la guitare, Steve Thompson à la basse et Terry Cox aux drums. Cinq fragments procèdent de "Blues is where you hear it", une émission animée par Alexis Korner en juillet 1970. Une session très intimiste. Duffy est seul, armé de sa guitare totalement unplugged. Sa voix craintive, timide à l'extrême, est totalement bouleversante dans le dépouillement et la beauté pure pour interpréter son "Halfway blues", le "That's all right Mama" d'Arthur Crudup et le "Hellhound" de Robert Johnson, qui bénéficie pour la circonstance d’un arrangement très personnalisé. Nous sommes ensuite transportés en 1971. Duffy n'est plus seul. La qualité sonore n'est pas exceptionnelle, mais la sensibilité est à nouveau très palpable tout au long de "Give me one". Un orgue Hammond le soutient. On jurerait entendre Graham Bond. Et puis surtout il a emporté son harmonica. Il ne souffle que les notes nécessaires. Celles qui viennent du cœur. Pas de prouesse technique. Juste cette émotion qu’il épanche. Le rythme s'accélère enfin. A cause du piano de Mike Hall. Il épouse même le tempo du boogie pour attaquer son "City women". Lorsqu’il introduit le très lent "Louise" à l'harmonica, il laisse transparaître un sentiment de tristesse réminiscent de Big Walter Horton. Une influence majeure, sans aucun doute. Et quand il chante, on dirait qu’il pousse un cri de douleur! Dans son solo, la manière de souffler, le son, on jurerait être en présence d’une une trompette. La dernière prise de cette session est particulièrement surprenante. Duffy chante seul, en s’accompagnant de sa guitare, pour commettre une poignante version d’"I was her standing there" des Beatles. Nous ne sommes pas loin du pré war blues. La session suivante opère un changement radical de style. Les quatre plages sont extraites d'un show accordé en septembre 73, pour le "Sound of the seventies"du fameux John Peel. Il est soutenu par tout un groupe, mais la musique s’est muée en rock progressif bien d'époque, sans excès, toujours marqué par la voix si personnelle de Duffy. Bénéficiant de la participation du guitariste Graham Quinten-Jones, de Chris Bailey et de Peter Kirk, "Dusty road" est un véritable joyau. Et dans le style, "Little soldiers" n'est pas mal non plus. Enfin, un dernier bond dans le temps nous propulse en août 1994, lors du Paul Jones R&B show. Duffy Power a reçu le concours du célèbre Dick Heckstall-Smith aux saxophones. Les deux vétérans n'ont rien perdu de leur art. Et ils le démontrent aussi bien sur le doux "Sky blues" que sur le remuant "Little boy blue". Très free jazz, Dick se met à souffler dans ses deux saxes à la fois, comme au bon vieux temps…
vendredi, 31 décembre 2004 02:00

Changes

Issu de Porto Allegre, ce chanteur guitariste brésilien vient d’accomplir une tournée chez nous. Il est largement influencé par le blues rock texan, et notamment par Stevie Ray Vaughan. Depuis la formation de Black Soul, en janvier 95, il compte déjà plusieurs elpees à son actif : "Swamp blues" en 1996, "Heart full of blues" en 98, "Blues from hell" en 2000 (NDR : opus pour lequel il a reçu le concours de Ron Levy à l'orgue Hammond B3 et à la production) et "Live in Europe" en 2002 (NDR : un set immortalisé en automne 2001, au Gouden Leeuw de Dongen aux Pays-Bas). Fernando avoue s'inspirer de BB, Albert et Freddie King, Buddy Guy, Coco Montoya, Jeff Healey ainsi que Chris Duarte. Pour ce nouvel album, notre gratteur brésilien a reçu le concours du pianiste/organiste (NDR : un hammond, of course !) Luciano Leaes, du drummer Ronie Martinez et du bassiste Xico Pretto. Xico est également executive producer et manager ; mais plus que probablement le bailleur de fonds chez Black Soul. L'album a été produit et mixé par Chris Duarte depuis les studios de la School of Music d'Austin.
 
Dix des onze plages ont été écrites par Fernando. Black Soul s'embarque dans son trip texan dès "Nothing but love". Quelque peu brisée et passablement ravagée, la voix de Fernando passe bien dans ce type de répertoire. L'orgue Hammond B3 de Luciano est un élément indispensable au son de la formation. C'est la vieille guitare Stratocaster 1962 de Fernando qui occupe le centre de la scène. Il libère ses cordes sans pour autant en remettre une couche. L'empreinte de S.R.V. est scellée dès la seconde plage : "The hound". Principalement à cause de l’approche rythmique adoptée pour aborder ce shuffle. L'orgue reste bien présent pour colorer l’ensemble. La musique de Noronha est plus légère, manifeste bien moins de vécu et de groove que celle de son maître, mais l'approche assez mélodique de son expression sonore n'est certes pas désagréable à l’oreille. L’originalité du Brésilien procède de son souci à constamment maintenir dans son écriture un sens de la musicalité et de mélodie. Et "Driftin" est sans doute un des meilleurs exemples. Le jeu ne cherche pas à bouleverser par sa complexité, mais plutôt à s’inscrire dans un ensemble. Ici, tous les instruments font bloc. Fernando chante correctement "White trash", un slow blues classique. L'intervention sur les cordes est de bonne facture. Si le titre maître demeure dans la tonalité d'ensemble, Noronha s'inspire ici davantage de Jimi Hendrix. Son jeu est essentiellement focalisé sur les effets sonores produits par le recours aux diverses pédales, ainsi que sur le rythme même de cette composition. La formation de Porto Allegre se sent de plus en plus chez elle à Austin, et nous délivre un autre shuffle instrumental, "Pig foot". Ballade blues très personnelle, "Blues for Jimmy King" constitue un hommage au regretté Little Jimmy. Nouveau shuffle à la texane, "Love is just a gamble" déménage, alors qu’"On the road" flirte allègrement avec le funk. L’opus recèle une seule reprise : le "House of blues" d'Eric Gales (NDR : le frère de Jimmy King !). Typiquement rockin' blues, cette plage clôt ce "Changes", un album d’honnête facture commis par un artiste qui affiche live, une figure assez charismatique.
vendredi, 31 décembre 2004 02:00

Burning sands

Chanteur, guitariste et compositeur, Joe Nadeau est un musicien texan. Début des années 90, il rencontre un très jeune guitariste doué : Kenny Wayne Shepherd. A Dallas. Ce dernier devient alors son élève. Et lorsque l'élève commence à se forger une certaine réputation, il demande à l'enseignant de se joindre à sa formation. Joe Nadeau devient alors son guitariste rythmique. En tournée ; mais également lors de l’enregistrement des deux premiers elpees de Shepherd : "Ledbetter heights" en 95 et "Trouble is" en 97. Joe reprend alors sa liberté pour pouvoir interpréter ses chansons. Des chansons sur lesquelles il peut intégrer soul, folk, country, blues et rock. Signé par le label louisianais Louisiana Red Hot, il commet ce "Burning sands" en 2002. Un disque qui bénéficie du concours de Greg Archilla, personnage qui travailla pour Albert King, à la production.
 
Il se montre bon texan dès l'ouverture "Now she's mine". Un shuffle hanté par Stevie Ray Vaughan, sa première source d'inspiration. Non seulement Joe est un excellent compositeur, mais il dispose d’un bon organe vocal. Bien rythmé, "High cost of livin' low" est superbe. La guitare est gouailleuse. L'orgue Hammond de Derrick Jackson emprunte des accents à Memphis, Tennessee. La section rythmique exerce également parfaitement son rôle : Dave Smith à la basse et Yvette "Baby girl" Preyer aux drums. "Tell me what it's all about" est un rock'n'roll qui ne manque pas de punch. Le gamin Kenny Wayne est venu épauler son ami à la guitare, tandis que Jimmy Wallace se démène comme un beau diable sur son piano. Cet opus affiche une grande variété dans les styles. Jolie ballade avec chœurs féminins et guitares acoustiques, "Burning sands" nous rappelle les Stones. Le sens mélodique est très présent tout au long du brillant "Just another day". Une autre ballade R&B, alanguie, trempée dans le son majestueux de l'orgue Hammond. Largement cuivré, "The lovin' is right" est un autre shuffle. Le piano est bien animé. On se croirait en présence d’un Roomful of Blues en miniature. L’elpee recèle également quelques plages plus rockin' blues. Et je pense tout particulièrement à "Raise your right hand" et au boggie léger "It's on". En fin de parcours, l’éclectisme refait surface et se concrétise à travers la ballade "How it all went down", un blues lent bien électrique ; ainsi que le très bien rendu "I'll help you pack", fluidifié par l'indispensable orgue Hammond. Plage rock'n'roll, "What you do to me" achève cette oeuvre. Bien que ne se révélant pas d’une grande originalité, ce disque reste d’honnête facture.
vendredi, 31 décembre 2004 02:00

Come and get it

John Nemeth nous vient de Boise, dans l'Idaho. Aujourd'hui installé sur la West Coast, il écume les scènes internationales depuis une bonne dizaine d'années ; notamment comme chanteur du groupe de Junior Watson. En 2002, il avait commis " The Jack of hearts", en compagnie des Jacks. Et d’ici la fin de l’année, il devrait sortir un album de jazz, flanqué du Frim Fram Four.
 
Il entame son nouvel opus par "She belongs to me", un titre composé par Magic Sam. Musicale et modulable, sa voix impressionne par l'étendue de son registre. L'accompagnement est sobre et solide. Et le premier à opérer une sortie n’est autre que le guitariste. En l’occurrence Junior Watson. Un invité de luxe ! La version du "Ain't too old" d'Al Simmons est très nerveuse. La voix purement R&B de John sort décidemment de l'ordinaire. Elle rappelle parfois celle de l’actuel chanteur harmoniciste de Roomful of Blues. Les musiciens sont bien en place. Et notamment Andy Cortens, au piano. Nemeth sort pour la première fois son harmonica. Une intervention très efficace et sans la moindre fioriture. "Come and get it" libère beaucoup de swing et de groove. Vance Ehlers à la basse et Jimmy Mulleniux aux drums, constituent une solide section rythmique. John est un excellent instrumentiste. Il se sent comme un poisson dans l’eau. Ses échanges opérés avec Junior Watson sur "Bring it on back home" sont de véritables régals pour les oreilles. D’une pureté rare et chargée de sensibilité, la voix de Watson introduit impérialement "What have I done wrong". Une compo imprimée sur un tempo lent, proche du swing de T-Bone Walker. Le "Romance without finance" de Charlie Parker évolue dans un registre très jazz, une plage qui démontre que notre artiste est à l'aise dans des styles bien différents. Nemeth nous réserve quelques compositions personnelles qui tiennent facilement la route. "I don't think I could", tout d’abord. Un fragment emmené avec beaucoup de légèreté par harmonica. Ce qui n’empêche pas la guitare et le piano de se manifester à l'avant-plan. Le rythme est enlevé. "Don't you talk" est un des sommets de l'album. Une superbe plage aux parfums des Caraïbes. La section rythmique et le piano de Cortens assurent à merveille. John sort son harmonica chromatique. Il en joue avec douceur, légèreté et inventivité. Une technique qui me rappelle parfois le regretté William Clarke. Le boogie de Nemeth s’inspire très fort du meilleur des 50s. Excellent harmoniciste, il bénéficie du concours d’un Watson en verve. L’échange est de haute volée. Percutante, la voix respire le rythme. Elle sonne comme un instrument. Et devient même magique, très en relief, sur le plus lent "Let me hold you". Un autre sommet de l’elpee ! Pour la circonstance, Junior Watson ne tient plus en place. Il prend un plaisir évident à jouer ; et quand ce monstre sacré se sent inspiré, il nous embarque pour un fameux voyage au coeur du blues. Acharné sur ses cordes, Watson arrive à nous arracher des larmes tout au long du nonchalant et brillant "Love in vain". John puise son inspiration dans la musique de Nouvelle Orléans pour interpréter "I'm gonna drop you". Proche des envolées rythmiques de Fats Domino, le piano d'Andy se déchaîne. Nemeth reprend d'ailleurs "Yes my darlin" du même Domino. Sous une forme très originale, proche de la country. La version du "Careless love" de W.C Handy accomplit une démarche semblable. Largement inspiré par la musique des 50s et des 60s, ce superbe album s’achève par "She's gona way but, she'll be back", caractérisé par une nouvelle performance vocale et instrumentale

Ce recueil n’est pas consacré au blues, mais au rockabilly. Un style qui a fait fureur entre 54 et 59, aux States. Une multitude d’artistes s’y sont frottés. Et la plupart n’ont jamais dépassé le stade du juke-box, alors en vogue. Mais ces anonymes ont parfois commis de petites perles. Et c’est ce que ce « Dr Boogie presents : 26 deranged and smokin' Cool Cats » nous permet de découvrir. Pas question, donc ici, d’artistes notoires ou même de légendes.

Le rockabilly est né très tôt au cours des fifties. Une musique plutôt blanche, sudiste, qui allait préluder la naissance du rock'n'roll à Memphis, en 1954. Un style qui allait progressivement disparaître à la fin des 50s. Ce qui n’a pas empêché toute une série de vagues revivalistes. Et aujourd’hui encore, de nombreuses formations américaines se reconnaissent dans cette scène musicale énergique et excitante. Dr Boogie a eu l’excellente initiative d’exhumer ces 26 plages rythmées, rockabilly ou tout simplement rock'n'roll. Si la compile affiche une certaine homogénéité, elle autorise des approches différentes. Et bien que la guitare soit reine, d'autres instruments clé, comme le sax hurleur et le piano ont également droit au chapitre.

Johnny Jay ouvre le disque par "Sugar doll". Les accords de piano sont sautillants. On en a des fourmis dans les jambes. Son backing group reprend en chœur les paroles. Faut dire qu’à l’époque, le doo wop était largement associé à ce style. La succession des plages est de très bon niveau. Sur "Love bug crawl", Jimmy Edwards est soutenu par des accords de guitare digne des bonnes productions Sun de Memphis. "Rockin' spot" est balayé par les cordes ravageuses de Curly Coldiron. Un sax hurleur bien graisseux nous adresse un clin d'œil sur le "Red hot car" de Danny Verne. Il est vrai que dans cet univers sonore, le thème de la voiture est rituel. Le "Doin' allright" d’Eddie Cash nous entraîne sur la piste de danse. Le piano est omniprésent tout au long de ce morceau que n’aurait pas renié Jerry Lee Lewis. Des ivoires qui dynamisent le fracassant "Country woman" des Cals, le redoutable "The joint's really jumpin'" de Jimmy Evans ainsi que le "Gee whee Liz" de Charles Sens (NDLR : avec ou sans plomb ?) On a aussi droit à quelques morceaux de bon rock’ roll. Et franchement on a l’impression que des plages comme le "Gonna be better times" d'Al Urban ou "I can't help it" de Bing Day n’ont pas pris une ride. Ils sont même proches d'Eddie Cochran et de Gene Vincent. Des sommets de l’album, il faut le reconnaître. Et "Bop a lena" de John Friis & the Valiants ainsi que "Money is the thing of the past" de Ronnie Haig n’ont rien à envier aux productions contemporaines. La dose de swing libérée sur le très jazz "Big dog little dog" de Harvey Hunt est très subtile. Le "Rockabilly Hop" de Bill Moss évoque le Bo Diddley beat. Caractérisé par une étonnante conjugaison de guitare et de basse, le blues "Little bitty boy" de TK Hulin est imprimé sur un tempo frénétique. Cette excellente rétrospective consacrée aux fifties s’achève par "Sledgehammer", un instrumental saignant signé par les Trashers.

 

mardi, 07 avril 2009 21:36

Dr Boogie presents : Shim Sham Shimmy

Cette obscure collection nous plonge plus de cinquante ans en arrière, à l'époque où le blues s’était amplifié. Une période exaltante, véritable creuset du futur. Dr Boogie a puisé dans l'inépuisable vivier du sud des USA. Pas moins de trente artistes différents sont ici épinglés, dont certains allaient devenir célèbres ; mais d'autres ne jamais rencontrer la moindre reconnaisse ou le moindre succès. Ils n'en demeurent pas moins des témoignages authentiques.

L’opus s’ouvre par la plage la plus percutante. Celle qui donne son nom à l'album. Un morceau de l'inénarrable Champion Jack Dupree, chanteur, pianiste et boxeur de la Nouvelle Orléans. Le son est incroyablement actuel. Le guitariste (NDR : Stick McGhee?) déménage en diable.

Parmi les artistes qui se forgeront une notoriété, le recueil ne pouvait ignorer Joe Hill Louis, le ‘one man band’ de Memphis. Pourtant, il est ici impliqué au sein d’un groupe pour attaquer l’excellent "She's taking all my money". Trop tôt disparu (NDR : à l’âge de 36 ans), il avait enregistré au sein des studios Sun.

Autre homme-orchestre, Doctor Ross a également recueilli un certain succès. Il avait aussi enregistré à Memphis, pour Sun. Ses interventions à l’harmonica étaient très offensives. Et il le démontre tout au long de son "Texas hop".

Texan, Albert Collins est sans doute celui qui a acquis la plus grande popularité chez nous. Un tout grand ! Surnommé ‘The Ice Man’, il appréciait les références au froid. Pas étonnant, que ce soit son tout premier enregistrement, l'instrumental "Freeze", qui ait été choisi.

Larry Dale jouit également d’une fameuse réputation. Il est toujours vivant ! Inspiré par BB King, ce chanteur nous propose "You better need my warning", un morceau datant de 1954. Il est interprété en compagnie d’un Big Band, au sein duquel figurent Mickey Baker aux cordes et Jack Dupree aux ivoires.

Sam Myers nous a quittés en 2006. Un musicien remarquable et un personnage attachant. Heureusement, il a pu goûter au succès de son vivant. On le retrouve en 1957 ; il avait alors 21 ans, en compagnie d’Anson Funderburgh et des Rockets pour le stupéfiant "Rhythm with me", un instrumental au cours duquel il démontre qu’il avait du souffle et de la classe.

Papa George Lightfoot est un autre harmoniciste magique. Issu de Nachez, dans le Mississippi, son jeu était fascinant. Il est malheureusement décédé à 47 ans, alors qu'il avait opéré un retour à l’avant-plan.

On en vient maintenant aux illustres inconnus. Dont certains méritent franchement tout notre intérêt. Et je pense tout d’abord à Ramblin' Hi Harris responsable d’un swamp blues indolent, reproduit sur "I haven't got a home" ou encore Bobo Jenkins dont le séduisant "Nothing but love" évolue dans un registre proche d’un bon Jimmy Reed. Les échanges vifs, vibrants, opérés entre les cordes et le piano sur le "Good woman blues" de B Brown & MC Vouts emportent aussi nos suffrages. Chanteur/pianiste, Cecil Gant est considéré comme le grand-père du rock. Enregistré peu avant sa mort, son "We're gonna rock" date de 1950 " ; et il est bien saignant. Claviériste originaire de Memphis, Eddie Snow a côtoyé BB et Albert King. Son "I'm off that stuff" est fort intéressant. Tout comme le "I'm gonna kill that hen" de Blue Charlie Morris. Charles Sheffield chante d’un timbre puissant, mordant, âpre, "Isabella", soutenu par d'excellentes parties de piano et de guitare. Issu de Detroit, Baby Boy Warren a reçu le concours de Sonny Boy Williamson II sur "Santa Fe". Le souffle de la légende est aussi puissant que prodigieux. Louisianais, Morris Pejos avait émigré à Chicago. Il était marié à la chanteuse Mary Lane. Il est responsable d’une multitude d’enregistrements. Sa guitare alerte et primaire déménage tout au long de "Screamin' n'cryin", un morceau au cours duquel le pianiste Henry Gray lui apporte son concours. Epinglons encore la présence de Willie Egan, un illustre chanteur/pianiste de R&B ainsi que deux guitaristes novateurs pour leur époque. Tout d’abord Pat Hare. Pas seulement pour avoir côtoyé les plus grands, mais parce qu’il était parvenu à maîtriser la distorsion. Ce qui ne l’a pas empêché de finir ses jours derrière les barreaux. Et enfin et surtout Lonnie Johnson. Un personnage vénéré par ses pairs, auquel le "Can't sleep anymore" lui est réservé. Une merveilleuse collection!

vendredi, 31 décembre 2004 02:00

Ice cream

Eddie Martin est considéré comme un excellent bluesman de la scène anglaise contemporaine. Il possède une très bonne voix, une bonne plume, se débrouille plutôt bien à la guitare et surtout respecte le blues. Que ce soit sous un format électrique ou acoustique, il sort ses albums avec une régularité de métronome, depuis quelques années : "Solo in Soho", « Blue top the Bone », « Fire and Floods”, "Keep on working" et son dernier album, "Pillowcase blues", commis en compagnie de son Texas Blues Group.
 
Sa voix est très présente et force le respect dès le très roots "Let's move it on". La slide libère une sonorité fort métallique. Une tonalité plutôt menaçante dans le contexte d'un boogie blues feutré. Blues inspiré par le Delta du Mississippi, le titre maître poursuit dans un registre assez semblable. Sa voix réverbère un certain écho. La slide est toujours aussi redoutable. L'accompagnement est minimaliste. "Put the brakes on" nous replonge dans un blues rock bien plus électrique. Ses lignes de guitare sont inspirées des grands du blues ; et en particulier de BB et Freddie King. L'orgue Hammond de Gary Baldwin lui donne la réplique. Eddie aime jouer de la slide, c’est une certitude. Il reconnaît pour principal maître Elmore James. Et lui rend hommage à travers un instrumental séduisant, "Elmore's stomp". Une composition au cours de laquelle, il reçoit un solide soutien de sa section rythmique : Marion Dolton à la basse et Michael Weidrich aux drums. Ballade soul blues balayée par un orgue, un piano électrique et le sax soprano d'Andy Shepperd, "Love is like a river" affiche une facette radicalement différente. "Keep it natural" épouse une forme funky. Taillées au rasoir, les petites grappes de notes répondent à son chant. Il se sent très inspiré par le Texas blues et principalement par l'une de ses grandes influences avouées : Albert Collins. Il adapte fort bien ce style tout en picking. Eddie Martin est impressionnant tout au long de "Cherry Red (335)". Le tempo est vif. On l'imagine relevant le défi devant ses maîtres de toujours : Freddie King surtout, et toujours Albert Collins. Epaulé par le jeune pianiste Paddy Milner, prodige du boogie anglais, l'homme au crâne rasé saisit sa guitare acoustique. Le regard toujours caché par d’épaisses lunettes solaires, il se concentre et chante "Blues took me by the hand". Eddie nous embarque alors dans un blues lent de plus de dix minutes : "Tough but tender". Un morceau très bien interprété qui met en exergue l’orgue Hammond de Gary Baldwin, et puis surtout un long solo d'Eddie. Amorcée très doucement, son intervention monte progressivement en régime, avant de se libérer. Cet opus de bonne facture s’achève en douceur par "Lazy Monday" : la voix d’Eddie Martin et ses cordes acoustiques.