Paul Jones a vécu les balbutiements du blues anglais. Dans le sillage des Rolling Stones, Animals, Yardbirds et autres Pretty Things. Il était le chanteur/harmoniciste de Mandred Mann, une formation qui, à l’origine, pratiquait du R&B. Répondant ensuite à des sirènes plus rémunératrices, elle va cependant virer vers une pop commerciale. Et même décrocher plusieurs hits. Avant d’embrasser un style prog. En 66, Paul quitte le milieu musical pour se consacrer au théâtre et au cinéma. Mais en 1979, alors que la vague punk bat son plein et que le blues se forge une nouvelle popularité, il décide de revenir à la musique. Il fonde alors le Blues Band, en compagnie notamment de Dave Kelly et de Tom McGuinness. Cette formation va réussir à traverser le temps et les modes en concoctant la bagatelle de 17 albums. Paul est également animateur radio depuis de nombreuses années. Chaque lundi, il présente une émission consacrée au blues, sur la BBC2.
Grosse surprise, Jones vient de graver un elpee en solo. Enfin, plus exactement sous son patronyme. Un disque dont la mise en forme a été opérée par la chanteuse/productrice américaine, Carla Olson. La plupart des collaborateurs impliqués lors des sessions d’enregistrements sont issus d'outre-Atlantique ; et notamment le guitariste Jake Andrews, guitare, le bassiste Tony Marsico, le drummer Alvino Bennett et le claviériste Mike Thompson. On était donc curieux d’entendre le résultat de cette réunion, pour le moins inattendue…
"Lover to cry" ouvre l’elpee. La production est très américaine. Jones chante de son timbre très caractéristique ce blues rythmé aux accents texans. Il sort de sa poche son harmonica ; et c'est tant mieux. Sereine, l’'atmosphère est balayée par l’orgue Hammond de Mike Thompson (NDR : ce musicien a régulièrement participé aux tournées des Eagles). Jake Andrews signe cette plage. Originaire d’Austin, ce jeune Texan (NDR : il a moins de trente ans) incarne une belle promesse pour le futur. Il est ici très inspiré sur la guitare. Subtil, son premier solo dialogue en permanence avec la musique à bouche du leader. La cover du "If you love me (like you say)" de Johnny Taylor est sculptée dans un R&B style Memphis. Enrichie par les cuivres des notoires Joe Sublett et Darrell Leonard, la solution sonore est particulièrement dense. En intro, les cordes sont manifestement inspirées par le grand Albert King. Thompson jouit d’une totale liberté sur ses claviers. A l’instar d’un Booker T au sommet de son art, ses interventions sont divertissantes. La voix de Paul domine les débats, même s’il laisse circonstanciellement libre cours à ses incursions à l’harmo. Issu de la plume de Jones "Choose or cop out" est une bien jolie ballade qui bénéficie de la participation d’un certain Eric Clapton, venu épauler son vieil ami anglais. Paul a toujours aimé le R&B jazzyfiant, abordé dans l’esprit de Ray Charles. C’est manifeste tout au long de "Sundown", une plage balisée par le saxophone et le piano, au cours de laquelle il partage les vocaux en compagnie de l’ex-Hollies Mikael Rickfors. Il ne néglige pas pour autant les ballades. A l’instar du majestueux "Starting all over again". La voix se détache clairement face à l'orgue Hammond et les cordes de Clapton, responsable d’un solo de haute facture. Paul se met également dans la peau d’un crooner, pour susurrer "I'm gone", un morceau de jazz voluptueux rehaussé par la présence des cordes acoustiques de Rickfors et la trompette de Darrell Leonard. La reprise du "Philosopher's stone" de Van Morrison a pris les accents d’un blues classique imprimé sur un mid tempo. La voix domine ce titre ponctué de courtes phrases à l'harmonica. Les accords du piano et la rythmique soutenue d'Andrews participent à ce bonheur dans la simplicité. Indolent, "Gratefully blue" est imprégné de jazz et de blues. Une douceur extrême émane de cette compo. Et en particulier à cause de ce solo original, bouleversant, minimaliste à l’harmo. "Still true"' est probablement la meilleur plage de cet elpee. Face à une section de cuivres au complet et des chœurs féminins, Jones chante ce Memphis blues très lent, en manifestant une présence, une délicatesse et une autorité digne d'Otis Redding. Enfin celui qui était au sommet de son art. C’est-à-dire chez Stax. Superbe! Paul à l'harmo et Rickfors à la guitare s’échangent un duo acoustique rafraîchissant et dépouillé tout au long de "When he comes", morceau au cours duquel Jones pose délicatement sa voix. Instrumentale, la finale réunit le quintet de base. Intitulée "Alvino's entourage", elle est littéralement portée par les percussions d'Alvino Bennett (NDR : fallait s’en douter !) De très bonne facture, cet opus recèle encore un bonus track : "Big blues diamonds". Imprimé sur un tempo plus enlevé, ce fragment est issu d’une session immortalisée en 2004. Elle a été réalisée en compagnie d'autres musiciens ; et en particulier Percy Sledge (NDR : absolument, l’auteur de "When, a man loves a woman"!) qui partage les vocaux avec Paul…