Jon Lord est loin d’être un illustre inconnu, même pour les fans de blues. Avant toute chose, ce claviériste a forgé sa notoriété chez Deep Purple, avant de rejoindre Whitesnake. Mais auparavant, il avait quand même sévi chez les Artwoods, un groupe de R&B qui impliquait Art Wood (le frère de Ron) et Keef Hartley… Apparemment, lors d’un périple en Australie, il a été contacté pour jouer en compagnie des Hoochie Coochie Men, une formation locale de blues rock. Une chose est sûre, le 7 février 2003 il se produisait au ‘Basement’, un club de Sidney. Et quelques jours pus tôt, c'est-à-dire le 23 janvier, à l’Opéra, pour y diriger le Sidney Symphony Orchestra. Blessé au pouce et incapable de jouer du piano classique, il s'était réservé l'orgue. Ce double opus immortalise donc le concert accordé au ‘Basement’.
Le premier morceau de plastique s’ouvre par "Hideaway". Un instrumental, et pas n’importe quel instrumental, puisqu’il est signé Freddie King. Une adaptation drivée par le guitariste Tim Gaze, un ancien membre du combo rock, Rose Tatoo. Tim et Jon ont écrit "Lonesome traveller blues". Jon se montre très à l'aise à l'orgue Hammond sur cette version labellisée Cream, largement pompée du célèbre "Crossroads". Ce qui n’est guère étonnant lorsqu’on connaît la polyvalence et les qualités de ce musicien. Tim Gaze se charge des vocaux. Son timbre n’est cependant pas inoubliable. Il est correct, sans plus. Jim Conway introduit "Blues with a feeling" à l'harmonica, une compo écrite, bien sûr, par Little Walter. Jon se fait plaisir en reprenant le célèbre "Green Onions" de Booker T, un titre qu'il interprétait déjà chez Red Bludd ; c'est-à-dire le premier groupe au sein duquel il a sévi dans les sixties !! "24/7 Blues" est le blues lent de rigueur pour un concert d’une telle dimension. Les fleurons notoires du Chicago blues commencent alors à défiler. "Baby please don't go", tout d’abord. Un fragment caractérisé par l’excellence du jeu d’orgue, "I just wanna make love to you" et "You need love", ensuite. Pas à la manière de Led Zeppelin, mais dans le respect de son auteur, Willie Dixon. Mené tambour battant, comme le ferait Nine Below Zero, "The money doesn't matter" et une plage très dynamique. Jim Conway se révèle très brillant dans cet exercice de style ! Consitutée de Rob Grosser aux drums et de Bob Daisley à la basse (NDR : un ex Mungo Jerry, Uriah Heep, Black Sabbath et Rainbow), la section rythmique assure bien son rôle. Tramée sur le dobro et le washboard, la version de "Strange Brew" est très calme. Une composition que chantait Clapton, à l’époque du Cream. Celle du "Dallas" de Johnny Winter est excellente, mais très roots.
Le second CD s'ouvre par le classique des classiques : "Hoochie Coochie man". L’ex leader de Cold Chisel, Jimmy Barnes, a été invité pour assurer le chant. Ce vocaliste possède une sacrée voix, très hard rockin' blues, dans un registre proche de feu Bon Scott, l’ancien chanteur d’ACDC. La slide largement amplifiée de Tim Gaze émerge de "New old lady blues", un R&B funky écrit par Daisley. L’opus recèle encore quelques bons morceaux. Tout d’abord le "Who's been talking" de Howlin' Wolf, une version soft qui met en valeur les différents musiciens. "Six strings down" ensuite. Un titre issu du répertoire de Jimmie Vaughan, caractérisé par quelques prouesses pyrotechniques aux cordes. Et enfin, l’inévitable "Dust my broom". Le concert touche à sa fin et Jon Lord se rappelle enfin qu’il a fréquenté très longtemps le Deep Purple. Dans son style si spécifique, il introduit le fameux "Back at the Chicken Shack" de Jimmy Smith, une adaptation très heureuse et surtout bien plus jouissive. Alors que les bonnes choses sont finies et que nous quittons déjà le ‘Basement’, Jimmy Barnes revient chanter avec douceur le "When a blindman cries" du Deep Purple de l’époque Ian Gillan…