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Tim Darcy

45’ de concert ; il y a de quoi rester sur sa faim…

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Ce mercredi 22 février, la Rotonde accueillait Tim Darcy. Né au Texas, il a grandi dans le New Hampshire avant d'émigrer au Canada, à Montréal plus précisément ; et c’est là qu’il fonde Ought, un groupe post punk qui va publier plusieurs elpees sur le label Constellation. Ce combo s’était d’ailleurs produit au Botanique, en 2015 et 2016. « Saturday Night » constitue le premier album solo de cet artiste, un œuvre qui compile ses meilleures compos. Et ce disque a reçu un excellent écho auprès de la presse musicale. Elle est d’ailleurs unanime à ce sujet. On avait donc hâte de le revoir sur les planches ; d’autant plus que les spectacles ‘live’ dispensés par Ought ont toujours soulevé un même enthousiasme…

La Rotonde est loin d’être remplie ce soir. Le public est assis sur les marches en attendant que le show commence. Vers 21h, tout le monde se lève. Et pas pour Danette, mais Tim Darcy, qui s’installe au milieu du podium, armé de sa guitare. Grand et filiforme, il est flanqué de deux demoiselles. Tout d’abord, sa drummeuse, Charlotte Conrfield. Elle s’est plantée derrière lui. Et puis une violoniste/bassiste (NDR : sans doute engagée pour la tournée) qui prend place à gauche. Les deux filles assureront également les backing vocaux pour plusieurs morceaux.

Le trio attaque le set par « Tall Glass of Water », single du nouvel opus. On reconnaît instantanément le timbre de voix grave et nasillard de Darcy. Et puis sa manière un peu altière, charismatique mais classieuse d’interpréter son répertoire, tout en affichant des mimiques très caractéristiques. Comme au sein de son band, Ought. Déjà les spectres des Feelies, du Velvet Underground ainsi que de Television se mettent à rôder. Il embraie par « Still Waking Up », un titre plus paisible, qu’il chante à la manière de… Morrissey. Progressivement, les morceaux adoptent un profil davantage noise, alors que le vocal se fait plus déclamatoire. Avant d’aborder « Saturday by Night », la bassiste troque son instrument contre un violon. A la gratte, Tim étale tout son talent. Malheureusement, ses deux acolytes on beaucoup de mal à soutenir la comparaison. Notamment la préposée aux fûts. Mais comme les compos sont excellentes, le mélomane lambda n’y voir que du feu. Après 40 minutes de show, Tim Darcy annonce qu’il ne lui reste deux morceaux à jouer. Il en interprète alors un nouveau, plus rock, dont les lyrics relatent un événement qu’il a vécu à Toronto… mais le résultat ne convainc guère…  

Après trois quarts d’heure de set, le trio vide les lieux. Avant de revenir pour un dernier titre, en guise de rappel. Le public semble satisfait. De peu, il faut le reconnaître. 45’ de concert ; il y a de quoi rester sur sa faim…

(Organisation : Botanique)

Future Of The Left

Les Gallois nous ont encore privés de prolongations…

Écrit par

Alors qu’on vient d’apprendre que Nick Cave allait se produire, au cours de l’automne prochain, au sein d’une grande salle anversoise sans âme, votre serviteur se rend, ce soir, dans une autre bien plus intimiste et conviviale : la Rotonde du Botanique. Facile d’accès, l’endroit est devenu le rendez-vous des mélomanes, des journalistes, des organisateurs indépendants de concerts et autres passionnés de musiques. Et tout ce beau monde semble émoustillé à l’idée d’assister au concert de Future of The Left. Qui est sold out depuis quelques jours. Et manifestement, l’hémicycle est plein à craquer.

Curieux, car si Future of The left est une référence en matière de rock alternatif, Ed Harcourt –pourtant à l’affiche du Rock Werchter en 2002– ne fait pas salle comble, à l’Orangerie, aménagée en configuration assise pour la circonstance.  

Passée une intro sonore vintage, « Adeadenemyalwayssmellsgood » s’ouvre par un a cappella répétitif : ‘Roll on, roll on,…’. Le ton est donné. Le set peut démarrer. Et sur les chapeaux de roues ! Bien sculptés, les riffs si caractéristiques du band déferlent…

Les compos de Future of The Left sont brutes de décoffrage et sans concession. Un peu comme les buts que nos Diables Rouges avaient encaissés, lors de la dernière coupe d’Europe, sans qu’on ne les ait vus venir. Blonde, charmante, rayonnante Julia envoûte l’auditoire de ses interventions de basse.

Avant « Manchasm », Andrew (NDR : c’est le leader) abandonne sa gratte et passe derrière le clavier. Lui, qui d’habitude est si bavard, communique enfin avec le public. Mais il va largement se rattraper, son discours divertissant la galerie. Il essaie même d’entourer de mystère la reprise que la formation va interpréter. Mais bon, la solution n’était pas trop difficile à trouver, puisqu’il s’agissait d’une compo de McLusky, au sein duquel le chanteur et batteur ont évolué. « Without MSG I Am Nothing» nous replonge donc brièvement dans l’univers de ce groupe culte. En nous rappelant également que le team avait dispensé un set particulièrement décapant, une chaude après-midi de 2002, dans le cadre du festival de Dour.

L’ambiance monte encore d’un cran. Le public s’enflamme et les premiers pogos éclatent enfin. Un peu tardivement, car le show est en fin de parcours.

Titre qui ouvre son dernier elpee, « The Peace & Truce of Future of the Left », sorti en avril 2016, « If AT&T Drank Tea What Would BP Do ? » renverse carrément tout sur son passage. Les premiers rangs s’agitent alors qu’Andy démonte littéralement les drums. Puis les lumières se rallument. Et on se doute qu’il n’y aura pas de rappel. Comme lors du dernier Euro, ce team gallois a fait le gros dos dans l’adversité, avant de nous terrasser, sans nous laisser un temps de réaction… nous privant même de prolongations tant espérées…

Set list (merci à l’ingé son) :

1. Adeadenemyalwayssmellsgood
2. Arming Eritrea leader
3. Chin Music
4. Miner's Gruel
5. Small Bones Small Bodies
6. The Limits of Battleships
7. Beneath the Waves an Ocean
8. Manchasm
9. You Need Satan More Than He Needs You
10. Without MSG I Am Nothing (Mclusky)
11. Robocop 4 - Fuck Off Robocop
12. Eating for None
13. If AT&T Drank Tea What Would BP Do?

(Organisation : Botanique)

 

 

Anders Trentemøller

De l’électro… mais plus trop…

Anders Trentemøller, le Prince danois de l'électro, est de retour en Belgique pour présenter son dernier album, « Fixion ». Il se produit à l’AB et c’est sold out. Avant le spectacle, il nous confie, dans le cadre d’une interview, que tous les concerts de la tournée jusqu'à présent se déroulent à guichets fermés. Confirmant son virage vers un style davantage ‘post-punk’ et ‘wave’, il confie: ‘Avant, je jouais les basses à l’aide de mon Moog ; mais pour cette dernière tournée, j’ai voulu constituer un groupe complet afin d’obtenir un son plus rock. Outre les claviers, il y aura donc bien de la guitare, de la batterie et de la basse’.

Grand fan de post-punk, votre serviteur est tout naturellement impatient de découvrir le nouveau line up sur scène. Dès le premier titre, l'instrumental « November », une constatation s’impose : le concert diffère amplement des one-man-shows auxquels les musiciens électro se livrent habituellement. Trentemøller trône milieu du podium, derrière ses claviers. Le guitariste s’est placé à gauche et le bassiste ainsi que le batteur se sont installés à droite. Le son est puissant et organique. Résolument 'Curesque', il est entretenu par une basse ronde et illuminé par les notes cristallines de la guitare. On se croirait revenu à l’époque de «Faith», un des chefs-d'oeuvre de Robert Smith.

«One Eye Open» est marqué par l’entrée en matière de Marie Fisker, la chanteuse danoise et fidèle accompagnatrice de Trentemøller. Sur le podium, elle s'acquitte non seulement de ses propres parties vocales mais relève également un fameux défi : celui de reprendre celles de la célèbre invitée de l'album « Fixion » : Jehnny Beth, la chanteuse de Savages.

Derrière les musiciens, trois structures verticales de néons blancs dessineront des figures lumineuses tout au long de la représentation. Le fond de la scène est tapissé d'un grand motif en noir et blanc reproduisant la couverture du dernier opus. Après « Never Fade », le seul titre chanté par Trentemøller, le set opère pour la première fois un retour dans le passé: c'est l'instrumental « Shades of Marble », une plage issue du long playing « Into The Great Wide Yonder ». La partition 100% électro est ici revisitée par un groupe complet et le résultat est époustouflant. Trentemøller quitte sa place derrière les claviers et s’approche des premiers rangs, en emportant son tambourin. La réaction du public est immédiate : l'ambiance monte d'un cran et le final, rythmé par la progression dynamique des séquences électro, constitue un premier grand moment du concert.

L'atmosphère retombe quelque peu, le temps de belles chansons comme « Conviction » et « Redefine ». Après un « Trails » assez décevant, gâché par un discutable solo de guitare, Marie Fisker s’attaque aux deux titres chantés par Jehnny Beth sur le dernier LP : « Complicated » et « River In Me ». Non seulement elle s'acquitte brillamment de cette tâche périlleuse, mais en plus, elle ressemble un peu à la belle Camille (le vrai prénom de Jehnny) ; ses cheveux coupés courts et son look un peu 'tomboy' y contribuant largement.

Pendant « Miss You », la réaction de l’auditoire est symptomatique : des dixaines de smartphones s'allument et sortent comme des périscopes pour capter ce moment magique. Ce titre ambient reste clairement un de ses favoris. La dernière partie du concert va monter progressivement et scrupuleusement en puissance avant l'explosion finale traduite par « Vamp » et surtout « Moan ». Ce dernier morceau remonte à 2006. Il a été également remodelé pour une formation 'live' complète ; et c'est sans aucun doute le meilleur moment du spectacle. Le riff aux claviers, qui fait immanquablement penser au thème de ‘Twin Peaks’, fait mouche et la formation clôture le set sur une nouvelle déflagration électronique dont elle a le secret.

Au cours du rappel, on aura droit au superbe « Where The Shadows Fall », un titre récent également très inspiré par The Cure et Angelo Badalamenti. Puis à un inédit, « Hands On », une chanson qui devrait sortir en single dans les prochains mois ; et, c'est un scoop, elle sera chantée par Jenny Lee Lindberg, qui officie chez Warpaint. Enfin, « Take Me Into Your Skin » referme une prestation en tous points remarquable. Un bémol quand même : les nouvelles compositions, très orientées post-punk, n'ont pas le souffle rythmique et dansant des titres plus électro. On se prend donc à rêver d'un prochain opus, qui combinerait plus efficacement encore ces deux pôles de la personnalité, très attachante, d'Anders Trentemøller.

Setlist

November
One Eye Open
Never Fade
Shades of Marble
My Conviction
Redefine
Trails
Complicated
River In Me
Miss You
Still on Fire
Circuits
Vamp
Moan

Rappel:

Where The Shadows Fall
Hands On (new song)

Take Me Into Your Skin

Matteo Vallicelli assurait le supporting act. Un batteur italien qui milite chez The Soft Moon et Death Index. Curieusement, en solo, il se sert uniquement des claviers et il n'y a quasiment pas de rythmiques. L’expression sonore baigne dans l’ambient, parfois un peu industrielle. Pensez à Tangerine Dream et à Klaus Schulze pour les séquences krautrock de sons analogiques et les mélodies cosmiques aux accents psychédéliques. Il vient de publier un premier long playing, « Primo » sur Captured Tracks.

Pour écouter l'interview de Trentemøller, réalisée par votre serviteur en septembre dernier, c’est ici .

(Organisation : Live Nation et Ancienne Belgique)

Photo : Xavier Marquis

Trixie Whitley

Une année bien remplie pour Trixie Whitley

Écrit par

C’est le dernier concert de votre serviteur pour l’exercice 2016. A l’affiche, Trixie Whitley. Et ce sera au Cirque Royal.

Trixie est une belgo américaine qui vit aujourd’hui à Brooklyn (N-Y). Son père n’était autre que le légendaire guitariste de blues, folk et soul, Chris. Il est décédé en 2005, après une longue et pénible maladie. Née en 1988, sa fille joue également de la six cordes et plutôt bien. En outre, elle possède une superbe voix, puissante également, profonde aussi, dont le timbre campe un hybride entre Tina Turner et à Beth Hart. C’est Daniel Lanois, comme il l’avait fait pour feu son paternel, qui a lancé sa carrière. Elle a publié son premier elpee, « Fourth Corner », en 2013, et son second, « Porta Bohemica », en février dernier. Un disque pour lequel elle a reçu le concours Gus Seyffert (Beck, The Black Keys) et Joey Waronker (Atoms For Peace), à la mise en forme.

La fosse est bien remplie, mais dans les gradins il reste quelques sièges de libre. Et au poulailler, il n’y a pas grand monde.

Né d'un père égyptien et d'une mère belge, Tamino, aka Amir Moharam Fouad, assure le supporting act. Limité à 30 minutes, le set proposé par cet Anversois baigne dans une forme de folk, sur lequel il pose sa voix particulièrement aigue. Pas trop ma tasse de thé…   

Après avoir enflammé les planches du Lotto Arena ainsi que des festivals Rock Werchter, Dranouter et Lokerse Feesten, Trixie clôt donc l’année 2016, à Bruxelles.

Sur l’estrade elle est soutenue par trois musicos new-yorkais. Soit le bassiste Chris Morissey, le claviériste Daniel Mintzeris et un drummer. Tout le monde est en ligne.

Les hauts parleurs crachent un bruit de fond assourdissant. Serait-ce celui d’un atterrissage d’avion ou d’une tempête ? C’est bien d’une tempête ! Le show s’ouvre alors par « Mystery ». On devine les silhouettes des artistes, dans le noir. Surtout lorsqu’une lumière blanche balaie furtivement l’estrade. Trixie est vêtue d’une longue robe noire fendue sur le côté. Des images de nuages torturés par ces perturbations météorologiques sont projetées en arrière-plan. Une bonne entrée en matière empreinte de mystère, mais propice à l’agitation. Et pourtant, le morceau est à la fois calme et introspectif.

La construction des chansons est simple (« A Thousand Thieves » « Irene », « Gradual Return »). Et puisent tantôt dans le blues, le r&b, la soul ou le rock. « Fourth Corner » est plus instinctif. La gratte est agressive et les claviers tapissent généreusement l’ensemble, alors que la ligne de basse se révèle irascible, vengeresse même. Trixie chante le plus souvent d’une voix autoritaire, parfois fragile voire vulnérable, mais toujours rocailleuse, sableuse même. Bien que plus contemporains et malgré les sonorités électro, « News Frontiers » et « Soft Spoken Words » lorgnent davantage vers le rock et le blues. A cause des cordes singulièrement offensives. Plus paisible, « Soft Spoken Words » est balisé par les ivoires. Bien soutenue par chœurs de ses musiciens, Trixie en profite pour monter dans les octaves. Dans le même registre, « Pieces » trempe dans la soul. Avant un dernier coup d’accélérateur, provoqué par « Oh, The Joy ». Après 60 bonnes minutes, la troupe vide les lieux.  

En rappel, Trixie Whitley et son trio vont nous réserver un nouveau titre ; en l’occurrence le bien rock « Surrender ». Moment choisi par Trixie pour élever, une nouvelle fois la voix. Et le spectacle de s’achever par « Eliza's Smile », un dernier extrait de « Porta Bohemica ».

(Organisation : Live Nation)

Les Innocents

Un come-back pas tout à fait… innocent…

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La notoriété de la ville de Binche n’est plus à étayer ! Elle dépasse allègrement la sphère belge !
On y célèbre, en effet, chaque année un carnaval qui attire de plus en plus de visiteurs issus des quatre coins de la planète ; et surtout depuis qu’il a été reconnu, en 2003, par l'UNESCO, comme chef-d'œuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité.
Votre serviteur s’y rend ce jeudi 15 décembre. Pas pour y récolter ni ramasser des oranges dans la tronche ou fêter les soumonces ! Non ! Juste assister au concert des Innocents.
Direction donc, la salle Saint-Ursmer. Pas facile à trouver, l’endroit semble un peu miteux ! Mais il est situé à une encablure de la Grand-Place.
Période de Noël oblige, une kyrielle de chalands s’y est installée. Les badauds s’y promènent entre les nombreux stands. On rit, on s’amuse et on ingurgite ici et là des boissons chaudes. Etonnant, quand on sait qu’il y règne une température quasi-printanière. Le climat belge est décidément bien capricieux !

Mais venons-en aux Innocents. En 2000, peu après la sortie du quatrième opus, Sieur Urbain décide de voler de ses propres ailes. La formation implose et l’aventure se termine aussi abruptement qu’elle a commencée…
Il faudra attendre une quinzaine d’années pour que les chevilles ouvrières se croisent à nouveau au détour de l’enregistrement d’une compilation confectionnée sous la forme d’un ‘best of’ et se réunissent sous un line up minimaliste. Il devient alors duo !
Entre-temps, JP s’accorde une parenthèse et entame une carrière solo. La critique salue cette œuvre, mais la défection d’une partie du public lui laissera un goût amer…
Le come-back du tandem n’était donc pas tout à fait innocent…

Le supporting act est assuré par Beautifull Badness. Il s’agit d’un jeune groupe belge. Des trentenaires. Gabriel Sesboué en est la tête pensante.

Si habituellement le band se produit sous la forme d’un quintet ; ce soir, il est également réduit à une paire. Et se résume à un gars et une fille ! Pas étonnant, l’estrade est minuscule et pratiquement impossible d’y mettre plus de monde ou d’instruments.

Le mâle, plutôt beau gosse, arbore sous son veston, un marcel digne d’un ancien belge. Les poils hirsutes grisonnants dépassent allègrement du haut de son torse. Il prend place derrière un clavier. Il assure aussi les vocalises.

La gonzesse, ravissant minois, est vêtue d’une robe noire aussi jolie que sexy et chaussée de souliers brillants de couleur rouge. Elle se charge des cordes électriques et du violon. Accessoirement, elle participe aux chœurs.

D’emblée, les premières notes feutrées subjuguent la salle ! Il plane une atmosphère propice à la douceur. Le jeu de lumières tamisées y est sans doute pour quelque chose.

Les frissons suivent une courbe de Gauss au fur et à mesure de l’avancement du set.

Les yeux deviennent vite embués, les larmes ne tardent pas à couler. Ce spleen envoûtant tient pour beaucoup à la voix éthérée de l’ange Gabriel.

La musicalité est onirique, ouatée et transcendante. Une gamme de notes simples, mais pas simplistes qui s’écoutent paupières fermées. Manque plus que le sofa moelleux, verre de whisky dans une main et joint roulé dans l’autre.

Les compositions sont aussi percutantes que profondes. Les lignes guitares, ‘floydiennes’.

Question émotion, on n’a pas fait mieux depuis "Hallelujah", version Jeff Buckley. La meilleure ! De nombreux couples se rapprochent amoureusement. Des baisers s’échangent ! La musique adoucit les mœurs, paraît-il !

"A Sunny Morning" clôt cette trop courte prestation. Et elle est magistrale. Cocasse, cette version est née d’un précédent concert joué il y a quelque temps dans la tour bétonnée du plan incliné de Ronquières. La caisse de résonance a dicté cette nouvelle lecture en quelque sorte…

Place ensuite au plat consistant ! Les quelques pelés encore attablés au bar, ont rejoint le cœur de la salle chope à la main.

Le parterre est maintenant bien rempli. Un voile brumeux assombrit les sunlights.

On peine à se mouvoir. Les coups de coude sont légion. Mais paradoxalement, l’ambiance est on ne peut plus détendue.

La faune est diverse et variée. La pyramide des âges est bien représentée. On y croise aussi bien une bobonne, cheveux gris et adepte de Parkinson que de jeunes enfants d’à peine sept ou huit ans. Sans oublier les fans insulaires quinquas dégarnis ou les curieux venus pour entendre des tubes. Et puis les autres…

Les groupies piaffent d’impatience. Faut dire que Les Innocents (aujourd’hui recentré sur Jean-Christophe Urbain et Jipé Nataf) a connu les glorieuses entre 1989 et 1999. Un succès couronné de singles platinés, passages radios, tournées à guichets fermés et récompenses aux Victoires de la musique. Les ‘Innos’ ont marqué cette décennie par des standards pop comme « L'autre Finistère », « Fous à lier » ou encore « Colore ».

Il est 21h15. JC est le premier à fouler les planches. Vêtu sobrement, sourire aux lèvres, il salue le parterre, sèche en bandoulière. Nataf, cernes marqués par des nuits blanches supposées et barbe noire mal entretenue, lui emboîte le pas. Il alternera six cordes acoustiques ou électrifiées.

Les titres s’enchaînent à une cadence folle. Finement arrangé et verbe singulier, le scénario musical laisse pas mal de place à l’improvisation.

Sans frime ni préméditation, les gars s’amusent comme des gamins ! Des regards complices s’entrecroisent. Si ces deux-là n’étaient pas de vrais amis dans le passé, la connivence qui les lie aujourd’hui fait plaisir à voir !

La palette du duo est influencée par la pop anglo-saxonne. Mais, le fer de lance de leurs compos reste le français qu’ils utilisent et manient avec dextérité pour ciseler des textes qui dépeignent un univers métaphorique, empreint de vérité et de véracité au potentiel de classiques.

La set list de ce soir explore un passé pas si lointain ! L’angulaire contemporaine dépoussière les poncifs du genre et apporte un raz-de-marée de fraîcheur ! Tout est millimétré et exercé avec beaucoup de souplesse. Un travail d’orfèvre ! Les pédales d’effets sont utilisées à bon escient. L’exercice est suffisamment intéressant pour permettre la découverte ou la redécouverte de morceaux anthologiques qui ont fait les beaux jours du band.

L’enveloppe sonore est en tout cas profondément nostalgique. Elle demeure fortement imprégnée par la patte solitaire du leader !

JP est de très bonne humeur ! Le show est ponctué d’anecdotes ! Il aime rappeler par exemple qu’il a accompli de nombreux voyages entre les loges et le marché tout proche. Il avoue à demi-mot qu’il apprécie nos bons produits du terroir ! Ou encore que le Belge est réputé pour être bon client vis-à-vis des formations issues d’outre-Quiévrain !

La seconde partie du show est transcendée par une hyperactivité soudaine ! A la stupéfaction de tous, JP s’accorde même un pas de danse de Sioux pour le moins contorsionniste ! Un condensé de Twist et de Polka ! Delirium ?

Sympa, mais risqué pour le service trois pièces ; fallait voir l’étroitesse du falzar ! La gente masculine compatira…

A faire le mariole, il se prend une gamelle monumentale, lorsque, debout sur les retours sons, il perd l’équilibre et se termine guibolles en l’air !

Histoire de briser la fine couche de glace qui persiste, les blagues ponctuent ci et là le show. Qu’elles soient rigolotes ou ringardes (façon Carambar), le gars est complètement décomplexé et se fiche totalement de ce que les gens pensent !

Il a bien raison ! Après tout, on est là pour se vider la tête et passer un moment agréable !

Bref, une heure vingt d’un scénario déjanté, tout en couleur et rythmé sur fond de feedback incessant !

Il est temps de se dire au revoir ! Les cris hystériques s’élèvent ! Le rappel est annoncé ! « Jodie » et « Un homme extraordinaire » s’uniront pour le meilleur et pour le pire, coupables d’un amour sans foi ni loi !

Clutch

Une perfusion de bonne humeur

Écrit par

Alors que les festivités de fin d’année ne sont plus qu’à un jet de Manneken Pis, les rues et les vitrines de Bruxelles se sont parées de lumières et de guirlandes ; et ce décor rappelle que l’année 2016 est prête à tourner la page. Mais pour les amateurs de rock/stoner/metal/blues, c’est tout simplement Noël avant l’heure. Et pour cause, les Américains de Clutch débarquent dans la capitale !

La soirée s’ouvre pourtant dans une ambiance un peu insolite. Et se terminera également dans le même climat ; mais nous y reviendrons. En fait, il est un peu plus de 19 heures, mais le hall d’entrée de l’Ancienne Belgique est désertique. Résultat des courses, il n’y a pas lieu de faire la file pour commander une bière ou déposer ses affaires au vestiaire (NDR : ça rime !) Cependant, on est en droit de se poser des questions sur l’assistance censée assister au spectacle, ce soir. Bah, la foule est sans doute déjà à l’intérieur. Ce qui pourrait s’expliquer, vu que le supporting act a déjà entamé sa prestation depuis quelques minutes. Après avoir passé la double porte qui mène à la salle, on est quand même surpris de constater que le parterre est tout aussi clairsemé. De longs draps noirs recouvrent les balcons. Bref, la soirée ne sera pas sold out. Mais qu’importe…

C’est donc devant un maigre public que Lionize entame les hostilités. Un combo yankee, issu du Maryland. T-shirt et short ornés de motifs psychédéliques azurés, Nate Bergman donne de la voix. Armé de sa guitare, il cherche à fustiger le maigre auditoire en dispensant un rock aux tendances heavy. En une demi-heure, la formation va pondre six morceaux. Et ils suffisent pour faire le tour de ce qu’elle propose. Bref, le set est sympa, mais dans le genre, c’est du déjà vu et entendu…

Si Lionize souffre d’une carence en originalité, Valient Thorr n’en manque certainement pas. De véritables combattants issus de la Caroline du Nord. En arrière-plan, son backflag, illustré par le logo du groupe et son nom en lettres capitales italiques dont les extrémités se profilent en éclairs, évoquent les premiers combos de Thrash. Quoique plus contemporain, on imagine que Valient Thorr aura à cœur de proposer une expression sonore plutôt old school. Dès qu’il entame son set, la réaction est instantanée : mais qu’est-ce que ce beau bordel ? Un boxon causé par un mélange de Stoner, Heavy et Hardcore, sur lequel vient planer la voix de Valient Himself (NDR : pas de jeu de mots, c’est le pseudo qu’il a choisi). La voix de ce grand blond à l’allure archétypale du redneck oscille constamment du Punk au Heavy. Mais au fil du show, les morceaux deviennent de plus en lisibles, libérant toute leur puissance et leur énergie… paranormale. En effet, il ne faut pas oublier que les musicos prétendent venir de la planète Vénus, s’être crashés sur Terre en 2000 et avoir accordé plus de 1 500 concerts. Vous comprenez mieux à présent ? Et c’est finalement sur les notes joyeuses d’un ‘Happy Birthday’ adressé au guitariste Voiden Thorr, que le quintet prend congé de l’auditoire.

Les opportunités bibitives du marché de Noël ont peut-être retardé les plus assoiffés des mélomanes ; mais quoi qu’il en soit, la fosse est à présent bien remplie. Difficile quand même d’imaginer qu’une formation comme Clutch (NDR : également originaire du Maryland) se produise devant un parterre vide, à l’AB. Ce ne sera donc pas le cas. Cependant, le public est multigénérationnel. On y croise autant d’ados que de tempes grises. De mecs que de filles. Il y a des métalleux et des rockers, of course. Mais aussi des monsieur et madame Tout le Monde, visiblement touchés par l’incroyable alchimie imaginée par Clutch qui est parvenu à agréger Rock, Metal, Hardcore, Blues et Folk.

Les derniers réglages des instruments terminés, les lumières s’éteignent et du blues s’échappe des haut-parleurs. Les spectateurs dansent, se trémoussent ; certains scandent le nom du groupe. Il plane une ambiance de fête. Les artistes montent enfin sur l’estrade ; le chanteur Neil Fallon en tête. Râblé et pas très grand, il arbore une barbe noire, particulièrement dense. Il est vêtu d’un t-shirt noir à l’effigie de ‘Weathermaker Music’, le label de Clutch. Il est suivi du batteur Jean-Paul Gaster, du bassiste Dan Maines et du guitariste Tim Sult. Ces trois derniers sont sobrement vêtus. Leur look est même plutôt classique. D’ailleurs, si vous les croisiez en rue, vous ne détourneriez même pas le regard. Le décor est épuré. L’arrière-plan est tapissé par la pochette du dernier LP, « Psychic Warfare » : épée à la main sur laquelle est forgée « Wonder », une énigmatique soldate ailée est entourée de deux énormes canons. Le message est clair : pas besoin de fioritures superflues, on se concentre sur la musique. Seuls les amplis à lampes, de la célèbre marque « Orange », servent de cadre.

Tous les fans de Clutch sont au courant : rien ne sert de glaner au préalable sur Internet des informations relatives aux concerts précédents ; la setlist est différente, à chaque représentation. Le principe est simple : chacun leur tour, les membres la confectionnent le soir même. Et pour le coup, c’est aujourd’hui Neil qui est aux manettes. « Cyborg Bette », issu de « Earth Rocker », elpee qui a décuplé la réputation du band, entame les offensives rock’n’rollesques. Le concert va d’ailleurs privilégier les titres de cet elpee, mais également de « Psychic Warfare », au sein duquel seront extraits le titre éponyme, ainsi que le groovy « Crucial Velocity ». Bien que le répertoire soit préétabli, il ne néglige pas pour autant les incontournable. A l’instar du très entraînant « The Mob Goes Wild » (« Blast Tyrant ») ainsi que du tube incontesté, « Electric Worry », joué en rappel. Plus surprenant, « 10001110101 » est également interprété. Il l’est pourtant rarement, car il nécessite le concours d’un synthé. Mais c’est Chris Brooks de Lionize, qui s’y colle.

Dès les premiers morceaux, on comprend que les musiciens ne sont pas venus pour épater la galerie. Peu communicatifs, le guitariste, le bassiste et le batteur sont particulièrement concentrés sur leurs instruments. Une attitude particulièrement marquée chez le gratteur Tim Sult. Visage fermé, il ne relèvera guère la tête, au cours du show. Mais ne vous y méprenez pas, les musicos ne font part d’aucune condescendance ; ils donnent même plutôt l’impression de s’immerger profondément au cœur de leurs compos. Ils sont d’ailleurs enchaînés les uns après les autres. Jugez plutôt : 17 titres en une heure et demie. Pas trop le temps de se perdre en bavardages inutiles. Neil Fallon, quant à lui, arpente la scène de long en large ou se plante face au public, cambre les jambes et harangue le public en amplifiant les mouvements de ses bras. Et puis très souvent, de ses yeux bleus profonds, il fixe des individus dans la foule, comme s’il était habité par les titres qu’il interprète. Enfin, à plus d’une reprise, il accompagnera également Tim Sult à la guitare, pour notre plus grand plaisir.

Assister à un concert de Clutch, c’est bénéficier le temps d’une heure et demie d’un creux dans l’espace-temps où il fait bon vivre, où les soucis et tracas du quotidien s’estompent et se noient dans des effluves enivrantes de rock’n’roll aux relents Blues ; des fragrances sentant bon la chaleur du Sud. Une perfusion de bonne humeur en toute simplicité, offrant parfois l’impression de se retrouver immergé dans l’agréable ambiance d’un groupe d’amis lors d’une répétition, profitant de l’espace alloué pour prendre du bon temps et le partageant avec celles et ceux qui les entourent.

Le concert touche à sa fin, Neil s’approche du bord de la scène et offre son onglet à un adolescent, planté aux premiers rangs. Les artistes regagnent calmement les coulisses, les lumières se rallument et… les baffles commencent à cracher « Ace of Spades » de Motörhead. La magie du Rock se réincarne au moment même. Alors que plus personne n’est sur le podium, les pogos reprennent de plus belle dans la fosse et tous s’époumonent sur le refrain de ce morceau devenu mythique. Une communion improvisée à la mémoire de ce groupe qui aura marqué et marquera encore certainement de nombreuses générations. La mort sépare, mais la mémoire se perpétue. Clutch ou Motörhead, même combat : un style de musique qui restera encore vivant de nombreuses années.

Set-list : “Cyborg Bette”, “Decapitation Blues”, “Crucial Velocity”, “Firebirds!”, “Gravel Road”, “The Mob Goes Wild”, “Struck Down”, “Earth Rocker”, “Sucker for the Witch”, “A Quick Death in Texas”, “10001110101”, “50,000 Unstoppable Watts”, “The Face”, “The Yeti”, “X-Ray Visions” 

Rappel : “The Wolf Man Kindly Requests...”, “Electric Worry / One Eye Dollar”

(Organisation : Ancienne Belgique & Weathermaker Records)

Throws

Throws c’est trop, mais trop peu, c’est trop peu…

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Peu de temps avant les vacances d’été, on apprenait que les deux membres fondateurs de Tunng, Sam Genders et Mike Lindsay, avaient décidé de reprendre du service ensemble. Quelques années plus tôt, ils avaient embrassé des projets en solitaire. C’était donc une bonne nouvelle. Réunion qui s’est concrétisée à travers la sortie d’un album éponyme. Un disque truffé de pépites pop. Pourtant, cet elpee est passé inaperçu au près du grand public. Bref, il était donc intéressant de découvrir ce que la paire avait dans le ventre, en ‘live’. Pas trop difficile, puisqu’il se produisait ce 13 décembre au sous-sol du Botanique. C’est-à-dire au sein du Witloof Bar.  

S’il est vrai que Throws ne jouit pas d’une solide notoriété, quelle n’a pas été ma surprise, en pénétrant dans la salle, de ne recenser qu’une vingtaine de spectateurs. Bien sûr, l’espace est surtout réservé aux découvertes. Mais la fréquentation était vraiment minimale. M’enfin, pour l’occasion, on ne se plaindra pas des colonnes qui –en général– empêchent une visibilité correcte, pour le mélomane.  

Peu après 20 heures, Sam Genders et Mike Lindsay montent sur scène. Ce soir le combo va accorder ce qu’on pourrait appeler un ‘private show’. Les musicos sont soutenus par un préposé aux fûts. Les compères s’installent face à face derrière leur micro et empoignent une guitare. Une bande-son diffuse des chœurs religieux pour introduire le set. Ce qui (entre parenthèses) colle parfaitement à l’architecture des lieux. Passé ce moment de recueillement, le trio insulaire attaque le single « The Harbour ». Nonobstant le peu de public, le trio semble heureux de se produire sur les planches ; et ce plaisir est communicatif. Les interventions des deux guitaristes sont bourrées d’énergie. Mike Lindsay s’autorise même quelques petits sautillements. La formation enchaîne les plages de son seul et unique opus. Tous les titres y passent. Et moins léchées, les versions ‘live’ se révèlent bien plus percutantes. Les deux partenaires sont particulièrement complémentaires. Une synergie qui s’explique par un passé commun. 

Au bout d’une heure, Throws a épuisé son répertoire et vide les lieux, sous les applaudissements des rares spectateurs qui se sont déplacés pour venir assister au concert. Et manifestement, ils semblent enchantés de la prestation ; une prestation –il faut le reconnaître–  rondement menée. Les absents ont donc une nouvelle fois eu tort…

(Organisation : Botanique)

 

Airbourne

Bienvenue dans la fournaise…

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Le plan de mobilité qui privilégie aujourd’hui le piétonnier, à Lille, ainsi que les mesures de sécurité appliquées depuis les attentats terroristes, rendent la circulation de plus en plus difficile dans et autour de la métropole. Et le prix des parkings souterrains a littéralement flambé. Aussi quand on cherche à garer son véhicule le long d’une artère, c’est du sport ! Et la multiplication des sens uniques n’est pas de nature à arranger les choses. Bref, il a fallu, à votre serviteur, une bonne demi-heure pour dénicher l’emplacement souhaité. Bonne nouvelle, il se libère à une dizaine de minutes de marche de l’Aéronef…

Il y a du peuple qui fait la file avant d’entrer dans la salle. De nombreux tatoués, barbus et/ou vêtus de vestes en cuir, se pressent aux portillons. Faut dire que ce soir, l’Aéronef accueille le digne héritier d’AC/DC : Airbourne. Et le concert est sold out.

Airbourne a été fondé à Victorian, une des nombreuses cités rurales australiennes, par les frères O'Keeffe, Joël (chant/guitare) et Ryan (batterie). Et s’il s’est fait connaître en ouvrant pour les Stones, Mötley Crüe ou Motörhead, il s’est surtout forgé sa notoriété grâce aux nombreuses adaptations de ses compos destinées aux jeux vidéos en vogue (‘Guitar Hero’, ‘Need For Speed’, ‘Tony Hawk's Proving Ground’, ‘Medal Of Honor’, etc.)

A l’intérieur il fait très chaud. Et au fil de la soirée, la température va grimper en flèche pour littéralement se muer en fournaise. Leogun assure le premier supporting act. Votre serviteur s’installe au balcon où la vue est imprenable. Il y a pas mal de matos sur les planches. Leogun est un power trio insulaire réunissant le bassiste Matt Johnson, le chanteur/guitariste Tommy Smith et le drummer Michael Lloyd. Par manque d’espace, la formation se plante en ligne. Tommy est le personnage central du band. Sa voix est puissante, expressive, sableuse, rocailleuse même. Ses riffs de gratte sont incisifs mais graisseux. « Disconnected », qui ouvre les hostilités, en est déjà une parfaite démonstration. C’est un extrait de l'Ep « Majick Potion ». Rock/blues, la musique proposée s’aventure quelque part entre le Bayou et le désert texan. La section rythmique est solide. Précis, le drumming est probablement inspiré de John Bonham. « Beauty Queen » est une compo particulièrement mélodique. Certains titres empruntent à la soul. Parfois, lorsque l’expression sonore se teinte de psychédélisme, on pense à Wolfmother. D’ailleurs, tout au long du dernier morceau, « End Of The World », la six cordes semble hantée par Jimi Hendrix. C’est la fin du monde ! Ou plus précisément du set. Un groupe old school à suivre de très près, c’est une certitude…  

Palace Of The King embraie. Un sextuor ‘aussie’, issu de Melbourne. Blond, Tim Henwood en est le chanteur. Singulière sa voix est proche de celle d’Ozzy Osbourne. C’est un excellent showman. Il manipule régulièrement son pied de micro pour accentuer ses attitudes. Le line up est complété par deux gratteurs : Leigh Maden et Matt Harrison. Ils entrent régulièrement en duel, manche contre manche. La section rythmique réunit le drummer Travis Dragani et le bassiste Andrew Gilpin. Le claviériste Sean Johnston complète le line up. Le plus souvent, il s’acharne sur son instrument à la manière de Jon Lord. En 30 minutes, le combo va parvenir à convaincre l’auditoire. Energique, le hard rock de Palace of The King est subtilement contaminé de psychédélisme, un peu comme chez Monster Magnet. La set list va nous réserver des extraits de ses deux opus ; soit « White Bird/Burn The Sky » et le prochain, « Valles Marineris ».

Pendant une grosse demi-heure les roadies procèdent aux derniers réglages. On découvre ainsi d’imposants haut-parleurs 'Marshall' qui bordent l'estrade sur laquelle est installée l'imposante batterie.

Il est 22h00 lorsque Airbourne déboule sur les planches. Torse nu, Joël a enfilé un froc de couleur noire, largement déchiré au niveau des genoux. C’est lui qui fait le show. Qui commence par « Ready To Rock », un morceau brut de décoffrage libérant un véritable torrent de décibels. Pourtant, le son est excellent et on distingue parfaitement chaque note jouée par les musicos. Et même les riffs de grattes. Lors des festivals, Joël grimpe sur tout ce qui est susceptible d’être escaladé. En salle, il est relativement plus réservé. Ce qui ne l’empêchera pas d’éclater une canette de 50 Cl de '1664' sur le crâne. De quoi asperger certains photographes qui vont en prendre plein sur les vêtements et le matos. Il chauffe l’ambiance par paliers. Les circle pics se forment. Le second sixcordiste et le bassiste arpentent le podium de long en large. Derrière ses fûts, David Roads est impérial. Et entretient une dynamique plus que contagieuse.

Tout au long du standard « Girls In Black », un brûlot qui aurait pu carrément figurer au répertoire d’AC/DC, tout le monde danse, jumpe ou danse. S’éclate quoi ! Dans le cadre des Lokerse Festen, Joël avait parcouru la fosse, sur le dos d'un roadie, en jouant de la guitare. Et il va reproduire le même scénario ce soir. Titre maître du nouvel opus, « Breakin' Outa Hell » nous entraîne en enfer. A cet instant, la salle sert littéralement de fournaise ! Après une bonne heure de show, votre serviteur s’éclipse, car la route du retour est encore longue. N’empêche, on a vécu une excellente soirée, torride ; et très rock’n’roll en plus…

(Organisation : A Gauche De La Lune et Nous Productions)

 

Lubomyr Melnyk

Piano, mais prestissimo…

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L’édition 2016 de l’Autumn Falls tire à sa fin. Depuis le mois de septembre, elle a permis à de nombreux artistes et groupes émergents, dont Death Grips, DIIV, Kevin Morby et Dan San, de se produire, tant en Flandre, en Wallonie qu’à Bruxelles. Ce lundi 12 décembre, elle accueillait le pianiste Lubomy Melnyk, à l’Orangerie du Botanique.

D’origine ukrainienne, Lubomyr est né à Munich, en 1948. Il joue du piano depuis l’âge de 6 ans. Il a cependant acquis la nationalité canadienne. Il s’est forgé une solide notoriété en se produisant à travers le monde –et tout particulièrement en Europe et Amérique du Nord– grâce à sa technique aux ivoires, définie comme ininterrompue. Il est ainsi capable d’aligner des séries notes extrêmement rapides, complexes et singulières, notamment à l’aide de ses pédales. Pourtant, malgré une discographie impressionnante, ce virtuose a dû attendre 2013, soit après la publication de ses deux essais sur le label de Nils Frahm, pour être reconnu à sa juste valeur.

D’ailleurs, ce soir, la salle bruxelloise est sold out. Et pour rendre le spectacle le plus confortable possible, les organisateurs ont opté pour la configuration assise.

L’artiste grimpe sur l’estrade à 21heures. Grande barbe blanche et longs cheveux, son look est aisément reconnaissable. Il s’installe derrière le micro, planté à côté d’un majestueux piano à queue. Puis, s’assied derrière son instrument et commence à en jouer. Affable et attachant, ce personnage prend le temps de fournir une analyse de ses différentes compos. Entre chacune d’entre elles. On est immédiatement impressionné par l’agilité de ses doigts sur les touches d’ivoire. Ils se déplacent à une vitesse vertigineuse. Tout lui semble facile ; et pourtant… Il est capable de jouer 19,5 notes par seconde tout en maintenant une vitesse de jeu entre 13 et 14 notes pendant une heure complète. Qui dit mieux ? Certains médias ont qualifié son néo-classicisme de minimaliste. C’est un peu réducteur. Son interprétation est chargée d’intensité et d’émotion. Dans l’auditoire, personne n’ose bouger, ni émettre le moindre son. Deuxième titre, « Love » est extrait d’un ballet que le musicien a orchestré au mois de septembre dernier. Il embraie ensuite par le superbe « Butterfly ». Mais pour clore le set, il nous réserve « Windmills », une pièce de 40 minutes, au cours de laquelle il conjugue son interprétation à celle d’une bande sonore préenregistrée. Au piano, bien sûr. Il va alors atteindre une vitesse d’exécution ahurissante sans pour autant perdre l’intensité émotionnelle. Pendant une heure et demie, Lubomyr Melnyk est parvenu à tenir en haleine un public littéralement médusé. 

En proposant un tel spectacle, Toutpartout est parvenu à introduire la musique néo-classique au sein du Botanique ; et, vu l’affluence, on peut affirmer que l’idée n’était pas aussi saugrenue qu’elle aurait pu paraître...

(Organisation : Toutpartout + Botanique)

Puggy

En territoire conquis…

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C'est la seconde fois que Puggy se produit à Forest National. Et la énième, que votre serviteur assiste à un concert du trio. Combien de fois ? Difficile à déterminer. Qu’importe, il a le bonheur d’assister à la progression –fulgurante– d’un band auquel il a cru depuis ses débuts. Ce soir, c’est évidemment sold out. Et il faut préciser que peu de groupes ‘belges’ (NDR : si on peut considérer Puggy comme tel) ont réussi à remplir cet hémicycle. Même si depuis quelques années, les artistes du cru ont le vent en poupe. Et s’exportent de plus en plus facilement. Ce qui n’était pas le cas au cours des seventies et des eighties. Et paradoxalement, c’est à cette époque que Pierre Rapsat et Machiavel sont parvenus à y faire salle comble.

Mon petit voisin est âgé de 8 ans. C’est le premier show de Puggy auquel il assiste. Et il est fier d’y participer. Son grand-père est musicien ; mais c’est Didier qui lui sert –en quelque sorte– de mentor… Le papy le guide pour son éducation musicale : les Stones, les Beatles, Lynyrd Skynyrd, AC DC, Led Zeppelin et bien sûr Puggy. De nombreux parents et grands-parents accompagnent leurs rejetons au concert ; ce qui crée une ambiance bien familiale. 

Le supporting act est assuré par Faon Faon. Sympathiques, les deux donzelles (Olympia Boule et Fanny Van Hammée) sont coachées par Nicolas Renard. C’est-à-dire le même manager que Puggy. Le duo a publié un Ep en novembre ; et pour le défendre, il assure le supporting act, tour à tour de Puggy, Jaine ou Alice On The Roof.

Hormis l’absence de bain de foule, le set sera semblable à ceux accordés au Splendid (voir ici) et au Brass (voir ). On épinglera quand même la volonté d’inciter la foule à remuer le popotin. Les jouets, les legos et autres dominos ont été rangés. Il faut passer aux choses sérieuses. La tendre enfance est loin. Mais il ne faut pas aller trop vite. « Gravité » nous entraîne vers le grand Nord. On y croise un « Eskimo ». Perdu sur son îlot, il mange des grumeaux d'igloo. C'est pas vraiment rigolo, car on a froid au dents et mal au ventre. Pour se réchauffer, rien de tel que balancer et remuer le corps. Un peu d'exercice ne fait jamais de tort. Grimpons sur « La Montagne » jusqu'à 8 000 mètres. Mais par paliers. La mission est participative. Le tandem invite l’auditoire à escalader le col, en chantant, sur un chemin tracé par le ukulélé. Et une majorité de la foule y participe. Impressionnant ! Les filles semblent ravies du challenge. Et suivant le même rituel, Faon Faon clôt son spectacle par « Mariage »…

A 20h45 pétantes, les lumières s'éteignent. Les haut-parleurs crachent une intro mixant une musique signée Donovan et des sonorités issues de « Colours ». Le public accueille chaleureusement le trio. Les musicos n’ont pas enfilé de costards distincts. Leurs silhouettes se dessinent sur fond de stroboscopes. Tout au long du set, le light show sera d’ailleurs épatant. Le combo est, comme au cours des derniers spectacles, soutenu par le claviériste/pianiste Mathieu Vandenabeele. Le patronyme ‘Puggy’ apparaît en pointillés sur la toile. Et il attaque « Fight Like You'Re Fighting », dans un climat proche du délire. Electros, les claviers y mettent carrément le feu.  

Matt remercie régulièrement la foule. Et va rarement quitter sa guitare électrique. La setlist privilégie les morceaux de « Colours », mais n’en oublie pas pour autant le reste de son répertoire. Notamment les tubes. Faut dire que les improvisations et les envolées vocales apportent une autre dimension à ces compos. Ce qui va inévitablement enthousiasmer la foule. Matt l’invite à reprendre en chœur un refrain en français. La réaction est immédiate et irrésistible. Dix minutes d’applaudissements nourris. Même que le groupe ne parviendra pas à en placer durant cette ovation.

Lors du premier rappel, Matt invite la foule à se partager en trois sections pour participer à une polyphonie vocale. Titre concerné : « You Call Me Up ». Exercice de style réussi ! Pour ne pas oublier les fans de la première heure, Puggy leur accorde un medley du « Dubois Died  Today ». Mais également l’incontournable « To Wind The World », qui n’a pas encore pris la poussière. Ni « Teaser », une chanson qui n’avait plus été interprété depuis belle lurette. Et lors du second encore, le band en profite pour marquer son « Territory ». Celui de Forest National ?

120 minutes de concert. De quoi ravir un public… conquis d’avance, quand même… Prochaine étape : le Rockhal à Luxembourg.

Setlist : « Fight Like You'Re Fighting », « Feel So Low », « Soul », « Last Day on Earth (Something Small) », « She Kicks Ass », « I Do », « This Time », « Lonely Town »,  « You Are » « Goddess Gladys », « Ready Or Not », « How I Needed You », « Teaser », « Change The Colours », « To Win The World », « Something You Might Like », « Goes Like This », « When You Know »

Rappel 1 : « Medley (Dubois, Chez Madame Louise, Out of hand, Yeah Yeah Yeah) », « You Call Me Up »

Rappel 2 : « Territory »

(Organisation : Live Nation)

Voir aussi notre section photos ici


 

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