Originaire de Seattle, Damien Jurado roule sa bosse sur les routes du globe depuis un bon bout de temps, n’emportant, pour seul compagnon, que sa guitare sèche. Effacé, mais reconnu dans l’univers hermétique des folkeux, l’Américain n’est jamais vraiment parvenu séduire un public plus large. Une notoriété qu’il mériterait pourtant amplement, vu ses compétences de songwriter. Surtout depuis qu’il s’est associé à Richard Swift, multi-instrumentiste chez The Shins, mais également producteur pour, notamment, Foxygen et Laetitia Sadier. Grâce à son soutien, Damien Jurado semble avoir déniché le relais qui lui permet de transcender ses mélodies et donc de rendre son folk plus accessible.
Prévu initialement dans l’AB Box, il y a quelques semaines, le concert a finalement été déplacé au Club. Trop peu de places vendues ? Peu importe, le côté intimiste du Club correspond finalement davantage à l’univers sonore de Damien Jurado. Et finalement, la salle affichait tout de même complet.
Vers 21h, l’artiste monte sur les planches. Et suivant le même rituel, il va interpréter ses chansons assis, en grattant sa sèche. Dans ces conditions, difficile de tricher ! Après avoir écouté ses derniers albums (produits par R.Swift), on peut légitimement se demander comment il va parvenir à proposer une version plus épurée de son répertoire.
Jurado ouvre, tout en douceur, son set par « Silver Donna », un titre issu de son dernier opus, « Brothers of Eternal Son ». D’emblée, on est scotché par sa voix, en tous points identique à celle de ses disques. Les yeux à moitié ouverts (NDR : ou fermés, selon), il est totalement absorbé par sa musique. Judicieusement utilisée, la reverb’ permet de donner du relief à son chant. Son jeu de guitare est tout simplement minimaliste mais efficace. Timide, et sous le coup d’un jetlag, il ne commencera à s’exprimer qu’après un bon quart d’heure. Hésitant, il se lance pourtant dans un discours relatif à ses influences, reconnaissant avoir été ému par Richie Havens ou encore marqué par l’aspect répétitif de la musique brésilienne. Il enchaîne alors par « Silver Timothy », morceau davantage ‘exotique’ également extrait de son dernier long playing. Au fil du temps, Jurado est plus à l’aise. Il semble avoir surmonté sa fatigue. Il est de plus en plus loquace, même bavard, et arrive à amuser le public. Il avoue ne pas être doué pour les séances d’accordage. Et finalement, l’Américain se révèle un réel boute-en-train. Son bagout donne finalement du rythme à son récital. Dont on perd même le fil, à plusieurs reprises, vu la succession de titres…
Cependant, Damien Jurado nous a réservé un excellent concert. Une heure et demie au cours desquelles il va démontrer tout son talent de songwriter, de guitariste et de chanteur à la voix aussi belle que fragile, dans un contexte acoustique et dépouillé. Le mélomane lambda regrettera sans doute une trop grande sobriété dans l’instrumentation ; mais en ce qui me concerne, je dois avouer que ce set m’a permis de découvrir une personnalité particulièrement sympathique, dans un cadre intimiste, celui de l’ABClub…
(Organisation AB)