Le rire de Will Paquin

Will Paquin sortira son premier elpee, « Hahaha », ce 12 septembre. Orienté guitare, psychédélique et garage-rock, il est décrit comme un chaos créatif à haute tension et imprégné d'humour, un élément souvent oublié dans le rock. En attendant, il a partagé…

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La fresque de Vincent Delerm

Six ans après « Panorama », le chanteur cinéaste au cœur battant Vincent Delerm élargit encore son travelling sentimental en gravant « La Fresque ». Un huitième album dont la chanson-titre parlée, sur un arrangement tout en palpitations électroniques et…

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mercredi, 24 juillet 2013 20:40

Sunday night losers (Ep)

Ce jeune quartet belge est né 2011. Fondateur, Mic Palmieri en est le chanteur/guitariste et compositeur. Il est soutenu par le claviériste Jonathan Dehas, le bassiste Thomas Halter et le drummer Naïm Schneyders. Ce disque réunit 6 plages. Certains le considéreront comme un mini-elpee, d’autres come un Ep. C’est comme vous voulez ! Six plages, dont la dernière propose une version radio de la première. Les musiciens ne se débrouillent pas trop mal. Pas des virtuoses de la technique, mais l’ensemble tient la route. Les compositions trempent dans un pop rock plutôt agréable à écouter. Sur l’illustration de la pochette, on dénombre quatre musicos. Mais à l’intérieur du booklet, on en renseigne un de plus. En fait, il s’agit de Francesco Palmieri qui double son frère à la guitare. Les musiques sont signées par Mic Palmieri, les lyrics Tom Halter, à l'exception de "Why don't you do right", issu de la plume de Joe McCoy.

Cordes acoustiques et harmonica (NDR : celui de Jonathan) lancent "Sunday night loser". Mic chante. Il est épaulé par Miss Mélanie Dermont. La musique est rythmée, accessible, pop, curieusement ponctuée par le commentaire de Rodrigo Beenkens, commentaire immortalisé lors de la finale du championnat du monde cycliste sur route de 2012, course au cours de laquelle Philippe Gilbert n'était pas un loser, mais bien un Sunday winner! Une guitare largement amplifiée ouvre "1984". Jonathan est passé au piano électrique. La mélodie ne manque pas de charme, les arrangements sont soignés et la production est soucieuse du détail! Une plage harmonieuse au sein de laquelle acoustique et électricité font bon ménage. "Marylyn" opère un changement radical de style. Imprimée sur un tempo très lent, cette chanson d'amour est bien plus proche du blues. La voix de Mic a un vécu qui donne de l’intensité à la plage. Les sonorités de gratte sont chatoyantes. Les percussions de Naim sont bien mises en exergue sur "Spit in my eye", une piste aux accents latino, exotiques, caractérisée par ses changements de tempo, que parachève des accords guitare fuzz. Ballade R&B, "Why don't you do right" bénéficie d’arrangements délicats, limpides, une compo qui agrège cordes électrifiées et acoustiques. Nasty Panda achève la plaque par une version plus tendre de "Sunday night loser", mais toujours parcourue par les propos de notre bon Rodrigo. Le potentiel de Nasty Panda est manifeste. Il se double même d’une passion certaine. On attendra cependant de voir si le band est capable de les mettre au service d’un véritable long playing…

 

mercredi, 24 juillet 2013 20:36

The Commitments years and beyond (Live)

Andrew Strong est irlandais. Dublinois, très exactement. Acteur et chanteur, il fêtera bientôt ses 40 balais. Son premier rôle, il l’a interprété dans "The Commitments", un film sorti en 1991. Son premier album lui, il l’a gravé en 1993. Il s’intitule "Strong". Mais il faudra attendre 2000 pour voir paraître "Out of time", et 2002 pour "Gypsy's Kiss". En 2003, il fonde les Boneyard Boys. Une formation toujours active aujourd’hui. Entretemps, il a publié un "Greatest Hits". En 2006. Andrew s'est d'abord illustré comme chanteur pop/rock avant de virer vers la soul et le blues. Cet opus ‘live’ immortalise un concert accordé à St-Girons, dans l'Ariège, en juillet 2012 ; un set au cours duquel il est accompagné de musiciens français! Alors, sommes-nous en présence d’un spectacle inspiré par les Blues Brothers ? Pas vraiment, même si notre Andrew Strong en connait un bout sur le style et qu’il possède une voix chaude et expressive, qui colle bien au genre.

La représentation débute en force par la reprise du "Gimme some lovin", un hit signé par le Spencer Davis Group, en 1966. La voix est enrobée de chœurs féminins sur cette compo soulignée de cuivres et balayée par la slide du maître de cérémonie. Nous sommes alors partis pour une solide partie dansante : le "Hard to handle" d'Otis Redding, un "Yolanda" plus funk, contaminé par les claviers synthétiques de Damien Hervé, "In the midnight hour" et "Mustang Sally", des morceaux composés par l'inoubliable Wilson Pickett, le second titre enrichi par le sax ténor de Christophe, le "I thank you" de Sam and Dave, le "Take me to the river" d'Al Green, une compo aux multiples versions, le "Grits ain't groceries" de Little Milton, le "Show me" de Joe Tex, le bluesy "Treat her right" de Roy Head, et encore une piste funkysante, le "It's your thing" des Isley Brothers, conduit à la manière de James Brown, et tout particulièrement lors du décollage des cuivres. Les couples peuvent s'étreindre sur la piste danse sur de langoureux slows embrasés par la voix passionnée de Strong. Le spectre d'Otis Redding hante "In the dark end of the street" et bien sûr "Try a little tenderness". La finale nous replonge dans le rock'n'roll, lors de la cover de l'inoubliable hymne à la rock music, le "Born to be wild" de Steppenwolf et de celle du "Fire" de Jimi Hendrix.

L’opus est également sorti sous la forme d’un double cd, enrichi de trois bonus tracks. Soit les célèbres "I got you", "I heard it trough the grapevine" et "Soul man". Andrew Strong n'a certes rien inventé mais il apporte sans aucun doute beaucoup de bonheur aux nostalgiques de l'époque glorieuse du bal de Memphis, Stax!

 

mercredi, 24 juillet 2013 20:33

The Mighty Quartet Live

Au fil du temps, Nico s'est forgé une solide réputation au sein de l'Hexagone. Parce que cet artiste pratique un blues original. Il a été profondément marqué par la performance de l'harmoniciste James Cotton, en écoutant l'album de Muddy Waters, "Hard again". Et il a pu passer à la pratique lors de ses voyages accomplis dans sa famille, à Minneapolis, dès 1992. Il est passé professionnel, voici une quinzaine d'années et compte déjà à son actif, douze albums dont 11 publiés chez Dixiefrog. Pour la circonstance, il a enregistré en ‘live’, au sein du Mighty Quartet, soit en compagnie de ses trois fidèle compères, le guitariste Florian Royo, le bassiste Antoine Perrut et le drummer Guillaume Destarac. Les sessions se sont déroulées dans le Sud de la France, en trois lieux différents, au cours de l’hiver dernier.

Si Nico adore James Cotton, il voue, comme tout harmoniciste de blues, une passion pour Little Walter. Et on le réalise sur la fulgurante ouverture intitulée "Waltering in Montreal". Un exercice de style instrumental qui rend hommage à la légende de Chicago. Il chante alors "One fine day", d’une voix proche de Kim Wilson, mais sa sortie prouve qu’incontestablement, il appartient bien à la division 1 des souffleurs contemporains. Rockin' blues écrit en compagnie de Neal Black, "Ain't no need" est imprimé sur un tempo puissant, une compo au cours de laquelle Florian et Antoine peuvent se mettre en évidence. Nico injecte énormément d’expression sur le tendre "My own medicine", une plage signée par son ami souffleur américain, R.J Mischo. Son instrument chromatique adopte un style très Westcoast. Inspiré par ses maîtres (Ronniel Earl, Stevie Ray Vaughan), Florian Royo nous réserve un brillant solo aux cordes. Nico a composé "Can't you tell", une nouvelle occasion pour Nico de s'épanouir sur sa musique à bouche. Le Mighty Quartet adopte un profil davantage funky sur "Mali Mississippi", une longue plage au cours de laquelle chaque musico s’autorise un billet de sortie. Pendant près de douze minutes, cette prestation scénique va mettre en exergue le talent des différents partenaires musicaux. D'abord Guillaume sur ses fûts. Ensuite Antoine Perrut abandonne sa basse pour empoigner son saxophone alto. Et il s’y révèle brillant. Sans doute jaloux, Nico reprend son harmonica et s'éclate sur "Southern wind blowin'", un shuffle signé de sa plume ; et l’envolée est remarquable. Il adapte respectueusement le "Sadie" de Hound Dog Taylor, une piste construite sur un même riff que le "Help me" de Sonny Boy Williamson II, même si son jeu se rapproche davantage de la légende Rice Miller. Toute l’œuvre évolue sur un niveau particulièrement élevé. "Lonely number" en est une nouvelle démonstration. "Memphis hat" également, un morceau caractérisé par des cordes qui débordent d’imagination. Excellent blues lent, "How long to heal" est imprégné du Chicago southside. Très rock, "Time to cut you loose" achève l’elpee, une piste paradoxalement privée d’harmo. Une bonne tranche de ‘live’ !

 

jeudi, 18 juillet 2013 11:30

Blood and Thunder

Mars Attacks est une formation qui pratique du rockabilly. Au sein du line up, figurent un Suisse et trois Autrichiens. Soit le chanteur/guitariste Roland Riedberger ainsi que le gratteur soliste Martin Telfser, le contrebassiste Oliver Pfanner et le drummer David Karlinger. Le groupe est né en 1998 et a emprunté, pour patronyme, le titre d’un film de science fiction réalisé par Tim Burton. Sorti en 1996, il mettait notamment en scène, Jack Nicholson et Danny DeVito.

"Blood and Thunder" constitue déjà leur sixième opus. Il réunit quinze plages dont 14 sont signées par les membres du groupe. Un opus séparé en deux faces fictives. La première s’intitule "Blood side" (du sang) et concerne 7 plages. La seconde, "Thunder side" (du tonnerre), les huit autres.

La ‘Blood side’ s’ouvre par "Slow man" sur le rythme du cheval au galop. Manifestement, le chanteur est hanté par Elvis Presley. "Count to three" est une bien meilleure plage. Saignante, elle est lacérée par les coups de griffe portés par David, mais à l’aide d’un harmonica. "Heartbreakin' man" adopte le rockabilly cher au King, tout comme "Outer space inside the bar", titre écrit par Martin qu’il joue à la guitare, dans un style proche de Scotty Moore. Tendre ballade, "I gave you my life" bénéficie de chouettes arrangements tant de cordes que vocaux. Autre ballade, "Train to hell" est une compo un peu trop légère à mon goût. Ne témoignant aucun engagement, elle lorgne même vers la musique country, même si Roland se met à souffler dans une trompette. Curieux ces martiens !

La ‘Thunder side’ opère d’abord un retour au rockabilly. Plus nerveux, "Voodoo lady" est cuivré par le sax ténor de Manuel Staudinger, une piste au cours de laquelle Martin accorde sa (courte) sortie la plus sauvage. La trompette opère son retour sur "Overreation blues", une piste divertissante, rythmée, exécutée dans l’esprit des Seatsniffers. "Blood and thunder" constitue certainement la meilleure plage de l’elpee. Personnelle elle semble créée pour la route et adopte un tempo rock blues, réminiscent des Flamin' Groovies. "The only driver" est typiquement un blues qui rocke sur un tempo élevé. Et l’harmonica déchire, pendant que la guitare slide. Bien réverbérée, la guitare libère des sonorités ‘bayou’, tout au long de "Lonely night". En outre, le chant est convaincant. Excellent ! Une seule reprise, le "Promised land" de Chuck Berry ; et elle tient la route. "In the alley baby" assure la jonction entre le blues et le rock'n'roll, entre le Delta et Memphis, si vous préférez, une bonne dose d'harmonica à la clef. "I don't know" clôt le long playing. Et c’est encore une ballade. Vous l'avez deviné, c’est la ‘Thunder side’ qui m’a le mieux botté.

 

jeudi, 18 juillet 2013 11:29

New road under my wheels

Auteur/compositeur/chanteur/guitariste Jerry Miller vient juste de fêter ses 70 balais. Il vit à Tacoma, dans le Nord-ouest étasunien. Au cours des 60’s, il a milité au sein de Moby Grape, une des formations –et elles étaient nombreuses à l’époque– qui a vécu la ‘flower power’. Issu de la contre-culture, ce mouvement a sévi, au cours de cette époque, à San Francisco. Le band a d’ailleurs gravé quatre albums entre 67 et 69. Jerry va ensuite brièvement transiter par les Rhythm Dukes. En 1995, il retourne vivre chez lui, à Tacoma. Il fonde alors le Jerry Miller Band. Considéré comme ‘un musicien pour musiciens’, il figure au 68ème rang sur la liste des 100 meilleurs guitaristes de tous les temps, établi par le magazine Rolling Stone. Sa dernière œuvre, "Live at Cole's", remonte déjà à 1998. Son style ? Il le puise essentiellement aux racines de la musique country… Les sessions d’enregistrement de "New road under my wheels” se sont déroulées au sein des studios Middleville…

Brève plage instrumentale, "Travis Express" ouvre l’elpee. Un superbe morceau de country & western, propulsé à vive allure sur la voie ferrée. Jerry ne chante pas. Il se consacre essentiellement aux cordes. Mais il a pris le soin d’inviter quelques amis afin de compenser cette lacune. Et tout d’abord Miss Tess. Issue de New York City, elle inteprète "I've got a new road under my wheels", une autre compo de western swing. Jerry aligne ses notes à la vitesse de l'éclair, face à une section rythmique saturée de swing. Un tandem réunissant John Sciascia à la basse acoustique et Jason Beek aux drums. "Detour" maintient le tempo enlevé. Roy Sludge chante et double au piano. Sculpté dans le surf country, "Round 'em up" met en exergue la performance réalisée à la pedal steel. Eric Royer se réserve les vocaux pour "Eight more miles to Louisville" et "Poor Eilen Smith", deux morceaux qui sans surprise, baignent dans du western swing, un western swing particulièrement vivace. Jerry adore aligner les notes. Un exercice de style qu’il emprunte tant au swing, jazz que country ; à l’instar de "What a little moonlight can do", qu’Eilen Smith vient chanter en fin de parcours. Et lorsque le tempo se calme, Sludge reprend le micro pour "Steuben street blues" et "Brother drop dead" (NDR : Roy a également entamé une carrière de chanteur au sein d’un band pratiquant la country et le rockabilly ; il vient d’ailleurs de graver un nouvel opus baptisé "Too drunk to truck"). "Moon fallin'" est une jolie ballade instrumentale sculptée dans le country blues. Un morceau qui ne manque pas de charme, caractérisé par les interventions sublimes de la guitare aux accents métalliques. Surf instrumental, "Slaughter on Roosevelt boulevard" est une petite pépite dispensée en fin de parcours. Et Miss Tess met un terme définitif aux hostilités, en posant ses vocalises sur le très swing "The end of the line"…

 

jeudi, 18 juillet 2013 11:26

Out of my mind

Plutôt jolie, Cassie est âgée de 26 printemps. C’est la fille du d’Otis Taylor, chanteur de blues contemporain. Il y a bien une dizaine d’années qu’elle chante et joue de la basse en compagnie de son père. Que ce soit en ‘live’ ou en studio. Sa maman, Carol Ellen Bjork, est scandinave. Ce qui explique sans doute sa beauté rafraîchissante. Elle avait publié son premier opus, "Blue", en 2011. Elle vit au cœur du Colorado et a enregistré les douze compos de cet elpee au sein des studios Boulder.

La plaque s’ouvre par des sonorités cosmiques. Pas de souci, on n’entre pas dans un univers space rock ; il s’agit tout simplement de bruitages électroniques produits par un theremin, destinés à mettre Cassie sur les rails. "Ol'Mama dean Part one" est une excellente plage. Miss Taylor siège derrière son orgue Hammond. Sa voix est douce et sensuelle. Les interventions de gratte sont empreintes d’une grande sensibilité. Dispensés par Steve Mignano, ils sont légèrement teintés de psychédélisme. Après la partie 1, place à la 2. Tout en nuances cette piste est à nouveau soulignée par les vocaux voluptueux de Cassie, mais c’est Steve Vidaic qui se réserve ici l’orgue. Qui monte en puissance à l’arrière-plan en dessinant des lignes mélodiques réminiscentes du bon vieux "I'm a man" de Stevie Winwood. Manifestement, l’entrée en matière est remarquable. La voix de Cassie est aussi susceptible d’emprunter une forme bouleversante. Surtout sur les compos les plus indolentes. A l’instar de "Spare some love", un morceau au cours duquel les accès subtils de la six cordes s’autorisent un envol remarquable au sein d’une atmosphère minimaliste. "Out of my mind" vire au R&B. Plutôt classique, cette piste est caractérisée par une ligne mélodique particulièrement soignée. "Lay my head on your pillow" est une ballade acoustique savoureuse. Une compo introspective, intimiste, au cours de laquelle elle épanche ses sentiments. Sans surprise, "New Orleans" nous entraîne au cœur de la ‘Crescent city’ louisianaise. Et la voix de Cassie se fond dans ce jazz traditionnel. L’assise rythmique de "No ring blues" est subtilement parfumée d’exotisme. Une piste au cours de laquelle la légèreté naturelle de Cassie fait merveille, alors que gratteur opère une sortie remarquée, mais bien intégrée dans le rythme. Le tempo s’élève pour "No, no". La voix de Cassie est autoritaire, et on sent que Steve est impatient de se libérer. Il a recours aux pédales pour forger la sonorité adéquate et profite des vertus du re-recording pour afficher son don d’ubiquité. Miss Taylor accomplit un exercice de style vocal tout au long de "Forgiveness", face à la trompette aux accents allègres de Jon Gray. "Gone and dead" est une plage étrange, mais surtout expérimentale. Le riff de gratte exécuté tout au long de "That's my man" me rappelle "Whole lotta love", un blues rock au cours duquel Mignano se sent comme un poisson dans l'eau. Il triture ses cordes électriques et incite ainsi Cassie à intensifier sa réplique vocale. L’opus s’achève par "Again", un titre brûlant de tendresse et de volupté. Quoique troublée par la présence du violoncelle et une dernière sortie brillante de son guitariste, la voix de Cassie ressemble à une caresse…

 

jeudi, 18 juillet 2013 11:23

The coming tide

A peine trentenaire, Luke est chanteur, guitariste et compositeur. Ce jeune musicien s’est forgé une solide réputation à la guitare slide. A cause de sa technique. Et plus précisément dans les univers du blues d'avant-guerre et du jazz traditionnel. Personnel, son style mêle delta folk, musique classique, ragtime et rock'n'roll. Il est originaire de Cadillac, dans le Michigan. Il s’est établi à la Nouvelle-Orléans, depuis une bonne dizaine d'années. Luke y a enregistré "The coming tide", son troisième essai.

Le titre maître ouvre l’elpee. Un blues traditionnel savoureux que Luke chante en compagnie de sa partenaire, Esther Rose, face aux percus, avant que la slide ne perce –à la perfection– la solution sonore, pendant qu’un saxophone baryton tapisse l’arrière-plan. "Moving on" vire au jazz traditionnel. Le swing est léger. Les ivoires soutiennent les deux voix. Une trompette et un trombone s’autorisent une sortie ; et elle est réussie. On se surprend alors à arpenter les rues du vieux quartier français, à la recherche des ensembles de jazz qui ont tant marqué la vie nocturne de cette cité. Superbe blues, "Let 'em talk" est contaminé par des accents jazz. Le piano est toujours bien présent, mais surtout la trompette (NDR : celle de Ben Polcer) et le saxophone. Des interventions aux cuivres classieuses. Luke et la charmante Esther conjuguent leurs voix pour attaquer "Staying in town", une plage empreinte de douceur. La jeune femme triture sa planche à lessiver, pendant que Luke se sert subtilement de son bottleneck. Notre duo fait revivre avec passion et révérence le vieux bluesman texan Blind Willie Johnson à travers son populaire "Keep your lamp trimmed and burning". Cette musique traditionnelle et dépouillée poursuit sereinement son chemin par "You don't know better than me", une piste au cours de laquelle Cassidy Jones excelle sur sa lourde contrebasse. La voix d'Esther est pure. Elle nous entraîne dans la Rempart Street, près de Congo Square, un lieu mythique où se déroulait autrefois le marché aux esclaves, et y interprète "I've got the blues for Rempart Street", un morceau écrit par Ida Cox en 1920. On baigne alors dans le dixieland. Jolie ballade ragtime, "I know she'll do right by me" implique washboard, piano et trompette. "Ella speed" de Leadbelly est une chanson folk roots chargée de tristesse. Luke la chante face à un orgue vintage et une trompette qui finit par sombrer dans la profonde mélancolie. La dernière plage est sans doute la plus électrique. Il s’agit de la reprise d’"I've got my mind set on you" de Rudy Clark. Ce titre traditionnel avait permis à George Harrison de décrocher un succès en 1987. La nouvelle version est très réussie. Très amplifiée, bien réverbérée la slide y est bien mise en exergue.

 

jeudi, 18 juillet 2013 11:21

Counting Sheep

The Blues Vision est un trio belge qui réunit de très jeunes musiciens. Chanteur et guitariste, Arne Demets est âgé de 19 ans. Diplômé du Conservatoire de Courtrai, il est actuellement élève de celui de Gand. Hanne Vandekerkhove en a 18. Tout comme son père, qui militait chez Hideaway, elle se consacre à la basse. Klaas De Somer en a 19. Ce batteur est toujours étudiant au Conservatoire d'Amsterdam. S’ils sont à peine adultes, leur cv permet d’imaginer que nous ne sommes pas en présence de manchots…

Le titre maître ouvre la plaque, une plage signée Arne. La collaboration entre les différents musicos est impeccable. Le trio est très bien soudé. Les arrangements sont audacieux. Ils conjuguent leurs vocaux. Quand à savoir s’ils comptent les moutons pour tomber dans les bras de Morphée, c’est une autre histoire, car un saxophone assure la rythmique. La guitare s’autorise un premier billet de sortie, dans un style personnel, particulièrement rythmique. Au bout de 2', les arrangements se complexifient, les percussions de Klaas se densifient, mais le sax commence à serpenter entre les autres instruments. Une excellente entrée en matière ! L'intro de "Brand new Cadillac" évoque le bayou rock de Creedence Clearwater Revival. La ligne mélodique ne manque pas d’allure. Et ce morceau de blues/pop/rock entraînant est ponctué par un déchaînement des cordes. "Morphus" est une autre piste signée par les trois musicos. Ils chantent en chœur cette plage caractérisée par une structure musicale recherchée, au cœur d’une approche particulière. Arne Demets est brillant à la six cordes. Et il peut s’appuyer sur une excellente assise rythmique, au sein d’un blues rock progressif qui ne manque pas d’ambition. Première reprise, "Alabama train" est une compo issue de la plume de Louisiana Red. Un blues authentique, abordé de manière plus classique. Les deux voix masculines entrent en osmose. L’une particulièrement grave, l'autre plus aigue. Respectueux de l’esprit du blues, le solo de guitare se révèle parfait dans son cheminement. Arne est alors rejoint par le saxophone de Frans Deruytter. Cet invité a trafiqué son instrument et participe activement à une aventure sonore au cours de laquelle chaque musicien a droit au chapitre, à tour de rôle. Malgré son jeune âge, Arne affiche une maturité étonnante. Il a parfaitement assimilé la technique du bottleneck. Et il le démontre tout au long de reprise du "Highway 49" d'Howlin' Wolf, une cover décapante et détonante. Et il remet le couvert sur le traditionnel "Rollin' & tumblin'". Autre cover, le "When I get drunk" de Carey Bell. Imprimée sur un tempo très enlevé, elle met en exergue la fusion rythmique opérée entre Arne, Hanne et Klaas. Notre gratteur peut alors se libérer sur sa slide, avant que le sax de Deruytter ne s’intègre à l’ensemble. Epatant ! Blues rock empreint de charme, "Coffee" nous replonge dans leur univers spécifique. "My breadmachine is broken" est un thème qui colle idéalement à un blues lent à la belge. Arne clame toute sa détresse de ne plus avoir de pain ; il a faim et n'a plus un rond! L’opus s’achève par un morceau instrumental, "Fraq Tac", une piste qui permet au sax de Franz prendre son envol dans un climat free jazz. Pour un premier elpee, The Blues Vision a tapé dans le mille. Ce groupe est plus que probablement ce qui est arrivé de mieux au blues belge, depuis l’éclosion d’El Fish.  

 

mercredi, 10 juillet 2013 19:14

This river

JJ Grey & Mofro est un band américain établi à Jacksonville, au Nord de la Floride. Une formation de southern rock, mais au sens large du terme, puisqu’elle intègre d’autres courants musicaux, comme le blues, funk, soul ou R&B. Leur formation remonte à la fin du siècle dernier. Chanteur, guitariste, pianiste et harmoniciste, JJ Grey en est le leader. Le combo a publié son premier elpee en 2001, "Blackwater". Un disque suivi par "Lochloosa", en 2004. Le band signe alors chez le notoire label de blues chicagolais, Alligator. Il y grave alors "Country ghetto" en 2007, "Orange blossoms" en 2008, "Georgia Warhorse" en 2010 et "Brighter days" en 2011.

JJ est soutenu par Andrew Trube à la guitare, Todd Smallie à la basse, Anthony Cole aux drums, Anthony Farrell aux claviers, Art Edmaiston au saxophone et Dennis Marion à la trompette. JJ a composé neuf des dix plages.

"You're lady, she's shaddy" ouvre la plaque. Un funk R&B bien nerveux. "Somebody else" embraie dans le même registre, mais diffère par ses vocaux percutants, clairs, et par une plus grande présence de la guitare. Audacieuse, réverbérée, elle adopte un style swamp. "Tame a wild one" est une très belle composition. Empreint de délicatesse, ce R&B met en exergue la voix pure et soul de JJ, soutenu par les chœurs de ses musicos. "99 shades of crazy" évolue sur un tempo plus enlevé. Guitare et piano électrique entrent en osmose pour créer une mélodie dansante et suave. Et lorsque les cuivres débarquent, c’est pour mieux libérer la six cordes qui s’appuie sur les sonorités poussiéreuses d’un orgue. Probablement un Farfisa. Excellent! Comme son titre le précise, "The ballad of Larry Webb" est une ballade. Sculptée dans le folk roots, les cordes acoustiques sont progressivement et discrètement rejointes par les interventions d’orgue et de gratte électrique. "Florabama" se réfère à l'Alabama ; et en particulier à son sanctuaire de la musique soul, les studios Muscle Shoals. Parcouru épisodiquement de cuivres et caractérisé par des cordes acoustiques en folie, ce morceau baigne dans une ambiance funk et jazz. Plus électrique, "Standing on the edge" s'écoule sur un tempo indolent. Du blues ou plus exactement du swamp funk à la Grey. Et les vocaux se révèlent un peu plus sauvages, tout au long de cette piste, ma foi, très agréable à écouter. Soulignée par une jolie ligne mélodique, "Write a letter" est une chanson au profil roots voilé. La voix est envoûtante et la guitare parachève le travail. "Harp and drums" s’ouvre par une longue introduction instrumentale. L'harmonica, la batterie et puis les cuivres investissent l’espace sonore avant qu’il ne se métamorphose en funk dansant. D’excellente facture, cet opus s’achève par "This river", une ballade R&B à coloration Stax, d’une extrême douceur…

 

mercredi, 10 juillet 2013 19:11

Gone to Texas

Etabli à St Louis, dans le Missouri, Mike Zito est chanteur, guitariste et compositeur. Agé de 41 balais, il a longtemps roulé sa bosse sur les routes de sa région. Il est en outre, responsable de cinq albums autoproduits. En 2008, il signe chez Eclecto Groove. Dans la foulée, il y publie "Today", un opus mis en forme par David Z. Il embraie l’année suivante par "Pearl river". Et le titre maître, qu’il a coécrit et interprète en compagnie du musicien issu de la Nouvelle Orleans, Cyril Neville, devient chanson de l’année ! En 2011, il grave "Greyhound". Mike participe également à l’aventure du Royal Southern Brotherhood, tout comme Devon Allman, le fils de Gregg, et Cyril Neville. En 2012, Zito fonde son nouveau groupe, The Wheel. Il est alors entouré du bassiste Scot Sutherland, du drummer Rob Lee et du saxophoniste Jimmy Carpenter. "Gone to Texas", est une expression qui remonte au début du XIXème siècle. Elle définissait les personnes endettées ou responsables de délits qui se réfugiaient au Texas –alors sous régime espagnol– afin d’éviter la corde. Mike Zito a lui aussi quitté sa maison natale de St Louis pour émigrer au Texas, afin de tourner le dos à ses addictions et de rencontrer un nouvel amour, ce qui, avoue-t-il, l'a sauvé! Sa conquête vit (vous ne le croirez pas) à Nederland, près de Beaumont, sis près de la frontière louisianaise. "Gone to Texas" reflète son affection pour l'Etat à l'étoile solitaire (Lone star). L’elpee a toutefois été enregistré en studio, à Maurice, en Louisiane.

Le titre maître ouvre la plaque. Du roots rock blues relax qui emprunte l’itinéraire qui conduit au Golfe du Mexique. Puissante, la voix caractéristique de Mike dirige les débats. La guitare concède des accents acides, alors que le sax de Carpenter entre déjà en lice. "Rainbow bridge" emprunte un style semblable, même si plus enlevé. Il nous conduit sur les routes du pays cajun en direction de New Orleans. L’expression sonore ne manque pas de relief. En particulier à cause des interventions prestigieuses de Sonny Landreth à la slide qui balise les voix. Superbe ballade, "I never knew a hurricane" évoque les grands espaces texans. La voix de Zito et celle de Susan Cowsill s’entrelacent. L’orgue Hammond de Leigh Stephens tapisse judicieusement l’ensemble, au sein duquel émerge le sax. La voix graveleuse, proche d'Howlin' Wolf  donne le ton à "Don't think cause you're pretty", un blues/rock qui met en exergue des accès de slide sanglants, dévastateurs, saccageurs, terrifiants… "Death row" trempe dans le blues acoustique, une piste dépouillée au cours de laquelle les sonorités métalliques de la National steel affrontent les lourdes percussions dispensées par Rob Lee. Sculpté dans le pur funk, "Don't break a leg" évoque James Brown. "Take it easy" est une chanson issue de la plume de Delbert McClinton, un célèbre auteur texan. Lente, la version oscille entre country et blues. La voix de Mike est empreinte de passion. Superbe ! Signé par l’ami Devon Allman, "The road never ends" est un blues plein de verve destiné à la route. Imprimé sur un tempo ‘honky tonk’, il a été écrit en compagnie de l'ami Devon Allman. Zito et McClinton se partagent les vocaux, même si c’est ce dernier qui souffle dans son harmonica. Rythme syncopé et ivoires évoquent inévitablement la musique de la Nouvelle-Orléans tout au long du nerveux "Substraction blues". "Hell on me" lorgne carrément vers l’Allman Brothers Band. Ravagée, la voix semble hantée par Greg Allman. Un orgue s’infiltre dans l’ensemble alors que la gratte est remarquablement déjantée. Mike traite de son addiction sur "Voices in Dallas", lors d’une valse appuyée par le sax baryton. Cette belle fresque roots s’achève par une compo acoustique ; en l’occurrence, le "Let your light shine on me" du mythique Blind Willie Johnson, qui a vécu à Beaumont.

 

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