L’aurore de Lathe of Heaven…

Issu de Brooklyn, Lathe of Heaven sortira son nouvel elpee « Aurora », le 29 août. Né d’un processus d'improvisation, cet opus est propulsif, captivant et structuré, abordant des thèmes lourds et incorporant des influences littéraires. En attendant, la…

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Jean-Claude Mondo

Jean-Claude Mondo

jeudi, 03 octobre 2013 13:23

Cobalt

Né à Fort Worth (NDR : c’est à deux pas de Dallas), Holland K Smith est un musicien particulièrement talentueux. Non seulement il excelle à la gratte, mais également au chant. Son style ? Le blues texan. Peu notoire hors des States, l’artiste a néanmoins de l’envergure. Ses premiers albums remontent à la fin du siècle dernier. Il a ainsi gravé "Jungle Jane" en 1997 et "Walking heart attack" en 1999, deux elpees publiés sur le label local Topcat et produits par Anson Funderburg. On épinglera encore "Enough is enough", un opus paru en 2004, chez Parific Blues, une écurie indépendante californienne.

Ce nouvel essai est sorti chez Ellersoul, un petit label virginien qui monte! Pour concocter ce long playing, Holland n’a pas reçu le concours de son backing band habituel, mais a invité d'excellents musiciens contemporains. En l’occurrence Eric Przygocki et Ronnie James Webber à la basse, Wes Starr à la batterie, John Street aux claviers et Ron Jones au saxophone. La mise en forme a de nouveau été assurée par son grand ami, Anson Funderburgh. Enfin, Smith signe la quasi-totalité des plages.

"Love liquidation" ouvre la plaque. Une belle synthèse du style proposé sur ce disque. Dansant, il mêle subtilement blues et soul. Une plage caractérisée par la présence d’une voix féminine, celle de Chaz Marie ; et si le saxophone s’est déjà immiscé dans l’expression sonore, on est immédiatement séduit par les tonalités particulièrement texanes de la six cordes. La voix de Smith n'est pas très percutante, mais elle est très musicale et expressive. Sur "You get what you deserve", elle est bien mise en exergue, un blues qui libère énormément de swing, mais un swing empreint de délicatesse. Et pour la circonstance, c’est son ami Anson qui se réserve ici la guitare, alors que Jones, le saxophoniste de jazz issu de Dallas tire son épingle du jeu. D’excellente facture, "Just one heartache" est un blues imprimé sur tempo enlevé. Holland adopte une voix de baryton. Ses interventions à la gratte sont parfaites et s’envolent face au piano et au saxophone. Un très grand moment! Rock'n'roll abordé dans l’esprit de Little Richard voire d’Ike Turner, "The itch" est dynamisé par l’excellente synchronisation entre piano et cordes. Ron Jones brille à nouveau sur son saxophone ténor tout au long de "Magic wand", une ballade intimiste teintée de jazz et de swing. Jazz et swing colorent également "Cobalt", une plage instrumentale caractérisée par l’omniprésence du sax, et les accords de guitare clairs et concis, dispensés devant l'orgue de Street ! Ponctuée par un remarquable travail sur les cordes, "Off the chain" est une ballade soul roots parfaitement ciselée par le travail de production. L'opus recèle encore quelques excellentes pistes soul. Tout d’abord "Little bit of faith", que Smith chante passionnément. "Don't buy that", ensuite. La seule reprise. Une compo signée Lefty Williams qui figurait sur l’album "Snake Oil". "Any other way", encore. Un morceau dont les interventions de guitare sont inspirées de Carlos Santana. "The secret", également. Un R&B très lent façon Stax. Slow blues lent, "Never got the blues" évolue à mi-chemin entre BB King et T Bone Walker. Smith étale une nouvelle fois sa technique aux six cordes sur "End of the darkness". "Olhos verdes" clôt le long playing. Instrumental, il s’ouvre dans un style acoustique avant de glisser vers l’électricité, mais au cœur d’un climat très latino-américain. D’excellente facture, cet elpee est dédié à la mémoire de Nick Curran (NDR : ex-Fabulous Thunderbirds), un chanteur/guitariste de blues vaincu par le cancer en 2012, alors qu’il n’avait que 35 ans…

 

jeudi, 03 octobre 2013 13:21

One take - Live at Canterbury

Chanteur, guitariste et compositeur, Lee Palmer fêtera bientôt ses 60 balais. Originaire du New Brunswick et établi à Toronto, ce Canadien pratique une forme de roots, en mêlant habilement folk, country et blues. Le plus souvent, il se produit sous la configuration d’un trio : guitare, basse et batterie. "One take" constitue le premier album complet enregistré par Lee. Les sessions d’enregistrement se sont déroulées à Toronto, en septembre 2012. Pour la circonstance, il a reçu le concours de nombreux amis. Elles se sont déroulées en une seule prise, ce qui explique le titre de son elpee et cette impression dictée par le sous-titre, "Live in Canterbury"!

Lee chante "Blues in ett", un blues aux intonations largement puisées dans le jazz. Une plage particulièrement dépouillée au cours de laquelle les solistes viennent à tour de rôle apporter leur contribution, soit Denis Keffie au piano, Elmer Ferrer et David Woodhead à la basse. La musique est cool, décontractée si vous préférez. Un traitement personnel est accordé au classique "The house of the rising son". Seule la voix est offensive et hausse son registre, alors que passionnantes, les guitares évoluent toutes en apesanteur. Et lorsque le tempo accélère en fin de parcours, c’est pour permettre une réplique féminine de Jenn Kee. "Me and my 68" nous entraîne sur routes. Très rock'n'roll, le tempo s'emballe et les six cordes de Ferguson ainsi que de Ferrer décollent. Lee et la douce Jenn se partagent le chant tout au long de "Play like BB", un roots folk blues au cours duquel la guitare se pose bien à l'avant-plan. Bien jolie ballade country folk roots, "Twelve bar addiction" est balayée de guitares atmosphériques et mélodieuses dont les sonorités sont proches d’une pedal steel. Sorte de blues medley, "Everyday blues jam" est calqué sur "Everyday I have the blues". La plage évolue sur un rythme jazz swing. Les différents instrumentistes tirent leur épingle du jeu ; que ce soit l'orgue Hammond de Keffie talonné par une excellente intervention de gratte, puis la basse et enfin les percus d'Al Cross. Lee et Jenn chantent "Old dog too", un blues jazz lent, passéiste, au cours duquel le piano se taille la part du lion. Le titre maître est encore très roots. Particulièrement percutant, il permet au drummer de faire toute la démonstration de son talent. Palmer reprend les rennes sur "Fleas blues", une piste toujours aussi singulière. Keffie est passé à l'accordéon alors qu'une des guitares aligne des arpèges. Rafraîchissant, ce long playing s’achève par "That's all". Tout est dit ! Un dernier morceau musical animé, fruit de la rencontre entre jazz et blues, épicé d’un zeste de funk.

 

samedi, 07 septembre 2013 19:28

Down on my luck

Jon possède un nom de famille bien de chez nous. Enfin, des ‘plate landen’. Il est cependant né près de New York. Dans sa jeunesse, il suit des cours de piano classique, avant de rapidement se tourner vers la guitare. Pendant les 80’s, il s’établit à New York City et travaille en studio. A la même époque, il se rend régulièrement en Scandinavie, pour s’y produire au sein de différentes formations. A la fin des années 90, après la naissance de sa fille, il part vivre sous le soleil de West Palm Beach, en Floride. Son premier opus, "Still life", paraît en 2003. Du jazz funk blues essentiellement instrumental. Tout comme le suivant, "Zeeland", publié en 2008.

Il a donc fallu de nouveau attendre 5 longues années avant que ne paraisse son troisième essai. Et pour la circonstance, les changements sont importants. Jon chante et s'attaque à un blues  plus classique même s'il reste très personnel. Il est soutenu par une section rythmique et deux claviéristes. Les sessions se sont déroulées au studio Inlet Sound de Jupiter, à quelques encablures de Palm Beach.

Blues/rock, "You're right, I'm wrong" ouvre la plaque. Une plage particulièrement lustrée. Orgue et piano portent la voix légèrement nasillarde de Jon. Les interventions à la guitare sont classieuses. Il a conservé cette sensibilité jazz première. John chante passionnément "Down on my luck", un blues lent d'excellente facture, tandis que dans son ombre, l'orgue Hammond dessine de tendres arabesques. Quant à Phil McArthur, sa ligne de basse sert de tremplin idéal à son leader pour réaliser l'envol des cordes attendu. Long blues rock, "Hangman's bridge" brille par son sens mélodique. En intégrant l’orgue, la section rythmique remplit admirablement son rôle. La voix de Jon se charge d’intensité dramatique bien sudiste. La Floride nous a bien donné les frères Allman et Lynyrd Skynyrd. Une seule reprise, le "I love eveybody" de Johnny Winter. Zeeman braille ses lyrics à la manière du célèbre Albinos, tout au long de ce Texas rockin' blues. Autre blues lent "Waitin' for the storm" s’illustre par une belle partie de cordes. Subtil cocktail de rock, de blues et même de pop, "I got news" accroche instantanément l'oreille. Les interventions à guitare sont subtiles et créatives, et sont dispensées, un peu à la manière d’Eric Clapton. Rock'n'roll ", Got the gun" déménage littéralement. Zeeman libère totalement ses cordes tout au long de cette partie très remuante et dansante. Chargé de swing, "Can't you hear me" est balisé par la basse de sa fille Zoe Zeeman. Le charme opère comme lors d’un shuffle texan, un terrain qu'exploite fort bien notre Jon. Sa sortie est trafiquée par le recours aux pédales. Sans aucun doute le moment où il est le plus proche de Jimi Hendrix. "So bad" lorgne plutôt du côté de Robben Ford, une piste plus rock au cours de laquelle l'escapade des cordes est remarquable. Imprimé sur un mid tempo, "Better off dead" clôt le long playing, un blues aux accents exotiques, caractérisé par une jolie mélodie, et dont les interventions de guitare sont manifestement hantées par Carlos Santana…

 

samedi, 07 septembre 2013 19:09

Play by the rules

Jan Tore Lauritsen est âgé de 46 balais. Il vit à Lillestrom, en Norvège. Très jeune, il chope le virus du blues, après avoir beaucoup écouté BB King et Ray Charles. Il monte sur scène à l’âge de 14 ans. A cette époque, il joue de l’orgue ; mais découragé par le poids de son Hammond, il décide de recentrer sa passion sur deux autres instruments : l'harmonica et l'accordéon. En 1991, il fonde les Buckshot Hunters, un combo au sein duquel milite alors le guitariste notoire Vidar Busk.

"Play by the rules" constitue déjà son septième opus. Il a été enregistré lors de deux sessions différentes. La première en mai 2012, dans le studio Ardent de Memphis. La seconde en février 2013, à Oslo. Pour la circonstance, il a reçu le concours de son backing group, les Buckshot Hunters et d'un tas d'amis dont bon nombre d’artistes bien connus outre-Atlantique.

L’elpee démarre dans un style bien populaire à Memphis : le R&B. Et plus précisément le "Everyday will be like a holiday" de William Bell, un des piliers du label Stax dans les années 60 et 70. L'orgue Hammond est bien présent sur cette plage lente. J.T. et le Suédois Sven Zetterberg partagent le chant. Inspiré par le zydeco louisianais et le style de la Nouvelle Orléans, il empoigne son accordéon pour nous livrer "Next time" dans la bonne humeur. Y participent la choriste américaine Reba Russel, le pianiste Victor Wainwight –et ses interventions sont impeccables– ainsi que le guitariste de Reba, Josh Roberts. Le titre maître est une jolie ballade. Roberts est passé à la slide. J.T. double à l'orgue Hammond. Le dialogue établi entre la slide et le piano de Wainwright est remarquable. J.T. attaque alors le "Need my baby" de Big Walter Horton, un Chicago shuffle au cours duquel Willie J Campbell des Mannish Boys se réserve la basse ; et surprise, Billy Gibson, l’excellent souffleur de Memphis est venu rejoindre Lauritsen à l’harmo. Instrumental, "Memphis boogie" met en vedette les différents solistes : l'excellent Wainwright au piano, Roberts à la guitare et J.T. à l'accordéon. Ce dernier chante d'une voix puissante, très soul, soutenue de chœurs féminins, le blues lent "I'll nevet get over you". "Mathilda" est une autre plage imprimée sur un mid tempo. L’omniprésence de l’harmonica et les échanges de cordes opérés dans la bonne humeur, nous entraînent au cœur de la Louisiane profonde. "Find my little rock" est un blues qui rocke allègrement. Et c'est l'inégalable Texan Anson Funderburgh qui s'envole sur sa guitare, devant la rythmique des Buckshot Hunters. "Valley of tears" est une ballade empreinte d’une grande sensibilité. Nous sommes transportés dans les bayous. La rythmique de Funderburgh, l'accordéon de Lauritsen et la guitare réverbérée de Fredrick Johannessen entretiennent cette vision. Blues rocker puissant, "Eye candy" est conduit à l'anglaise, favorisant une toute bonne sortie des gratteurs norvégiens. D’excellente facture, ce long playing s’achève par "The blues got me". Tous les musicos prennent leur pied et finissent par chanter en chœur cette plage découpée par les rythmes du Chicago blues…

 

samedi, 07 septembre 2013 18:56

Big snark

Cet illustre inconnu nous vient de Townsend dans le Delaware, un petit Etat, sis non loin de Washington et Philadelphie. Chanteur/guitariste, Snarky Dave est néanmoins flanqué d’un backing group, notamment sur les planches. Un trio baptisé pour la circonstance, The Prickly Bluesmen (NDR : c’est ce que nous renseigne leur site web). En l’occurrence Ricky Beck à l’orgue Hammond, Chris Foltz aux percussions et Bobby Barr à la basse. Surprise, aucun de ces collaborateurs ne figure parmi les crédits de l’album. En fait, pour enregistrer cet opus, quelques connaissances ont donné un fameux coup de main à Snarky. Et tout particulièrement  Joey Fulkerson, qui assure l'essentiel des parties de guitare solo ainsi que la production, sans oublier Edgar Fernandez à l'orgue. La section rythmique réunit le bassiste Don Stein et le drummer Tony Robinson. ‘Snark’ se traduit par râleur et ‘prickly’ par irritable. Place donc à Dave le râleur et ses bluesmen irritables. Dave sait qu'il n'est pas un guitar hero, mais il annonce la couleur : ‘je n'écrirai pas une chanson si elle ne véhicule pas un message cohérent!’ Et notre homme n'interprète que ses propres compositions.

"Caucasian blues" ouvre l’elpee. Un véritable brûlot et une des meilleures plages du long playing. Fulkerson se révèle très en verve sur ses cordes. "Bitchin'" traite de la condition mentale des hommes mariés. Un trio de dames constitué de Tina, Diane et Justine taquinent de leur voix notre Snarky. Les femmes bien enveloppées ont-elles aussi droit à une vie amoureuse ? C'est ce que nous raconte Dave, sur un ton Memphis R&B, tout au long de "Big girl". "Mother and I" évoque le souvenir de sa maman, un sujet qu’il aborde tout en retenue et émotion. Et le sentiment de tristesse est accentué par la tonalité de la guitare l'E-bow de Joel. Titre de funk parodique, "Doggone fool" permet de beaux échanges entre la guitare, le sax et la section rythmique. Rythmée et entraînante, "Pick it up" est une plage dont la sonorité rappelle un passé glorieux. Le chant de Dave est soutenu par des vocalises bien plus féminines, tandis que deux de ses accompagnateurs tirent brillamment leur épingle du jeu. Tout d’abord le brillant organiste Fernandes, puis le saxophoniste Jay Heath. Signé Mark Sullivan, un ami d’enfance, "Mike Sully's boogie" est un boogie allègre au cours duquel l'orgue occupe toujours le premier plan. En intro de "Make no sense", le saxophone de Heath prend la direction des opérations ; néanmoins, c’est encore Fernandes qui se révèle reste le plus performant. Ce type de compo me rappelle beaucoup les expériences menées par de nombreux groupes, au cours des 70’s. Lorsque la liberté d’inspiration était sans limite et que la fusion du rock, du blues et du jazz conduisait au développement d’une musique qui sera qualifiée de progressive. "Caucoustic blues" ponctue cet opus fort intéressant, une relecture ‘unplugged’ de la plage d'ouverture. Armé de sa gratte sèche, Dave chante. Chris Flotz est enfin présent. Il se réserve le cajon, alors que Heath souffle dans son saxophone baryton. Un album que je vous invite réécouter à plusieurs reprises avant de pouvoir l’apprécier à sa juste valeur, et puis surtout pour tenter de décrypter les textes très personnels et humoristiques.

 

vendredi, 30 août 2013 11:12

Moving

L'IBC, l'International Blues Challenge se déroule chaque année à Memphis. Il consacre les nouveaux espoirs du blues. Les sociétés du style y envoient ainsi ces ‘nouveaux noms’ prêts à décoller. L'Atlanta Blues Society avait délégué Little G Weevil, un artiste qui se produit en acoustique. En février dernier, il remporte les catégories ‘artiste solo’ et ‘guitariste’. Ce jeune chanteur/compositeur est âgé de 36 ans. Il avait débuté sa carrière comme batteur, avant de passer à la guitare, à 17 ans. Ses dieux répondent aux noms de John Lee Hooker et Lightnin' Hopkins. En 1998, il monte un groupe et tourne en Europe. Inlassablement ! Il publie "One" en 2004, un album pour lequel il reçoit le concours d’un groupe européen, Pure Blues. La même année, il s’établit à Memphis où il joue dans les clubs de Beale Street. Il décide de poursuivre son aventure en solitaire. Et il publie son premier elpee sous son nom en 2007, "Southern experience".  En 2009, il émigre en Georgie. A Kennesaw, très exactement. Son dernier elpee, "The teaser", était paru en 2012.

Dès "Shook it and broke it", un frisson nous parcourt l’échine. Haut perchée, étrange, la voix de Little G est capable de vous glacer le sang. Il s'accompagne à la Dobro Resonator. L'artiste est directement placé sur orbite ; ce qui lui permet de dispenser son blues si personnel, qu’il aborde le plus souvent armé d'une guitare Epiphone Acoustic. Il est toujours seul pour attaquer "On my way to Memphis", "Boogie through my troubles" ainsi que "Let someone else do all the work", un titre très dépouillé, secoué de frêles percussions, proche d'une work song. Mais également les plus rudimentaires "Deep bow" et "Advice". La prise de son opérée sur "Let's talk it over" est imparable. On jurerait écouter Little G en face de soi, à moins d'un mètre ; et on entend même ses doigts caresser le Dobro, pour en extraire des sonorités métalliques irrésistibles. Mr Weevil me rappelle le regretté Robert Lucas ; cet ex-Canned Heat excellait dans le blues basique, en servant d’une slide et en chantant d’une voix unique, proche de notre Little G. Episodiquement, il reçoit le concours de son trio ; soit l’harmoniciste Maurice Nazzaro, le bassiste Dustin Sergent ainsi que le drummer Adam Goodhue. Et en particulier tout au long du superbe "Mean and dirty". Une plage qui reflète la couleur delta du Mississippi d'une autre époque. Autoritaire, ravagée, la voix semble même hantée par Howlin’ Wolf. Excellent, "Moving" évolue sur une trame blues très primaire. Sa sortie sur les cordes acoustiques est une véritable démonstration ! Le long playing s’achève par "Swing in the middle", une piste évidement chargée de swing, mais conduite comme un boogie nerveux, par l'harmo de Nazzaro.

 

vendredi, 30 août 2013 11:10

Road worn and ragged

Né en Californie, Jeff écoute, dès son jeune âge, la musique des années 50, 60 et 70. Du blues, du rock'n'roll, mais aussi du funk, du punk et du jazz quand ils s’y mêlent. Depuis l’âge de 11 ans, il joue de la guitare. En 2003, il fonde, en compagnie de Chris Sabie, la Santa Clarita Blues Society. Santa Clarita est la commune la plus au Nord du Comté de Los Angeles. En 2004, Jeff met sur pied le Jeff Jensen Band et commence à écumer les scènes californiennes. Son premier opus, "Jeff Jensen", sort en 2007, un elpee pour lequel il reçoit le concours de l’harmoniciste John 'Juke' Logan à l'harmo. Il embraie par "I'm coming home", en 2009. En 2011, il se fixe à Memphis où il collabore étroitement avec la nouvelle sensation de l'harmonica, Brandon Santini.

C’est son nouveau JJ Band qui a mis en boîte ce "Road worn and ragged". Le backing group réunit le bassiste Bill Ruffino, le drummer James Cunningham et l’organiste Chris Stevenson. Et parmi les invités, figurent le pianiste notoire Victor Wainwright et son nouvel ami Santini à la musique à bouche.

Jeff propose des compositions qui sont autant d'expériences de sa propre vie. Il y injecte une passion dévorante. "Brunette woman" démarre en force. Un morceau d’ouverture idéal. La voix est un peu élimée, mais le coup de tonnerre est réservé à l'harmonica de Santini. Implacable, irrésistible, il offre une rampe de lancement judicieuse aux cordes de Jensen. Une plage particulièrement dense. Ballade roots, acoustique, "Goodbye Portland" opère déjà un changement radical de style. Guitare et piano dialoguent. La voix de Jensen prend toute sa dimension lors de la reprise du "Heart attack and vine" de Tom Waits. Elle donne du relief au texte. La mise en place des instruments est parfaite. Les interventions de Santini sont bouleversantes. Il constitue manifestement un des nouveaux souffleurs les plus sollicités, aux côtés de Jason Ricci et Dennis Gruenling. Le jeu de Jeff est très complexe, mais brillant et novateur, tout au long de "Pepper", un instrumental particulièrement vif et nerveux. Probablement un Freddie King des temps modernes. Blues très lent et dépouillé, "Gee baby ain't I good to you" laisse filtrer des intonations jazz. La voix est à l'avant. Caractérisées par leur feeling intimiste et saisissant, les notes de guitare sont aussi parcimonieuses qu’inspirées. Jensen adapte un des classiques de Willie Dixon, "Little Red Rooster", sur un tempo inhabituellement rapide. Il y injecte beaucoup de swing. Très personnelle, cette version met bien en exergue les différents instruments, et notamment l'harmo de Santini, la guitare bien franche de Jeff et l'orgue Hammond aux propriétés enveloppantes de Chris Stephenson.  Brandon tire une nouvelle fois son épingle du jeu sur la reprise du "Crosseyed cat" de Muddy Waters. Il souffle en puissance, à la manière de James Cotton. L'introduction aux cordes sur "Raggedy Ann" est extrêmement raffinée. La complicité entre la guitare de Jeff et le piano de Victor est tout à fait remarquable. Minimaliste, "River runs dry" est une ballade empreinte de tendresse et de désespoir. Une compo bouleversante, sentiment accentué par le vécu de la voix. De toute bonne facture, "Thankful" achève le long playing. La voix est impeccable. L’instrumentation excellente. Une piste ponctuée par une dernière envolée de guitare classieuse…

 

vendredi, 30 août 2013 11:08

Out of the blue

Malgré son jeune âge, ce chanteur/guitariste s’est déjà forgé une certaine notoriété. Et pour cause, il a décroché le 4ème titre de 'King of the blues" organisé par le Guitar Center. Randy cite volontiers Robben Ford, Freddie King et Albert Collins comme principales références. Il est originaire de Detroit. Ses parents écoutaient du blues. Sa mère était pianiste au sein de l’Eglise Pentecôtiste. Il a appris à jouer de la guitare dès l’âge de 11 ans. Mais rapidement, il émigre à Hollywood où il fréquente le LA Guitar Institute. Mais curieusement, il abandonne alors la musique pendant une dizaine d’années, pour se consacrer à l'informatique. Ce n’est qu’après avoir participé au concours ‘Guitar Center’, qu’il décide de revenir à ses premières amours… Sa victoire va lui permettre d’enregistrer cet album. C’est également son premier. Los des sessions d’enregistrement, il a reçu le concours du drummer Gary Novak, du bassiste Travis Carlton (Robben Ford Band) et du claviériste Jeff Babko (Larry Carlton Band). La production a été confiée à Pete Anderson (Roy Orbinson, Jackson Browne, Buck Owens, KD Lang, …)

Des cordes acoustiques ouvrent "Ramblin' man blues", avant que l'amplification ne soit branchée. Nerveuse, la plage ne maque pas de charme. L'orgue de Jeff est à l'avant-plan. La voix de Randy passe bien la rampe. Elle n’est pas vraiment puissante et me fait penser à celle de Robben Ford. Le quatuor affiche une belle cohérence. "Whiskey from the bottle" est toujours aussi vivace. Jeff est passé au piano. Randy opère une première sortie remarquée sur les cordes, dans un style emprunté au jazz, avant que le piano ne le relaie. "Nothin' but a thang" épouse un profil davantage funk. Travis adopte le mode slappin' sur sa basse. Le jeu aux cordes est très fluide et inspiré. Gary martèle ses fûts afin de canaliser les interventions des autres instrumentistes. "Can't quit on you" est un blues lent de bonne facture. Mais manifestement, Scott est davantage un adepte de la technique pure que du feeling exacerbé du blues ; néanmoins, il n’a pas à rougir du résultat. "Never enough" bénéficie d’arrangements plus complexes. Les changements de tempo sont savamment structurés. La dextérité du jeu de Randy est vraiment impressionnante. Enlevé, "Mean hearted woman" est un blues plus classique. L'envol est superbe. L’impact franc et direct. Mais c’est Albert Lee, invité pour la circonstance, qui en est le responsable. Il signe d’ailleurs deux soli dans son style inimitable. "Don't call it love" est une composition qui accroche immédiatement l'oreille ; et c'est bien dans ce style que Scott se révèle le plus personnel et même le plus brillant. Ballade blues indolente et particulièrement mélodieuse, "Kisses like cherries" nous réserve une superbe partie de guitare. Belle à en pleurer ! Exercices de style instrumentaux, "Out of the blue" et "Talking my maby down" mettent en exergue la virtuosité de Scott ; des morceaux au cours desquels il a tout le loisir de s’aventurer dans l’univers du jazz. Excellente plage, "Fire" met bien en valeur les différents musicos. Très rock, "Hell to pay" déménage littéralement. Les interventions de Jeff Babko aux ivoires sont détonantes. Albert Lee assure la part rythmique et se réserve le premier solo, tout en picking. Acoustique, "Tommy's tune" clôt l’opus. Un morceau instrumental au cours duquel Scott est seul avec son blues…

 

mardi, 30 juillet 2013 20:21

That's when the blues begins

Le Ruff Kutt Blues Band est davantage un projet qu’un groupe. Il s’agit surtout d’un collectif de musicos notoires qui rejoignent ponctuellement le remarquable guitariste de blues, Anson Funderburgh. Le Texan se charge également des arrangements et de la production. En 2011, il avait publié "Mill Block blues", un album aujourd'hui épuisé. Anson remet le couvert cette année, et partiellement, pour aider financièrement son ami Finis Tasby, qui traverse de solides ennuis de santé.

Le line up de base réunit donc le chanteur Finis Tasby, le guitariste Anson Funderburgh et le gratteur/chanteur Zac Harmon (NDR : il est issu de Jackson, dans le Mississippi). Sans oublier le bassiste James Goode. C’est également ce dernier qui se charge de la composition. Il a milité chez les Excels, un groupe de rockabilly.

Empreinte d’émotion, la guitare d'Anson ouvre l’elpee. La voix du vieux Finis est chargée de passion. Ron Jones se réserve le saxophone, sur "Deep elam blues", un blues lent tout bonnement remarquable. Anson est au top de sa forme. Il me rappelle le BB King des jeunes années ou le brillant Mike Bloomfield. "Blues in my blood" est un titre lourd de signification. Car c’est bien le blues qui coule dans les veines de Finis. Le feeling est à son paroxysme. Les cordes fument de toutes parts. Pas de changement de tempo pour "Don't it make you cry", même s’il s’agit d’un R&B tapissé par l'orgue Hammond au cours duquel le saxophone est bien mis en exergue, alors que Zac et Steven Richardson assurent les chœurs. Le rythme s'élève pour "Oh Woman! " ; et c'est au tour de Zac Harmon d'assurer le chant de son timbre naturellement soul. Finis est au micro pour "Down so low", un blues illuminé par les cordes de Funderburgh, ainsi que pour "Barefoot blues", une plage qui commence lentement avant d’accélérer le tempo, dès l’arrivée de John Street aux ivoires. Zac se réserve les vocaux sur les six pistes suivantes. Soit "Blues ain't a colour, un superbe blues imprimé sur un mid tempo, mais par la section rythmique constituée du bassiste Goode et du drummer Wes Starr (ex-Omar & the Howlers). Ce qui permet à Zac de décoller à la six cordes. "That's when the blues begins" ensuite. On nage alors dans la soul la plus pure. Même les voix émargent à ce courant. "That woman gives me fever" encore. Une piste funkysante. Starr en assure le diddley beat. "I'm over you woman" toujours. Un excellent Memphis blues, rehaussé par la présence d’un orgue et du saxophone, au cours duquel la gratte emprunte ses accents à Albert King. Et enfin "Touched by her flame", une ballade soul à la ligne mélodique soignée. Finis revient chanter "Let's dance". Sa voix est invariablement saturée d'émotion, alors qu’Anson excelle aux cordes. Et en finale de ce superbe long playing, Zac assure à nouveau les parties vocales pour "When a blues goes to heaven", une compo qui adopte le rythme cher au regretté Jimmy Reed. Et qui donc rencontre-t-on au paradis ? Et bien Robert Johnson, Jimmy Reed, Sam Myers, Freddie et Albert King et même, Albert Collins…

 

mardi, 30 juillet 2013 20:18

Runninn’ with the wolf

A la l’instar du légendaire Bo Diddley, Omar Kent Dykes est né à McComb, dans le Mississippi. Agé de 67 ans, il s’est établi, depuis fort longtemps à Austin, au Texas, où il a réalisé l'essentiel de son parcours. Il y a d’ailleurs fondé son groupe, Omar & the Howlers, en 1973. Une période au cours de laquelle il a publié toute une série de superbes albums. L'an dernier, il a célébré ses 50 ans de carrière. Ses dernières réalisations se sont toutes avérées d’excellente facture. Tant "On the Jimmy Reed Highway", publié en 2007, pour lequel il était associé à un autre excellent gratteur issu d'Austin, Jimmy Vaughan, que "Big town playboy", en 2009. L’année 2012 sera même particulièrement prolifique. Il grave ainsi "I'm gone" et "Too much is not enough ainsi qu’un autre tribut à la mémoire de son ami disparu, l'harmoniciste Gary Primich, "Just a little more". Sans oublier son best of, "Essential collection".

Il est donc de retour. Et de nouveau pour rendre hommage à son idole de toujours, Howlin' Wolf. Il mesurait près de 2m et pesait 300 livres, environ 135kg! Décédé en 1976, il n'avait que 65 ans. 14 des 15 plages de ce "Runnin’ with the wolf", sont issues du répertoire de Big Foot (NDR : c’était un des sobriquets de Chester Burnett) ou de Willie Dixon, le plus grand compositeur du Chicago blues. Les versions originales étaient parues en 45tours, entre 1951 et 1965.

Omar s'échauffe sur le titre maître de l’opus. Il aligne des jeux de mots d’une voix féroce, empruntée au Vieux Loup. Le Texan Ted Roddy s’y réserve l'harmonica. L’adaptation de "Killin' floor" est primitive et explosive. Elle est attaquée sous la forme du trio. Soit en compagnie de Ronnie James et du vétéran d'Austin, Mike Buck (ex-Fabulous Thunderbirds, Leroi Brothers). L’exercice de style vocal est remarquable et le grattage de cordes corrosif. Les Rolling Stones ont décroché un numéro 1 dans les charts, grâce à leur adaptation de "Little Red Rooster". Un classique du blues lent qu’Omar vit intensément. Sa six cordes pousse même les cris du coq! Autre blues lent, le véritablement fumant "Tell me what I've done". Omar se concentre sur le chant pour "Howlin' for my baby". A l’origine, ce morceau avait été baptisé "The wolf is at your door" et il était sorti en 1952. La cover est imprimée sur un tempo familier à Wolf. Eve Monsees (Mme Mike Buck dans la vie) s’y révèle très compétente à la gratte. Dykes se révèle plus Wolf que nature sur l’inévitable "Spoonful", une piste au rythme soutenu. Plus confidentiel, "Ooh baby, hold me" est un morceau curieux. Les interventions de gratte sont trafiquées, et le saxophone n’est pas crédité. "Riding in the moonlight" est attaqué sous le format trio, comme un shuffle à la texane. Bruce Jones et Wes Starr (autrefois membres des Howlers) sont de la partie. Une excellente version, livrée à l’état brut. "Riding in the moonlight" est certainement une de mes compos favorites de Burnett. Le rythme est syncopé et exotique. Buck, Monsees, Nick Connolly à l'orgue, et deux saxophones dont celui de Kaz Kazanoff, participent aux débats. Un line up qu’on retrouve sur "Do the do". L’ex-Leroi Brothers Casper Rawls est venu donner un coup de guitare à la version passionnante du "Back door man". Et le tandem embraie sur le très rock'n'roll "Worried all the time", une piste au cours de laquelle, les acteurs prennent leur pied. "Smokestack lightning" est un blues caractérisé par un riff hypnotique, maintes fois repris par des blues bands issus des sixties. Derek O'Brien se réserve les cordes et Ted Roddy l'harmonica, sur cette reprise très réussie. Autre shuffle à la texane, "I'm leavin' you" casse littéralement a baraque. Enfin pour notre plus grand plaisir, Omar termine cet opus par "Wang Dang doodle", une compo imprimée sur le rythme du boogie. Excellent!

 

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