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Open’er Festival 2016 : mercredi 29 juin

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La Pologne ne se distingue pas seulement par son équipe de football, dans le cadre européen; mais aussi par ses festivals. L’Open’er, au fil de ses 15 éditions, s’est taillé une solide réputation dans le paysage pourtant déjà dense des grands festivals.

Pour preuve, dès notre départ en matinée à l’aéroport de Bruxelles, on remarque la présence de nombreux jeunes. Ils ont emporté leur matériel de camping et s’apprêtent à faire le (long) déplacement. Il faut dire que les tarifs pratiqués –pass d’entrée, boissons et nourriture– sont bien moins élevés qu’en Belgique. Comptez carrément la moitié des prix. De quoi compenser le coût du billet d’avion ; finalement pas très élevé non plus, d’ailleurs…

Et la soirée débute par un retour très attendu, celui de PJ Harvey. Elle vient défendre son dernier opus, « The Hope Six Demolition Project », qui succède, au sublime « Let England shake » (NDR : un titre bien d’actualité vu le Brexit ; communauté et foot compris). Manifestement, Polly n’a rien perdu de sa superbe. Elle est soutenue par 9 musiciens, dont ses fidèles John Parish et Mick Harvey (NDR : qui rappelons-le n’a aucun lien de parenté avec elle). Et à l’instar de « Chain of keys » proposé en en ouverture, les touches de jazz et de blues sont accentuées par les deux saxophonistes. En outre, les lumières tamisées et le décor de fond (un mur lounge au relief en 3D) donnent l’impression d’être plongé au sein d’un grand club de jazz. Elégamment (NDR : malgré ses 47 balais) la toujours jolie brune vient poser sa voix. Les titres du dernier opus sont presque joués dans l’ordre (« The Ministry of Defence », « The Community of Hope », « The Orange Monkey », « A Line in the Sand », etc.) Il faudra attendre la fin de set pour qu’elle attaque son répertoire plus ancien, dont le décapant « 50th queenie » enchaîné aux « Down by the Water » et « To Bring You My Love ». Avant que ne se produise le point d’orgue de la soirée (NDR : et peut-être du festival), lorsque les 10 artistes vont se pencher, deux par deux, sur les cinq micros en front de scène. Et achever « River Anacostia » en chantant a cappella le refrain ‘What will become if God's gonna trouble waters?’ Un morceau qui reflète bien l’aspect sombre des textes du dernier opus de PJ. Des lyrics qui s’inspirent de la pauvreté qui sévit à Washington DC, mais également de la guerre en Afghanistan ou au Kosovo, pays qu’elle a visités, pour trouver l’inspiration. Sur le long playing, la rythmique du sax est omniprésente (NDR : tout comme sur les planches, il sont trois à assurer cette mission, dont Polly elle-même) et les percus sont hypnotiques. En extrapolant, on imagine facilement des sirènes inhérentes aux conflits armés ; mais également des défilés patriotiques. Et en fin de parcours, les musicos quittent sobrement et un par un, l’estrade, de manière quasi-militaire. Avant que le public, visiblement comblé, réclame haut et fort un rappel. Qui tardera à se concrétiser. Mais les plus patients ont eu raison d’attendre le long ‘encore’. Au cours duquel le band va nous réserver en finale « A perfect day Elise », qu’on aurait pu modifier pour l’occasion en ‘A perfect evening Polly’ !

Lorsqu’elles s’étaient produites à l’Orangerie (NDR : à deux reprises !) les Savages avaient fait un tabac. Sous un énorme chapiteau (NDR : vu la météo, heureusement que cet Alter stage est couverte cette année), la formation britannique est bien en place. Vêtues de tenues sombres, classes et sexy à la fois, le quatuor féminin fait rapidement le ménage (NDR : oui elle est facile, je l’admets…). Le public est dans les cordes. Faut dire que Jehnny Beth et ses copines alignent uppercuts et crochets qui font mouche, comme si elles étaient sur un ring de boxe. Girl power !

La soirée est décidemment bien féminine. Florence and The Machine est programmé au même moment sur la grande scène. Que de chemin parcouru depuis sa prestation accordée dans le cadre du mini festival des Inrocks à Lille en 2009 (NDLR : voir le compte-rendu ici)

C’est la grande foule à l’entrée du site. Et le show sera à la hauteur. La jolie rousse aligne ses tubes, tels un bon vieux juke-box qui tourne sans jamais vouloir s’arrêter. On aura ainsi droit aux incontournables « Shake it out », « Sweet nothing », « Cosmic love » et «You’ve got the love». Florence Welsh est de bonne humeur et elle varie ses chorégraphies. Elle descend même régulièrement dans la fosse (NDR : a contrario de la plupart des artistes qui figurent à l’affiche de ce premier jour). Mais la musique reste de la pop bien gentillette ; et si elle communique avec le public, son discours entre les morceaux est un peu trop fleur bleue, parlant essentiellement de l’amour idyllique…

Pour assister à un spectacle un peu plus original, il est nécessaire de retourner sous l’Alter stage, où Mac DeMarco est programmé. Caractérisées par ses riffs déjantés, ses compos naviguent quelque part entre celles de Pavement et la nouvelle coqueluche, DIIV. Des morceaux noisy/punk aux refrains parfois carrément humoristiques. Et il draine, lui, heureusement, un auditoire bien plus rock’n’roll que sur le podium principal. Car oui, le ‘rock’ a de moins en moins de place dans les festivals ; et il faudrait que les organisateurs pensent tout doucement à retirer ce terme de leur appellation. Suffit de prendre connaissance de la programmation affichée par la plupart des festivals estivaux, pour s’en rendre compte…

(Organisation Open’er)

 

 

Les Nuits Botanique 2016 : mercredi 2 juin

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Le chapiteau et les différents stands ont été démontés, depuis quelque temps, mais les Nuits Botanique jouent les prolongations. On peut légitimement se demander pourquoi le concert de ce soir s’inscrit dans le cadre du festival. Le complexe culturel est quasi-vide. Un seul spectacle y est programmé. Celui de Liima, soit les trois rescapés d’Efterklang associés au percussionniste finlandais Tatu Rönkkö. Le combo danois est venu présenter son premier elpee, sobrement intitulé « ii ». Une œuvre conceptuelle, écrite entre Berlin, Istanbul et Madère, qui a été plus ou moins bien accueillie par la critique.

Anna B Savage assure le supporting act. Cette Anglaise a publié son premier Ep, l’an dernier. Elle monte sur l’estrade, peu après 20 heures. Seule, armée de sa gratte. Mais elle ne semble pas intimidée. Le public est plus que clairsemé. Le rock minimaliste de cette Londonienne est littéralement habité. Car elle vit pleinement ses morceaux. Elle déverse ses textes en caressant ses cordes. Le premier quart d’heure suscite l’intérêt de l’auditoire, mais progressivement, il s’estompe. Une bonne demi-heure plus tard, elle vide les lieux sans avoir réellement démérité ; mais sans jamais être parvenue à mettre l’assistance dans sa poche.

Vers 21 heures, les lumières s’éteignent. La foule est un peu plus conséquente. Une partie s’est concentrée dans la fosse et le reste a choisi de s’asseoir sur les marches. Première constatation, il n’y a pas de batterie sur le podium. Surprenant ! On n’y aperçoit qu’une basse, des micros, un synthé et des gadgets électroniques en tout genre. Quand ils débarquent sur scène, les Scandinaves semblent apparemment décontractés, à l’instar du chanteur Casper Clausen, vêtu d’un short aux couleurs vives et coiffé d’une casquette. Tout au long du set, il va prendre plaisir à déformer sa voix. Ce qui ne va pas l’empêcher d’arpenter les planches d’un côté à l’autre. Tatu Rönkkö est un fameux percussionniste. Que ce soit pour frapper sur des couvercles métalliques à l’aide de baguettes, tapoter sur une boîte à rythmes ou sur un bocal en verre ! C’est la basse de Rasmus Stolberg qui sert de fil conducteur aux morceaux. S’il se trémousse, Mads Bauer est plus effacé ; parfois on a l’impression qu’il se cache derrière ses claviers et sa touffe de cheveux.

Dès les premières notes, le groupe indique la couleur. Bien qu’éclectique, la musique baigne dans l’électro/pop. Certains titres creusent dans la même veine qu’Efterklang, lors de la fin de son aventure. D’autres sont imprimés sur des rythmes réminiscents des 80’s. Et les moins inspirés sont contaminés par la techno. Mais peu importe les styles, Liima parvient à garder le cap et surtout à entretenir une ambiance constante, grâce à des compos particulièrement excitantes, boostée par un light show bien rôdé. Les spectateurs dans la fosse n’ont d’ailleurs de cesse de remuer.

Franchement, on aimerait passer l’‘after’ d’un festival en leur compagnie. Ce qui changerait des DJ habituels souvent en mal d’inspiration…

Liima + Anna B Savage

(Organisation : Botanique)

 

Les Nuits Botanique 2016 : mercredi 1er juin

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Les Nuits Botanique touchent à leur fin et en ce 1er juin, elles accueillent Ty Segall et ses Muggers, dont le nouvel album, « Emotional Mugger », est paru en janvier dernier. Prolifique, Ty n’en est pas à un projet près. Mais pour ce dernier, il a décidé de se lancer dans une longue tournée internationale, pour le défendre. Et elle récolte un succès certain, car ce soir, le concert est sold out. Faut dire que si l’artiste ne bénéficie guère de crédit dans le business, il peut compter sur une solide base d’aficionados.   

Le supporting act est assuré par le duo montois La Jungle. Responsable d’un math/kraut/noisy/rock, la paire réunit un drummer et un gratteur. Ce dernier se sert de quelques pédales et épisodiquement d’un mini clavier. Il ne chante pas, mais émet ponctuellement quelques onomatopées. En extrapolant, on pourrait imaginer qu’ils émanent du fond de la jungle. A moins que ce ne soit pour imiter le chant d’un Amérindien sur le point de déterrer la hache de guerre. Les deux musicos sont trempés de sueur au bout de quelques minutes. Tout en se contorsionnant, le gratteur se multiplie en digressions électriques alors que le préposé aux fûts épate par sa technique. Il s’y révèle même époustouflant. Un bémol, mais il est de taille, la prestation relève davantage de la performance que de la musique. On a beau chercher un fil mélodique, il n’y en a pas. A réserver aux inconditionnels du style (pour les photos, c’est ici).

Les Muggers ne sont pas nés de la dernière pluie, puisque ces musicos participent à différents projets, sur la scène alternative californienne. Segall y est même parfois impliqué. Y militent donc le fidèle bassiste/saxophoniste Mikal Cronin, les gratteurs Kyle Thomas (alias King Tuff) et Emmett Kelly (The Cairo), le claviériste/guitariste Cory Hanson (Wand) ainsi que le drummer Evan Burrows. Emmett et Mikal sont vêtus de costards noirs et de chemises blanches, sans cravate, mais avec boutons de manchettes. Celui de Cory est de teinte beige. Tout comme son pull à col roulé. Chaussé de lunettes teintées, il campe un croisement entre Tom Cruise et Sylvester Stallone. Lorsqu’ils étaient jeunes, bien sûr. Evan porte un sweat-shirt, trop grand pour lui, et un short blanc. Enfin, le plus pittoresque, c’est certainement Kyle. Il aurait sa place dans le 'kop' des supporters néerlandais (NDR : oui, on sait, l’équipe batave est privée de championnat d’Europe). Et pour cause, il est habillé, de la tête aux pieds de couleur orange Sa casquette à visières et à volets. Sa salopette. Et même sa guitare !

Quand Ty grimpe sur l’estrade, la formation est déjà en place. Il a aussi enfilé une salopette, mais en jeans. Son visage est dissimulé sous un masque en caoutchouc représentant un nouveau-né chauve. En fait, sous ce déguisement, il ressemble plutôt à un Olmèque. Le band attaque « Squealer ». Le volume sonore est déjà ‘limite’. Et rapidement, il va la dépasser amplement. Dès « California Hills », Segall ôte son masque, et le jette derrière lui. Tout au long de ce morceau, les harmonies vocales à quatre voix sont superbes. Ce soir, il ne touchera pas une seule fois à une gratte. Etonnant ! Il se réserve le micro. Et va faire le show. Au cours duquel il va multiplier les attitudes. Il appuie son pied sur l’épaule d’un spectateur pendant « Emotional Mugger/Leopard Priestess », feint de subtiliser le sac d’une spectatrice qui l’avait laissé traîner au bord de l’estrade, avant de lui ramener goguenard, entame une marche sur la foule, comme Jésus l’aurait fait sur l’eau ou pointe du doigt certaines filles. Il les regarde fixement d’un air culpabilisateur. Il joue avec son pied de micro, se penche au dessus de l’auditoire ou l’harangue, raconte des inepties, comme ‘J’adore le petit déjeuner’, avant d’aborder « Breakfast eggs » ou ‘J’aime les enfants’ préalablement à « Baby big man (I want a Mommy) »). Il incite le public à pogoter ou a surfer. Ce qui va fatalement se produire. Bref grâce à (ou à cause de) son comportement, il va finir par mettre le souk. A tel point qu’en fin de set, certains spectateurs vont emporter deux pieds de micro. Qu’ils vont malgré tout restituer au roadie, avant le rappel.

La musique de Ty Segall & The Muggers oscille entre garage, psyché, glam, punk et heavy metal (Black Sabbath ?) Elle n’est pas toujours très rigoureuse, mais elle déménage. Lors de « Candy Sam », probablement un hommage à T.Rex, Mikal vient souffler dans un saxophone, alors qu’Emmett reprend la basse à son compte. Cory pose souvent comme un dandy, ne se servant que d’une seule main pour pianoter sur son clavier tout en laissant l’autre sur sa hanche. Sauf lorsqu’il passe à la six cordes. Moments au cours desquels l’intensité électrique est à son apogée. Et les corps sont en sudation. Mais Ty va être surpris par un type qui s’invite sur l’estrade. Cet hurluberlu enfile le fameux masque, puis tombe pantalon et calebar pour exhiber sa bijouterie de famille. Il se rhabille aussi vite et retourne dans la fosse, sous le regard hilare de Segall, et médusé des spectatrices…

Il y aura bien sûr un rappel. De folie ! Et le mot est faible. Finalement, ce concert m’a, quelque part, rappelé ceux immortalisés par les Stooges, à une certaine époque. Mais ce soir, ce n’est pas le leader qui a baissé son froc… (pour les photos, c’est )

Ty Segall & The Muggers + La Jungle

Set list

Squealer
California Hills
Emotional Mugger/Leopard Priestess
Diversion
Breakfast Eggs
Baby Big Man (I Want a Mommy)
Mandy Cream
Candy Sam
Squealer Two
The Magazine
Thank God for Sinners
They Told Me Too
You're the Doctor
Spiders
Manipulator
Feel

Encore:

Finger
The Feels

(Organisation : Botanique)

 

Les Nuits Botanique 2016 : dimanche 29 mai

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Royal Headache se produisait ce dimanche soir dans la Rotonde du Botanique. Responsable d’un deuxième album baptisé « High », disque plébiscité par la critique, les quatre rockeurs australiens étaient attendus au tournant par les quelques 250 personnes rassemblées dans la coquette salle bruxelloise.

The Animen sert d’apéritif. Un quatuor suisse qui n’hésite pas à colorer son rock’n’roll de country & western, mais aussi d’une touche british (NDR : probablement empruntée à Arctic Monkeys). En ‘live’, le combo libère énormément de puissance. Les musicos sont aussi à l’aise sur leurs instruments respectifs, que dans la communication. Et pendant la quarantaine de minutes qui leur sont allouées, ils vont faire étalage de toute leur classe. Même la sortie est soignée. Une bien jolie découverte…

Royal Headache entre en piste à 21h10. Issu de Sydney, le quartet est réputé pour son punk/rock/garage particulièrement nerveux. Derrière son micro, Shogun est un fameux personnage. Durant l’heure de concert, il va parcourir une distance impressionnante en voyageant de gauche à droite sur l’estrade, spécialement aménagée pour ce qui ressemble à un TOC. En outre, il semble complètement dans le cake. A cause du décalage horaire ou de la consommation excessive de certaines substances ? Difficile à dire. En tout cas, quand il essaye de communiquer avec le public, c’est incompréhensible. Et ce n’est pas seulement dû à l’accent océanien.

Les morceaux s’enchaînent rapidement. C’est une particularité du groupe, il est rare d’entendre des plages de plus de deux minutes trente. L’esprit garage en quelque sorte. Assez tôt dans le concert, « Carolina » résonne dans la serre bruxelloise. Véritable tube issu de son dernier opus, il est repris en chœur par un public peu nombreux mais connaisseur. Le noyau dur des aficionados commence même à se bousculer dès les premières notes d’« Electric Shock ». Le show est lancé.

Royal Headache se balade entre ses deux albums sans réellement suivre un fil conducteur. Heureusement, les compositions restent toutes fidèles à l’attitude belliqueuse du combo.

« Garbage » et « Another World » continuent d’exciter le public avant un entracte imprévu. Le guitariste casse en effet une de ses cordes et il lui faut plusieurs minutes pour la changer. Pendant se temps, les trois autres membres, impuissants, improvisent une chanson. Mais limité à la basse et à la batterie, ce n’est pas une franche réussite. Shogun l’avait de toute façon annoncé.

La gratte réparée, le concert peut se poursuivre au cœur d’une atmosphère de plus en plus festive. Lorsque l’auditoire est constitué de véritables fans, c’est tout de suite bien plus entraînant.

En rappel, le band nous réserve deux morceaux, dont l’explosif « Pity », dernière plage de son premier LP. Les spectateurs en réclament davantage, mais Royal Headache ne cède pas à la pression, estimant sans doute l’heure de prestation suffisante.

Sans faire plus que le nécessaire, Royal Headache a exécuté, ce soir, un show de bonne facture. On aimerait cependant que les musiciens soient un peu plus sympathiques et surtout cohérents. Jouer pour soi ne suffit pas, il faut également penser à son public. Un conseil que la formation aurait intérêt à suivre, s’il veut passer en division supérieure…

The Animen + Royal Headache

(Organisation : Botanique)

Les Nuits Botanique 2016 : mardi 24 mai 2016

Les Nuits Botanique 2016 se sont refermées –enfin presque, car en vérité, elles vont jouer sporadiquement les prolongations jusqu’au 7 juin– ce mardi soir lors d’un spectacle devenu quasi-traditionnel : le concert accordé dans le cadre solennel de la cathédrale des Saints Michel et Gudule. Cette coproduction Botanique / Le Manège.mons / Musiques Nouvelles traduit la volonté des initiateurs du projet, Paul-Henri Wauters (Botanique) et Jean-Paul Dessy (Musique Nouvelles), de permettre la rencontre entre artistes issus de mondes différents, autour de la musique classique.

Un imposant podium a été installé à l'avant de l'hôtel, en plein centre de la cathédrale. Dès que les instruments à cordes prennent leur envol, l’auditoire est plongé au cœur d’un univers magique, celui de Roland de Lassus. Ce Montois, honoré ce soir, était un des musiciens européens les plus notoires, au XVIème siècle. C'était même une véritable ‘star’, dont les chansons se sont transformées en ‘hits’, à l'époque. Sonic Lassus cherche à restituer sa musique telle qu'elle était jouée et chantée de son vivant ; mais aussi, et à l’aide d’arrangements contemporains, la rend disponible auprès d'artistes issus du monde de la pop. Créé à Mons le 4 octobre dernier, ce spectacle trouve ici un nouvel écrin –et quel écrin !– dans la sublime cathédrale gothique. 

C'est d'abord Mina Tindle, une chanteuse française, qui s'avance au devant de la scène pour interpréter « La Nuit froide et sombre » soutenue par l'ensemble. De son vrai nom Pauline de Lassus, elle nous confiera après le concert être en effet une descendante en ligne directe du maître : ‘C'est en partie pour cette raison que les coordinateurs du projet m'ont contactée’. Très belle et douce, sa voix évoque Cat Power. Et on tombe sous son charme. Les harmonies et le chant affichent un petit coté médiéval, qui est renforcé par le son si caractéristique du luth.

C’est ensuite au tour de Daan, chanteur flamand bien connu au Nord de la Belgique, de donner corps à une chanson de Lassus : « Qui dort ici ». Affublé de ses inséparables Ray-Ban, Daan s'agrippe au micro à l’aide de ses mains, concentré sur une mélodie qui ne correspond pas vraiment à sa voix plutôt ‘rock’. Par contre, celle –fragile, plaintive, enchanteresse– de Laetitia Sheriff, une chanteuse/bassiste française, émerveille tout au long de « Qui Veut d'amour ». Tel un jeune choriste timide, celle de Baptiste Lalieu, alias Saule, se révèle limpide et touchante sur « Fleur de 15 ans ». Fùgù Mango clôture la première série de chansons en proposant une version rythmée de « Je l'aime bien ». Les frères Lontie et Anne Fidalgo ont entraîné leur batteur, l'excellent Sam Gysel, dans l’aventure ; et c’est devenu une bonne habitude –à l’instar de leur set accordé sous le Chapiteau des Nuits Bota– les Bruxellois mettent l'ambiance, ici à travers un madrigal aux accents tribaux! Irrésistible !

Retour au calme grâce aux harmonies vocales de l'ensemble français Ludus Modalis, suivies par un slam étonnant du Belge d'origine congolaise, Pitcho. Sur « Psalmi Poenitentialis », il a écrit un texte bouleversant, qui résonne comme un cri dans les travées de l'église. Encore un moment fort du spectacle.

Les premières notes diffusées par les grandes orgues de la cathédrale ont de quoi faire sursauter. Il faut lever la tête, car ces orgues sont accrochées à la paroi, au-dessus de la nef. L'organiste, Xavier Deprez, improvise sur « Principium » et « Suzanne Un Jour ». Un véritable tour de force, mettant en valeur toutes les sonorités de l'instrument, jusqu'aux dissonances les plus étonnantes (NDR : elles ne manqueront d’ailleurs pas d’amuser les musiciens sur scène).

Après un nouvel a capella, le programme se poursuit et au moment de « Parents sans amis », interprété par Daan, on sent que le dénouement est proche. Le rythme des violons enfle et le carillon tubulaire du percussionniste résonne. Tous les chanteurs, qui étaient assis derrière l'ensemble, se lèvent et chantent à tue-tête lors d’un final collectif époustouflant. Jean-Paul Dessy murmure ensuite en souriant : ‘C'est fini !’.

De retour sur terre, on a bien conscience d'avoir assisté à un spectacle exceptionnel, non seulement parce qu'il s'agit d'une création belge quasi-unique mais aussi parce qu'il transcende les frontières entre les musiques. Concert liturgique, multiple et incantatoire, Sonic Lassus nous a permis de vivre un superbe voyage sonore, doublé d’un florilège musical mystique…

Jean-Paul Dessy nous a confié être en contact avec des organisateurs et des programmateurs pour donner une suite à ces concerts exceptionnels. Qui sait, peut-être, pour vivre une tournée des cathédrales françaises ? A bon entendeur....

(Organisation : Botanique / Le Manège.mons / Musiques Nouvelles / ADAMI / Fondation Mons 2015 / De Concert ! / Festival de Wallonie-Hainaut)

Les Nuits Botanique 2016 : vendredi 20 mai

Le Cirque Royal accueillait ce vendredi 20 mai une soirée assez particulière. Et plus particulièrement un ‘ciné-concert’ au cours duquel Mogwai était invité à interpréter la bande originale qu’il a composée spécialement pour le documentaire ‘Atomic : Living In Dread Promise’. Il n’en est pas à son coup d’essai, puisqu’il avait déjà signé la B.O. de la série française ‘The Revenant’ ainsi que celle d’un reportage consacré à Zidane.

Réalisé par le Britannique Mark Cousins, ce film a été diffusé sur la BBC 4, dans le cadre du 70ème anniversaire des bombardements qui ont touché les villes d'Hiroshima et de Nagasaki. Donc on pouvait s’attendre à un spectacle conceptuel plutôt qu’à un concert ou un documentaire.

Pas de première partie. A 20 heures, il y a encore une file interminable devant le Cirque Royal. Faut dire que les fouilles –bien légitimes en cette période trouble– ne facilitent pas son accès. Vu les circonstances, le show ne commencera que vers 20h30. Les lumières s'éteignent. Sans émettre le moindre mot, sans concéder le moindre signe, les cinq musiciens prennent place sur leur chaise, qu’ils ne quitteront d’ailleurs plus avant la fin du show. Difficile de faire plus statique ! Aucun micro n’a été installé sur l’estrade. Pas vraiment nécessaire, puisqu’il n’y aura aucune interaction entre l’auditoire et le quintet qui s’éclipsera, sans même lui adresser le moindre regard, dès sa prestation terminée. Bref, c’est bien le documentaire projeté derrière la formation qui doit focaliser tous les regards. Pourtant, les morceaux atmosphériques de Mogwai collent parfaitement aux images d’archives projetées. Et créent des atmosphères variées. On passe ainsi de l’hécatombe causée par les bombardements à la psychose de la guerre froide en passant par les progrès de la science en matière de santé. Bref, le sujet est vraiment intéressant. Sauf que les commentaires sont incompréhensibles. Il aurait fallu prévoir des sous-titres. D’autant que le combo écossais n’est pas avare en décibels ; à tel point que le volume sonore devient parfois excessif. 

En conclusion, si au départ le concept semblait passionnant, vu la qualité de la bande-son et du documentaire, il faut reconnaître que le résultat n’a pas été à la hauteur des attentes. L’auditoire s’est retrouvé coincé entre un concert et une projection. Une sensation plutôt frustrante. Car si le public a entraperçu Mogwai, il n’a pas davantage disposé d’un confort suffisant pour apprécier le film. Un Cirque Royal en configuration totalement assise, aurait été sans doute un choix plus judicieux…

Béber

Mogwai

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Ce vendredi 20 mai, il y a du peuple dans la Rotonde pour accueillir deux groupes belges, The Sunday Charmers et Konoba ; mais également un français, parisien plus exactement, Naive New Beaters, qui est venu présenter de larges extraits de son futur elpee, « A la folie ».

The Sunday Charmers ouvre la soirée. Fondé en 2014, ce power trio, ma foi fort classique, réunit le drummer Morgan Legrelle ainsi que deux membres de Recorders, soit le bassiste Florian Donnet et le chanteur/guitariste Etienne Donnet. Légèrement teintée de psychédélisme, sa pop est élégante et sucrée. Le vocaliste est parfois encore un peu hésitant, mais en prenant un peu de bouteille, il devrait facilement tirer vers le haut, un groupe qui ne manque finalement pas d’allure…

Konoba s’était produit dans le cadre du festival ‘Propulse’ en 2015. Aujourd’hui, sur l’estrade, il dispose de bien plus d’espace que lors du rendez-vous des arts et de la scène, auquel il avait participé l’an dernier. On y retrouve le chanteur Raphaël Esterhazy, le guitariste Maxime Simon (Solkins, Whylanders), dont la moustache ferait pâlir de jalousie les acteurs des Brigades du Tigre, ainsi que le préposé à la basse et aux synthés, Maxime Honhon (NDR: un autre Solkins). Et puis un batteur. Un barbu ! Ces trois derniers ont enfilé des chemises de couleur lilas (NDR: la même qui est mise en vente au stand merchandising). Raphaël a opté, de son côté, pour une autre de couleur blanche, de type officier, enrichie de motifs rouges.

Le set s’ouvre par « Smoke And Mirrors ». Le light show est aveuglant. Les deux claviéristes sont aux commandes. Raphaël tapote sur sa machine. Il se déhanche et se balance. Sorte d’hybride entre Joe Newman (Alt-J), Beck et Gotye, sa voix semble habitée. Il y a des beats électro, mais ils ne sont pas trop envahissants. La mélodie est accrocheuse. L’auditoire commence à remuer. Raphaël prend la place de Maxime derrière les claviers. Ce dernier empoigne la basse et se consacre alors au micro. Big Moustache récupère une gratte dissimulée sous son clavier. Raphaël signale que c'est la quatrième fois qu'il foule les planches de la salle et semble ravi d'y revenir. Simplement, en grimpant chaque fois d’un cran dans la programmation, il espère décrocher un jour la tête d'affiche (NDR : ce sera peut-être lors de la sortie d’un album dont la date de sortie se rapproche de plus en plus). Tout au long d’« I’M A Wolf » les harmonies sont atmosphériques. « Love » s’ébroue sur des gazouillis d'oiseaux. De quoi patienter jusqu’à l’été, qui tarde à arriver. Mr Honhon s’y distingue à la semi-acoustique. La voix de Raphaël monte dans les aigus. Ses paluches sont aussi expressives que celles de feu Joe Cocker. 

Il invite les spectateurs à se serrer les mains et les épaules pour se faire des câlins. Toute la salle est en communion avec les artistes qui viennent au contact dans la fosse bien remplie. Raphaël embraie par une nouvelle compo : « Dancing In The Moonlight » ; c’est le futur single dont la sortie est imminente. Et il est bien taillé pour la bande FM. Raphaël a été abandonné par ses complices. Il est donc seul sur l’estrade et enlève le jack de sa gratte semi-acoustique pour attaquer « Winning Is For Loosers » ‘unplugged’. Une compo au cours de laquelle, il va démontrer tout son talent. « On Your Knees » est un morceau empreint de douceur. C’est devenu un rituel, Raphaël s’agenouille. Et certainement pas dans « L'indifférence », un titre interprété dans la langue de Voltaire…

De son véritable nom Michael Bensoussan, David Boring est le chanteur de Naive New Beaters. C’est aussi le fils du cinéaste Philippe Clair. Et puis il est également acteur. Sous un pseudo, qu’il a baptisé Esteban. Ses deux autres compères ont également opté pour un surnom. Le préposé au machines et synthétiseurs a choisi celui d’Eurobelix et le gratteur de Martin Luther BB King. Le line up implique également une section rythmique assurée par deux filles plutôt sexy.

Leur mix de pop, disco, hip-hop et rock est destiné à enflammer les pistes de danse. On est donc curieux de voir le résultat. Tous les membres du band ont enfilé des salopettes de couleur blanche, taguées, légèrement moulantes.

Les musicos ne se prennent pas au sérieux. Et tout particulièrement le vocaliste dont les déhanchements sont calibrés. Il chante dans un anglais à l’accent hexagonal particulièrement prononcé. Et plaisante entre les morceaux. De quoi permettre au spectacle de baigner dans la bonne humeur. Pourtant, son humour est très souvent à prendre au second degré. Il occupe tout l'espace scénique et de temps à autre, vient frapper dans les mains des spectateurs sis aux premiers rangs. Cet excellent showman possède un don inné pour chauffer son public. Il lui demande de lever les bras, les menottes, d’applaudir et de remuer le  popotin. Et les spectateurs s’exécutent. Ils dansent, jumpent, s’éclatent… comme les musicos sur les planches.

Quand il n’adopte pas un style funk, le guitariste s’autorise l’un ou l’autre solo. On a parfois l’impression qu’il se prend pour Slash.

Un bateau fait son apparition sur l’estrade. Un type vêtu d’un short et chaussé de palmes part alors surfer sur cette embarcation dans la foule. On est alors dans le délire absolu. D’après les déclarations du chanteur, ce figurant enterrait sa vie de garçon et ses parents étaient dans la salle. Bref, on après un tel show festif, on peut rentrer chez soi le cœur léger…

Setlist NNB : « Break » / « Words  » / « Hurt  »/ « Shit Happens » / « Live » / « Good » / « Heal Tomarrow » / « Montecristo » / « La On Da » / « Bang Bang » / « Made To Last » / « Long » / « Get Love » / « Can'T Choose » / « Run Away » / « Jersey ».

Didier Deroissart

Naive New Beaters + Konoba + The Sunday Charmers 

(Organisation : Botanique)

 

Les Nuits Botanique 2016 : jeudi 19 mai

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En ce jeudi 19 mai, dans le cadre des Nuits du Botanique, le Cirque Royal reçoit trois formations qui à elles seules assurent de beaux lendemains au rock et à la chanson française. Radio Elvis, Nicolas Michaux et Feu ! Chatterton, ont tous publié leur premier album cette année et ont recueilli les éloges de la critique tant en France qu’en Belgique. La soirée promettait donc d’être –ma foi– fort sympathique…

Il est plus ou moins 19 heures, et face au Cirque Royal, il commence à y avoir du peuple. Un public hétéroclite issu de tous les horizons et multigénérationnel y fait la file. Une demi-heure plus tard, alors que l’hémicycle est bien rempli, Radio Elvis monte sur le podium. Le trio parisien est venu défendre son dernier elpee, « Les Conquêtes ». Pierre Guénard (chant et guitare) débite ses textes imagés sur une musique minimaliste mais entraînante, canalisée par la batterie et la basse. Même si les morceaux ne sont guère notoires, il faut bien reconnaître que contagieux, ils sont d’une rare efficacité. Le public semble en tout cas conquis lorsque le combo vide les lieux, après un set d’une bonne trentaine de minutes (pour les photos, c’est ici)…

Nicolas Michaux jouit déjà d’une solide popularité en Belgique. Avant de se lancer en solo, ce Liégeois d’origine, aujourd’hui établi à Bruxelles, militait au sein de la formation pop/rock Eté 67. Son premier album, « A la vie, à la mort », n’est plus une découverte ; et pour cause, c’est la troisième fois qu’il le défend au Botanique. Enfin, pour la circonstance, au Cirque Royal. Vu l’accueil qui lui est réservé, il a d’ailleurs dû laisser un bon souvenir lors de ses précédentes prestations. Nicolas Michaux se plante au centre du podium, derrière son imposante gratte. Il est soutenu par un batteur, un guitariste et un bassiste. Dès le départ, on sent l’artiste particulièrement à l’aise. Il glisse d’ailleurs quelques commentaires entre ses morceaux. Sa voix claire et faussement nonchalante passe parfaitement la rampe. Sa musique est entraînante et bien plus tranchante que sur disque. Les musicos sont loin d’être statiques –a contrario de bon nombre de leurs contemporains– et s’agitent au rythme des compos. Et en 45 minutes, Nicolas va passer en revue l’essentiel de son elpee.

Il est 21h30. Le public est fin prêt pour accueillir la tête d’affiche. La salle est bien remplie. Ce n’est pas la première fois que Feu ! Chatterton se produit dans le cadre des Nuits. En 2015, il était déjà programmé. Nuance, mais elle est d’importance, il a publié depuis son premier LP, « Ici le Jour (a tout enseveli) », décroché une victoire de la musique, dans la catégorie ‘Révélation scène’, squatté différents plateaux TV et participé à plusieurs grands festivals. Ce qui explique pourquoi le show est passé de la Rotonde au Cirque Royal. Une sacrée promotion pour une formation qui le mérite amplement. 

Vêtu d’un costume trois pièces, les cheveux tirés en arrière et la petite moustache parfaitement taillée, Arthur Teboul a une allure de dandy. C’est le maître de cérémonie et il se plante au milieu de l’estrade. Il est flanqué d’un backing group réunissant deux gratteurs, un bassiste et un drummer. Feu ! Chatterton ouvre le set par « Ophélie » et embraie sur « Fou à lier », deux morceaux parfaits pour chauffer le public. Le son est nickel. Arthur Teboul pose ses textes sur la musique en gesticulant dans tous les sens, lorsqu’il n’esquisse pas quelques pas de danse, alors que ses comparses bondissent aux quatre coins de la scène. Les spectateurs sont directement conquis. Avant d’entamer « Côté Concorde », il amorce le sujet en déblatérant des paroles loufoques qu’il déverse avec une rapidité déconcertante. Superbe, le light show est adapté aux différentes compos. Ainsi, il entretient une ambiance cosy tout au long du paisible « Les Camélias » et baigne au sein d’un climat plus chaud et ondoyant sur l’épatant « La mort dans la pinède ». Avant de s’éclipser, le groupe ne pouvait pas passer à côté du single « Boing ». Un titre qui fait littéralement mouche. En rappel, Feu ! Chatterton nous réserve « La Malinche », trahissant ainsi les (légères) influences électroniques des Français. Les quelques lignes de synthé vont même suffire pour faire danser la foule, déjà chauffée à blanc pendant plus d’une heure. Difficile de mieux conclure une chouette soirée !

Ce soir, le rock ‘en français’ (et non pas français !) a trouvé une relève. Au-dessus du Cirque Royal planait les fantômes de Bashung, Gainsbourg et Noir Désir. Dorénavant rassurés par leurs dignes héritiers, ils peuvent reposer en paix (pour les photos, c’est ).

Radio Elvis + Nicolas Michaux + Feu! Chatterton

(Organisation : Les Nuits Botanique)

Les Nuits Botanique 2016 : mercredi 18 mai

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CocoRosie est venu présenter son album « Heartache City », paru en 2015, dans le cadre des Nuits Botanique. De quoi secouer le Cirque Royal. Sur scène, le duo yankee a décidé de jouer des morceaux qui associent le rap, le chant lyrique et le beatbox. Un mélange audacieux. Compte-rendu. 

La soirée commence par Benoît Lizen, flanqué de l’Orchestre de Mons. Son premier LP, « Naomka », est sorti l’an dernier. Pendant une bonne demi-heure, le chanteur belge va nous interpréter des chansons dans une langue qu’il a inventée : le ‘Galionka’. Un mélange d’espagnol, de portugais et d’anglais. Ses ballades mélancoliques sont enchanteresses. Les couleurs chaudes de sa guitare lap steel –à l’instar de celle qu’il pose sur ses cuisses– ou acoustique collent bien à sa voix bluesy et nasillarde. Mais la suite est moins convaincante. Les harmonies du Mons Orchestra, soit une batterie, une clarinette, une trompette, un cor et un trombone, ont beau tenter de restituer un peu de vigueur à l’ensemble, la magie n’opère pas. Dommage ! Après un petit interlude, place à la tête d’affiche de la soirée…(pour les photos, c'est ici)

Driiiiiiing. Le téléphone sonne. Le Cirque Royal sort de sa léthargie pour accueillir les sœurs Bianca ‘Coco’ et Sierra ‘Rosie’. Le silence est rompu. Tandis que la chanteuse d’opéra émet les premières inflexions, sa frangine, coiffée de dreadlocks et vêtue d’un short, monte sur l’estrade. La voix si singulière de Rosie transperce la salle, quasi-comble. Le set commence par l’un des singles du dernier LP, « Heartache city ». Le rêve peut commencer. Le beatboxer Tez remplace la batterie. Ses beats se marient impeccablement au flow continu de l’artiste coiffée d’un bonnet qui rend hommage à Bob Marley.

Les minutes passent sans pour autant que le rêve ne s’achève. Les mélanges de sonorités au clavier, au beatbox et les voix si particulières des deux interprètes semblent fasciner une grande partie de l’auditoire. Le duo semble choisir un style de chant qui rappelle le rap. Le tempo est lent. Une formule reproduite sur « Tim and Tina » et « Un Beso ». La sauce ne prend pas encore tout à fait. Les artistes patinent dans leurs ballades mélancoliques. Peut-être faut-il voir dans ces fragments une porte d’entrée dans leur univers si personnel ? Quoi qu’il en soit, le rêve se poursuit.

« Lemonade » entame la deuxième partie du spectacle. Cette compo notoire est issue de leur elpee « Grey Oceans », publié en 2010. Les fans applaudissent dès l’entame des premières notes au piano. La voix du beatboxer est de plus en plus présente. D’ailleurs, CocoRosie quitte le plateau et laisse Tez montrer tout son talent de boîte à rythmes humaine. Et seul, il parvient à enflammer le public.

La suite est dominée par la voix opératique. Mêlée à des sonorités de guitare ou de synthétiseur. Le tempo est lent. Le combo préfère la voie de la simplicité. La ‘zénitude’ semble se propager dans cet amphithéâtre. Le cœur bat au rythme des kicks et des ‘tsss’, techniques utilisées par les beatboxers. Les anciens Eps « Madonna », « End of time » ainsi que « God Has A Voice, She Speaks Through Me» ne sont pas oubliés. Sur ce dernier titre, un invité vêtu d’une burqa est venu apporter sa collaboration. Sa voix androgyne se mêle à celle du duo. Les morceaux font mouche mais la setlist ne montre pas toute la mesure du talent des artistes. Ils peinent à arriver au sommet de leur art. Jusqu’à ce que la dernière partie du concert nous montre un groupe libéré de sa musicalité plutôt mélancolique. Rosie souffle dans sa flûte en roseau tandis que sa sœur est virevoltante sur les cordes de sa harpe électrique. Le tempo va crescendo. La température de la salle monte d’un cran. Tez ne s’essouffle pas. Au contraire. Le public manifeste tout son enthousiasme. Après le single « R .I.P. Burn face », les musiciens retournent en coulisses mais les mélomanes les rappellent illico. La soirée se clôture par « We are on fire ».

CocoRosie est un groupe aux multiples facettes. La variété des instruments utilisés et les couleurs sonores très chaudes que le duo féminin apporte démontrent une grande force créatrice. Parfois, on aimerait que le combo sorte de sa zone de confort créative pour nous apporter un espace musical plus dynamique. N’empêche, le public, ce soir, a été conquis (pour les photos, c'est ).

CocoRosie + Benoît Lizen

(Organisation : Botanique)

 

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