Les rituels étranges de This Is The Kit

This Is The Kit sortira son septième opus studio, « Ghost Coat », ce 15 janvier 2027. En attendant, il a partagé le single et « Skim a Stone ». Enregistré au cœur des Rockfield Studios dans la vallée de la Wye, au sud-est du Pays de Galles, ce disque place…

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Un diptyque pour Then Comes Silence

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NOS Primavera Sound Porto 2015 : jeudi 4 juin

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Depuis 4 ans, le célèbre festival barcelonais Primavera s’est doté d’une succursale à Porto. Et même si l’affiche est un peu moins riche que chez son rival historique, l’édition lusitanienne a plus d’un charme. A commencer par un accès facile à la ville, de nombreux vols charters, des transports en commun à profusion, et toujours une personne âgée prête à vous renseigner poliment.
Autre point fort : la configuration du site, au milieu d’un parc verdoyant, en bordure de mer. Et les terrains sont en pente. Ce qui permet de voir les concerts à distance. Ce jeudi, il fait un peu frisquet, et l’ambiance est plutôt calme. Deux scènes sur les quatre sont d’ailleurs fermées.

Ce qui ne va pas empêcher l’auditoire de prendre sa première grosse claque du festival. Grâce à Mac Demarco. Son attitude totalement déjantée évoque instantanément Pavement voire les plus contemporains DIIV. Le Canadien (NDR : il est trahi par son accent) est multi-instrumentiste ; et puis il va enchaîner les variations de thèmes, passant d’un rock/garage couillu à de la franche ‘déconnade’, au cours dernier quart d’heure. Quart d’heure pendant lequel il va même s’autoriser un flirt avec une ‘variétoche’ à la Mike Brant. A prendre au énième degré, bien sûr. Guère avare de commentaires entre les titres, il déclare notamment : ‘I’m very sick with a lot of flu, so thank you for your support’. Mais là aussi les contrastes s’enchaînent, car d’un côté oui, il semble souffrant et tout fiévreux, mais il enfile également les bières nationales (NDR : de la ‘Super Bock’) tout au long de son set. Il termine même sa prestation par un long slam dans la foule, avant de montrer ses fesses en guise d’au revoir. Et ce n’est pas tout, car non seulement il change une corde de gratte pendant un titre, mais il démonte lui-même son matos après son show (NDR : il est sans doute le seul artiste se produisant au Primavera, à ne pas avoir de liner). Bref, une prestation qui surprend, mais sans jamais agacer, et qui surtout semble bien maîtrisée.

Autre scène, autre style, FKA Twigs verse dans R&B et le trip-hop, façon Tricky. Parfaite, la voix de Tahliah Debrett Barnett me fait penser à celle de Hannah Reid (London Grammar). Elle met facilement le public dans sa poche. Il est vrai que cette jolie métisse (qui a d’ailleurs conquis Robert Pattinson) exécute des déhanchements lascifs qui valent le coup d’œil. Cependant, mon estomac vibre plus que mes oreilles, et l’envie de goûter au plat typique (NDR : la célèbre Francesinha) est plus fort que tout.

Le volet ‘découvertes’ s’interrompt brièvement pour laisser la place à Interpol, un groupe qui tourne dans la plupart des grands festivals. J’ai déjà eu l’occasion de le voir à de nombreuses reprises, et depuis le départ du bassiste originel, il souffle le chaud et le froid en ‘live’. Néanmoins, le chouette set accordé à l’Olympia de Paris, en janvier dernier, me pousse à revoir le band. Qui commence en force par un « Say hello to the angels » bien en rythme. Le combo embraie par « Anywhere », « Hands away » et « Evil ». Et la prestation de s’achever par « Slow hands » et « PDA ». Le rappel ne semble pas gagné. Finalement, Interpol revient jouer trois titres, dont « All the rage back home », en clôture. N’empêche, le choix était judicieux d’assister au concert d’une des rares têtes d’affiche de ce festival.

Pour terminer la soirée, The Juan MacLean a fait forte impression. Réunissant la charmante Nancy Whang et John MacLean, le duo électro se produit sous une configuration live. Stimulés par un drummer inspiré, les tubes se propagent jusqu’au bout de la plaine, comme un vent de fraîcheur qui tombe sur la nuit… encore qu’au fil du temps, il fait de plus en plus froid, et les beats ‘dansants’ ne parviennent plus à me réchauffer. Aussi, comme une bonne partie du public, je décide donc d’aller me reposer quelques heures…

 

Les Nuits Botanique 2015 : dimanche 17 mai

Créé en 2009 par Luis Vasquez, The Soft Moon a contribué à l'émergence d'un style musical à la frontière entre post punk, shoegaze, dark wave, psyché et électro/techno. Aujourd'hui, après avoir publié trois albums et accompli une tournée en première partie de Depeche Mode, le projet de ce Californien d’origine cubaine est devenu le fer de lance d'une nouvelle scène alternative.

Consécration suprême : il accède même aux programmations des festivals branchés 'indie', à l’instar de ce concert accordé en clôture des Nuits Bota. Votre serviteur a eu l’opportunité de d’interviewer l’artiste à deux reprises, ce qui permet notre nouvelle rencontre avant le spectacle. Il me confie ses inquiétudes relatives au choix de la salle. On peut en effet s'étonner qu'un groupe 'noisy' soit programmé dans le Grand Salon, un espace assez intimiste et privé de podium. La Rotonde ou l'Orangerie auraient été mieux adaptées à la puissance que libère la musique de The Soft Moon. Heureusement, Vasquez a quand même obtenu que les sièges du public soient enlevés.

C'est Walter Hus, 'résident' au Grand Salon pendant tout le festival, qui ouvre les hostilités. Il est connu pour le générique de fin du film « The Sound Of Belgium », une adaptation pour Orgue Decap du cultissime « Universal Nation » créé par le producteur electro trance Push. L'Orgue Decap est un instrument inventé par W. Hus : il est composé de flûtes d'orgue et se combine à différents instruments (percussions, accordéon, ...) ; le tout est piloté par des automates programmables reliés à un ordinateur et un clavier. Dingue !

Lors de la soirée Night Owls, il y a une semaine, Walter Hus avait interprété une partition très techno ; mais ce soir, l'orgue de barbarie version 2.0 sonne plus classique, plus cinématographique. Le compositeur gantois joue sur un magnifique piano à queue et l'étrange orchestre impose une ambiance unique, hypnotique même. On épinglera particulièrement « Faro, Ode à la Bière », une belle chevauchée martelée par le rythme des flûtes d'orgue. Surréaliste...

Nul besoin de pause car la formation suivante a déjà installé ses instruments devant l'orchestre de W. Hus. Il s'agit de Prairie, le projet ‘ambient’ du Bruxellois Marc Jacobson. Son premier opus, « Like a Pack of Hounds », est sorti en février. Accompagné de Grégoire Fray (guitare et claviers, Thot et The Hills Mover) et de Catherine Graindorge (violon), Jacobson propose des atmosphères sombres aux structures harmonieuses tout en y entretenant une certaine tension, voire même en y communiquant un sentiment d’angoisse. Pensez à Sigur Rós, Haxan Cloak, Kreng : c'est onirique, comme la bande-son d'un océan calme au crépuscule. Plus tard, des vagues puissantes, déclenchées au synthé-controlleur Akai par G. Fray, viennent se fracasser sur nos tympans, enrichies de guitares cristallines et d'interventions de violon torturées. Superbe et envoûtant...  

Un saut dans le temps et nous sommes prêts à accueillir The Soft Moon. Nous avons pris soin de nous placer au premier rang, vu qu'il n'y a pas d’estrade. C'est le problème au Grand Salon, comme d'ailleurs aussi dans le Witloof Bar. Les sons de synthé de « Inward », l'intro du dernier album « Deeper », s'insinuent dans les baffles et les trois musiciens prennent place. Aux côtés de Luis Vasquez, on reconnaît les deux Matteo : Matteo Salviato à la basse et aux drumpads ainsi que Matteo Vallicelli, à la batterie.

Ce dernier entame un beat répétitif à la grosse caisse pour attaquer « Black », un des meilleurs titres de « Deeper ». La voix de Luis évolue à la frontière entre murmure et cri, un style de chant immortalisé par Trent Reznor. La comparaison avec Nine Inch Nails ne s'arrête d'ailleurs pas là. L'ambiance générale du titre est très 'NINiesque', une tendance qui caractérise plusieurs titres récents de Soft Moon. Dans l'interview qu'il a accordée à Musiczine en février dernier (voir ici dans Musiczine et là sur Youtube), Luis nous confiait qu'il considérait Trent Reznor comme ‘une âme-sœur’ (‘a kindred spirit’) ; ce qui explique sans doute cette corrélation inconsciente.

En tout cas, la musique dispensée par The Soft Moon est fabuleuse et captivante, comme si elle était le fruit d’une combinaison parfaite entre l'héritage post punk/new wave/shoegaze et des sonorités technoïdes plus récentes. En parlant de post punk, « Alive » et « Dead Love » déroulent ensuite leurs basses très ‘Curesque’ et leurs guitares ‘batcave’ dopées au flanger. Ici, le chant de Vasquez est plus tribal, davantage dans le cri comme chez Andrew Eldritch. Pour les solos, Vasquez utilise un Moog Sub Phatty, duquel il tire de longues notes en ‘sustain’, qu'il étire et triture à l'aide du 'pitch bend', la molette qui permet de modifier la hauteur de note.

Tout au long de « Far », une bombe imprimée sur un tempo frénétique, le public réagit en dansant et en bondissant, provoquant même un début de pogo. « Wrong » accentue la pression encore grâce à son rythme robotique et son riff exécuté au vocodeur. Au milieu du morceau, Vasquez se fend d'un solo de percussions sur... un fût. Un chouette moment post-industriel !

J'attendais impatiemment « Wasting », une composition issue de « Deeper », qui marque une évolution vers un chant plus structuré et la présence de vraies mélodies. Je n’ai pas été déçu : l'interprétation est impeccable et on est bluffé par la prouesse vocale. Pendant le refrain, on ne peut s’empêcher de penser à Martin Gore et même à Tears For Fears, des comparaisons que Luis accepte volontiers (cfr l'interview).

La fin du set est une irrésistible montée en puissance qui culmine au moment de « Being », un véritable brûlot ! Drapé dans un riff de guitare à nouveau très 'Curesque', Vasquez crie ‘I can't See My Face’ avant d'éructer ‘I don't know who I am – What is this place – I don't know who I am’, lors d’un final super noisy.

La formation revient interpréter trois titres : « Die Life », « Parallels » et « Want ». Les derniers moments sont à nouveau hallucinants, martelés par les percussions et un interminable crescendo de synthés. Un concert superbe, très percutant, nettement mieux maîtrisé que celui accordé par le musicien au Magasin 4, en 2012. C'est d'ores et déjà un des meilleurs de 2015 ! Je n'ose imaginer le résultat au sein d’une Orangerie pleine à craquer. Une prochaine fois, peut-être ?

(Organisation : Les Nuits Botanique)

Eurorock 2015 : samedi 16 mai

C'est le dernier jour de l'Eurorock et aussi le plus important, car c'est aujourd'hui que doivent se produire les plus grandes têtes d'affiche : Killing Joke, Front 242, Fields of The Nephilim, etc. Pour rappel, l'Eurorock est un festival qui tente de renaître de ses cendres après 12 ans de silence. Se déroulant à Neerpelt, dans le Limbourg, il se focalise sur les musiques ‘sombres’ qui ont marqué les années '80. Et tout particulièrement les genres new wave, post punk, rock gothique, EBM (Electronic Body Music), synth-pop, électro-indus, etc.

Lorsque nous arrivons sur place, vers 13h, le ciel est gris et il semble régner une atmosphère de chaos. Nous l'apprendrons plus tard, le festival a dû être interrompu vers midi en raison du vol d'une partie de la recette. En outre, victime d’un malaise l'organisateur a dû être hospitalisé. Après plus d'une heure et demie d'attente, des responsables montent sur le podium pour annoncer que le festival a été repris en main par des volontaires et qu'ils vont essayer de poursuivre le programme en compagnie des artistes qui acceptent de jouer gratuitement ou pour une partie de leur 'fee'.

Lacrimas Profundere, monte alors sur l’estrade. Un groupe allemand de rock gothique. Sa musique est sombre et mélancolique, ce qui a l'heur de plomber encore plus l'atmosphère.

Il faudra attendre Crash Course In Science pour nous remonter quelque peu le moral. Issue de Philadelphie, la formation est née en 1979. En ‘live’, elle propose une minimal synth très sautillante et pétulante. Michael Zodorozny, un des membres originaux, est toujours au poste. Il chante plein d’entrain les petites perles de pop expérimentales que sont « Flying Turns » ou « No More Hollow Doors ». La chanteuse qui le soutient s'acquitte honorablement –même si elle en fait parfois un peu trop– des parties vocales, interprétées à l'origine par Dale Feliciello : « Cardboard Lamb » et « It Costs To Be Austere ». Nice show !

Groupe de metal gothique, Xandria tente de réchauffer un peu l’atmosphère, qui demeure cependant morose. Et ce n’est pas le set assez décevant de Portion Control qui parviendra à inverser la tendance.

Un peu plus tard, on apprend que Front 242, Neon Judgement et Fields of The Nephilim ne se déplaceront pas. Pffff... On craint que l’Eurorock ne tourne au fiasco et puis... miracle, on nous informe que Peter Hook and The Light, la formation drivée par le légendaire bassiste de Joy Division et de New Order, va quand même jouer! On est soufflés car le Mancunien a une réputation de mauvais caractère ; et on se souvient du ramdam qu'il avait provoqué lorsqu'il n'avait pas été payé lors du Shadowplay de Waregem. En prenant du recul, il faut reconnaître que c'est sans doute Peter Hook qui a sauvé l'Eurorock d'une débâcle totale.

Au moment où il monte sur l’estrade, Hook précise d'emblée : ‘Nous allons jouer pour rien mais on a déjà dû jouer pour rien dans des festivals encore pires que celui-ci !’ Il enchaîne immédiatement par « Atmosphere » et on a l’impression qu’un événement va se produire. En effet, survolté par les circonstances négatives, Peter Hook va accorder une prestation remarquable, carrément punk ! Ce sera un véritable ‘best of’ de Joy Division que le combo va dispenser, en hommage à Ian Curtis, à quelques jours de la commémoration de sa mort. Evidemment, la voix de Peter Hook est plus que limite ; et il l’avoue lui-même. Mais de le voir interpréter des classiques comme « Insight » et « Dead Souls », 35 ans plus tard, ça fait chaud au coeur. C'est son propre fils, Jack, qui se charge de la basse. Peter ne sait pas cumuler voix et instrument en même temps, mais il nous réserve quand même quelques parties sur sa superbe Eccleshall de couleur rouge. Pendant « Digital », la foule entame même un pogo ! Le reste du show touche au sublime : « Isolation », « She's Lost Control » et enfin, « Shadowplay » nous achèvent complètement. Peter Hook a prouvé qu'il était un grand Monsieur. En plus, il se murmure qu'il a prêté son 'backline', son matériel de scène, aux autres groupes suite à la défection d'un des fournisseurs. Chapeau !

Vers 18h45, boostés par ce grand moment et par le soleil qui est revenu, nous retournons vers l'autre podium pour assister au concert d'Absolute Body Control, le premier projet créé par Dirk Ivens, à la fin des années 70. Comme d’habitude, il est accompagné par son compère Eric Van Wonterghem, aux claviers. Poursuivant sur la lancée de Peter Hook, le duo belge aligne également hit sur hit. Evidemment, le son est moins énorme : c'est de la synth-pop assez minimale, comparable au premier album de Depeche Mode. « Melting Away » est superbe et Dirk se déplace sur la scène tel un félin à la recherche d'une proie. Après un tout nouveau titre, « Sorrow », assez calme, ABC repart en force et attaque « Never Seen » et « Give Me Your Hands ». En rappel, le tandem va nous gratifier d'un excellent « Into The Light » : ‘Proficiat, Dirk & Eric !’

Nous nous autorisons une pause pendant Whispers in The Shadow, une formation de cold wave/gothic rock déjà vue auparavant, mais pas question de rater Anathema ! Créé à Liverpool au début des années '90, ce band est parvenu à faire évoluer son style du doom-metal vers le prog-metal, avant de s’orienter vers un prog rock alternatif proche de Steven Wilson, Radiohead, voire même Portishead. ‘Nous ne sommes pas payés mais il y a des choses plus importantes que l'argent. Le respect, par exemple, le respect pour vous, qui avez payé vos tickets’. C'est par ces mots, admirables, que Vincent Cavannagh, le chanteur, entame le concert. Le premier titre est éponyme, c'est « Anathema » et aux côté de Vincent, on retrouve la famille Cavannagh : Danny à la guitare et Jamie à la basse. A la batterie, il y a John Douglas et au second chant, la jolie Lee Douglas (encore une histoire de famille).

Pendant « Untouchable Part 1 & 2 », on se met à planer sur les belles harmonies mais l’ensemble manque un peu de pêche. Heureusement, on a droit au fabuleux « Closer », un OVNI musical aux confins de l'électro, du prog rock et de l'indie rock : une pure merveille. Anathema prend congé sur « Distant Satellites » et on remercie les musicos pour le merveilleux geste désintéressé qu'ils viennent de poser. Thx !

Epuisés, nous nous accordons une nouvelle pause pendant Tanzwut et après une courte interruption, on entend la musique d'Eyes Wide Shut (« Masked Ball » de Jocelyn Pook) et c'est... Killing Joke !!! La formation de Notting Hill commence en force, par son plus grand hit, « Love Like Blood ». Immédiatement, c'est le délire dans le (et autour du) chapiteau. Le son est d'une puissance phénoménale et Jaz Coleman, arborant son look rituel de Severus Rogue (ça me rappelle quelqu'un – private joke), parvient sans trop d'effort à placer sa voix de stentor au-dessus de la mêlée. On vit un grand moment, qui se poursuit par Wardance », « Complications » et « Requiem ». Le béret sur la tête et la cigarette au bec, Geordie White est impérial, comme à l'accoutumée. Quant à Youth, à la basse, il a l'air de plus en plus... jeune ! Symboliquement, le groupe nous réserve « Money Is Not Our God », un titre de circonstance ! Au total, Killing Joke va interpréter 17 titres, dont certains, rallongés. Un show exceptionnellement long et d'une rare intensité.

Trop fatigués pour attendre Therion, nous quittons la plaine de Neerpelt satisfaits, persuadés d'avoir assisté à un festival à nul autre pareil. Evidemment, il faudra que la lumière soit faite sur ce qui s'est réellement passé mais une chose est sûre : c'est l'altruisme des volontaires, tant techniciens que musiciens, qui a permis au festival de poursuivre son déroulement et pour cette raison, ils méritent notre respect ! Et c'est grâce à eux que l'Eurorock n'est pas devenu l'Horror-rock... Hum... 

Pour les photos, c’est ici 

Les Sons du Fond du Petit Marais 2015 : samedi 16 mai

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Rongé par l’ennui un samedi de mai, votre serviteur a été intrigué, au détour d’une promenade, par le va-et-vient de badauds tout droit sortis d’un mouvement hippie post Woodstock.
Sa curiosité l’a conduit à l’entrée d’une propriété communautaire à Jemappes au sein de laquelle se déroulaient des festivités destinées à récolter des fonds participatifs. Un mini festival à la clé (‘Les sons du petit Marais’) !

Il s’agissait de la toute première édition du genre. Elle n’a malheureusement pas attiré grand monde. Il faut avouer que la publicité accordée à cet évènement était quasi inexistante. L’affiche proposait une artiste à la connotation exotique : Hano-ah. J’avais pourtant d’autres chats à fouetter. Je ne me suis donc intéressé qu’à elle. Bien m’en a pris…

Le monde de la musique est une véritable jungle à travers laquelle il est souvent difficile de se frayer un chemin. Certains groupes sont éphémères. Parfois, ils ne parviennent pas à procurer la moindre émotion. D’autres, encore, laissent un souvenir indélébile… Aurore Di Cesare, à l’état civil, appartient de cette minorité !

Véritable OVNI dans le paysage musical, cette jolie jeune femme à l’allure prépubère, semble avoir traversé, le temps d’une parenthèse, le tube cathodique d’une émission de télévision style High School Musical.

Elle jouit en réalité d’une solide expérience dans le domaine, bien qu’elle vienne à peine de souffler ses 27 bougies !

Ainsi, alors âgée de 21 ans, elle parvient à fédérer suffisamment de fans afin de récolter la coquette somme de quinze mille euros.

Le Crowdfunding lui permet de pénétrer le marché grâce à la publication d’un premier opus dix titres intitulé « At the crack of dawn ». Lors des sessions d’enregistrement, elle s’était intelligemment entourée d’un orchestre classique. Distribué par Universal, le disque a été produit par le talentueux Renaud Lhoest, malheureusement disparu trop tôt après avoir souffert d’une longue et pénible maladie.

La suite de la carrière de cette Montoise d’adoption sera vécue comme une conte de fée. Après une première création pour le ‘Festival au Carré’, organisé par le Manège, Hano-ah se produit en live dans l’émission ‘50 degrés nord’ sur Arte ainsi que ‘Sans chichis’, sur la RTBF.

Cerise sur le gâteau, les chansons de son répertoire sont reprises pour la BO du film anglais « Echoes of summer sin » de Steven Owen.

Fort de ce succès, un Ep quatre titres voit le jour 2013. "Slow waltz ", permet à la belle Italienne de revenir sur le devant de la scène avec des fondamentaux. Expérimental dans la démarche intellectuelle, ce mini album se veut aussi plus épuré. Un disque à son image en quelque sorte !

Sur les planches, malgré une carapace qu’elle souhaiterait dure comme la pierre, la demoiselle redevient une petite fille. Ses failles et faiblesses refont surface. Parfois hésitante, presque timide, elle reste subtilement émouvante.

Ses questionnements sont nombreux ! On la sent meurtrie dans sa chair et son cœur, victime d’un passé torturé ! Sa musicalité trahit, à peine, des blessures qui semblent ne pas s’être encore refermées totalement. Une artiste à fleur de peau !

Son univers campe un mélange étrange de sons oniriques produits par son synthé et des loop vocaux amusants. Plutôt douée pour la beat box, c’est surtout lorsqu’elle s’exécute au piano-voix, qu’elle devient d’une sensualité époustouflante ! Ses paroles me bercent. Un peu comme un enfant dans les bras chaleureux de sa mère !

Planté à une encablure de l’estrade, je la contemple et redevient tout à coup le gosse que j’étais jadis découvrant son petit train en guise de cadeau de Noël. Je ne sais quoi dire. Je suis transi d’émotions. Je frissonne, mon cœur palpite et j’ai les jambes en coton…

C’est dans la langue de Voltaire qu’elle transcende viscéralement son répertoire ! Sa reprise de Noir Désir, « Le vent nous portera », est un chef-d’œuvre ! Elle parvient à se réapproprier ce titre légendaire. C’est dans cet exercice de style que l’on discerne le talent véritable des musiciens ! Beaucoup s’y essaient, mais peu y parviennent ! Chapeau bas M’dame !

Plus cocasse, l’angulaire sous laquelle elle dépoussière par sa seule créativité un titre ultra populaire de Desireless, « Voyage voyage ». Magnifique !

Son anglais approximatif dénature par contre quelque peu ses compositions écrites en anglais. Elle devrait y être plus attentive !

Artistiquement proche de Lisa Gerrard, Dead Can Dance ou encore This Mortal Coil, son show d’environ une petite heure est un melting pot de tendresse et de mélancolie. Qu’on aime ou pas son univers, on ne peut rester insensible à un telle prestance et à ce grain de voix particulier, éraillé parfois, mais tellement envoûtant.

Ses yeux pétillent de bonne humeur. Il lui est difficile de contenir ses larmes lorsque la thématique du cancer dont un ami proche n’a pas survécu, est évoquée. Ce qui pour le commun des mortels serait une faiblesse, elle, en fait une force !

Le regard ténébreux qui me glaçait le sang au début du spectacle devient tout à coup limpide, transparent. Je parviens à lire dans les grands yeux bruns d’Aurore comme dans un livre ouvert. J’y vois ses imperfections et ce spectre de contradictions qui l’entoure et fait d’elle une personne attachante dans le sens le plus noble du terme…

Seule petite ombre au tableau, son ‘live’ souffre de temps à autre de l’absence de consistance sonore. Même si le minimalisme issu de son créneau identitaire lui va comme un gant, les efforts qu’elle prodigue restent insuffisants afin de capter durablement l’attention de son auditoire. Dommage !

Hypnotique et mystérieuse, il n’était pas besoin d’être un fin observateur pour constater que cette demoiselle m’a littéralement métastasé l’âme. Je n’en suis pas sorti indemne. La vie est parfois bien étrange…

Setlist :

Walking away
The river
Slow waltz
Monster
Voyage voyage (reprise)
In the sea

Le vent nous portera (reprise)
Leave me, don’t hurt me
My dear

La rumeur (reprise)

Gnôthi + Hano-ah + Gabba Lovers + The Cherry Blossoms + Ozvald

 

Eurorock 2015 : vendredi 15 mai

L'Eurorock renaissait de ses cendres après 12 ans de silence. Il se déroule à Neerpelt, dans le Limbourg, et se focalise sur les musiques ‘sombres’ qui ont marqué les années 80. Et tout particulièrement les genres new wave, post punk, rock gothique, EBM (Electronic Body Music), synth-pop, électro-indus, etc. On se réjouissait du retour de ce festival, d'autant que l'autre grand évènement de ce type, le ‘Gothic Festival’ (qui a changé de nom par la suite, pour devenir le ‘Shadowplay’), avait disparu de la circulation, suite à un imbroglio financier. Si vous avez suivi les communiqués de presse diffusés ces derniers jours, vous êtes donc bien informés : l'Eurorock a dû être interrompu à midi, le samedi 16 mai, en raison du vol d'une partie de la recette. Pris d’un malaise, l'organisateur a dû être hospitalisé. L’organisation a été reprise en main par quelques volontaires et heureusement, la plupart des groupes ont accepté d’abandonner leur cachet ou une partie de leur 'fee'.

Mais revenons au vendredi. Lors de notre arrivée, vers 13h (nous avions fait l'impasse sur la soirée de 'warm-up' du jeudi qui ne proposait qu'un groupe 'live'), rien ne laisse présager cette future débâcle. Tout semble baigner dans l’huile. Un énorme chapiteau abrite deux podiums qui se font face. Ce qui permet de passer d'un concert à l'autre sans interruption. Ce n'est pas encore la toute grande foule, mais l'ambiance est sereine ; et en plus, il fait beau !

Nous mangeons un bout en écoutant de loin la musique électro-indus de XMH ; mais c'est au moment de This Morn' Omina, que nous nous pénétrons sous la tente. Quoique méconnu, ce combo belge (le jeu de mot, lui est connu!) surprend agréablement. Sa musique post-industrielle véhicule des accents tribaux, notamment grâce au chant et aux percussions 'live'. Le line up réunit le fondateur Mika Goedrijk, Karolus Lerocq, Jelle Mattez, Peter Morningstar et mon ami Bavo Jipla. Dans l'ensemble, le set est réussi, fascinant et irrésistible. Une belle découverte !

Star Industry, c'est un peu le Sisters of Mercy noir-jaune-rouge. Son rock gothique se complait malheureusement trop dans le mimétisme pour attirer l’attention. On a quand épinglé une reprise, très douteuse, du célébrissime hit ‘Kids’ de MGMT. Hum...

Ensuite, le légendaire Luc Van Acker, une des figures marquantes de la pop/new wave des années 80 en Belgique, va nous accorder un show impressionnant. Coiffé de sa casquette de marin et entouré de 6 musiciens, il nous propose les meilleurs morceaux de son unique album, « The Ship », un elpee qui date de 1984. L'ambiance est très fun, et très funky ! « Feels Like Love », « Wildlife » et « Climbing The Mountain » déménagent littéralement. Classique, « Zanna » est superbement exécuté en duo, non pas en compagnie d’Anna Domino, mais de la choriste du band. Chouette set !

A Split Second est une autre formation belge. Selon la légende, elle est la responsable de la new beat. C'est en effet un de ses morceaux, « Flesh » qui, ralenti de 45 tours à 33 tours (+ 8% de pitch) par le DJ Marc Grouls, a lancé ce phénomène au Boccacio, près de Gand. Mais il ne faut pas se tromper : A Split Second est au départ, un groupe EBM. Créé par Peter Boone et Marc Ickx en 1985, il est toujours actif aujourd'hui. Sur les planches, il commence par le célèbre « Colonial Discharge », qui est malheureusement coupé au moment de l'instrumental pour laisser la place à « Rigor Mortis ». Pendant « Colosseum Crash » et « Mambo Witch », on remarque la très forte présence sur le podium du chanteur, Marc Ickx. Très autoritaire, il va jusqu'à agresser (gentiment) son guitariste sur le titre « On Command ». La dernière flèche décochée sera... « Flesh », dans sa version rapide (45 tours), pour le plus grand plaisir d'un public de plus en plus nombreux et de plus en plus réceptif.

Après une longue pause, nous revenons pour Diary of Dreams, les champions de la darkwave allemande. Originaire de Reutlinger, la formation emmenée par Adrian Hates est une tête d'affiche régulière des festivals gothiques. Sur disque, sa musique est très élaborée et affiche un côté solennel, symphonique et romantique. Malheureusement, le band a la mauvaise idée de durcir le ton en ‘live’, de rajouter des guitares un peu poussives et d'en faire une tonne pour jouer aux ‘entertainers’. Mais ne boudons pas notre plaisir, la qualité y est et les compos font quand même mouche, que ce soit « Chemicals », « Undivided » ou surtout, le superbe « Kindrom ».

Nous zappons volontairement Crüxshadows, ne supportant ni la voix de canard du chanteur, ni le côté pop décérébrée des compositions. Nous préférons nous placer pour la sensation de la journée : Suicide Commando. J'ai beau avoir vu la formation de Johan van Roy de nombreuses fois, je suis toujours soufflé par la puissance de sa musique. Après avoir créé son projet en 1986, le Campinois est devenu un des pionniers de l'electro-indus, en combinant les aspects EBM de groupes comme The Klinik ou Front 242 et des éléments post-industriels inspirés par Throbbing Gristle ou Cabaret Voltaire, épiçant le tout à d’une imagerie très 'dark' et de vocaux 'diaboliques', trafiqués par de multiples effets. Son hit « See You In Hell » a été l'un des club-killers des années 90 et continue de faire le bonheur des soirées 'dark'. A l'Eurorock, le groupe n’a pas joué « See You In Hell », mais il y a suffisamment de titres irrésistibles dans le répertoire de Suicide Commando pour satisfaire les fans. « Bind, Torture & Kill », par exemple ou « God Is In The Rain », caractérisé par son riff très orienté folk (eh oui!). Van Roy est, comme d'habitude, vêtu d’une chemise noire, sur laquelle il a noué une cravate rouge. Il virevolte d'un côté à l'autre de l’estrade. Le public réagit très positivement à cette musique captivante et danse sans hésiter sur « Dein Herz Meine Gier » ou « Love Breeds Suicide ». Les vidéos sont superbes, extrêmes et d'une esthétique volontairement violente. « Attention Whore » et « Die, Motherf*cker Die » clôturent à merveille une prestation en tous points irréprochable. Bravo !

A peine le temps de souffler que les amis de Vive La Fête entament leur set de l'autre côté du chapiteau. Els Pinnoo et Danny Mommens font pratiquement partie des meubles. Il n'y a pas un festival ou une fête de village sans un concert des Gantois. Créé en 1997, Vive La Fête a réussi à percer grâce au support fourni à l'époque par Karl Lagerfeld. Leur show à l'Eurorock est sans surprise, très professionnel. Leur style associe new wave, Neue Welle avec un côté électro-pop naïf très touchant. « Tokyo », « Assez » et « Schwarzkopf » sont d'une efficacité redoutable et la danse frénétique d'Els Pynoo incite tout le monde à remuer les fesses. Dans « Noir Désir », la chanteuse nous montre toute l'étendue de son registre vocal par des cris qui s’élèvent de plus en plus haut. La prestation s’achève très classiquement par la reprise du thème de Jésus-Christ Superstar à la guitare et un final très rock. Rien à redire !

Il est maintenant 22h et on commence sérieusement à se les geler sur la prairie de Neerpelt. Le chapiteau laisse passer le vent qui devient glacial. L'enthousiasme retombe un peu, d'autant que les deux formations suivantes, Oomph ! et ASP, sont tout sauf passionnantes. Le style de Oomph ! est proche de celui de Rammstein. Il est donc plutôt lourdingue. Le seul bon moment du concert survient lors de l’exécution de plus anciens titres, «  Mein Herz » et, surtout, le fabuleux « Der Neue Gott », une bombe de dance-floor ! Mais pour le reste, les musicos sont un peu ridicules, dans leurs costumes de marins. Ils poussent même l'humour (?) jusqu'à entonner une chanson digne de l'Oktoberfest et finissent leur show par une adaptation d’« Always Look On The Bright Side of Life ». Ooumch !

La prestation d’ASP est pire ! Son rock gothique est encore plus pénible et le concert, interminable (1h15!). On ne comprend pas trop bien pourquoi ce groupe figure aussi haut à l’affiche du festival.

Au moment où Apoptygma Berzerk monte sur le podium, il est passé minuit. Frigorifiés, nous parvenons à résister pendant un peu plus de 20 minutes, juste assez pour constater que la formation norvégienne a quand même un peu perdu de sa superbe. Stephan Groth n'est plus le jeune éphèbe look-alike de Brian Molko. Il a pris un peu de poids et porte... une moustache ! Sa synth-pop acidulée ne passe plus aussi bien qu'il y a 10 ans, sans doute à cause de l'heure tardive… Nous décidons donc de rejoindre nos pénates, car demain est un autre jour !

Pour les photos, c’est ici 

 

 

Les Nuits Botanique 2015 : vendredi 15 mai

Écrit par

Leur patronyme est inspiré du tableau d’un peintre britannique qui a vécu au XIXème siècle, Henry Wallis ; et en peu de temps, la formation est parvenue à devenir la coqueluche de la nouvelle vague française.
Entouré d’une aura de mystère, responsable d’un mini Ep, difficile à trouver sous sa forme physique, Feu! Chatterton suscite autant l’agacement que la passion.
Mis sous les feux des projecteurs, leur mélange audacieux de textes alambiqués et de mélodies détournées alimentent les conversations de comptoirs.
Alors, méritent-ils tout le foin fait autour d’eux?
Tentative de réponse à cette question.

20h30, le voile se lève sur Ivan Tirtiaux, trio belge qui propose 40 minutes de belles et sombres compositions de folk, interprétées dans la langue de Molière.

Parfois bluesy, mais jamais chiante, sa musique parvient à convaincre une bonne partie de l'auditoire.

Celui-ci se montre très respectueux, évite les bavardages intempestifs, et ponctue la fin du spectacle d’applaudissements chaleureux

Contrat assuré. 

Le show a peine terminé, on se presse contre le podium afin d’assister à ce qui s'annonce comme la prochaine sensation rock hexagonale, même si leur répertoire est encore limité (NDR : un Ep 5 titres difficile à se procurer dans le commerce, mais heureusement disponible sur toutes les plateformes habituelles).

21h35, la Rotonde est comble, prête à accueillir ses presque déjà idoles.

Le quintet investit la scène sous un éclairage rouge intense qui sied  à merveille au lent titre d'ouverture “Je t'ai toujours aimé”, première reprise de la set list, elle est signée Polyphonic Size.

Un démarrage tout en douceur...

D’emblée, le son est parfait.

La salle retient son souffle, la nappe de synthé est envoûtante et la guitare cristalline. Tous les regards se focalisent sur Arthur, figure emblématique et ô combien charismatique du jeune combo.

Croisement improbable entre feu (!) Elno (des Négresses vertes) et un jeune Nick Cave, il vit ses textes tel un acteur dramatique. Il grimace, se frappe régulièrement la poitrine, lève les bras au ciel...

Les deux morceaux suivants sont des inédits. Imprimés sur un tempo plus rapide, entraînant, ils se révèlent très efficaces, voire entraînants. Plus pop et plus frais également, ils augurent le meilleur pour l'album, dont la sortie est prévue en septembre.

Les acclamations sont plus que généreuses, toute la salle semble sous le charme.

Arrive enfin le premier titre notoire de la soirée... “Cote concorde”, aux allures de déjà classique.

Cinq minutes plus tard, la salle explose littéralement.

Votre serviteur se revoit lors du premier concert de Bloc Party, accordé à l'Orangerie en 2005 ou de Suede, au Vk, en 93...

On a vraiment l'impression d'assister à l'éclosion d'un futur grand groupe et de vivre un de ces moments qu'on se racontera encore dans dix ans, fiers de pouvoir dire : ‘J'y étais au premier de Feu! Chatterton, en Belgique’.

C'est à ce moment là que le leader en profite pour nous remercier, au nom du band : ‘C'est notre 1er concert en Belgique. On ne s'attendait pas du tout à ça !’

On sent toute l’équipe véritablement surprise et touchée par un tel accueil.

L'ambiance monte encore d'un cran quand le combo enchaîne “La mort dans la pinède”, “A l'Aube”, et “La Malinche”, leur titre phare, qui nous met à genoux.

Quelque part entre “Cherchez Le Garçon" et "Girls and Boys", tout est imparable dans ce morceau, et survolant le tout, la voix d'Arthur, est profonde et puissante.

Au loin, on entend la clameur : ‘oh ouiiiiii’ (NDR : allusion au refrain)

Après à peine trente cinq minutes, le chanteur annonce ‘Voici notre dernier morceau, mais rassurez vous, il dure’

“Bic Médium”, soit un nouvel inédit, s’étend effectivement sur... quatorze minutes!

Un titre énorme, épique dont l’intensité n’en finit pas de croître... on ne voit pas le temps passer…

À la cinquantième minute d'une prestation parfaite, le band quitte la scène sous un tonnerre d'applaudissements, visiblement enchanté par notre accueil.

On a beau être dans la Rotonde, on le voit déjà remplir l'AB, après quelques minutes de prévente, d’ici quelques mois.

Je pensais qu’un rappel était impossible, vu leur manque de répertoire ; mais la formation remonte quand même sur l’estrade, pour nous réserver une deuxième reprise/adaptation de la soirée, soit le “Jungle d'Asphalte” de Bob Marley.

Mais point question de reggae ce soir.

Le morceau est proposé à la sauce ‘Feu! Chatterton’.

Le dernier titre est peut être le moins efficace de la soirée, sans doute pas tout à fait en place.

L’histoire de ‘Bénédicte et Christian, se promenant dans la forêt des Vosges... Christian demande l'heure à Bénédicte... ‘16h moins dix, lui répond-t-elle’.

L’auditoire s’amuse de la manière très personnelle adoptée par le frontman pour nous présenter ce dernier morceau...

Vingt-deux heures quarante-cinq, salut final de la troupe.

Arthur en profite pour annoncer leur retour : ‘Nous jouerons à la porte d'en face, dans l'Orangerie, le 17 octobre. A bientôt… merci !!’

Nous y serons... Peut-être vous aussi?

Oh ouiiiii... Merci aussi. (Voir aussi notre section photos ici)

Ivan Tirtiaux + Feu! Chatterton 

(Organisation : Les Nuits Botanique)

 

Les Nuits Botanique 2015 : jeudi 14 mai
Orangerie

Soley + Aurora

Photos :

http://musiczine.lavenir.net/fr/photos/soley-14-05-2015/

http://musiczine.lavenir.net/fr/photos/aurora-14-05-2015/

 

 

Nuits Botanique 2015 : mercredi 13 mai

Le Cirque Royal est bien garni, mais pas sold out pour accueillir Laetitia Sheriff, JOY et Dominique A, ce mercredi 13 mai. En 2012, ce dernier nous avait accordé un concert exceptionnel, soutenu d’un collectif de 9 musiciens, dont un quintet à vent, soit l’équipe qui avait participé aux sessions d’enregistrement de son album, « Vers les lueurs ». Et le spectacle n’impliquait aucune première partie. Ce soir, il sera donc précédé par deux supporting acts. Et il doit impérativement démarrer à 21h45.

Laetitia Sheriff ouvre le bal. Elle chante, joue tour à tour de la basse ou de la guitare (NDR : elle est gauchère !) et est épaulée par Nicola Courret aux drums et Thomas Poli (NDR : il a le même look que Thurston Moore, mais quand il était jeune) à la six cordes et parfois aux claviers. La musique est très électrique. Quelquefois sonique ou stridulante. Elle me fait penser aux Pixies voire à Throwing Muses ; même que la voix de Laetitia emprunte parfois les inflexions de Tanya Donelly. Le set est puissant, peut-être même un peu trop pour une entrée en matière. Mais l’ensemble tient la route, et le public qui commence à affluer applaudit chaleureusement le trio.

Un autre trio embraie, JOY, le projet de Mark Huyghens et de sa compagne, Françoise Vidick. Sous le line up originel, le couple était soutenu par la violoncelliste Anja Naucler. Elle a été remplacée depuis par la guitariste/bassiste Katel. Et elle aussi est gauchère ! Le combo a publié, l’an dernier, son second opus, « All The Battles ». Debout face à ses fûts, Françoise imprime un tempo martial, tribal aux compos. Et malgré quelques problèmes de micro, en début de parcours, elle possède un fameux organe vocal, capable de monter dans les aigus. Mais le plus intéressant procède des harmonies vocales que les trois musicos conjuguent. Etonnant, mais parfois ces échanges me font carrément penser à ABBA. Pas la musique, cependant, plus climatique, ténébreuse, toute en ruptures et déchirée par de subtils éclairs d’électricité. Le set va même s’achever par un morceau post punk pour ne pas dire cold wave. Une belle surprise, due surtout, il faut le rappeler, à la qualité des vocaux...

« Eleor », le dernier opus de Dominique A, n’est pas facile à accrocher. Tiens, un de mes confrères estimait que le Nantais émargeait aux variétés. C’est un peu mélanger les torchons et les serviettes. Comme si H.F. Thiefaine, Murat et Lavilliers avaient été ravalés au rang de Johnny, Mireille Mathieu ou Frédéric François. Dominique Ané n’appartient toujours pas au cercle de Drucker…

Bref, revenons à la tête d’affiche. Votre serviteur est installé très haut dans le Cirque Royal. Dans une corbeille (?!?!?). Ce qui va lui permettre de découvrir un light show particulièrement performant. Cet anneau au-dessus du band, les lasers de couleur rouge, bleue, verte, orange, blanche, les cercles de lumière en circonvolution, le chenillard, des stroboscopes (NDR : que je déteste toujours autant) ; on en a plein les mirettes. On a même droit à un éclairage tamisé par un écran de fumée sur l’un ou l’autre morceau. Et ces artifices collent parfaitement aux chansons. Dont huit plages extraites du dernier elpee. Parmi lesquelles j’épinglerai le magnifique et contemplatif « Au revoir mon amour » et un « Convoi », tout en crescendo. Des morceaux plus sombres, plus intimistes, toujours aussi poétiques et même autobiographiques, dont les textes parlent d’amour et de voyages lointains ou imaginaires.

Avant d’entamer son set, il soutient que le Cirque Royal est une belle salle. Il plaisante avec son public, au sein duquel les réactions fusent. Il est épaulé par son fidèle backing group, soit le drummer Sacha Toorrop (Zop Hop Op), le bassiste Jeff Halam et le gratteur/pianiste/claviériste Boris Boulbil. Souci, le son n’est pas extraordinaire. Ce qui nuit à la compréhension des chansons. Heureusement qu’on connaît les classiques, « Immortels » dont la version est percutante ou « Le courage des oiseaux » à la sauce électro.

Lors du rappel, Dominique A revient sans le bassiste pour nous dispenser le minimaliste et frémissant Marina Tsvetaïeva. Inattendu, ce n’était pas sur la set list. Le quatuor est à nouveau au complet pour attaquer le déjanté et syncopé « (Retrouvailles) ». Dominique précise cependant qu’il ne s’agit pas d’une reprise de Marc Aryan, mais qu’il a écouté cette chanson dans le tour bus. Le combo embraie par la valse électrique « L’horizon », caractérisé par sa fin épique. Et le concert de s’achever par un autre titre minimaliste, « Oklahoma 1932 ».

Un très bon concert, mais pas aussi exceptionnel que celui accordé, au même endroit, il y a 3 ans. A cause de ce problème de balances qui ne permettait pas saisir les textes. Ennuyeux quand on est un des principaux porte-parole de la nouvelle chanson française…  

Bernard Dagnies

Setlist : « Cap Farvel », Nouvelle vagues, « Le sens », « Revenir au monde »   , « Celle qui ne me quittera jamais », « Par le Canada », « Au revoir mon amour », « Semana Santa », « Immortels », « Music Hall », « Ce geste absent », « Rouvrir », « Vers le bleu », « Eleor », « Le convoi », « Le courage des oiseaux »

Rappel : « Marina Tsvetaïeva » « (Retrouvailles) », « L’horizon », « Oklahoma 1932 »

(Organisation Les Nuits Botanique)

 

Mercredi soir, les jardins du Botanique sont peuplés de badauds. Nous sommes la veille du congé de l’Ascension. Il y a du soleil. Et à l’intérieur de l’institution vont se produire d’excellents artistes, dans le cadre des Nuits. Normal, dès lors, que le public ait envie d’aller y jeter un œil et une oreille. Votre serviteur couvre, ce jeudi, les concerts de Walter Hus, Flo Morrissey et Tobias Jesso Jr. Au Grand Salon. 

Il débarque dans la salle, vers 20h. Elle est presque comble. Les spectateurs occupent déjà les fauteuils face à la scène et les chaises du balcon. Les retardataires devront assister au concert debout. Il revient à Walter Hus d’entamer les hostilités. Fondateur du groupe avant-gardiste Maximalist, il est belge. Il siège derrière son piano. Et derrière lui on remarque la présence d’une machinerie au sein de laquelle figure notamment un orgue et un accordéon. C’est Walter qui a développé cette structure baptisée Orgue DECAP. Commandée par ordinateur, le mécanisme fonctionne en fonction de la programmation. Et le résultat est plutôt bluffant. Alors que Hus se consacre aux ivoires, l’accordéon se gonfle, l’orgue propage ses sonorités et les percus s’activent. Un dispositif qui permet à l’artiste de construire ses compos instrumentales en crescendo. Une chouette découverte, tant musicale que technique. Les ingénieurs ont dû apprécier.

Cinq minutes plus tard, le second concert débute. Pas trop le temps de prendre un rafraîchissement, d’autant plus qu’il est interdit d’emporter une consommation dans la salle. Et maintenant elle est pleine à craquer. Difficile d’ailleurs d’apercevoir quoique ce soit pour les retardataires. Flo Morrissey amorce sa prestation. Une compositrice insulaire âgée de 19 printemps. Elle est armée de sa guitare et chante d’une voix haut perchée. Et le Grand Salon correspond parfaitement au climat intimiste de son folk empreint de douceur. En vingt minutes, Flo met le public dans sa poche. Un set court mais intense, donc…

Un peu avant 21h30, Tobias Jesso Jr débarque sur l’estrade. Hormis trois morceaux, au cours desquels il se consacre à la guitare, le Canadien siège derrière le piano. Il est grand et ses cheveux sont bouclés. Malgré ses 29 ans, il ressemble à un ado. Il est venu défendre son premier elpee, « Goon », un disque qui a reçu d’excellentes critiques. Sans doute à cause des références manifestes à John Lennon. « Without You», « Hollywood » et « Just a Dream » constituent les moment forts du spectacle. Sans oublier l’excellent « True Love ». Ses morceaux son minimalistes. Pas d’artifice ni d’effets spéciaux. Pourtant, une bonne partie de l’auditoire accroche, alors que l’autre est prête à s’assoupir. Heureusement, entre les chansons, Jesso Jr raconte des anecdotes ou des blagues. De manière à rendre le show interactif et sympathique. Et cette opération de charme fonctionne… Si le personnage ne manque pas de talent et est doué pour ficeler de superbes mélodies, son concert manquait quand même de relief et m’a même parfois paru monotone…

Béber

Tobias Jesso Jr + Flo Morrisey + Walter Hus

(Organisation : Les Nuits Botanique)

 

Nous sommes le cinquième jour des Nuits Botanique. Et la veille de l’Ascension. Donc d’un jour férié. Votre serviteur assure un remplacement. A l’affiche de la Rotonde, on attend du lourd : les Australiens de Twerps, les Hexagonaux de Jessica 93 et des Américains de Wand. Et pour ne pas changer, il fait particulièrement chaud sous le dôme, d’autant plus que la foule est à nouveau bien compacte.

Twerps nous vient du pays des kangourous. Un quatuor bien sympathique réunissant le guitariste Marty Frawley, la jolie guitariste Jules McFarlane et le drummer Alex Macfarlane. Il chantent tous les trois. Sans oublier le bassiste Gus Lord. Marrant, mais Twerps est un mot anglais argotique que si traduit par andouille en français. Bref, fondé en 2008, le combo a publié un opus éponyme en 2011, un disque bien reçu par la critique et le public. Puis « Underlay », en 2014. Et enfin, « Range Anxiety », cette année. Et il est venu le défendre. Sa musique est pop, cool, mais lo fi, et elle évoque les magnifiques plages au sable fin du littoral aussie…   

Caractérisé par ses accords de gratte hawaiiens, « Work It Out » est une compo particulièrement ensoleillée. Issue du premier elpee, « I Don't Mind » est une superbe ballade hantée par le Velvet Underground. La montée en puissance est construite en crescendo. La section rythmique dynamise « Cheap Education », une plage issue du dernier opus. Caractérisé par sa mélodie accrocheuse, c’est un hit potentiel. Marty se réserve le micro pour « Raft », tiré d’« Underlay », un LP paru en 2014. Sa voix est aussi fragile que celle de Satomi, la chanteuse de Deerhoof. Et il est toujours aux vocaux pour « Adrenaline », un morceau sculpté dans des accords de gratte réminiscents des Beach Boys. Des guitares qui prennent le pouvoir sur « Feelings ». « White As Now » est une berceuse pop sucrée et candide. Et le set de Twerps de s’achever par « Wait Til You Smile », un extrait du précédent long playing…

On étouffe sous la Rotonde, et je préfère prendre l’air pendant la prestation de Jessica 93.

J’y retourne cependant pour assister au set de Wand, une formation issue de la côte Ouest des Etats-Unis. Elle appartient au mouvement institué par Thee Of Sees et le charismatique Ty Segall. Elle a d’ailleurs assuré le supporting act de ce dernier lors d’une de ses dernières tournées. Leur style ? Du garage/rock psychédélique.

Le line up de Wand est classique. Un quatuor réunissant deux guitaristes, un bassiste et un drummer. La Rotonde constitue la première date de la tournée européenne. Deux albums à son actif, « Glanglion Reef » paru en 2014, et « Golem », sorti en avril dernier. La salle est pleine à craquer. C’est une véritable fournaise ! Le garage/rock de ce band consomme une électricité vivifiante, chargée de décibels. Incisifs, précis, les riffs de gratte évoluent constamment au bord de la rupture. Les drums sont puissants. A l’instar de Ty, Cory Hanson a un don pour jeter mettre l’ambiance. Le public commence à pogoter ou à se lancer dans le crowdsurfing. Pas de temps mort entre les morceaux qui s’enchaînent. Au bout d’un peu plus de 30 minutes, Cory Hanson annonce le dernier titre du concert. Le public n'est pas content. Mais Wand est malin, il va s’étaler sur plus de 20 minutes. Et malgré un volume sonore conséquent, le set n’a jamais été assourdissant. Pas d'infra-basses pour vous torturer les tympans. Normal, nous sommes dans la Rotonde. Acclamation du public conquis qui en réclame encore. Et croyez-moi, pas un spectateur ne quittera l’hémicycle, avant la fin du spectacle, ne souhaitant pas en perdre un instant, malgré la chaleur accablante. Quelle belle soirée!

Wand + Jessica93 + Twerps

Didier Deroissart

(Organisation : Les Nuits Botanique)

 

 

Les amateurs de musique électronique sont chouchoutés lors de ces Nuits Botanique. Après la Nuit dark électro ‘Night Owls’ proposée en ouverture, Flying Lotus et Fireworks en cours de route, c'est au tour du roi Rone de venir nous secouer le popotin...

Le Chapiteau est déjà bien garni quand Haring ouvre les hostilités. Le producteur belge propose des rythmes électroniques doux et lents basés sur des arpeggiatos analogiques qui sonnent très vintage. Sympa comme amuse-gueule !

C'est ensuite au tour du jeune français Théo, aka Fakear, 23 ans, de prendre possession de la scène. Fakear, c'est une invitation au voyage. A l’aide de ses ordinateurs et son contrôleur Native Instruments, il élabore des rythmes sophistiqués et propage des samples issus de la World Music, surtout les chants asiatiques, comme dans « Morning In Japan » ou « La Lune Rousse ». Evidemment, le problème chez les artistes qui militent dans la musique électronique, c'est d'identifier ce qui est véritablement réalisé en 'live'. Fakear tape avec précision sur les patches de son contrôleur ; mais quelle est la part de 'play-back' ? Nul ne le sait. Enfin, le 'son', comme on dit, est de haute qualité. L'univers musical exploré est étonnant, complètement exotique. Un chouette trip !

Mais la toute grosse foule est venue pour le prodige de l'électro à la Française : Rone. Erwan Castes ne paie pourtant pas de mine : chaussé de lunettes et l’air un peu gauche, on dirait un geek. Mais qu'on ne s'y trompe pas : à 34 ans, il est devenu une véritable superstar. Pour la petite histoire, son nom d'artiste procède d'une faute de frappe : lors de son premier concert à Paris, alors qu'il se produisait en tant que R.One (phonétiquement ‘air-wane’), le flyer mentionnait ROne, omettant le point.

Il s’était déjà produit au Botanique, en octobre 2013 ; mais ce soir, il a droit aux plus grands honneurs. Sur le podium du Chapiteau, la table de DJ de Rone ressemble à un vaisseau spatial et les lumières sont carrément époustouflantes. On se croirait dans 'Rencontres du 3ème Type' ! La musique, elle, est plus puissante que sur disque. On sent les infra-basses et les décibels!  Le fameux « Bye bye macadam » déclenche la folie dans le public, de même que « Tohu Bohu » et « Bora ». Mais c'est évidemment « Parade » qui nous crucifie sur place par sa poignante beauté. Parfois, Rone se sert d’un thérémine (NDR : constitué de deux antennes, cet appareil est l'ancêtre du synthé). A la fin du spectacle, il s'avance vers le public, serre des mains avec un naturel désarmant, avant d'aller rapidement fumer une clope en coulisse. Ce gars représente véritablement le rêve de tout geek passionné de musique et d'ordinateurs. On vous recommande « Créatures », son dernier opus paru en février dernier. Un disque pour lequel il a notamment reçu le concours d’Etienne Daho. Un plaisir pour les oreilles et les neu-Rones...

Philippe Blackmarquis

Rone + Fakear + Haring

(Organisation : Les Nuits Botanique) 

 

 

 

Les Nuits Botanique 2015 : mardi 12 mai

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C'est la quatrième journée du Festival des Nuits Botanique. Le temps est toujours aussi propice à écouter de la musique. Votre serviteur couvre les concerts sous le chapiteau. Pas une sinécure, car le son est souvent médiocre. A cause des infra-basses. Heureusement, ce soir, hormis Tout Va Bien, les sets sont décrétés ‘unplugged’. De quoi être rassuré !

The Leisure Society ouvre le bal à 19h30. Une formation fondée à Londres en 2006, par le banjoïste/mandoliniste Nick Hemming et le multi-instrumentiste Christian Hardy. Ils sont alors rejoints par d’autres musiciens pour étoffer le line up. Qui militent également chez The Miserable Rich et Sons Of Noel and Adrian. Nick est également impliqué au sein de ce dernier combo. Inspiré par le rock, le folk et la pop, The Leisure Society a déjà publié quatre albums, dont le dernier, « The Fine Art Of Hanging On », est paru chez le très respecté label indépendant insulaire, Full Time Hobby (Timber Timbre, Micah P. Hinson, Tunng, Jacco Gardner).

C'est la quatrième fois que le band se produit au Botanique. Folk, « We Were Wasted » ouvre le bal, une compo réminiscente de Simon & Garfunkel. Il s’agit d’un extrait du premier elpee, « The Sleeper », paru en 2009. La conjugaison entre les deux voix est vraiment magique. Surtout lors des refrains. Nick se consacre à la guitare semi-acoustique. Christian aux claviers. Pas la moindre agressivité dans l’instrumentation. Nick plaisante en signalant qu'il adore la bière. Il a collé un carton de ‘Bass’ sur sa gratte. Un groupe à revoir, mais sous un format plus électrique...

Joe Bel est née en 1987, à Lyon. Il y a quelques années, elle décide d’abandonner ses études d'Histoire de l'Art pour se consacrer à l'écriture et la composition de chansons. Elle monte pour la première fois sur scène, début 2012, armée de sa seule guitare. Son premier Ep, « In The City » paraît automne 2012. Elle s’était déjà produite en 2013, à l’AB, en première partie d’Asaf Avidan. En 2014, Joe signe chez Wagram, écurie pour laquelle elle a gravé un deuxième Ep, « Hit The Roads ». Le guitariste Julien Lacharme (Aplpha Blondy), le bassiste Benoît Lecomte (JMPZ) et le batteur et percussionniste Robin Vassy accompagnent désormais la jeune autodidacte.

Joe Bel possède une voix soul douce, chaude, profonde et sensuelle, assez proche de celle de Selah Sue. Sa musique puise ses influences dans le r&b, le hip hop, le folk et la pop. Joe joue d’une gratte électro-acoustique et est accompagnée d'un musico à la guitare électrique. Elle entame son set par le titre maître de son Ep. Elle a certainement un message à faire passer à travers « No No », une compo qui raconte l'histoire d'une personne qui ne tient jamais parole. « Before » est une douce ballade folk. En une demi-heure, Joe Bel a démontré qu’elle avait du potentiel. A revoir, mais lors d’une prestation plus complète… (voir photos ici)

Tout Va Bien est un nouveau phénomène issu du Nord de la Belgique. C’est le pseudo choisi par Jan Wouter Van Gestel. Agé de 21 ans, ce Malinois a toutes ses dents… et elles sont longues… C’est un des trois lauréats de l’édition 2013 du concours ‘De Nieuwe Lichting’,  organisé par Studio Brussel. Il a assuré dernièrement le supporting act d'Ozark Henry, à l'Ancienne Belgique, et a signé chez Parlophone Music Belgium (Novastar, Das Pop). Ce qui lui a permis de publier un premier LP fin avril, « Kepler Star ». On peut donc affirmer que pour lui… Tout Va Bien !

Dès qu’il se met à chanter, on pense immédiatement à Antony Hegarty, le leader d’Antony and The Johnsons. Une voix fragile, chargée de spleen, qui vous déchire l’âme et qui colle parfaitement à sa musique atmosphérique directement influencée par Patrick Watson et Radiohead. Et les singles, « This Fight » ainsi que « Old Love », en sont les plus belles illustrations. Sur les planches, il est épaulé par un backing group (drummer, guitariste, bassiste et préposé aux synthés). « Messiah » amorce un virage électro. Jan cherche à dynamiter son show. Sa voix s’adapte alors aux beats électro. Malheureusement, le concert part en sucette. Les infra-basses reviennent au galop et le son devient à nouveau insupportable. Tout Va Bien est un talent en devenir. Il est d’ailleurs déjà à l’affiche du prochain festival de Werchter (voir photos là).

Au cours de son enfance, alors que ses amis se focalisaient sur la pop contemporaine ou le rock indie, Jonathan Jeremiah préférait sonder le passé en écoutant les vinyles de son père, et tout particulièrement ceux d’artistes intemporels comme John Martyn, Cat Stevens, Scott Walker ou encore Serge Gainsbourg. Une passion qui va avoir une importance primordiale sur sa carrière d’artiste…

Il a publié son premier opus, « A Solitary Man », en 2011. L’année suivante, il grave « Gold Dust ». Et il vient de sortir son troisième long playing, « Oh Desire ».

Jonathan pourrait jouer le rôle de Jésus Christ dans un film consacré à la Passion. Troublant ! Il déboule sur les planches, armé d’une sèche. Il a quand même le sourire aux lèvres. Il est accompagné de ses quatre musiciens : David Page à la guitare électrique, Joe Glossop au piano Hammond et aux synthétiseurs, Tom Mason à la contrebasse ainsi que Sebastian Hankins à la batterie. Les claviers sont imposants et masquent la vue de votre serviteur, qui ne distingue pas bien la section de cordes. Une section de cordes limitée à une violoniste et un violoncelliste, en l’occurrence Amber (Gabriel Rios). David s’est installé à droite, et juste derrière lui le drums siège derrière ses fûts.

Le set s’ouvre par « Gold Dust », le titre maître du second LP. Jonathan possède une voix de crooner aux accents soul délicats. Un baryton ténébreux et magnifique. Dans la musique, on ressent son amour pour le folk et la soul classiques. Les sonorités de gratte sont légèrement surf lors de cette compo qui monte graduellement en puissance. Après un plus folk « Rosario », « Heart Of Stone » adopte un profil beaucoup plus rock. Pourquoi installer un nouveau micro ? Et à droite de Jonathan ? Qui annonce une surprise. Votre serviteur pense de suite à Gabriel Rios. Et ô joie, il débarque, la gratte acoustique en bandoulière. Et ensemble, ils vont nous proposer un sublime « Arms », plage tirée du nouvel elpee. La conjugaison des guitares et des voix tient de l’enchantement. Gabriel la pousse dans les aigus. Alors que sans faire le moindre effort, Jonathan la balade dans les graves. Retour au line up de base pour « Lost », un morceau dont les orchestrations et les rythmiques funkysantes sont réminiscentes du son Motown. Après « How Halfheartedly », place au très beau « Oh Desire », titre maître du nouvel opus. Caractérisé par son refrain accrocheur, « Fighting Since The Day We Are Born » constitue un autre moment fort du concert. Jonathan Jeremiah nous réserve un petit solo de guitare semi-acoustique sur « The Birds ». Et le son ? Impeccable ! Pas d’infra-basses. Et le light show était au diapason de spectacle. Qui est passé trop vite. Souvent signe d’excellence… (voir photos ici)

(Organisation: Botanique)

Jonathan Jeremiah + Tout Va Bien + Joe Bell +  The Leisure Society

 

 

 

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