La terre fissurée de Daffo

À seulement 20 ans, Daffo, artiste indie-rock basée à Brooklyn, transforme le tumulte intérieur en chansons brutes et poétiques, d’une étrange beauté. Entre l’énergie DIY et des arrangements délicats, sa musique oscille entre fragilité et intensité. Révélée…

logo_musiczine

Teethe : de la douleur au soulagement…

Le groupe texan de slowcore Teethe sortira son nouvel elpee, « Magic Of The Sale », ce 8 août. Sur cet album, il dévoile son monde triste et beau, où les quatre auteurs, chanteurs et artistes distincts de la formation posent une série de questions…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Nos partenaires

Dernier concert - festival

Epica - 18/01/2026
The Wolf Banes - De Casin...
Festivals

LaSemo 2014 : vendredi 11 juillet

Écrit par

C’est au coeur du Parc d’Enghien, endroit rêvé et enchanteur, que se déroule un des festivals les plus écologiques de Belgique, le LaSemo (NDR : ce qui signifie graine en espéranto). C’est la seconde fois qu’il retrouve ce site. Jusqu’en 2012, il était hébergé à Hotton, en Province de Luxembourg. L’an dernier, il avait drainé 20 000 personnes dont 1 000 enfants. A l’instar de l’Esperanza, le LaSemo se veut avant tout écologique : aucun papier ne traîne et de nombreuses poubelles sont disséminées aux quatre coins du site. Mais surtout, une alimentation ‘bio’ est disponible pour les festivaliers. Deux podiums sont prévus pour les artistes : 'Clairière' pour les artistes ou groupes confirmés et 'Pavillon' pour les découvertes et les surprises. Le festival propose également des spectacles de théâtre, du cirque, de l'Art de la rue, des saltimbanques, des fanfares ainsi que diverses activités pour petits et grands. Les organisateurs sont également sensibles à l'accueil des familles ainsi qu’aux personnes à mobilité réduite. Et dans ce contexte, on peut allègrement accorder 4 étoiles sur 5 à cette organisation. En outre, vivre 3 jours de festivités dans un cadre aussi agréable, sans une goutte de pluie, que demande le peuple ?

Votre serviteur débarque à 16h00 pile pour assister à la prestation de Casssandre sur le podium 'Pavillon'. Le patronyme du groupe cumule bien 3 's', afin se différencier d’une autre formation française, lauréate de l'émission TV' X-Factor'. Par contre, Casssandre a également remporté le concours 'Du F dans le texte', organisé par le Conseil de la Musique. Un combo drivé par la chanteuse Cassandre Brieux. Elle est soutenue par le bassiste Laurent Brouhon, le claviériste Anatole Zephir, le guitariste Rom Bazz et le drummer Yann Chapoutier. Sans oublier la percussionniste/flûtiste, Esinam Dogbatse, qui a débarqué au sein du line up, il y a peu. La troupe se produit surtout en Belgique et dans le Nord de la France. Et compte un premier Ep à son actif. Il est d’ailleurs paru tout récemment.

La voix de Cassandre est tour à tour, tendre, réconfortante ou autoritaire. Parfois aussi marécageuse (NDR : le bayou ?). Le band pratique une sorte de folk teinté de jazz et chargé de swing, dans l’esprit de Matt Bianco, même si les textes sont interprétés dans la langue de Voltaire. Au sein de la setlist, j’épinglerai « Anima », « Silence », « Impossible », « Cigarette » et surtout « Ma brune » ainsi qu’« Impertinente ». Difficile cependant de se faire une idée du potentiel de ce groupe en 45 minutes. D’autant que la scène est étroite et empêche les musicos d’optimaliser leur show. Et finalement, ce sont surtout les interventions d’Esinam, à la flûte traversière qui vont le plus me séduire. Car franchement, elles apportent un plus aux compos. A revoir dans d’autres conditions. Aux Francofolies de Spa ou au Brussels Summer Festival ?

Cap vers la scène principale 'Clairière' pour y harponner les boucaniers de Cré Tonnerre. L’équipage compte huit albums à son actif. Boucanier, Mousse, Flibustier et Passager Clandestin, qu’importe, ils nous viennent tous du fin fond de nos grandes forêts qui recouvrent la Province du Luxembourg. Finalement, ils auraient tout à fait leur place au festival des Barges, à Scène Sur Sambre. Mais ici nous sommes à Enghien. Les cinq pirates vont nous faire vivre un premier moment festif. Une bouée de sauvetage en guise de décor. Pas de batterie : deux grattes électriques et une acoustique, du fifre, une basse, des claviers et de l'accordéon. Très second degré, le spectacle est coloré et humoristique. Les zygomatiques sont constamment sollicités. Une envie irrésistible de danser vous prend dans les bas des reins dès les premiers instants du spectacle. Le pont du paquebot est immense. Les moussaillons préparent l'abordage en courant de gauche à droite ou de droite à gauche, selon. Ils nous filent notamment « Un P'tit Orval », « Moussaillon Capitaine » ainsi que « Kenavo ». A cet instant, en fermant les yeux, on a l’impression d’accoster à Saint-Malo, à bord d’un vaisseau d’époque, en compagnie des corsaires de Surcouf... Elio est même de la partie. Mais surtout les spectres de Renaud, Tri Yann et des Cow-Boys Fringants planent dans l’atmosphère. Suivez le son des fifres et entrez dans la farandole. La Cré Tonnerre, c’est également la marque d’une bière, en dégustation au bar. Mon LaSemo commence en boulet de canon…

Je fais cependant l'impasse sur Cozier et Hermans, un duo piano/chant qui revisite quelques standards jazz et classique. Géraldine possède une jolie voix, manifestement très travaillée ; mais je n'accroche pas. Il est temps de se diriger vers les stands de restauration pour y découvrir les spécialités ‘bio’.

Je regarde de très loin la prestation de GieDré. Elle est seule sur la grande scène armée de sa guitare et entourée de poupées gonflables, marionnettes et préservatifs. Son discours est imagé, vulgaire et provocateur. Il y a des gosses dans l'assemblée et j’estime que ce type de spectacle ne s’adresse à ces petites têtes blondes. J’avais déjà eu l’occasion de voir et d’écouter son récital dans le cadre de l'Inc' Rock BW en 2013, et je n’avais pas accroché du tout.

Sur l’estrade ‘Pavillon’, le duo Heymoonshaker va constituer une belle découverte. Coiffé d’un chapeau mou, Andy Balcon se charge de la gratte. Dave Crowe sert de beatbox. Ces grands voyageurs ont expérimenté leur show, dans la rue, en Nouvelle-Zélande où ils se sont rencontrés. Ils mettent ensuite le cap sur la Suède, où ils décident de traduire leur spectacle en salle. Au fil temps, le tandem a emmagasiné les influences, tout en conservant une même passion pour le blues. Enfin, la paire est retournée en Angleterre pour y enregistrer un Ep intitulé « Shakerism ».

Dave est un véritable phénomène. A l’aide de sa bouche (et de son micro), il reproduit les sonorités de drums, basse, et même de machines. Particulière, la voix d'Andy est grave et rocailleuse. Un peu comme si elle était née d’un croisement entre Joe Cocker et Don Van Vliet (Captain Beefheart). Le set s’ouvre par un morceau digne de Jimi Hendrix. Le duo est capable de mettre le feu avec trois fois rien. D’ailleurs, on remarque la présence toute proche de pompiers et secouristes prêts à intervenir. Outre le blues, la paire brille dans le domaine du dubstep, que Dave dispense tout simplement à l’aide de son organe vocal. On comprend mieux pourquoi Heymoonshaker comptabilise plus de 30 millions de vues sur le web. A mon humble avis, il est à l’aube d’une grande carrière. En trois-quarts d’heure, il a mis tout le monde dans sa poche. Une prestation unique et à voir absolument. Je quitte le premier jour du LaSemo épaté par ce show, mais aussi fatigué. Demain, dès l’aurore, je suis au turbin…

(Organisation : LaSemo)

Ardentes 2014 : vendredi 11 juillet

Écrit par

Forcément, ce deuxième jour s’annonce sous de bien meilleurs auspices que la veille.
Une affiche plus étoffée et en prime l’ouverture de l’Aquarium comme troisième espace, sans oublier la perspective de premiers moments forts.
Sans attente particulière mais avec la ferme attention de combler l’absence de sensations de la veille, j’enfile mes bottes de sept lieues, mes lunettes de pluie et mon sac ado.
Ardentes, neuvième édition, jour deux, clap!

Tête d’affiche, tête à claques, Placebo monte sur les planches. Son aplomb et son assurance frôlent la prétention, comme d’accoutumée.

Impeccablement sapé, coiffé, et certainement les poils pubiens tout justes sortis du pressing, Brian Molko affiche toujours la même indifférence face à un public enthousiaste, bravant une boue de plus en plus collante.

Vingt titres plus loin, exécutés de manière robotique et non sans suffisance, le show s’achève comme une parade militaire répétée jusqu’à la perfection, cette même perfection qui rime avec ennui mortel.

Cintrés dans leurs petites habitudes, les membres du groupe semblent tellement blasés que l’on en vient à se demander si, débauche d’effets pour débauches d’effets, on ne préférerait pas assister à une diffusion en hologrammes géants.

Il y a bien les vielles rengaines d’hier (“Every You, Every Me”) pour réveiller l’engouement des plus téméraires, mais on se prend déjà à espérer la fin du calvaire au moment où le band entame “Song To Say Goodbye”.

Pourtant, celui-ci ne s’achèvera qu’au bout d’un set ultra formaté, même si ponctué par un bain de foule pris par Steve Forrest, batteur aux tatouages aussi apparents qu’une poussée d’acné sur un visage pré-pubère.

Un final grandiloquent et dont le dernier titre interprété, au vu de cette mascarade, aurait dû s’intituler “The Bitter End”.

De quoi dresser le bilan d’une prestation que certains médias ont pourtant jugée de bonne facture.

Fort heureusement, pour le véritable mélomane, certaines prestations étaient autrement plus excitantes à voir et surtout à écouter.

À commencer par les petits Britons de Circa Waves, dont la jeunesse insouciante allume les premières étincelles, en tout début de journée, sur l’Open Air.

Des jeunes gens qui se revendiquent d’influence shoegaze si on en juge par leurs tee-shirts (un de Slowdive à ma gauche, un de The Pain Of Being Pure At Heart à ma droite), mais dont le registre lorgne plutôt du côté d’Artic Monkeys et des Vaccines.

Riffs nerveux, cheveux en pétard et chant débonnaire, le groupe prend plaisir à être là, et cela se voit.

Petite sensation de plus outre-Manche, où il est vrai qu’on aime faire des vagues dans un verre d’eau, mais semble-t-il justifiée cette fois encore, au regard de cette demi-heure jouissive.

Et pendant que la plupart des festivaliers cherchent encore à retrouver leurs sensations éparpillées dans les flaques aux alentours, naissent les prémices d’une excellente journée.

Initiée un peu plus tôt par Kennedy’s Bridge, devant un parterre de fans acquis à leur cause.

Le quintet liégeois, qui doit approcher les trente-cinq ans d’âge en faisant la somme de leurs printemps respectifs, démontre le chemin parcouru en deux ans de travail dont quelques mois intenses passés en studio.

Mais ce qui attise ma curiosité, se produit à l’autre bout du site.

Là, sous la toiture ondulée au zinc blanc, se dressent David Meads, alias Scroobious Pip et son comparse Dan Le Sac, affublé pour l’occasion de magnifiques oreilles de panda.

Le flow cockney du premier se mariant élégamment aux beats facétieux du second, l’univers des deux lascars prend facilement possession des lieux.

Bible à la main, mots acérés dans l’épaisse barbe, le rappeur de sa Majesté éructe ses mots comme autant de pamphlets.

Uppercuts saisissants et savamment distillés, avec gouaille et panache, le duo révèle sa superbe aux yeux de tous.

Second degré et bons mots n’empêchent pas un show particulièrement séduisant.

Un goût du raffiné que ne partage manifestement pas Sleigh Bells.

Arborant un tee-shirt éloquent affublé d’un message vulgaire, la chanteuse Alexis Krauss en fait apparemment des tonnes pour masquer la vacuité de son propos.

Musicalement, on n’est pas loin de la daube, et ce mélange indigeste de Hip Hop, de pseudo Hardcore et de mièvrerie Pop acidulée, donne très rapidement la nausée.

Le final en mode acoustique ne fera que souligner l’insipidité maladive de compositions bancales.

S’il fallait retrouver trace de bon goût et de qualité, c’est à nouveau vers le HF6 qu’il faut se tourner.

L’androgyne Syd Tha Kyd y laisse traîner la voix au milieu des partitions Jazzy de ses camarades de The Internet.

Tout en subtilité, sans savoir l’air d’y toucher, le groupe, donne une prestation de très belle facture, à l’opposé de l’affichage outrancier de Sleigh Bells.

Manifestant une aisance parfaite, la jeune métisse subjugue son auditoire et arrive à capter l’attention de quelques distraits, occupés à tailler la bavette un peu trop bruyamment.

Si sa chétive apparence ne paie guère de mine, cette gamine recèle un véritable talent, mis en valeur par d’excellents musiciens.

Est-il possible que leur performance m’ait à ce point troublé, que je sois dans la totale impossibilité de me souvenir après coup du set de Son Lux, auquel, j’ai pourtant assisté dans l’intégralité et parfaitement sobre, je tiens à le préciser?

Si mes notes font état d’un excellent jeu de batterie, le reste semble avoir été totalement absorbé par ma mémoire et relégué instantanément aux oubliettes.

Il est donc fort à parier que ce n’était pas un concert marquant…

Heureusement, mes facultés retrouvées, j’ouvre les yeux sur une tache rouge qui ondule dans mon champ de vision.

Kati Stelmanis, parée d’une robe et d’un chapeau écarlates n’est pas la seule à susciter l’attention.

À l’autre bout de la scène, dans une tenue d’eunuque des temps modernes, le claviériste récolte son lot de sarcasmes sans bien entendu y prêter la moindre attention.

Focalisé sur la musique d’Austra, j’en oublie rapidement ces petits caprices vestimentaires sans grande importance et profite d’un show, certes inégal, mais néanmoins fort agréable, de la part de ces Canadiens.

Si le lyrisme de la voix de Kati est l’atout principal de l’identité du groupe torontois, il n’en reste pas moins que les parties plus enlevées ajoutent une dimension à leur univers original.

Souffrant d’un manque de rythme dans son milieu, le set va s’avérer néanmoins plus que convainquant.

The Horrors allaient ils eux aussi convaincre?

Bien malin qui pouvait oser l’affirmer avant ce soir.

Peu aidé par la résonance du lieu (le HF6 est un hangar hermétique qui ne se prête guère au son puissant), et poussant les décibels dans leurs retranchements, le groupe semble surtout contenter ses fans inconditionnels.

De fait, en fonction de l’emplacement, certains morceaux deviennent difficilement identifiables.

Opérant le tri dans cette bouillie sonore, entre bonnes et mauvaises graines (pour ces héritiers de Birthday Party, quoi de plus normal?), je distingue quelques pépites de leur second opus, mais assenées au travers d’un écho diffus.

Loin, très loin de ses prestations incendiaires du début, Faris Badwan se contente de donner le minimum de lui-même.

Un show ni décevant, ni emballant, terne et sans grand relief.

Ailleurs, Method Man & Redman assure le minimum syndical alors que la nuit étend ses bras sur la plaine.

Pas vraiment inspirés, les deux gaillards laissent couler leur flow sans grande conviction mais avec suffisamment de panache que pour contenter les fans du Wu-Tan-Clan.

À l’intérieur, Panda Bear dévoile de superbes projections sur fond sonore ouaté.

Mais pour tous ceux qui pensaient avoir assisté au plus affligeant, Giorgio Moroder leur a réservé une surprise de taille, coiffant in extremis Placebo sur le fil, au rang de foutage de gueule de cette mouture.

Assénant ses hits sur fond de beats bien gras, l’icône est manifestement venue toucher son cacheton sans trop se fouler, évitant de fort jolie manière la rupture d’anévrisme qu’un effort trop conséquent aurait pu provoquer.

Si ceux de vingt ans ne pouvaient pas reconnaître pareille infamie, leurs aînés, quittaient par grappes cette triste mascarade.

Il revenait donc principalement à Vitalic et son super visuel et au duo Berlinois Booka Shade l’honneur d’emmener les ravers jusqu’au bout de la nuit.

Quant à votre serviteur, il a opté pour la navette afin de rejoindre, très vite, la terre ferme.

(Organisation Ardentes)

Voir aussi notre section photos ici

Ardentes 2014 : jeudi 10 juillet

Écrit par

Démontrant à nouveau que qualité, quantité et fréquentation ne sont pas des valeurs étroitement liées, les Ardentes ont enregistré, en 2014, un record d’affluence historique, accueillant 76 000 festivaliers.
S’il est fort à parier qu’une seule tête d’affiche soit parvenue à booster la vente de tickets pour cette édition, le phénomène n’est pas nouveau et reflète simplement l’engouement toujours grandissant d’un public bon enfant, qui tient absolument à participer à l’événement.
Pour les mélomanes les plus difficiles, la programmation définitive n’avait plus le même attrait que l’initiale. Et le prix du sésame n’était plus du tout proportionnel à la quantité de musique appréciée par un seul et même quidam.
Mais au demeurant, l’affiche concoctée est en tout point restée fidèle aux préceptes initiaux ; et cette recette, visant un public très diversifié, a de nouveau porté ses fruits.
À l’instar de son allée des saveurs, cette grande artère longeant le site et conduisant à sa scène principale, proposant à chaque pas effluves épicées et plaisirs du palais issus des quatre coins du monde.
Prenant soin d’éviter l’écoeurement et certain d’y trouver un minimum son compte, le festivalier n’a plus qu’à opérer ses choix et espérer que le temps soit de la partie…
Mais vu les dernières pluies, il restait donc à enfiler sa belle humeur imperméable et chausser ses plus belles bottes de caoutchouc.
Rendez-vous en terrain connu, entre jeunesse festive et vieux briscards à qui on ne la fait plus. Le compte-rendu des Ardentes 2014, c’est ici!

Alors qu’un boyau longiligne sépare cette année l’espace public en deux devant la scène principale, la boue, elle, s’est invitée tout autour, isolant du coup les premiers festivaliers sur un îlot encore propre et sec.

Quelques heures plus tard, un véritable déluge va transformer le site en zone marécageuse… y compris pour les prochains jours. Pourtant plusieurs milliers de braves vont affronter les intempéries pour assister au final de Shaka Ponk. Pas votre serviteur, qui a préféré réembarquer sur la première pirogue destinée à le ramener chez lui.

Avant de reprendre la Meuse, il a quand même fallu se farcir l’affiche du jour, pas très passionnante, il faut l’avouer.

En balançant la tête de gauche (Main Stage) à droite (HF6) et de droite à gauche, je chope une sorte de tournis qui n’est pourtant pas consécutif au mouvement de balancier infligé à mon cervelet. Finalement, j’aurais plutôt dû accepter de participer à une thalasso en famille. Et je me morfonds déjà en imaginant devoir subir une musique de fond, insipide…

Et, de quoi amplifier un sentiment de déception, les infos relatives au set exécuté par Ulysse, jeune formation liégeoise talentueuse, m’indiquent qu’il aurait fallu déjà être sur place. Fondée en 2013, elle est manifestement à suivre.

Héritant donc du titre d’espoir en devenir, ces jeunes pousses remportaient voici peu le tremplin des Ardentes, qui leur ouvrait les portes du HF6 en début d’après midi.

Un cadeau qui ne se refuse pas, même si d’avance, il est certain que la fréquentation du site en sera encore à ses balbutiements, à cette heure précoce du jour.

Ce qui du reste ne semble pas avoir terni la prestation de ces jeunes gens, dont l’electro subtilement teintée d’influences Indie Pop aura fait forte impression.

Frais, carrés, et faisant preuve d’une étonnante maturité, Ulysse semble voguer vers des horizons emplis de promesses.

Du coup, amputé de la moitié des prestations qui pourraient m’intéresser en ce premier jour, mon agenda ressemble à une peau de chagrin.

Essayant de trouver mon compte malgré tout et éprouvant le plus souvent un ennui profond, j’étire tant bien que mal ma patience jusqu’au set de Cats On Trees.

Loin d’être fascinant, il a le mérite de nous sortir de la déprime.

Les mélodies égratignées par le duo Toulousain s’accommodent fort bien des timides rayons de soleil qui à l’extérieur tentent de percer, tandis qu’à l’intérieur de ce grand hangar à l’acoustique approximative, l’ambiance est à la détente et à la bonne humeur.

Sans subjuguer l’auditoire, le groupe récolte quand même un accueil chaleureux, et par temps de disette, leur prestation est perçue comme salvatrice.

Servis par un light show habillant subtilement leurs statiques postures (difficile à blâmer dans la mesure où il s’agit d’un duo piano/batterie) et usant de ficelles évidentes pour aider le public à pénétrer leur univers, Nina Goern et Yohan Hennequin remplissent parfaitement leur contrat et nous offrent les premiers hochements de têtes approbateurs.

Ce qui hélas clôt le chapitre des bonnes nouvelles.

 

 

Si le Reggae sans réelle inspiration de Naâman et la loufoquerie de La Pegatina, sorte de sous-Mano Negra de supérette, invitent plus à la noyade qu’à l’acharnement, à force de gueuler depuis le fond de la plaine, une immonde boîte à muzak pour décérébrés va te forcer à t’enfoncer dans la boue et n’en ressortir que le lendemain. La House Of Bull d'un célèbre brasseur local se chargeant en effet d'assurer les interludes à grands coups de musique de kermesse.

Complètement immergé dans les artères du sol, les vociférations de Naughty Boy et de son crew me laissent indifférent et mon irrésistible désir de fuir à tout prix les immondes Shaka Ponk pousse ma barque à grands coups de rames.

Sillonnant sur un fleuve épais, j’entends au loin résonner les échos de Wiz Khalifa et les sirènes me murmurent que je ferais mieux de faire marche arrière.

Mais je m’entête, et du coup, rate ce qui semble bien avoir été la révélation du jour, bien loin des clichés ‘Bling Bling’ auxquels je m’attendais.

Quelques encablures plus loin, au sortir d’une grotte, j’aperçois de menaçants nuages foncer sur le site Ardentes ; et dans le tumulte de cet orage naissant, je regagne mes pénates.

(Organisation Ardentes)

Voir aussi notre section photos ici

 

Open’er Festival 2014 : samedi 5 juillet

Écrit par

Difficile de se remettre en route pour ce quatrième soir d’affilée. Comme de nombreux Belges présents sur place, j’accuse le coup suite à la défaite de nos Diables en coupe du monde, dans un match bien tristounet. Du coup, ma soirée débute plus tard que prévue, mais la consolation viendra là où je ne l’attendais pas (ou plus).

Et quand j’écrivais, il y a quelques jours, que les groupes chevronnés ont toujours la cote en Pologne, Faith No More corrobore ce point de vue. Bien que la formation californienne n’ait plus rien publié depuis 1997, elle est programmée, ce soir, sur la grande scène. Un podium dont l’avant est truffé de pots à fleurs. Des fleurs dont on ne distingue pas trop si le caractère est funéraire ou marital. Et les musicos accentuent cette intrigue en déboulant sur l’estrade dans une tenue vestimentaire de couleur blanche, que n’auraient pas reniée les adeptes de Hare Krishna. Le set s’ouvre par le titre maître de l’album « Real Thing », une œuvre parue il y a 25 ans déjà (NDR : ce qui ne nous rajeunit pas). Les 8 minutes d’intro de ce morceau tribal me paraissent néanmoins interminables. A cet instant, je crains de revivre un concert aussi plat que celui accordé dans le cadre du festival de Dour, en 2010. Heureusement, la suite va se révéler bien plus excitante. Des sirènes retentissent pour annoncer « From out of nowhere ». Le refrain du tube « Epic » est repris en chœur par les spectateurs des premiers rangs. Les musiciens débordent d’énergie ; mais à l’instar de Mike Bordin, derrières les fûts, elle est bien maîtrisée. Et la voix de Mike Patton n’a rien perdu de sa superbe. Même si le personnage fait toujours un peu peur. Ne jamais prendre l’ascenseur en sa seule compagnie. Il pourrait tomber en panne…

Autant je m’interroge sur le choix de la grande scène pour Faith No More, autant Warpaint méritait sans doute mieux que la ‘Tent stage’. Pourtant, ici aussi je restais sur une prestation en demi-teinte exécutée quelques semaines plus tôt, au Primavera. Mais ce soir, les Californiennes (NDR : c’est la soirée ouest américaine) ne vont plus se contenter de faire de la figuration. Et quand Theresa Wayman chante, on pourrait entendre les mouches voler (NDR : et tout particulièrement tout au long de « Love is to die » et « No way out »). Pas étonnant que James Blake ait craqué pour cette belle muse. Et le light show est tout aussi voluptueux. L’image de la pochette du dernier elpee est projetée en 3D sur le fond de la scène.  « Elephant » en version maxi, clôture un set bien plus agréable que prévu. Le quatuor féminin reviendra fin novembre à l’Aéronef de Lille ainsi qu’au Cirque Royal de Bruxelles.

Le reste de la soirée est essentiellement destiné aux midinettes. Place donc à Bastille, la nouvelle coqueluche londonienne. Leur album « Bad blood » (NDR : le titre maître est joué en ouverture) caracole au sommet des charts insulaires. La voix du leader, Dan Smith, constitue une chorale à elle seule. Devant un parterre réunissant principalement des jeunes demoiselles conquises à leur cause, le band se contente de restituer les plages de leur long playing. Un disque qui recèle une pléiade de tubes comme « Things We Lost In The Fire », « Flaws » ou encore « Pompeii », interprété en final. Et pour retenir toutes ces jeunes filles (NDR : euh pardon son public) jusque la fin de son concert, le combo va leur réserver un mash-up de « The Rhythm of the Night » (de Corona) et « Rhythm Is a Dancer » (Snap!), particulièrement dansant. Mais bon, dans l’ensemble, la pop de Bastille est on ne peut plus banale…

Et ce n’est pas Phoenix, programmé en finale du festival sur la grande scène qui va relever le niveau. Le groupe français ne prend d’ailleurs aucun risque et entame son set par le tube « Entertainement ». Le son est impeccable. Les musiciens maîtrisent parfaitement leur sujet et remuent bien sur les planches. Le leader Thomas Mars se dandine, glisse quelques mots flatteurs à l’auditoire, en français ou en anglais. Il l’invite à frapper dans les mains. Manifestement, il est en mode séduction. Les morceaux s’enchaînent. La seule étincelle rock’n’rollesque nous vient quand même de Thomas, lorsqu’il se lance dans la foule pour s’y déplacer en crowdsurfing. Sans quoi, il faut avouer que la musique de Phoenix s’adresse surtout aux ados bien sages. Encore que lorsqu’on connaît mieux le répertoire du combo, on peut regretter qu’il n’ait pas eu l’audace de tenter des arrangements plus aventureux, de proposer des versions plus vivantes, plus sauvages de ses compos…

Il se fait tard, et cette pop aseptisée commence à me gonfler. Et puis, moralement, la défaite de nos Diables me reste toujours sur l’estomac. Bref, vu le contexte, je préfère ne pas poursuivre mes prospections et en rester là pour ne retenir que la quintessence de ce festival. Un festival qui vu ses spécificités et son cadre spacieux, mérite quand même le détour…

(Organisation Open’er)

Open’er Festival 2014 : vendredi 4 juillet

Écrit par

Alors que la pluie arrose plus que généreusement la Belgique (et notamment Werchter), le soleil baigne à nouveau le Nord de la Pologne. Les tenues sont plus légères, et les surprises nombreuses, en cette belle soirée.

Et elle commence plutôt bien, par les Wild Beasts. J’avais déjà eu l’occasion d’assister à leur set, au Sziget, en 2012. Leur dernier album, « Present tense », sorti cette année, marque un véritable tournant au sein de leur discographie. Il fait suite aux sublimes « Smother » et « Two dancers ». Et en ‘live’, le rôle prépondérant des claviers va confirmer le virage électro. A charge pour la basse et les guitares de donner davantage de relief aux compos. La voix de Hayden Thorpe est reconnaissable entre mille. Bien maîtrisée, elle exerce même une certaine fascination sur le public. Celle de Tom Fleming est plus grave et évolue davantage dans le registre baryton. Et finalement, les deux organes se conjuguent parfaitement, permettant ainsi plus facilement à la setlist de glisser des compos les plus introverties aux plus électriques. A l’instar du final, au cours duquel le tube « Wanderlust » a glissé sans temps mort vers « All the king’s men ». Une belle claque !

Jack White est considéré par le magazine Rolling Stone comme un des 100 meilleurs guitaristes de tous les temps. Il est classé à la 70ème place, devant John Frusciante et Robert Johnson. Mais en ‘live’, on ne sait jamais sous quel angle, il va attaquer son répertoire. La set list alterne titres de son dernier opus « Lazaretto » et morceaux des White Stripes. On a quand même droit à une compo des Raconteurs, « Steady as she goes ». Bref, une prise de risque minimale ! D’autant qu’en finale, il nous balance le plus que notoire « Seven nation army ». Réaction, la foule bondit sur toute la plaine. Maintenant, il faut reconnaître que les morceaux de John Anthony Gillis (NDR : c’est son véritable nom) passent bien mieux la rampe lorsqu’ils sont interprétés par un band complet, que sous la forme d’un duo avec Meg White à la batterie. Enfin, pour ce concert, il était difficile de s’approcher à moins de 100 mètres du podium. Le light show constitué d’une majorité de teintes bleues, ne m’a pas permis d’y voir plus clair. Bref, c’était un méga show aperçu du bout de l’horizon. Des conditions qui permettent rarement d’apprécier l’artiste et ses nombreux musiciens à leur juste valeur…

Le show de Banks sous la ‘Tent stage’ devrait se dérouler dans une ambiance un peu plus intimiste. Alors qu’elle n’a même pas encore gravé son premier elpee (NDR : il est attendu pour septembre 2014), Jillian Banks fait déjà le buzz. Elle est programmée dans les plus grands festivals, comme le Coachella ou le Roskilde. Décrochant même au passage le titre d’‘Artist To Watch’ par Fox Weekly. Ce soir, elle va limiter sa set list à 10 titres. Plutôt jolie, Jillian affiche un petit côté fashion qui évoque Lanna Del Rey. Elle est même capable de semblables envolées vocales ; mais lorsque son timbre se charge de douceur, c’est plutôt à Lykke Li que je pense. Une chose est sûre, elle a des planches, car elle est parvenue à mettre son public en poche. Reste à savoir si on est en présence d’un feu de paille ou du début d’une grande carrière…

Et pas de changement radical d’ambiance, puisque la soirée s’achève par Lykke Li. La Suédoise soigne également son image et son jeu de scène. Caractérisé par ses lumières tamisées, le light show est plutôt sombre. Pour y distinguer quelque chose, il est préférable de s’installer aux premiers rangs. Et puis, marre de voir tous ces jeunes qui pensent immortaliser l’événement à l’aide de leur GSM. On se croirait sur la place Place Tian'anmen, quand les militants communistes brandissaient leur petit livre rouge en pleine période maoïste. Manifestement, Lykke a une belle voix. Emouvante aussi. Mais elle bénéficie également de backing vocaux impressionnants. Illuminant même un titre comme « No rest for the wicked ». Dommage cette set list qui n’incluait qu’une seule plage du premier elpee, « Youth novels » (« Little bit »). Parce que la majorité des morceaux issus du dernier opus sont plus que soporifiques (« Never Gonna Love Again »). Bref, encore un show très pro et formaté programmé sur cette ‘Main stage’. Finalement, les bonnes surprises, on les rencontre sur les petites scènes annexes.

(Organisation Open’er)

Open’er Festival 2014 : jeudi 3 juillet

Écrit par

Sommes-nous bien en juillet 2014 ? Vu les têtes d’affiche –Pearl Jam, Afghan Whigs, etc.– je suis en droit de me poser la question. Maintenant, il est vrai qu’en général, les grands festivals peinent à en dénicher de nouvelles accroches ou à les renouveler. Ce qui explique pourquoi les organisateurs engagent des big bands qui ont marqué les décennies précédentes, afin d’attirer la foule. Mais il n’y a pas que les artistes qui ont pris de l’âge. Les transports en commun, aussi. Tout comme en Belgique, les retards de train sont légion. Aussi, au lieu de 30 minutes de déplacement prévu par l’horaire, je me tape 1h30 de trajet avant de débarquer sur le site… 

Raison pour laquelle je n’assiste qu’à la fin du set de MGMT. Après avoir entamé sa carrière en boulet de canon, la formation étasunienne (NDR : elle est issue du Connecticut) semble éprouver d’énormes difficultés à retrouver son second souffle. Ce qui explique pourquoi elle est programmée si tôt en journée. Les compos sont pourtant variées et la voix d’Andrew Vanwyngarden se révèle tantôt lancinante, tantôt ‘crooneuse’, comme sur le long « Siberian Breaks », mais demeure toujours aussi savoureuse. Bien sûr, le tube « Kids » parvient à faire danser la foule ; d’ailleurs les jolies Polonaises (NDR : oui, oui, vous pouvez me croire…) grimpent sur les épaules de leurs copains. Et elles sont toutes ravies d’être filmées et de passer sur écran géant. Le concert s’achève en douceur par Alien days » et « Congratulations ». Un reproche ? Les sonorités de basse sont beaucoup trop puissantes. Un regret ? Que le spectacle ne se soit pas déroulé au moment du crépuscule, de manière à bien mettre en exergue un light show, qu’on pourrait qualifier de kaléidoscopique ou psychédélique, selon. Bref, un combo à revoir dans de meilleures conditions ; même s’il devait être sevré de jolies Polonaises…

Changement d’atmosphère sous la ‘Tent stage’ (NDR : à la manière de Louis Jouvet dans ‘Hôtel du Nord’, on verrait bien Greg Dulli nous lâcher ‘Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ?’) Afghan Whigs fait son come-back. Le concert qu’il avait accordé au Cirque royal, en juin 2012, ne m’avait pas particulièrement emballé. Mais ce soir, il débarque pour défendre un nouvel opus intitulé « Do to the beast », un disque paru en avril 2014. Et la setlist fait d’ailleurs la part belle à ce dernier elpee. « Parked outisde » et « Matamoros » ouvrent le show. « On the corner » nous rappelle l’aventure de Greg Dulli chez les Twilight Singers. Les fans les plus anciens vibrent en écoutant « Gentlemen », « My enemy » ou le très remuant « Miles Iz Ded », combiné en fin de parcours à un plus paisible « Into the floor », qui achève la prestation…

Je décide de zapper d’un concert à l’autre, ensuite. (NDR : de son vrai nom Karen Marie Ørsted) chauffe l’‘Here and now stage’ (NDR : c’est en plein air !) en deux temps trois mouvements. Pas de pause. Pas de sous-vêtements, non plus. Fin mars, La Danoise avait fait un tabac au Botanique. Entre hip-hop mainstream et rock indie, elle assure. Et en extrapolant, on pourrait définir son style comme un mix entre CocoRrosie et sa voisine Lykke Li. Elle conclut par le très paradoxal « Don’t wanna dance », au cours duquel elle est acclamée par un public chaud boulette. De quoi faire oublier quelques moments plus faibles, comme une reprise des Spice Girls ou ces titres inutilement gorgés de beats électros répétitifs…

Finalement, j’aurai peut-être dû aller voir et surtout écouter le concert de Jagwar Ma. Il est beaucoup plus raffiné. Le spectacle se déroule sous le chapiteau de l’Alter stage. L’auditoire est enthousiaste. Les jolies Polonaises (NDR : c’est comme les indiens de Carlos, il y en a partout, finalement) se déhanchent. Le plancher vibre sous le déferlement de beats et de riffs dispensés par le band aussie. Mais comme je débarque en fin de parcours, je vous renvoie au compte-rendu rédigé par mon collègue Redouane (voir ici) pour mieux vous faire une idée du show. Un groupe à suivre, c’est une certitude. Et qui risque de mettre le feu aux festivals auxquels il participera cet été ; comme celui de Dour, où il se produira ce samedi…

La tête d’affiche de cette journée est incontestablement Pearl Jam. Raison pour laquelle bien avant le début des hostilités, les spectateurs sont déjà agglutinés près du podium de la ‘Main stage’. Après son dernier passage à l’Open’er, en 2010, l’auditoire rêve d’un remake. Et il ne va pas être déçu. Eddie Vedder est vêtu d’un vieux jeans et d’un t-shirt à l’effigie ‘peace & love’. Grungy ! Bouteille de vin à la main (NDR : et en réserve), il déboule sur l’estrade un grand sourire aux lèvres. Et dès « Go » et « Corduroy », les pogos (pourtant rares jusqu’alors) se déclenchent. Des tubes comme « Even flow » ou « Jeremy » semblent ne pas avoir pris une ride. Et les nouvelles compos issues du dernier LP « Lightnining Bolt » s’intègrent plutôt bien à l’ensemble. Eddie interprète la cover du « Public Image Limited » de P.I.L. à la manière de John Lydon. Epatant ! Et juste avant le rappel « Rearview mirror » nous en met plein les oreilles. Un ‘encore’ particulièrement généreux, puisque in fine, la prestation va dépasser les 2 heures. « Better man » est repris en chœur par les fans massés aux premiers rangs. Et l’énorme « Alive » constitue manifestement le clou de la soirée. Avant qu’Andrew Vanwyngarden ne vienne se joindre aux chœurs. Eddie s’empresse de vider son stock de vin, et le partage avec ses comparses ou quelques spectateurs, qui entrent alors quasiment en transe. Sympa ! Et la reprise du « Baba O’Riley » des Who résume finalement bien l’esprit du band. Cette chanson commence par les mots ‘I don't need to fight to prove I'm right’. A cet instant, il se confirme qu’il n’a pas besoin de forcer son talent pour s’imposer. Malgré un décor sobre (NDR : autre retour à une forme de simplicité vécue au cours des 90’s), un son et un jeu de scène sans artifice, le concert a été remarquable. La maîtrise des musicos et leur sens de l’harmonie sont intacts. Ce qui explique aussi pourquoi, Pearl Jam nous a permis de vivre un des moments forts de ce festival.

(Organisation Open’er)

Open’er Festival 2014 : mercredi 2 juillet

Écrit par

Pourquoi se farcir 1 300 km pour assister à un festival qui se déroule au Nord de la Pologne, quand on peut voir les mêmes artistes à Werchter, en Belgique ? Tentatives de réponses ci-dessous.

L’avion Bruxelles-Gdansk transporte une majorité des festivaliers. Il y a même une Louvaniste qui a grandi au rythme de notre festival national, mais elle souhaite changer d’air. Convaincue, tout comme votre serviteur, pour y avoir déjà participé, l’an dernier, que celui proposé en bord de mer Baltique, se distingue par bien des spécificités.

La route est pourtant longue pour arriver aux portes du site de Gdynia. Un site implanté sur un aérodrome qui confère un espace gigantesque. Et un sentiment d’évasion, de propreté et de liberté à la fois. Vu son étendue, il n’y a ici pas vraiment de mouvement de foule, ni de bruit constant. Ni même de brassages de mauvaises odeurs. Le point négatif, ce sont les deux kilomètres qui séparent les deux scènes. Raison pour laquelle, les festivaliers les plus insatiables (NDR : ceux qui veulent voir un maximum de groupes) n’hésitent pas à courir entre les podiums. Heureusement, le terrain est bien entretenu, et ressemble plus à un terrain de football foulé en division supérieure qu’à un champ de patates, en Belgique.

Autre règle susceptible de déstabiliser : la discipline. On croise de très nombreux vigiles aux quatre coins du secteur et on est soumis à une fouille minutieuse dès l’entrée. Avec une tolérance zéro pour les drogues, y compris douces (NDLR : même votre paquet de cigarettes est inspecté de fond en comble). Néanmoins, vous ne verrez ici personne urinant où bon lui semble, allumant des feux intempestifs ou poussant des cris de barbare (style ‘Boeeeren’). Une (trop ?) grande quiétude qui permet d’apprécier les concerts sans être continuellement interrompu par des fêtards ou des parasites. 

Interpol se produit en fin d’après-midi. Toujours aussi peu loquace, Paul Banks parvient à glisser au micro, juste avant de commencer le set du band, un ‘we can enjoy the sunset’. « Say hello to the angels » ouvre logiquement le concert. « Evil » embraie et réveille la foule. Suivi de « C’mere », une nouvelle compo fort intéressante. Elle figurera sur le prochain elpee, « My Desire ». Un titre qui s’achève par des riffs dispensés en crescendo. De quoi briser un peu la monotonie d’un répertoire qui aligne une majorité de compos sculptées dans le post punk ou balisées par une ligne de basse new wave. Malheureusement, le second inédit, « Anywhere », nous replonge dans ce climat monocorde. En outre, son refrain est répétitif et pompeux. Il faut attendre la fin du show pour que le public (et moi-même je l’avoue) s’emballe à nouveau à l’écoute de « PDA » et « Slow hands ».

Vu la critique favorable dont bénéficie le dernier opus de Metronomy, « These songs go places Metronomy never have before, and they do so spectacularly », il était presque obligatoire de vérifier le bien fondé de cette opinion. Hum, non, je ne vois pas pourquoi cette formation bénéficie d’un tel engouement. Les fans d’electro britpop ont bien sûr le loisir de taper dans les mains ou de balancer les bras de gauche à droite (NDR : ou de droite à gauche, selon). Mais laissons ce plaisir aux ados insulaires et aux hipsters qui glorifient leurs remixes. Bien sûr, le band tente parfois de s’éloigner de son électro kitsch pour embrasser un profil rock plus chaleureux. Mais ces bonnes intentions sont de trop courte durée, et invariablement le style retombe dans une forme mainstream acidulée, peut-être second degré, mais finalement irritante.

Bref, mieux vaut retourner sur la main stage, pour savourer du rock, du vrai, du tatoué ! Certes, les Black Keys nous en mettent moins la vue, sur une scène qui semble même deux fois trop grande pour eux, mais bien plein les oreilles. Dès les premiers accords, Dan Auerbach met tout le monde d’accord (y compris votre serviteur) en balançant ses riffs incisifs sur « Dead and gone ». Il me fait d’ailleurs penser à un autre prodige de la gratte, Jack White. Coïncidence, l’ex-leader des White Stripes est aussi à l’affiche de cette édition. Oscillant d’un folk US à un rock plus psychédélique, le set connaît cependant des hauts et des bas. Il faut même attendre la deuxième partie, et le long rappel, pour que le groupe retrouve tout son éclat. « Fever », le tube incontournable « Lonely Boy » ou encore « Little Black Submarine » remettent les pendules à l’heure. Et plus intéressant encore « I got mine » se révèle particulièrement audacieux. Un titre issu de leur cinquième LP, « I Got Mine », sorti en 2008. Soit avant « Brothers », et bien entendu « El Camino », deux opus peuplés de tubes en puissance, et à la sensibilité mélodique plus pop. Ce qui leur a permis de faire la tête d’affiche des plus grands festivals. Car, qu’on le veuille ou non les Black Keys sont devenus une machine bien trop huilée. Il semble loin le son garage, un peu crade, qui me mettait dans un état proche de l’Ohio.

Changement de podium et changement de style, pour accueillir trois sœurs dans le vent : les frangines Haim (prononcez Hy-im). C’est qu’elles ont également enchaîné de gros festivals, comme Glastonbury ou le Primavera, juste avant d’atterrir en Pologne. Recueillant les faveurs de nombreux médias, comme artistes à découvrir absolument. Vu le type de public captivé, j’ai d’abord été tenté d’écrire qu’il s’agissait d’un groupe de jeunes filles jouant pour des jeunes filles. Mais passé cette première impression, il faut avouer que les trois artistes féminines se débrouillent plutôt bien en front de scène, éclipsant par conséquent leur propre drummer. Un mâle ! En affichant une aisance presque désinvolte, les Californiennes alignent leurs tubes, cassant cette image pop juvénile qui leur colle à la peau. Elles s’excitent sur leurs grattes et n’hésitent pas à changer de registre, en affichant une belle maîtrise. Ce qui m’autorise à penser qu’elles ont un bel avenir devant elles, même si leur soft rock n’est pas vraiment ma tasse de thé.

Je clôture cette journée par un autre band californien, Foster The People. Il est venu défendre son deuxième opus, fraîchement sorti, « Supermodel ». Le premier elpee, « Torches » regorgeait de hits, un disque qui leur avait permis de décrocher quelques ‘Grammy awards’. Cependant, quand on a gravé un tel disque, difficile de faire mieux. Et on va rapidement s’en rendre compte. Le light show est impeccable. Sur l’estrade, le combo déborde d’énergie. Mais la voix de Mark Foster est un peu trop fluette à mon goût, à tel point que parfois elle devient aussi irritante que celle de Mika. La journée a déjà été bien longue, et je préfère prendre un peu de repos (mérité), sans attendre le final dansant de leur set, « Pumped Up kicks »…

 

 

Graspop Metal Meeting 2014 : dimanche 29 juin 2014

Écrit par

Votre serviteur a passé l'âge des trois-quatre jours en tente, boîte de cassoulet sur le réchaud, pieds dans la bouillasse, odeur d'urine croissante et sommeil syncopé ! Il sélectionne ses jours de festival, oui, vieux festivalier mais festivalier quand même ! Et toc !

J'avais, cette année, jeté mon dévolu sur le dimanche du Graspop. Midi, heure de l'apéro. En attendant de voir les joyaux qui avaient fait briller mes yeux à la lecture de l'affiche, je décide de profiter de l'investissement en piquant dans la liste un des groupes que youtube m'avaient laissé paraître intéressant. Crossfaith sera donc le premier de la journée. On peut toujours s'attendre à des surprises au Pays du Soleil Levant. Pas vraiment des débutants puisqu’ils comptent trois albums à leur actif depuis 2006, trois disques sculptés dans un joyeux mélange d'électro et de métal. Première claque visuelle, on comprend mieux pourquoi Marilyn Manson est vénéré tel un dieu par les Nippons : look androgyne, émo torturé, j'ai même dû aller vérifier dans les bios si c'était une fille à la batterie. Hé bien, non, je me suis fait avoir... La Jupiler Stage est alors envahie par une énergie communicative, du jumping de masse. Ca sautille sur scène, ça grimpe dans le décor, ça oscille souvent entre Slipknot et Prodigy. Un bon moment !

Je zone et profite un peu de Suicide Silent, grosse machine de Nuclear Blast, en promotion pour leur quatrième album « You can't stop me », et moment de test pour leur nouveau chanteur Hernan Hermida. Le moins que l'on puisse dire c'est qu'il passe haut la main cette épreuve. Ce gaillard n'a pas une voix mais deux, trois, parfois quatre ! Sa gamme entre l'hyper aigu et l’outre-tombe est digne d'une université deathcore. Le show est un peu plat mais on en prend plein les oreilles.

J'évite Bring Me The Horizon, je ne vous dirai pas pourquoi. Si je vais vous le dire : c'est un peu les boys band du métal. C'est juste un problème de look, pas de musique. Quoique...

Il est temps de me préparer psychologiquement au premier joyau qui fait briller mes yeux : Alice In Chains. On est toujours un peu curieux de voir en live des albums qui nous ont accompagnés durant notre adolescence. Les festivaliers hollandais massés devant l'écran qui diffuse le match de huitième de finale ont raté le spectacle. Pur bonheur. Drapés rouges en fond, décor épuré, on ne se consacrera qu'à l'auditif. Pas de mise en scène, uniquement le plaisir de revivre pleinement les titres léchés de ces grands du pré-grunge. Fascination du début sur "Them Bones", une larme à la fin sur "Would?" et c'est déjà fini. Trente-sept minutes montre en main, c'était court mais de qualité !

Changement de scène pour se placer aux avant-postes de Paradise Lost. Presque vingt-cinq ans depuis la sortie de "Gothic" que je considère, et je ne dois pas être le seul, comme une référence du doom. Troisième rang, je suis sûr que la foule ne bougera pas. Charismatiques sur les planches, leur set est contemplatif. Entre vert d'eau et bleu nuit. Le chant est impeccable. La basse fait vibrer mon slip. Question existentielle : comment Greg Makintosh se débrouille pour ne pas se prendre les dreads dans les cordes ? Ca tourne les tentacules de pieuvre à n'en plus finir!  Guitares et basses à raz de sol, ils nous font vivre toutes les facettes de leur histoire musicale. Réflexe malheureux, j'évite les baguettes du batteur au lieu de tendre la main pour les attraper. Bête type...

Pause déjeuner, je regrette amèrement la cambuse du ‘Roots and Roses’ de Lessines!

Patience, patience, le meilleur est à venir ! L'heure fatidique approche. Pas prévu dans mon programme, je passe un excellent moment en compagnie de Rob Zombie. J'espérais juste les grandes machineries mais elles sont restées à l'entretien apparemment. Pourtant il y a à voir. Une chose est sûre, on ne verra pas Rob sur les prochaines campagnes de prêt-à-porter ! Fidèles aux grands de ce monde (ou de l'outre-tombe) chez les morts-vivants, on nage en plein film d'horreur, on vit leur passion pour le gore et les comics. Dans ce grand cirque déjanté, les rythmes sont entraînants, on se prend au jeu de "Dragula", "More Human than Human" ou de "Living Death Girl". C'est rôdé, bien huilé, ça passe tout seul. 30 ans de carrière, on va pas lui faire à l'envers le Robert !

Je trépigne, dix minutes de pause, il est temps ! La nuit tombe, on cherche le vol des chauves-souris. Ce sont des démones ailées qui nous accueillent dans l'antre de Black Sabbath. Petite pensée pour le ‘Rock à gogo’ de Jacques de Pierpont qui m'a tiré de mon grand néant musical pour me faire entendre le mysticisme de la bande à Ozzy. Je m'attends à une entrée en matière sur fond d'orage et sinistres coups de cloche du fin fond des ténèbres et nous sommes accueillis par un ‘coucou!’ enfantin. Le rideau tombe. Ils sont enfin là. Sirènes hurlantes, "War pigs" ouvre le bal. Mais stupeur et tremblements, gesticulant, courant d'un bout de la scène à l'autre tel Gollum hors de sa caverne, scandant inlassablement un ‘Clap your fuc*ing hands’ chevrotant, Ozzy semble fort amoindri. Il demande constamment de baisser ou de monter son micro, bateau ivre paraissant oublier les paroles de ses titres les plus célèbres. Il n’est plus qu'une pâle copie de ce gamin qui a enflammé les planches des festivals, il y a quarante-cinq ans avec quatre enceintes et un décor Lollipop... Juste figuratif, il ne gâchera pas, malgré tout l'extraordinaire performance de son band, Tony Iommi en tête qui nous montre qu'il n'a rien perdu de son talent... lui. Les compos s'enchaînent : "Snowblind", "Black Sabbath", "N.I.B.". On espère toujours que sa voix va se remettre, qu'il va rajeunir d'un coup, satisfaire les rêves de milliers de festivaliers venus juste pour le voir mais pas de Docteur Emmett Brown à l'horizon, rien n'y fera. "God is dead?", "Children of the grave", je craque. Je ne verrai pas le rappel qu'Ozzy provoquera lui-même au vu du peu de réaction de la fosse. Je rentre, j'écouterai "Paranoid" dans la voiture pour rêver encore un peu.

Dimanche de vieux...

(Organisation Graspop)

Page 39 sur 75