La révolte de Bagdad Rodeo...

Le premier single extrait de « Quatre - L'album sans Fin - Part 1 », le nouvel album de Bagdad Rodéo, « Révolution Vendetta », nous plonge dans les racines du groupe, de son combat, celui de la liberté à tout prix et de l'esprit critique qui font de Bagdad…

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Glass Beams signe chez Ninja Tune

Glass Beams, groupe énigmatique établi à Melbourne, s'inspire de son héritage indien, infusant son psychédélisme serpentin d'instrumentations cosmiques et de polyrythmies du monde. Son premier album, « Mirage », enregistré en home studio, est une fusion…

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Black Mirrors

Le vampire ne se reflète pas dans un miroir…

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C’est dans le cadre des Coca-Cola Sessions, qui se déroulent à l’Ancienne Belgique, une initiative destinée aux découvertes, tant belges qu’internationales, que Black Mirrors se produisait ce jeudi 27 septembre. Issu du Brabant wallon, il est venu défendre son nouvel opus, « Look into the Black Mirrors », paru fin août dernier. Un disque qui fait suite à deux Eps, un éponyme paru en 2014 et « Funky Queen », en 2017.

Le supporting act est assuré par Bulldozer & The Machine Guns. Des potes aux musicos de la tête d’affiche ! Le line up implique le guitariste/chanteur John No Way, le bassiste Thomas Maisin et le drummer Grégory Bourguignon (NDR : il milite également chez Solkins). Ce dernier, pieds nus, semble particulièrement cool. Essentiellement instrumentale, l’expression sonore du trio baigne dans un psyché/stoner qui écrase tout sur son passage…

Quant à la musique de Black Mirrors, elle est le fruit d’un cocktail entre stoner, punk, rock, et métal. Ce quatuor réunit le guitariste Pierre Lateur, le bassiste Loïc Videtta (Mango Moon), le drummer Paul Moreau ainsi que la chanteuse Marcella Di Troia.

Vers 21 heures, Pierre grimpe sur l’estrade et entame un solo de guitare, une intervention immédiatement suivie par des sonorités de cymbales. Cape noire sur le dos, et la rituelle ligne noire sous les yeux, comme maquillage, Marcella me fait penser à une chauve-souris, prête à dévorer ses proies, avant de les vider de leur sang… et pourtant le vampire ne se reflète pas dans les miroirs, aussi nombreux soient-ils, et de couleur noire…

Dans un halo de couleur bleue, le set s’ouvre par « Shoes for booze », morceau d’entrée du nouvel opus. Les riffs hendrixiens de Lateur font mouche et bénéficient du soutien de la solide section rythmique, basse/batterie. 

Véritable show woman, Marcella arpente les planches de long en large en trimballant son pied de micro, bien attaché sur son support. Elle se déhanche sauvagement, harangue les spectateurs des premiers rangs et déploie ses ailes pour mieux les vampiriser… Un projecteur la suit à la trace. Tout au long du concert on sent une grande complicité entre le gratteur et la chanteuse. Des aficionados déploient des affichettes sur laquelle on peut lire ‘We Love Black Mirrors’. Davantage introspectif, « Inner Reality » s’achève dans un climat psyché/atmosphérique. Petit problème de balance entre l’instrumentation et la voix de Marcella, qui pourtant imposante, ne parvient plus à émerger de l’expression sonore, lors des titres les plus nerveux. Souci réglé à partir de « Moonstone », un morceau plus paisible, presque dispensé en format acoustique. Ancienne compo, « Canard Vengeur masqué » met en exergue les percus.

Lors du premier rappel, « Whispering Ghost » est proposé quasi-unplugged. Le spectre de Robert Plant plane… Après une excellente cover du « Kick Out The Jam » du MC5, le band nous réserve une nouvelle version, plus bluesy, de « Lay My Burden Down », un titre au cours duquel la voix grave, rocailleuse, de Marcella, monte dans les tours en concédant des inflexions à Beth Hart voire à Janis Joplin. Un chouette concert qui confirme le potentiel de Black Mirrors, une formation dont la reconnaissance à l’étranger ne devrait tarder…  

Setlist : « Intro », « Shoes For Booze », « Funky Queen », « The Mess », « Inner Reality », « Cold Midnight Drum », « Mind Shape », « Moonstone », « Canard Vengeur Masqué », « Lay My Burden Down », « Till The Land Wind Blows », « Burning Warriors »

Rappel : « Whispering Ghost », « Kick Out The Jam », « Lay My Burden Down »

(Organisation : Ancienne Belgique / Coca-cola sessions)

Photo : Mehdy Nasser

Pierce Brothers

Un esprit pas aussi fatigué qu’ils ne le prétendent…

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La fratrie Pierce réunit Patrick et Jack. Originaires de Brisbane, ces multi-instrumentistes ont pris de la bouteille, en se produisant dans la rue, à Melbourne. Ce qui explique sans doute leur sens inné du ‘live’, prestations au cours desquelles ils libèrent une énergie capable de faire bouger le public de salles entières, mais également de festivals, à travers le monde. Ce jeudi 4 octobre, les frangins sont programmés au Reflektor à Liège, une salle conviviale qui peut accueillir un peu moins de 600 âmes. Et ce soir, elle est sold out.

Soham De a été invité à assurer le supporting act des Pierce Brothers, pour cette tournée, annoncée à guichets fermés. Agé de 21 printemps, il est originaire de Durham, en Angleterre. Depuis la sortie de son premier single, « Confession », paru en mars dernier, sa popularité est montée en flèche. Et son premier Ep 4 titres, « The Next Nowhere », ne fait qu’accentuer cette notoriété. La presse insulaire le compare déjà à Isaac Gracie, Newton Faulkner voire même Daniel Docherty. C’est la toute première fois qu’il se produit en Belgique.

Soham grimpe sur l’estrade, armé de sa gratte semi-acoustique. Il ouvre son set par le délicat « Foreign Tree ». Déjà son toucher de cordes en picking est impressionnant. Légèrement graveleuse, sa voix est chargée d’intensité et quand elle prend son envol, on en attrape des frissons partout. Malheureusement, pas de trace d’ivoires ou de violons sur la ballade lumineuse « I Don’t Want This To Be Over », ni d’extrait de son nouvel Ep. Dommage ! N’empêche, il serait intéressant de le revoir, en format électrique, car ce gars est bourré de talent…

Setlist : « Foreign Tree », « I Don't Want This To Be Over », « Sidelines », « I'll Give You A Chance To Prove Me Wrong », « Brave », « The End »

Ce soir, The Pierce Brothers va nous présenter de larges extraits de son dernier elpee, « My Tired Mind » (Trad : mon estprit fatigué) , gravé l’an dernier, ainsi que quelques titres du futur opus, « Atlas Shoulders », dont la sortie est prévue pour fin de ce mois d’octobre …

Jack se consacre aux percus (tom basse, tambour africain, cymbales), mais aussi au didgeridoo (instrument à vent aborigène) ainsi qu’à l’harmonica. Pat se réserve la guitare, qu’elle soit sèche, électrique ou semi-acoustique. Et imprime le tempo à l’aide d’une grosse caisse, en appuyant sur une pédale, posée devant son pied gauche.

Jack est en forme, il salue le public en s’exprimant dans un parfait français. « Amsterdam » est la ville ou le succès de la paire a débuté, en Europe. Et c’est par cette chanson que le concert s’ouvre. Dès le début du show, Jack ne tient pas en place, et frappe ses baguettes sur tout ce qui peut servir de percus. Même sur le sol et les baffles. Les ‘oh’ fusent dans l’auditoire. Pat se concentre sur sa gratte semi-acoustique. Ce titre met déjà le feu dans la fosse au sein de laquelle les spectateurs se mettent à danser. Jack se charge des présentations et signale que son frère recherche une fiancée. Ce qui déclenche l’hilarité dans l’auditoire. « Black Dog » embraie, une compo qui nous entraîne de l’autre côté de l’Atlantique. Dans les grandes plaines, plus précisément. Jack souffle dans son harmonica alors que Pat balise de ses cordes ce titre aux accents country/americana. D’abord plus paisible, sa fin de parcours est cependant dynamisée par les percus. Et chaque fois qu’elles montent en puissance, la température monte d’un cran. Régulièrement, Jack sollicite la foule pour reprendre les refrains ou frapper dans les mains. Il a empoigné une six cordes électrique avant d’attaquer « Keep In Mind », un morceau qui se distingue par les harmonies vocales à deux voix. Titre le plus populaire du band, « It’s My Faut » met le feu dans la fosse. Jack souffle dans son didgeridoo alors que son frère continue sur sa gratte dont il triture les cordes presque à la rupture. « Follow Me Into The Dark » prône le calme avant la tempête. Qui s’abat tout au long d’« Overdose », un morceau au cours duquel Jack cumule micro et percussions. Il tapote à nouveau ses baguettes sur le bord de la gratte de son frère. Energique, ce morceau de folk adopte un profil davantage yankee (NDR : pensez au boss !) qu’antipodal. Et dans la foulée, « Juno » est de la même veine. « Golden Times » constitue le sommet du spectacle. Pat est à la sèche. Jack empoigne son didgeridoo et colle l'harmo devant la bouche de son frère. Tonnerre d'applaudissements dans l’auditoire ! Jack martèle encore le plancher à l’aide de ses baguettes. Et avant de souffler derechef dans son didgeridoo, il replace l’harmo devant les lèvres de Pat. « Brother » achève le set. Si les harmonies vocales sont savoureuses, la compo vous incite surtout à esquisser un pas de danse.

En rappel, le tandem va nous accorder deux titres, « Self Portrait » et « Flying Home ». Une belle prestation de 100 minutes accordée par deux artistes attachants, et dont l’esprit n’est pas aussi fatigué qu’ils ne le prétendent…

Setlist : « Amsterdam », « Black Dog », « Keep In Mind » , « It’s My Fault », «  Follow Me Into The Dark », « Overdose », « Trip Lovers », «  Juno », « The Records Were Ours », « Tallest Teepee In Town », « Blind Boys Run », « Take A Shot », « Genevieve », « Golden Times », « Brother ».

Rappel : « Self Portrait », « Flying Home ».

(Organisation : Reflektor)

The Brian Jonestown Massacre

Quand on est trop perfectionniste, on passe à côté de l’essentiel…

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The Brian Jonestown Massacre, c’est le groupe d’Anton Newcombe, une formation responsable d’une musique qui oscille entre shoegaze, noisy et psychédélisme, mais également très susceptible d’intégrer d’autres styles comme la country, le folk ou la new wave. Ses influences majeures ? Spacemen 3, My Bloody Valentine, Velvet Underground, Galaxie 500, Ride ou encore The Telescopes. Et la liste est loin d’être exhaustive. Pour mieux connaître ce band, rien de tel que de visionner « Dig », un documentaire qui relate la relation qui est devenue conflictuelle entre Anton Newcombe et Courney Taylor-Taylor, respectivement leader de TBJM et The Dandy Warhols, en fonction des courbes de succès et de revers enregistrées par les deux formations, ainsi que les problèmes liés à la consommation de drogue et/ou d’alcool. Réalisé par le cinéaste Ondi Timoner sur une période de 7 longues années, ce film s’est surtout focalisé sur une période sise entre fin 1996 et mi-98, un long métrage (107’, voir ici) qui a décroché le Grand Prix du jury documentaire au Festival du film de Sundance, en 2004…

Lorsqu’on débarque à l’Aéronef, Dead Horse One termine sa prestation. Enfin, il lui reste encore trois morceaux à exécuter. Issu de Valence, en France, ce quintet pratique une musique qui navigue quelque part entre shoegaze et psychédélisme. Pas étonnant que TBJM l’ait choisi pour assurer le supporting act. Fondé en 2011, ce groupe a bénéficié du concours de Mark Gardener, à la mise en forme, lors de l’enregistrement de son premier elpee, « Without love we perish ». Et manifestement, en écoutant sa musique, on ne peut s’empêcher de penser à Ride, Sweverdriver ou encore Telescopes. Les deux gratteurs sont particulièrement complémentaires et le claviériste tapisse parfaitement l’ensemble de ses interventions. Seules les harmonies vocales manquent de limpidité. Maintenant, pas évident de régler les balances, lorsqu’on n’assure que la première partie. Une formation à revoir, dans d’autres circonstances ; et pour cause, dans son style, elle possède un fameux potentiel…

En 28 ans d’existence, The Brian Jonestown Massacre a commis 19 albums studio, plusieurs compiles, sans oublier les Eps. Faut dire que son leader, Anton Newcombe est particulièrement prolifique. Du line up originel, il ne reste cependant plus que lui et Ricky Maymi à la barre ; mais ce dernier a troqué ses baguettes contre une gratte, en 2002, après le départ de Jeff Davies. Autre membre originel, Matt Hollywood (NDR : d’abord bassiste, puis guitariste, c’est un habitué des allées et venues) a finalement quitté le navire, en 2015. Il a été remplacé par Ryan Van Kriedt. Finalement, le plus ancien, après Anton, c’est le percussionniste (tambourin/maracas) Joel Gion, qui milite au sein du band depuis 1994. Le bassiste Collin Hegna et le claviériste Rob Campanella ont débarqué en 2004 et le drummer, Dan Allaire, en poste depuis 2002, semble aussi avoir mis la clef sous le paillasson, puisque c’est une fille qui le remplace ce soir. Pas de trace de la vocaliste, non plus, qui avait participé à la tournée accomplie lors du printemps dernier. Pour faire bref, en près de 3 décennies, plus de 60 musicos ont transité via le combo. 

Mais il est temps de passer à la review du concert. Vêtu d’un t-shirt blanc, sur lequel on peut lire les mots ‘Eat shit’, mentionnés en rouge, Anton se plante à droite du podium. Il a un look qui rappelle, quand même, Neil Young. Collin Hegna, le bassiste, a enfilé un poncho, alors que coiffé d’un bonnet de marin, Joel Gion, le percussionniste, arbore des rouflaquettes impressionnantes. Il a l’air un peu éméché et enfile régulièrement les bières ‘Leffe’. Lui, les trois gratteurs et la drummeuse, cheveux bouclés en broussaille, sont chaussés de lunettes fumées. Quand à Ricky Maymi, qui joue d’une guitare à douze cordes, il a posé un verre et une bouteille de vin rouge devant lui. Mais il n’y posera les lèvres qu’épisodiquement. Enfin, Campanella, le claviériste, s’est planté discrètement, au fond, à gauche du podium…

Le set s’ouvre par « We never had a chance », une compo qui s’ébroue tout en douceur et s’épanouit sur un mur de cordes frémissantes. Et ce sont ces trois gratteurs, parfois quatre, dont les cordes tour à tour chatoyantes, grésillantes, bringuebalantes, cristallines ou chargées de feedback, qui tissent la plupart des mélodies. Et la plupart du temps, hypnotiques, elles accrochent instantanément. Le visage expressif de Joel communique un climat de bonne humeur au show. Parfois il lance un tambourin dans les airs, mais vu son état d’ébriété, éprouve de grosses difficultés pour le rattraper. Moralité, il le récupère sur les planches. Mais ses interventions aux percus sont impeccables. Dès « What happened to them », les ‘ouh ouh’, chantés en chœur, rappellent que TBJM a enregistré un album qui rend hommage au « Satanic Majesties Request » des Stones (« Their Satanic Majesties' Second Request », en 1996 !). Régulièrement, Rob Campanelle troque ses claviers (un korg !) contre une quatrième guitare. « That girl suicide » lorgne manifestement vers Tubeway Army, surtout à cause de la ligne de basse, alors que « When jokers attack » semble plutôt marcher sur les traces de New Order, Anton empruntant même les inflexions à Bernard Summer. Lors du classique « Servo », Ryan Van Kriedt branche une ‘phantom’ (NDR : guitare utilisée chez les Fuzztones). Evidemment, la set list ne va pas oublier les autres standards comme « Who », « Phish » ou encore « Anemone », mais également proposer deux compos récentes, comme « Forgotten graves », ou « What can I say », que Newcombe annonce comme telle, d’ailleurs. Il présente ses musiciens avant d’attaquer « Devil my care », mais on ne comprend pas grand-chose à ce qu’il raconte. Etonnant, il semble dithyrambique à leur égard. Il est sans doute de bon poil. Mais, il rencontre toujours le même problème. Perfectionniste, il laisse régulièrement de longs interludes entre les morceaux pour régler sa guitare, tripoter son ampli, fumer une clope ou solliciter le concours d’un roadie, afin de résoudre un problème futile. Ce qui nuit à l’ambiance générale du set. Après l’inévitable « Yeah Yeah », qui figurait sur « Bloody undergound » (NDR : clin d’oeil appuyé à My Bloody Valentine), compo au cours de laquelle la voix d’Anton semble hantée par Ian McCulloch (Echo & The Bunnymen), le concert s’achève par « A word », un titre au cours duquel deux des gratteurs de Dead Horse One rejoignent le septuor ; ce qui va se traduire par la présence de 7 grattes dont une basse et une sèche, sur l’estrade…

D’une durée de 2h15, le show a soufflé le chaud (souvent) et le froid (parfois). Quelques morceaux plus brouillons et surtout des interludes trop fréquents ont, en quelque sorte, freiné la montée en intensité du concert et empêché d’atteindre une apothéose que le groupe aurait, finalement, méritée…

(Voir notre section photos ici)

(Organisation : l’Aéronef)

Setlist

  • We never had a chance
  • What happened to them
  • Hold that thought – 1st Fret Capo
  • Forgotten graves – 1st Fret Capo
  • Who
  • Who dreams of cats? – 3rd Fret Capo
  • That girl suicide
  • Drained
  • Nevertheless
  • Pish – 4 th Fret Capo
  • Anemone
  • Wisdom
  • Jokers
  • Sailor
  • Servo
  • Devil may care
  • What can I say
  • Yeah Yeah
  • A word

 

Poppy

Poppy barbie asiatique pour public juvénile…

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Plus ou moins 200 personnes s’étaient déplacées au Botanique pour assister au spectacle (?!?!?) de Poppy, programmé au Botanique. Juvénile, boutonneux, ce public est essentiellement constitué de jeunes midinettes. Il y a bien quelques trentenaires, mais ils ne sont guère nombreux.

De 20h00 à 20h45, place au ‘Warm Up’ (Trad : échauffement). Il se limite à une playlist qui défile. Derrière la table, il n’y a pas un chien ; seul un technicien se charge du light show. Au bout de trois quarts d’heure, soit en accusant 20 minutes de retard, le set de l’Américaine peut commencer…  

Moriah Rose Pereira, aka Poppy, est auteure/compositrice/interprète/vidéaste. Elle est née à Boston, a grandi à Nashville, avant de s’installer à Los Angeles, en 2014, afin de poursuivre sa carrière musicale. Si ses clips cartonnent sur Youtube, elle le doit aussi à son collaborateur Corey Michael Mixter, alias Titanic Sinclair. Ensemble, ils ont réalisé une ribambelle de vidéos promotionnelles au contenu abstrait. Et en ‘live’, c’est lui qui se charge de tout l’aspect technologique du set, se postant derrière les ordinateurs sur la table placée à gauche de l’estrade. Un écran est planté au milieu du podium. Des effets de lumières créent un triangle pivotant et sont projetés sur cet écran qui mentionne les mots ‘Poppy Computer’ quand il n’affiche pas l’effigie voire l’image de Poppy. La gonzesse débarque sur les planches, tout de rose vêtue, mais porte-jarretelles et corset à damiers et les cheveux décolorés en blonde platine. Finalement, on dirait une poupée (NDR : qui a dit poppy ?) barbie, mais asiatique. Elle est accompagnée de deux danseurs blacks à la chorégraphie plus que pointue. On dirait un show de Lady Gaga, lorsqu’elle était encore débutante. Bien qu’âgée de 23 printemps, elle n’en paraît que 15. Mi-humain, mi-androïde, son look est désespérément androgyne. Elle va nous proposer de larges extraits de son premier elpee « Poppy Computer », gravé l’an dernier, mais également de son prochain opus « Am I A Girl », qui paraîtra fin de ce mois d’octobre. C’est d’ailleurs sous ce titre que cette tournée a été planifiée.  

Le set débute par « In A Minute ». Les premiers rangs commencent déjà à danser sur le rythme des machines. Des machines qui produisent également de la musique addictive ! Une électro/pop sur laquelle vient se poser la voix douce, enfantine et haut perchée de Poppy. Mais toutes les compos se ressemblent. Avant d’attaquer « Microphone », elle et les deux danseurs viennent choper les téléphones portables des aficionados agglutinés aux premiers rangs. Au bout de 30 minutes, il ne reste plus que 3 chansons. Artificiel, ce show destiné aux ados immatures aura duré trois-quarts d’heure. Un réel foutage de gueule ! On est bien loin des prestations d’Anne-Marie, de MØ ou encore de Zara Larsson.

(Photo : JP Daniels)

Setlist : « In A Minute », « My Style », « Interweb », « Bleach Blonde Baby », « I’m Poppy », « My Microphone », « Chic Chick », « Time Is Up », « Fashion After All ».

Rappel : « Lowlife », « Money ».

(Organisation : Botanique)

 

Xavier Rudd

Un cow-boy rasta dans la peau d’un kangourou…

Écrit par

Xavier Rudd est programmé trois jours à l’AB. Et tous les concerts sont sold out. Ce lundi 17 septembre constitue sa première date. Pour cet Australien, le monde est sa maison. Engagé et sensible à l’environnement, il a conscience que notre planète, à qui il voue un profond respect, doit nous survivre pour toute une éternité. Multi-instrumentiste, il joue aussi bien des percus, de l’harmo, de la gratte (NDR : de préférence une Weissenborn) que du didgeridoo (NDR : plus exactement le yirdaki). Il vénère d’ailleurs la culture aborigène…

Newton Faulkner assure le supporting act. Ce Londonien milite dans la tradition de troubadours, comme Jackson Brown ou James Taylor. Mais il est davantage atypique. D’ailleurs, il lui est arrivé de jouer dans une montgolfière.

Seul sur les planches, il se sert de deux guitares semi-acoustiques et d’une loop machine. Sa voix est capable d’osciller du grave à l’aigu. Son humour décontracte instantanément l’auditoire. Barbu à dreadlocks, il pratique le picking à 3 doigts. C’est sa spécialité ! Il est venu défendre son dernier et sixième opus, « Hit The Ground Running ». Tout au long des deux premiers morceaux, il étale sa technique à la six cordes ; et son toucher est imparable ! Il frappe sur le bord de sa gratte et l’insère dans une boucle pour « Smoked Ice Cream », et en couches, le résultat est impressionnant. C’est d’ailleurs suivant cette méthode qu’il construit chaque piste, à tel point qu’on a parfois l’impression qu’il est soutenu par un véritable orchestre. Dans un français hésitant mais tellement touchant, il lance ‘Bruxelles, bonjour, ça va, une petite chanson. OK.’  Ce qui déclenche l’hilarité dans la fosse. Le sommet de son set est atteint lors de sa version du « Bohemian Rhapsody de Queen (voir vidéo ici)

A vous flanquer des frissons partout ! Une excellente mise en bouche… (Pour les photos, c’est là)

Trois musicos montent sur l’estrade. Terepai Richmond, une jolie drummeuse (percus organiques et pads électroniques), le bassiste Yosef Haile et le claviériste/ Ian Peres. Avant que ne débarque à son tour Xavier Rudd, pieds nus, sous un tonnerre d’applaudissements. Tout au long de ses 2h40 de show, il va nous entraîner au cœur des déserts et bush australiens, mais également sur les plages ensoleillées de Kingston ainsi qu’au Far West. En quelque sorte un cow-boy rasta dans la peau d’un kangourou…

« Honeymoon Bay », extrait de « Storm Boy », son dernier album, ouvre le concert. La scène est plongée au sein d’une pénombre bleutée, mais passe au rouge dès les premiers accords de gratte. La foule frappe déjà dans les mains. Chaleureux, souriant, Xavier attire immédiatement la sympathie, et lui demande : ‘How are you feeling ?’. Les faisceaux lumineux inondent alors la fosse. En fin de morceau, il empoigne un didgeridoo, l’exhibe devant l’auditoire qui s’enthousiasme déjà, et en extrait des sonorités sourdes ou stridentes. Xavier lève le poing vengeur. Terepai et Yoseff frappent sur des percus. Rudd semble cependant apprécier les moments de pause. « Rusty Hammer » nous transporte vers les plages ensoleillées de la Jamaïque, et ce morceau met ‘La Faya’. Et lorsqu’il souffle dans son harmo, alors que Ian tapisse l’ensemble de son orgue Hammond, on ne peut s’empêcher de penser au regretté Bob Marley, flanqué de ses Wailers. L’auditoire reprend le refrain en chœur, alors que Rudd cale sa gratte dans son dos et invite le public à battre des mains. Dans le même registre, mais sur un tempo plus paisible, direction Kingston pour « Come let go ». Le natif de Torquay s’assied, pose sa gratte sur les genoux et la joue en slide, l’harmo toujours au bord des lèvres. Un titre qui communique de bonnes vibrations et l’artiste le souligne. Il demande alors de lever les bras…

En général, ses compos originales sont étirées et les versions ‘live’ peuvent atteindre 8 bonnes minutes. Faut dire que les musiciens improvisent régulièrement. L’expression sonore dérape même parfois dans le psychédélisme. Et lorsqu’elle est découpée dans les riffs graisseux et huileux, le spectre de Jimi Hendrix se met à planer. Outre Bob Marley, c’est une des ses références majeures, Ben Harper et Jack Johnson constituant ses deux autres. Tout au long du set, le bassiste va brandir un drapeau aborigène. Xavier profite de « Follow The Sun », morceau de clôture, pour présenter ses musiciens, moment choisi par chacun d’entre eux pour se réserver un long solo. Mais également, au cours duquel la claviériste s’installe derrière les fûts, alors que Terepai exécute une danse africaine en se consacrant au djembé.

Lors du premier rappel, Rudd va démontrer que c’est un virtuose du didgeridoo, mais qu’il est également capable de jouer des drums en même temps, tout au long de « Lioness Eyes » (NDR : pour vous en rendre compte, vous pouvez cliquer ici). Un concert dont l’intensité émotionnelle atteint alors son paroxysme et vous communique une bonne dose de bonne humeur pour le reste de la semaine… (Pour les photos, c’est ici)   

Setlist : « Honeymoon Bay », « Rusty Hammer », « Come Let Go », « The Mother », « Feet On The Grand », « Come People », « Fly Me High », « Storm Boy », « Messages », « Gather The Hands », « True Love », « Walk Away », « Bow Dawn », « Follow The Sun ».

Rappel : « Lioness Eyes », « Best That I Can », « Spirit Bird ».   

Janelle Monáe

Hanté par le petit Prince, mais pas de Saint-Exupéry…

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De son véritable nom Robinson, Monáe est née le 1er décembre 1985 à Kansas City. Son maître ? Feu Prince. Et elle le revendique ouvertement. Cette auteure-compositrice-interprète de soul américaine s’est construite un personnage ultrasophistiqué, entre androïde arty et sex symbol émancipé. Il suffit d’écouter « Make Me Feel », le tube de son dernier album, « Dirty Computer », sorti en avril, pour retrouver la patte du Kid de Minneapolis, qui aurait pu poser une ligne de basse, pour communiquer le groove à la compo. Et le clip (voir ici) ne fait que confirmer cette impression. En 2011, elle s’était produite à l’Orangerie du Botanique et dans le cadre du festival Couleur Café. Depuis, elle a acquis une nouvelle maturité, sans pour autant négliger ses revendications féministes.

L’AB est comble pour accueillir la diva dont on attend un show futuriste boosté par son sacré tempérament. Inévitablement, tout au long du spectacle, elle va proposer des extraits de son dernier opus.

Le rideau est tiré. Pour l’instant rien à voir, circulez ! Les lumières s’éteignent et les haut-parleurs crachent la B.O. du ‘Star Wars’, alors que les rideaux commencent à s’ouvrir. Deux figurants apportent une civière sur laquelle est couchée Janelle. Elle est immobile. Au bout de 5 bonnes minutes, tout le monde disparaît, alors que la musique de « Crazy, Classic, Life » retentit. La scène s’éclaire et on découvre un backing group essentiellement constitué de musicos féminines. Deux claviéristes (NDR : qui reproduisent également les sonorités de cuivres), une bassiste bien en chair, sans oublier les 4 danseuses. Mais aussi un drummer et un excellent gratteur, qui doit tout avoir appris de Slash. Le show est réglé comme du papier à musique. A l’américaine, si vous préférez. Sexy, les danseuses et Janelle remuent sensuellement leurs corps et surtout leurs popotins. A quatre niveaux, l’estrade –de couleur blanche– va les voir constamment monter ou descendre, suivant la chorégraphie à exécuter. Si les ballerines (?!?!?) ont enfilé des tops blancs et un shorty lilas affriolant, Janelle change de tenue tous les trois morceaux, optant pour le pantalon à damier noir et blanc, tout au long de « PYNHK ». Bien que la musique semble tour à tour influencée par Michael Jackson, Tina Turner, James Brown, Nile Rodgers et bien sûr Prince (NDR : en particulier « Prime time » et naturellement la cover de « Purple Rain »), Janelle Monáe affiche une palette vocale impressionnante qui va de la new soul au funk profond. Interactive, Janelle Monáe va galvaniser la foule, pendant deux heures. Une véritable bête de scène !

(Organisation : Ancienne Belgique)

 

Death Grips

Malmener les sens sans pourtant parvenir à émouvoir...

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Une salle pleine à craquer –hormis les balcons latéraux et la tribune assise– attend le concert de Death Grips, une formation d’afro/punk annoncée comme très susceptible de plaire aux aficionados de Bad Brains, Ho99o9, Crass et Anti-Pop Consortium. L’auditoire est assez jeune et plutôt féminin pour accueillir ce crew de hip hop californien (NDR : il est issu de Sacramento) considéré, depuis début 2010, comme un hype dans l’univers de l’underground, tout en entretenant une forme de mysticisme. 

Pas de supporting act, mais une musique d’ambiance couverte progressivement par un bruit de fond qui atteint son sommet vers 20h30, horaire prévu pour le début du show. Pourtant, c’est le moment choisi par un roadie pour opérer le soundcheck des microphones. Drôle d’idée ? Pourquoi ne pas l’avoir réalisé en lieu et place de ce bourdonnement inopportun ? Il faudra même encore attendre un bon quart d’heure avant que le band ne débarque sur les planches.

« Beware », une longue plage de 5 minutes, prélude l’arrivée des musicos. Le line up implique Andy Morin, préposé aux machines, derrière laquelle il se place, Zach Hill, le drummer, installé en retrait –qui ôte rapidement son marcel, vu la chaleur ambiante– et le chanteur MC Ride. Torse nu, ce dernier va déblatérer, tout le set, des paroles gutturales complètement incompréhensibles, tout en arpentant l’estrade de long en large. Finalement, c’est le drummer qui sert de fil rouge. Pourtant, ses interventions sont sauvages, instinctives et tribales, mais remarquables et surtout bien organiques. Death Grips est venu défendre son sixième elpee, « Year Of The Snitch », mais n’en oublie pas pour autant les titres qui ont fait son succès. La setlist réunit 21 morceaux oscillant entre 2 et 3 minutes. Des compos qui baignent dans une forme de trip hop indus, stimulée par des percus afro/punk et toujours susceptibles, de virer à une forme plus expérimentale. Enfin, pas tellement, ce soir…

Les premiers rangs se balancent au rythme des percussions, comme s’ils étaient envoûtés par une forme de chamanisme. De nombreux spectateurs se lancent dans le crowdsurfing, qui déborde légèrement la sécurité alors que d’autres créent deux interminables round circles ; mais jamais la situation ne dégénère. Une situation qui semble plaire à MC Ride. Lorsque le band attaque le hit « Death Grips Is Online », multicolore, le light show nous en met plein les mirettes. Il en devient même aveuglant. Avant que le set ne reprenne son cours sur un même ton. Malmenant les sens sans pourtant parvenir à émouvoir... Après trois-quarts d’heure, votre serviteur en a vu et entendu assez. Il tire sa révérence, regrettant, en outre, que l’aspect noise/rock, plus jouissif, n’ait pas été suffisamment exploré…

(Organisation : Ancienne Belgique)

 

Julien Baker

Une maturité nouvellement acquise

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Nonobstant son prénom, Julien Rose Baker est bien une fille. Elle est originaire de Memphis, dans le Tennessee. Cette auteur, compositrice, interprète et guitariste, milite également chez The Star Killers (NDR : jusque 2015, le band répondait au patronyme de The Forristers), un groupe de rock alternatif, qu’elle a formé en compagnie de Matthew Gilliam. Elle a également décidé de se lancer, en parallèle, dans une carrière solo. Et a publié son premier elpee, il y a deux ans. Intitulé « Sprained Ankle » (Trad : cheville foulée), il a été bien accueilli par la critique. Elle vient de sortir un second album « Turn Out The Lights », plus personnel. Une sorte de tourbillon d’émotions pour cet album écrit sous le signe de la sincérité, de la force et de la délivrance. Et elle se produisait au sein de l’Orangerie du Botanique, ce lundi 3 septembre…

Le supporting act est assuré par Becca Mancari. Mais lorsqu’elle entame son set, l’auditoire est encore clairsemé. Née à Staten Island, New York, d’un prédicateur italo-irlandais et d’une mère portoricaine, Becca Mancari a pas mal bourlingué. Fan de Big Thief et Kevin Morby, elle voue une profonde admiration pour Alabama Shakes et a partagé la scène avec la chanteuse du groupe Brittany Howard (qui est également celle d’Alabama Shakes), dans le cadre de son side-project, Bermuda Triangle. 

Si Becca joue de la steel guitar, ce soir, elle va se consacrer uniquement à la gratte semi-acoustique ou à la Fender bien électrique. Sur les planches, elle est soutenue par un guitariste. Un barbu qui assure également les backing vocaux, et lorsque leurs voix se conjuguent en harmonie, c’est vraiment superbe ! Elle est toute vêtue de rouge, mais sa veste est décorée de motifs finement bordés, représentant des cactus, des palmiers et des guitares. Becca est venue défendre son premier elpee, « Good Women », paru en octobre 2017, dont elle va nous proposer de larges extraits. C’est son premier passage en Europe. Sa musique est le fruit d’un cocktail entre country, folk et indie rock et ses chansons sont empreintes de mélancolie douce, une mélancolie particulièrement perceptible dans la voix. Le duo est interactif. Les interventions aux cordes sont subtiles. « Arizona Fire » ouvre le show, une piste qui nous entraîne immédiatement au milieu du désert. Elle se réapproprie le « Never Tear us Apart » d’INXS, une compo qui avait notamment été reprise par Ben Harper. L’adaptation est plus paisible et surtout dépouillée. A contrario, « Devil Mouth » est un titre rock bien nerveux. Une bonne première partie !

La salle est bien remplie, quand Julien Baker grimpe sur l’estrade. Ce petit bout de femme se sert d’une Fender, d’un synthé et d’une loop machine, afin de restituer les sonorités de percus, de basse, de piano et d’orgue Hammond. Le temps de six morceaux, elle reçoit le concours de la violoniste, Camille Faulkner. Paru en single, « Appointements » entame le concert. Délicates, subtilement appuyées par les tonalités du piano, les cordes sont manifestement hantées par The Edge (U2). Julien (Prononcez : ‘JOO’ - ‘lee’ - ‘uhn’) a acquis de la maturité. Ce n’est plus la jeune fille de 20 ans qui chantait d’un timbre monocorde, en novembre 2017, au sein d’une Rotonde pleine à craquer. Elle est capable de monter sa voix dans les aigus, à la limite de se rompre ses cordes vocales. Claire, lumineuse, tendre ou puissante, elle est chargée de spleen. Mais bien mieux maîtrisée, elle la module de manière judicieuse. Ses yeux se ferment pour permettre de se concentrer sur ce chant. Elle n’est cependant pas du genre à crier sa joie de vivre sur tous les toits ou à nous raconter des contes de fées. Elle semble avoir le vécu d’un vétéran de 50 balais. Outre la vie et la mort, elle aborde des sujets comme les relations humaines, les désillusions, l’addiction ainsi que la foi. Elle a simplement décidé d’en parler ouvertement, d’une manière désarmante, sans cacher sa sensibilité et sa profonde sincérité. Quand Julien chante à 50 cm du micro, a cappella, on en a des frissons partout. Tout au long des 75’ de prestation, on aurait pu entendre un moustique voler, tellement l’auditoire était concentré et buvait ses paroles, comme du petit lait. Pas de déclaration pendant le set, sauf un petit speech avant d’attaquer, lors de la finale, son hit, « Turn Out The Lights ». Et puis, elle est repartie, comme elle est venue, sans un mot. Si vous appréciez Gabriel Aplin et Agnès Obel, vous risquez fort de tomber sous le charme de cette artiste promise à une grande carrière…

(Organisation : Botanique)

Youssou N’Dour

Un show authentique, généreux, coloré et particulièrement exaltant.

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Ce soir, il fait très chaud. Très chaud même ! La canicule sévit chez nous depuis plus d’un mois. Non seulement il est de plus en plus difficile de respirer sous ce soleil de plomb, mais alors, imaginez, si en lieu et place, on s’enferme dans une salle de concert. Au Palais 12, très exactement. Il est en configuration club, et peut donc accueillir 3 000 personnes. Et bonne surprise, quand on y rentre, on se sent beaucoup mieux. L’endroit est climatisé ! Et face à la scène, un carré d’or a été délimité. Une barrière le sépare même du reste de la fosse. Et votre serviteur a la chance de faire partie de ces privilégiés situés aux avant-postes… La foule a attiré de nombreux Africains. Issus de l’Afrique de l’Ouest, du Congo, mais surtout du Sénégal. La diaspora de cette population est d’ailleurs bien représentée. Même si de nombreux autochtones se sont déplacés…

Le supporting act est assuré par trois artistes africains. C’est Youssou N’Dour qui les a choisis. Mais le casting est serré, car Sister Yaki, Cécile Djunga et Lubiana Kepaou ne disposent que de 10 à 20 minutes pour s’exprimer. Et c’est la très belle Yvoire de Rosen, Miss météo sur la chaîne BX1, qui est préposée à la présentation de la soirée.

Sister Yaki ouvre les hostilités. Elle a du bagout. Sénégalaise, elle s’est établie en Belgique, depuis quelques années. C’est une véritable star, dans son pays ! Cette excellente showwoman a milité au sein du groupe de rap, Tim Timol de Pikine, en compagnie d’Alioune Guissé. Sa voix est captivante. Elle annonce la chanson de l’été, « Femme Chic », un morceau dont les lyrics traitent de coquetterie de la femme sénégalaise, tant recherchée par les hommes, dans ce pays. Sculpté dans une forme de rap hardcore, plutôt original, « Jongue Rek » aborde le thème de l’amour (‘Jongue’). Sister Yaki se penche sur des sujets contemporains, auxquels la jeunesse est confrontée. Elle encourage les jeunes à se mettre au travail, à accomplir des efforts et à faire preuve de créativité pour relever les défis. Comme quoi, « La vie fleurit par le travail »…

Place ensuite à Cécile Djunga, Miss Météo sur la RTBF ! Décidément, on ne parle que du temps, pour l’instant. Elle a suivi le célèbre Cours Florent. Elle déboule désarticulée, sur une bande son qui diffuse le « Single Ladies » de Beyoncé. C’est une humoriste ! Mais son humour est noir, sanglant même… Elle nous réserve quelques extraits de son spectacle, « Presque Célèbre ». Hilarant ! Et bien sûr aborde le sujet de la météo. Mais revient également sur son origine, ses humeurs, ses parents, son parcours… Elle vise un de mes voisins, Baudouin. Et demande aux hommes de se frotter les côtes. Elle s’exclame en s’adressant à un mec, ‘Toi c’est tout nu sur les baffles, devant moi !’ Pas froid aux yeux, la donzelle… Elle entame une tournée dès cet automne…

Belgo-camerounaise, Lubiana Kepaou s’est également établie dans la capitale de l’Europe. Elle a participé au télécrochet ‘The Voice Belgique’. Elle se sert d’un instrument de musique à cordes, issu d'Afrique de l'Ouest, baptisé kora, qu’elle pose sur un trépied. Une sorte de harpe-luth mandingue à 10 cordes, utilisé au Sénégal, au Mali, en Mauritanie, Gambie et Guinée. Elle chante, tout en ondulant le corps, dans la langue de Shakespeare, d’une voix soul légèrement jazzyfiante, mais qui ne manque pas de groove. Elle va nous proposer quatre compositions, dont le single « Feeling Low », en s’aidant de cet instrument, et en final, « King Of My Kingdom », en se consacrant au synthétiseur.

Youssou N’Dour est une star planétaire. Il compte plus de 35 albums à son actif, dont le dernier, « Suni Valeurs », est paru en 2017… En 30 années de carrière musicale, ses collaborations musicales sont innombrables. Certaines sont même prestigieuses (NDR : Peter Gabriel, Tracy Chapman, Sting, Neneh Cherry, Axelle Red, etc.) Patron d’un organe de presse, il s’est aussi investi au sein de différentes associations humanitaires. Mais également en politique. Ainsi, il a été brièvement Ministre de la Culture et du Tourisme avant d’être nommé ministre/conseiller du président Macky Sall. Mais rentrons dans le vif du sujet…

Youssou pratique ce qu’on appelle, le mbalax, c’est-à-dire la musique la plus populaire du Sénégal, un style propice à la danse (le ventilateur), alimenté généreusement par les percussions. Sur les planches, il est soutenu par neuf musiciens, dont deux guitaristes, un bassiste, deux claviéristes, un drummer, deux percussionnistes et un saxophoniste, ainsi que deux choristes et trois danseurs/acrobates. Lorsque toute l’équipe est en place, un des percussionnistes (NDR : excellents, par ailleurs) annonce l’arrivée de Mr le Conseiller du Président du Sénégal. Youssou est revêtu d’un costume bleu. Il nous souhaite la bienvenue et nous incite immédiatement à danser. Pas de setlist en vue. Les morceaux sont chantés tour à tour en anglais, français ou wolof. L’artiste a baptisé son spectacle, ‘le grand bal’, un show qu’il a initié au Sénégal, en compagnie de son band, le Super Etoile de Dakar.

Humble mais particulièrement interactif, il se poste régulièrement en retrait pour laisser ses musicos improviser. Des moments au cours desquels il en profite pour s’éponger la tête. Lorsque le tempo s’accélère, il (quand ce n’est pas son chauffeur de salle) s’adresse à la foule pour lui demander si elle n’est pas fatiguée. Son hit planétaire, « 7 Seconds », va se prolonger au-delà des 15 minutes. Les acrobates bondissent au-dessus d’un des djembefolas. Colorée et sympathique, la foule danse et communique cet élan à l’ensemble de l’auditoire.

Et cette fête africaine va se prolonger au-delà de deux heures. Un laps de temps au cours duquel on oublie tout : la fatigue de la route, les tracas de la vie, la chaleur étouffante.

Un show authentique, généreux, coloré et particulièrement exaltant. 

(Organisation : Phrenos et Dakar Company).

Amenra

Replacer l’humain au centre de la terre…

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1918-2018 : cent ans que les ultimes balles de la Première Guerre mondiale ont cessé d’arracher des vies. Pour la circonstance, la province de Flandre-Occidentale a planifié ‘GoneWest’, un événement culturel commémoratif programmé à Poperinge, Furnes, Nieuport, Dranouter et Diksmude. C’est dans cette dernière ville, sur la Grand-place, qu’Amenra a imaginé un specacle tout à fait atypique. Compositions originales écrites pour l’occasion, projection de clichés sélectionnés par le photographe Dirk Braeckman et la sculptrice Tine Guns, sans oublier une démonstration de Buto, danse mystique japonaise, interprétée d’une main de maître par Imre Thormann. Tentative de mise en mots d’une puissante expérience sensorielle.

Ponctuels comme d’habitude, les musiciens prennent place. Les mines sont graves et concentrées. Une épaisse fumée enveloppe le podium. Le silence est de rigueur et est empreint d’autant de respect que de recueillement face à la prestation qui va se dérouler. Après un moment suspendu dans l’air, au cours duquel les artistes semblent s'accorder à l’unisson, sans pour autant se concerter, le mur de son s’élève et s’abat sur la foule. Vêtu de sa longue chemise noire à col Mao, Colin van Eeckhout rompt momentanément avec son habituelle chorégraphie en s’exécutant face à l’auditoire. Son corps n’est qu’un catalyseur de sentiments et de sensations : ses hurlements nouent l’estomac, ses chants clairs psalmodiés ou récités, mais toujours à fleur de peau, figent sur place. Les illustrations abstraites observées en arrière-plan –supports visuels pour entrer en transe– sont aujourd’hui accompagnées de photos de la Première Guerre mondiale, projetées sur des écrans géants, situées de part et d’autre de l’estrade. Les ressentis face à la musique, généralement refoulés au niveau de l’inconscient, sont ici cristallisés par des fragments de mémoire, froidement concrets. Des hommes envoyés au front, des tranchées, des masques à gaz défiant une mort certaine, des regards dévorés par la peur, des instants de fraternité, clope à la main, avant d’expirer un dernier souffle sur le champ de bataille. Les compositions sont lourdes, les corps se balancent frénétiquement d’avant en arrière. Il se produit quelque chose, au-delà des mots.

Puis du côté gauche de la scène apparaît une forme courbée, qu’on devine humaine. Vêtu uniquement d’une ample couverture beige, les mains liées dans le dos, le danseur Imre Thormann s’avance lentement, à pas saccadés, vers l’avant du podium. Le crâne entièrement rasé et maculé d’une substance blanchâtre, les yeux perdus dans le vague, l’artiste déforme son visage au gré des émotions qui le traversent. Un accoutrement qui ne peut que faire penser aux prisonniers de guerre. Il parvient finalement à se détacher les bras, puis enlève sa couverture. Seul un léger pagne lui recouvre l’entrejambe. Son corps –qui n’est que peau, muscle et os– est transpercé par la peur, la joie, l’excitation, la tristesse, le désespoir ou encore l’abandon. Certains gestes défient la gravité. Il tombe, se relève, est à nouveau happé par le sol. Ses épaules claquent sur les planches. Si certains spectateurs avaient osé un trait d’humour ou un petit cri blagueur à son arrivée, toutes et tous ont à présent adopté le lourd silence. La tension est palpable. On ne peut s’empêcher de penser à toutes ces émotions qu’ont dû vivre ces hommes et ces femmes en 14-18. À celles et ceux qui sont tombés là, à l’endroit même où on assiste à ce concert, cent ans plus tard.

La guitare et la basse accompagnent les mouvements étirés de l’interprète ; ses pas sont guidés par des impacts de batterie. À l’arrière de l’estrade, le vocaliste psalmodie, joue de sa voix tel un instrument, participe à l'ambiance macabre. Une transe ‘pluriaristique’ s’opère entre les artistes. Soudain, le rythme s’emballe. Amenra retrouve la violence de ses compositions. Imre Thormann est frappé de plein fouet. La démence se lit désormais sur son visage. Cette forme de folie lorsque tout est perdu, qu’il n’y a absolument plus rien à espérer. Le fil est rompu, la plongée dans le vide est inéluctable. Il s’empare de la corde qui retenait la couverture à sa taille et l’enroule autour de son visage. Violement, avec force et détermination. Les liens lacèrent ses joues, son cou, son front, ses yeux. La folie de la Grande Guerre a finalement eu raison de lui, comme l’ont été des milliers d’autres personnes. Après avoir exécuté cette Danse des Ténèbres (autre nom de la danse Buto), pendant une grosse demi-heure Imre vide les lieux en chancelant (pour les photos, c'est ).

Seconde partie du set. Place au répertoire classique du band. Colin van Eeckhout s’agenouille sur les planches, inondé par un faisceau de lumière. Série de deux coups métalliques. Les aficionados savent qu’il s’agit de l’intro du « Boden », issue de l’album « Mass V ». En lettres dorées, apparaissent en fond : ‘To all people from the colonized countries, who died protecting their homeland’. La commémoration se poursuit. Alors que les écrans latéraux diffusent en discontinu des clichés d’archive immortalisés sous l’occupation, l’arrière-plan devient le théâtre de l’injustice mondiale actuelle : des images de bateaux de migrants pleins à craquer, prêts à tout pour sauver leur peau, des familles palestiniennes chassées de leurs propres terres, des enfants enlevés à leurs parents, dont un père embrasse pour la dernière fois son fils. La puissance de la musique d’Amenra devient dénonciatrice de cette justice bafouée aux quatre coins du monde. Les applaudissements du public résonnent désormais comme des actes de résistance.

C’est sur « Diaken », issu de son dernier LP, « Mass VI », que le band courtraisien prend finalement congé de son audience. Un par un défilent les noms des personnes dont la vie a été soufflée pendant ce premier conflit mondial, à Diksmude. Malgré l’aspect atypique de ce show, les musiciens se retirent, suivant le même rituel, dès que le dernier morceau est achevé. Les acclamations sont nourries. L’auditoire semble conscient d’avoir assisté à une prestation hors du commun, aussi unique que poignante. Les mines sont hagardes. Certains regards sont perplexes, d’autres pensifs ou encore émus. Le genre d’expérience qui remue, provoque un tourment intérieur qui nécessitera quelques jours avant de pouvoir être maîtrisé. Chacun en tirera une leçon, une pièce du puzzle à ajouter sur la table. Désormais, malgré l’hétérogénéité du public présent, toutes et tous seront reliés de manière invisible grâce à ce vécu au-delà des mots d’une heure et demie. C’est pourtant loin de ses principes, mais Amenra s'est, ce soir, engagé politiquement, au sens noble du terme, en replaçant avec force et vigueur l’humain au centre de la terre… Pour les photos, c'est ici

La formation aversoise Flying Horseman assurait le supporting act ; pour en découvrir le reportage photo, c'est

(Organisation : 4AD + GoneWest)

NB : les photos figurent sur la partie néerlandophone de Musiczine (ici pour le show d'Amenra, pour une sélection avec Imre Thormann)

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