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Dour festival 2024 : jeudi 18 juillet

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C’était en 1989. Votre serviteur venait de fêter ses 16 printemps ; et il foulait la plaine du premier festival de Dour. A l’époque, une seule scène, une poignée d’artistes, mais déjà une tête d’affiche de qualité en la personne de Bernard Lavilliers.

De festivalier lambda, votre serviteur est donc chargé de vous imprégner de cette ambiance que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Le Belgique n’est-elle pas perçue comme le terrain du surréalisme par excellence ?

Les événements ont bien changé depuis. S’il y a 35 ans, on bricolait comme on pouvait, le festival de Dour est devenu une véritable machine industrielle se déroulant pendant cinq jours, sur huit scènes, accueillant 230 artistes et attirant 250 000 personnes. Sans oublier ces géantes éoliennes disséminées un peu partout qui, à défaut de procurer de l’ombre, amusent le peuple.

On vient à Dour, plus pour la rigolade et la bonne humeur, que pour ses têtes d’affiches. La découverte est le leitmotiv du DF. Et si depuis quelque temps, on couvrait davantage la musique électronique, le hip hop et le rap, les organisateurs, sous l’impulsion de vieux briscards, ont remis en œuvre une scène dédiée au rock, dans son prisme le plus obtus. Ce lieu, devenu emblématique, est le bien nommé ‘Garage’.

Outre ‘The Last Arena’, la plus grande scène qui peut accueillir 20 000 âmes, ‘De Balzaal’ consacrée à la musique électronique, la ‘Boombox’, qui fait la part belle au hip-hop, à la musique soul, au r’n’b et au swing, il reste ‘La Petite Maison dans la Prairie’ destinée aux fans de musique indie. On a fait le tour du propriétaire…

Hormis la main stage, pratiquement toutes les autres sont couvertes. Et comme la Belgique est un pays de drache nationale, chacun y trouvera son compte.

Alors que votre serviteur couvrait le LaSemo, la semaine dernière, un festival où il était de bon ton de croiser des enfants, un conseil : laissez-les à la maison ou confiez-les à votre baby-sitter, sans quoi ils risquent d’être traumatisés à la vue des festivaliers de Dour, qui sont, à quelques exceptions près (comme votre serviteur), le plus souvent exubérants.

Le festival a réellement commencé la veille, mais dans une version light, les artistes se cantonnant seulement à divers endroits. Avez-vous déjà vu un cycliste se décarcasser au Tour de France dès les premiers coups de pédale ? Non ! Ici, c’est pareil, mollo-mollo !

Pas de quoi laisser de souvenirs inoubliables, ce jeudi. Tel un aventurier, sac à dos, gourde à portée de main et chaussures de marche aux pieds, votre serviteur vogue de scènes en scène tout en s’exclamant Douuuurreuuuhhhhhh, seul comme un con. Un passage obligé, sans quoi il risquerait de passer pour un marginal.

Le festival doit vivre et survivre. Mais les prix affichés sont exagérés. Une pinte, c’est 3,50€. Et pourtant, elle a le goût de la pisse. Même chose pour la bouffe. Autant se mettre à quatre pattes et brouter l’herbe, il y en a à foison. Même si ça ne durera pas !

Première tour de piste avec Dinos. Il se produit sur la main stage. C’est un rappeur. Le black est bâti comme une armoire à glace et possède des paluches impressionnantes. On dirait des péniches.

Né Jules Jomby, il originaire de La Courneuve, en Seine-Saint-Denis.

A seulement 21 berges, il possède déjà toute l’assurance requise des grands noms. Grâce à son premier projet, Thumbs Up, monté en 2011, il commence à se faire un nom dans la famille des rappeurs.

Pas certain que le gars chante très juste, sa voix empruntant les effets de l’autotune, un plugin correcteur de hauteur sonore (son, note) permettant de faire croire que l’on chante juste. Ce branquignole baratine son monde. Pour la petite histoire, en novembre 1998, la chanteuse américaine Cher s’illustre par une utilisation spectaculaire de l'autotune, appliqué à sa voix sur la chanson « Believe ». Mais, Cher avait naturellement de la voix…

A l’aide de titres percutants (on sait maintenant pourquoi Dinos s’est longtemps appelé ‘Punchlinovic’) comme ce « Placebo, une chanson dans laquelle il se convainc de s’être soigné d’un amour déchu, tout en cachant son chagrin, le gamin assure comme un chef.

Bravant sa « Paranoïaque », il balance pléthore d’insultes au public (NDR : dont ‘fils de pute’). Mais, c’est pour la bonne cause. On le pardonne donc. Et puis aussi, quelque part, ça fait partie du jeu !

On retiendra les spectaculaires colonnes de feu dispersées de part et d’autre de l’estrade et des compos, quelquefois hasardeuses, mais sincères à l’image de « No Love » ou encore du touchant « Helsinki ».

Dinos, un artiste en or (DinosOr) ?

Au Garage, au loin, retentit le bruit d’une caisse claire. Fallait quasiment une boussole pour s’y rendre, le site ayant été revu à la hausse par rapport à son antédiluvien qui le précédait. Avant, il y avait des repères, comme ces arbres au niveau de l’étranglement de deux sites, mais ici rien, si ce n’est un horizon sans fin. En chemin, un spectateur portant un t-shirt à l’effigie d’Arctic Monkeys se presse. Plus de doute, c’est la bonne direction.

C’est DITZ, un band issu de Brighton, qui s’y produit. Le lieu est jonché de sable au sol, ce qui lui donne un petit côté (f)estival. Une sacrée bonne idée. De nombreux spectateurs s’y sont allongés, non pas le cigare en main, mais une tigette moins épaisse dégageant cette odeur caractéristique de sapin.

Après quelques minutes, deux certitudes. D’abord sous un angle musical, aucune révolution au programme. La seconde, et c’est sans doute la raison pour laquelle on est tenté de rester, chope à la main, c’est le bordel monstre que le combo fout.  

Son truc, c’est le rock post-punk avant-gardiste influencé par le post-hardcore et le noise rock des années 80 et 90. Et en agissant un max sur les pédales d’effets,

Le leader, visage androgyne, porte un petit top et une jupette. Un genre qui permet de voir de belles guibolles épilées. Le drummer frappe ses fûts frénétiquement. A chaque levée de bras, une odeur nauséabonde se propage dans les narines de ceux pressés au crash.

La combinaison basse/batterie permet aux compositions d’embrasser de belles couleurs. Le vocaliste surjoue parfois, mais l’esprit est tel, que ses singeries sont bien accueillies dans le public.

La filiation avec ses homologues britanniques Psychotic Monks n’est pas fortuite. Après avoir assuré les premières parties de Turnstile et d’IDLES, on se souviendra longtemps de l’énergie dégagée par le chanteur, où, debout, soutenu par les mains du public, il saute au sein de la foule, telle une gazelle, fuyant le lion dans la savane.

Avez-vous déjà eu cette sensation de faim qui vous tenaille et devoir ingurgiter quelque chose que vous n’aimiez pas ? Une métaphore qui colle bien à Caballero & JeanJass.

Le plus grand des deux a enfilé une tenue rouge ressemblant à celle d’un Playmobil. Ou plutôt d’un Playmo(débile).

Le temps de cerner ces porte-drapeaux de la scène hip-hop noir-jaune-rouge, que le public s’est pressé en masse miraculeusement. Il y a des Belges évidemment, mais aussi autant de représentants d’outre-Quiévrain. Les deux gusses ont une sacrée tchatche.

Leur différence de taille fait penser à Laurel et Hardy. Et comme eux, l’humeur communicative est au rendez-vous.

Le DJ aux platines, un compagnon de route, s’amuse visiblement. Il est chargé d’insuffler les bandes-son, à charge pour les autres de les habiller avec un flot de paroles, pas toujours compréhensibles. L’ambiance y est. Même le gars planté en chaise roulante depuis près de 30 minutes, s’est levé d’un coup sec pour danser. Dire qu’il y en a qui perdent leur temps à Lourdes dans l’espoir d’un miracle. Lourdes et Dour, même combat !

On ne peut pas dire que le combo s’essaie dans la prose poétique, à l’instar de Verlaine ou de Rimbaud, dans son « Dégeulasse » (‘Est-c'que tout l'monde a vu c'que j'ai vu aux infos ?/Ouais, c'est dégueulasse. C'est qui le connard qu'a pissé sur la planche ?/Ouais, c'est dégueulasse/Si c'est toi, j'espère que tu t'es lavé les mains/Sinon c'est dégueulasse/Attends mais quand j'y pense, tu m'as serré la pince/Et ça c'est dégueulasse’). Magnifique, non ?

Pour clôturer cette première salve, le tour music de votre serviteur s’arrête à la Main stage. La boucle est ainsi bouclée.

James Blake s’y présente aux côtés de deux autres comparses. Il se plante à droite du podium. Pour la circonstance, il est chargé de bercer les morceaux de sa voix d’outre-tombe. A l’extrême gauche, un autre préposé s’est posté derrière des claviers et machines en tous genres, alors que le centre est réservé au percussionniste, entouré de ses cymbales aussi diverses que variées.

JB produit une musique tentée d’électronique à partir de seuls instruments organiques. D’où la curiosité de bon nombre.

Né en 1988 à Londres, Blake est un auteur-compositeur-interprète, multi-instrumentiste et producteur britannique. Au cours de sa carrière, il a contribué au travail de production d'artistes tels que Kendrick Lamar, Beyoncé, Jay-Z, Rosalía, Frank Ocean ou Travis Scott. Il a également remporté un Mercury Prize après deux nominations, un Grammy Award après sept nominations, et a été cité à trois reprises aux Brit Awards.

Affublé d’une veste au col Mao, sombre, il assène, de ses ivoires, une musique qui pourrait s’apparenter à la bande son d’un film spaghetti. La Fender, quant à elle, et ses effets, lui assène un côté chill, alors que le drummer insuffle cette dose d’énergie salvatrice. Bref, un mélange osé, mais cohérent et surtout qui tient sur la route.

Alors que « Say What You Will » tient ses promesses, le set prend doucement des allures de fin. Une prestation impeccable et digne de ce nom.

Au terme d’une première journée marquée par la chaleur, cette nouvelle édition du festival de Dour, commence sous des auspices audacieux qui attisent la curiosité.

Le soleil, lui aussi, tire doucement sa révérence. La lune s’est invitée sur le plateau. Les étoiles brillent par milliers, tout comme celles présentes dans les yeux des aficionados…

A demain !

(Organisation : Dour festival)

LaSemo 2024 : dimanche 14 juillet

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Clap de fin pour cette 16ème édition du LaSemo !

Le soleil est de la partie. Ses rayons lèchent allègrement la peau des festivaliers qui, pour le coup, se baladent en t-shirts, s’enduisent de crème solaire et portent des lunettes… sur la tête. Comme quoi, la météo est décidément capricieuse…

Ce dimanche, la programmation s’adresse à un auditoire plus averti, puisqu’elle propose, notamment, les déjantés Dionysos et la chanteuse, guitariste, poète, écrivaine, artiste-peintre et photographe. Patti Smith.

D’un pas pressé, votre serviteur parvient à se frayer un chemin au cœur de la foule, dans l’espoir d’assister au set d’un gars bien de chez nous. Saule ! Il a déjà commencé sa prestation, car les horaires doivent impérativement être respectés. Qu’à cela ne tienne !

Le gaillard à l’explosion capillaire ébouriffante est bâti comme un roc(k). Et il connait relativement bien l’endroit puisqu’il n’en est pas à son coup d’essai. Certains se souviendront de sa prestation spontanée, accordée l’année dernière, alors que la pluie avait contraint une partie des festivaliers à s’abriter.

Baptiste Lalieu, de son vrai nom, s’est imposé auprès du grand public grâce à « Dusty Men », un titre qu’il interprétait en compagnie de Charlie Winston, en 2012. Il le reprend d’ailleurs. Mais pour la circonstance, le Britannique est ici remplacé par le guitariste qui endosse impeccablement ce rôle. Résultat différent, mais plaisir intense identique.

La main de Baptiste est bandée. Impossible pour lui de gratter ses cordes. Son organe vocal est cependant opérationnel.

« Marta Danse » met tout le monde d’accord. Sublime, cette chanson narre l’histoire d'une vieille dame, Marta Gonzalez, atteinte de la maladie Alzheimer qui, à l'écoute du ‘Lac des cygnes’, se remémore les gestes qu'elle effectuait autrefois. Une compo poignante et morose, mais tellement positive. L’une des plus jolie de l’elpee « Dare Dare », paru en 2021.

La machine fonctionne parfaitement. Le Montois poursuit son petit bonhomme de chemin en attaquant le frais et sautillant « Et pourtant je marche » ainsi que « L’homme sans », nouvelle compo jouée pour la première fois, la veille, en live.

Saule est un « Type normal » qui voue un réel amour à la chanson française tout en se montrant rigoureux dans la formulation et ce même quand il jongle avec les doubles sens à la Antoine Hénaut, un autre artiste bien de chez nous.

Comme la plaine regorge de vieux briscards, dont votre serviteur, l’artiste se sent obligé de réserver quelques morceaux aux vétérans, comme « Minimum », issu du premier opus ou encore « Le boss ».  Un titre qui rappelle combien le respect est important vis-à-vis de la ligne hiérarchique (‘T'es qu'un con qui s'ignore/J'ai raison et t'as tort/Et je suis ton patron/Sans moi plus de pognon’). Bref, une belle maxime à garder pour soi !

L’artiste livre une prestation durant laquelle, on passe du rire aux larmes (de bonheur) sur fond de chansons festives et épicuriennes, à l’instar de son auteur. Des chansons qui recèlent parfois une ombre, mais sont remplies d’enthousiasme et de joie de vivre.

Saule s’offre un concert rare, audacieux, unique et classieux. Et de rappeler qu’en octobre 2024, il célèbrera deux décennies d’une carrière exceptionnelle aux côtés d'invités tels que Cali, Alice on The Roof et son comparse de toujours, Charlie Winston !

Et comme vingt années d’une créativité débordante méritent une célébration à la hauteur de son talent, le choix du Cirque Royal pour cet événement s’est imposé naturellement. Un lieu de spectacle à Bruxelles, connu pour son atmosphère chaleureuse et son acoustique exceptionnelle, soit un cadre idéal pour une soirée pleine d'émotions et de souvenirs au cours de laquelle l’artiste revisitera ses plus grands succès. Un concert qui marquera également le lancement d'une nouvelle ère pour Saule, préparant le terrain pour un opus acoustique et la sortie de son prochain long playing, prévu début 2025.

Alors que le live s’achève doucement, une invitée de marque grimpe sur les planches. Il s’agit de Lovelace, une artiste bruxelloise qui appartient à la nouvelle scène pop alternative, rencontrée lors d’un atelier d’écriture qu’il animait. Ils chantent en duo, « Petite Gueule », une véritable bombe. Les voix s’accordent à merveille.

De ses débuts prometteurs à aujourd’hui, Saule a franchi bien des caps, su toucher les cœurs et transcender les frontières musicales.

Alors qu’il lui restait encore quelques minutes, son micro s’est soudainement coupé. Une manière abrupte de mettre fin à un concert d’une énergie rare.

Quoi de plus normal d’assister au concert de… Pomme lorsqu’on a une faim de loup ?

Le peuple s’est rassemblé en masse. Le podium est couvert de champignons. Des petits, des grands et de toutes les couleurs. De quoi se remémorer la comptine de Billy Ze Kick, « Mangez-moi, mangez-moi »,

Après avoir joué à guichets fermés à Forest National et tourné aux Etats-Unis, Pomme termine sa tournée ici.

Elle se présente, menue et très fragile à la fois, dans une tenue plutôt classique. Elle annonce d’emblée qu’elle risque d’interpréter des chansons tristes alors que c’est l’heure de la sieste. Et elle ne s’est pas trompée puisque le spleen la traverse de part en part dans chacune de ses compositions. Elle avoue avoir déjà versé 1 000 000 de larmes.

Sa musique est effectivement vulnérable. A cause de ses fréquents accents nostalgiques. Son mal-être est évident, à l’instar de « Paroles » ou lorsqu’elle aborde l’anorexie dont elle semble encore atteinte au vu de sa silhouette.

Elle revêt une casquette militante lorsqu’elle aborde de grands sujets sociétaux comme le féminisme, les minorités sexuelles ou encore la xénophobie. Et ça marche, surtout chez celles et ceux –et ils sont nombreux– qui ont vécu cette expérience.

Claire Pommet, à l’état-civil, nous réserve un show sympa, mais plombant sur la distance. Son registre finit par plonger les plus optimistes dans une profonde dépression.

Elle tient en main un petit bout de plastique. Elle explique à celles et ceux nés au cours de ce millénaire que ce drôle d’objet s’appelle ‘appareil photo jetable’, un truc complètement obsolète de nos jours. Le but de la manœuvre est de faire passer cet engin dans le public pour récolter un maximum (27 exactement) de souvenirs de cette tournée.

Petit détour à la Guingette. L’invité attitré, Cédric Gervy ou plutôt Cédric et ses Gervy, s’y produi(t)sent. Le bonhomme y a convié ses amis de longue date. Sa fidèle mascotte, une espèce de peluche déglinguée, est de la partie également.

Le gars est présent depuis le début de l’aventure. Alors qu’il est enseignant dans la vie professionnelle, sur les planches, il devient l’amuseur public préféré des festivaliers.

Le set est osé, bien percutant. Sincèrement, on vient voir ce gars, non pas pour ses performances vocales (qu’il n’a pas) ou le prisme philosophique de ses textes (c’est effectivement discutable), mais bien parce que Gervy est considéré comme le Lucky Luke de la vanne et du bon mot.

Autant dire que ses concerts sont synonymes de franche rigolade (« George est content », « « Que c'est chiant le reggae », etc.) C’est une thérapie contre la morosité ambiante à lui tout seul. Ça change de l’autre Pomme pourrie !

Bon allez Cédric, ‘Bonne année quand même et à l’année prochaine !’ ?

Retour au Château pour le tant attendu concert de Patti Smith. De passage au LaSemo Festival, l’icône de 77 ans a, sans doute, celle qui a marqué les esprits, tant en ce qui concerne sa posture que sa musique.

Grisonnante, osant deux belles nattes qui lui drapent le visage, elle fixe le public au loin et s’écrie ‘ Are you angry ?’, afin de vérifier s’il est en phase avec elle.

Elle entame son set très calmement par le brillantissime « Summer Cannibals ». Sa détermination est sans limite. « Redondo Beach » et sa rythmique syncopée précipite la foule dans un climat reggae, alors que « Cash » et ses contours rock and roll, font de cette artiste, une femme pleine de surprises. Sa voix est plus rauque qu’à ses débuts ; une caractéristique qui lui va à ravir et accentue la gravité de ses compositions.

Ses musiciens doivent avoir aussi quelques décennies au compteur, à voir leur cheveux, couleur sel, sans le poivre. Ils ont le sens du rythme et de la répartie. Le guitariste, sis à gauche de la native de Chicago, est nettement plus jeune ; la bonne quarantaine quand même. Son regard bienveillant la suivra tout au long du concert, comme s’il voulait la protéger. Pas étonnant, c’est son fils.

Très à l’aise, elle reprend le « Black coat » de Bob Dylan et également le « Summertime Sadness » de Lana Del Rey, une belle ballade aux accents émouvants, puisque relative à la peur de perdre un être cher. Elle s’épanche alors sur son mari décédé, il y a bien longtemps (NDR : en 1994 !), Fred Smith, guitariste de MC5. Notamment ! Il y a des blessures qui ne guérissent décidemment jamais.

Mariant la poésie beat avec le garage rock des 60’s er 70’s, elle est considérée comme la ‘marraine’ du mouvement punk, un genre qui semble l’avoir quitté, embrassant ci et là des chansons plutôt cosy, mais corrosives dans l’intention.

Erudite, elle évoque Rimbaud, Verlaine ou encore Baudelaire lorsqu’il s’agit de poésie et Kurt Cobain ou Johnny Cash pour le volet musical. Des fantômes bien-pensants qui veillent sur elle.

Lorsqu’elle entame « Because the night », les poils de votre serviteur se hérissent sur ses bras. Une chanson née de sa rencontre avec Bruce Springsteen, il y a 40 ans, et qui n’a pas pris une ride.

« Peaceable Kingdom » rappelle que Smith figure parmi les musiciens (plus de 600) qui ont appelé au boycott d’Israël, refusant ainsi de se produire dans les institutions culturelles complices cet Etat.

La légende termine son set par une version downtempo de « Smells Like Teen Spirit », le titre-phare de l'album « Nevermind », du mythe américain Nirvana, sorti en 1991.

La poétesse originaire de Chicago se laisse aller à quelques considérations personnelles, et tout particulièrement lorsque durant son premier voyage en Belgique, en 1976, elle avait croisé des enfants les plus sauvages, les plus fous et les plus beaux du monde.

Les cheveux maintenant détachés, elle ressemble à une lionne. Patti Smith remercie sincèrement le public et les organisateurs pour ce beau moment. Elle semble étonnée d’être entourée d’arbres alors qu’en Colombie, on les détruit sans raison.

Elle supplie toutes les générations d’en prendre soin. Une belle leçon pour les générations à venir.

Durant près d’une heure trente, cette femme aux allures de rockeuse a prouvé qu’elle n’avait rien perdu de sa splendeur et de sa verve. On a retrouvé une artiste toujours aussi impliquée dans les actions sociétales, environnementales et humaines. Mais surtout une personne au grand cœur.

Enfin, le dernier concert de votre serviteur met en scène les indétrônables Dyonisos.

C’est un groupe de rock français, originaire de Valence, qui doit notamment son succès à ses prestations scéniques et à l'univers particulier ou plus exactement surréaliste dans lequel il évolue.

La bande de joyeux drilles s’est embarquée dans une tournée qui célèbre 30 années d’une carrière passionnante. Trois décennies qu’elle nous réserve des chansons bienfaisantes –en français ou en anglais– caractérisées, le plus souvent, par leur double voire triple sens. Le sens des mots, le sens du verbe, mais aussi cette envie de plus en plus urgente de faire chavirer le cœur de toutes et tous dans un élan de joyeuseté sans limite.

Mais toutes ces années, ont-elles permis aux musicos de s’apprivoiser ou de se supporter ? A les voir à l’unisson s’amuser comme des gamins, la réponse est oui.

Mathias Malzieu, le chef de clan, est vêtu d’un costume rouge et coiffé d’une casquette qui lui donne un petit côté Mario Bros.

Il a frôlé la mort. On lui annonce en 2013 qu’il est atteint d’une maladie orpheline baptisée aplasie médullaire. Elle se signale par le dysfonctionnement de la moelle osseuse qui rend cette dernière incapable de produire des cellules sanguines (globules rouges, blancs et plaquettes) et donc remplace progressivement les cellules circulantes destinées à mourir naturellement. Ce qui implique une immobilisation en chambre stérile et un pronostic vital engagé. On oublie souvent la chance qu’on a d’être tout simplement en vie. D’où ce besoin de vivre sa vie fond la caisse…

Sa chaise roulante customisée trône au milieu de l’estrade. Un fauteuil dont il se servait encore tout récemment alors qu’il s’était blessé sur scène. Il a retrouvé ses guiboles de jeune homme, mais ses péripéties passées lui ont servi de leçon. Il préfère désormais faire profil bas.

Babette, sa compagne sur les planches, s’est installée sur sa gauche. Les trémolos dans la voix ressemblent à s’y méprendre à ceux d’Olivia Ruiz, une jeune femme issue de la téléréalité, mais qui a bien percé dans le milieu depuis. Elle partagera d’ailleurs la vie de Mathias, entre 2005 et 2011. Drôle de coïncidence, non ?

Le dernier LP du combo, « L'Extraordinarium », n’est pas à proprement parler un ‘best-of’, mais bien un recueil de chansons nouvelles puisque pléthore d’invités y ont participé. Un disque foufou à l’image de la prestation du jour. Au menu, que des trucs frapadingues !

Si certains utilisent le succès pour s’enfoncer dans de confortables sofas artistiques, Dyonisos continue de grimper aux arbres ! Et de nouveaux arbres. Où et comment vont-ils puiser cette force ?

En tout cas, si au fil du temps le band n’a cessé d’aiguiser sa fantaisie, ce soir, il a livré une prestation remarquée et remarquable. Est-ce là, la définition même de murir ?

On est en tout cas à peu près certain que l’aventure Dyonisos ne s’arrêtera pas ici. Y a-t-il quelque chose de jouissif de se sentir à part, d’être en marge, de faire ce qui n’a pas été fait ? Au fond, l’imagination, c’est le pouvoir plus que l’argent…

Alors que l’extravagance dirige cette cérémonie, les chansons sont pourtant souvent rythmées par l’amour, sorte de colonne vertébrale de la vie. Mais, l’idée de la création ne vient pas seulement de l’amour, l’humour et les belles choses. La rage, la haine vis de gens que l’on déteste et/ou qui nous ont blessés peuvent aussi se révéler un bon carburant.

Sans être caricatural, Dyonisos, c’est à la fois de l’hyperactivité et de l’hypersensibilité.

Alors que le groupe n’a jamais collé à un dessein politique de manière frontale, c’est le comportement qui devient politique, à l’instar de ce « Song for Jedi » qui claque comme un chewing-gum en bouche.

Avant de quitter le podium, un quidam se charge, sous les directives de son leader, de réaliser un slam (aussi appelé body surfing au Québec, et crowd surf en anglais), soit sauter dans la foule et se laisser porter par elle. Et allongé, il y parvient en atteignant le poste de la régie son. Un défi brillamment réussi ! On apprendra que ce jeune homme se nomme Kévin. Mais il aurait pu aussi s’appeler Jedi !

Un concert d’une intensité rare, un show plein de spontanéité et un Mathias Malzieu dans une forme olympique.

Cette édition aura été un grand cru !

(Organisation : LaSemo)

 

 

 

 

 

 

LaSemo 2024 : samedi 13 juillet

Écrit par

La météo est particulièrement capricieuse ce samedi. Alors que la veille pourrie, elle était le principal sujet de conversation des festivaliers, aujourd’hui, elle a laissé place à un large soleil, reléguant au placard les doudounes, au profit des t-shirts et bermudas. Même la crème solaire a fait son apparition, c’est dire !

Malgré cette clémence bien heureuse, les stigmates de la veille n’ont pas entièrement disparu. La boue jonche encore le sol à divers endroits.

Lorsque votre serviteur débarque sur le site, RORI traîne aux portes de l’enfer, référence à son premier album intitulé « Ma Saison En Enfer ». Le rouge domine évidemment. Les projecteurs d’abord, la batterie, les pieds de micro ainsi que le microphone, ensuite…

La Liégeoise n’est pas une novice dans le milieu. Elle a connu un joli succès d’estime et critique au sein de Beffroi, l'un des groupes les plus prometteurs de Belgique, qui avait notamment gravé « Swim », un titre largement diffusé sur les ondes radiophoniques, en 2015. Elle n'a alors que 16 printemps. Malheureusement, son comparse, Valentin Vincent, est emporté par la maladie à l'âge de 20 ans. L'aventure qui n'a plus de sens, prend fin. C'était en 2018.

Une période de reconstruction s'ensuit naturellement. Parmi les options possibles, l'arrêt de sa carrière. Mais elle s'accroche. Sa rencontre avec Hadrien, le guitariste qui l’accompagne aujourd’hui, donnera naissance au projet qu’elle défend depuis.

Vêtue d’une tenue blanche très sexy, lui conférant un côté glamour, la jeune femme laisse apparaître un corps filiforme. C’est la première fois qu’elle se produit sur la plaine du LaSemo.

Ses comparses ne sont autres que l’ex-The Subs, Hadrien Lavogez et Loïc Lavogez qui succède ainsi à Pierrick Destrebecq (NDR : il a notamment milité chez Recorders, Abel Caine ou encore au sein du backing group de de Mat Bastard). Il s’était déjà chargé des fûts, notamment au festival ‘Les Gens d’Ere’, pour remplacer Destrebecq, blessé paraît-il.

Si le jeu de Loïc manquait de conviction et de frappe à ses débuts, il a vachement rectifié le tir depuis. L’ombre de Pierrick s’en est allée….

Cependant, les gestes du batteur adoptent une amplitude excessive. Si sur le plan visuel, le lambda y trouve son compte, techniquement, c’est sans intérêt et ces mouvements fatiguent les bras inutilement. Mais, chacun sa merde après tout !

La demoiselle entame son tour de chant par « Ma Place ». Alors qu'elle s’est exprimée jusqu’ici dans la langue de Shakespeare, elle chante maintenant dans celle de Molière, ce qui lui permet de se raconter. Le français l’accompagne d’ailleurs en intégralité durant sa prestation.

Caractérisé par son phrasé haché, ses sonorités pop et ses appuis rythmiques, la musique de RORI, artiste manifestement charismatique et communicative, rallie rapidement le public à sa cause et s'inscrit dans l'air du temps.

Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, elle propose à celles et ceux qui sont venus la soutenir, un nouveau titre à paraître, signe que la petite ne dort pas sur ses lauriers. Et de demander au public de faire semblant qu’il connaît déjà la chanson. Elle possède décidément le don de la communication, cette petite.

Touchante et la sensibilité à fleur de peau, Camille, à l’état-civil, a accordé un concert d’une intensité rare, livrant un peu plus encore le fruit de ses émotions. Et que d’énergie ! Elle bouge tellement que le perfecto qui lui permettait de garder une température corporelle correcte, devient vite envahissant.

Pour son premier show de l’été, elle embraie tout de go par « Loser », une chanson qui n’est pas anodine ; car plus jeune, nombreux sont ceux qui ne lui prédisaient rien de bon. Et de leur balancer avec une conviction étonnante ‘d’aller se faire foutre’, sous des applaudissements d’encouragement.

Alors que la compo spasmodique au parfum salvateur « C'est la vie », titre éponyme de son Ep, révèle des accents nostalgiques, « Docteur » vient doucement caresser la fin d’un set très enrichissant. Une compo ultra médiatisée dont la foule semble connaître le refrain et qui met exergue, cette différence qu’elle aime à cultiver aujourd’hui.

Si la musique de RORI embrasse différents styles, allant de la pop au rock en passant même par le funk, ses chansons abordent des sujets personnels et très intimes. Alors qu’hier, ces thèmes la rongeait, aujourd’hui elle semble en tirer parti, le tout dans un élan positif qui sent bon la fureur de vivre.

RORI, une femme rageuse et énergique, dont le style lui est propre, s’impose comme l’une des figures montantes du paysage musical belge.

Mentissa, à l’autre bout, prend le relais. Une Belge également. En tout cas de cœur, car pour des raisons professionnelles évidentes, elle a déposé ses valises en France. 

Une artiste black au style chill ouateux. Un virage à 90° par rapport au précédent spectacle auquel votre serviteur vient d’assister. Mais, c’est aussi ça un festival, passer de groupe en groupe, d’artiste en artiste et de découverte en découverte.

Elle est habillée en soubrette. Etrange… Sa robe est trop courte, selon ses déclarations. Les mecs massés aux premiers rangs n’ont a priori pas le même point de vue. Pour eux, ce ne sera jamais assez court. Elle est épaulée par un claviériste à droite, alors qu’à sa gauche une violoncelliste au physique plutôt avantageux attire l’attention.

Son public est relativement jeune. Il faut dire qu’il s’agit de la finaliste remarquée de la saison 10 de la version française de ‘The Voice’, une émission au cours de laquelle elle a démontré son potentiel. Hasard du destin, elle finira par devenir coach de cette télédiffusion, dans sa version belge. Une concrétisation à ses yeux.

Sans filtre sur ses doutes, ses complexes et ses rêves, la chanteuse à la voix d’une pureté extraordinaire, mais qui la porte tel un étendard au creux des sillons, se livre à nu, à l’instar de « Balance », où elle évoque ses kilos superflus et les restrictions auxquelles elle a dû s’astreindre pour atteindre un idéal de canon de beauté.

Très second degré, elle n’hésite pas à égratigner gentiment un type qui lui crie haut et fort qu’il l’aime. Du tac au tac, elle lui répond qu’avec un coffre pareil, il devrait lui aussi participer à l’émission. Il n’en faudra pas plus pour s’attirer encore un peu plus la sympathie du jeune public.

Elle est revenue en terre sainte afin de présenter son premier opus pour lequel elle s'est attaché les services de grands auteurs de renom comme Vincha (qui écrit souvent pour Ben Mazué), Yannick Noah et Claudio Capéo.

Entre pop et chanson française classique enivrante, la demoiselle produit un set juste et satisfaisant tout en se laissant bercer par un spleen profond, renforcé par le pouvoir des cordes du violoncelle.

Lorsque sa voix puissante, qui laisse apparaître les nuances les plus subtiles, se pose sur "Et bam", un morceau écrit et composé par Vianney, l’artiste fait mouche auprès du public… conquis d’avance. Une jeune fille, mais d’une grande maturité.

Retour au podium du Château pour Zaho de Sagazan. Il y a un monde de dingue. Votre serviteur ne peut profiter du spectacle, la distance le séparant la scène se chiffrant à plusieurs dizaines de mètres.

Révélée l’année dernière, la jeune auteure-compositrice-interprète est originaire de Saint-Nazaire. Elle aussi est issue de ‘The Voice’. Décidément, cette émission est une machine à tubes. On y fabrique des artistes comme des petits pains. Et pas toujours de qualité, malheureusement !

Ici, l’angle de vue est assez différent car, si l’artiste s’est prêtée au jeu cathodique, elle explore un univers singulier. « La Symphonie des Éclairs », premier disque bien noté auprès de la critique populaire, en est un bel exemple.

Elle s’épanche dans un français précis sur ses désirs amoureux, appuyé par des morceaux aériens et cosmiques, alors que les arrangements soignés, embrassent ci et là une onde électronique.

Il y a chez Sagazan des relents poétiques. Son interprétation grave lui confère quelque chose de théâtral. Parfois aussi de manière exagérée. Mais le public ne semble pas lui en tenir rigueur.

Sa plume tantôt romantique, tantôt solaire, donne l’impression qu’elle se sent incomprise et victime des vicissitudes de l’existence.

Alors que le concert semble de bonne facture, les qualités d’écoute et de vue ne permettent pas à votre serviteur de partager davantage ce jardin secret. Une autre fois peut-être.

Il est temps maintenant d’assister au show de Loïc Nottet. Un artiste qui tisse sa toile intelligemment.

Connu pour ses participations à la troisième saison de l'émission ‘The Voice Belgique’, le Concours Eurovision de la chanson 2015 et l'émission télévisée française ‘Danse avec les stars’ sur TF1, l’artiste s’est construit une belle renommée au niveau national, mais aussi outre-Quiévrain. A un tel point tel que lorsqu’il se produit en concert, les places s’écoulent en quelques minutes seulement, à l’instar de groupes internationaux notoires.

En coulisses, il se murmure que Nottet et son team se sont empressés de préparer un spectacle qui devrait ravir même les plus sceptiques.

La nuit est tombée et on ressent un taux d’humidité qui remonte par le sol. Il va donc falloir du courage pour rester statique durant une heure et demie.

A l’heure dite, les danseuses et danseurs se pressent au milieu de l’estrade. Ils sont vite rejoints par l’ambassadeur du jour. Cheveux gominés, il porte des fringues ringardes de couleur noire qui lui donnent l’impression d’incarner Spock dans ‘Star Trek’ (exception faite des oreilles pointues).

Cette troupe effectue un travail remarquable. Et étrangement, le chanteur ne prend pas l’ascendant, chacun occupe ainsi une place de choix dans l’ensemble, une qualité rare chez les artistes, il faut le souligner.

Ça court ! Ça virevolte ! Les corps presque dénudés se chaloupent, flirtent pour plus d’étreinte sur fond de souplesse et de don de soi. Les galbes des corps des deux jeunes demoiselles laissent plus d’un spectateur sans voix. On dirait de vrais pantins désarticulés.

Le Carolo n’est pas en reste non plus. Et on entend le souffle court du jeune homme de 28 ans qui parvient à peine à reprendre ses mots entre deux compos.

Outre « Selfocracy, Sillygomania », « Addictocrate » reste son disque le plus personnel, à l’instar de « Trouve-fête » qui permet aux uns et aux autres de s’exprimer librement dans une gestuelle magistrale.

Nottet se dessine comme s’il était atteint du syndrome de Peter Pan à travers « Révérence », alors qu’il répète à l’envi « Je t’haine » à une fan avec laquelle il aime se prendre en photo.

Généreux à souhait, il s’épanche sur sa vie, afin que les fans apprennent à le cerner encore un peu plus. On apprendra ainsi qu’il éprouve des difficultés à trouver le sommeil (« Nuit Blanche ») ou qu’il a commencé la danse par le classique (« Cygne »).

Sur « Million Eyes », son titre incontournable, la voix du jeune homme prend une dimension fantasmagorique, surtout quand les aigus, hautement perchés, retentissent.

Il est doucement temps de prendre congé de ses invités. Ce sera le dernier concert de Nicki, l’une des danseuses. « M./Mme », son premier titre en français, sonne le glas d’un show millimétré et irréprochable.

Les aficionados les plus fervents regretteront sans doute l’absence de « Rhythm inside », caractérisé par son ‘rapapa tonight’ légendaire.

Il est temps de se dire au revoir. Il fait nuit noire. Les badauds s’enfoncent comme bercé par les dernières notes de musique.

Le second jour du LaSemo tire doucement à sa fin, lui aussi. Mais restons positifs, regardons le verre à moitié plein, plutôt qu’à moitié vide…

(Organisation : LaSemo)

 

 

 

LaSemo 2024 : vendredi 12 juillet

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La saison des festivals est officiellement lancée !

Si certains festivals ont été annulés ou revus dans une formule light à cause des conditions climatiques, le LaSemo a été maintenu dans sa version originale, mais a quand même opéré quelques petites adaptations pratico-pratiques.

Le site a été réorganisé afin d’aérer l’espace, passant de 4 à 10 hectares. Si la scène du Château n’a pas bougé d’un pouce, comme figée par le temps, une autre, d’une envergure identique et identifiée comme ‘La scène de la prairie’, a été échafaudée sur une parcelle décentrée. Si au départ l’idée était bonne, on s’est rendu compte, au fil du festival, qu’il fallait pas mal marcher pour se rendre d’un podium à l’autre. Une des critiques majeures à formuler pour cette 16ème édition.

Les food-trucks, plus nombreux, permettent aux festivaliers de se restaurer correctement, mais l’objectif avoué est de disposer d’endroits où l'on puisse manger sans forcément assister à un concert. Il y a même un stand qui permet d’acheter des fruits. Une première dans un festival !

Autres nouveautés, le ‘Pays des Merveilles’ et l'’Amusoir’ ont été étendus en surface également et une zone ‘Zen’ a vu le jour, de quoi bénéficier des bienfaits des massages entre deux sets.

Mais, et c’est l’essentiel, l’esprit est intact, à savoir présenter une affiche proposant des spectacles culturels, riches, conviviaux et bienveillants.

Le LaSemo se caractérise, depuis ses débuts, par sa convivialité et sa proximité. Entourés par ses espaces verts exceptionnels, ses pièces d'eau, ses jardins et des bâtiments qui couvrent près de 400 ans d'histoire, les festivaliers s’y pressent de plus en plus nombreux. D’ailleurs, sa renommée dépasse aujourd’hui les frontières de la Belgique.

Le festival a de nouveau invité petits et grands à faire la fête. Si de nombreux concerts sont programmés, les bambins ont également de quoi faire. Il y a même pléthore de représentations qui leur sont destinés.

Une des caractéristiques majeures de ce rendez-vous annuel est son caractère durable. Entendez par là toilettes sèches, décors en palettes et ballots de foin disséminés un peu partout, afin de se reposer un peu entre deux escapades. Bref, un endroit hors de tout et surtout du temps.

On regrettera quand même Jean-Jean, l’habituel géant givré de service chargé d’introniser avec humour, décadence et légèreté les artistes. Cependant, la préposée au langage des signes persiste et… signe.

La pluie a bien lessivé le site, à tel point que les parkings ont été fermés de manière préventive. Les véhicules se sont donc garés de manière plus ou moins anarchique le long des voiries, au grand dam des riverains. Autant dire que ça râlait sec !

Le temps maussade n’a pas eu d’emprise sur les nombreux festivaliers qui se sont présentés dès l’ouverture. Il faut dire qu’IAM constituait la tête d’affiche du jour.

Aux alentours de 17 heures 30, un trio féminin se prépare à fouler l’estrade de la scène du Château.

Souvent typographié L.E.J, également orthographié Elijay suivant sa prononciation, Lucie, Elisa et Juliette sont aux commandes de la formation. Et prêtes à en découdre !

Alors que Lucie et Elisa, élèves au lycée Jean-de-La-Fontaine à Paris, suivent un cursus musical en lien avec la Maîtrise de Radio France (qu’elles fréquentent pendant dix ans), Juliette étudie au conservatoire de Saint-Denis. Un curriculum vitae qui leur permet d’acquérir les bases de la musique classique.

Dans la pratique, elles sont parfaitement multi-instrumentistes, s’échangeant, au gré des chansons, les instruments, sous le regard médusé du public. Elles jouent avec une précision chirurgicale. Normal, direz-vous pour des musiciennes. Mais, ce n’est pas toujours le cas !

Elles se sont forgé un nom auprès du grand public grâce à un succès inattendu décroché en août 2015 et plus particulièrement à travers le clip « Summer 2015 », un mashup posté sur YouTube.

Deux d’entre elles ont revêtu une jupette, ce qui attire le regard des mâles agglutinés aux premiers rang, et comme des mouches alléchées par un morceau de viande, ils n’y perdent pas une miette.

La troisième, plus timorée (ou plus frileuse), a préféré le pantalon. Faute de goût ! Il est de couleur gris alu. Pas très discrète la frangine !

De toutes, Juliette semble aussi la plus timide, elle s’efface le plus souvent pour laisser place aux deux autres qui prennent ainsi un certain ascendant sur le spectacle.

Les filles prennent un plaisir immense à se produire au pays de Tintin, les Belges étant selon leur propres termes ‘pas des fachos comme en France’, référence aux résultats des élections françaises lors du premier tour. Une connaissance plus précise du système politique belge leur aurait permis une réflexion un peu moins démagogique. Soit…

Mélangeant les genres, elles maîtrisent parfaitement le hip-hop, à l’instar de « La dalle », mais n’échappent pas pour autant aux poncifs collatéraux en abusant d’expressions telles que ‘Eh frères’. C’est un peu… relou à la fin !

« Pas l'time » permet au jeune public de s’essayer au pogo, une danse répandue jadis dans les concerts ‘punk’ au cours desquels les gens se bousculaient frénétiquement ; mais une pratique inconnue chez les plus jeunes. Selon la légende, il aurait été inventé par Sid Vicious lors d'un concert des Sex Pistols alors qu’il était dans le public, juste avant qu'il ne devienne le bassiste du groupe.

Avant de tourner les talons (aiguilles), les filles s’improvisent sur un mash-up (NDR : création d'une chanson à partir d’autres chansons déjà existantes), entre Eurythmics et Madonna. Sans doute, un des moments les plus sympas de cette prestation, qui ravit les plus âgés.

Le combo s’est manifestement investi à fournir un concert plein d’énergie et un show très visuel. Laissons leur l’illusion. Car Lucie, Elisa et Juliette manquent cruellement de conviction, leurs compos embrassant aussi des contours un peu trop faciles.

Direction la Guinguette, l’endroit le plus atypique du site. Sans doute aussi l’espace qui se prête le mieux à l’esprit et à la culture de ce festival unique en son genre.

La scène est constituée de palettes de bois. De vieux vinyles ont été cloués sur le pourtour du site, afin de feindre un espace cosy.

Le podium bénéficie d’un bel espace naturellement ombragé car il se situe au milieu d'arbres. Si l’idée est sympa en plein canicule, inutile de préciser que la sensation de froid se fait davantage sentir ici. D’ailleurs, peu de spectateurs se sont installés au centre de la parcelle. Et les quelques courageux guettent patiemment l’arrivée du prochain artiste. Une chope à la main évidemment ! Ils attendent Stace. Pas certains que la majorité d’entre eux connaisse.

Ici aussi l’éclectisme s’impose, puisque cette chanteuse, compositrice, productrice, auteure, réalisatrice et interprète, prodigue une musique mêlant électronique et rock alternatif aux inspirations diverses.

Elle est accompagnée d’un batteur à la moustache british, une préposée aux claviers et une autre à la basse.

L’artiste est plutôt rondelette, mais semble l’assumer ; elle porte une jupe assez courte qui lui serre assez bien le corps et des dreadlocks qui lui arrondissent encore un peu plus le visage.

Dès son plus jeune âge, Stace est bercée par le jazz. Elle est issue d’une famille de musiciens. Ses parents se sont rencontrés au sein d’un groupe. Son frère est chanteur et sa sœur a également touché à l’univers de la musique. Bref, comme Obélix, elle tombée dans la marmite lorsqu’elle était petite (NDR : sans référence aucune à son tour de taille). La musique constituant un moyen d’expression à ses yeux.

En 2021, elle partage son premier Ep auto-produit « Green Onyx ». Composé de quatre titres, l’univers de la demoiselle est empreint de néo-soul, à l’instar de « Busy », un titre puissant qui permet de percevoir la richesse de sa palette vocale. Ce qui est plutôt rare chez une jeune personne de son âge.

Généreuse à souhait, elle dispense quelques titres de son second Ep, « Overblue », afin de mieux cerner d’avantage l’univers dans lequel elle baigne. Un format où elle explore une kyrielle d’influences, allant même jusqu’à flirter avec la musique électronique, comme sur « Tainted », un domaine qui lui correspond également.

Si on ne peut nier un talent hors du commun, le set de la jeune dame manque d’énergie, malgré toute l’empathie fournie et reçue. L’ennui finit rapidement par envahir les spectateurs. Certains festivaliers ont préféré vaquer à d’autres occupation. C’est vraiment dommage parce que cette artiste à un potentiel énorme, mais les conditions de lieu et de temps ne permettent sans doute pas une écoute des plus objectives. Quant aux téméraires, ce sont sans doute de fervents admirateurs.

Direction la Main Stage, face au Château qui s’est chargé, en cette fin de journée, de belles couleurs, grâce au jeu des spots lumineux qui viennent lécher son cadre.

Des vieux briscards s’y préparent. Il s’agit d’IAM, un groupe de hip-hop français originaire de Marseille.

Formé en 1989, il impliquait à l'origine Akhenaton (Philippe Fragione) et Shurik'n (Geoffroy Mussard) au chant, ainsi que Kheops (Éric Mazel), Imhotep (Pascal Perez) et Kephren (François Mendy) aux platines.

Ce patronyme a été choisi car à une certaine époque de la lutte pour les droits civiques aux États-Unis, lorsque les manifestants défilaient avec des pancartes "I AM A MAN". IAM en est la contraction.

Toutefois, le combo s’est amusé à fournir d’autres explications bien plus farfelues. Florilège : ‘Imperial Asiatic Men, ‘Indépendantistes Autonomes Marseillais’ ou encore ‘Invasion Arrivant de Mars’. Akhenaton, dans son autobiographie (‘Akhenaton 2010’), explique que le sens véritable d’IAM réside dans cette affirmation, cruciale pour nous : ‘Je suis, j’existe’. Amen ! Intéressant, mais on s’en fout royalement !

Le fleuron du rap marseillais vient de lancer le ‘HH History Tour’, une tournée exceptionnelle qui fait suite à « HHHistory », un disque paru fin 2023. Il accorde une étape remarquée pour une prestation live qui en marquera plus d’un.

Au milieu de la scène, trône une estrade en forme de double H (normal !), derrière laquelle se cache le DJ, un maître de cérémonie aux allures babacool qui va passer son temps, lunettes noires vissées sur le nez, à scratcher et scroller pour le bonheur de tous.

Il est très vite rejoint par ses potes, capuches sur la tête, pour faire mine de passer inaperçus. C’est raté évidemment puisque l’exercice de style remarquable tombe très vite en désuétude. Il est impossible de tromper le public constitué majoritairement de quadras et de quinquas. Bizarre…

Connu pour son style musical unique et innovant, IAM propose des textes souvent politiquement engagés qui traitent de l’injustice sociale, du racisme et de la violence urbaine, comme sur ce « Petit Frère », sorti en 1997, et qui figure sur le long playing « L'École du micro d'argent », encore considéré comme l’un des meilleurs elpees de rap français de tous les temps. Ce qui lui a d’ailleurs permis de remporter de nombreux prix, dont une prestigieuse ‘Victoire de la Musique’. Sur l’écran géant en arrière-plan, des images en noir et blanc viennent souligner le caractère sublime de cette compo qui n’a pas pris une ride.

Les compères puisent large, ce soir, dans leur répertoire nous réservant des titres aussi spectaculaires qu’incontournables tels que « Samouraï », « Ça vient de la rue » ou encore « La vie est belle », un titre qui met en exergue les disparités sociales lorsque personne ne joue avec les mêmes cartes.

Un répertoire revisité, mais surtout un show dynamique, rythmé, humain et rempli d’ondes positives. Les gaillards ont accusé le poids des années, mais la rage est restée pareille !

Ils profitent de leur passage en Belgique pour égratigner la situation politique française (eux aussi, décidément), tout en soulignant avec tristesse et légèreté que ‘cela ne risque pas de changer vu l’équipe en place’, à la suite de l’installation du nouveau gouvernement. Intéressant, mais à quoi bon déverser sa haine dans un pays limitrophe si ce n’est pas pour toucher les principaux intéressés ? Qu’ils gardent leurs carabistouilles lorsqu’ils se produisent outre-Quiévrain, non ?

Alors que le concert bat son plein, « Danse le mia », joli succès d'estime de 1993, rappelle que, grâce à ce titre, le rap français atteignait le sommet du Top 50 durant huit semaines et devenait le 2ème single le plus vendu en France, en 1994.

C’est le moment idéal pour que les chemises s’ouvrent et permettent de voir les chaînes en or qui brillent alors que les milliers d’aficionados se mettent à danser le ‘mia’ (NDR : un mot en verlan utilisé à Marseille par les anciens pour désigner un ami) …

Mais, rassurez-vous, dans les faits, personne n’aurait oser ouvrir sa chemise, au risque d’attraper la crève le lendemain.

Il est presque 22 heures lorsque ce set anthologique s’achève. Un très joli moment.

Au loin, lors du concert d'Ibrahim Maalouf, un groupuscule de personnes distribue des tracts contre sa présence (mais dans le respect). Il lui reproche d’être au cœur d’une histoire d’agression sexuelle.

Qu’on le veuille ou non, la justice doit être celle qui décide de la culpabilité ou non. Et ici, le musicien a été acquitté. Si chacun peut avoir son opinion personnelle sur la question, le procès ne peut avoir lieu dans la rue ou sur les réseaux sociaux.

Le soir commence à tomber doucement et la fraîcheur aussi. Le climat automnal n’épargne personne. Nombreux sont ceux qui préfèrent déserter les lieux pour se réchauffer sous la couette… qui a encore de beaux jours (soirs) devant elle.

Le show de Parov Stelar, annulé pour cause de tornade à Vienne, est remplacé par les samples d’Henri PFR. Une aubaine pour certains, une tristesse pour d’autres. Comme dirait l’adage, le bonheur des uns…

(Organisation : LaSemo)

Dormer.

Concerning you

Écrit par

Originaire de Toronto, Charlie Berger est un personnage singulier qui a choisi pour patronyme de son dernier projet, Dormer. Il milite au sein d ‘un tas de formations inspirées du shoegaze, telles que Soft Wounds, With Hidden Noise, Tonemirror, Lacquer et Slowly ; en outre, il a fondé un label DIY baptisé Lossleader.

« Concerning you » constitue le troisième opus de Dormer., mais le deuxième d’une dilogie, dont le premier s’intitule « Concerning me » et était paru l’an dernier.

Ce nouveau long playing propose une autre collection de chansons discrètes faites par un type discret dans une pièce discrète.

Indolente et véhiculant des paroles sur le sentiment de solitude et d’être déconnecté du monde, ses compos sont chargées de spleen.

On pourrait facilement qualifier sa musique de slowcore, ce qui peut se comprendre, puisque dans le passé, il a bossé en compagnie des membres de Low.

Extrait de cet album, « Wake » est en écoute ici 

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deary

The moth (single)

Écrit par

Responsable d’une forme de dream pop, deary est un duo londonien réunissant Ben Easton et Rebecca 'Dottie' Cockram.

Son nouveau single, « The Moth », a été coproduit par le groupe et Iggy B de Spiritualized. Une compo à la mélodie saisissante qui baigne au sein d’une atmosphère sombre, dévorante, mais directe. Sur un breakbeat strident, les guitares mugissantes ou chatoyantes scintillent, telles des lames dégainées, alors que la ligne de basse devient menaçante.

Une véritable métamorphose, par rapport aux singles et aux deux Eps (« Fairground », et un éponyme en 2023), parus à ce jour.

Ben Easton s’explique :

‘Nous nous sommes beaucoup concentrés sur le rythme et la syncope mais également sur les contre-mélodies et les percussions à contretemps.

 C'est très dense et immédiat, avec peu d'espace pour respirer, ce qui accentue le au climat claustrophobe du morceau...’

La vidéo de "The Moth" est disponible là 

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swan•seas

Songs in the sky of blue

Écrit par

swan•seas, c’est le projet de Corrado Angelini, le chanteur/guitariste du groupe Nostalgics.

« Songs in the Key of Blue » constitue le premier opus du Milanais, un disque dont la musique évolue au sein d’un paysage indie rock turbulent, réminiscent des 90’s, subtilement infusé de textures shoegaze et dream-pop.

Si la structure repose sur un classique guitare/basse/batterie, l’expression sonore est enrichie d'éléments électroniques et de boîtes à rythmes. Les mélodies s’attardent comme des secrets chuchotés, les synthés s’insinuent délicatement, et brumeuses, les tonalités de sixcordes se mettent à tourbillonner.

La vidéo consacrée à « Fuzzy feeling » est disponible ici 

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Stella Sleeps

Undisclosed location

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Signé sur le label parisien Icy Cold, écurie au sein de laquelle milite également le très prometteur V V & the Void, Stella Sleeps vient de sortir « Undisclosed location », son second elpee. Il fait suite à « Anemic city », paru en 2022.

Originaire de Vänersborg, en Suède, on sait pas trop d’il s’agit d’un projet ou d’un véritable band.

Alternative, sa musique fusionne un bel éventail de rock underground : dark et cold wave, post punk, dreampop, shoegaze et la liste est loin d’être exhaustive. A la fois esthétique, ténébreuse, délicate, mais efficace, elle se distingue par ses traversées éparses de sonorités de guitares ‘miaulantes’ et empreintes de mélancolie…

Issu de cet elpee, « Turnmoil » est en écoute

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Hellfest 2024 : du 27 au 30 juin

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La 17ème édition du Hellfest était attendue depuis un an ; et enfin, le jour ‘H’ est arrivé. Le retour en terres clissonnaises, l'avènement de la grande messe du metal va commencer.

Clisson s'est affublée de ses plus beaux apparats pour accueillir la horde de métalleux venus de tous horizons pour assouvir leur soif de musique extrême.

Mais ne nous attardons pas sur la ville et plongeons rapidement au cœur du sujet en décrivant les changements apportés à l'organisation depuis la dernière édition.

Au rayon des nouveautés et améliorations du site cette année, comment ne pas citer l'arrivée de la Gardienne des Ténèbres ?

Gigantesque machine issue des ateliers de la Compagnie La Machine, la créature a établi ses quartiers en plein centre du site, là où se trouvaient précédemment les brasiers.

Aux détours d'un concert de headliners, les festivaliers s'y rassemblent, comme émerveillés par la prouesse technique et la beauté de la machine.

Impressionnante quoi qu'inerte en journée, c'est vers 22h que la mécanique prend vie, animée par les mains habiles d'une équipe d'au moins 5 personnes.

Du contrôle des pattes métalliques, à l'animation de la tête et du visage en passant par les déflagrations et autres jets d'eau, tout ce petit groupe s'affaire le temps d'une demi-heure pour insuffler une aura menaçante à cette chimère haute de 10 mètres.

On repère également, niché au sein de l’Extreme Market, le stand de l'Atelier du Grand Chic. L'endroit idéal pour vous procurer des posters exclusifs de concerts du Hellfest.

Un passage presque obligatoire cette année vu la qualité des designs proposés.

Moins notable mais tout aussi agréable, le renforcement des navettes de bus entre le parking ouest et le site est à féliciter. Même si des files sont toujours inévitables aux moments clés, comme lors de la fin des concerts de headliners, les files sont moins importantes et largement plus supportables quez lors de l'inauguration du parking, il y a deux ans.

Cette édition de tous les extrêmes nous accueille sous une chaleur accablante. C'est par 34° que le site s'ouvre et commence à vivre les premiers concerts, à commencer par la prestation d’Asinhell sur la Mainstage. Une mise en bouche agréable avant d'entamer les réelles hostilités ; et c'est bien par le concert de Thrown que les échauffourées commencent, suivies de près par le plus grand wall of death asséné par le groupe russe Slaughter to Prevail, mené par Alex Terrible.

Fort heureusement, le reste de cette journée d'ouverture sera plus posé grâce à la darkwave de (Dolch) et le post-rock éthéré de Sylvaine, programmés sur la Temple, avant d'enchaîner et conclure la journée par le rock de Green Lung, Graveyard et All Them Witches sur la Valley.

Le deuxième jour s'annonce plus doux, même si le thermomètre affiche toujours 30° Celsius. Une douceur bienvenue et accompagnée par la fraîcheur des embruns de la marée portés par Houle.

La formation parisienne signée chez Les Acteurs de l'Ombre donne le ton et s'impose sans problème en dispensant les morceaux de son premier Ep sur la Temple.

Autre moment marquant : le concert de The Devil's Trade, caractérisé par la voix envoûtante de son leader, Dávid Makó.

Le hardcore n'est évidemment pas en reste puisque deux des meilleurs concerts du genre se déroulent sur la Warzone : ceux de la formation australienne Speed et américaine, Harm's Way.

De leur côté, les amateurs de metal progressif sont heureux de profiter des sets de Klone, mais aussi et surtout de Ne Obliviscaris. La journée se conclut enfin par Biohazard, band de hardcore américain que l'on ne présente plus.

Nos plus grands espoirs reposent sur la troisième journée. C'est sur la Valley que se produit le légendaire Mr. Bungle, Julie Christmas et Chelsea Wolfe, suivis de près par Kvelertak et Brutus.

C'est aussi malheureusement le jour où la météo choisit d'être la moins clémente, transformant rapidement le site en parc aquatique.

Il en faut cependant plus pour décourager les métalleux qui ont attendu toute l'année pour profiter de cette affiche.

En guise d'ouverture et profitant d'une courte accalmie de la pluie de début de journée, les Danoises de Konvent se produisent sur la Warzone.

Un répit de courte durée qui s'étendra jusqu'aux prestation de Brutus, dont l'affluence a littéralement condamné toute forme d'accès à la Valley, et de Kvelertak, avant que la pluie torrentielle ne reprenne pendant les prestations de Chelsea Wolfe et surtout de Mr Bungle.

Cerise sur le gâteau, après cette journée qui aura mis l'endurance des festivaliers à l'épreuve : le set de Julie Christmas. Elle offre tout simplement le meilleur concert de cette édition, aux côtés de Johannes Persson.

Enfin, cette troisième journée s’achève par Suicidal Tendencies, tandis que la plupart des festivaliers quittent le site après le show de Metallica.

Pour conclure, nous entamons cette 4ème et dernière journée de festival, principalement cette fois encore sur la Warzone. C'est en effet sur ce podium que se déroulent les sets les plus notables ; en l’occurrence ceux de Sorcerer, Gel, Scowl, Show me the Body et évidemment Madball. Mais au sec, cette fois !

Notre coup de cœur de la journée ira cependant à celui de Crosses sur la Valley.

Commençant en grande pompe, la formation doit malheureusement faire face à un problème technique interrompant brusquement sa prestation.

La déception des festivaliers est grande, mais quelques minutes avant la fin prévue du set, le band remonte sur les planches et interprète quelques titres, outre le court bain de foule accompli par Chino Moreno. Un ascenseur émotionnel qui marquera certainement les mémoires.

C'est ainsi que nous quittons le site du Hellfest pour la dernière fois de cette année, sur fond de la voix de Dave Grohl des Foo Fighters qui se produit sur la Mainstage.

Une édition grandiose qui confirme une fois de plus l'hégémonie du festival parmi tous ceux du genre.

Si certains lui reprochent d'avoir pris une trop grande envergure, il n'en reste néanmoins l'un des plus dignes représentants de la scène metal, et offre encore et toujours une programmation de pointe, qui ravit tant les amateurs des groupes plus populaires que ceux qui sont en recherche de découvertes musicales et se cantonnent aux petites scènes.

(Organisation : Hellfest)

Pour les photos, c’est ici

 

 

Nile Rodgers

La musique est ma vie, ce que je respire, mon oxygène…

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Légende vivante du disco, qu'il a grandement contribué à populariser, Nile Rodgers est un auteur, compositeur, arrangeur, producteur et guitariste, qui a fondé le groupe Chic en compagnie du regretté bassiste Bernard Edwards. Cet ancien Black Panther –il a notamment bossé avec David Bowie, Madonna ou Diana Ross– continue à inspirer et à collaborer auprès des jeunes générations, et notamment Daft Punk, Sam Smith et Lady Gaga. A 72 ans, et malgré deux cancers, l'inventeur du ‘Freak’ continue à se produire ‘live’ et prend toujours du ‘good time’...  Let's dance !

Bernard Edwards et vous formiez le cœur de Chic. Depuis sa disparition en 1996, ressentez-vous sa présence lorsque vous vous produisez en concert ?

Parfois... selon les chansons et l'ambiance.

Mes sentiments pour Bernard me suivent constamment, même sans musique. Je pense souvent à tout ce que nous avons vécu ; à nos hauts comme à nos bas, et à notre première rencontre... 

Mais, ayant survécu à deux cancers, désormais, lorsque je monte sur les planches et regarde la foule, la première chose que je vois, ce sont des milliers de personnes qui m'ont aidé à m'en sortir. Je les considère comme des amis, des proches qui tiennent à moi et m'ont soutenu durant la maladie. C'est une sensation bouleversante....

Vos deux cancers ont-ils déclenché chez vous une sorte d'urgence de création ?

Non, la musique est ma vie, ce que je respire, mon oxygène. Et de temps à autre, j'ai envie de la capturer et de la transformer en composition que d'autres puissent entendre. La plupart du temps, je compose juste pour moi. Je m'assois, je joue avec la musique... je m'amuse tellement et me sens en paix. Je ressens toutes sortes d'émotions. Et parfois, je me dis : ‘Tiens, je suis occupé d'écrire une chanson que d'autres pourraient écouter’.

Croyez-vous à l'effet curatif de la musique ?

Oh mon Dieu, oui ! S'il n'y avait pas eu de musique dans mon existence, honnêtement, je ne crois pas que j'aurais surmonté mes deux cancers. La première fois, j'ai eu peur. Je n'arrêtais pas de pleurer. 

Bon, je ne souhaite pas avoir l'air d'une sorte de super héros ; mais, la deuxième fois, j'ai eu l'impression d'avoir un rhume. Je ne me suis même pas inquiété (il rit) !

Est-il vrai que le patronyme Chic se réfère à Roxy Music et Brian Ferry ?

Oui, c'est une trouvaille de Bernard Edwards. Mais je n'avais jamais vu un groupe s'habiller de manière aussi classieuse sur scène !

Je suis issu d'un milieu hippie ; au départ, tout ce que nous portions le matin correspondait à ce que nous allions arborer en ‘live’, le soir même (rires).

Lorsque j'ai assisté au concert de Roxy Music, à Londres, qui était le groupe préféré de ma copine de l'époque, j'ai d'abord vu un public magnifiquement fringué, puis surgir ces musiciens tirés à quatre épingles. De plus, Brian Eno imposait un son immersif. J’ai ainsi assisté à ce que je considère comme une expérience musicale totalement artistique et en effet immersive. 

J'ai tout de suite appelé Bernard et lui ai confié : ‘Mec, il faut que nous incarnions la version noire de Roxy Music et se montrer dans des vêtements créés par de grands couturiers’.

Il faut se rendre compte qu'au cours de cette période, tout le monde s'habillait comme les Jackson Five et exécutait la même chorégraphie. Au sein de Roxy Music, chaque membre avait sa propre personnalité, même si c'était un groupe.

À l'époque, nous nous appelions Big Apple Band. Mais un type de mon école avait sorti une chanson intitulée « A Fifth of Beethoven » qui figure dans la b.o. de "Saturday Night Fever" ; il avait choisi pour nom de scène, Walter Murphy and The Big Apple Band. Le public confondait...

Bernard a alors proposé d’opter pour Chic, puisque nous étions vêtus de vêtements chics. Le batteur, Tony Thompson et moi, avons estimé cette idée, au départ, drôle et saugrenue, et puis finalement...plutôt cool !

La légende voudrait que l'enregistrement de l'album "Let's Dance" de David Bowie ne se soit pas bien déroulé…

Ah bon ? "Let's Dance" est l'album le plus facile que je n'ai jamais produit de ma vie. J'ai mis en boîte toutes les démos de "Let's Dance" en deux jours, en Suisse. Lorsque je suis revenu en Amérique, j'ai enregistré le long playing en 17 jours, et tout en une seule prise. Une pour les solos de guitare de Stevie Ray Vaughan, une pour la voix de David... tout en une seule fois !

Quel est le lien entre le disco et le mouvement des Black Panthers auquel vous adhériez ?

La première fois que je suis entré dans ce club disco éphémère situé au croisement de Soho, China Town et East Village, où vivait la grande communauté gay new-yorkaise, j'y ai croisé toutes sortes de personnes : homos, hétéros black, portoricains, blancs...

Je n'arrêtais pas de penser à nous, les Black Panthers qui défendions l'unité. Tout le monde oublie que notre slogan était ‘Black power to Black People, Brown Power to Brown People, White Power to White People’. ‘Tout le pouvoir au peuple’, c'était notre devise.

Alors, quand je suis entré dans ce club et que j'ai vu toutes ces personnes différentes danser à n’importer quelle heure sur le "Love to Love You" de Donna Summer, "San Francisco" de Village People, et "Girl, You Need A Change of Mind" d’Eddie Kendricks, j’ai vraiment été frappé. Donna Summer et sa chanson étaient sexy ! Village People incarnait la communauté gay hardcore ! Eddy Kendricks chantait ‘All men don't discriminate this man emancipates. Now I am for women's rights, I just want equal nights. Girl you need a change of mind’

Tout ce que les Panthers et moi défendions figurait dans ces trois morceaux que le DJ mixait sans pause. J’en ai conclu : ‘C'est le monde auquel je souhaite appartenir. Je veux faire partie de cet univers connecté dans lequel nous opérons ensemble, même si nos philosophies diffèrent. Il y a cette sorte d'amour qui nous unit.’ Aucun autre genre musical ne ressemblait à ce concept...

Grâce au le disco, on pouvait être gros, moche, noir, portoricain ou gay... peu importe !

Nile Rodgers et Chic se produiront le 15 juillet dans le cadre du Gent Jazz www.gentjazz.com

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