Une anthologie consacrée à Charlie Watts

Cette rétrospective commence en 1986, lorsque Watts a inscrit son propre nom sur un album pour la première fois, avec une modestie typique, quelque 25 ans après que son jeu de batterie ait fait parler de lui sur l'album “Live At Fulham Town Hall”. Il réunit…

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La mosaïque de traumatismes éprouvée par JOHN

JOHN est un duo réunissant John Newton (batterie, lead vocal) et Johnny Healey (guitare, chœurs). Il vient de sortir son nouveau single, "Trauma Mosaic", sous forme de clip ; et il est disponible ici Enregistré par Tom Hill au Bookhouse dans le sud de…

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The Waterboys

Nile On waX

Un voyage interstellaire et tellurique

Ce soir, l'AB Club accueille des artistes qui possèdent plusieurs cordes à leur arc ! Et pour cause, le violon est omniprésent, grâce à Catherine Graindorge et son groupe Nile On waX mais aussi, Rodolphe Coster, programmé en première partie, qui propose de nombreux arrangements de cordes.

Figure connue de l'underground bruxellois, Rodolphe Coster a sorti, il y a quelques mois, un premier elpee solo qui a fait grand bruit. Gravé par Capitane Records, "High With The People" a été enregistré à New-York dans un studio légendaire et on y retrouve une palette internationale de musiciens exceptionnels. La musique est inclassable. Naviguant quelque part entre no-wave, post-punk, shoegaze, noise, post-rock et avant-garde, elle évoque autant Tuxedomoon, John Maus et Molly Nilsson que Radiohead, Nine Inch Nails et les Pixies. Excusez du peu ! Ce soir, Rodolphe est seul sur scène, pour un set semi-acoustique au cours duquel il revisite les chansons de son album. Certains titres, comme le single “Seagulls Fly on Highways”, sont interprétés de manière dépouillée, à la guitare sèche mais sur d'autres compos, on découvre des arrangements de cordes préenregistrés véritablement époustouflants. Rodolphe le précise : ils ont été élaborés par Atsuko Hatano, l'artiste japonaise qui avait précisément contribué à la confection de l'opus. Mentions particulières également aux superbes “Dolls Her Maps” et “Burglar Blames Shadows”. C'est apparemment en voyant HTRK en concert que Rodolphe a décidé de concevoir cette formule intimiste et minimaliste. Visiblement ému, l'artiste révèle, ce soir, cette fragilité et cette sensibilité à fleur de peau qui le rendent si attachant. Une invitation à acheter son LP et à aller le découvrir en compagnie de son groupe au grand complet le plus vite possible !

Après quelques minutes de pause, c'est au tour de Nile On waX de grimper sur le podium. Le trio implique la violoniste Catherine Graindorge, le bassiste David Christophe et le batteur Elie Rabinovitch. Pour rappel, Catherine jouit d'une réputation internationale, comme en témoignent ses collaborations avec Iggy Pop, John Parish, Nick Cave, Hugo Race et bien d'autres. Après trois albums, des compositions pour la danse et le cinéma, le trio vient présenter un tout nouvel LP, “After Heaven”, paru sur le label allemand Tonzonen Records.

Dès les premières notes d'”Eternity”, on reconnaît le style musical unique de la formation, qui oscille entre post-rock, 'ambient', jazz-rock, psyché et musique de film. Le violon de Catherine Graindorge tisse des volutes sonores, tantôt chatoyantes, tantôt stridentes, pour créer un univers cinématographique totalement hypnotique. Par moments on pense aux productions du label ECM, ou à la musique du film ‘La Dernière Tentation du Christ’ de Peter Gabriel. Dans “More Icon”, un hommage au compositeur italien, l’expression sonore répercute un écho lointain aux envolées d'un Max Richter ou aux harmonies écorchées d'un Warren Ellis.

Si on connaissait toute l'étendue du talent de la violoniste belge, on est tout aussi impressionné par la maestria affichée par les deux autres musiciens. David Christophe utilise sa basse de façon très versatile, lui conférant tour à tour des sonorités d'un synthé, d'une guitare électrique, voire d'un instrument à cordes. Quant à Elie, le compagnon de Catherine, c'est un batteur d'une finesse et d'une justesse remarquables. Il émane de lui une impression de puissance, d'élégance et de sérénité.

Après “Improbable”, un single… improbable, comme l'annonce avec humour David Christophe, le groupe s'autorise un détour par son 3ème album, “Bell Dogs”, pour offrir “Rhapsody” et “Pixelated Dream”. Après des applaudissements nourris du public, nous aurons droit, en rappel, à un magnifique extrait de la bande originale du film “L'Œil Silencieux”, du réalisateur belge Karim Ouelhaj, qui a été composée par le trio.

Le plaisir aura été trop court. Pendant quelques instants, nous avons vécu un voyage interstellaire et tellurique, suspendus hors du temps, la tête dans les étoiles et le corps enraciné dans la terre-mère, au sein d’un espace onirique vibrant et d'une déchirante beauté...

Setlist:
ETERNITY (Intro)
IN HEAVEN
MORE ICON
AUGUST 4
ASCENSION
HUIT (Part 2)
IMPROBABLE
SLOWDOWN
RHAPSODY
PIXELLATED DREAMS 
BELL DOGS
Rappel:
L’ŒIL SILENCIEUX

Pour en savoir davantage sur Catherine Graindorge et Nile On waX, cliquez sur son nom dans le cadre réservé aux informations supplémentaires, ci-dessous. Vous pourrez même écouter et acheter leurs albums et Eps via leur Bandcamp

Pour lire l'interview de Catherine Graindorge, c'est ici  

Crédit Photo : Axel Tihon - Branchés-Culture (Branchesculture.com)

bar Italia

On est quand même resté sur sa faim…

Écrit par

bar italia est une formation londonienne qui aime entretenir le mystère. Jugez plutôt. A la base, il s’agit d’un trio réunissant les guitaristes/chanteurs Jezmi Tarik Fehmi et Sam Fenton ainsi que la chanteuse Nina Cristante. Comme cette dernière est née à Rome, on pourrait croire que le patronyme s’inspire de la botte. Ce n’est pas le cas. En fait s’agit d’un titre de l’album de Pulp, « Different class ». La formation est responsable de trois elpees, à ce jour ; soit « Quarrel », en 2020 et « Bedhead » l’année suivante, deux mini-elpees sortis chez World Music, le label de Dean Blunt, et puis « Tracey denim », paru ce 19 mai 2023 chez Matador, écurie sur laquelle elle vient de signer. Enfin, si la (brève) carrière solo de Nina est ponctuée d’un LP et d’un Ep, celle de Fehmi et Fenton s’épanouit également chez Double Virgo, auteur d’un long playing et de plusieurs Eps, à ce jour.

Depuis sa création, le groupe s’est enveloppé dans un voile de mystère, en se limitant à un minimum de photos, en ne livrant que des bios laconiques et en n’accordant aucune interview. À notre époque où les mass médias et tout particulièrement les réseaux sociaux sont considérés comme incontournables par les artistes, cette attitude est déconcertante et reflète peut-être une nouvelle perception du rock alternatif...

Il revient à Driving Dead Girl d’assurer le supporting act. Fondé en 2003, le band a déjà connu quelques changements de line up. Quatre elpees à son actif, dont le dernier, « Rupture », est paru en 2021. On débarque au beau milieu du set, que le quintet semble mener de main de maître. Le claviériste, le drummer, le bassiste et les deux guitaristes, dont l’un d’eux, chapeau mou enfoncé sur le crâne, double au chant. Il s’agit de Dimitri Rondeau qui est manifestement en pleine forme. Il descend dans la fosse, remonte sur le podium, et finit par grimper sur un retour de scène sis à l’extrême droite. De ce qu’on a pu entendre, la musique de DDG oscille entre cold wave, garage et shoegaze, mais surtout, elle ne manque ni de charme, ni de punch…

Place ensuite à bar italia. Mais avant ce concert, les haut-parleurs diffusent plusieurs titres de l’album des Fab Four, « Abbey Road ». Et puis, afin d’ajouter une couche à l’occulte, ce n’est pas un trio qui débarque sur l’estrade, mais un quintet. Les trois membres fondateurs sont bien présents, mais ils sont soutenus par une section rythmique impliquant un drummer ainsi qu’une jeune bassiste, à la longue chevelure rousse… en short.

Plutôt jolie, Nina Cristante semble avoir opté pour une mini-jupe de couleur rouge et un tricot de teinte blanche. Mais après quelques titres, elle ôte sa petite laine pour laisser apparaître une mini robe écarlate, retenue par de fines bretelles et laissant apparaître, lorsqu’elle se retourne, un dos nu. Elle a une taille de guêpe (NDR : pas étonnant, puisqu’elle est aussi nutritionniste) et pourrait aisément participer à un défilé de mode. Elle se déhanche sensuellement, nonchalamment, le plus souvent les mains dans le dos. Tel un chuchotement, sa voix est fragile, frémissante et presque enfantine. Celle de Fehmi (chaussé de grandes lunettes rondes, il a un petit côté à Lou Barlow) est plutôt capricieuse, empruntant tour à tour les timbres de King Krule, Tom Verlaine ou David Byrne, alors que celle de Fenton est claire et soyeuse. Ils chantent alternativement, un peu comme s’ils se répondaient, mais parfois construisent ensemble, de superbes harmonies. Ce qui permet de soigner le sens mélodique. Les chansons sont courtes (NDR : elles dépassent rarement les 2 minutes). Cependant, les textes abordent des thèmes aussi sérieux que l’anxiété, la solitude, les ruptures, l’amour non partagé, le désir de solitude. Pas de présentation. Pas d’interaction avec le public (estimé à plus ou moins 120 personnes). Pas de merci. Juste les compos et un petit intervalle entre celles-ci, comme si on écoutait l’intégralité d’un album. L’expression sonore se nourrit de slowcore, de noisy et de shoegaze. Cependant, lorsque les morceaux montent en intensité, le spectre Thurston Moore se met à planer.   

Tramé sur une ligne de basse profonde, « My kiss era » recèle quelques réminiscences du « If I only could remeber my name » de David Crosby, avant que le morceau ne se charge d’intensité. Des guitares qui deviennent tintinnabulantes tout au long de « Changer » et finissent par s’enflammer lors du final bien électrique, presque crazyhorsien, « Banks ». Et puis, au bout d’une heure de prestation, bar italia se retire, sans un mot, laissant la place à la suite de l’album des Beatles, « Abbey road », signifiant ainsi au public qu’aucun rappel ne serait accordé…

Un excellent concert, mais glacial. On est quand même resté sur sa faim…

Photos Ludovic Vandenweghe ici

Setlist

Skylinny
Nurse
Harpee
Rage Quit
Yes I’ve eat
Fob
Punkt
Friends
Mrs Morality
Best in show
My kiss era
Changer
Polly armor
Clark
No cd
Banks

(Organisation Aéronef)

Jean-Louis Murat

Le chanteur Jean-Louis Murat est mort… les regrets seront éternels…

Écrit par

Auteur, compositeur, poète et interprète français, Jean-Louis Murat, de son véritable nom Jean-Louis Bergheaud, est décédé ce jeudi 25 mai 2023, à l’âge de 71 ans.

Paradoxalement, son tout premier ‘Best of’ sort demain.

Considéré comme un des plus prolifiques musiciens et artisans de la chanson française, cet Auvergnat a tout d’abord milité chez le groupe de rock Clara, avant d’entamer une carrière solo. En 1981, il grave un premier 45 tours intitulé « Suicidez-vous, le peuple est mort ». En noir et blanc, la pochette est signée Mondino. Mais le titre est censuré. Ce ne sera pas la dernière fois qu’il suscite la polémique, ses coups de gueule et ses provocations vont d’ailleurs très souvent lui conférer une image de personnage acariâtre.

C’est l’album « Cheyenne Autumn », sur lequel figure « Si je devais manquer de toi » et « Te garder près de moi », qui lui permet d’acquérir une certaine notoriété.

Bien qu’il ait toujours évité le showbiz et Paris, c’est pourtant grâce à un duo avec Mylène Farmer, pour « Regrets » qu’il se fait connaître du grand public en 1991.

Au cours de ses 40 ans de carrière, bien servi par son baryton suave, il a publié 22 elpees, dont le dernier « La vraie vie de Buck John », titre extrait d'une BD de sa jeunesse, dessinait un autoportrait en clair-obscur, au cœur d’une ambiance américaine qu’il affectionnait particulièrement.

Déjà en 1999, il était allé à New York et à Tucson (Arizona) pour enregistrer « Mustango », et avait reçu le concours de musiciens de Calexico, d’Elysian Fields et du guitariste Marc Ribot.

En 2007, l’opus « Charles et Léo » recèle des poèmes des ‘Fleurs du mal’ de Baudelaire autrefois mis en musique par Léo Ferré.

En 2014, il publie un triple elpee en compagnie des Clermontois de The Delano Orchestra.

‘Le Parisien’ a révélé que Jean-Louis Murat était mort d’une phlébite. Ce trouble cardiovasculaire résulte de la formation d’un caillot de sang dans une veine. Dans les formes les plus graves s’ensuit une embolie pulmonaire. Les journaux ‘Libération’ et ‘L’Equipe’ affirment que c’est ce qui lui est arrivé.

RIP

Rodolphe Coster

Intimiste et minimaliste…

Ce soir, l'AB Club accueille des artistes qui possèdent plusieurs cordes à leur arc ! Et pour cause, le violon est omniprésent, grâce à Catherine Graindorge et son groupe Nile On waX mais aussi, Rodolphe Coster, programmé en première partie, qui propose de nombreux arrangements de cordes.

Figure connue de l'underground bruxellois, Rodolphe Coster a sorti, il y a quelques mois, un premier elpee solo qui a fait grand bruit. Gravé par Capitane Records, "High With The People" a été enregistré à New-York dans un studio légendaire et on y retrouve une palette internationale de musiciens exceptionnels. La musique est inclassable. Naviguant quelque part entre no-wave, post-punk, shoegaze, noise, post-rock et avant-garde, elle évoque autant Tuxedomoon, John Maus et Molly Nilsson que Radiohead, Nine Inch Nails et les Pixies. Excusez du peu ! Ce soir, Rodolphe est seul sur scène, pour un set semi-acoustique au cours duquel il revisite les chansons de son album. Certains titres, comme le single “Seagulls Fly on Highways”, sont interprétés de manière dépouillée, à la guitare sèche mais sur d'autres compos, on découvre des arrangements de cordes préenregistrés véritablement époustouflants. Rodolphe le précise : ils ont été élaborés par Atsuko Hatano, l'artiste japonaise qui avait précisément contribué à la confection de l'opus. Mentions particulières également aux superbes “Dolls Her Maps” et “Burglar Blames Shadows”. C'est apparemment en voyant HTRK en concert que Rodolphe a décidé de concevoir cette formule intimiste et minimaliste. Visiblement ému, l'artiste révèle, ce soir, cette fragilité et cette sensibilité à fleur de peau qui le rendent si attachant. Une invitation à acheter son LP et à aller le découvrir en compagnie de son groupe au grand complet le plus vite possible !

Après quelques minutes de pause, c'est au tour de Nile On waX de grimper sur le podium. Le trio implique la violoniste Catherine Graindorge, le bassiste David Christophe et le batteur Elie Rabinovitch. Pour rappel, Catherine jouit d'une réputation internationale, comme en témoignent ses collaborations avec Iggy Pop, John Parish, Nick Cave, Hugo Race et bien d'autres. Après trois albums, des compositions pour la danse et le cinéma, le trio vient présenter un tout nouvel LP, “After Heaven”, paru sur le label allemand Tonzonen Records.

Dès les premières notes d'”Eternity”, on reconnaît le style musical unique de la formation, qui oscille entre post-rock, 'ambient', jazz-rock, psyché et musique de film. Le violon de Catherine Graindorge tisse des volutes sonores, tantôt chatoyantes, tantôt stridentes, pour créer un univers cinématographique totalement hypnotique. Par moments on pense aux productions du label ECM, ou à la musique du film ‘La Dernière Tentation du Christ’ de Peter Gabriel. Dans “More Icon”, un hommage au compositeur italien, l’expression sonore répercute un écho lointain aux envolées d'un Max Richter ou aux harmonies écorchées d'un Warren Ellis.

Si on connaissait toute l'étendue du talent de la violoniste belge, on est tout aussi impressionné par la maestria affichée par les deux autres musiciens. David Christophe utilise sa basse de façon très versatile, lui conférant tour à tour des sonorités d'un synthé, d'une guitare électrique, voire même d'un instrument à cordes. Quant à Elie, le compagnon de Catherine, c'est un batteur d'une finesse et d'une justesse remarquables. Il émane de lui une impression de puissance, d'élégance et de sérénité.

Après “Improbable”, un single… improbable, comme l'annonce avec humour David Christophe, le groupe s'autorise un détour par son 3ème album, “Bell Dogs”, pour offrir “Rhapsody” et “Pixelated Dream”. Après des applaudissements nourris du public, nous aurons droit, en rappel, à un magnifique extrait de la bande originale du film “L'Œil Silencieux”, du réalisateur belge Karim Ouelhaj, qui a été composée par le trio.

Le plaisir aura été trop court. Pendant quelques instants, nous avons vécu un voyage interstellaire et tellurique, suspendus hors du temps, la tête dans les étoiles et le corps enraciné dans la terre-mère, au sein d’un espace onirique vibrant et d'une déchirante beauté...

Pour en savoir davantage sur Rodolphe Coster, cliquez sur son nom dans le cadre réservé aux informations supplémentaires, ci-dessous.

Pour acheter son album, c’est ici

Pour écouter l'interview de Rodolphe Coster dans l'émission WAVES, c'est

Crédit Photo : Axel Tihon - Branchés-Culture (Branchesculture.com)

Tina Turner

Décès de la ‘reine du rock’, Tina Turner…

Écrit par

Tina Turner, star du rock, de la pop et du r&b, est décédée à l’âge de 83 ans des suites d’une longue maladie.

De son véritable nom, Anna Mae Bullock, elle était née en 1939 à Brownsville, dans le Tennessee. Elle chante le gospel, dès son plus jeune âge, dans les offices pentecôtistes. A 16 ans, elle rencontre Ike Turner et devient chanteuse chez les Rhythm’n Kings, avant que le duo n’entame une carrière en duo. Période au cours de laquelle, il va décrocher quelques hits, dont « River deep mountain high », en 1966, un titre produit par Phil Spector, et « Proud Mary », en 1971, une reprise du Creedence Clearwater Revival. Tina et Ike se marient, mais leur union ne sera jamais un fleuve tranquille. Au cours de leur vie commune, elle est battue par son mari drogué et de plus en plus violent (NDR : elle aura même des côtes cassées). Mais en 1976, elle s’enfuit et finit par se cacher chez Maria Shorter, la femme de l’illustre saxophoniste Miles Davis.

Divorcée, avec quatre enfants à charge, elle doit se reconstruire. Et elle y parviendra, bénéficiant de coups de pouce de tas d’artistes, dont Rod Stewart, Mick Jagger, Lennon/McCartney, David Bowie, Mark Knopfler, Martyn Ware ainsi que Ian Craig Marsh de Heaven 7, et bien d’autres. Dont certains lui écrivent des chansons. Mais c’est sur scène qu’elle exprime le mieux son talent.  Sur les planches, ses spectacles sont électriques et littéralement explosifs. Elle en met plein la vue grâce à sa chorégraphie (NDR : ses déhanchements et ses longues jambes de danseuse y contribuent), mais aussi les oreilles, de son contralto légèrement rauque et puissant.  

Elle va alors aligner les tubes, dont « Private dance » en 1984, « We don’t need another hero », en 1985, qui a servi de B.O. pour le 3ème volet des films de ‘Mad Max’ et au sein duquel elle joue le rôle d’Aunty Entity, « The best », en 1989 et « Goldeneye », en 1995, chanson générique du 17ème épisode des aventures de James Bond, et la liste est loin d’être exhaustive.

En même temps, à travers ses compos, elle devient la porte-parole des femmes victime des violences conjugales. Elle leur a également ouvert la voie dans le rock, qu'elles soient noires ou blanches. Elle a été la première femme à faire la couverture du magazine Rolling Stone.

Mariée au citoyen allemand, Erwin Bach, en 21 juillet 2013, elle s’était établie en Suisse, et y avait pris la nationalité. Victime d'un accident vasculaire cérébral en 2013, d’un cancer de l'intestin, en 2016, elle avait subi une greffe du rein l’année suivante.

Celle qui aimait être appelée ‘la reine du rock’ est décédée ce 24 mai 2023 à Küsnacht (Suisse) à l'âge de 83 ans.

Catherine Graindorge

Le violon est devenu ma voix, mon âme...

Catherine Graindorge est une violoniste, compositrice et actrice belge dont l’univers musical est vraiment unique. Un 'crossover' entre 'ambient', post-rock expérimental et musique classique. Son violon libère des sonorités à fleur de peau, distillant des atmosphères tour à tour voluptueuses, mélancoliques et envoûtantes.

Elle a joué en compagnie d'un nombre invraisemblable d'artistes internationaux et notamment Nick Cave, Warren Ellis, Debbie Harry et feu Mark Lanegan (Jeffrey Lee Pierce Project), Chris Eckman (Dirtmusic, The Wal abouts), Hugo Race (ex-Bad Speeds), Pascal Humbert et Bertrand Cantat (Detroit), John Parish… Elle a également monté un projet, Nile On waX, en compagnie de son compagnon, Elie Rabinovitch ; et, enfin, elle compose pour le théâtre, la danse et le cinéma.

Après avoir gravé un 2ème elpee solo, “Eldorado”, en 2021, elle a frappé un grand coup l’année suivante grâce à un Ep réalisé en compagnie d'Iggy Pop, "The Dictator". Mais ce n'est pas fini ! Plus récemment, elle a publié le nouvel LP de Nile On waX, “After Heaven”, et a mené à bien un nouveau projet, ‘Songs For The Dead’. Il s'agit d'une création originale interprétée à Bozar en avril dernier en ouverture des Nuits Botanique. Pour l'occasion, elle s'est associée à Simon Huw Jones, le chanteur du groupe culte anglais And Also The Trees, Pascal Humbert (16Horsepower, Detroit), Simon Ho, sans oublier ses deux filles, Lula et Ilona. Musiczine a rencontré Catherine dans l'atmosphère jazzy du restaurant ‘La Porteuse d'Eau’, à Saint-Gilles pour une interview à bâtons rompus...

Musiczine - Alors, Catherine, on va commencer par Iggy Pop. Comment l'as-tu rencontré et comment t’est venue cette idée de collaboration ?

Catherine Graindorge - J'avais sorti mon deuxième album solo, “Eldorado”, en octobre 2021 sur Glitterbeat, et plus précisément chez Tak:til, la division 'underground' de ce label. Ses responsables connaissent bien la BBC et le producteur de l'émission d'Iggy Pop, baptisée ‘Confidential. Elle est diffusée sur Radio 6. Iggy est quelqu'un de curieux et il a aimé mon morceau “Lockdown”. Il a effectué quelques recherches et, finalement, il a passé deux de mes morceaux dans son émission.

M - L'autre, c'était “Animal” ?

CG - Oui. “Animal”, un titre qui figure sur mon premier album solo. Ensuite, j'ai juste demandé de transmettre un mail via la production, à Iggy, pour lui dire que j'étais très honorée et que si, un jour, il voulait collaborer, je serais très heureuse. Ce n'était pas prémédité, mais juste spontané. Deux jours plus tard, j'ai reçu un mail d'Iggy, transmis par son manager. Il écrivait ‘Catherine, I would love to do a track.’ Incroyable. J'étais en train de faire des courses à ce moment-là, je m'en souviens.

M - Ton sang n'a fait qu'un tour, je suppose ?

CG - Oui, c'est ça. Il m'a proposé que je lui envoie des idées. J'ai donc commencé à enregistrer à la maison, puis j'ai transmis des démos, et on a échangé des musiques ainsi, très simplement.

M - Et ensuite, vous vous êtes rencontrés pour le tournage du clip ?

CG - Oui, on a profité de son séjour à Anvers où il devait donner un concert. On a cherché un studio là-bas et Elie, qui est musicien et réalisateur, s’en est chargé.

M - Un superbe clip en noir et blanc !

CG - Elie a beaucoup travaillé sur les lumières et la proximité entre Iggy et moi. C'était une magnifique rencontre.

M - Comment as-tu ressenti le personnage ?

CG - Je l'adore. C'est quelqu'un de très humain, de très vrai. Il s'en fout de savoir s'il a affaire à quelqu'un de connu ou pas. Cela m'a extrêmement touchée parce que j'avais un complexe. On est quand même dans l'ère des 'likes' et du nombre de vues. On est un peu tributaires de cette situation aussi. Lui, n'en a que faire.

M - Il n'a plus rien à prouver.

CG - Non, c'est vraiment une belle personne. Et il a beaucoup d'humour. Entre les prises, on a bien rigolé quand je lui ai demandé quel serait son emploi du temps après sa tournée et qu'il a répondu : ‘Je vais aller rejoindre les vieux riches dans ma petite maison dans les îles Caïmans’

M - Ah ? Je croyais qu'il habitait à Miami.

CG - Oui mais il possède aussi une petite maison de vacances.

M - J'ai remarqué que, dans ta carrière, tu as souvent travaillé en compagnie d'artistes masculins très forts, qui ont apporté leur voix et leur énergie : Iggy, John Parish… Nick Cave aussi, d'une certaine manière.

CG - Nick Cave, je ne l'ai jamais rencontré, mais j'ai inséré des parties de violon sur deux morceaux du Jeffrey Lee Pierce Project, en 2012.

M - Et il y a surtout Hugo Race...

CG - Oui, on a participé à plusieurs projets ensemble. Notamment pour l’'album “Long Distance Operators”. Et avant cet épisode, lors des sessions consacrées à mon premier album solo, “The Secret of Us All”.

M - Je propose qu'on se penche sur Nile On waX, le projet que tu partages avec ton compagnon, Elie, et le bassiste David Christophe, un nouvel opus intitulé « After Heaven » vient de paraître.

CG - Oui, c'est notre quatrième. On a commencé l’enregistrement pendant le confinement. On s’est servi d’un multipiste et on a improvisé sans se poser de questions. C'était spontané, basé sur des émotions directes. Puis on a travaillé sur les prises. David a accompli un gros travail d'editing.

M - Comment positionnes-tu Nile On waX par rapport à tes elpees solo, c'est plus post-rock ?

CG - Oui, c'est plus post-rock. Déjà, il y a la présence de la batterie, qui prend de la place. Dans mes albums, il y en a parfois, mais elle est plus discrète, plus évanescente.

M - Nile On waX sonne aussi plus psyché, moins éthéré que tes projets solos

CG - Oui, mais je crois que quand je joue, il existe aussi un côté ancré dans le sol. J'ai un côté angélique mais j'aime aussi créer des atmosphères tourmentées.

M - Un aspect tellurique ?

CG - Tellurique. Oui, effectivement.

M - Un côté éthéré, cosmique, voire mystique et un aspect tellurique. On perçoit cette dualité dans la façon dont tu te sers de ton instrument. Le son est parfois très mélodique, très aérien et quelquefois, il est carrément strident. Tu tritures les cordes ?

CG - Oui, d'un côté, j'ai reçu une formation classique et une part de moi est très mélancolique. J'étais très romantique quand j'étais jeune, très fleur bleue et en même temps, j'ai toujours eu envie de faire du rock. J'ai toujours été tiraillée entre les deux. J'aime le violon, mais je n'ai pas voulu me lancer dans une carrière classique parce que je la trouvais étouffante et trop stricte. Je voulais être libre de faire ce que je voulais. Au départ, je souhaitais devenir guitariste ou bassiste dans un groupe rock, mais à ce moment-là, je me suis dit : ‘J'ai cet instrument, le violon, essayons d'en tirer quelque chose’. Ainsi, le violon est devenu ma voix, mon âme. J'ai cherché à me forger un style propre pour combiner les deux parties de moi-même, la partie mélancolique, mais aussi la partie...

M - ‘Down to earth’ ? La partie attachée à la terre, aux impulsions, à l'énergie ?

CG - Oui, liée aux tourments, au sang, à la colère. La musique me touche quand elle n'est pas lisse. Si elle ne m’atteint pas quelque part dans mon cœur, dans mon corps, elle ne m'intéresse pas.

M - Etais-tu intéressée par le jazz-rock à l'époque ? Parce que ce style a construit un pont entre le rock et les autres musiques. Quand j’évoque le ‘jazz-rock’, je ne vise pas des virtuoses qui jouent 10 000 notes à la seconde, mais plutôt des artistes signés par des labels qui affichent un côté plus éthéré, comme ECM, et par exemple, le trio Terje Rypdal, Jack DeJohnette et Miroslav Vitous.

CG - Non, je ne connais pas.

M - J’y vois une filiation. Terje Rypdal a un côté glacé, très scandinave. Et certaines de tes ambiances me font penser à lui.

CG - Ma plus grande influence, c'est quand même la musique classique. J'en écoutais beaucoup quand j'étais jeune. Mon premier amoureux, c'était un Allemand. On écoutait le requiem de Brahms dans les bras l'un de l'autre, en pleurant.

M - C'est très romantique ! Carrément goth (rires) !

CG - La musique romantique allemande m'a fortement influencée. Brahms, Schubert et Bach, notamment. Puis, sans que ce soit vraiment conscient, j'ai voulu m'en éloigner. Je n'ai pas fréquenté le conservatoire. J'ai fait du théâtre, de la musicologie, etc. Mes influences n'ont jamais été conscientes et j'ai découvert beaucoup d'univers musicaux différents sur le tard. Surtout parce que l'homme que j'aime est une véritable encyclopédie musicale... (rires)

M - Donc, il connaît ECM ?

CG - Oui, bien sûr. Il m'a permis d’explorer d’autres horizons. Laurie Anderson, par exemple, je l'ai découverte sur le tard. Mon identité musicale s’est également construite parce que je suis comédienne. Depuis tout petite, mes prédilections ont toujours oscillé entre musique et théâtre. Dans la première partie de ma carrière, j'ai créé des spectacles théâtraux. J'ai aussi participé à des productions d'autres créateurs, mais j'aimais créer mes propres projets. Ma musique puise son origine dans des histoires, des dramaturgies ou des émotions que j'ai besoin d'exprimer.

M - Comme des ‘soundtracks’ de films imaginaires ?

CG - Oui. Mais ce ne sont pas des histoires précises, plutôt des émotions que je ressens, que je vis. Je prends mon instrument et je me lance dans une improvisation. M’être produite au théâtre m'a aidée parce que j'ai l'impression de réaliser des spectacles, mais je me sens plus proche du langage musical que du langage verbal, finalement...

M - D'où l'intérêt pour toi de t'associer à des artistes qui, eux, vont apporter leur voix et leurs paroles. On en arrive à Simon Huw Jones. Comment l'as-tu rencontré et comment t’est venue l'idée de “Songs For The Dead” ?

CG - Le Botanique m'a proposé une carte blanche, associée à une résidence. Je venais de réaliser l'Ep en compagnie d'Iggy Pop et j'avais envie de me lancer à nouveau dans un projet de ce type. Comme tu le vois, j'aime bien m'entourer d'hommes... (rires)

M - Ce qui produit un mélange intéressant, un peu comme le yin et le yang.

CG - Oui, exactement. Elie m'avait fait découvrir le groupe de Simon, And Also The Trees, il y a quelques années. Et puis, je suis tombée sur ce texte d'Allan Ginsberg, “A Dream Record”, où il raconte que, dans un rêve, il a vu Joan Burroughs qui avait été assassinée accidentellement par William Burroughs, son mari. Dans le rêve, il lui parle et ne se rend pas compte qu'elle est morte.

M - On est carrément dans ‘Le Sixième Sens’, là !

CG - Oui. Et puis, tout à coup, il se rend compte qu'en fait, elle est décédée. La mort est une thématique récurrente chez moi. J'ai donc décidé de partir de ce texte pour composer. Et Simon Jones était un bon choix car il a quelque chose de très poétique, un peu hors du temps. J'aime bien son écriture. J'aime bien le fait qu'il alterne 'spoken word' et chant. Hugo Race chante également de cette manière, mais je voulais quelqu'un de différent. J’aurais pu solliciter Nick Cave, mais je ne pense pas que je l’intéresserais...

M - Il faut essayer. Ça marchera peut-être.

CG - Il a déjà son violoniste.

M - Oui, Warren Ellis.

CG - Et donc, j'ai juste écrit à Simon Jones, via le manager/booker du groupe. Je lui ai envoyé mes démos, il les a écoutées et a répondu qu'il avait envie de participer au projet.

M - Il a en effet un côté clairement romantique, ‘dark’, même carrément gothique.

CG - Effectivement. Je lui ai envoyé le texte de Ginsberg comme point de départ. Et j'ai ajouté le mythe d'Orphée et Eurydice. Il s’est basé sur ce scénario.

M - Donc, il a tout écrit ?

CG - Oui. Il y a juste une exception. Dans le morceau “Time is broken”...

M - Justement mon morceau préféré du projet !

CG - Les paroles du chœur de femmes sont signées par un ami, Stéphane Manzone. Il avait déjà rédigé des textes pour mon album “Eldorado”.

M - Tu n’écris pas de paroles ?

CG - J'ai déjà écrit pour des spectacles de théâtre, mais je n'arrive pas facilement à concevoir des textes pour la musique... C'est un peu compliqué pour moi. J'ai donné carte blanche à Simon Jones. On a échangé des démos, comme je l'avais fait pour “The Dictator”. 

M - Et quels sont tes morceaux préférés dans la discographie d'And Also The Trees ?

CG - J'aime beaucoup “Bridges” et “Domed”.

M - Ah oui, “Domed” est extraordinaire, grâce, entre autres, à cette intro à la guitare et cet effet de tremolo. Pour revenir à “Song For The Dead”, l’association entre ta musique et la voix de Simon est juste extraordinaire. C'est encore plus fort que les autres combinaisons, parce que c'est beaucoup plus proche dans l'âme. On sent vraiment une complicité. On dirait qu'il va chercher ton côté 'dark' pour en faire quelque chose de magnifique.

CG - Oui, il a été très touché par ma musique. Il me l'a dit au départ...

M - Il a aussi un projet qui s'appelle November. Le connais-tu ?

CG - Non, je ne connais pas. Mais je sais que ce projet existe.

M - C'est un projet qu'il anime en compagnie de Bernard Trontin, des Young Gods, lequel fournit la matière musicale. Mais Bernard, lui, se sert beaucoup du sampling.

CG - Pourtant, il est batteur, non ?

M - Oui, il est batteur, mais dans November, il se réserve toutes les parties musicales. Grâce à des samplers et à des synthés. C'est aussi une musique très intéressante.

CG - Perso, je fonctionne toujours par instinct. Si je réfléchis trop, ça ne donne rien de bon.

M - Et bien là, je peux te dire que ce concert à Bozar était une vraie réussite. Un moment magique. Un moment de vraiment spécial s'est passé entre les musiciens, le public et cette salle. Vu que le spectacle a été enregistré, as-tu l'intention d'en faire quelque chose ? Un film ? Un album ?

CG - J'ai l'intention d'enregistrer un album cet automne.

M - Donc, de réenregistrer les morceaux ?

CG - Oui, parce qu'à Bozar, on n'a pas enregistré sur un multipiste. Et puis, on n'avait eu que trois jours pour tout mettre en place, ce qui est vraiment très peu.

M - Y a-t-il eu des moments où vous avez improvisé ou bien tout était-il programmé ? As-tu été surprise par moments ?

CG - Il y a toujours une part d’impro dans mes morceaux. Et sinon oui, j’ai été impressionnée par mes filles, qui participent à deux morceaux. Je suis très fière d'elles. Ce n’était pas évident de chanter pour la première fois dans cette salle Henri Leboeuf. Une salle emblématique, celle du concours Reine Elisabeth, où tout est joué à la perfection. Je ne me suis pas laissé impressionner par ce défi. C'était une création originale, carrément expérimentale. Et, en plus, je ne suis pas une virtuose, dans le sens classique du terme. Ça ne m'intéresse pas d'avoir une technique parfaite, ce qui m'intéresse, ce sont les émotions.

M - Tu n'es pas Didier Lockwood... (rires)

CG - Non, en effet.

M - Ni Jean-Luc Ponty ! Et tant qu'on cause des violonistes virtuoses, je pourrais aussi citer Eddie Jobson, le violoniste qui militait chez Roxy Music.

CG - Je ne le connais pas.

M - C'est lui qui a remplacé Brian Eno. Il se consacrait au violon sur l'album live, “Viva”. Et ensuite, il a intégré UK, un supergroupe de rock progressif.

CG - OK.

M - A propos, tu as vu ce qu'Iggy a dit sur toi dans le New Musical Express (NME) ?

CG - Oui, j'ai lu ça.

M - C'est impressionnant ! ‘There is a gothic masonry at work here, with a very old force abetted by very cunning structures.’ (‘Il y a une maçonnerie gothique à l'œuvre ici, apportant une force très ancienne encouragée par des structures très rusées.’)

CG - Oui, c'est très beau, ce qu'il a déclaré.

M - Et après, il ajoute : ‘The music represents calices, bodices and old stones. It's European romance and it creeps up on me like a fog, like winter in Venice.’ (‘La musique représente des calices, des corsages et des vieilles pierres. C'est comme une romance européenne et ça monte sur moi comme un brouillard, comme l'hiver à Venise.’) C'est magnifique !

CG - En même temps, je suis européenne. Pour un Américain, l'Europe a un aspect fascinant.

M - Oui, c'est bien d'avoir cette révérence vis-à-vis de nous, vis-à-vis de notre culture et de manifester ce respect, cette modestie, surtout de la part de quelqu'un qui est un géant.

CG - Oui, c'est un géant mais en même temps, il s'en fout complètement de la célébrité. Simon Jones et Pascal Humbert sont aussi un peu pareils, même si c'est à un autre niveau. Ce sont de superbes musiciens, mais ils ne sont pas à la recherche d'une gloire ou d'une reconnaissance internationale à tout prix. Ils ont besoin de créer une musique qui les touche, qui leur plaît. Je suis comme ça également. C'est l'aspect humain qui est le plus important. Je veux être à ma place.

M - Être libre ?

CG - Oui. Je ne pourrais pas créer si je devais affronter des contraintes, des pressions. Regarde And Also The Trees. La formation n’a jamais réellement percé sur le plan international. Robert Smith (NDR : de The Cure) l’appréciait beaucoup. Le frère de Simon, Justin Jones, connaît très bien Robert. Il est étrange de constater que The Cure a connu un succès énorme et pas And Also The Trees.

M - Robert Smith a mis le pied à l'étrier au groupe, au début de sa carrière, mais il n'a jamais vraiment cherché le succès à tout prix. Je crois qu'au départ, c'est peut-être parce qu'il est issu d'un tout petit village et qu'il ne voulait pas être coupé de ses racines. Les musiciens n'aimaient pas Londres, ils n'aimaient pas les grandes villes et vouloir le succès signifiait automatiquement quitter leur village et aller habiter à Londres.

CG - C'est un choix de vie. Simon dit souvent qu'il préfère travailler la terre, plutôt que de se retrouver dans des projets qui ne l'intéressent pas. Pascal Humbert a la même philosophie. D'ailleurs, je me sens privilégiée, parce que c'est quasi la première fois que Simon participe à un autre projet que And Also the Trees. Bien sûr, il y a November, mais à cette exception près, je ne crois pas qu’il se soit lancé dans beaucoup d'autres projets.

M - Juste quelques petites collaborations ponctuelles.

CG - Il m'a dit ‘Normalement, je ne fais pas ce genre de choses.’

M - Simon est un vrai gentleman.

Voilà, Catherine, merci beaucoup pour cette interview. On attendra donc impatiemment la sortie de l'album “Songs for the Dead”.

CG - Ce sera pour l'année prochaine...

Merci à Catherine Graindorge, Simon Huw Jones, Bozar, le Botanique et l'émission WAVES.

Pour en savoir davantage sur Catherine Graindorge et Nile On waX, cliquez sur son nom dans le cadre réservé aux informations supplémentaires, ci-dessous. Vous pourrez même acheter leurs albums et Eps via leur Bandcamp. Pour lire ou relire la dernière interview accordée par Simon Huw Jones, c'est

Photo : Elie Rabinovitch.

DMA’s

How Many Dreams ?

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A l’origine baptisée The Dirty MA's, DMA’s est une formation australienne fondée en 2012. Elle est considérée comme la plus british du plus grand pays d’Océanie. Son quatrième elpee, « How many dreams », fait suite à « The Glow », paru en 2020.

L’univers de DMA'S est celui de l'acceptation, de la liberté d'expression, de la bienveillance et ce sont ces thèmes qui sont développés sur long de cet opus.

Dès les premières notes du morceau maître, qui ouvre le long playing, le trio libère des sonorités rave. Cette rencontre très intéressante entre instrumentation rock et EDM emprunte cependant la théâtralité d'Empire Of The Sun tout en conservant un pied (voire les deux) dans la ‘dance’. Pensez à Orbital voire à Underworld.

Les influences britpop sont cependant légion tout au long de cet LP, et notamment sur « Everybody’s Saying Thursday’s The Weekend » et « Dear Future », deux plages absolument addictives abordées dans l’esprit… d’Oasis.

DMA’s fait grimper la tension au fil du long playing, grâce aux ensorcelants « I Don’t Need To Hide », « Fading Like A Picture » et « Jai Alai ». Si « Get Ravey » et « Forever » manifestent des moments d’accalmie, les pulsions rave reprennent progressivement le dessus en fin de parcours et tout particulièrement sur « Something We Are Overcoming » et le final « De Carle » qui adresse un clin d’œil au Jagwar Ma originel. Sans oublier « Something We Are Overcoming », au cours duquel on retrouve ces sonorités électro si chères à New Order (NDR : le clip de ce single est disponible ).

 

The Cleopatras

Bikini Grill

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The Cleopatras est un quatuor féminin qui nous vient de Toscane, en Italie. Il avait ouvert le dernier festival ‘Roots & Roses’ de Lessines. Ses débuts remontent à 1998, et « Bikini Grill » constitue son cinquième elpee. Mais son premier, « Dame tu amor », il ne l’a enregistré qu’en 2008. En fait, jusqu’alors, il n’avait gravé que des singles et des Eps. Et puis, le line up s’est stabilisé.

Le son des Cleopatras est influencé par le punk, le garage rock, le pop punk, le glam, le surf, l'indie et la new wave ; des Ramones aux Cramps, en passant par Devo, Blondie, New York Dolls, Buzzcocks, etc., tandis qu'au niveau de l'attitude, ils sont inspirés par d'innombrables groupes et artistes féminins (Joan Jett, Bikini Kill, The Bangles, The Trashwomen, The GoGos, etc.) Le titre de ce long playing adresse d’ailleurs un clin d’œil au groupe de riot grrrl, Bikini Kill.

La formation aime les reprises. Dans le passé, elle avait adapté « Amoureux Solitaires » de Lio, « Can Your Pussy Do The Dog ? » des Cramps, « Real Wild Child » d'Iggy Pop et « Walk Like An Egyptian » des Bangles. Sur cet LP, elle propose trois covers. En l’occurrence, « You're Standing On My Neck » du band américain Splendora, « Maldito » de l'artiste mexicaine Jessy Bulbo et « Kiss Kiss Kiss » de Yoko Ono. C’est ce dernier titre qui est paru en single avant la sortie du long playing. Et la vidéo qui traite de l'amour, l'égalité des sexes, la redécouverte de l'art produit par les femmes et la paix, a été partagée sur les médias sociaux par Ono en personne.

Sur cet LP, le band opère cependant des incursions dans la dream pop (« The Unicorn »), le surf contemporain (« Laura Palms »), la new wave (en adaptant le thème de l'émission ‘MTV Daria’ dans un style réminiscent de Devo), le pop punk (« Cabot Cove ») ou même l’expérimentation, à l’instar du fameux « Kiss Kiss Kiss » ou de « Dai Dai Dai ». Il y a aussi de la place pour des questions plus sérieuses, comme l'autonomie des femmes (« We Strike ») et le paradigme bien connu du rock ‘féminin’ opposé au rock « masculin » (« We Don't Play Like Men »). Il y a aussi une dimension d'autodérision (le groupe plaisante sur le manque de préparation athlétique dans « (I'm) Fit Like Mick Jagger » et l'hypocondrie dans « Traveling Drugstore » …

Bjørn Berge

Heavy Gauge

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Déjà 15 albums et pas moins de 2 ‘Grammys’ décrochés par Bjørn Berge, qui est en quelque sorte devenu le héros du blues acoustique européen ! Le succès a peut-être mis du temps à se dessiner mais le Norvégien est aujourd’hui une véritable institution dans son pays comme hors de ses frontières. A l’aide de sa guitare à 12 cordes, qu’il joue en picking, il transcende le genre et s’est, cette fois, offert le service de quelques grands musiciens locaux pour concocter ce très beau « Heavy Gauge » rehaussé par ce timbre si particulier qui semble émaner d’outre-tombe (rappelant Sean Rowe voire Tom Waits, bien entendu). Son blues teinté d’un esprit rock indéniable et au groove étonnant (« Alone Again », « Rip Off ») vous fera passer 30 minutes de bonheur…

 

Roger Waters

Au sommet de sa forme !

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Lors de la tournée qui a suivi la parution de « Division Bell », le deuxième opus studio depuis le départ de Roger Waters, votre serviteur avait eu l’immense chance d’assister au show du légendaire groupe britannique Pink Floyd sur la plaine de Werchter où avaient été déposées pas moins de 250 tonnes de matériel pour un concert déjà très réussi d’un point de vue technologique.

Près de 30 années plus tard, arborant fièrement 79 piges, la pierre angulaire du Floyd se produisait au stade Pierre Mauroy, également baptisé Decathlon Arena, une structure située dans la bourgade de Villeneuve-d'Ascq, commune de la Métropole européenne lilloise.

Une belle manière de boucler la boucle et de mettre fin à une certaine forme de frustration qui rongeait votre serviteur depuis tant d’années…

En forme de vaisseau translucide, l’édifice est non seulement visuellement impressionnant, mais il offre également différentes configurations en fonction du type et de la taille de l’évènement.

Un constat, entre dénonciations des violences policières, crimes de guerre et discours de politiques véreux, le sergent Waters est loin de s’être assagi.

La météo n’est pas nécessairement de la partie en cette mi-mai. Le trublion anglais se voit donc offrir le luxe de se produire à huis-clos, grâce à un toit mobile de 7 600 tonnes qui peut être refermé en trente minutes, si nécessaire.

Waters et son team vont monter sur une scène en forme de croix revêtue d’écrans gigantesques comme autant de points cardinaux qui va permettre à tout un chacun de profiter du set de manière identique. Une belle prouesse technique à souligner ! Et ce ne sera pas la seule !

Les spectateurs se sont pressés en masse, essentiellement des quinquas et sexagénaires aux cheveux poivre et sel. Normal quand on sait que l’artiste a été un membre actif de Pink Floyd dès 1965, comme bassiste, dans un premier temps, et parolier, chanteur et leader ensuite, après a mise à l’écart du chanteur, guitariste et compositeur, Syd Barrett.

En voix off et sur l’écran, Roger Waters insiste pour que les téléphones soient éteints. Il met aussi en garde le peuple sur ses prises de position. Prière à ceux qui ne les apprécient pas d’aller ‘se faire foutre au bar’. La messe est dite !

Vers 20h30, l’artiste entame son tour de chant par un subtil réarrangement de « Confortably Numb ». Une version down tempo diamétralement opposée à l’originale. Une signature personnelle, épurée et très sombre à la fois, où s’emmêlent projections de gratte-ciels désertés et gens qui déambulent sous des grondements de tonnerre incessants. On relèvera aussi cet ensemble de chœurs puissants qui gravitent majestueusement et font oublier la mythique Fender de Gilmour et ses solos dont il a le secret.

Lors des dernières gammes de cette composition mythique, les hélices d’un hélicoptère vrombissent de part et d’autre du stade. Aucun doute ne subsiste, ce sont bel et bien les deuxième et troisième segments de « Another Brick in the Wall » qui retentissent sous un lit de bombardement de slogans (forcément) idéologiques, le tout relevé par des lumières rayonnantes particulièrement impressionnantes.

Entouré de Jonathan Wilson et Dave Kilminster (guitares), Joey Waronker (percussions), Gus Seyffert (basse), Jon Carin (claviériste, multi-instrumentiste), Robert Walter (orgue), Ian Ritchie (saxophone) et des choristes Amanda Belair et Shanay Johnson, l’ex-boss de P.F., affublé d’un t-shirt noir moulant, manifeste une énergie phénoménale, mais n’en oublie pas son combat primaire : dénoncer les faits les plus abjects et crimes commis par le pouvoir en place. Tout un programme !

Peut-être aussi se rend-t-il aussi coupable d’excès de zèle. Le public est venu pour apprécier un spectacle dans son ensemble et pas forcément pour entendre des discours moralisateurs toutes les cinq minutes.

Cette première partie privilégie également des titres plus personnels comme « The Powers That Be » ou « The Bravery of Being Out of Range » interprétés au piano, insufflant beaucoup d’émotion et de légèreté au set. Des titres aux relents tristement célèbres allant des manifestations et divers débordements policiers (de l’Afro-Américain George Floyd à l’Iranienne Mahsa Amini), aux prises de parole d’anciens présidents américains, de Reagan à Trump. Sans oublier Joe Biden, qui, selon le discours du maître de cérémonie, ne ferait que commencer. L’avenir lui donnera peut-être raison…

Autre moment hors du temps, lorsque, tout en finesse et avec une humilité non dissimulée, Waters s’épanche longuement sur son ami de longue date, Roger Keith Barrett, cofondateur et leader de Pink Floyd, mieux plus connu sous le pseudo Syd Barrett, disparu en 2006 des suites d’une longue maladie. Les musiciens du groupe ont mis un terme à sa collaboration en 1968 en raison de son comportement de plus en plus erratique, principalement dû à une importante consommation de LSD.

Waters lui porte encore aujourd’hui beaucoup d’amour et de respect. ‘On rêvait de vivre un rêve et on l’a vécu. Ça s’est un peu gâté par la suite. Comme mon mariage d’ailleurs’ s’exclame-t-il d’ailleurs sous les cris hilares du public. Véritable icône de l'histoire du rock, Pink Floyd lui a d’ailleurs rendu un vibrant hommage à travers notamment l’album « Wish You Were Here », un opus sorti en 1975.

Waters s’exécute la gorge serrée à travers le triptyque « Have a Cigar » suivi du séculaire « Wish You Were Here » ou encore l’intemporel « Shine On You Crazy Diamonds » alors que Barrett et les membres originels de Floyd sont projetés en filigrane. 

Le spectaculaire « Sheep » et surtout son mouton géant tient la vedette à lui seul en survolant les spectateurs. Une chanson lourde de sens dans laquelle RW pointe du doigt la couche sociale la plus basse, le prolétariat, et y démontre comment le peuple est exploité au sein d’une société capitaliste, ‘à peine conscient du malaise dans l’air’ (‘only dimly of a certain unease in the air’).

Le mouton, rentré dans la bergerie, sonne le glas d’une première partie qui a tenu en haleine même les plus perplexes.

Après une vingtaine de minutes d’un entracte fort mérité permettant tant aux musiciens qu’aux spectateurs de se réhydrater, le plus rock’n’roll des Anglais revient sur les planches, plus combattif que jamais, et affublé d’une longue veste noire en cuir de type gestapo tout en arborant fièrement le brassard ‘marteaux croisés’ de « The Wall ».

A la grande surprise, cette fois, c’est un cochon gonflable qui sort de sa basse-cour, animal issu de l’album « Animals ». On peut y lire aisément ‘Fuck the poor’ (‘on emmerde les pauvres’) et ‘Volez aux démunis, donnez aux riches’. Le mammifère s’en donne à cœur joie virevoltant au gré de son instinct et n’a que faire de cette énième provocation.

Le puissant et grandiloquent « In The Flesh » est alors interprété, toute guitare hurlante. Les marteaux marchent au pas de militaires sur les nombreux écrans floqués, signe du symbole fasciste.

Le chanteur, après s’être exclamé comme un goret, met un terme à ce (triste) spectacle par un tir de mitraillette en direction du public, ranimant aussi dans la mémoire collective le débat des armes à feu aux États-Unis.

Sublime, le show réserve encore des visuels hors du commun, comme sur ce « Run Like Hell » ponctué par une vidéo d’un raid aérien de 2007 à Bagdad, qui avait causé plusieurs morts, dont deux journalistes.

« Two Suns In The Sunset » (cette plage figure sur « The Final Cut », le dernier elpee du Floyd auquel il a participé), permet à Roger de remercier chaleureusement les trois personnes qui revêtent de l’importance dans sa vie : Bob Dylan, sa femme Kamilah Chavis, et son frère John, décédé il y a peu de temps.

L’apothéose de ce spectacle procède d’un medley issu de « Dark Side Of The Moon », le huitième album studio, soit un « Money » illustré par ses images de liasses de fric, de cartes de crédit, etc. et interprété par le guitariste Jonathan Wilson qui se consacre ici au chant, « Us and them » et ses flashs photos sur des visages issus du monde entier, qui finiront par s’unir plus tard dans la soirée, « Brain dammage » et enfin « Eclipse », comme si la lune allait éclipser définitivement le soleil…

Les titres sont mis en lumière par des synthétiseurs stellaires, des solos de guitare à faire pâlir David Gilmour et des faisceaux lumineux recréant ainsi petit à petit les pyramides symbolisant la pochette de l’opus paru en 1973.

Seul bémol au tableau, l’absence de l’inimitable « Great Sky In The Sky », un morceau très apprécié des aficionados. Pour la petite histoire, dans sa version studio, la voix est celle d’une jeune chanteuse de 25 ans, Clare Torry tentant d’improviser un chant pour la musique composée par Wright. Elle est ressortie du studio, convaincue qu’elle n’y était jamais parvenue…

En guise d’adieu, on aura droit à une reprise de « The Bar », suivie de « Outside the » au piano, alors que l’ensemble de l’équipe en profite pour siroter des shots que l’on devine fortement alcoolisés. Un moment de communion surréaliste, magique et fragile à la fois.

Après environ deux heures trente d’un spectacle à marquer au fer rouge, les musiciens et le natif de Great Bookham saluent le public généreusement sous tous les angles de la scène pour se diriger ensuite vers les coulisses tout en continuant de jouer comme s’il s’agissait d’une fanfare de rue. Les caméras suivent cette mise en scène jusqu’à que ce le drummer donne le clap de fin par un solo sur sa seule caisse claire tenue en bandoulière pour l’occasion.

Un Roger Waters au mieux de sa forme qui signe là sans doute un des plus beaux concerts auxquels votre serviteur ait pu assister…

Un homme aussi d’une grande dignité, contestataire dans l’âme, qui combat toutes les injustices de ce monde et tente d’utiliser sa notoriété pour faire changer le cours des événements.

Et enfin, un artiste qui est parvenu à mettre de côté, le temps d’une soirée, ses rancœurs envers David Gilmour tout en parvenant à se réinventer artistiquement.

 

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