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Catherine Graindorge

De l’élévation de l’âme par la poésie, l'amour et la musique… à la célébration de nos êtres chers disparus…

Sur son nouvel elpee, « Songs For The Dead », Catherine Graindorge communique une dimension métaphysique à son art. Basées sur un poème d'Allen Ginsberg et sur le mythe d'Orphée et Eurydice, les 8 nouvelles compositions révèlent un univers onirique, romantique et paradoxalement, à la fois sombre et éclatant de lumière. Un opus que la violoniste belge a réalisé en collaboration avec, entre autres, Simon Huw Jones, le chanteur du groupe culte And Also The Trees, qui a partagé la profondeur tellurique de sa voix et son inspiration lyrique. Un LP d'une touchante beauté, que l'artiste a présenté à Musiczine au cours d'une interview réalisée en collaboration avec l'émission WAVES.

Catherine, les lecteurs de Musiczine t'ont déjà découverte l'an dernier, lors de notre première interview, au cours de laquelle on a parlé de ton projet réalisé en compagnie d’Iggy Pop et du dernier opus de Nile On waX. On avait juste évoqué celui pour lequel on se rencontre aujourd'hui, qui s'intitule “Songs For The Dead”. Quelle est l'idée derrière ce projet ?

Cet album est une manière de célébrer les êtres chers disparus. Je l'ai construit autour d'un poème d'Allen Ginsberg, ‘A Dream Record’. Dans ce rêve, Allen Ginsberg raconte qu'il retrouve Joan Vollmer, la femme de William Burroughs. Elle est assise sur une chaise et ils discutent. Et puis, tout à coup, il voit sa tombe. Il se rend compte qu'elle est décédée. Et dans la réalité, effectivement, Joan Vollmer a été accidentellement tuée par William Burroughs, son mari. Ils étaient sous l'influence de stupéfiants et d'alcool et ont voulu jouer à Guillaume Tell. Il a tiré une balle de revolver sur un verre posé sur sa tête et il a mal visé. Ce qui m'a interpellée dans ce poème, c'est la question de la disparition subite. Que des événements peuvent basculer tragiquement en un instant. C'est une question qui me hante et m'interroge.

Et tu as voulu combiner ce drame et la mythologie ?

Cette femme qui, tout à coup, réapparaît, et ensuite, re-disparaît subitement, me rappelle le mythe d'Orphée et Eurydice. C'est l'idée de vouloir ressusciter les morts. Orphée va rechercher Eurydice dans les enfers, mais il ne peut pas se retourner s'il veut la ramener à la vie. Et malheureusement, il se retourne, et elle est perdue pour toujours. Mélanger ces deux histoires me semblait en harmonie.

Lorsque tu as eu l'idée de ce projet, c'était dans le cadre des Nuits Botanique...

Lorsque le Botanique m'a proposé une carte blanche, pendant un an, j'ai pu explorer de nouvelles pistes et réfléchir à un nouveau projet. J'avais envie de mettre en scène une figure féminine qui incarne Eurydice et Joan. En l'occurrence, moi. J'ai aussi souhaité incorporer un antagoniste, un homme qui soit à la fois la figure d'Orphée et de Ginsberg, cette figure masculine de la Beat Generation. J'avais envie d'une voix qui ait une dimension poétique, un peu théâtrale, capable d'alterner chant et ‘spoken word’. Mon conjoint, Elie, qui est un fan d'And Also The Trees, m'a fait entendre la voix de Simon Huw Jones et je me suis dit : ‘Oui, elle correspondra bien à mon univers. Simon possède cette dimension onirique...’

Et il affiche aussi un côté 'dark romantic'.

Oui, ça, d'office. Je vais toujours chercher des chanteurs 'dark romantic' (rires)…

Effectivement, on voit le lien avec Iggy Pop, Nick Cave, les Bad Seeds...

Pourtant, Iggy Pop n'est pas si 'dark' que ça... Il a quelque chose de très lumineux. Mais c'est vrai que Hugo Race et les autres... J'aime les personnages dark romantiques. Voilà...

Tu ne pouvais pas trouver mieux que Simon Huw Jones... En plus, il a participé à l'élaboration des paroles.

Oui, ça s'est fait de manière très naturelle. Quand je choisis quelqu'un je fais toujours confiance à mon intuition et souvent, mon intuition est plutôt juste. Que ce soit pour Simon Huw Jones, Iggy Pop ou Hugo Race, il n'y a rien à dire : c'était parfait.

C'est comme si les planètes s'étaient alignées.

Absolument ! C'était étonnant, la facilité avec laquelle Simon Jones a glissé ses textes sur mes musiques.  Comme si on était partis de zéro tous les deux. Je pense que son univers et le mien se combinent à la perfection.

C'est un peu comme un voyage rêvé en dehors d'And Also The Trees. On a la voix de Simon Huw Jones, mais placée dans un écrin musical complètement différent.

Oui, et pour compléter l'historique du projet, à l'issue de ma carte blanche, Paul-Henri Wauters, du Botanique, m'a proposé de jouer à Bozar dans le cadre des Nuits Botanique 2023. Et c’est devenu, d'une certaine manière, un 'try out', mais sous la forme d'un véritable concert, accordé dans une des salles les plus prestigieuses en Belgique. Les morceaux tels qu'ils avaient été construits à ce moment-là ont été utilisés comme 'démos' pour l'enregistrement de l'album.

C'est Pascal Humbert (NDR : un ex-16Horsepower impliqué chez Lilium et Détroit) qui joue de la basse et de la contrebasse. Comme Simon, c'est quelqu'un de très authentique...

Oui. Comme Simon, Pascal est très fidèle à ses idées, à sa conception de la musique et de la vie, également. Tous deux préfèrent aller travailler la terre ou s'occuper d'animaux, plutôt que de coopérer à des projets qui ne les amusent pas du tout...

Et tu as aussi reçu le concours de Simon Ho.

Oui. Simon Ho est un Suisse allemand qui vit à Bruxelles depuis pas mal d'années. On vit dans la même rue. C'est ainsi qu'on s'est rencontrés. C'est un pianiste, compositeur et claviériste formidable. Tant sur le plan humain qu’artistique. Je joue beaucoup avec lui. Comme sur « Eldorado », mon album précédent. Et puis, j'ai aussi convié mon compagnon, Elie, qui joue de la batterie sur deux morceaux et, enfin, ma fille aînée, qui chante sur « Eurydice » et « Time is broken ».

Oui, c'est Lula ! J'avais une question assez abrupte. Pourquoi cet intérêt pour la mort ?

Ce n'est pas un intérêt pour la mort. Disons que c'est peut-être...

Une obsession ?

Oui, c'est une obsession. Elle me hante, en fait, depuis toujours. Moins de manière angoissée aujourd'hui que quand j'étais plus jeune. Mais je ne me ferai jamais à cette absurdité, le fait de perdre quelqu'un qu'on ne reverra plus jamais.

Des êtres chers ?

Oui, je ne m'en remettrai jamais. Et donc, qu'est-ce qu'on peut faire ? L'idée n'est pas d'attendre que le temps passe pour oublier et panser ses plaies, comme on le conçoit dans nos sociétés occidentales. Je pense, au contraire, qu'il faut réserver une place pour les défunts, afin qu'ils puissent nous accompagner dans nos vies et ce, de manière joyeuse et apaisée. Je suis très attachée aux traces laissées et à la transmission.

Et donc, il y existe cette dimension, on va dire, un peu tragique dans ta musique. J'avais imaginé le terme 'Tragic Ambient' pour la décrire. Qu'en penses-tu (rires) ?

Oui, pourquoi pas ?

Parce qu'il y a ce côté mélancolique, auquel je suis particulièrement sensible. Mais, il y a aussi ce côté lumineux. L'idée que l'on va aller chercher une expérience qui, à l'origine, est négative, et qu’ensuite, on essaie de la transmuter pour en concevoir quelque chose de beau. C'est un processus alchimique que l'on rencontre au sein de la littérature 'dark' et dans la musique 'dark' en général. Chez Nile On waX, on détecte cette touche cosmique, surtout dans l'album « After Heaven ». Pour tous ces projets, on retrouve cette dualité entre le yin et le yang, entre le dark et le light. Est-ce que ça te parle ?

Oui, complètement. Je serais malheureuse qu'on me dise : ‘Ton album est complètement plombant et dark’. Même si le titre peut sembler un peu lourd, j'ai justement choisi comme pochette une photo de moi que j'ai retrouvée chez ma mère, où l'on me voit, petite fille, jouant de la trompette dans un jardin, en Provence, à côté d'une chaise vide. Je trouvais qu'il y avait une symbolique lumineuse puisque la photo baigne dans le halo d'un soleil éclatant. Pour moi, le mot-clé, c'est l'élévation. S'élever...

Ça élève l'âme.

Oui. On retrouve également ce concept dans la musique classique.

Dans le « Requiem » de Brahms...

Oui, le « Requiem » de Brahms, je vois que tu n'as pas oublié... (rire)

… que tu écoutais avec ton ami allemand lorsque tu étais plus jeune...

Bravo (re-rires) ! Et puis il y a également Bach. Par exemple, la « Matthäus-Passion », la Passion selon St-Matthieu. C’est magnifique ! Ou les oratorios. Il existe une dimension métaphysique dans tout cela. Sans être croyant, on peut y voir le mystère de la vie. C'est l'idée que l'on ne saura jamais, que l'on n’aura jamais de réponse, mais qu'on essaie de vivre, avec nos petits corps d'êtres humains, un peu comme des petits cloportes. En tant qu'humains, on essaie de s'élever par la poésie, par l'amour, par la musique...

Catherine, merci beaucoup. Et une fois de plus, bravo pour ce magnifique album, « Songs for the Dead ». On a attendu presque un an, mais cette attente valait la peine parce que le résultat est magnifique. Faisons un petit coucou en passant à Koen et à An Pierlé, qui ont participé à l'enregistrement.

An a participé avec son sourire et son magnifique accueil mais sinon, c'est Koen Gisen qui a enregistré et mixé.

Oui, au Studio La Patrie, à Gand !

Tout à fait !

Merci beaucoup Catherine et à bientôt.

À bientôt.

 

Catherine Graindorge jouera « Songs For The Dead » en concert :

-          le 8 mai à Liège, au Reflektor

-          le 9 mai, à Gand, au Palmarium, dans le cadre du Festival Democrazy

-          le 12 mai, à Den Haag, au Paard.

Simon Huw Jones participera aux 3 concerts, ainsi que Simon Ho et, à la basse, Cyrille de Haes. Une date bruxelloise est prévue en septembre au Beursschouwburg.

Pour écouter le titre « Joan », c'est ici

Pour acheter « Songs For The Dead » sur le site du label, tak:til/Glitterbeat, c’est et sur Bandcamp, cliquez sur le nom de l’artiste dans le cadre ‘Informations complémentaires’ ; vous y retrouvez les liens vers les réseaux sociaux ainsi que les articles qui ont été consacrés à Catherine Graindorge, dont une interview accordée en 2023. 

Scott Hepple

Ashes to Wildflowers

Écrit par

 Scott Hepple and the Sun Band

Issu de Newcastle, en Angleterre, Scott Hepple and the Sun Band est une formation de rock psyché dont les références ultimes sont puisées chez d’illustres rockeurs comme Black Sabbath ou Neil Young mais aussi le plus ‘moderne’ Ty Segall. Son premier elpee, « Ashes to Wildflowers », a été enregistré dans les studios de Duncan Lloyd (leader de Maxïmo Park) par le producteur américain Carl Saff (vu aux côtés de Sonic Youth, Ty Segall, J. Mascis) et il met en exergue des sonorités psyché, blues, rock et folk comme aux meilleurs moments des années 70. La voix ressemble parfois à celle de Jack White mais surtout Neil Young et le tout est parfaitement vintage jusqu’à la production analogique qui devrait faire des ravages sur vos platines.

Podcast # 16 émission Inaudible (cliquez sur le logo ci-dessous)

Shake Shake Go

L’écriture est directement liée à l’environnement dans lequel nous évoluons…

Écrit par

Poppy Jones, Virgile Rozand (guitare) et Kilian Saubusse (batterie) ont posé leurs valises le temps d’une soirée au sein d’un quartier très populaire du cœur lillois, le Moulins et Wazemmes, et plus précisément à la Bulle Café, un endroit, certes atypique, mais qui ne manque pas de charme et surtout, s’illustre par une franche convivialité.

Alors qu’au début de leur carrière, ils se produisaient dans la rue ou des pubs miteux, progressivement, ils commencent à assurer des premières parties, au Royaume-Uni, puis en France, et notamment pour James Blunt et Rodrigo y Gabriela. Shake Shake Go commence à percevoir le bout du tunnel...

En 2015, il décroche un hit : « England Skies ». C’est même le tube de l’année. Impossible de passer à côté de ce titre à la mélodie imparable, devenu disque de diamant.

Après avoir sorti « All In Time », en 2016 et « Homesick », en 2018, la formation grave son troisième opus, « Double Vision », « en octobre 2023.

Avant le concert, Poppy, rousse et solaire, s’est prêtée, de bonne grâce, au jeu des questions et réponses…

Plus organique, « Double Vision » paraît cinq années après « Homesick » et huit ans après « All in time ». Ressentiez-vous le besoin de vous octroyer une pause ou s’agissait-il du temps nécessaire pour le réaliser ?

Nous ressentions effectivement le besoin de nous accorder une pause. Pas mal de choses ont changé au sein du groupe durant ces années. Il fallait que nous prenions le temps de concevoir un album qui nous permette d’évacuer nos sentiments les plus profonds. Et puis, il y a eu cette période COVID qui n’a pas facilité les choses. A vrai dire, je crois que c’est la première fois que je peux me lâcher autant dans l’écriture des chansons. Mes camarades partagent la même constatation. Très objectivement, cet album est sans doute le plus sincère que nous ayons réalisé.

L’opus a été composé à Brighton et au Pays de Galles, ensuite en Espagne et en France. Deux climats, deux ambiances, qui ont inspiré l’écriture des compos puisqu’elles abordent des thèmes liés à la tristesse et de la colère, d’une part, le bonheur et la liberté, d’autre part. Les chansons sont-elles liées à l’intime et dépendent-elles toujours de l’environnement dans lequel vous évoluez ?

Oui, sans doute que l’environnement dans lequel nous vivons influence notre façon de composer. Lorsque nous avons débuté la phase d’écriture, nous séjournions à Brighton avant de nous installer quelque temps en France, soit des régions climatiquement froides. Ce qui a déteint sur notre inspiration. Puis nous avons mis le cap vers l’Espagne, où nous avons commencé à créer des morceaux positifs. Donc, oui, je crois que l’écriture est directement liée à l’environnement dans lequel nous évoluons...

Ce voyage a d’abord été une aventure humaine, j’imagine ?

Oui, bien sûr. C’était une belle expérience. Nous étions dans une bulle et rien ne pouvait nous atteindre. Durant ce périple, nous nous sommes complètements lâchés. Le plus bel exemple est l’Espagne, ses plages et ses boissons. Pour la petite histoire, lors de notre premier concert là-bas, nous étions tellement bourrés que nous n’avons pu jouer (rires). Ce voyage reste avant tout une aventure humaine.

Ce disque s’avère très solaire. Il est à ton image ?

Oui, absolument. C’est le plus solaire des trois. Plus jeunes, nous écoutions des groupes comme Mumford & Sons et The Lumineers. Au fil du temps, nos goûts ont évolué et nous nous intéressons désormais à des genres différents. C’est une évolution qui s’est manifestée tout à fait naturellement. La musique que nous jouons maintenant est celle qui nous correspond aujourd’hui.

« All In Time » était orienté folk, « Homesick », taillé pour le live, dans quelle catégorie places-tu « Double Vision » ?

Nous n’avions pas de plan préétabli, lorsque nous avons composé « Double Vision ».

On peut dire que cet opus est cathartique. Thérapeutique également car nous venions de vivre des événements difficiles au sein du groupe et nous ressentions le besoin de se confier à notre public.

Tiens, au fait Poppy, tu es d’origine galloise alors que les membres qui t’accompagnent, eux, sont français. « Double Vision » sonne aussi bien anglais que français. Y a-t-il une coïncidence ?

C’est la première fois que l’on me pose cette question en interview. Il s’agit effectivement d’une coïncidence, le titre du disque a été choisi pour les atmosphères très différentes qu’il libère. Aussi, lors des prochaines interviews, je pourrais annoncer que c’est pour ce côté franco-gallois que nous avons choisi de l’intituler « Double Vision » (rires).

D’un quintet à ses débuts, le line up du band a été réduit à un trio. Est-il difficile de maintenir le paquebot à flots, malgré la défection de certains de ses matelots ?

Toby (Barnett) a quitté le groupe volontairement car il n’aimait pas trop partir en tournée. Il vivait, en parallèle, une autre passion et souhaitait s’y investir pleinement. Mais, nous sommes restés de très bons amis. Quant à Marc (Le Goff), les circonstances sont différentes ; mais je préfère ne pas m’étendre sur le sujet, si tu le permets, tant par respect pour lui que pour nous. Je conclurai simplement en disant qu’aujourd’hui, la formule fonctionne et j’espère que cette symbiose continuera encore et encore durant de longues années.

Je suppose que cette recomposition a nécessité des modifications dans la manière d’appréhender les morceaux ?

L’ancien répertoire a nécessité une adaptation afin de pouvoir les jouer en ‘live’. Ce soir, nous sommes accompagnés par deux musiciens additionnels, au clavier et à la basse. Nous procédons de la même manière lors de chaque tournée. Ce sont de jeunes artistes talentueux. Nous avons simplement travaillé quelque peu sur les arrangements. Mais, si nous avions dû bosser sur une setlist de trois heures, sans doute que les conditions auraient été différentes.

Mais au fond, cette formule n’offre-t-elle pas aujourd’hui davantage d’espace de liberté au sein du groupe ?

Au début, Marc et moi écrivions les paroles. Si le socle s’est aujourd’hui réduit, l’écriture des textes est plus aisée car il y a plus de dialogue et de cohésion. Personne ne revendique le monopole comme nous avions pu le rencontrer précédemment. Tout le monde a aujourd’hui trouvé sa place. C’est beaucoup mieux ainsi.

Vous avez créé votre propre label. Est-ce, finalement, la seule manière de garder une certaine indépendance artistique ?

J’ignore s’il s’agit de la seule manière de préserver l’indépendance artistique. Tout dépend de la liberté que ton label t’accorde. Nous voulions prendre cette direction. Il s’agit d’un nouvel album et donc une nouvelle orientation au sein du groupe. L’opportunité s’est présentée et nous l’avons saisie. Nous gardons ainsi notre libre arbitre, sans aucune contrainte extérieure. Nous avons davantage de latitude dans le choix de nos chansons. Pour être tout à fait complète, nous avons eu la chance que notre label précédent ne de nous impose pas trop de contraintes et le remercions vraiment pour les opportunités qu’il nous a offertes. Disons que ce nouveau disque est un nouvel exercice dans lequel nous nous essayons. C’est amusant !

Vous avez clippé l’une de vos chansons en compagnie de Noreen Riols, agent secret durant la seconde guerre mondiale. Elle transmettait les messages personnels codés à la BBC. C’est d’ailleurs elle qui a communiqué le célèbre message : ‘les carottes sont cuites’. Qu’est-ce que cette rencontre t’a apporté ?

C’est une rencontre tout à fait fortuite. Nous recherchions une maison à Paris qui avait un look anglais. Quelqu’un nous a signalé que sa grand-mère possédait ce style de bien. Nous sommes allés chez elle et nous lui avons parlé de notre souhait. Elle nous a dit être une femme importante. Et justement comme la thématique de la chanson traite de l’importance et de la puissance d’une femme, nous l’avons naturellement intégrée dans le clip. Nous sommes ravis de l’avoir fait.

Souvent les groupes sollicitent des artistes confirmés pour la réalisation de l’artwork. Celui de l’album est une photo prise par une fille que vous avez rencontrée il y a quelques années lors d’un concert. Chez Shake Shake Go, il existe toujours ce côté relationnel…

C’est exact ! Nous sommes restés en contact et elle a bien grandi depuis. Elle a déménagé au Royaume-Uni. Elle nous a sollicités et s’est rendue à Brighton pour prendre quelques clichés. Puis nous avons choisi celui qui a servi pour la pochette. Pour réaliser la vidéo de « Blackbird », un titre issu de « Homesick », c’est aussi une fille que nous avions rencontrée qui a clippé le morceau. Donc, oui, effectivement, le groupe cultive cet aspect relationnel. C’est tellement agréable de rencontrer les gens lors de nos concerts. Et idéalement, nous essayons de travailler avec des personnes que nous côtoyons et avec lesquelles il se noue de réelles affinités. Dès lors, nous avons beaucoup d’amis. Un autre ami nous filme également dès qu’il en a l’opportunité. C’est vraiment cool et ça donne un petit côté fédérateur.

Vous avez commencé à jouer dans la rue et dans les pubs miteux. Aujourd’hui, vous bénéficiez d’un succès populaire et critique. Comment le gérez-vous aujourd’hui ?

Très honnêtement, je l’ignore. Il faut continuer, c’est essentiel. Nous avons la chance de jouer et de tourner. Je crois que nous ne devons pas penser uniquement au succès. Si vous aimez quelque chose profondément, ne vous arrêtez pas. Il y a toujours des moments difficiles dans la vie d’un groupe. Le COVID en a été un, de toute évidence.

Ta mère est décédée d’un cancer de l’ovaire il y a environ deux ans. Tu es aujourd’hui marraine de l’organisation Target Ovarian ? Pourrais-tu nous en parler ?

A travers la maladie de ma mère, j’ai réalisé que ce genre de cancer frappait beaucoup plus de femmes que l’on ne pense. La difficulté majeure dans cette maladie, en particulier, est que les symptômes ne sont pas toujours pris au sérieux par le monde médical. C’est le cas de ma maman. Elle s’est rendue à cinq reprises chez son médecin qui a prétendu que sa maladie était imaginaire. Elle ressentait pourtant de vives douleurs dans le bas du ventre, se sentait ballonnée et perdait l’appétit. Si nous avions su de quoi il s’agissait, ma mère aurait été prise en charge efficacement. Je souhaite donc lever des fonds afin de faire connaître ce cancer et inciter les femmes à s’en préoccuper davantage. Ce cancer pris tardivement a des conséquences désastreuses. Je pense aussi que la santé des femmes est sous-évaluée et manque de financement. Ce soir, au stand merchandising, on mettra à disposition des brochures susceptibles de sensibiliser un maximum de monde et j’invite celles et ceux qui le souhaitent à y déposer quelques pièces. Merci à toi aussi d’avoir soulevé ce sujet.

Je me souviens d’une émission de ‘Taratata’ au cours de laquelle tu avais chanté en français en compagnie du groupe Pony Pony Run. Tu avais déclaré, à l’époque, ne pas maîtriser la langue. Et depuis ?

Oui, les choses ont évolué ; mais il m’est impossible aujourd’hui de réaliser une interview en français (rires). Pour m’aider, j’ai téléchargé une application qui permet de la pratiquer plus facilement. Dernièrement, j’ai participé à un podcast en français durant une heure et je me suis dit : ‘Oh, mon Dieu, qu’est-ce que je suis stupide’. Je comprends pas mal de mots, mais je dois parler lentement sinon ça devient vite compliqué.

Est-ce que tu vis en France actuellement ?

Oui, nous visons actuellement en France, mais nous nous déplaçons régulièrement. J’espère que d’ici la fin de l’été, je vivrai à Paris pour de bon.

Lors des promos ou showcases, il vous arrive d’interpréter des versions acoustiques de vos compos. C’est un exercice alternatif qui colle bien au groupe. Pourriez-vous imaginer un long playing reprenant vos meilleurs titres sous cet angle ?

Très franchement, je n’y avais jamais pensé. Tu as une excellente idée. Nous avons enregistré quelques pistes acoustiques, il y a quelque temps. Les gens aiment que l’on revisite des morceaux sous une forme différente. Nous avons eu des réactions positives lors de nos concerts. Peut-être donc consacrerons-nous le prochain album à des versions acoustiques ; qui sait ?

Une chanson s’intitule « Safe Space ». Quel est ton endroit ‘sécure’ ?

C’est lorsque je suis de retour au Pays de Galles. J’y retrouve la campagne, la maison familiale, mon père, ma sœur et ses deux enfants même s’ils sont turbulents, sans oublier mon chat. Quand je rentre chez moi, je me tape les corvées ménagères et je suis au fourneau ; ce qui est très vite éreintant, mais j’adore ça. Lorsque je suis à la maison, je redeviens l’enfant que j’étais et j’oublie tout. Mais profondément, c’est mon endroit ‘sécure’…

Photo ©shooting_concerts

Mr. Big

Tout y était : la puissance, l’intensité, l’attitude, l’énergie et la virtuosité…

Écrit par

L’Ancienne Belgique est configurée en mode Ballroom pour accueillir le supergroupe californien de hard rock, Mr. Big. Sous cette configuration, les places assises et les balcons sont condamnés par une tenture (NDR : de couleur rouge), et la capacité de la salle est réduite à1350 personnes. La formation américaine opère sa tournée d’adieu baptisée ‘Big Finish Tour’.

Il y a plus de trente ans, le band livrait son album emblématique, « Lean Into It », un œuvre qui recelait son méga-hit atypique, « To Be With You », au milieu d'une collection de classiques du hard rock qui constituent la base de son excellente réputation en concert.

Le décès du drummer Pat Torpey, en février 2018, a plongé le groupe dans une période de deuil, une sorte de léthargie hivernale, dont ils se sont réveillés pour accorder un dernier périple. Remplacer Torpey s'est avéré être un défi, car il jouait non seulement de la batterie, mais se chargeait aussi des chœurs. Le band a déniché un replaçant ; en l’occurrence Nick D'Virgilio, ancien batteur de Big Big Train, Tears for Fears et Spock's Beard.

Outre le nouveau préposé aux fûts, le line up implique le guitariste Paul Gilbert (ex-Racer X), le bassiste Billy Sheehan (ex-David Lee Roth, ex-Tony McAlpine) et le chanteur Eric Martin (ex-Eric Martin Band).

Le supporting act est assuré par le guitar hero, Jared James Nichols. Originaire du Wisconsin, ce maestro du blues/rock à la voix très soul est un virtuose de la 6 cordes électrique. Ce géant (NDR : il doit, au moins, mesurer 2 mètres) est soutenu par un bassiste et un batteur qui se sert du kit de la tête d’affiche.

Dès qu’il grimpe sur les planches, Nichols salue le public, puis entame « Easy Come, Easy Go », un morceau particulièrement entraînant qui fait hurler la foule.

Il embraie par, « Down the Drain », une compo plus mélodique, rappelant Soundgarden, mais en plus bluesy. « Hard Wired » s’enfonce dans le grunge, se réservant, cependant, des parties davantage harmonieuses. Non seulement Jared est époustouflant sur sa gratte, mais il se montre très interactif auprès du public. Et il achève sa prestation par « Mississippi Queen », une cover de Mountain… (photos Romain Ballez ici)

Setlist : « Easy Come, Easy Go », « Down the Drain », « Hard Wired », « Threw Me to the Wolves », « Skin 'n Bone », « Good Time Girl », « Mississippi Queen » (Mountain cover)

Pendant que la reprise du « Blitzkrieg Bop » des Ramones s’échappe des haut-parleurs, les membres du quatuor s’installent. Le drummer, Nick D'Virgilio, prend place en retrait, sur une haute estrade. Au-dessus de lui un énorme écran a été accroché, sur lequel le patronyme du groupe est frappé en lettres jaunes et rouges.

« Addicted To That Rush » ouvre les hostilités. C’est un extrait de l’elpee éponyme, paru en 1989. Dur, impitoyablement groovy et serré comme la courroie d'entraînement d'une toute nouvelle moto japonaise, il libère une énergie rock pure. « Take Cover » (« Hey Man » - 1996) semble retrouver une seconde jeunesse. Eric Martin évoque le regretté Pat Torpey et demande à Nick D'Virgilio de jouer à la manière du regretté Pat. Message reçu 5 sur 5 ! D'Virgilio s'avère être un digne remplaçant tant dans la puissance que la sauvagerie de sa frappe des fûts.

Après « Price You Gotta Pay » (« Bump Ahead » - 1993), la formation s’attaque au long playing « Lean Into It », qu’il va dispenser dans son intégralité. Tout au long de « Daddy, Brother, Lover, Little Boy (The Electric Drill Song), » Sheehan passe une perceuse sur ses cordes pour les faire vibrer. Ce qui explique d’ailleurs le sous-titre, entre parenthèses, ajouté dans le libellé du morceau. Outre le super riff et une rythmique solide posée sur un tempo enlevé, le duo guitare/basse est impressionnant. Et techniquement les musiciens sont irréprochables. Leurs solos relèvent de la virtuosité. Pendant « Alive And Kickin' » (NDR : non, ce n’est pas une reprise de Simple Minds ; celle du groupe écossais s’intitule « Alive and kicking »), ça rocke, ça swingue et ça groove. Sans oublier les mélodies envoûtantes et les chœurs raffinés.

Sheehan empoigne ensuite une double- basse qu’il ne quittera plus. Au sein de la setlist, la formation intercale quelques reprises intéressantes. Dont le tendre « Wild World » de Cat Stevens, au cours duquel Eric se sert d’une semi-acoustique. Ce sera la seule fois de la soirée.

L’adrénaline remonte ensuite et Paul Gilbert (NDR : très élégant en costume/cravate, on avait parfois l’impression qu’il allait prêcher au coin de la rue) s’autorise un solo plein de références astucieuses, dont une au thème principal du film ‘Rocky’, « Gonna Fly Now », exécute un solo magique avant que Billy Sheehan ne lui emboîte le pas.

Pendant « To Be With You », le moment attendu par l’auditoire, tous les iPhones sont allumés pour immortaliser ce hit planétaire, joué en ‘live’ ! Et le public est aux anges lorsque le quatuor s’attaque aux tubes « Green-Tinted Sixties Mind » et « Just Take My Heart ».

Avant de livrer sa version du « Good Loving » de The Olympics, les musicos échangent leurs instruments : Gilbert siège derrière les fûts, Virgilio s’empare de la guitare, Martin de la basse et Sheeham se consacre au micro.

Le concert s’achève par la reprise énergique du « Baba O'Riley » du Who. Mr. Big porte bien son nom. 120 minutes de show au cours duquel tout y était : la puissance, l’intensité, l’attitude, l’énergie et la virtuosité… (photos Romain Ballez )

Setlist : « Blitzkrieg Bop » (cover Ramones), « Addicted To That Rush », « Take Cover », « Price You Gotta Pay », « Daddy, Brother, Lover, Little Boy (The Electric Drill Song) », « Alive And Kickin' », « Green-Tinted Sixties Mind », « CDFF-Lucky This Time » (Jeff Paris cover), « Voodoo Kiss », « Never Say Never », « Just Take My Heart », « My Kinda Woman », « A Little Too Loose », « Road To Ruin », « To Be With You », « Wild World » (Cat Stevens cover), « Guitar Solo », « Colorado Bulldog », « Bass Solo », « Shy Boy » (Talas cover), « 30 Days In The Hole » (Humble Pie cover), « Good Lovin' » (The Olympics cover) (Band swaps instruments), « Baba O'Riley » (The Who cover).

(Organisation Biebob et Live Nation)

 

Ways Around Festival 2024 : dimanche 24 mars

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Cette année, le Ways Around Festival célèbre sa troisième édition. Ce festival propose des artistes nouveaux et alternatifs. Chaque jour, une salle de concert bruxelloise différente sert de décor. La première journée s’est déroulée ce vendredi 22 mars, au BAMP (abréviation de Brussels Art Melting Pot) de Schaerbeek.

La deuxième a élu résidence au Reset, un espace éphémère de 5 000 mètres carrés dévolu à la Culture (il s’agit de l’ancien siège de la banque Dexia ; et il doit devenir le futur siège de la police locale de la capitale européenne). Il est situé à deux pas de la Gare Centrale.

Enfin, la troisième est programmée au Grand Salon du Botanique et accueille trois groupes : The Guru Guru, Lysistrata et Stonks. Compte-rendu.

Stonks ouvre les hostilités dès 18h30. Fondé en 2021 par quatre musicos attirés par la création originale et alternative, Stonks est un groupe indé bruxellois. Il s’inspire du rock, du jazz, du brouhaha désinvolte, des valses fracturées, de tous types de musiques pour aficionados aux cheveux longs, et surtout par la nouvelle scène post-punk anglaise dont, entre autres, Squid, Shame et Viagra Boys. Son premier Ep 4 titres, « Class Craic », est sorti en septembre 2023.

A premier abord, la musique peut paraître brouillonne. Sonorités de basse, de guitare et de trompette semblent se télescoper. Mais progressivement, on se rend compte que l’ensemble, quoique bruitiste, tient relativement bien la route. Les interventions à la trompette apportent une belle touche jazzy. Expérimentales, les compos s’enfoncent même, parfois, vers une certaine forme de jazz/rock institué par Frank Zappa et perpétué par son fils Dweezil. Le band se distingue par une excellente présence scénique. Et rien n’arrête les musicos, car malgré un problème technique, ils continuent à jouer. Le set atteint son point d’orgue lors de l’avant-dernière compo, « Sparkling/Still », un morceau qui s’achève par un long instrumental hypnotique et légèrement psyché...

Setlist : « Stuntman », « Six », « Bunker », « Four », « Dash Cam », « Lies », « Sparkling/Still », « Minesweeper »

C’est à Saintes, en 2013, dans le département de la Charente-Maritime, qu’est né Lysistrata. Issus de milieux musicaux radicaux, Ben Amos Cooper (batterie, chant), Theo Guéneau (guitare) et Max Roy (basse) ont commencé à jouer ensemble très jeunes.

A son actif trois elpees : « Breathe In, Out » (2019), « Park » (2022) auquel a participé Frànçois and The Atlas Mountains et « Veil », paru ce 1er mars 2024. Un album qui a bénéficié de la mise en forme du New-Yorkais Ben Greenberg (Metz, Beach Fossils). Et c’est ce long playing que la formation est venue défendre ce soir.

Sur les planches, Ben en est manifestement le leader. Son kit de batterie est installé sur une estrade en avant-scène. C’est également lui qui se réserve le micro.

La musique de Lysistrata agrège post grunge, post hardcore et noise rock, dans l’esprit des Canadiens de METZ (NDR : c’est manifeste sur l’intense « Death By Embarrassment »), tout en affichant une spontanéité propre à sa jeunesse. Encore que sur certains titres on ne peut s’empêcher de penser aux débuts de Foals et même parfois aux Deftones.

Le combo va nous balancer 12 titres en 45 minutes. Marquées par une guitare tranchante et découpées par une section rythmique efficace, les mélodies sont puissantes. Souvent le changement de tempo intervient en fin de morceau. Si l’on retrouve bien la furie explosive ainsi que la rythmique singulière des titres de l’elpee, toujours menés par une guitare en roue libre, la place est ici davantage laissée à la basse et à un chant plus présent. Le concert est excellent. Le meilleur de la soirée. Résultat : le public danse...

Setlist : « Intro », « Death By Embarrassment », « Feel The Shine », « Livin It Up », « Horns », « See Thru », « Acid To The Bur », « Different Creatures », « Trouble Don't Last », « Boot On A Thistle », « Okay », « Rise Up »

The Guru Guru clôt la soirée. Formé en 2012 à Hasselt, il implique le leader et chanteur Tom Adriaenssens (Tom The Bomb), le drummer Siemon Theys, les guitaristes Jan Viggria et Emiel Van Den Abbeele ainsi que le bassiste Brent Mijnendonckx. Les références du band oscillent de Queens Of The Stone Age à Radiohead, en passant par SOULWAX, The Mars Volta, Andy Kaufman, METZ, Père Ubu, Deerhoof et The Jesus Lizard. Paru l’an dernier, son troisième opus, « Make (Less) Babies », se distingue par son approche organique. Et pour cause, autoproduit, il a été enregistré en live sans concessions ni artifices. En outre, les textes reflètent son engagement en faveur de l'écologie tout en fustigeant la société de consommation. Et c’est au sein de cet LP que le combo va puiser une majorité de sa setlist.

Le frontman arbore un beau pyjama et est chaussé de charentaises ; et dès le premier morceau : « Lemon‐Aid, Lemon‐Cello (Bear dance) », il nous balance des morceaux de citron. Pendant « Make Less Babies », des préservatifs. C’est le titre maître du nouvel opus dont le fil conducteur repose sur la façon dont nous détruisons peu à peu la planète et surtout le fait que nous la dégradons, tout en étant parfaitement conscients des conséquences de tous nos actes. La solution ? Faire moins d’enfants !

Tom The Bomb est en très grande forme. Totalement déjanté, il grimace et déclame ses textes avec verve.

Morceau remarquable, « Saint-Tropez » constitue la parfaite illustration du savoir-faire mélodique du band et reflète son humour souvent à la limite de la gêne, voire du désespoir : ‘We’re gonna have to sell the house, We’re gonna have to sell the house in Saint-Tropez, ’Cause we’ve got bills to pay up here’ (Trad : ‘Il va falloir vendre la maison, Il va falloir vendre la maison à Saint-Tropez, Parce qu’on a des factures à payer ici !’). A l’instar du groupe gantois Raketkanon, The Guru Guru parvient à faire monter d’un cran l’intensité à travers « Lotta Tension ». Epatant !  

Délaissant la tradition punk/noise des débuts du groupe, les deux guitaristes de The Guru Guru nous réservent des parties de guitare remarquables alors que la section rythmique est implacable.

Votre serviteur a adoré. A l’année prochaine !

Setlist : « LemonAid, LemonCello (Bear dance) », « Jack Shit/Jackpot », « (In) Snakes & Ladders (Stakes Don't Matter) », « In 2073 (Plenty of Other Fish in the Sea) », « Skidoo », « Lotta Tension », « Saint-Tropez », « Not Awake (The Baseballs) », « Joke's on You (Under Over) », « Origamiwise », « Make Less Babies », « Mache », « Honestly (I Don't Feel Like Dancing) », « Back Door ».

(Organisation Ways Around Festival)

Lescop

Des arrangements musicaux précis et une mise en scène visuelle efficace…

‘Ça fait longtemps !’, confie d'emblée Lescop au public venu assister à sa prestation, ce soir, au Botanique. En effet, son dernier concert au centre culturel remonte à 2013 ! C’est même à cette date qu’il avait accordé une interview à Musiczine (à lire ou à relire ici).

Pour être précis, le chanteur français visite la capitale de l'Europe pour la 5ème fois. D'abord, en 2012, en première partie de Daniel Darc, dans le cadre des Nuits Botanique et, rebelote quelques mois plus tard, au sein de la Rotonde. Dès 2013, à nouveau, lors des Nuits et enfin, en 2017, au cours du regretté BSF (Brussels Summer Festival).

Ce soir, il revient après un long hiatus, qu'il a mis à profit pour changer d'air après avoir subi les aléas d'un succès un peu trop rapide. Selon ses déclarations, il a apprécié son rôle d’acteur (sa première passion), écrire des scénarios et former un projet 'rock/glam', baptisé Serpent. Cette période lui a aussi permis de changer de maison de disque. Adieu, le label ‘Pop Noire’ de ses amis Johnny Hostile et Jenny Beth et bonjour Labréa Music / Wagram Music / Turenne Music.

Pour rappel, Lescop est le pseudo de Matthieu Peudupin. Lescop, c’est le nom de famille de son arrière-grand-mère bretonne. Ex-chanteur du groupe punk rochelais Asyl, il a développé, en solo, un style de ‘pop française' fortement inspiré des années '80. Une ‘pop noire’ qui a fait mouche dès son premier hit, le lumineux "La Forêt", et son album éponyme, dont la musique célébrait un mariage parfait entre Daho, Taxi Girl et Indochine, tout en empruntant des accents à The Cure, Joy Division et The Velvet Underground.

Ce soir, le retour s’opère dans l'intimité de la salle du Museum, au Botanique. L'artiste vient y présenter son tout nouvel elpee, “Rêve Parti”, réalisé en coopération avec le musicien-producteur Thibault Frisoni (comparse de Bertrand Belin).

Après une courte introduction, le très beau "Elle" ouvre efficacement le concert. Lescop investit les lieux avec classe et discrétion. Pendant "Exotica", un des 3 hits potentiels de sa dernière production, en l’observant, on constate qu’il a mûri : exit, le polo Fred Perry, le jean et les Converse ; il porte un costume foncé et une chemise brune. Derrière son pied de micro, concentré et les yeux fermés, il affiche un air sérieux, presque grave. Quand il bouge, il s'autorise juste quelques élégants déhanchements, légèrement androgynes.

A ses côtés, un tout nouveau 'band', composé d'un batteur, d'un claviériste/guitariste et d'une bassiste qui prend en charge les voix d'appoint mais aussi celles des chanteuses présentes sur le nouvel album : Halo Maud, dans “Femme Papillon” et Izia dans “La Plupart du Temps”. Tout au long de “La Nuit Américaine” et du puissant “Tokyo, La Nuit”, on remarque la précision des arrangements musicaux et l'efficacité de la mise en scène visuelle.

Pendant “Le Vent”, on sent planer une atmosphère Joy Division-esque : le côté hypnotique et solennel évoque le titre “Atmosphere”, des légendaires Mancuniens. Le premier grand frisson de la soirée intervient pourtant un peu plus tard, à la faveur de nouveau hit de Lescop, “Les Garçons”. Le clin d'œil à “Cherchez Le Garçon”, de Taxi Girl, saute aux oreilles et il est impossible de ne pas danser, à tout le moins de se déhancher sur cette composition finement ciselée.

Comme prévu, le final du concert sera consacré aux ‘vieilleries botoxées’, comme l'annonce avec humour Lescop. Tout d'abord, le puissant “Marlène” et ensuite, en apothéose, “La Forêt”. Dès les premières notes, l'ambiance monte de plusieurs crans et, à ce moment, comme d’habitude, Lescop descend du podium pour se mêler au public. A quelques mètres seulement de l'artiste, on se met à danser en remuant la tête, comme ensorcelés par la mélodie envoûtante.

Après des applaudissements nourris, Lescop revient pour le rappel. Visiblement ému, il évoque le courage qu'il faut avoir pour partir, quand les choses ne vont plus bien, comme l'a fait Marlène Dietrich, en quittant Berlin. ‘Dans les couples, c'est la même chose’, ajoute-t-il, ‘il faut pouvoir, à un moment, dire adieu à son 'Rêve Parti'’. Et d'enchaîner sur la chanson titulaire de son dernier opus, suivie d'un tout dernier titre, “Un Rêve”.

Un concert absolument parfait, même si votre serviteur n'a pas eu la chance, cette fois, de prolonger la soirée auprès de l'artiste, comme en 2012. En compagnie de mon amie Valéria, nous nous étions retrouvés à faire la fête avec l'artiste dans ‘Bruxelles, La Nuit’, car, il faut le savoir, Mathieu aime Les-c(h)oppes.... Hum...

Setlist

Elle
Exotica
La femme papillon
David Palmer
Radio
La nuit américaine
Tokyo, la nuit
La plupart du temps
Grenadine
Le vent
Les garçons
Le jeu
Tu peux voir
Marlène
La forêt

Encore

Rêve parti
Un rêve

Organisation : Botanique

Ways Around Festival 2024 : samedi 23 mars

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Cette année, le Ways Around Festival célèbre sa troisième édition. Ce festival propose des artistes nouveaux et alternatifs. Chaque jour, une salle de concert bruxelloise différente sert de décor. La première journée s’est déroulée ce vendredi 22 mars, au BAMP (abréviation de Brussels Art Melting Pot) de Schaerbeek, qui a accueilli 3 groupes : KRAK, Marcel et Shelf Lives.

La deuxième a élu résidence au Reset, un espace éphémère de 5 000 mètres carrés dévolu à la Culture (il s’agit de l’ancien siège de la banque Dexia ; et il doit devenir le futur siège de la police locale de la capitale européenne). Il est situé à deux pas de la Gare Centrale. Ce soir, six formations ou artistes prometteurs disposent de 45 minutes pour démonter leur talent : Pyo, Edouard Van Praet, Scout Gillett, Sløtface, Ttrruuces et IST IST. Il se produisent alternativement sur deux podiums, la Main Stage et l’Auditorium, où le son va se révéler excellent.

Pyo, c’est le projet du musicien et producteur belge Karel Piot, un power trio classique basse-batterie-guitare. Depuis 8 à 9 mois, il ne posait sa musique que sur les réseaux sociaux et les plateformes de streaming. 

Son style ? Un cocktail de post-punk rapide, d’émo-pop déroutante et de dream pop éthérée, arrosé par une dose d’anti-pop qui défie les limites du genre.

Sur les planches, le band libère une énergie brûlante

Authentique, sa musique se construit comme son propre monde où il peut embrasser ses défauts. Les sonorités de la sixcordes sont généreusement réverbérées.

Karel remercie à plusieurs reprises les spectateurs qui, attentifs, commencent à s’agglutiner au pied de l’estrade. Belle découverte !

Setlist : "Till Death", "So Tired", "Always Stay", "Inadequacies", "Happy to be Sad", "U n me", "All for you", "IDC", "Midnight Sunlight", "Midnight Sunlight (trance remix)", "Main Stage".

Demi-finaliste du ‘Humo Rock Rallye 2024’ (remporté par Eosine), Edouard Van Praet a gagné le concours ‘Tremplin Dour Festival’, en 2022. D'origine belgo-canadienne, le jeune Bruxellois est un extra-terrestre dans le paysage musical belge. Parce qu’il tente continuellement de nouvelles expériences. Il a sorti son premier Ep, « Doors », en 2021, et le second, « Cycles », en 2022.

Le look d’Edouard est à la fois intriguant, déroutant et décalé ». Jugez plutôt : lunettes glamour, pantalons pattes d’eph’, chapeau haut de forme et veston de couleur noire réveillant l’image de nouveau riche des débuts du siècle dernier.

Il entame son set par « Walk », « Faux » et « Echos », des compos fortes et débordantes d’énergie rappelant, musicalement, des personnalités telles que Sinead O’connor, PJ Harvey et même Jacques Brel. Accompagné de ses musicos (un claviériste, un bassiste, un guitariste et un drummer), Edouard se fond dans le personnage qu'il incarne et semble totalement envoûté par sa musique. Le show atteint son point d’orgue lors de la reprise du « Satisfaction » de Benny Benassi. Un joint dans une main et le micro dans l'autre, il chante, en français ou en anglais, d’une voix caverneuse plutôt impressionnante ; et on ressent qu’il a été biberonné à la musique des 70’s (Doors, Alice Cooper, Iggy pop et ses Stooges), que ce soit le glam rock ou le psychédélisme. Bref, non seulement Edouard Van Praet a démontré que sa palette ne se limitait pas à un revival glam-rock, mais lui et sa troupe ont mis l’auditoire dans leur poche.  

Setlist : « Walk », « Faux », « Échos », « Is This Over ? », « Remplasable », « Moonfall », « Ivresse », « Satisfaction » (cover Benny Benassi), « Bigstar ».

Il y a pas mal de monde dans la salle lorsque Scout Gillett et son backing group montent sur les planches. Tout de noir vêtue, elle se consacre au chant et à la guitare. Elle est soutenue par un batteur, un bassiste et un sixcordiste qui brille par sa technique. Non seulement il dispense des riffs expressifs, mais il nous réserve également des soli vertigineux.

L’auditoire est assis lorsque le quatuor de Brooklyn entame lentement le set. Mais après trois morceaux (la nouvelle compo « Room Of Shadow », « Mother Of Myself » et « Control »), les spectateurs se lèvent et manifestent leur enthousiasme. Et Scout les remercie pour cet engouement. Une belle interactivité va d’ailleurs s’établir entre la New-Yorkaise et la foule.

Solide, l’expression sonore mêle indie rock, grunge et folk rock. Un style plus direct, moins brumeux et maussade que celui abordé sur son délicieux album, « No Roof No Floor », paru en 2022. Scout possède une voix aérienne et vaporeuse. Et on a l’impression qu’elle la ménage. Elle la pousse néanmoins quelque peu, mais sans excès, pendant « Coney Island ». En fait, elle a dû annuler plusieurs dates de concerts, après avoir rencontré quelques soucis vocaux ; aussi, elle préfère ne pas placer la barre trop haut…

Setlist : « Room Of Shadow », « Mother Of Myself », « Control », « Coney Island », « Closer », « 444 Marcy Ave », « Come On Let’s Go », « Slow Dancin' », « Signal », « Tough Tough ».

Issu de Stavanger, Sløtface est né sous la forme d’un groupe il y a dix ans ; mais en 2022, la chanteuse Haley Shea a décidé de faire du band son side project solo, après le départ de la bassiste Lasse Lokøy et du guitariste Tor-Arne Vikingstad.

Sløtface est connu pour son engagement féministe ainsi que pour son soutien à la protection de l'environnement.

Vers 21h00, Haley Shea et son backing group débarquent pendant que les hauts parleurs crachent le « Blind » de Korn. Ce qui permet aux musicos de s’installer. Outre la chanteuse, le line up implique un drummer, un bassiste, un guitariste et un claviériste.

Malgré la présence de l’ingénieur du son Benoît De Visscher (Puggy, Juicy, Angèle), le son n’est pas irréprochable. En cause la structure des murs, en béton. Mais le talent des musicos va compenser ce contretemps.

Autre obstacle, il fait un froid glacial dans la salle. Haley invite la foule à se rapprocher et lui demande s’il est plus timide que le public scandinave. La voix de Shea est très puissante. A vous flanquer la chair de poule !  Et son attitude évoque celle de l’Américaine Hayley Williams, mais en plus jeune et plus rude. Pop punkysante, la musique de Sløtface navigue aux confins des univers de Jimmy Eat World et de Bad Religion. Haley prend régulièrement des bains de foule. Les gratteurs sautent un peu partout sur le podium et finissent aussi par la suivre. On manque même de prendre des manches dans la figure. L’esprit punk est bien présent au cours de ce show, même si chacun d’entre eux a le loisir de tirer son épingle du jeu. Maintenant, ils avaient peut-être envie de se réchauffer. Variée, la setlist, dont on épinglera les très nerveux « Come Hell Or Whatever », « Indoor Kid », « Beta » et « Final Gørl », puise généreusement dans l’opus « Awake/Asleep », paru en 2023.

Un concert bien percutant ! Et en même temps on a pu remarquer combien le projet d’Haley Shea a évolué…

Setlist : « Blind » (Korn cover) (Intro), « S.U.C.C.E.S.S. », « Tap The Pack », « Galaxies », « Telepathetic », « Come Hell Or Whatever », « Indoor Kid », « Beta », « Final Gørl », « Fight Back Time », « Nose », « Crying In Amsterdam », « Magazine », « HAPPY », « Nancy Drew ».

Place ensuite à TTRRUUCES, un combo franco-britannique drivé par le bassiste Jules Apollinaire et la chanteuse Nathalie Findlay.

Sur les planches, ils sont quatre. Deux filles et deux garçons. Le duo est ainsi épaulé par un guitarise et une drummeuse. A son actif, deux long playings : l’éponyme « TTRRUUCES » (2020) et « JJUUIICES » (2023), au sein desquels la setlist puisera généreusement. Son site internet est à l’image de l’imaginaire de la formation. On vous invite à y faire un tour ici

La musique proposée par TTRRUUCES puise dans les sixties et surtout les seventies (Neil Young, Creedence Clearwater Revival, Simon & Garfunkel, David Bowie, The Beatles et les groupes de folk/rock), mais également l’indie rock, le shoegaze et le de psychédélisme. Tout en n’oubliant pas d’y injecter sa propre musicalité qui communique une identité originale et singulière depuis le premier elpee. Les mélodies sont pétillantes et libèrent une puissante énergie. « The Disco », au sein duquel a été inséré un medley intégrant le « Funkytown » de Lipps Inc et le « Rasputin » de Boney M, va même enflammer le dancefloor.

Rafraîchissant, « Something Inside » met en exergue la voix enfantine de Nathalie, sorte d’hybride entre celles de Björk et Noa Moon. Une agréable surprise !

Setlist : « You Make Me Feel Good », « STFU », « The Disco », « Luxury », « Another Day », « Bad Kids », « I'm Alive », « Something Inside, « The Big Goodbye », « Snakes ».

Il est près de 23h00 et si votre serviteur ne veut pas rater son train, il a intérêt à mettre les voiles et fait donc l’impasse sur IST IST. Demain la suite, au Grand Salon du Botanique…

(Organisation Ways Around Festival)

 

Shake Shake Go

En parfaite symbiose…

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Si pour le commun des mortels, le 21 mars 2024 coïncide avec le premier jour du printemps, cette date est une peu différente dans l’esprit de votre serviteur, puisqu’il l’a cochée dans son agenda afin d’assister au concert de Shake Shake Go, un groupe d'indie folk aux origines franco-galloises.

Une fois n’est pas coutume, le show ne se déroule pas dans en Belgique, mais outre-Quiévrain, au sein d’un endroit plutôt chaleureux.

Bien que situé dans un quartier très populaire, le Moulins et Wazemmes, la Bulle Café est un endroit, certes atypique, mais qui présente beaucoup de charme et une franche convivialité. Situé dans une ancienne fabrique, l’espace n’est pas très grand ; aussi, on doit pouvoir y accueillir, au bas mot, deux cents personnes. La cour en pavé est parsemée de tables et de chaises ; ce qui permet de s’y délasser au soleil ou prendre l’air entre deux morceaux de musique. Et du soleil, il y en avait ce jeudi, comme par miracle.

Le quartier dans lequel s’inscrit l’édifice brasse une multitude d’ethnies, ce qui rend les choses culturellement intéressantes et surprenantes.

Etymologiquement, la bulle est un espace protégé dans lequel on se sent en sécurité. De même, qu’elle constitue un globule gazeux [bière ?] qui se forme dans une matière [musique ?] en fusion. Bref, chacun sa formule !

La salle est comble. La pyramide des âges et des sexes y est relativement bien représentée. Cocorico, de nombreux Belges ont également fait le déplacement.

Le supporting act est assuré par Xavier Polycarpe. Il se présente seul sur les planches armé d’une sèche et d’un Apple (l’ordi, pas le fruit). Le gaillard (s’)impose à lui seul. Il doit mesurer, au moins 1m90.

Il semble très à l’aide sur scène. Normal, il était l’une des chevilles ouvrières de Gush, quatuor rock responsable de deux albums. Il a aussi participé à de nombreuses tournées internationales et a été nominé aux Victoires de la Musique. Il formera ensuite Macadam Crocodile, une formation aux accents électro-disco.

Les puristes l’ont également vu apparaître sur une célèbre chaîne de télé française, lors d’une émission de télécrochet. Ou encore, s’acquitter des premières parties de Matthieu Chedid ou encore de feu Johnny Hallyday.

Bref, le gaillard jouit d’un sacré curriculum vitae.

Il se produit ce soir en solo en vue d’écimer de ses sons, le parterre lillois. Ses textes empruntent tantôt au français, tantôt à l’anglais.

Ils sont ciselés et empreints d’émotions. Solaire, son sourire illumine et fait vivre en ‘live’, son projet.

Si sa musique baigne plutôt dans un folk cosy, ses chansons peuvent traduire de la contestation, à l’instar de « House is burning », bande originale d’un documentaire consacré à la cause animale.

De temps à autre, il s’interroge sur le temps qui passe, la vie et la mort comme sur ce très joli « Vanish in the Runaway Wind », aux contours chantournés.

Généreux avec son auditoire, il nous réserve un titre de son prochain Ep éponyme, « Minute », un morceau au refrain entêtant. Le public le lui rend bien en reprenant ces paroles sur un ton endiablé.

« Dancing in the Ring » clôture un set bien trop court, mais de bien belle facture.

Grâce à une voix et une attitude digne de Ben Harper, Polycarpe s’est forgé une place de choix dans le cœur des aficionados.

Une belle découverte dans le chef de votre serviteur.

Après une pause de quelques minutes, afin de faire place nette sur l’estrade et permettre aux spectateurs de se rincer les amygdales, une longue intro au synthé retentit.

Les membres de Shake Shake Go grimpent sur le podium, les uns après les autres. D’un pas timide, d’ailleurs. Coiffée d’un chapeau, Poppy Jones apparaît la dernière, mettant ainsi un terme à un suspens de courte durée. Elle est vêtue d’un chemisier rose, plutôt échancré. De quoi ravir le parterre masculin, agglutiné aux premiers rangs, langue pendue face à cette plastique de rêve.

Rapidement, elle laisse tomber son couvre-chef, dévoilant alors un visage angélique. Gageons que derrière l’ange ne se cache un démon.

Alors que SSG était initialement constitué de cinq mousquetaires, aujourd’hui, il se produit en trio, formule qui lui permet une redistribution des rôles tout en créant de nouveaux espaces de liberté.

Pour la petite histoire, lorsque le band se produisait dans la rue et les pubs miteux, un gosse de six ans s’est exclamé en les regardant ‘Shake shake go’ ! Le patronyme venait d’être trouvé.

La suite de l’histoire ressemble à un conte de fée. Jugez plutôt : une première partie de James Blunt assurée en 2014, au Royaume-Uni, puis en France (notamment celle de Rodrigo y Gabriela), un premier single publié en décembre 2014, un premier Ep (éponyme), en mars 2015, un premier album orienté folk, « All in time », début 2016, un second taillé pour le live, en 2018, « Homesick », avant enfin d’accoucher de « Double Vision », un opus nettement plus organique que les précédents.

Aujourd’hui, la nouvelle sensation venue d’outre-Manche tourne dans le cadre d’un périple international. Pas étonnant, lorsqu’on sait que plus de 7 millions de personnes ont écouté « England Skies », son tube incontournable.

Votre serviteur avait pu les découvrir en 2016, dans le cadre du Ronquières Festival. Il s’agissait de sa première date belge. Les choses ont bien changé et les musiciens ont gagné en maturité et en précision.

La jeune femme est accompagnée de ses fidèles serviteurs. Mais également de deux musicos de tournée. Une demoiselle aux ivoires et un préposé aux quatre cordes.

Issu de son dernier long playing, « Red Woman » donne le ton. Une compo acidulée où guitare et basse flirtent allègrement. Poppy prend le train en marche dès les premières notes. Son corps se laisse bercer et entreprend des soubresauts rageux. Elle joue complètement son rôle d’ambassadrice.

La musique de Shake Shake Go baigne au sein d’un univers pop/folk mélodieux, gracile, où se mêlent évasion et bienveillance. Les chansons s’inspirent de la nature, de la vie, des expériences et des gens qui les entourent. La voix candide de Poppy subjugue. Elle est dynamique, puissante, organique, épique et surtout optimiste…

« Come back to me », « Hands Up » ou encore « We are now » s’attardent dans le rétroviseur, puisque ces morceaux sont tirés respectivement de « Homesick » et d’« All in Time ».

Les accords sont posés avec justesse, passion et professionnalisme. Ces jeunes sont entrés dans la cour des grands.

Les riffs de guitare sont dispensés tout en retenue, mais avec rage et puissance. Pas mal pour des jeunes en culotte courte ! Ils s’amusent beaucoup sur scène, sans se prendre la tête. Ce qui frappe, c’est la symbiose qui les unit. Aucune individualité ! Chacun est là pour servir l’autre. Magnifique !

Poppy s’essaie ensuite dans un français qui s’avère… approximatif. Manifestement, elle n’y arrive pas, alors, elle s’excuse. Pour reprendre ensuite le cours de son discours, dans sa langue natale.

Ballade émouvante, le magnifique « England Skies » constitue un des moments forts de cette soirée. Impossible pour la foule de ne pas chanter ce titre à la mélodie imparable, devenu disque de diamant, et qui comptabilise 50 millions de streams.

Shake Shake Go vit pleinement ses compos en ‘live’. Et « Love outside the line » en est certainement la plus belle démonstration. Il faut dire que les compos et les arrangements permettent une ouverture pour ce type de configuration.

Pourtant, paradoxalement, lors des promos ou showcases, le combo propose des versions alternatives acoustiques, dans un exercice qui lui va tout aussi bien. Les titres, ici interprétés, pourraient bien y trouver une place de choix.

Alors que « Blackbird », permet à la voix de Poppy de mettre en avant son côté cristallin et ses nombreuses amplitudes, le concert reprend de plus belle par un « Let Me to The Water » plus incisif et à la rythmique emphatique.

Durant environ une bonne heure, la bande à Poppy a proposé une musique qui déchire les tympans dans un tourbillon de rage, de volupté et de candeur.

Les chansons sont finalement assez simples, mais pas simplistes. A cause de leur construction réfléchie, outre leur positivisme. Elles servent parfois d’exutoire, mais véhiculer des lyrics engagés ne semble apparemment pas être la tasse de thé du band.

Il est temps de mettre un terme à ce qui est resté une surprise de taille.

La fin du set approche. Poppy invite l’auditoire à se diriger vers le merchandising. Outre la vente de disques, elle est aussi venue pour faire connaître ‘Target Ovarian’, une association dont elle est l’égérie. Une cause qui l’affecte, sa mère étant décédée d’un cancer de l’ovaire, il y a environ deux ans.

Les lieux se vident très rapidement, le bar ayant reçu pour consigne de fermer juste après le concert.

L’assistance déserte les lieux ; les souvenirs, eux, restent bien présents.

Photo ©shooting_concerts

Mass Hysteria

Plus que du metal…

Un proverbe raconte qu'il est souvent plus difficile pour un artiste de percer dans son propre pays qu'hors de ses frontières. Ce n'est pas le cas pour Mass Hysteria, un groupe français de métal qui est parvenu à tirer son épingle du jeu au sein de l’Hexagone. Lorsqu’il s’était produit dans le cadre du Main Square Festival, en 2016, il était en haut de l'affiche. Et il est parvenu à créer un immense moshpit jusqu'aux derniers rangs. Programmé sur de grandes arènes en France il est régulièrement invité au Hellfest. Dans un AB Club très bien rempli, la formation a démontré qu’elle était capable d’assurer parfaitement, tous genres confondus, et de satisfaire les jeunes et les moins jeunes.

En supporting act, First Arkangel va dispenser un set constitué d’un méli-mélo chaotique et assourdissant de styles divers. En effet, sa musique oscille constamment entre hardcore et métal. Le band joue très fort des morceaux rapides, mais aussi de manière plutôt monotone. Ce qui ne gêne pas les fans présents, car les bouffées d'adrénaline administrées provoquent un véritable tremblement de terre, entraînant quelques moshpits qui secouent l’AB. Mass Hysteria ne pouvait donc pas rêver d'un meilleur chauffeur de salle… (pour les photos, c’est ici)

Pourtant, à voir les nombreuses personnes présentes au bar lors de ce concert, on se rend compte que la grande majorité d'entre elles se sont uniquement déplacées pour la tête d'affiche de la soirée.

Mass Hysteria aime manifestement la grandiloquence et la théâtralité, si l'on en juge par la configuration de la scène. Tant l’aspect musical que vocal se révèle épique et est abordé de manière particulièrement sophistiquée et variée.

Le band démarre pied au plancher par « Mass veritas », une compo qui exprime la colère. Rien n'est laissé au hasard tout au long de la soirée, semble-t-il. Car le frontman court comme un dératé dans tous les coins du podium, à la recherche de son public. Ce qui donne lieu à de véritables mosh pits et autres circle pits, dont un très grand tout au fond pendant « Chiens de la Cass ». Il n'y a tout simplement pas moyen de s'en sortir, une fois que l'on est monté sur les montagnes russes françaises. Pas le moindre répit, sauf lorsque Mouss Kelai balance quelques boutades amusantes.

Lors du rappel, le combo place la barre encore plus haut. D’ailleurs la fête va s’achever par un feu d'artifice. Cependant, un beau moment va suivre « Furia ». De jeunes enfants sont invités à monter sur les planches, mais les oreilles protégées par des casques adaptés. Le plus jeune est à peine âgé de quatre ans ! Ils sautent et dansent avec le groupe, puis partent se mettre à l'abri, car tout au long du morceau de clôture, « Plus que du metal », le robinet coule à flots, une dernière fois ; ce qui provoque un dernier moshpit. 

Mass Hysteria est parvenu, et brillamment, à offrir une réponse française au metal américain, britannique et allemand. Car ce n'est pas une mais plusieurs fois que le toit s'est envolé lors de cette soirée festive. Les bombes énergétiques françaises ont bourdonné abondamment dans nos oreilles, pendant ces deux heures. Jusqu'à ce que l'on rentre chez soi en sueur et un peu sourd, mais avec un large sourire aux lèvres… (pour les photos, c’est )

Setlist :

Mass Veritas // Positif à bloc // Chiens de la casse // Vae soli ! // L'inversion des pôles // Notre complot // L'art des tranchées // Nerf de bœuf // Se brûler sûrement // L'émotif impérieux // Failles // Reprendre mes esprits // Arômes complexes // L'enfer des dieux // Encore sous pression // Tout est poison

Encore :

Tenace // Le triomphe du réel // Contraddiction // Furia // Plus que du métal

(Organisation : Ancienne Belgique)

The Jesus & Mary Chain

Glasgow eyes

Écrit par

« Glasgow Eyes » constitue le deuxième long playing studio de The Jesus and Mary Chain depuis sa réunion en 2007 ; et il témoigne de sa créativité durable tout en confirmant son statut d'icône.

L'album adopte un ton réfléchi et inhabituellement sympathique, rendant hommage à l'histoire du rock et à la place que la formation occupe. Il se caractérise également par une utilisation plus importante des synthétiseurs qui apportent une touche contemporaine et expérimentale au son à base de guitare du groupe. Il alterne plages plus lourdes et agressives, comme « Venal Joy » et « Jamcod » sur laquelle Jim Reid chante la dépendance à la drogue et à l’alcool qui a autrefois affligé le groupe et finalement conduit à sa séparation, et plus douces et mélancoliques, à l’instar de « Second of June », alors que sculptée dans une forme d’électro minimaliste, la plus new wave « Silver Strings » est abordée dans l’esprit de Taxi Girl.

TJ&MC rend également hommage à ses influences, et notamment à Lou Reed et au Velvet Underground lors du titre final, « Hey Lou Reid », mais également sur « Girl 71 », au cours duquel les riffs tranchants semblent empruntés au « Vicious » du New-yorkais. Une piste rock directe aux paroles simples et à la mélodie assez accrocheuse que Jim chante en compagnie de sa partenaire, Rachel Conti.

« The Eagles and the Beatles » adresse un clin d’œil à « I Love Rock 'n Roll », le glam-rocker d’Arrows que Joan Jett & the Blackhearts avait transformé en hit, dès 1981.

On épinglera encore le sombre et sensuel « Chemical animal », l’énigmatique et cool « Discotheque » ainsi que le capricieux « Pure Poor », dont les guitares contrastées des frères Reid accentuent une tension alimentée par une machinerie industrielle qui véhicule des accents ‘nineinchnailiens’.

Après 40 années de carrière, Jesus & Mary Chain est encore capable de surprendre…

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