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lundi, 14 juillet 2014 01:00

Cactus 2014 : lundi 14 juillet 2014

L'affiche traditionnelle du vendredi soir a donc été déplacée vers le lundi. Faut dire que c’était la seule solution pour que Massive Attack, programmé la veille aux Ardentes, accepte de se produire au Cactus. Et il y en avait du monde pour assister aux concerts de Mogwai et Massive Attack. Près de 10 000 festivaliers. Ce qui doit être un record pour le Cactus.

Bref, la soirée avait commencé par Austra et Banks, mais pour apprécier les sets des deux têtes d’affiche, j’ai préféré faire l’impasse.

Mogwai, c’est l’archétype du post rock. En arrière-plan de la scène on remarque la présence de logos représentant la pochette de « Rave tapes », dernier album du groupe écossais, paru en février dernier. Des logos qui vont ce charger de nuances lumineuses, tout au long du show. Le band écossais monte sur l’estrade. Stuart Braithwaite va se poster à l’extrême droite du podium. Le line up implique deux autres guitaristes, un bassiste, un drummer et un préposé aux claviers/synthés. Lors du titre d’entrée, il est enrichi d’un musicien de couleur noire, qui se charge du violon. Ce même multi-instrumentiste pose sa voix sur la seule compo chantée ; et puis à deux ou trois reprises, il va se charger des percus, afin de donner une belle dynamique au tempo. Stuart est toujours aussi laconique, entrecoupant ses morceaux de ‘Thanks ! Cheers’. Il vient s’asseoir face à son ampli orange lors d’une des compos les plus intenses du set. Certains titres un peu plus électro nous plongent curieusement dans la new wave. Tantôt celle de New Order. Plus tard d’Anne Clark. Mais les meilleurs moments du concert émaneront des envolées d’électricité, des envolées chargées d’intensité, ‘transiques’ ; et tout particulièrement sur le tout dernier morceau, au cours duquel j’ai parfois eu l’impression d’entendre des bribes du « One of these days » du Floyd, moment choisi par le préposé au light show pour inonder le podium de lumières bleues et blanches singulièrement chatoyantes…

« Heligoland », le dernier opus de Massive Attack est sans doute le plus faible de leur discographie. Il remonte déjà à 2009. Invitée, Martina Topley-Bird était revenue participer aux sessions d’enregistrement. Et depuis elle a réintégré le collectif.

Quand le combo de Bristol monte sur l’estrade, on est immédiatement fasciné par le spectacle visuel qui nous est proposé. Différents messages se succèdent sur les écrans, disposés en arrière-plan. En anglais, en français ou en néerlandais. Mais y sont également projetés des logos publicitaires. Sans oublier ces chiffres qui défilent à une vitesse vertigineuse. Le message vise clairement la politique, les guerres et l’escalade médiatique. Et suscite inévitablement la réflexion.

Véritable machine de guerre, Massive Attack se lance donc dans un show parfaitement huilé, mais terriblement efficace. Deux drummers se font face aux extrémités du podium. De petite taille, et la tête complètement rasée, le bassiste claque des notes percutantes. Et le mot est faible. Quant au guitariste, si en début de parcours ses interventions s’avèrent plus ou moins conventionnelles, en fin de set elles vont littéralement déchirer l’atmosphère. Robert Del Naja et Grant Marshall complètent le line up de base. Ce sont aussi les leaders. Il se chargent des énormes synthés/pupitres sis au milieu de la scène, légèrement en retrait, et se réservent aussi de temps en temps les vocaux. Tous les autres musiciens interviennent par intermittence. Que ce soit Martina Topley-Bird (NDR : elle est vêtue d’une grande cape de couleur/bleu-vert et s’est maquillée les yeux en forme de masque de couleur rouge), l’icône du reggae Horace Andy ou l’autre vocaliste Deborah Harry. Ce qui n’empêche pas la parfaite osmose entre les différents membres du combo. Au fil du spectacle, l’intensité est de plus en plus palpable, et elle se fait même parfois menaçante. Mais elle est terriblement excitante et enthousiasme la foule.

Après une heure vingt de prestation, MA vide le lieux ; mais revient accomplir les quelques minutes qui restent afin de prester l’heure trente prévue pour leur concert. Mais lors d’une apothéose qui risque de rester longtemps dans les mémoires.

Serait-ce de la magie noire ? Aucune idée ! La quintessence du trip hop ? Il n’y a pas photo ! Mais une chose est sûre, votre serviteur a pris une fameuse claque !

(Organisation Botanique)

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dimanche, 13 juillet 2014 01:00

Cactus 2014 : dimanche 13 juillet

Si hier, j’ai éprouvé les pires difficultés pour atteindre le parking de la gare de Bruges, suite à un trafic anormalement dense, ce dimanche, il est d’une fluidité élémentaire, même si en cours de route, je traverse quelques averses. Qui semblent avoir arrosé Bruges, quand je débarque dans le Minnewaterpark. Il y règne alors une chaleur quelque peu amazonienne. De quoi nous rappeler que ce soir, il y a la finale de la Coupe du Monde. Mais sans les Diables Rouges, ce n’est plus une priorité. D’autant plus que vu ce que l’équipe d’Argentine nous a montré jusqu’alors, le choix est vite fait…

En débarquant sur le site, Johan me signale que pendant le set de Jungle By Night, il est tombé une solide drache. Ce qui explique la présence de flaques d’eau dans les allées qui séparent les pelouses du parc.

A contrario de Tinariwen et Tamikrest, Bombino n’est pas un groupe touareg, mais un artiste touareg. Nigérien et non malien. En live, il est cependant soutenu par un backing group. Son cocktail de blues, roots, world et rock projette dans notre esprit des images du désert saharien. Sa voix nasillarde n’est pas transcendante, mais suffisamment distincte pour s’imposer face à une musique à la fois hypnotique, puissante et même très électrique ; une voix qui véhicule des lyrics particulièrement engagés… 

School is Cool est un sextuor qui fait un énorme tabac dans le Nord du pays. Au cours des deux dernières années, il a d’ailleurs tourné à travers toute l’Europe ; et en particulier, participé aux festivals Werchter et Pukkelpop. Paru en 2011, « Entropology », le premier elpee a été mis en forme par Reinhard Vanbergen de Das Pop. Leur second, « Nature fear » a été autoproduit. Et il en émane une juvénile innocence. Johannes Genard en est le leader, mais également le chef d’orchestre, le chanteur et le guitariste. Combinant arrangements baroques, percussions ethniques dans un esprit punk, le combo libère une belle énergie sur les planches. En fin de parcours, il va même recevoir le concours de Mauro Pawlowski (dEUS, Evil Superstars). Sympa mais pas vraiment transcendant.

Conor Oberst vient donc de publier un album solo, « Upside Down Mountain ». Outre sa carrière individuelle, il est surtout connu pour son projet Bright Eyes, qu’on qualifierait d’introspectif. Mais en parallèle, il drive également Deparacidos, destiné à véhiculer ses idées sociopolitiques et The Mystic Valley Band. Sans oublier sa participation à Monster of Folk, au sein duquel le line up fonctionne davantage comme une démocratie. Et puis Dawes, un quatuor (basse/batterie/guitare/claviers) qui assure le backing group de sa nouvelle tournée. Un band californien, issu de Los Angeles, très exactement. Souvent considéré comme le nouveau Dylan, Conor va nous proposer un set plus électrique que sur son elpee. Il alterne régulièrement gratte sèche et électrique. Une ‘électrique’ que joue également Taylor Goldsmith. Il aura même droit à son titre solo, Oberst en profitant pour prendre une courte pause. Bref, par rapport au disque, le set est bien plus énergique. Faut dire aussi qu’Oberst a inclus dans sa setlist des morceaux de Bright Eyes. On oubliera les quelques interventions au synthé pas trop judicieuses, pour celles plus généreuses et surtout chaleureuses de l’orgue. Conor porte un gilet de costume de couleur noire, sur une chemise blanche. Il s’installe pour deux titres au piano électrique. Et le show s’achève par une compo country & western plutôt enlevée. Bref, une prestation plutôt réussie pour un artiste qui ne souhaite plus accorder d’interview pour l’instant. Si on peut comprendre qu’il ne tient pas à revenir sur certains litiges judiciaires, il est dommage qu’il refuse de s’exprimer sur ses textes particulièrement profonds, souvent autobiographiques, parfois ésotériques, et qui mériteraient de plus amples explications…

Intergalactic Lovers est une autre formation issue de Flandre dont la popularité y monte en flèche. Mais également aux Pays-Bas. Drivée par la gracieuse Lara Chadraoui, le band dispense une musique extrêmement soignée, raffinée même, très susceptible de produire des hits sur la bande FM. Leur nouvel opus, « Little Heavy Burdens », est paru en février dernier. Sur les planches, le combo manifeste un bel enthousiasme. Lara est une excellente show woman. Elle arpente le podium de gauche à droite et de droite à gauche. Et se tortille avec beaucoup d’expression autour de son mini-ordinateur. Parfois sa voix me fait penser à celle de Nina Persson des Cardigans. Le groupe est solide, les musicos sont excellents, les compos passent bien la rampe. Il ne manque plus à Intergalactic Lovers que le petit plus, l’originalité, qui puisse leur permettre de se démarquer de ses (nombreux) concurrents et ainsi de s’exporter. C’est tout le mal qu’on leur souhaite…

Il faut avouer que les deux derniers sets de Mark Lanegan auxquels j’ai assisté m’ont laissé sur ma faim. En 2011, il s’était produit en compagnie d’Isobel Campbell et j’ai failli m’endormir. En 2006, c’était au Pukkelpop, et là il avait tenté de sauver la prestation des Twilight Singers. Mais en deux morceaux, c’était peine perdue. Bref, suivant l’adage, nous l’attendions de pied ferme. Bonnet enfoncé sur le crâne, il monte sur l’estrade, flanqué d’un véritable backing group. Section rythmique et claviériste/organiste y compris. Il s’installe devant son micro et ne bougera quasiment plus de cette place pendant tout le show. Sa voix est toujours aussi râpeuse, nicotinée, ravagée par l’alcool et autres excès. Mais elle tient bien la route, surtout dans un contexte bien électrique, puisque le line up implique également deux gratteurs qui mettent la gomme comme à la belle époque des Screaming Trees. Et surprise (NDR : ou pas surprise, puisqu’il se produisait dans la foulée), Greg Dulli le rejoint sur l’estrade pour partager l’interprétation de deux morceaux, « Hit the city » et « Methamphetamine Blues », avant que tout ce beau monde ne tire sa révérence. Pas le concert du siècle, mais un bon concert !

Afghan Whigs vient donc de sortir un nouvel opus, « Do the beast », et on ne peut pas dire que la critique soit dithyrambique. Pourtant, cet elpee me botte bien, même s’il souffre quelque peu de l’absence du guitariste soliste Rick McCollum. Avant le show, en prenant le pouls autour de moi, je commence même à m’inquiéter. La voix de Greg Dulli ne serait plus à la hauteur… il aurait même recours à des tas d’artifices pour la maintenir à flots. Pas que de bonnes nouvelles. La troupe débarque sur le podium. Un sextuor : Greg au chant, un violoniste, un bassiste, un drummer et deux guitaristes. Perso, je me dis que ce n’est pas mal pensé. Vu les critiques relatives à l’absence du gratteur originel, rien de tel que de le remplacer par deux sixcordistes. C’est le crépuscule. Et le set peut commencer. Première constatation, la voix de Dulli tient parfaitement la route. Elle est éraillée, savoureuse, trempée dans la soul ou le blues, selon. Il y livre toute son âme, tout son corps. A deux titres près, le combo va interpréter l’ensemble de son dernier long playing. Sous ce line up, les compos prennent une autre dimension. Les guitares crachent le feu, crépitent, éclatent. Le violon virevolte. En outre, la setlist a le bon goût d’alterner nouveau et ancien répertoire. Et dans ce contexte, « Gentlemen », « My enemy » ou « Going to town » font absolument merveille. Retour d’ascenseur, Lanegan rejoint Afghan Whigs le temps de « Stations », reformant le temps d’une chanson, Gutter Twins. Et en finale, le band rend un bref hommage à Bobby Womack, en incluant « Across 110th street » au cœur de son « Faded ». Un grand moment !

Caribou, c’est le groupe dont tout le monde parle, pour l’instant. Daniel V. Snaith, de son véritable nom, est accompagné par trois autres musicos/bidouilleurs. Vêtus de blanc, le quatuor fait bloc au milieu de l’estrade. Manifestement leur électro ne manque ni de punch ni de groove. Et puis surtout leurs harmonies vocales sont superbes. Le site est balayé d’une multitude de faisceaux au laser. Bref, le light show est impressionnant. Mais après avoir vécu un concert comme celui d’Afghan Whigs, difficile de faire le vide dans son esprit. Je préfère donc rentrer au bercail. Demain, il y a Mogwai et surtout Massive Attack…

(Organisation Cactus)

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samedi, 12 juillet 2014 01:00

Cactus 2014 : samedi 12 juillet

Modification de période pour cette 33ème édition du festival Cactus, puisqu’au lieu de se dérouler du vendredi au dimanche, elle va s’étaler du samedi au lundi. Pas trop de précipitations. Sauf dimanche en début d’après-midi. De la bruine le samedi. Et du soleil le lundi. Quelques flaques résiduelles, mais pas de grande marre comme en 2012. Lors de ce week-end aussi bien musical que familial, on a recensé un total de 26 000 visiteurs. Et 10 000 personnes, rien que pour le troisième jour, au cours duquel Massive Attack clôturait la programmation. Donc plus ou moins 8 000 festivaliers le samedi et autant le dimanche.

Champs est un duo insulaire réunissant les frères Michael et David Champion. Ca ne s’invente pas ! Ils sont venus défendre leur dernier opus, « Down Like Gold », paru en mai dernier. Mais sous une forme minimaliste. Sans y ajouter les arrangements qui font le charme de cet elpee. Bref, à revoir sous un line up plus conséquent…

Coely est une jeune chanteuse. Une Anversoise d’origine congolaise. Elle avait dû annuler son set à Werchter, suite à une crise d’appendicite, pour laquelle elle a été opérée d’urgence. Mais elle a absolument tenu à se produire à Bruges. Très courageux de sa part !

Bref, passons donc aux choses sérieuses et en particulier à The Notwist, dont notre ami Eric a dit le plus grand bien. Et pas seulement à cause de leur tout dernier album, « Close to the glass », qui vient de paraître et dont la critique est unanimement positive. Ils sont 6 à monter sur l’estrade dont les frères Markus et Micha Acher, respectivement chanteur/guitariste et bassiste ainsi Martin Gretschmann aux claviers. Le trio est complété par un nouveau drummer (Andi Haberl) ainsi qu’un sixcordiste et un préposé au glockenspiel. La voix de Markus est toujours aussi claire et veloutée. Mais ce qui va rendre le set particulièrement intéressant, c’est la faculté du band à réaliser le mix parfait entre pop, rock, punk, electronica et krautrock. « Kong » et « Into another » libèrent même un groove contagieux. Les meilleurs moments du set ? Lorsque le combo se lance dans des envolées hypnotiques, frémissantes, des envolées dont l’intensité est subtilement filtrée par les sonorités du glockenspiel. Une jolie surprise !

De son véritable nom Matthew Stephen Ward, M. Ward est un chanteur/compositeur/guitariste qui roule sa bosse depuis 1999. Originaire de Portland, dans l’Oregon, il participe également aux projets de She & Him auprès de la comédienne et chanteuse Zooey Deschanelet ainsi que de Monsters of Folk, en compagnie de Conor Oberst. Sans oublier ses collaborations multiples et ponctuelles qu’il a notamment apportées à Cat Power, Neko Case et Beth Orton. Sur disque, le yankee propose une musique americana/roots. Sur laquelle il pose sa voix dont les inflexions me font surtout penser à Stephan Eicher. Excellent guitariste, il a acquis une solide réputation dans l’art du fingerpicking, qu’il prodigue à la manière de feu John Fahey. Mais sur les planches du Cactus, il se sert le plus souvent d’une gratte électrique pour en libérer régulièrement des sonorités surf. Il est flanqué de trois autre musiciens, dont un préposé à la sèche, qui viendra à l’une ou l’autre reprise enrichir les morceaux aux percus, d’un bassiste et d’un remarquable drummer. Un set d’honnête facture pour ce troubadour des temps modernes.

Lors de son interview qu’il avait accordée à Musiczine, en mai dernier, Tom Vanlaere avait précisé qu’il viendrait se produire à Bruges, en compagnie de 2 cuivres. En l’occurrence le trompettiste Yves Fernandez et le saxophoniste Marc de Maes. Lorsqu’ils sont descendus du podium, je leur ai quand même demandé combien de temps il leur avait fallu pour s’intégrer dans l’ensemble. La réponse a été aussi naturelle qu’étonnante : 1 heure de répète ! Bref, il faut reconnaître que tous ces musicos qui accompagnent l’Anversois sont balaises. Y compris le second gratteur, le drummer et le bassiste. Et reflètent l’esprit de spontanéité qui a baigné l’enregistrement du dernier opus d’Admiral Freebee, « The great scam ». Un disque plus yankee que nature et surtout d’excellente facture. Le combo va bien sûr nous en réserver plusieurs titres, dont les inévitables « Nothing else to do » et « Breaking away », mais également puiser dans le back catalogue, épinglant au passage « Always on the run », « Bad year for rock’n’roll », « Einstein brain », « Living for the weekend », « Get out of town », « Oh darkness » et « Rags’n’run », pour le plus grand bonheur des fidèles aficionados. Au cours du set, Tom interprète deux compos au piano, troque sa gratte électrique contre une acoustique et en fin de parcours, joue de l’harmo posé sur un rack. Outre le r&b, le band va également opérer quelques incursions dans le jazz et dans l’americana. Faits marquants : les breaks qu’il semble improviser, avant de repartir de plus belle. Ou encore les chutes de morceaux à rallonge, comme le pratiquaient de nombreux groupes, au cours des seventies. Et si la formation nous réserve l’un ou l’autre titre mid tempo, on s’est aussi rendu compte que Tom assure régulièrement le supporting act de Neil Young. A cause de l’approche tribale, offensive, de certaines de ses compos. Manifestement, depuis la sortie de son nouvel opus, Admiral Freebee a pris une toute autre dimension…

Sur l’insistance de Johan, notre rédacteur en chef néerlandophone, j’ai donc assisté aux premières minutes du set de Jamie Woon. La ligne de basse libère un groove monstrueux. Tellement puissant qu’au bout de 10 minutes, je préfère battre en retraite. Déjà que le dubstep me fout les boules, mais alors cette vibration continue est intenable. Doit y avoir de la pop, de la soul et du trip hop, là-dessous, mais proposée sous cette forme, l’alka-seizer et/ou l’aspirine sont indispensables pour pouvoir tenir le coup…

Arsenal est du duo qui jouit d’une énorme popularité au Nord du pays. 10 ans déjà que le duo Roan/Willemyns réalise une macédoine savoureuse entre des tas de styles musicaux ; et en particulier pop, hip hop, indie rock, électro, techno, qu’il brasse allègrement sur des rythmes africains et latinos. Sous l’impulsion de la sympathique chanteuse Léonie Gysel, le set a propagé une onde de dance particulièrement contagieuse. Et quand Baloji est venu apporter son grain de sable, la fête était à son comble.

Avant le set de Selah Sue, on croise une multitude de copies de l’artiste. Mais en format réduit. En fait, des tas de (très) jeunes filles ont adopté la même coiffure ‘Tuto’. En y plantant même des fleurs en plastique. Bref, bien que la Louvaniste soit occupée de terminer l’enregistrement de son second album, elle a aussi accepté de se produire au Cactus. Elle possède une superbe voix, soul, et son mélange de pop, soul, r&b, jazz, reggae, ragga et dubstep passe vraiment bien à la radio. C’est incontestablement soigné, mais un peu trop formaté à mon goût. Il est préférable de conserver la forme pour les deux journées qui vont suivre, car elles risquent de se terminer tardivement…

(Organisation Cactus)

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samedi, 12 juillet 2014 01:00

Ardentes 2014 : samedi 12 juillet

En mode récupération après l’effort, votre sympathique envoyé spécial avait décidé de mandater quelques espions à sa solde, mais aux solides épaules, pour assurer la première partie du festival. Ainsi, arrivé frais et dispo avec plus de deux heures de retard, je récolte illico les premières impressions pour vous les livrer comme si vous et moi y étions.
Mes artères ainsi ménagées me permettent alors de tirer le meilleur party (sic!) de certaines prestations de haut calibre.
D’humeur lézardante au début, mais les jambes fourmillantes au final, troisième jour au travers du prisme de mes dizaines d’yeux et d’oreilles.
Mis en jambe par une programmation montant en puissance au fil des jours, mais freiné dans mon élan par une condition physique réclamant un certain ménagement, je délègue donc le début de la journée à ces paires d’yeux et d’oreilles que je prends soin de laisser traîner chaque soir sur le site.

Malheureusement encore encrassées de boue, aucune de celles-ci n’est disposée à me souffler la retranscription du set de Boogarins, combo brésilien bien plus inspiré que leur équipe nationale de futobal.

Loin des clichés Samba ou Bossa Nova, leur Psychédélisme Pop tout droit issu de la mouvance Tropicalismo (un mouvement né à la fin des années soixante et ancré dans l’esprit révolutionnaire de l’époque) promettait en effet de lancer ce troisième jour de manière idéale.

Les Fastlane Candies ont quant à eux répondu présents et au pied levé pour combler les vides béants que les désistements tardifs de Palma Violets et Archie Bronson Outfit avaient laissés comme autant de lézardes dans le mur de la programmation initiale.

Chamboulements d’horaires agencés de main de maître par une équipe de fins stratèges du Tetris et qui propulsent MLCD en début de soirée plutôt qu’en fin d’après-midi ; décalant par la même occasion le reste de l’affiche.

Concrètement et en toute honnêteté, si je n’ai jamais été fan de My Little Cheap Dictaphone, pas plus que de Hollywood Pornstars, autre fleuron de la scène liégeoise où milite une phalange commune aux deux groupes, je suis toujours resté admiratif devant le travail et l’abnégation de ces membres, et en particulier face à l’acharnement de Michaël Larivière, alias Redboy, de tracer la voie de ses rêves.

Et malgré une paire de bras ostensiblement croisés sur ma poitrine, me conférant un air sceptique, j’apprécie à sa juste valeur le travail de ce combo qui ose croire en son potentiel (et qui aurait tort de s’en priver).

MLCD n’a rien inventé ; d’ailleurs, il ne se revendique pas créateur. Par contre, les musicos apportent constamment un soin particulier aux détails, et leur démarche artistique est irréprochable.

Et si les poses d’adolescents singeant ses idoles devant la glace peuvent parfois agacer, il faut y voir, non pas un désir pédant de se la jouer, mais simplement la matérialisation d’images d’Épinal qui longtemps ont sommeillé dans la tête de ces jeunes gens rêveurs, et qui au fil du temps, se sont concrétisées.

Toutes proportions gardées, n’en déplaisent aux détracteurs jaloux, MLCD possède la carrure d’un groupe de stade.

Certes, plus à l’aise au stade du Payray qu’à Wembley, par la force des choses, il a définitivement l’étoffe des grands noms belges.

En témoignent cette énergie, cette fougue et cette foi qui déplace les foules et génère, sinon des émotions fortes, tout du moins un plaisir hautement contagieux.

Le public ne s’y trompera pas ce soir, et je suis curieux, voire même impatient de les revoir dès ce mois d’août, au Pukkelpop, sur des terres moins promises.

Saluons au passage le travail de l’ingé son, qui est parvenu à nous faire oublier qu’on se trouvait dans le HF6, une sorte de hangar dont le nom de baptême se réfère au bassin sidérurgique liégeois, l’acoustique n’ayant rien à envier à un haut fourneau en activité. Une prouesse !

Sans oublier de mentionner l’introduction magistrale de Brian Carney (Mr Android 80’s) déguisé cette fois en Aladin Sane (avec une pointe de « Lionheart » de Kate Bush).

Un régal visuel !

Un petit coup d’œil dans le rétroviseur permet de constater qu’on a certainement vécu une des meilleures prestations de ces trois derniers jours, tandis qu’un rapide regard dans les heures futures conclut que le set de MLCD figurerait dans le top des groupes les plus plébiscités.

Un applaudimètre qui avait fort à faire en ce jour.

D’abord pour Les R’tardataires, lors d’un accueil populaire et très régional. Ensuite à l’égard de The Bots qui peut se targuer d’avoir accordé une prestation cinq étoiles.

Devant un parterre enthousiaste, la première fratrie du jour (Madensuyu leur emboîtant le pas quelques heures plus tard) taille le son en pièces et irrigue les tympans présents de son manifeste talent.

Mais seule la politesse reste de mise, par contre, à l’heure d’applaudir Fanfarlo, dont la Pop pourtant enlevée sur disque semble manquer de peps au grand air, s’essoufflant rapidement dans le cornet d’une trompette enrhumée.

Quelques dizaines de têtes dodelinantes se chargeant de donner un semblant de consistance à un public pour la majeure partie déjà sous anxiogène.

Pendant ce temps, The Van Jets tente encore mettre le feu au HF6, mais cet incendie sera rapidement circonscrit.

Mon attention, quant à elle, s’est depuis le début promise à Au Revoir Simone.Alignées en rang d’oignons derrière leurs claviers et machines, les trois New-yorkaises comptent bien faire montre de leurs meilleures intentions.

Lo-fi électronique de qualité, servie sur un plateau de franche camaraderie, sertie de sourires radieux et le tout accompagné d’un son irréprochable, c’est ce qui me convient parfaitement en ce début de soirée.

Leurs jolies jupettes tournoyant gaiement sous mes yeux et leurs mélodies s’accrochant à mes lobes d’oreille pour y susurrer quelques rêveries candides.

Ravi, j’en oublie presque la magnifique prestation de Timber Timbre qui s’est déroulée dans ce même aquarium une heure plus tôt.

Classe, élégante, tout en retenue, soit le contraire de l’attitude loufoque de son leader Taylor Kirk en tout début de nuit, quand celui-ci s’en prend malheureusement à plus fort que lui au sein de l’assistance réunie autour de Caribou.

Matérialisant ainsi ses ‘cauchemars de soie’ (dixit Les Inrocks), il ramasse son dentier et ses derniers cheveux dans le caniveau et finit ainsi tristement sa tournée, la mâchoire disloquée.

Imperturbables (mais aussi absolument pas au faîte de ce qui se trame en arrière plan), Caribou, justement, prend son élan en tenant fermement les rennes de la nuit.

Dan Snaith et son équipage, vêtus de blanc pour mieux accaparer la lumière, la reflètent dans chaque note dansante, ondoyante et chatoyante.

Une spirale colorée et inspirée où « Can’t Do Without You », le dernier titre en date, extrait du futur elpee (« Our Love »), dont la sortie est prévue pour octobre, glisse suavement sur le dancefloor de nos imaginations.

Rôdé à la scène, le combo canadien maîtrise admirablement bien son sujet, et si les subtilités de leurs morceaux s’étranglent dans l’espace sonore de ce cube de tôle, l’énergie ‘galvanisante’ de leur show se charge d’électriser la foule.

La virée nocturne se chargeant alors de néons fluorescents.

Factory Floor délivre un set résolument plus electro que prévu où les delays et les ondes inquiétantes et mystérieuses de leur opus éponyme se griment en évidences un peu décevantes.

Mais bien sûr, avant tout cela, l’évènement Stromae a mis tout le monde d’accord sur son phénoménal potentiel de showman unique, que seul peut se disputer, du moins en Belgique, au titre d’ambassadeur, un plat de moules frites.

Dans le même laps de temps, M.I.A. donne beaucoup d’elle même, allant jusqu’à inviter les fans sur scène.

Peu après, Madensuyu étale également tout son potentiel énergétique.

Le duo se déchaîne sur le podium de l’Aquarium pour effacer toute trace de doute sur l’efficacité d’un simple duo guitare/batterie.

Celle-ci se montrant très démonstrative dans ce registre et semblant accaparer toute la force d’un set souffrant néanmoins quelque peu d’un manque de relief.

Exit donc de ces lignes I Am et ses chaînes en or qui brillent, le Marc Lanegan Band, dont la voix éraillée peine à enflammer le parc aux alentours de l’heure du souper, Joan As A Police Woman, absorbée par une absence de cohésion espace-temps dans ma propre organisation ou encore Melanie De Biasio, Todd Terje, The Sore Losers, The Feathers, et entre autres Julia Holter pour de multiples raisons entre choix pertinents, et erreurs de placement.

Il me fallait à présent recharger mes accus pour le dernier jour, promis à un final étincelant de noirceur.

(Organisation Ardentes)

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mardi, 04 octobre 1994 00:00

San Francisco

‘L'œuvre d'American Music Club ressemble à un imposant mur de lamentations, sur lequel les journalistes peuvent battre leur coulpe et écrire tous les articles qu'ils auraient pu consacrer à Tim Buckley, s'il était encore de ce monde’ (Phil Nicholls - MM). Une belle métaphore qui donne une idée plus ou moins exacte de ce que l'on ressent à l'écoute d'un album d'AMC. Et pourtant, son septième opus est relativement moins pessimiste. Pour ne pas dire plus optimiste... Faut pas exagérer, quand même! Pas dans les lyrics, qui demeurent toujours aussi caustiques et introspectifs. Mais dans le ton. Plus rock, dans la lignée du fabuleux "Son" de Toiling Midgets gravé l'an dernier (NDR: pour rappel, Mark Eitzel y avait cumulé les fonctions de compositeur et de lead singer). Comme sur le sulfureux, lancinant, cuivré, "It's your birthday", l'intimiste, vertigineux, presque minimaliste "Love doesn't belong to anyone" ou l'insidieux, le venimeux "I'll be gone". Plus hymnique également, comme imprégné des vertus originelles ("Boy") de U2 sur "What holds the world together". Mais également plus pop. Avec un certain parfum réminiscent de Prefab Sprout ou de Deacon Blue. Mais d'une manière inattendue dans un registre vocal proche de Jean-Louis Murat sur "How many six packs does it take to screw in a light". Un album brillant. Mieux, éclatant. Qui par son éventail de nuances et sa richesse mélodique rencontre des émotions aussi complexes et pures que la joie torturée, le bonheur angoissant ou la fragilité sauvage ; des émotions qui, à la limite, deviennent même insupportablement magnifiques. Un must!

 

dimanche, 31 décembre 1995 00:00

Strictly commercial - the best of...

Entre 1964 et 1993, Frank Zappa a commis plus de 40 elpees, à travers lesquels il a multiplié les expériences musicales parmi les plus riches et les plus aventureuses de l'histoire de la rock music, tout en observant un formidable commentaire social du rêve américain. Au cours de sa trop brève existence, ses différentes formations –la plus célèbre demeurant, bien sûr les Mothers of Invention– accueilleront quelques uns des meilleurs musiciens et vocalistes du rock, du jazz et de la soul. George Dukes, Jean-Luc Ponty, Flo & Eddie, Aynsley Dunbar, Ian et Ruth Underwood, Chester Thompson, Roy Estrada, Adrian Belew figurent parmi ses plus illustres collaborateurs. Cette compilation posthume réunit les succès les plus involontaires de Zappa. Un choix qui ne reflète son œuvre que superficiellement, mais qui devrait permettre aux novices de pénétrer en douceur dans le monde fou-fou-fou de ce personnage hors du
mardi, 31 mars 1998 01:00

Blur plutôt qu’Oasis…

En 32 ans d'existence, le ‘Top of the Pops’ n'avait jamais connu un tel événement : programmer un groupe non signé. Au début 96, Bis, jeune trio écossais n'avait pas encore conclu le moindre contrat au moment de son passage télé. Depuis, la formation –constituée de Manda Rin, de John Disco et de Sci-fi Steve– a déniché un label (Wiiija, en l'occurrence), sorti quelques Eps et un premier album (« New transistor heroes »). Le groupe a aussi effectué un saut par la Belqique, au Pukkelpop, où Bis a donné une prestation remarquable au point qu'on peut considérer qu'il figure parmi les rares révélations du festival. C'est Manda, la chanteuse/claviériste et John, le bassiste, qui ont accepté de répondre à nos questions.

Ce passage à ‘Top of the Pops’ est un bon souvenir? 

J : Oui, nous nous en souviendrons encore longtemps. Beaucoup de monde nous associe, encore aujourd'hui, à l'émission. Même si depuis, nous n'y avons plus été invités...
M : Ce qui était exaltant pour nous, ce n'est pas d'y être passés alors que nous n'avions pas de contrat, mais bien d'être programmés dans cette émission légendaire, entre Take That et Gary Numan... qui est un héros de John! C'est un rêve d'enfance de pouvoir y participer. ‘Top of the Pops’ nous semble avoir toujours existé...

Lorsque vous étiez jeunes, vous regardiez souvent cette émission?

J : Oh, tu sais, Top of the Pops était programmé tous les jeudis soirs. On la regardait après avoir avalé son 4 heures. On ne l'aurait manquée pour rien au monde.

Sci-fi Steve, John Disco et Manda Rin : pourquoi tous ces surnoms?

J : Pour le plaisir, l'esthétique. Les noms de famille sont ennuyeux !
M : Et ce choix permet d'éviter qu'un tueur fou ne regarde dans l'annuaire pour rechercher notre adresse!

Qui a dessiné de la pochette de votre album? Que représentent pour vous la BD japonaise, les mangas ou ‘Dragonball’?

M : C'est moi qui me suis chargé du graphisme de la couverture, mais nous avons tous collaboré aux dessins et au montage à l'intérieur du livret. J'aime beaucoup le dessin, tandis que John et Steve préfèrent le collage et l'assemblage... Je me suis toujours beaucoup intéressée à la BD japonaise, mais elle n'est pas très populaire en Ecosse. En ce qui concerne l'art japonais, je ne l'ai découvert que récemment, et je dois avouer qu'il a quelque chose qui me fascine.
J : Nous apprécions tous la culture asiatique, japonaise en particulier. En plus, nous sommes devenus rès populaires au Japon!
M : Nous y avons vendu 100 000 albums au cours des deux premières semaines de sa sortie. C'est dingue. Nous sommes donc devenus des stars quelque part dans le monde!

Un amour pour Blur

Est-il exact que vous souhaitez devenir aussi populaires qu'Oasis et Blur réunis?

M : Et même plus importants!
J : Ce serait vraiment bien si nous pouvions convaincre les fans d'Oasis d'aimer Bis. Mais apparemment, auprès des fans d'Oasis, cela n'a pas tellement l'air de marcher.
M : De toute façon, moi, je ne suis pas une grande admiratrice d'Oasis. Et puis, ils ne sont pas très intéressants, lorsqu'ils se produisent sur scène : il n'y a rien à voir! Je préfère un concert de Blur. Ca déménage beaucoup plus. Blur est un des rares groupes que nous aimons tous les trois! En fait, nous avons des goûts musicaux différents. Nous sommes très proches de Blur, parce que leur musique change constamment. Lorsqu'ils composent de nouvelles chansons, on ne sait jamais à quoi s'attendre. Elles peuvent être rapides, lentes. Alex et Graham peuvent aussi suppléer Daman au chant. Et cette formule s'apparente très fort à celle de Bis. Oasis, on sait exactement à quoi leur prochain single va ressembler : toujours le même rythme. Ce n'est pas le cas chez Blur.
J : Ouais, et Radiohead aussi est bien plus attachant que le groupe des frères Gallagher...
M : Il y existe beaucoup de groupes plus passionnants qu'Oasis. J'ai l'impression que les gens se sentent obligés d'acheter leur album pour être dans le coup. En ce qui nous concerne, nous voudrions réussir, mais tout en conservant le contrôle de notre création, de notre avenir. La plupart des formations qui deviennent très importantes sont souvent dépassées par les événements. Elles prennent leurs distances vis à vis de leurs fans. L’idéal pour nous, ce serait de rester proches de notre public.

Que représentent pour vous les influences qu'on vous prête comme X-Ray Spex ou les B52's?

M : X-Ray Spex? Je les ai seulement découverts lorsque des magazines nous ont comparé avec eux et finalement, j’avoue qu'ils me plaisent beaucoup. Leur album est remarquable. Et dans ces conditions, si nous sommes souvent comparés à ce groupe, c'est plutôt bien.
J : Les B52's n'étaient pas non plus un groupe ordinaire. Ils avaient quelque chose d'unique, le public n'était pas trop habitué à leur style. C’est sans doute ce qui les a rendus célèbres.
M : ils n'ont pas peur de montrer qu'ils sont heureux. Beaucoup de groupes ont peur de sourire sur les photos, de peur de ne pas avoir l'air cool. Je suppose aussi que les mélodies au clavier ont quelque chose de commun avec nous. Et puis peut-être aussi cette joie qui transpire de leur musique? Hors de ce contexte, la chanteuse des B52's ne serait sûrement pas très heureuse si on comparait ma voix et la sienne! Ce serait d'ailleurs abusif ! Pourtant, j'adorerais chanter comme elle, mais je ne sais pas, question de timbre! Et puis, il y a plus de mordant dans mes inflexions, non ?

Sur votre album, deux chansons (« Everybody thinks » et « Dinosaur germs ») sont particulièrement marquées par le ska. Comment avez-vous pu être influencés par cette musique qui était en vogue alors que... vous veniez à peine de naître?

J : Les Specials et Madness sont mes groupes préférés! Ce sont des formations sur lesquelles nous pouvons nous appuyer, parce que leur musique était rafraîchissante et leurs prestations live toujours délirantes. A 2 ou 3 ans, j'avais déjà leurs disques! Et j'ai continué à les écouter jusqu'à mes douze ans.

L’école forcément !

Pourquoi la plupart des vos textes concernent-ils l'école, les drogues et le vandalisme?

M : John, comme moi, n'a que 20 ans, et Steven à peine 21. La plupart de notre vécu, c'est l'école où nous avons passé plus de 10 ans. Et puis, l'école est forcément un épisode de la vie qu'on n'oublie pas. Les autres sujets que tu cites : la violence? Je ne sais pas vraiment... La drogue? Je suis tout à fait contre...

N'est-il pas paradoxal d'afficher un look très juvénile, alors qu'au moins l'un d'entre vous pense que l'enfance était horrible? 

J : Le commun des mortels pense que dès tes 18 ans, tu dois devenir un adulte, te comporter comme un adulte et penser comme un adulte. Il est utopique de changer d'apparence et d'état d'esprit, à cet âge-là. Nous n'avons pas honte de chanter les plaisirs de la jeunesse, même si en général, il n’est pas courant de se focaliser sur ce type de sujet. Nous décrivons ce qui nous rend heureux ou tristes, et puisque nous avons souvent été heureux pendant notre jeunesse, nous en parlons. La jeunesse nous inspire plus que l'amour, par exemple, parce que là, nous ne savons pas très bien de quoi parler!

(Merci à Jean-Baptiste Ducrotois)

Article paru dans le n°51 de mars 1998 su magazine Mofo

samedi, 28 juin 2014 14:48

Un nouveau Plant pour septembre

Ce 9 septembre paraîtra le nouvel album de Robert Plant. Le premier single qui en est extrait, « Rainbow », est disponible depuis ce 24 juin. Pour enregistrer « lullaby and… The Ceaseless Roar », l’ex-Led Zep a recruté un nouveau backing band qu’il a baptisé The Sensational Space Shifters. Et pour composer ses morceaux, il s’est ici notamment inspiré de la musique africaine…

Robert Plant se produira à Werchter ce 3 juillet.

“lullaby and... The Ceaseless Roar” track list

1. Little Maggie
(Trad. arr. by Plant/Adams/Baggott/Fuller/Smith/Tyson)
2. Rainbow
(Plant/Adams/Baggott/Fuller/Tyson)
3. Pocketful of Golden
(Plant/Adams/Baggott/Camara/Fuller/Smith/Tyson)
4. Embrace Another Fall
(Plant/Adams/Baggott/Camara/Fuller/Smith/Tyson)
5. Turn It Up
(Plant/Adams/Baggott/Fuller/Smith/Tyson)
6. A
Stolen Kiss
(Plant/Adams/Baggott/Fuller/Tyson)
7. Somebody There
(Plant/Adams/Baggott/Fuller/Smith/Tyson)
8. Poor Howard *
9. House of Love
(Plant/Adams/Baggott/Fuller/Smith/Tyson)
10. Up on the Hollow Hill (Understanding Arthur)
(Plant/Adams/Baggott/Fuller/Tyson)
11. Arbaden (Maggie's Babby)
(Plant/Adams/Baggott/Camara/Fuller/Smith/Tyson)

Premier single “Rainbow” : http://www.youtube.com/watch?v=F3L0EUbRJGk

jeudi, 12 juin 2014 01:00

Facebook ? Du tape-à-l’œil !

Admiral Freebee vient donc d’enregistrer un nouvel album, « The great scam ». Traduisez : la grande arnaque. Il s’agit de son quatrième. Un disque enregistré sous la houlette de John Agnello, à New York ; et pour lequel il a reçu, entre autres, le concours de Steve Shelley (Sonic Youth), J. Mascis (Dinosaur Jr) et surtout de David Mansfield (NDR : au cours des seventies, il a milité au sein du backing group de Bob Dylan puis de T-Bone Burnett). Bonne surprise, ce nouvel elpee est excellent (voir chronique de l’album ici). Il méritait au moins que son géniteur, Tom Van Laere, nous en parle. C’est ce qu’il a accepté, et dans la langue de Molière. Sympa !

C’est donc John Agnello qui s’est chargé de la mise en forme du long playing. A la production et aux manettes. Pas n’importe qui, puisqu’il a notamment bossé pour Sonic Youth et Dinosaur Jr., mais aussi pris soin du dernier opus de Kurt Vile, « Wakin on a pretty daze ». C’est d’ailleurs après avoir écouté l’elpee du Philadelphien, que Tom a conclu que c’était le meilleur choix. Il s’explique : « J’aime beaucoup Kurt Vile et War on Drugs (NDR : l’ex-groupe de Vile). Et évidemment, le dernier album de Kurt. Mais John a réservé un traitement personnel au mien. J’apprécie quand un producteur sent ce qui colle le mieux au climat de tes chansons. » D’accord, mais en matière de prod, Agnello a un son bien à lui. Perso je me souviens d’une formation américaine –excellente, par ailleurs– que j’avais interviewée il y a une quinzaine d’années, et qui répondait au patronyme de Cell. Et John avait enregistré leur long playing dans une église en bois, près de Woodstock. Faut croire qu’il a un secret de fabrication… « Le secret, c’est qu’il utilise les même effets pour tous les instruments. Que ce soit les guitares, les claviers ou la batterie. » Les sessions d’enregistrement se sont déroulées à Hoboken, près d’Anvers. Amusant, quand on sait qu’il existe un autre Hoboken au Sud d’Anvers. Tom revient sur cette coïncidence : « Je lui ai raconté, mais il n’a pas vraiment compris. Par contre, c’était aussi sympa de savoir que Frank Sinatra est né à Hoboken… »

Quatre ans sans sortir d’album ! Panne d’inspiration ou envie de créer un effet de manque chez les fans ? Il se justifie : « Pas tellement une absence d’inspiration, mais oui peut-être afin de créer un manque. Cependant, quand tu enregistres un album, il faut au moins une bonne année avant qu’il ne sorte réellement. Et je suis entré en studio, à New York, en juin 2013. En outre, lors de la sortie du disque précédent, je suis de nouveau parti en tournée ; et deux ans passent vite sur la route. Enfin, il faut aussi vivre un peu ; rencontrer beaucoup de femmes et connaître de nouvelles aventures (rires). Il n’y a pas que la musique dans la vie… »

Tom a un jour déclaré qu’il était fan des erreurs brillantes. Lors d’une interview un peu folle, qui s’était déroulée en compagnie de tous les musiciens d’Ozric Tentacles, l’un d’entre eux m’a tenu le même langage. Car ces dérapages leur permettaient d’improviser. Notre interlocuteur approuve : « J’aime également les erreurs, car je suis un petit peu une erreur (rires). Si je n’aime pas les erreurs, je ne m’aime pas moi-même. Quand je me trompe, je dis toujours à mes musiciens, qu’au bout de la troisième fois, ce n’est plus une erreur… »

Le dessin est très important dans le processus de composition chez Tom. Il est étroitement lié à l’écriture. Il approuve : « Pour composer les chansons de cet album, j’ai beaucoup dessiné. Des visages. Et ces croquis m’inspirent pour jeter les bases d’une chanson que je consacre à la personne que j’ai dessinée. »

‘The great scam’ se traduit par ‘La Grande Arnaque’. Tom réagit : « C’est la traduction en français ? C’est bon à savoir ! Alors, quand je vais causer avec des journalistes francophones, je vais pouvoir leur déclarer que je suis le Monsieur de la Grande Arnaque. » Par rapport à la symbolique du titre, est-ce bien l’image, l’apparence qu’il considère comme une grande arnaque ? Ce qu’on appelle vulgairement de la com’. Très présente dans l’univers de la politique, par exemple. Afficher un visage différent de celui que nous devrions montrer ? Considérer l’authenticité comme un produit ? Mais est-ce la raison pour laquelle il a déclaré que le monde serait meilleur s’il était plus vulnérable ? Il commente : « Le plus bel exemple de tape-à-l’œil, c’est certainement Facebook. Ah oui, le commun des mortels affirme que la solution de tous nos problèmes passent par les réseaux sociaux ; que grâce à eux, tout baigne. Mais ce n’est pas la réalité. Aujourd’hui, il est de bon ton de nager dans le bonheur. C’est pourquoi j’ai écrit la chanson ‘I don’t want to feel good today’, car j’estime que quand tu n’es pas heureux, ce n’est pas grave. Tout le monde traverse des moments difficiles. Mais pourquoi simuler un état de bonheur quand on ne le vit pas ? Pour faire croire à ton entourage que tu es constamment heureux ? C’est un peu difficile de l’exprimer en français, mais l’authenticité est devenue une façade. Le paraître a pris le pas sur l’être. Et ça c’est la plus grande arnaque. Donner l’illusion que tu es sincère, alors que tu ne l’es pas. Et être convaincu de ta sincérité. Perso, j’estime qu’il est quand même préférable de savoir quand tu joues la comédie… »

Il a aussi déclaré que ses chansons étaient à la fois un testament et une résurrection. Là manifestement, on entre dans le domaine de la religion. Tom confesse : « Simplement, je ne suis pas particulièrement religieux, même si je crois en Dieu. Lorsque je regarde une femme noire très belle, je pense réellement que Dieu en est le créateur. C’est aussi comme quand j’écris une bonne chanson ; ce n’est pas moi l’auteur, mais Dieu… »

En écoutant son album, trois références me viennent à l’esprit : Ryan Adams, Chuck Prophet et Lloyd Cole. La réponse fuse : « Lloyd Cole, je l’ai beaucoup écouté. Tu es le premier qui m’en parle, et tu as raison. Mon album de chevet, c’est… il est de couleur bleue, je ne reviens plus sur son titre… » (NDR : ‘Broken Record’ ?)

David Mansfield, un ancien et illustre collaborateur de Bob Dylan s’est chargé de la mandoline et surtout de la pedal steel, lors des sessions d’enregistrement. « Il est incroyable. A l’âge de 15 ans, il tournait déjà en compagnie du band de Bob Dylan. Il était très jeune et côtoyait déjà des vétérans. Il a participé à l’enregistrement de 7 elpees de Bob Dylan, et a également bossé pour Tom Waits et T-Bone Burnett. » On suppose que c’est John qui a eu l’idée de l’inviter. « Oui, il le connaît très bien. Il travaille beaucoup avec lui. Mais le plus impressionnant, c’était sa rapidité d’adaptation. Je voulais lui expliquer les accords et lui me répondait que ce n’était pas nécessaire. Il les écoute et les reproduit instantanément. Et quasi à la perfection. Il se plante rarement… »

John Mascis joue sur un des titres de son nouvel album, « Finding my way back to you ». S’il a joué aussi fort en studio qu’en live, toute l’équipe devait se protéger à l’aide de boules Quiès… Tom précise : « Sa collaboration s’est effectuée via internet. Il ne s’est pas déplacé à Hoboken. On a d’abord communiqué via skype ou e-mail. Puis il a exécuté sa partition dans son home studio. C’était mieux ainsi, car il était loin de nous ; mais c’était déjà trop fort pour nos oreilles. » (rires)

Tom a tourné aux States, il y a un quelque de temps, en compagnie de Neil Young. Un musicien dont il apprécie particulièrement la musique. Mais comment est-il parvenu à concilier son agenda et le sien, souvent considéré comme démentiel, quand on sait que l’Anversois n’aime pas trop faire le forcing lors des tournées, pour y privilégier, notamment, le contact avec l’habitant. Tom clarifie : « Cet été je vais encore tourner avec lui. Non, mais pas de souci, je n’ai accepté que trois ou quatre dates. »

A propos de concert, votre serviteur avait eu l’occasion d’assister à un set d’Admiral Freebee, en 2005. Tom me demande : « C’était en trio ou dans un groupe avec deux ou trois guitaristes ? » C’était en compagnie d’un groupe. Il ajoute alors : « Et maintenant, c’est un nouveau line up, et il y a des cuivres. » Pour donner une coloration plus swing et r&b ? Comme sur ‘Do your duty’, un titre un peu festif, abordé dans l’esprit de la Nouvelle-Orléans ? « On va le jouer au Cactus (NDR: ce samedi 12 juillet 2014). Et la présence de cuivres nous entraîne un peu dans l’univers de la Nouvelle Orléans, un peu comme chez Dr. John. Tu connais la série télévisée américaine ’Treme’ ? Elle baigne dans ce climat musical louisianais… »

Tom chante, joue de la guitare et de l’harmonica. Or, en général, un harmoniciste est disciple d’un maître du jazz ou du blues. Tom avoue : « J’aime beaucoup le blues. Et ma référence est Little Walker. On va également se produire au festival de Peer, cette année. Pour y jouer du blues. Une majorité de compos de blues… »

 

vendredi, 13 juin 2014 14:43

The great scam

Pour enregistrer son nouvel album, Tom Van Laere a de nouveau enregistré aux States. A Hoboken, près de New York, très exactement. Et sous la houlette de John Agnello. Un producteur notoire qui bosse ou a bossé régulièrement pour Sonic Youth, Dinosaur Jr, Kurt Vile, et bien d’autres, dont Cell, un quartet qui avait publié deux elpees épatants au tout début des 90’s.

Lors des sessions, l’Anversois a bénéficié du concours de quelques grosses pointures. Dont le drummer du défunt Sonic Youth, Steve Shelley, des guitaristes Jeff Bailey (Phosphorescent) et J Mascis (Dinousaur Jr), ainsi que de David Mansfield, à la mandoline et surtout à la pedal steel, un musicien qui a milité, au cours des 70’s au sein du backing group de Bob Dylan.

A l’écoute de cet opus, on ressent la patte d’Agnello. Le son est chaud. Typiquement américain. Un climat qu’on retrouve également dans la musique de Lloyd Cole (NDR : il est pourtant britannique, mais vit aux States depuis plus d’un quart de siècle). Tom possède une voix rauque parfaitement adaptée à ce type de répertoire, une voix qu’il ponctue épisodiquement d’interventions à l’harmonica.

Enrichi de cuivres et caractérisé par ses arrangements luxuriants, l’hymnique « Nothing else to do » évoque plutôt Ryan Adams. Bien balancé, « Walking wounded » lorgne vers Chuck Prophett (NDR : deux artistes bien yankees !) Un titre au cours duquel on a envie de danser ou tout au moins de taper du pied. J Mascis vient donner un bon coup de gratte sur « Finding my way back to you ». Et particulièrement offensif, « No one here » nous communique irrémédiablement la bougeotte. Vous avez sans doute déjà entendu le single « Breaking away », sur l’une ou l’autre station radiophonique, une compo contagieuse dont les cordes de guitare tintinnabulantes évoquent The Church.

Mansfield dispense ses interventions à la pedal steel sur les pistes les plus alanguies. A l’instar de « The land of lack » ou du mid tempo « Don’t want to feel good today ». Autre piste mid tempo, « Making love in 2014 » est parcourue de sonorités de guitare bringuebalantes ; un morceau dont la mélodie semble ficelée à la manière de feu John Lennon. Conjuguant bossa nova et country & western, « In spring » constitue la plage la plus ensoleillée du long playing. A contrario, « Sad old light » l’achève sur un ton plus ténébreux ; une plage crépusculaire, presque martiale, rythmée par le glas d’une cloche et enveloppée de chœurs. Enfin, on épinglera encore l’émouvant « The poet’s words », une compo caractérisée par la participation d’une section de cordes ainsi que d’une harpiste ; puis l’étonnant « Do you duty », un morceau discrètement épicé de swing qui lorgne subrepticement vers la Nouvelle Orléans…

Son meilleur album à ce jour. Il figurera certainement parmi mon Top made in Belgium pour 2014. Si pas davantage…