Light Asylum lève le voile sur un nouvel album

Peu de groupes peuvent se targuer d'avoir le statut de 'groupe culte', mais c'est clairement le cas pour Light Asylum. Emmené par la voix énigmatique de Sharon Funchess, le projet basé à Portland, dans l'Oregon, a secoué le petit monde de la musique…

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Aucun remboursement de prévu pour les Lambrini Girls

Le duo punk Lambrini Girls sortira son deuxième album, « No Refunds », le 15 janvier 2027 chez City Slang. En attendant, il a partagé un tout nouveau single, « Bang Bang Bang », accompagné d’un clip vidéo. Successeur de leur premier elpee, « Who Let The Dogs…

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Ora Cogan
Jon Spencer
Chroniques

Dennis Gruenling

Rockin' all day

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Manifestement, Dennis Gruenling est devenu un des plus talentueux harmonicistes contemporains. Issu du New Jersey, il avait émigré, il y a une vingtaine d’années du côté de la Nouvelle Orléans, avant de revenir chez lui, fort de cette expérience. Il a beaucoup écouté les artistes mythique du Chicago blues, comme Little Walter, Big Walter Horton, James Cotton et Georges ‘Harmonica’ Smith. Mais il apprécie également le R&B et le swing. En 1998, il monte son all-star band local. L'année suivante, il grave son premier opus, "Denny Gruenling & Jump Time". Dans la foulée, il publie "Up all night" en 2000 et "That's right" en 2011. En 2007, il avait rendu hommage à son dieu, Little Walter, en concoctant "I just keep lovin' him". Il avait alors notamment reçu le concours de Kim Wilson, Rick Estrin, Steve Guyger et Rusty Zinn. Au fil du temps, il s’est forgé une belle notoriété comme instructeur d'harmonica. Dennis ne dispose pas vraiment de backing band. En général, il se produit en compagnie d'autres artistes. Parfois le Dave Gross Band et surtout Doug Deming & The Jewel Tones, équipe qui a d’ailleurs participé à la mise en boîte du présent opus !

L’elpee s’ouvre par la plage éponyme. Ce "Rockin' all day (reelin' & rockin')" est signé par Jimmy Mc Cracklin. L'harmonica chromatique collé à la bouche, Dennis nous plonge dans le jump blues. Son envol sur sa musique à bouche est majestueux. Chargée de swing, cette piste de toute bonne facture est chantée par Doug Deming. Autre plage classique, "Roll your moneymaker" est issu de la plume de Shakey Jake Harris. Elle remonte à 1958 (NDR : Magic Sam collaborait à la version originale, une compo produite par Willie Dixon). L’adaptation est nerveuse et pétillante. Dennis décolle dans le style cher à son maître, Little Walter. Gruenling  arrache des sonorités époustouflantes de son harmo chromatique en intro de "The Rev", un instrumental extraordinaire. De toute évidence, le R&B de la fin des années 40 a fortement marqué nos deux amis. La cover du "Saturday night fish fry" de Louis Jordan, que chante Deming d’une voix chargée de révolte, en est une belle illustration. Et puis, quel panache ! Le swing est omniprésent. Sa texture est veloutée tout au long de "One scotch, one bourbon, one beer", un morceau popularisé dès 1953 par Amos Milburn. Et le quartet est scintillant sur le classique de Wynonie Harris, "What's wrong with me?" Retour au blues de Chicago sur la reprise lumineuse du "She's so pretty" de Muddy Waters. Doug y est impérial sur ses cordes. Le "You can do no wrong" de Carl Perkins (NDR : souvenez vous "Blue suede shoes") trempe dans un rock’n’roll très fifties. D’une grande pureté, cette compo caractérisée par cet harmo intarissable, est un véritable régal pour les oreilles. Dennis se réserve le chant sur une seule piste, "It went down easy" de Melvin Smith, mais n’y injecte guère de passion. Et on épinglera encore "Actin' crazy", un titre entraînant signé Doug Deming, un excellent Chicago shuffle tourné vers la cité des vents. Cette tranche de blues 5* s’achève par "Hotso", un remarquable exercice de style instrumental.

 

Green Day

¡Uno!

Écrit par

Green Day se réserve de plus en plus d’escapades. Parfois à la limite du prog. Parfois pharaoniques, telles que des comédies musicales punk ; le très bon « American Idiot » et le beaucoup moins réussi « 21st Century Breakdown », en sont les plus belles illustrations… Mais les Californiens ont décidé de changer une nouvelle fois de fusil d’épaule en publiant trois albums en quelques mois. « ¡Uno! » constitue le premier volet de cette trilogie punk. Les suivants –étonnant, n’est-ce-pas ?– seront baptisés « ¡Dos! » et « ¡Tré! ». Pourquoi pas ! De quoi nous rendre circonspect à l’écoute de cet « ¡Uno! »’

Le trio de la Bay Area aurait-il eu les yeux plus grands que le ventre ? Dès l’inaugural « Nuclear Family », on est rassuré. Le trio continue de pratiquer un punk-pop avec la même rage toute adolescente. Et la formule souvent gagnante (« Angel Blue », « Let Yourself Go »), parfois perdante (« Troublemaker »), devrait ravir les fans des Américains : mélodie ultra-catchy (« Kill the DJ »), section rythmique impeccable, power guitares acérées, le tout au service de brûlots oscillant autour des 3 minutes comme à la bonne époque de « Dookie »… ‘One, two, three’ ou ‘Uno, Dos, Tré’… ‘Let’s Go !’ Les 3 idiots de Green Day ne vieilliront probablement jamais.

 

Mickey Freeman

Livin' the dream

Écrit par

Mickey Freeman est une chanteuse de couleur blanche dont le parcours musical a commencé en 1980. A Boston. A l’époque, elle avait répondu à une petite annonce qui recherchait une candidate, susceptible d’intégrer un quartet vocal. Elle est ainsi devenue membre d'un ensemble de swing, les Boo-Bettes. Pendant deux ans, au sein de cette aventure, elle se forge une belle expérience. Et monte The Ritz, en s’inspirant de Manhattan Transfer. La formation sillonne les festivals de jazz et commet deux albums, au cours des 80’s. Elle fonde alors une famille et s’établit dans le New Jersey. La décennie suivante, elle privilégie la configuration duo, avec piano, ou trio. En 2008, elle en revient à la formule de groupe vocal. En 2011, son ami Duke Robillard lui demande de se concentrer sur le chant –jazz, bien sûr– et l’invite à rejoindre son nouveau label, Blue Duchess qu'il crée en compagnie de Jesse A. Finkelstein.

Pour enregistrer cet opus, Mickey a choisi un répertoire qui embrasse une belle variété de styles : ballades, swing blues et scat. Douze compos mises en boîte sous la houlette de John Paul Gauthier. Elle est soutenue par un trio : Paul Nagel au piano, Marty Ballou à la basse et Mark Teixeira aux drums, soit la section rythmique de Robillard. Sans surprise, Duke Robillard s’est chargé de la production et s’est réservé quelques parties de guitare…

Dès le départ, le ton est donné. "I've got the world on a string" baigne au sein d’un univers jazz intimiste, couleur cabaret. La contrebasse amorce la plage, rapidement rejointe par les ivoires. Très musicale, la voix de Mickey est douce. Tout en swing, ce jazz blues évoque des divas du passé, telles qu’Ella Fitzgerald et Sarah Vaughan. Des percussions exotiques stimulent "An occasional man", une piste traversée par les interventions de flûte dispensées par Wendy Klein. "More than you know" est empreint d’une tendresse extrême. Scott Hamilton souffle toute son émotion dans son sax ténor, lors de cette compo alliant simplicité, verve et passion, dédiée à feu son époux, Bob Zelnick. Miss Freeman injecte un zeste de sensibilité blues dans la voix pour attaquer "I ain't got nothin' but the blues", une plage fin de soirée, qu’elle interprète sobrement, soutenue par une intervention magique de Duke Robillard aux cordes. Et tout en swing, "Taking a chance on love" reproduit le même schéma. Tout au long de cette œuvre, le feeling de Paul Nagel au piano est chargé de passion. Il le démontre particulièrement sur "Surrey with the fringe on top" ou aux côtés de Scott Hamilton pour "Red top".

 

Doug Deming

What's it gonna take

Écrit par

Doug Deming est originaire de Detroit. Surtout notoire dans l’univers du blues, ce chanteur/guitariste puise pourtant son inspiration à de multiples sources ; et en particulier les racines américaines, le rockabilly, la country et le swing. Son blues est d’ailleurs largement teinté par les courants issus de la West Coast et du Texas. Il bourlingue depuis le début des années 1990. Il drive un backing band répondant au patronyme des Jewel Tones. En fait, une section rythmique réunissant le bassiste Andrew Gohman et le drummer Devin Neel. Son album précédent, "Falling through the cracks", était sorti en 2010. Il se produit le plus souvent en compagnie de l'harmoniciste Dennis Gruenling. Ils viennent ainsi d’enregistrer ensemble deux elpees, parus sur le label Vizztone. Deming possède un atout de plus que son ami Dennis : c’est un compositeur prolifique, il signe d’ailleurs huit des onze plages de ce long playing.

La plaque s’ouvre par le léger "What's gonna take". Tout est parfaitement en place. Les musiciens sont très soudés. Le tempo est indolent, paresseux, rappelant le climat humide des swamps louisianais. Remarquable harmoniciste, Gruenling souffle sobrement mais magistralement dans son instrument tout au long de "Think hard". Davantage rockabilly, "One good reason" est parcouru d’accents de contrebasse sautillantes, pendant que les deux solistes s'échangent quelques phrases bien maîtrisées. Place ensuite au swing. Mr Deming nous propose sa version du "Poison Ivy" de Willie Mabon, une compo qui remonte à 1954 (NDR : ne pas confondre avec celle signée par Leiber & Stoller" pour les Coasters). Gruenling tire son épingle du jeu sur l'instrument chromatique avant de mettre sur orbite les cordes du leader plongées dans un bain West Coast. Blues lent, "An eye for an eye" est largement inspiré par les sonorités du Chicago Southside de Muddy Waters. "I want you to be my baby" a valu un succès à Louis Jordan, en 1953. La reprise permet à Deming de réaliser une véritable performance vocale. Articulés à toute vitesse, les mots sont soulignés par l'harmonica insatiable de son pote. La piste est, en outre, ponctuée d'une sortie de guitare digne de Charlie Christian. L’ambiance au sein de laquelle baigne "No big thrill" évoque le Jimmy Reed au sommet de son art. Invité, Anthony Smith souffle dans les aigus. Sa maestria est diabolique !  Imprimée sur un mid tempo, "Lucky charm" ne manque pas d’élégance, les solistes rivalisant de sorties créatives… "A pretty girl" est une plage issue de la plume du compositeur/pianiste de jazz et blues, Buddy Johnson. Les Jewel Tones la restituent dans une atmosphère jazz, réminiscente du Cotton Club de New York! Ce festival de swing s’achève par "Bella's boogie", un instrumental percutant, théâtre des derniers échanges entre deux talentueux musiciens!

 

Deerhoof

Breakup Song

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Dans quelle nouvelle aventure Deerhoof allait donc nous entraîner sur « Breakup Song », sa dernière œuvre en date ? Propice à la mélancolie exacerbée, à l’instar du titre de l’elpee ou aux attaques agressives pour la conjurer ? Aucune de ces deux options n’a été retenue par la formation étasunienne, bien entendu…

Dès les premières notes du titre maître qui ouvre l’opus, on reconnaît le style unique en son genre de Deerhoof, hanté par la voix bizarre, haut-perchée de Satomi Matsuzaki. Des guitares fofolles (« To Fly or not to Fly »), des rythmiques arythmiques prodiguées par Greg Saunier, une déconstruction permanente faussement innocente, des claviers pop 80’s (« Zero Seconds Pause ») ou des ambiances tropicales (« The Trouble with Candyhands »)… la créativité est permanente tout au long de ce long playing dédié à la fête (« We Do Parties ») ! Complexes, leurs compos se savourent comme des bonbons acidulés qui n’ont jamais deux fois le même goût… Pourtant, parfois, le mélomane a l’impression qu’en essayant constamment d’innover, les Californiens se mordent légèrement la queue. Mais ce souci de remise en question permanent, entretenu tout au long de leurs 12 albums, mérite qu’on leur tire notre chapeau. Et ce « Breakup Song », dont la durée n’excède pas judicieusement les 30 minutes, est de la même trempe. D’ailleurs, le point de rupture est loin d’être atteint !

 

Sunny Crownover

Right here right now

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Sunny Crownover nous vient également de Boston. Spécialiste du swing, elle a aussi tapé dans l'oreille du maître Duke Robillard. C’était en 2010, alors qu’elle se produisait en compagnie du 2120 South Michigan Avenue. Bienveillant, Duke lui a dégoté d’excellents musicos issus de son entourage ; et en particulier Bruce Bears aux claviers, Brad Hallen à la basse, Mark Teixeira aux drums ainsi que le vétéran Sugar Ray Norcia à l'harmonica. Sans oublier la section de cuivres et même son ami Gary Nicholson. Le songwriter de Nashville lui a même réservé pas moins de cinq chansons.

Miss Crownover avait déjà partagé un projet auprès de Robillard, concrétisé par la sortie de "Sunny and her Joy Boys", en 2009. Elle a aussi participé à la confection de deux autres elpees du Duke, "Stomp! The blues tonight" en 2009 et "Tales from the Tiki Lounge" en 2012.

Southern R&B, "Oh yes I will" évolue dans un style bien proche de Memphis. La voix de Sunny est superbe. Duke en personne vient l'épauler aux cordes. Imprimée sur un tempo plus que modéré, "One woman man" est une ballade qui baigne dans un climat particulièrement cool. Un blues illuminé par la voix féminine que talonne par le piano de Bruce Bears (NDR : ce dernier a partagé la scène de grands bluesmen comme Little Milton, Big Jack Johnson, Toni Lynn Washington ou Luther ‘Guitar Junior’ Johnson. Excellent Chicago blues, "Love me right" bénéficie du concours du solide Sugar Ray Norcia à l'harmonica. Signée Fary Nicholson, "Right here, right now" est une superbe ballade qui colle parfaitement à la voix chaude et attachante de Sunny. "Roll me day" nous entraîne dans les bayous louisianais. Au cœur de cette atmosphère décontractée, Norcia s’autorise un l'envol à l’harmo. Robillard dirige la manœuvre sur "Cook in your kitchen", un rock'n'roll bien ficelé. Nouvelle tranche de R&B, "Warned" est soutenu par les cuivres drivés par le sax baryton de Doug James, mais aussi les cordes de Duke. Très enlevé, bien cuivré, "I might just change my mind" est un blues issu de la plume du compositeur bostonien, Al Basile. Blues teinté de jazz et de swing, "Hi-heels and home cookin'" met en exergue la clarinette de Billy Novick et le piano de Bears. En fin de parcours, Duke Robillard se signale encore, mais à la slide, sur "Trust your lover ; et sur ce tout bon Chicago blues, il s’y révèle particulièrement saignant. D’excellente facture, ce long playing s’achève en toute décontraction par "Can't let go"

 

Blackie & The Oohoos

Song for two Sisters

Écrit par

Blackie & the Oohoos est la nouvelle révélation issue du nord du pays. Un combo signé par le label Unday, dont le noyau dur réunit les sœurs Loesje et Martha Mahieu. Elles signent l’essentiel des compos et se réservent le micro et les claviers. Outre ces deux jeunes filles, le line up implique Milan Warmoeskerken à la basse, Alfredo Bravo aux guitares et Hannes D’Hoine aux drums. Leur participation ne se limite cependant pas au rôle de backing group, puisqu’ils cosignent quelques partitions et sont responsables de certains arrangements.

Musicalement, le combo anversois navigue dans des eaux troubles, à mi-chemin entre dream-pop et folk psychédélique. L’atmosphère est sombre, mélancolique. Les voix des deux filles plongent le mélomane au sein d’une ambiance tantôt nostalgique ou lugubre mais également fascinante et envoûtante.

Si aucune mélodie ne se détache vraiment pour se transformer en hit potentiel, l’ensemble s’avère d’une cohérence jamais prise en défaut, du début à la fin de l’elpee. De quoi captiver l’auditeur. Une fois de plus, les voix des frangines, telles deux sirènes, nous charment et refusent de nous lâcher. Nous sommes alors, tel Ulysse lors de son périple, prisonnier de ces deux nymphes ou sorcières, c’est selon.

Un beau voyage au cœur d’un univers riche, enchanté (en chanter ?) ou cohabitent fantômes, ondines, et autres créatures du même acabit.

« Song for two sisters » est judicieusement intitulé ; et il constitue déjà le second effort des deux sœurs Mahieu. Il fait suite, en outre, à un album éponyme, paru en 2010.

Une découverte intéressante et surprenante, même si elle ne déborde pas d’optimisme… 

 

Troy Von Balthazar

… is with the Demon

Écrit par

Troy Von Balthazar est un personnage énigmatique. Malgré le succès récolté par Chokebore, il a décidé de se lancer dans une carrière solo. En 2009, le combo s’était quand même reformé pour accorder quelques concerts ; et puis il avait publié un Ep l’an dernier, « Falls Best ». L’Hawaïen vient cependant de graver son troisième essai en solitaire, « … is with the Demon ». Un disque bien dans la lignée des deux elpees précédents. C’est-à-dire sombre, torturé, mélancolique, et probablement capable de refroidir le caractère du plus coriace des Inuits.

Sa voix est bouleversante d’intensité. Pensez à Mark Linous ou Elliott Smith (NDR : ils ne sont d’ailleurs plus de ce monde). Quelques accords de piano, des boîtes à rythmes bancales et des cordes de guitare faméliques soutiennent ce chant dont l’hypersensibilité est susceptible de briser votre cœur. L’émotion est à fleur de peau. Et la mélodie entretient parfaitement ce climat chargé de spleen. De parfaits exemples ? « Tiger vs. Pigeon » ou « Tropical ». Troy Von Balthazar s’enfonce dans le monde des ténèbres ; et soyez prudents, il pourrait bien vous y entraîner, sans même que vous le remarquiez…

 

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