Le rire de Will Paquin

Will Paquin sortira son premier elpee, « Hahaha », ce 12 septembre. Orienté guitare, psychédélique et garage-rock, il est décrit comme un chaos créatif à haute tension et imprégné d'humour, un élément souvent oublié dans le rock. En attendant, il a partagé…

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Paddang à la poursuite des fantômes…

Paddang est un trio de rock psyché formé en 2020 à Toulouse. Osees et King Crimson à fond dans lʼautoradio et un nom de groupe inspiré d'un spot de surf en Indonésie, Paddang file à toute berzingue dans une épopée cosmique. Les trois voix dictent le ton et…

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May Day

Un jour de mai comme si c'était déjà l'été?

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Assister à l'éclosion sur scène d'un nouveau talent, est un privilège rare pour un amateur de musique. Encore plus rare lorsqu'il s'agit de deux, lors de la même soirée. C'était pourtant le cas ce samedi 21 avril au Soleil de la Butte.

Virgule, nouvelle arrivante sur la scène parisienne, accordait ce soir son (presque) premier concert dans ce haut lieu Monmartrois. En ‘première première partie’, Cléo et Jane ouvraient agréablement la soirée par deux chansons plutôt sympathiques. Mais c'est May Day qui constituera la deuxième révélation de la soirée.

En pantalon et débardeur noir qui soulignent un teint mat, cette jolie femme ne manque pas d'allure. Une fois installée, guitare en main, elle évacue un peu du trac qui la tenaille en formulant quelques remarques ironiques. Dès la première chanson pourtant, on est surpris par une belle voix, assurée, mélodieuse, et surtout une vraie présence scénique. Etonnant quand on sait qu'elle n'a, jusqu'à présent, enregistré que des démos seule, dans sa chambre ; et qu'il s'agit là de sa première confrontation face à un public, certes intimiste, mais déjà trop nombreux pour lui être acquis par défaut. Sans effets faciles, May Day aligne des chansons intelligentes, souvent émouvantes et dont les refrains restent volontiers dans un coin de la tête. Ecoutez sa petite dernière, "Blood on my hands", pour vous en convaincre. Ses histoires lorgnent plutôt vers les teintes sombres de la palette des sentiments humains. Racontées sur un ton doux-amer, elles ne peuvent laisser indifférent.

Avant de laisser la place à Virgule, May Day achève un set sans faute par une reprise de "Music" de Madonna, introduite sur un ton caustique auquel ceux qui la connaissent quelque peu sont habitués : ‘Vous aimez Madonna ? Moi non plus, mais on est obligé par contrat’). Pas facile a priori de faire sonner une chanson comme celle-ci en se limitant à une voix et une guitare... mais la demoiselle s'en tire avec les honneurs.

Après une petite pause pour la mise en place et le réglage d'une sono qui, hélas, gâchera un peu le concert par ses problèmes chroniques, Virgule et sa bande s'installent.

Une batterie, une basse, une guitare, une choriste, un... violoncelle (tiens donc), et la voix ainsi que la gratte nonchalante de Virgule. L'ensemble forme un groupe parfaitement structuré. Dès les premiers morceaux, il est clair que si ceux-là n'ont pas encore beaucoup joué en public, ils n'ont aucun problème de cohésion. Nous partons donc pour une longue ballade au cœur d’un univers pastel, évoquant tour à tour des personnages un peu cassés ("La Joliesse"), la déprime d'une histoire d'amour finissante ("Mes Souvenirs"), les compromissions de l'existence ("C'est pas joli joli") ou une vie parisienne ("Paris").

Beaucoup de monde dans cette petite salle. Le groupe se produit face à un public debout, l'entourant comme s’attroupe autour d'un conteur venu narrer ses histoires curieuses. Les arrangements de Greg Behar, le guitariste, sont impeccables de justesse, aucun instrument ne s’égarant dans le superflu. La voix douce et un peu traînante de Virgule s'accorde très bien à cette tapisserie musicale, même si on peut penser qu'elle pourrait la muscler un peu. Le violoncelle de Fanny Warin reste la touche la plus originale, remplaçant avantageusement un clavier. Sébastien Saint André (basse) et Benoît Gascquet (batterie) se chargent de la rythmique, et Jane Sevilla ajoute sa voix haut-perchée sur la plupart des morceaux.

Lorsque le concert touche à sa fin, les applaudissements et surtout les sourires du public témoignent du très bon moment que chacun vient de passer. Une seule envie en repartant : qu'il y en ait d'autres, vite :-).

 

Zita Swoon

Big City

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Après nous avoir délivré un opus convaincant (« A song about a girls »), Zita Swoon nous propose un album tout à fait captivant. Pourtant, à l’issue de l’écoute des trois premières plages de « Big city », dont le single « I feel alive in the city », on se dit qu’il n’y a rien de neuf sous le soleil. Caressé par les chœurs des charmantes métisses, le ton reste résolument jazzyfiant. Les thèmes abordés par les lyrics sont constants : les amours (heureux et malheureux), la famille, les femmes, les rêves ou les illusions. Mais Zita Swoon ne tombe jamais dans la facilité. Il ose même une reprise du « Series of Dreams » de Bob Dylan. Opération délicate, mais parfaitement réussie. La voix de Stef Kamil Carlens passe toujours aussi bien la rampe. Que ce soit dans la langue de Shakespeare que celle de Molière. Lorsqu’il chante en français, ses origines néerlandophones transparaissent inévitablement ; mais son accent flandrien apportent ce petit plus à son timbre légèrement cassé. Pour concocter ce disque, Zita Swoon a reçu le concours de Miossec. Il ne s’est pas contenté d’être fan ou spectateur, mais a participé activement aux sessions d’enregistrement. C’est manifeste pour « Humble », compo sur laquelle on ressent la griffe du Breton. Ou encore tout au long de « Ose aimer ». On a même parfois l’impression que Stef mime le chant de Miossec. Cette œuvre aborde le thème des grandes villes. Et on ne peut s’empêcher de penser à « Paris » de Daniel Darc, à l’écoute de « L’opaque paradis ». Il y brosse d’une manière semblable façon un portrait guère reluisant de la ville lumière (‘Paris…mais qu’est-ce que je fais ci ?...tu m’appelles et puis tu m’oublies’).

Bref, à aucun moment on ne se lasse d’écouter ce digne successeur de « A song about a girl » et « A band in a box », ses précédents elpees. Sorti ce 30 mars, « Big city » ne devrait pas passer inaperçu, et pourrait même devenir l’album de la consécration pour Zita Swoon…

 

 

 

 

Templo Diez

Winterset

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Nos vies sont trop stressantes. Affublées de questions toutes aussi récurrentes que stupides  - ‘Ai-je bien fermé à clé ? Ai-je bien éteint le gaz ? Pourquoi tout ce froid ?’- nos débuts de journée ont souvent un goût de déjà-vu. Un goût sec qui colle au palais. La mise en route de Winterset vient poser d’autres questions : ‘Pourquoi te stresses-tu ? Pourquoi douter ? Pourquoi tu n’as pas mis un pull à col roulé ?’ Titubant entre doute et plénitude les Italo-franco-néerlandais de Templo Diez déjouent, sur un pied, nos angoisses primaires. Le groupe, après le gros succès de son premier album « Hoboken », décroché en 2003, réalise ici un forcing de bien-être en gravant 13 plages dénuées d’une quelconque particule de stress. Avec grandeur, les guitares volent comme jetées dans le puits de l’infini, croisant sur leur trajet la voix de Pascal Hallibert et d’une représentante féminine à la douceur vénézuélienne. Le projet ambitieux aurait pu se casser les dents mais Templo Diez n’as pas l’intention de se faire édenter et connaît les limites à ne pas franchir en frôlant le trop ambitieux pour ne rester qu’en zone ‘humilité’. Mot qui définit bien en un seul tout le caractère de la plaque. Joli coup de My First Sonny Weissmuller en emportant dans sa besace le poids de ces artistes.

 

 

Nadj

La

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Faites briller les cuirs les mecs, va falloir assurer sévère. Fini le temps où les concerts rock étaient désertés par la gente féminine, elles s’y sont introduites tout naturellement revendiquant même le droit à passer de l’autre coté de la scène : dessus !! Et ce n’est pas moi qui vais m’en plaindre, loin de là. Nadj, nourrie aux Fu Manchu et Motorhead n’en a gardé que les bonnes vitamines. Elle a décidé d’en profiter et de poser son 38 au pied du micro pour y crier ses textes. Elle n’é pas l’intention de s’arrêter en si bon chemin. Motivée par l’intérêt suscité par une major sur sa maquette autoproduite, elle semble vivre avec délice ce virage important. La provocation glamour de cette petite Bretonne, ancienne RMIste, se ressent sur des morceaux plus calmes comme « Aime » ou « Le Sens des choses », n’échappant pas à un retour de flamme comme sur « Tu Joues Quoi ? » qui vient percuter les lèvres et l’arcade. C’est rock, c’est doux, c’est sexy, c’est simple. On sent que la belle à encore des choses à dire. Donc si comme moi vous aimez les sous-tifs en cuir, ceci est une affaire à suivre…

 

Ted Leo

Living with the living

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Autant l’écrire tout de suite, cet album ne convainc pas d’entrée de jeu et l’inspiration manque quelque peu pour en réaliser une chronique. Le ton est en effet bien loin des mélodies ‘pop’ de 3 minutes qui accrochent instantanément par leur petit refrain. Heureusement, après trois titres, la patience et la curiosité sont rapidement récompensées. « Why do you love ? » nous plonge (enfin) au sein d’un univers passionnant. Celui de Ted Léo. Au guidon d’une Harley le long de la route 66. Dans ce contexte typiquement ricain, on se sent alors pousser des ailes. Et nous permet d’aborder la suite au cœur d’un périple qui oscille entre rock US bien trempé, bon vieux rock 70’s, rythm’n’blues, de folk irlandais -comme sur « A bottle of buckie », balayé par un whistle ou encore reggae (« The unwanted things »). Mais toujours en balisant le tout sur un tempo punk/rock engagé. Sans oublier d’y inclure l’un ou l’autre riff de guitare étincelant. Parfois on pense à Kings of Leon voire à Paul Weller (les ballades !). Les lyrics sont inévitablement engagés. Politiquement. A gauche, mais surtout anti-Bush. Sans l’indiquer explicitement. A l’instar de « The world stops turning ».

Bref, Ted Leo est demeuré fidèle à sa ligne de conduite. Mais sa philosophie s’adresse essentiellement à ses aficionados. En particulier ceux qui vivent sur la côte Est des USA. Vingt ans qu’il milite pour les mêmes idées. Même quand il sévissait chez les groupes de hardcore Animal Crakers, et Citizen's Arrest. Et apparemment, il n’a toujours pas envie de s’extraire de cette zone crépusculaire de l’underground. Ce qui n’empêche pas cette œuvre de s’avérer plutôt agréable à écouter… 

 

 

Michael Katon

Live & on the Prowl!

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Michael Katon est enfin de retour en ‘live’. Plus de quarante déjà que l'homme de l'enfer gratte sa guitare comme un possédé, un sauvage, malmène ses cordes sur les scènes de la planète. Issu de Hell, dans le Michigan, il a commis son premier opus en 1984 : "Boogie all over your head". Et de boogie, il en bien évidemment question tout au long de cette œuvre. En 1998, il nous avait déjà gratifié d'un opus enregistré en public, "Bustin' up the Joint – Live", un disque immortalisé dans un club obscur de l'Ohio. Son dernier elpee studio remontait à un an à peine : "MK", un elpee qui sert largement de rampe de lancement à son nouveau ‘live’. La moitié des titres en sont effectivement extraits. Une situation logique, puisque les prises datent de sa dernière tournée européenne accomplie en 2006, alors qu’il assurait la promotion de ce "MK".

Katon est soutenu par sa section rythmique inoxydable : Johnny ‘Bee’ Badanjek" à la batterie et Sid Cox à la basse. Un concert accordé par MK ne suscite jamais l'ennui, mais l’aventure n'a rien de reposant. Il nous invite à séjourner dans cet enfer déjanté, peuplé de décibels. Dès les premières secondes de son set, le géant secoue sa longue chevelure. Il ne desserre pas l'étreinte de son manche avant que le dernier accord ne s'éteigne. Son répertoire nous transporte dans son monde fait de rock'n'roll dur et lourd, de blues et de boogie furieux. Là où on brûle dans les flammes éternelles… Le décor est bien vite planté par "Guitar for my friend". Une fusion vibrante entre l'artiste et ses cordes suramplifiées. Le chant semble au bord de l’épuisement. Mais ce n’est qu’une impression, car au cœur de l'univers d’outre-tombe de l'infernal Katon, la vigueur renaît sans cesse de ses cendres. Dès le décollage, le docteur nous administre des doses massives du seul traitement qu'il connaisse. Le cheminot de Hell mène son train sur les rails de Lucifer : "Yeah… but we can boogie". L’emprise est irrémédiable. Le glissement de la slide nous prend tous à la gorge. Impossible de reprendre sa respiration. Ne reste plus, au passage, qu’à subir le riff puissant de "Baby please don't go". La montée d’intensité se poursuit. "American  McMofo" ressemble à une intervention chirurgicale désespérée. Auprès de lui, son concitoyen Ted Nugent n’est plus qu’un enfant chétif, doux et tendre! Toujours au bord de la rupture, sa voix l'emmène vers un rockin' blues impérial et extraordinaire : "Bad moon risin". Une compo proche du célèbre "Goin' down" de Don Nix. Pour le titre maître, la menace est à son paroxysme, la mise en scène impitoyable. L'orageux Michael consent de mettre la pédale douce. Une dizaine de minutes. Le temps d'expérimenter son livre de travaux pratiques consacrés à Jimi Hendrix. En l’occurrence sur "Luv a dawg". Mais, au même instant, il recharge les batteries de sa slide tonitruante. Et repart irrésistiblement sur le devant de la scène pour mieux cracher "Whiskey hill", un boogie furieux qui lui sort des tripes! Les cordes envahissent tout l'espace sonore. Plus moyen de relâcher la pression. Sa voix se déglingue, mais ne se rend pas. Il parvient à faire vibrer ce qui lui reste de cordes vocales pour hurler son "Rock'n'roll man", avant de mettre le cap vers un autre boogie menaçant : "Motorcycle blues". L'atterrissage s’opère dans l'ordre établi par l'artiste. Il se charge en personne de ramener son public à bon port, lors d’un boogie blues intitulé "Love hoodoo", une compo sortie tout droit des mystérieux bayous louisianais. La slide se met à hurler pour la dernière fois. Un accouchement dans la douleur, métallique ; et pourtant, les cordes ont bien tenu la distance. Chapeau bas! La participation à l'un de ses prochains concerts vous est largement recommandée! Il revient en Europe en mai prochain, il débutera sa tournée le 3, au Centre Culturel d'Harelbeke, chez l'ami moustachu poivre et sel, Eric Hautekeete.

 

 

Joakim

Monsters & Silly Songs

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Bienvenue dans l’antre électronique des ‘monstres et des chansons idiotes’. Aussi inquiétante et sombre qu’elle soit, il n’est pas question de fuir. Au contraire, on aurait tendance à s’y précipiter tête la première, sans se soucier de ce qu’il pourrait arriver. Et on s’y enfonce avec délectation jusqu’à destination. Attendus de pied ferme par Joakim et son orchestre de créatures nocturnes inquiétantes, on se laisse soudain envahir par un sentiment d’insécurité tandis qu’un sombre « Sleep In Hollow Tree » se dégage du fond de cet antre.

A-t-on fait le bon choix en y pénétrant ? La confirmation ne tarde pas. En voyant débarquer des visiteurs impromptus, le maître des lieux et ses musiciens insolites enchaînent sur des « I Wish You Were Gone », « Three Legged Lantern » et autres « Peter Pan Over The Bronx » déconcertants. Nous aurait-on menti ? Les ‘chansons idiotes’ dont il est question n’étaient-elles qu’une vilaine légende ? Pas de doute. « Drumtrax », « Love-Me-2 » et « The Devil With No Tails » constituent à eux seuls la raison pour laquelle tous ceux qui se sont aventurés dans l'angoissante propriété de Joakim n’ont jamais été revus. Hypnotisé par l’ensemble, il devient impossible de ne pas se proposer en offrande à sa horde de monstres qui s’en délecte d’avance…

 

 

Various Artists

Brownswood ‘bubblers’

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Dj influent dans la sphère de la soul, du jazz ou encore du funk, Gilles Peterson a fondé aussi deux labels qui ont tout de même laissé leurs traces : Talkin’ Loud et Acid Jazz. Sa nouvelle structure « Brownswood » reste dans les mêmes eaux et cette compilation se charge de nous présenter les poulains du label. Beaucoup d’artistes démontrent un goût pour l’expérimentation sonore qui doit beaucoup aux travaux des magiciens du hip hop et du r’n’b américains, de Dj Jazzy Jeff à Timbaland. Mais les rythmiques les plus concassées ne perdent jamais de vue la recherche mélodique. Au delà de l’électro (et un peu de jazz et samba) donc, c’est la soul qui mène la danse, qu’elle soit plutôt sixties (Nicolle Willis & the Soul Investigators) ou bien tournée vers le futur (Benny Sings & The Rednose District). A part les tentations ‘lounge’ de Ben Westbeech et quelques passages un peu trop cérébraux, la (grande) qualité est de mise. Ceux qui apprécient la soul mystique de Bilal, Georgia Anne Muldrow, Erykah Badu, D’Angelo, Jill Scott et les Soulquarians trouveront ici de quoi faire leur bonheur.

 

 

 

 

Various Artists

Blues Harp Meltdown Vol 3

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Le chanteur/harmoniciste Mark Hummel a fondé un espace de rencontre entre souffleurs de renom. En 1991. Baptisé "Harmonica Blowouts", il devient, d'année en année, de plus en plus populaire et s'exporte bien au-delà des limites de la baie de San Francisco. Au fil du temps, Mark a ainsi provoqué la confrontation des meilleurs sur scène. Des pionniers à la peau noire comme Snooky Pryor, Sam Myers, James Cotton et Billy Boy Arnold, ainsi que la crème des musiciens blancs, dont Rod Piazza, Charlie Musselwhite, Rick Estrin, Kim Wilson, James Harman, Paul deLay, Gary Primich, etc. Le label Mountain Top Productions avait déjà sorti les Volumes 1 et 2 de ces collections ainsi que "Rolling Fork Revisited", en compagnie de Johnny Dyer. Pour ce troisième tome, le rendez-vous s’est limité aux musiciens noirs ; et en particulier Carey Bell, Lazy Lester, Willie Smith et Phil Wiggins. Ce double elpee a été immortalisé ‘live’ au Moe's Alley de Santa Cruz, en Californie. En janvier 2004.

 

La première plaque s’ouvre par la performance de Mark Hummel et de ses Blues Survivors ; c'est-à-dire les mêmes musiciens qui ont participé à la confection de l'album "Ain't easy no more". Tout d’abord le superbe slow blues "City livin" ; une compo qui met en exergue le talent du guitariste Charlie Wheal. Deux reprises de Little Walter, ensuite. "My kind of baby" et l'instrumental "Rollercoaster", au cours duquel Hummel se révèle époustouflant. Le guitariste Steve Freund se joint ensuite aux musiciens. Il a longtemps sévi au sein du backing band du pianiste Sunnyland Slim. Steve est un gratteur affûté, mais également un chanteur inspiré. Il adapte de Slim, son ancien patron, "Done you wrong". Un blues lent, bien dans la tradition du Chicago Blues. Bob Welsh siège derrière le piano et Hummel se charge des chorus d'harmonica. Son intervention nous flanque le frisson. Willie "Big Eyes" Smith a été le batteur de Muddy Waters pendant près de vingt ans. La musique à bouche avait été son premier instrument. Pour la circonstance, il chante et souffle à nouveau lors de la cover du "Hoodoo man blues" de Junior Wells. Six minutes de bonheur rehaussées par la présence d’un Steve Freund insatiable aux cordes! Changement radical de style pour terminer ce premier cd : John Cephas et Phil Wiggins sont réunis lors d’un duo acoustique découpé dans le country blues. L’épisode débute par "Piedmont blues jam" et embraie par des reprises de Willie Dixon, Fred McDowell et Sleepy John Estes. On en retiendra surtout une extraordinaire intervention de Wiggins sur le traditionnel "Walkin' blues". Une bien belle parenthèse.

Le second opus nous présente d'abord le vieil harmoniciste noir Carey Bell. Il a longtemps milité au sein des formations de Muddy Waters et de Willie Dixon. Willie Smith s'est installé derrière les drums. Steve Freund partage les cordes en compagnie de Charlie Wheal. A menu : huit titres de Chicago Southside blues, dont de bonnes reprises du célèbre "I'm ready" et It ain't right" de Little Walter ainsi qu’un splendide slow blues, "Too bad too bad". Ce blues a du vécu. Il reflète le mal vivre de l'artiste. La prestation s’achève par un frétillant "One day". C'est à une légende louisianaise qu'il revient de clôturer cette présentation de souffleurs : Lazy Lester. Dès les années 50, il a enregistré à Baton Rouge sous la houlette de Jay Miller. Son swamp blues paresseux nous va droit au cœur. Le style est ici de toute évidence totalement différent de ce qui précédait. Lazy a déjà mieux chanté que ce soir-là mais ses performances à l'harmonica sont de classe. Et il le démontre tout au long de son interprétation de blues indolents. Tout d’abord "Bloodstains on the wall" et "Rainin' in my heart" de Slim Harpo. Et enfin sa plage la plus connue, "Sugar coated love", un morceau au cours duquel il parvient à faire sonner son harmo comme un accordéon. Plus de deux heures d'excellent blues !

                                                                                 

 

Bikini Machine

Daily Music Cookin with

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Shake-it, shake-it ! Pour les plus anciens, vétérans des 80’s, le nom de Thierry Hazard rappellera sans doute une période de leur vie au cours de laquelle l’homme sévissait sur les ondes et squattait les plateaux télé. Déversant à tout va un ersatz de ‘Jerk’. Matraqué à l’extrême, l’air n’a pu échapper à personne. Pourquoi évoquer ces moments de tortures auditives du temps passé ? C’est que Daily Music Cookin With Bikini Machine nous y oblige un peu, vue la ressemblance des mélodies redondantes et soûlantes avec le sieur Thierry. Terrain hasardeux le style ‘Jerk’ peut vite rendre nerveux à contrario de sa motivation première.

Le ‘maillot deux pièces’ a la qualité de ne pas se prendre au sérieux et d’essayer de faire décoller le pied du sol, malheureusement sans succès. Le « Jerk du Gastronome » nous donne même droit à une liste d’aliments et de plats à faire pâlir Bocuse. Batterie roulante, basse répétitive, orgue Hammond, effets electro ‘cheap’ sont les composants-maître de la recette. On pourrait comparer l’album à une grosse sucette fluo ; et tout content d’y coller la langue, on s’apercevrait au final de son interminable taille et de son goût écœurant. Conclusion : on va la coller dans un coin et l’oublier au fil du temps. Peut-être aurait-il été moins vieux-jeux de se vêtir uniquement d’un monokini pour aller danser le ‘Jerk’ sur de la musique Pop !

 

 

The Ataris

Welcome The night

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Anciens adeptes de l'emo-core à tous crins, les membres de The Ataris avaient adopté une approche plus pop sur « So Long », leur premier opus pour une major (Astoria) paru en 2003. Quatre ans plus tard, les Américains nous reviennent avec un album taillé pour MTV et les charts du pays de l'oncle Sam. Un peu à l'instar de Jimmy Eat World, The Ataris propose un rock emphatique et très émotionnel, soutenu par de grosses guitares bien baveuses et une voix n'hésitant pas à jouer la carte du pathos. S'il faut bien évidemment être adepte de ce genre de réjouissances, admettons cependant que, dans le style, The Ataris ne se défend pas mal. Les treize compositions présentes sur le cinquième effort du combo devraient arracher quelques larmes aux teen-agers qui se rueront sans nul doute sur « Welcome The Night » en quête d'un quelconque réconfort masochiste... Pour les amateurs du genre donc...

 

Apostle Of Hustle

National Anthem Of Nowhere

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Second ouvrage du projet d’Andrew Whiteman, guitariste et compositeur chez Broken Social Scene, « National Anthem Of Nowhere » est un pur produit Arts & Crafts, comme on les aime. Apostle of Hustle livre une ribambelle de joyeux hymnes folks, relevée ici et là par une exquise saveur cubaine (« Rafaga ! », « Fast Pony For Victor Jara »). La volonté de Whiteman à embrasser de nouvelles sonorités, dont il faisait déjà acte en 2004 sur « Folkloric Feel », est encore plus persistante sur ce nouvel essai. Apostle of Hutle se renouvelle sur chaque morceau, ne laissant aucune chance à l’ennemi suprême du mélomane, la lassitude. Pas de quartier ! Situé quelque part entre la légèreté des œuvres de The Sea and Cake et la chaleur de celles de Calexico, « National Anthem Of Nowhere » est avant tout une œuvre printanière qui vous met la banane. Que demandez de plus ?

 

 

 

 

 

Patti Smith

Twelve

Écrit par

Le dernier album de Patti Smith est exclusivement consacré à des reprises. 12 standards pop/rock américains qu’elle rêvait depuis très longtemps d’enregistrer. On lui connaissait la cover légendaire du « Gloria » de Them, celle du « My generation » du Who, de « When doves cry » de Pince ou encore de « So you want to be a rock’n roll star » des Byrds. Ici, elle s’attaque brillamment au « Are you experienced, » de Jimi Hendrix, « Helpless » de Neil Young, « Gimme shelter » des Stones, « Within you without you » des Fab Four, « White Rabbits » de Jefferson Airplane, « The boy in the bubble » de Paul Simon, « Soul kitchen » des Doors, « Smell like ten spirit » de Nirvana (essentiellement au banjo, au violon et à la guitare acoustique !) ainsi qu’au « Pastime paradise » de Sevie Wonder. Par contre son adaptation d’« Everybody wants to rule the world » de Tears For Fears manque de punch et celle du “Midnight rider” des Allman Brothers de conviction. Deux titres qu’elle n’est pas parvenue à se réapproprier. Elle a bien reçu le concours de son band habituel ; en l’occurrence Lenny Kaye, Tony Shanahan et bien sûr Jay Dee Daugherty. Et fatalement, ses adaptations prendront encore une autre dimension sur les planches…

 

 

Festival Domino 2007

Coincé entre plusieurs retours et quelques instruments laissés à l’abandon par les Montréalais de Silver Mt. Zion, The Strange Death of Liberal England tente fébrilement de happer l’attention d’un public dispersé. On les comparerait déjà à GY!BE, et bien sûr la référence s’avère paresseuse : ici les guitares et même l’élan collectif (une fille, quatre types) ne pèsent pas lourd dans le calcul, il manque à ces jeunots des titres forts et de la carrure sonore.

Pour le déluge sonique tant espéré, Christian Fennesz s’occupe de tout, et tant pis s’il fait 27° sur les trottoirs du Boulevard Anspach. Bien planqué derrière sa guitare électrique et son laptop riche en textures malignes, l’Autrichien fait patiemment monter la sauce : après une demi-heure de soundscapes bourdonnants dont les effets sur le cortex valent bien une grosse bronchite, notre homme appuie sur la touche ‘stop’ et disparaît tel un spectre de notre champ de vision. Nos oreilles, elles, n’ont pas encore conscience du silence qui trop soudainement a repris l’avantage : ce barnum ambient-noise, qui s’insinue en nous tel un reptile en mue, n’a pas complètement disparu de notre environnement intime. Il y dort, s’y tapit, et resurgit parfois dans le fracas urbain de nos vies esseulées : « Endless Summer » vient d’être réédité et recèle deux tracks supplémentaires ? Nous ne sommes qu’au mois d’avril et déjà c’est l’été : décidément Fennesz est bien un artiste d’avant-garde.

Avant Constellation on ne parlait pas tellement du Canada dans l’atlas des musiques qui comptent, et encore moins de post-rock, une étiquette qu’Efrim, ce soir, piétinera avec emphase (‘Et y a ‘core des gens qui osent dire qu’on fait du post-rock !!!’). Même si Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra & Tra-La-La Band se compose (en gros) des mêmes zigues à la base du label et de Godspeed (Efrim donc, mais aussi Sophie, Thierry, Beckie, Ian, Jessica et Scott : évitons les noms de famille, puisque Constellation est une grande famille), il s’agit ici de faire la distinction. Silver Mt Zion est avant tout un groupe vocal, du moins depuis deux ou trois ans : choral même, incantatoire à sa manière, empruntant ses gimmicks aux chants liturgiques et à la musique klezmer. ‘Nous allons vous jouer surtout des nouveaux morceaux’, déclare d’entrée de jeu Efrim, de profil face à l’un des cinq microphones qui tracent un cercle au milieu de la scène. C’est parti pour une longue rêverie quasiment inédite, comme au Botanique il y a deux ans, dont ressortira l’immense « One Million Died To Make This Sound », la chanson, le refrain, scandé en chœur pendant de longues minutes cathartiques, au-delà de la patience de certains spectateurs (surtout un seul, interpellé d’ailleurs par le groupe lors du rappel). En guise de classiques aux envolées magiques, les fantastiques « Mountains Made of Steam » et « Take These Hands and Throw Them in the River », sans parler de ce « BlindBlindBlind » encore non disponible sur disque mais qu’on avait entendu, bouche bée, l’année dernière au Cirque Royal. ‘Imagiiiine the vuuuue…’ : une heure de pure lévitation électrique et tendue, vers un ailleurs utopique mais tellement rassurant, mélancolique et politique. Vivement l’été, le vrai, que sorte enfin ce cd live !  

Org : AB Brussel – Dominofestival

 

Sioen

A potion

Écrit par

Ce Gantois est un pianiste très talentueux. Mais sa musique n’est pas toujours facile à assimiler. A cause de sa formation classique, c’est une évidence. Et puis du ton dramatique qu’il imprime à ses compositions. Pour la plupart, des ballades. A travers lesquelles il injecte des émotions très fortes qu'il accentue de son timbre légèrement rocailleux. En outre, il lui arrive régulièrement de tramer ses différentes lignes mélodiques sur une structure complexe, presque prog. C’est la raison pour laquelle il me fait souvent penser à la période de Peter Hammill la plus minimaliste. Et c’est à nouveau le cas sur une bonne moitié des plages de son troisième opus, « A potion ». Encore que sur certaines d’entre elles, le concours d’instruments à cordes (violon et alto) leur confèrent un aspect solennel. Et pourtant, Sioen est capable de concocter des petites perles de pop songs. Et je pense tout particulièrement à « Ready for your love (high) », sorte de croisement improbable entre Coldplay et Travis et du single ‘beatlenesque’ « No contemporary at all ». Enfin, le dernier titre de l’elpee, « I play a song for you », emprunte un style cabaret (Tom Waits ?) qu’on ne lui connaissait pas. Toute une série d’instruments inhabituels pour l’artiste, font d’ailleurs ici leur apparition, dont un harmonium, un glockenspiel, un sax ténor, une contrebasse et un saxophone. Et ma foi, cet exercice de style est particulièrement réussi. Dommage d’ailleurs que Frederik ne se soit pas risqué davantage dans cette voie. Elle lui va comme un gant ( ?!?!?)…

 

The Rakes

Sporting Club

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Le groupe londonien était en ville le temps d'une journée promotionnelle pour la sortie de leur nouvel album « Ten New Messages ». Jouant à saute moutons au dessus des ferries et à dessine moi un ampli, The Rakes nous est finalement parvenu en recommandé depuis les ondes de la BBC.

A regarder les nuages classés en cumulus au dessus des têtes et à siffloter les quelques notes contractées plus tôt sous l'emprise de leurs plaques disco rock, je me rapproche tranquillement de notre rendez vous, histoire de ne pas leur faire prendre un râteau. C'est dans une atmosphère détendue et loin d'être enfumée que je perçois au loin deux silhouettes dont les lignes sveltes et nonchalantes invitent à la rencontre. Très rapidement voire machinalement nous nous installons sur des fauteuils matelassés après avoir commandé gentiment nos boissons. Et c'est confortablement installés au bar de l'hôtel, qu'Alan Donohoe et Jamie Hornsmith m'accueillent en toute élégance pour trinquer chaleureusement à une énième série de questions. M'avouant leurs penchants exotiques (Bowie et Daft Punk) et une tendance à travestir les réponses dans la jungle du journalisme à la chaîne « histoire de changer de disque », leur sympathie héberge généreusement ma curiosité et c'est tout naturellement qu'ils me retracent le baptême de leurs débuts modestes à accumuler les jobs à temps plein, les répets de garage et les vidéos à budget réduit?

« Notre première vidéo nous a coûté 70 euros !! On n'avait pas vraiment le choix et très peu de temps à consacrer à notre musique? sachant que l'on s'enfilait des temps pleins ! » Dépassant la technique adolescente des trois accords propre à leur jeune premier 'Capture / Release', le combo a pris de l'âge, mûri, creusé et exploré les souterrains du rock outre-manche. Et en prenant de l'envergure, ils se sont même mis à fréquenter le gratin de la scène

anglo, à en devenir les vieux potes de Bloc Party ou Franz Ferdinand. En gros, le groupe grandit et avec eux leur musique. On est loin des accords basiques mais tenaces qui auront marqués Donohoe et ses congénères dans leur vieil appart décrépit. Un décollage qui se fait désormais à bord d'un '10 new chords' comme le suggère Hornsmith entre deux gorgées d'eau plate « On a commencé en sachant à peine jouer plus de trois accords, et depuis qu'on l'on se focalise davantage sur le groupe, notre jeu a beaucoup changé ! » Le spontané et la fraîcheur des débuts ont fait place à une réflexion, de l'inédit et cette évolution se remarque notamment par des apports électroniques, davantage de ch?urs et l'adhésion d'un shoegazing. Sans pour autant délaisser les rythmes ventilateurs et les basses qui dandinent aux vestiaires, le quatuor frappe davantage dans la technique endossant tout en rigueur leur nouveau statut à temps plein. Un loisir quasi sportif qui pourrait presque se ranger dans la catégorie des heures supp

quand il s'agit pour Donohoe de me vendre les bienfaits de la natation sur la respiration « C'est comme quand tu fais des vocalises avec un piano. Quand tu nages, tu contrôles ton rythme respiratoire, tu te focalises dessus et c'est un bon exercice pour le chant » me sort-il tout en dégustant sagement son verre de vin rouge.

C'est l'heure du thé à Londres et on se prendrait vite au jeu des ragots de comptoir tant les deux compères débitent un maximum d'informations à la seconde, avec un sublime accent british quasi incompréhensible parfois. Des discoboys parés pour les soirées rollers sous stroboscopes, qui scénarisent leurs titres et reprennent ceux de Gainsbourg sur demande des Inrocks (« Le Poinçonneur des Lilas » réarrangé en « Just a Man With a Job »), on adhère, tout comme ces derniers le font pour Arcade Fire (« Funeral ») et Danger Mouse (« The Grey Album »). Influencés ? Sans doute. En tout cas le résultat est là, un son travaillé dans l'art anglais et énergique à souhait.

Au Revoir Simone

Au plaisir de se revoir

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Musique atmosphérique, voix planantes, claviers volants. Bienvenue dans l'univers d'Au Revoir Simone, trois New-yorkaises aux longues jambes, chantant sous les étoiles pour mieux faire danser les galaxies. Au-delà d'un charme naturel redoutable, les trois égéries revendiquent un goût prononcé pour les mélopées éthérées, petites harmonies flottant entre les chimères béates de Stereolab et l'électronique hypnotique de Broadcast. Annie, Erika et Heather voltigent ici : aux confins d'une voie lactée de synthétiseurs rêveurs. A l'occasion d'un passage sous les cieux bruxellois, Heather redescend sur notre planète. Le temps d'un entretien plutôt terre-à-terre. Bien le bonjour Au Revoir Simone...

 Aux premières heures de « Verses of Comfort, Assurance and Salvation », la presse s'est empressée de vous comparer à de nouvelles CocoRosie. Votre univers s'éloigne pourtant des folk cabrioles des sœurs Casady. Comment avez-vous vécu ce rapprochement ?

 Heather D'Angelo : Pour être franche, je n'aime pas la musique de CocoRosie. La comparaison me semblait donc malvenue. Nos goûts sont davantage à chercher dans les discographies de Stereolab et de Björk. Annie adore Electrelane. Elle estime ce groupe captivant, vraiment ahurissant. Pour nous éloigner, encore un peu plus, de CocoRosie, j'ajouterai qu'Erika se gave d'albums de Broadcast. En fait, nos influences sont tellement différentes de celles de CocoRosie qu'une association entre nos deux univers ne tient pas la route.

 Selon une rumeur persistante, Annie et Erika se seraient rencontrées dans un train. C'est là, dit la légende, qu'elles ont eu l'idée de lancer les bases de votre formation. Concevez-vous votre musique comme le prolongement de cette rencontre : un projet spontané, rapide, traversant villes et villages de façon éphémère ?

 H. : Cette rencontre a été romancée par de nombreux médias. Qui a véhiculé cette rumeur ? C'est dingue... Bref. En réalité, Annie et Erika sont des amies de longue date. Il y a déjà longtemps qu'elles partageaient un amour commun pour les claviers. Au début, le projet ressemblait davantage à un divertissement : on jouait quelques morceaux sur nos claviers en dégustant du thé. C'était surtout l'occasion de se voir entre copines. Ensuite, nous avons décidé de passer à la vitesse supérieure en fondant officiellement le groupe.

 Aujourd'hui, il faut bien admettre que le prénom Simone ne figure plus au top de la mode. 'Appelleriez-vous votre fille Simone ?' A cette question, beaucoup riposterait d'une réponse cinglante : 'Et pourquoi pas Gertrude ?' Bref, votre projet, plutôt hype, est en train de redorer le blason d'un prénom en voie de fossilisation...

 H. : C'est drôle, en effet ! (rires) En fait, notre nom de scène puise son origine dans un film de Tim Burton : « Pee-wee's Big Adventure ». Nous sommes vraiment des fans de Pee-Wee. A un moment, dans le film (il faut absolument le voir !), le personnage de Simone, joué par Diane Salinger, dit 'Au revoir Pee-Wee !' Et, d'un accent américain bien trempé, Pee-Wee répond : 'Au We Woir Si-Mo-Ne'. Imaginez un Américain essayant de parler en français. Et vous comprendrez pourquoi ce passage est si amusant !

 Comment êtes-vous passées de votre salon de thé, spécialisé dans l'art du synthé, à une signature sur le label indépendant 'Moshi Moshi Records' ?

 H. : Un de nos amis a lancé un super blog dédié aux Mp3's. Il est très fort... Il a dégoté de nombreuses découvertes sur la toile. Il a proposé « Through the Backyards » en téléchargement sur son site. Le patron de Moshi Moshi est tombé sur cette chanson en surfant sur le web et nous a contactés. A ce moment-là, nous étions déjà signées sur un petit label japonais, baptisé 'Rallye Record'. Ce label est uniquement implanté en Asie. C'est pourquoi nous sommes également présentes de ce côté-là de la planète. Mais, paradoxalement, nous n'avions aucun label pour le reste du monde. En Europe, la Suède nous accordait beaucoup d'attention. Dans une certaine mesure, nous avions l'impression que les Suédois et les Japonais se ressemblaient. Dans ces deux pays, les gens ont l'esprit large et semblent apprécier le côté pop de la musique électronique. Là-bas, le public laisse volontiers tomber les œillères.

 La chanson « Through the Backyards » a été utilisée pour la bande originale de la série « Grey's Anatomy ». Considérez-vous que ce show télévisé a constitué la clef de voûte de votre succès ?

 H. : Non, certainement pas. Par contre, la série a certainement contribué à élargir notre base de fans, essentiellement d'un point de vue démographique. Aux Etats-Unis, cette série est suivie par de nombreux trentenaires, des gens actifs, impliqués dans la vie professionnelle. Pour ma part, je ne connaissais même pas la série... Cependant, mes parents ont trouvé ce concept génial... Leur fille posait sa voix sur une des chansons de leur série du moment : rendez-vous compte !

 Outre cette expérience télévisuelle, votre musique a également touché le nerf sensible de David Lynch. Aujourd'hui, ce n'est plus un secret : le réalisateur demeure un de vos plus fervents admirateurs... Comment a-t-il découvert Au Revoir Simone ? David Lynch serait-il, lui aussi, fan de « Grey's Anatomy » ?

 H. : Non ! (rires). Notre rencontre s'est déroulée de façon... disons... romancée ! En janvier dernier, nous avons participé à une présentation chez 'Barnes & Noble', une des plus grandes librairies américaines, sur Union Square, à Manhattan. Chaque année, elle organise de nombreux événements. Pour notre part, nous avons participé à une manifestation baptisée 'Upstairs at the Square'. Son organisatrice s'appelle Katherine Lanpher, une journaliste, qui a toujours rêvé d'associer les musiciens aux écrivains. Ce projet peut sembler étrange. Mais, en réalité, il est vraiment excitant. Cette fois, elle décidait d'inviter David Lynch pour annoncer la sortie de son nouveau livre : « Catching the Big Fish ». En réalité, c'était notre idée d'associer la musique d'Au Revoir Simone avec le bouquin de David Lynch. Nous ressentons une connivence latente entre notre musique et son univers. Nous lui avons donc envoyé notre album. Et il a accepté l'idée. Son livre est très intéressant. Il s'agit d'une véritable source d'inspiration artistique. Après ce concert chez 'Barnes & Noble', il est devenu fan de notre univers. C'était, d'une certaine façon, le monde à l'envers ! Il a commencé à parler de nous dans ses interviews, lors de conférences de presse... C'est complètement fou !

 Un de nos chroniqueurs s'est un jour posé la question de savoir si la musique d'Au Revoir Simone n'était pas 'un truc de filles fait par des filles pour des filles'. Peut-on classer votre musique dans le dossier 'suffragettes musicales, spécialisées dans les rêveries féministes' ?

 H. : Nous sommes un groupe de filles, composant de la musique pour d'autres filles ? C'est intéressant... Je ne sais pas. Une chose est certaine : nous sommes un groupe de filles ! Cependant, je pense qu'en concert, notre audience se compose aussi bien de filles que de garçons. Peut-être plus de garçons encore... (rires) De manière générale, notre public est mixte. Cependant, au Japon, notre assistance est essentiellement composée de filles. Et là, je ne m'explique pas...

 Récemment, vous avez accompli une tournée en compagnie de We Are Scientists...

 H. : Dans un premier temps, nous nous sommes lancées dans un long périple à travers les Etats-Unis. Ensuite, les musiciens de We Are Scientists nous ont proposé de les accompagner en Europe pendant cinq semaines. C'était vraiment une longue tournée...

 Une tournée plutôt festive... Sur 'You Tube', on peut voir une vidéo, filmée à l'arrache, de votre tournée en compagnie de We Are Scientists... On vous surprend, dans le tour bus, chantant et dansant sur le « Young Folks » de Peter Bjorn & John...

 H. : (Rires) Pendant cette tournée, c'était la première fois que nous écoutions ce morceau de Peter John & Bjorn... Et je ne peux pas expliquer l'effet que nous a procuré ce titre... Mais nous étions véritablement obsédées par cette chanson. Dans le tour bus, nous passions ce morceau en boucle, en dansant et en reprenant les paroles en chœur. C'était un rituel. Quand nous sortions après un concert, on s'empressait d'aller trouver le DJ pour lui réclamer « Young folks ». Ce sont d'excellents souvenirs. En fait, en tournée, la vie n'est pas toujours très rose... Parfois, tu te sens fatiguée, un peu dépressive, loin de ton foyer, de ta famille, de tes amis. Sans compter le stress et la pression de jouer chaque soir, de respecter les horaires, de trouver les clubs, etc. Bref. Cette chanson a constitué une formidable échappatoire pour nous. Elle nous rendait heureuse. En 2006, « Young folks » a été ma chanson préférée. Sans aucun doute.

 A l'écoute du nouvel album, on est assez touché par le charme mélancolique qui en émane. Etes-vous des personnalités éplorées par nature ?

 H. : Nous sommes certainement atteintes d'une certaine mélancolie... Bon, entendons-nous bien : Au Revoir Simone n'est pas un trio de suicidaires ou de demi-folles dramatiques ! D'ailleurs, en général, dans la vie, nous sommes des filles heureuses. Mais, peut-être, sommes-nous mélancoliques des choses heureuses de la vie, des événements extraordinaires qui la façonnent. D'ailleurs, pour être précise, je pense que, dans notre cas, il s'agit davantage de nostalgie que de mélancolie. 

 Pensez-vous que notre époque soit propice à la nostalgie ? Et donc, en un sens, propice à la musique d'Au Revoir Simone ?

 H. : Aujourd'hui, le monde tourne un peu à l'envers... Chaque génération a sans doute posé cette réflexion, un jour. Mais là, je le pense sincèrement. Les choses changent, le monde évolue et tout empire. Spécialement aux Etats-Unis. Une fois de plus, nous sommes impliqués dans une guerre, la société débloque complètement... C'est vraiment une drôle d'époque.

 Quelle est, à vos yeux, la principale différence entre « Verses of Comfort, Assurance and Salvation » et « The Bird of Music » ?

 H. : « Verses of Comfort, Assurance and Salvation » doit davantage être perçu comme une collection de chansons. Chacune peut être conçue comme une unité élémentaire. Après ce premier album, les choses se sont décantées. Nous avons alors commencé à bosser sur l'image du groupe, son identité. Depuis ce premier enregistrement, nous avons parcouru un bout de chemin ensemble... Pour « The Bird of Music », la musique d'Au Revoir Simone est devenue une version synthétisée de nos trois personnalités. En commençant à jouer ensemble, nous n'attendions rien, nous n'espérions rien... Ce qui explique le côté indépendant des chansons du premier album. Pour le deuxième, toutes nos compositions ont été pensées en fonction de ce disque. Nous savions qu'elles allaient se retrouver sur un album. Cette fois, on peut réellement le comprendre dans sa globalité. Je crois qu'il s'agit là de la plus grande différence entre ces deux enregistrements.

The Earlies

Agence de voyage

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Trois années ont passé depuis les préliminaires planantes ('These were The Earlies') de ces Anglo-américains (la moitié du groupe vit au Texas et l'autre en Angleterre) où un semblant de Mercury Rev caressait les ondulations de The Polyphonic Spree. Trois années au cours desquelles le groupe hybride menait de front tournées et collaborations en tout genre (sur le premier album de King Creosote ou sur le single 'Skk 2 Def' de Plan B, des mariages arrangés par leur label) tandis que s'esquissait progressivement leur nouvelle substance. Rencontre avec John Mark Laphan le Texan et Christian Madden le Britannique, avant que le groupe ne monte sur les planches, au Botanique de Bruxelles?

« On a commencé à y penser au milieu 2005 pour rentrer en studio début 2006. Une sortie internationale qui se voulait prévue le même jour a ramené le mastering vers la mi-2006 et le marketing a suivi début 2007 !! C'était très long en effet? » Le clan Earlies n'ayant pas dit son dernier mot, il nous est donc revenu sur les devants de la scène pour inaugurer en primeur la saison 2 « The Enemy Chorus », bande sonore d'un orchestre d'hallucinés. Puzzle d'émotions individuelles stratifiées, les pièces éclatent les mouvements académiques et la  matière pour synthétiser les particularités propres à chacun en une masse constante. Ce processus symbolise leur musique et le résultat choque encore Lapham : « Le groupe rassemble différentes personnalités musicales et chaque apport est nécessaire. Je n'aurais jamais pu faire ça tout seul. » L'unité d'un groupe et d'un son 'pretty bad ass' qui les ramène dans une hétérogénéité accomplie et intelligible. Christian Madden concède : « Je ne peux  peut être pas le toucher mais par contre je peux le ressentir quand tout le monde est là ».

Plantés dans l'anticonformisme et dévalant les frontières sonores et physiques (anglo-américaines), la clan idéalise le faste du cycle 60's-80's et son arborescence de micro labels à la durée de vie aussi étendue que celle d'une abeille. « C'était une époque où se passait très vite, où tout était permis. La créativité était soutenue par la prolifération de structures discographiques, même si ce n'était que le temps d'un single. » De cette explosion musicale non entretenue par la loi du marché, Christian Madden et J-M Lapham en retiennent la richesse et la liberté, dont l'expression en sera leur ligne conductrice. Fanatiques incontournables des pionniers du rock progressif (Gentle Giant, King Crimson, Yes, Emerson Lake & Palmer, Genesis avec Peter Gabriel) à qui ils empruntent l'instrumentation et la mélodique, les phénomènes ne cachent pas pour autant leurs goûts pour le Krautrock et sa rythmique (Neu ! Can, Faust) tout comme pour la pop des sixties (les Beach Boys et autres Beatles) dont la structure leur sert encore de base. Mais ce n'est pas sans oublier leurs racines country et leur volonté expansionniste (allumée par des cithares envoûtantes) que l'on pourrait tenter de les classer dans un genre bien à eux, entre l'improvisation et l'avant-gardisme folk. Né d'hallucinations collectives, The Earlies fait dans du tapage nocturne sa spécialité et de la diversité son caractère.

Oi Va Voi

Définitivement socialement engagés !

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Dès 2005, les membres de Oi Va Voi se lancent dans l'écriture du successeur de « Laughter through tears », premier essai remarqué à juste titre, en 2003. Parfait exemple de la difficulté du deuxième album, les ennuis s'amoncèlent pour le combo londonien : leur vocaliste KT Tunstall décide de se lancer en solo, ils se séparent de leur maison de disques et de la violoniste Sophie Solomon. Les premières sessions d'enregistrement ne marchent pas et un des membres du groupe tombe gravement malade… Deux ans plus tard, un opus éponyme tombe dans les bacs. Obstacles, mais aussi soif de rencontres culturelles et de conscientisation sociale, le batteur et percussionniste de la formation, Josh, fait le point.

Josh : Ce qui est particulier dans ce qu'on réalise est le fait de ne pas disposer de chanteur attitré pour donner le ton à l'album. En ce sens, on se rapproche sans doute de l'univers de Massive Attack. Les chanteurs sont des invités. KT (Tunstall) était la vocaliste au départ. Elle a toujours envisagé une carrière personnelle ; donc on savait depuis toujours qu'il faudrait la remplacer, même après avoir enregistré « Laughter through tears ». KT a décidé de faire son parcours exceptionnel et aujourd'hui elle vend des millions de disques. Nous avons éprouvé des difficultés lorsqu'on a commencé à enregistrer car on ne trouvait pas de chanteuse qui soit assez bonne, en comparaison à KT. Elle faisait un boulot tellement épatant sur le premier cd…

Vous avez fini par trouver…

J. : On a auditionné des centaines de filles ; certaines avaient de belles voix, mais aucune ne recelait cette qualité d'anglitude'. Elles étaient davantage destinées au r'n'b américain. Finalement, on a rencontré Alice qui possède cette caractéristique. Même si elle ne se réserve que trois titres, il est très important de disposer de cette véritable voix anglaise sur l'album.

Autre changement, Sophie Solomon a quitté le line up. C'est la violoniste australienne Haylie Ecker (NDR : ex-membre du girls band classique Bond) qui vous a rejoint. Comment avez-vous vécu ce changement ?

J. : Nous avons commencé à penser au nouvel album en 2005. Sophie a annoncé qu'elle voulait se lancer dans une carrière solo tout en continuant à jouer chez Oi Va Voi. Ca ne marchait pas vraiment, donc elle est partie. Difficile de se séparer de quelqu'un quand on partage un même projet pendant près de cinq ans. On a commencé le groupe ensemble, en épousant des objectifs semblables. Mais on devait se montrer capables de dénicher une remplaçante. On avait déjà joué en compagnie d'autres violonistes, dont Haylie…

Mike Spencer est votre nouveau producteur. Comment s'est déroulée cette collaboration ?

J. : On a rencontré Mike Spencer après la première année qui nous a valu tant de déboires. C'est un producteur exceptionnel. Il collabore auprès de personnages très connus tels que Jamiroquai ou Kylie Minogue ; mais il exerce également des activités très intéressantes ; il coopère notamment au Programme Alimentaire Mondial… Il s'est concentré sur notre groupe, a compris la situation dans laquelle nous vivions. Il nous a indiqué que les premiers enregistrements étaient de bonne facture, mais recelaient des manques. Il est la personne qu'on cherchait, il nous testait en nous posant des questions pertinentes afin de nous pousser vers les meilleures directions.  

Vous avez enregistré en Israël et à Londres, quelle était votre approche?

J. : Lorsqu'on a commencé le processus, il n'était pas vraiment nécessaire de se rendre en Israël. Mais les évènements survenus en 2005 dans le groupe ont rendu les choses tellement difficiles qu'on a ressenti la nécessité de changer d'air. Nous connaissons de bons amis là-bas et on aussi de très bons musiciens. On sentait qu'il serait passionnant de se plonger dans un nouvel environnement, de s'en inspirer. On a donc suggéré l'idée à Mike qui nous a dit non, parce que c'était trop cher. On a insisté en arguant qu'on avait vraiment besoin de changer de décor mais il refusait toujours. On ne lui a plus lâché les baskets. A tel point qu'il en a eu marre et a fini par accepter (rires). On y a enregistré les trois premiers morceaux. Avec le recul, ce caprice peut paraître stupide, mais il fallait vraiment qu'on y aille pour prouver ce dont on était capables.

Votre premier album a été réellement acclamé par la presse, comment expliquez-vous ce succès critique?

J. : C'était vraiment fou de récoler autant de succès critique pour le premier cd, car on n'attendait rien de ce disque. Eventuellement, quelqu'un vous dit qu'il a aimé. Mais soudain, tu lis que c'est vraiment bien. Un gars du Pérou nous a avoué que notre musique l'a touché plus que toute autre chose. On réalise alors ce qui se passe. C'est très excitant. Des profs nous ont écrit pour nous dire qu'ils avaient utilisé la chanson « Refugee » en classe, pour parler de l'immigration aux enfants. C'est aussi une chanson d'amour ; on peut la comprendre de deux façons. Le fait de savoir que notre musique touche des gens est sans doute la raison pour laquelle on a pu surmonter l'année 2005. Et nous a donné l'envie de recommencer…

Justement, votre musique embrasse une large panoplie de sentiments. Quel est le meilleur endroit pour écouter votre disque ?

J. : … Heu ? … Bonne question…  Où pensez-vous que ce soit ? (Rires)

Je vous le demande ?

J. : Je pense qu'une chanson comme « Dissident » est à apprécier en solitaire, les écouteurs dans les oreilles, quand il y a trop de gens autour et que vous voulez disparaître. « Black sheep » me semble plutôt correspondre au matin. A écouter au réveil. « Worry line » est davantage une chanson pour la route. Il est vrai qu'on couvre une palette d'émotions ; donc les chansons ne peuvent s'écouter au même endroit. Il y a une place pour chaque chanson. J'y réfléchirai… (Rires)

Peut-on parler d'une famille 'Oi va voi'? Quel est votre sang commun ?

J. : Oi Va Voi s'est formé fin 1999, alors qu'on venait tous de groupes différents : funk, rock, hip hop, jazz... Lorsqu'on a décidé d'entamer l'aventure, quelques-uns étaient déjà allés en Russie et avaient découvert cette musique fantastique. D'autres s'étaient rendu en Europe de l'Est et y ont connu la musique des Balkans, qui n'était pas encore à la mode. Très vite, c'est ce qui nous a passionné et lié. Nous étions tous curieux de cette musique et de ce qu'elle signifiait pour chacun d'entre nous, car chaque membre du groupe possède de la famille en Europe de l'Est ou au Moyen-Orient. On se demandait ce que signifie être en partie juif, non pas au sens religieux mais au niveau culturel. On voulait donner une identité yiddish à Londres. C'est vite devenu notre sang commun et la raison d'exister de notre groupe. Tous les groupes revendiquent cette raison d'être : jouer du blues, de la musique américaine, etc. La nôtre était de jouer ce son étonnant issu d'Europe de l'Est.

Vous considérez-vous comme un groupe socialement ou politiquement engagé ?

J. : Définitivement socialement. Politiquement ? Le groupe n'a pas de ligne politique, nous sommes cinq et on ne partage pas toujours exactement les mêmes idées. Il n'y a pas de porte-parole non plus. Socialement, nous sommes très éveillés. La problématique des émigrés ou des réfugiés est importante pour nous. Leur situation est déformée en Grande-Bretagne par les médias qui se contentent de mettre en avant des faits pour montrer comment les événements se passent. Mais il y a plusieurs façons d'en parler. Notre musique et nos textes, c'est notre façon de nous impliquer là-dedans.

Cet album a été particulièrement difficile à réaliser. Pensez-vous déjà au suivant ? Des envies ?

J. : Cet album a vraiment été très difficile à réaliser. Il nous faudra un long break pour penser au suivant. Je suis un peu fou ; donc j'ai commencé à y penser il y a quelques jours, mais c'est dur à dire. Heureusement, on a l'opportunité de se rendre dans de nouveaux coins pour le prochain. Aussi captivants. Mais où ? Je l'ignore encore. On aime beaucoup l'idée de collaborer en compagnie de différents musiciens. Travaillera-t-on avec un musicien flamand épatant, dans le futur ? (rires) Nous apprécions tout particulièrement incorporer à la musique anglaise des nouveaux sons issus de différents pays. C'est ce qui fait notre particularité et on a la chance de pouvoir le concrétiser. On ne veut pas devenir un de ces groupes qui, par vanité, vont là où ils le veulent ; il faut qu'il y ait une raison. On doit encore trouver de bonnes raisons pour visiter d'autres lieux (rires)…

Electro dance, world music, trip hop… dans quel rayon espérez-vous trouver votre album chez un disquaire?

J. : Certainement pas en world music, on n'a jamais voulu adhérer à ce courant. Qu'est-ce que la musique du monde ? Tout ce qui vient d'ailleurs ? Ca ne veut rien dire, c'est beaucoup trop large. On n'appartient pas à l'électro, ni au trip hop. Je dirais qu'on est rock, pop. Même si personne ne partage mon avis… (rires) 

Hank Harry

The Girl Of My Dreams

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Artiste bruxellois, auteur joyeux de 3 précédents albums, Hank Harry peut être comparé à un neo punk. Il a décidé cette fois-ci d’effacer un peu sa solitude créatrice et d’offrir un quatrième opus surprenant chez Carte Postale Records, nouveau label pour l’artiste. Auteur farfelu de mélodies naïves et inventives, il propose « The Girl Of My Dreams », suite logique de son précédent travail pour lequel il a adopté un même ton.

Amené en douceur, comme posé sur une rivière, ce projet suit le courant sans en être tributaire, sans jamais prendre l’eau. Sur la feuille qui vogue au fil du courant viennent s’ajouter des compagnons de route tout aussi déjantés que l’artiste. Parmi ceux-ci, une Suissesse : la violoncelliste Félicie Haymoz et sa scie musicale. Elle vient fendre l’eau pour accentuer de temps à autre sa course fluide. Excellente apparition de cette amie qui suggère des émotions brutes sur la pop alambiquée de Hank. Le minimalisme conforte la composition volontairement légère de l’album, même si la voix de notre compatriote ressemble quelque peu à celle de Christof Kurzmann, et frôle parfois le faux, sans jamais vraiment l’être. L’ambition des 12 morceaux de la plaque mérite toute notre attention et l’envie de creuser un peu mieux cet univers particulier. Un album recommandé seulement si on s’accorde le temps nécessaire d’écoute. Un coup de cœur : « No Matter How Big You Are », un morceau empreint d’une grande tendresse…



La Troba Kung Fu

Clavell Morenet

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La Troba Kung Fu a été fondée par l’ancien chanteur de Dusminguet. Un des groupes phare de la scène ‘mestizo’ espagnole. Tout comme Ojos de Brujo. Ce disque voyage au cœur du bassin méditerranéen et un peu au-delà : rumba catalane, musique des Balkans, éléments afro-cubains, percussions orientales, reggae ; le tout joué avec un esprit plutôt rock’n’roll, même si l’auditeur ne rencontrera pas ici de guitares distos, mais plutôt des grattes sèches et des accordéons. Un disque très accrocheur, recelant même un futur tube de l’été, si les radios s’y intéressaient : le sautillant « Calor Calor », dans un style évoquant les Gipsy Kings jammant avec la Mano Negra. Un disque d’été qui arrive au bon moment. Reste à voir si l’hiver va durer jusqu’au mois d’août, cette année.