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La Divine Comédie de Lora Gabriel

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Fatal Bazooka

T’as vu

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‘T’as vu, ce CD est chroniqué sur musiczine ?(!)’ pourrait s’exclamer les plus irréductibles rockeurs fidèles à notre site. D’autres réflexions fuseraient bien comme ‘Mais que peut bien foutre la chronique d’un tel CD sur notre site ?’ Je vous avoue d’ailleurs que je me pose encore la question tout en rédigeant cette chronique… Peut-être faut-il y voir une opportunité de casser cette étiquette d’élitiste que l’on colle, trop souvent et à tort, à notre website, telle une sangsue que l’ont doit arracher par des moyens douloureux ? Car oui, se farcir 19 titres d’un artiste que je n’apprécie pas particulièrement et ne trouve pas vraiment drôle, demande un effort d’impartialité.

Mais je vous avouerai que ma motivation est également ailleurs : mon filleul (âgé de 8 ans…) est un grand fan de Fatal Bazooka, et c’était donc l’occasion de partager la découverte de ce CD avec lui. Son enthousiasme est d’ailleurs contagieux, et me pousse à écouter cet opus en toute objectivité.

Le design de la pochette, aussi soigné que les clips vidéos, incite également à aller plus loin (tout comme, pour les midinettes, le physique d’un Michaël Youn torse nu et transformé pour l’occasion en chippendale). Ben oui, ce côté visuel fait vendre, et c’est sans doute pourquoi un DVD est livré en bonus (avec 2 clips vidéo et une sorte de making-of).

Et la musique dans tout ça ? Il y a bien le tube aussi débile que populaire « Fous ta cagoule », que la caricature de Diam’s « Mauvaise foi nocturne » auquel participe Pascal Obispo. Ainsi que l’un ou l’autre titre dont la durée, proche des 3’30, pourrait le muer en single potentiel : « Chienne de vie » et « Parle à ma main ». Pour le reste… une intro plutôt originale sous forme d’émission radio et un bonus track (auto-) caricaturant la Bretagne et d’autres artistes de chanson française. Un second degré présent dans la plupart de titres, dont les MC, et beaucoup de grossièretés sur des titres qui parlent d’eux-mêmes : « Sale connasse » et « C’est une pute ».

En résumé, beaucoup de gros mots, de l’humour bien lourd et en dessous de la ceinture à l’image de la personnalité du leader Michaël Youn, le tout sur fond de beats simplistes et répétitifs, et de hip-hop revisité. Les ados adoreront et fredonneront ces refrains taillés sur mesure, les autres procèderont, plus que probablement, au classement vertical de cette plaque…
 

Pour voir la vidéo de « C’est une pute » :

http://www.wat.tv/video/fatal-bazooka-c-est-pute-jsgf_j9zz_.html

 

 
 

Jim Suhler

Tijuana Bible

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Jim Suhler est un chanteur/guitariste qui s’est forgé une solide réputation au cours des deux dernières décennies. Ce Texan arpente les scènes internationales depuis une vingtaine d’années et a épaulé, comme deuxième gratteur, le célèbre rocker George Thorogood au sein de ses Destroyers. Il exerce également une carrière en parallèle. Chez Monkey Beat. Il en est également le leader. Une formation qui compte déjà pas mal d'albums à son actif : "Shake" en 1995, "Radio mojo" en 96, "Bad Juju" en 2001 et "Starvation box" (un "Best of" !) en 2003. La musique de Suhler correspond parfaitement au profil texan du blues et du rock. Un profil dont l’amplitude oscille de ZZ Top à Johnny Winter. Ce nouvel opus a été enregistré à Nashville sous la houlette de Tom Hambridge. Jim est soutenu par son Monkey Beat : Carlton Powell à la basse, Shawn Phares aux claviers et Jimmy Morgan aux drums. Notre Texan signe la majorité des plages

 Dès l’ouverture, en l’occurrence la plage générique, il affiche un solide tempérament rock. Les riffs sont solides et bien gras. Ils évoquent immanquablement les barbus de ZZ Top!  Suhler est un remarquable de joueur de slide. En effet, il se montre particulièrement à l’aise le bottleneck au doigt. Il le laisse glisser violemment le long des cordes ; et manifeste une certaine sauvagerie tout au long du tonique "Devil in me". Cette approche du Delta blues se révèle plutôt détonante. Et pourtant, c'est dans ce registre qu'il se montre le plus à son avantage. Il s'attaque à "Drunken hearted boy" d'Elvin Bishop, un morceau franchement plus blues. Et c'est bien l'ancien guitariste de Paul Butterfield qui entre en studio. Pour la circonstance, Elvin se réserve la slide. Une solide tranche de blues sans concession! Le rockin' blues se durcit. Forgés dans un acier bien trempé, les riffs déferlent. Mais, diable, "Up to my neck in you" n'est-il pas une composition d’AC/DC ? Celui de la grande époque? Une reprise sans surprise mais exécutée à haut niveau. Le rock dur persiste et signe, mais se colore de country sur "Long hot summer". Les parties de guitare démontrent le talent de ce musicien qui est parvenu à assimiler toutes les ficelles du métier. Et il ne s'en prive guère! L’éclectisme réapparaît lors de l'apparition du jeune et talentueux Joe Bonamassa. Cet invité de marque tire son épingle du jeu tout au long du très atmosphérique "Deep water lullaby". Une plage introduite comme lors d’une jam, et qui se fond dans un slow blues très ‘hendrixien’, empreint de saveur et de sensibilité. "Years of tears" évolue sur un mid tempo. La ligne mélodique assurée, Jim arrache des sons incroyables de ses cordes. L'album demeure intéressant de bout en bout. Il recèle des titres plus rock, tels "Border rock" ou "Sunday drunk" ; mais aussi une compo particulièrement originale : "Po' lightin". Plus funk, caractérisée par des percus bien mises en avant, elle bénéficie du concours vocal de Jimmy Hall. Un titre qui manifestement lorgne du côté de Little Feat. Mais chassez le caractère et il revient au galop ! Le spectre de ZZ Top hante à nouveau le boogie "Mexicali run" et le déjanté "Chaos in Tejas". En finale, Jim Suhler s’autorise une version fort réussie du "I could 've had religion" de Rory Gallagher. Un hommage bourré d'intensité, d'émotion et de feeling accordé au regretté Irlandais. Une cover au cours de laquelle la frêle Cheryl Arena intervient à l'harmonica. Un album de toute bonne facture !

Skarbone 14

Délivré sans ordonnance

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Tout d’abord, il y a lieu de féliciter celui qui a eu l’idée du concept de la pochette. Bien en rapport avec le titre « Délivré sans ordonnance ». Les jeux de mots relatifs à la médecine et surtout à la pharmacopée sont légion (‘14 capsules’, ‘voie auditive’, ‘conservation : entre 5 et 80°, à l’abri de la haine et de la stupidité’, ‘2mg de skarockcuivrique acidorigolochoride’, etc.) Normal, quand on est atteint par le syndrome de la skarlatine… (fallait bien que je la place celle-là ?). Mais venons-en à l’album concocté sous la houlette de Rudy Coclet et Géraldine Capart (Arno, Mud Flow). Aux studios Rising Sun. Tout d’abord, les cuivres (une trompette, un saxophone et un trombone) sont enfin bien mis en évidence. Et il faut reconnaître que le trio tire parfaitement son épingle du jeu. Même si les accès de folie ne sont pas encore assez fréquents à mon goût. Les dérapages dans le dixieland (« Mi amor ») ou dans la fanfare slave de type Emir Kusturica (l’intro « Pré-scription) laissent un goût de trop peu. Ce qui n’empêche pas l’aspect festif de dominer les débats (qui a dit les ébats ?) En outre, le mixing n’est pas irréprochable. Lorsque la guitare devient plus envahissante, on n’entend presque plus la voix de Sim. Et pourtant, ses textes engagés constituent une des forces de Skarbone 14. Et je pense tout particulièrement à la diatribe adressée à la StarAc sur « Le producteur » ou encore à « J’entends du vent », une chanson consacrée à l’immigration, à l’intolérance et au racisme. Il y en a d’autres, mais il faut bien tendre l’oreille pour comprendre le message. Ce qui n’est pas normal. Sans quoi, on a droit à quelques bonnes surprises. Tout d’abord « Jamais deux sans toi ». Balayée par un accordéon, cette chanson qui conjugue valse et cabaret évoque quelque part Yann Tiersen et en particulier « Le fabuleux destin d’Amélie Poulain ». Bref instrumental cuivré, « Le coup classique » aurait pu servir de bande sonore à un épisode des « Aventures d’Arsène Lupin ». Quant à « Déroutes en route », il évolue aux confins du skiffle. Bref, pas de panique pour les aficionados de Skarbone 14, les références à La Mano Negra, la Ruda, Les 100 gr de Têtes ou encore Babylon Circus sont toujours bien présentes ; mais en tentant (timidement ?) l’ouverture vers d’autres styles, le groupe se réserve une certaine marge de manœuvre pour l’avenir. Reste à bosser, bosser et encore bosser pour atteindre le niveau du trio de cuivres. Et le groupe a peut-être trouvé la solution en multipliant les concerts à travers l’Europe. L’expérience est un atout irremplaçable. Et à ce prix, le succès est peut-être au bout du chemin. C’est tout le mal qu’on souhaite à cet ensemble qui compte quand même huit musiciens…   

The Scientists

Sedition

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Fin 2004, la formation légendaire, The Scientists, s’est presque reformée sous son line up le plus intéressant : c'est-à-dire celui qui a sévi entre 82 et 87 (NDR : la naissance du groupe remonte à 1978 !) Soit Boris Sujdovic (Exterminators, Invaders, Beasts of Bourbon et Dubrovniks), Thom Thewlis (Instertellar Villains et Scoundrelles) ainsi que l’inévitable Kim Salmon. Seul Brett Rixon n’a pas répondu à la proposition et a été remplacé par Leanne Chowie. Tout ce petit monde s’est remis à tourner et en particulier en Angleterre. D’abord, à l’invitation de Mudhoney, en supporting act, pour un concert qui s’est déroulé à Londres. Au Shepherd’s Bush Empire. Puis lors du festival « All Tomorrow Parties ». C’est à cette occasion que cet opus a été immortalisé. Pour la circonstance, le tracklist du set impliquait onze titres dits ‘classiques’. Ce sont ces onze morceaux qui figurent sur ce « Sedition ». Bref, un véritable caviar (Oui, je sais, le caviar est constitué d’œufs d’esturgeon, pas de saumon) au cours duquel, vous comprendrez pourquoi des artistes ou des groupes comme Mudhoney, Jon Spencer, The Von Bondies, The White Stripes et The Drones reconnaissent The Scientists comme une de leurs influences majeures. Et puis pourquoi Sonic Youth, les Cramps, Henry Rollins et même Jon Spencer les adorent. Voix caverneuse, riffs de guitares poisseux, malsains, marécageux, décapants, déchiquetés, torturés, psychédéliques ou surf, basse ténébreuse, palpitante et drums tribaux. Le tout tramé sur une structure directement inspirée du blues traditionnel ou du punk le plus destructeur. Si vous adorez les Stooges et que leur dernier album vous a déçus, n’hésitez plus, ce « Sedition » en est l’antidote parfait !

 

Benjamin Schoos

L’histoire de William Buckner

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A la manière de Gainsbourg et son « Melody Nelson », Benjamin Schoos (alias Miam Monster Miam) nous sort « L’histoire de William Buckner ». Un album ‘concept’, dit-on. Concept ? Ne sont-ils pas merveilleux, ces termes qui accordent implicitement une valeur ajoutée, tout en signifiant tout et n’importe quoi sous leurs étiquettes ? Infatigable touche-à-tout (musique, collages, interventions chez Mercier…),  Benjamin Schoos semble s’être fait plaisir en enregistrant cet album. Plaisir qui, dans ce cas-ci, est difficile à partager. Quoique… Après plusieurs écoutes, on s’attache au personnage incarné par William. On l’imagine, une Lada pourrie en guise de fidèle destrier, tenter la traversée d’un far-West moderne. Une odyssée commune. Pas de quoi fouetter un chat. Sauf qu’on s’y reconnaît étrangement. Ses peurs, ses envies, ses rêves sont un peu les nôtres. S’il n’y avait cet harmonica redondant et agressif, on se reprendrait même à écouter l’album encore une fois. Mais non. Pour le coup, Benjamin a déjà fait mieux.

Salmon

Rock Formations

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Cet album est le résultat d’un projet monté par Kim Salmon, en 2004. Pour le concrétiser, il avait réuni 5 autres guitaristes (Dave Graney, Ash Naylor, Penny Ikinger et Anton Ruddick) ainsi que deux drummers (Clare Moore et Michael Stranges). Neuf plages sont issues de sessions d’enregistrement opérées en studio. Treize autres ont été immortalisées au Metro de Sydney. Inutile de dire que ce disque pète d’électricité. On est d’ailleurs plus proche du heavy métal (parfois aussi du prog) que du garage auquel Kim nous avait habitués jusqu’ici, que ce soit en compagnie des Surrealists ou au sein des Scientists. Rien à voir avec une jam cependant, toutes les partitions ayant été écrites par Salmon. On y retrouve d’ailleurs l’une ou l’autre compo issue du répertoire de l’un ou de l’autre de ses groupes. Revues et corrigées pour la circonstance. Pas de lyrics, mais de temps à autre, des cris, onomatopées ou samplings de voix. Presque une symphonie en métal dirigée de main de maître par l’homme poisson ! Enfin, pour la première partie, l’enregistrement ‘live’ souffrant manifestement de la prise de son un peu trop étouffée. Néanmoins, les amateurs de gros riffs à la Black Sabbath devraient y trouver leur bonheur…

Eddi Reader

Peacetime

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Le grand air, les vertes campagnes sauvages des Highlands et une brume à trancher à la machette plantent le décor de la musique d’Eddi Reader. Nationaliste convaincue, l’ex-chanteuse de Fairground Attraction se lance à la recherche de ses racines écossaises. En 2003, le folk d’Eddi Reader s’était déjà attaqué aux grandes traditions régionales en mettant en musique des poèmes de Robert Burns, véritable institution littéraire au pays. Sur « Peacetime », son nouvel album, la chanteuse recourt à nouveau à la poésie de Burns, tout en s’entourant d’autres paroliers locaux. Rêveur, mélancolique et légèrement pompeux aux entournures, ce disque met surtout en exergue une production recourant à tous les artifices de la musique traditionnelle écossaise : flûte, accordéon et violon s’accordent ainsi à donner le ton à ces treize chansons. Dans les pires moments, on songe aux mauvaises galipettes celtiques des Corrs. Et dans les meilleurs instants, on s’assoupit paisiblement. « Peacetime », donc.        

Quantum Fantay

Ugisiunsi

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« Ugisiunsi » constitue déjà le deuxième opus de Quantum Fantay, projet parallèle de Pieter Van den Broeck, par ailleurs claviériste de Ghiribizzi. Et son successeur n’a rien à envier à « Agapanthusterra », poursuivant sur la même lancée. On a donc droit à un CD instrumental très largement dominé par des synthétiseurs inventifs et en pleine forme. Même si la filiation avec le Space Rock psychédélique cher à Ozric Tentacles est évidente, Pieter ne se laisse pas enfermer par ce portrait-robot. Malgré la rythmique souvent musclée et la flûte très ‘hawkwindienne’, sa musique peut aussi évoquer Tangerine Dream, voire Jean-Michel Jarre, dans une perspective délibérément accessible, dance et festive. Les audaces sonores et stylistiques enluminent riffs et mélodies accrocheuses, bannissant toute mélancolie. L’auditeur prend donc un plaisir sans nuance à parcourir de l’oreille cette galette. Pieter devra évidemment penser à évoluer s’il ne veut pas tomber dans la redondance. Mais gageons qu’avant de risquer de lasser, il est encore capable de nous concocter quelques albums aussi enthousiastes et insouciants. 

Orishas

Antidiotico

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On ne peut pas dire que ces Cubains perdent leur temps. Formé vers la fin des années 90 après leur rencontre en France, Orishas compte à peine 3 albums dans sa discographie et sort déjà son premier « Greatest Hits ». Rien d’exceptionnel donc, un simple recueil des singles et morceaux préférés du quatuor devenu trio, Flaco-Pro ayant quitté la formation. Enrichi de deux inédits, « Antidiotico » n’offre pas de quoi sauter sur sa chaise, mais juste assez de bons morceaux pour se secouer les fesses dessus. On pense notamment aux hits radios « Represent, Cuba », « El Kilo » et « A Lo Cubano ». Un disque estival qui fera plaisir aux fans de Hip Hop ensoleillé et aux inconditionnels du festival Couleur Café mais laissera probablement de marbre tous les autres…

Mannish Boys

Big plans

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Avant toute chose, j’aimerai saluer le retour des enfants chéris du label californien Delta Groove. "Big plans" constitue déjà leur troisième opus. Il fait suite à "That represent man" et "Live and in demand", deux disques encensés par la critique. Neuf musiciens figurent aujourd’hui au sein du line up des Boys. Et parmi ceux-ci, on y dénombre pas moins de cinq chanteurs, deux harmonicistes et trois guitaristes. Certainement une des plus solides machines à blues de notre univers.

Dès l’ouverture, "Border town blues" dévaste tout sur son passage. De la dynamite ! La rythmique est imparable et en particulier Richard Innes, véritable chef d’orchestre qui dirige la manœuvre en martelant sèchement ses peaux. Tom Leavey le suit à la trace de sa basse, immédiatement talonné par le piano de Leon Blue. Finis Tasby chante d'un timbre sûr et autoritaire. Kirk Eli Fletcher se réserve un des solos de l'année sur ses cordes. Frank Goldwasser attaque son "I can't stay here". Le son de sa slide est volontairement sale, primaire. Une compo qui baigne dans le Delta. Frank libère une puissance phénoménale dans son chant, comme si sa vie en dépendait alors que la slide tente bon gré mal gré de survivre au sein de ce climat étouffant. Finis chante "I get so worried", un bon blues lent dominé par la guitare de Kid Ramos. Parmi les invités, on retrouve Rob Rio aux ivoires, Jeff Turmes à la basse acoustique et au sax alto ainsi que Woody Woodford au saxophone ténor. Bien que disposant de 5 chanteurs, les Boys se paient encore le luxe d'en inviter d'autres. Tout d’abord Bobby Jones. Cet ex-Aces (celui des frères Myers) chante "Mary Jane". Randy Chortkoff souffle dans son harmonica tout au long de ce Chicago shuffle, très Jimmy Reed dans la démarche. Le patron du label transperce la solution sonore de ses sonorités acérées. Rob Rio, ensuite. Il interprète "Carpet bogger blues", assis derrière ses ivoires. Il pianote à la manière d'Otis Spann sur ce blues lent à l'intensité dramatique, pendant que Kirk dispense ses petites phrases assassines. Le vieux Johnny Dyer également. Il monte sur les planches. Son harmonica à la main. Il chante toujours à la manière de son ami Muddy Waters. Et en fait la plus parfaite démonstration sur "Just to be with you". Rick Holmstrom se réserve la guitare et Larry Taylor la basse. Quel show! "Why do things happen to me?" constitue un autre blues de toute grande classe. La voix de Finis Tasby est impériale. Il est épaulé par les cordes chaleureuses de Ramos et le sax baryton de Woodford. L'apparition soudaine de Jody Williams est une autre bonne surprise. Issu de Chicago, ce guitariste a accompagné Howlin' Wolf, Bo Diddley, Otis Rush, et quelques autres. Il chante son "Groan my blues away" tout en grattant sa râpe. Une compo qu’il avait immortalisée en 1955, lors de sa toute première session comme leader. L'impresario Chortkoff a composé deux plages. "Mina all mine" et "Young and tender". Il chante le premier morceau face à la slide de Kid Ramos, un blues délicat qu'il avait composé pour Jody Williams. Et le second d’un timbre soul, tout en sensibilité. Un feeling qu’il accentue en s’accompagnant à la guitare et en s’appuyant sur la rythmique de Rick Holmstrom Larry Taylor et de ‘Big Foot’ Innes. L'intérêt  de cette œuvre est constant. Même en fin de parcours. Tasby chante le nerveux "My baby's a good 'un" d'Otis Rush et son "Walkin' down Fillmore". Les échanges de cordes évoluent à très haut niveau. Que ce soit face à Eli, d'abord ou au Kid, enfin. Mitch Kashmar est le dernier le la liste des guests. Harmoniciste maison, il participe à deux plages. Tout d’abord "Broken hearted blues. Signé Jimmy Rogers, ce slow blues sent bon le Chicago Southside. Dyer se charge des vocaux. Et ce n'est pas une surprise, car ce bluesman est originaire du même patelin que Muddy Waters, dans le Mississippi. Cet excellent opus s’achève par le "California blues" (bien sûr!) de Howlin' Wolf. Bobby Jones le chante d’une voix puissante, proche du grand Chester Bennett.

Leo

Crossing the strings

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« Mirror King ». Premier titre de « Crossing the strings », et déjà, Leo fait mal. La mélodie est du même gabarit que celles susceptibles d’être inventées à brûle-pourpoint pour entonner un air qu’on ne connaît pas… Et les chœurs n’y changeront rien. Suivant ! Re-aïe ! Non, Leo ne séduit pas. Allez, un brin de chauvinisme tout de même (c’est qu’il est liégeois, le Leo !) : le petit duo de cordes (violoncelle-violon) est !…sympa. C’est mêlé d’inquiétude et d’espoir qu’on passe au troisième titre : « My private apathy ». Ô joie ! Ô délivrance ! Des rythmes captent l’attention, des accents mineurs caressent agréablement l’oreille… Mais Leo entame le refrain et chante d’une voix presque désespérée « My private apathy… Oh yeah ! ». Si le « Oh yeah ! » est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, pas de regrets, le refrain foutait déjà tout en l’air, cassant ce petit rythme blues qu’on espérait devenir grand. Cessons-là le suspens ! A ceux qui se bercent d’illusions, la suite n’est pas mieux. Des accents folks aux airs blues afro-américains, rien n’accroche vraiment.

Loïc Lantoine

Tout est calme

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Loïc Lantoine… ! Le nom, combiné à la pochette de l’album, est aussi attractif qu’un déodorant l’est pour les mouches. N’en déplaise à celle reproduite sur ladite pochette. Mais lorsque Loïc Lantoine entame son « Tout est calme », force est de constater qu’on l’écoute. Sa voix est empreinte d’une sincérité telle que c’en est touchant. Il ne parle pas vraiment, ne chante pas non plus. Il a sa manière à lui de nous dire qu’on est foutrement bien ensemble. Bourré d’humour (« NNY »), Loïc Lantoine a l’âme d’un poète des temps modernes (« Pierrot » dont la mélodie rappelle Mano Solo). Bien sûr, il ne s’agit pas d’un nouvel Apolinaire, non. C’est juste un gars sans prétention, à la sympathie contagieuse, partageant ce qu’il a sur le cœur. A nous de le suivre lors d’un léger coup de blues (« Pierrot ») ou d’un abus de whisky (« Quand les cigares »)…

Kube

Stockholm Syndrom

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Ne cherchez plus l’excellente surprise rock du printemps : la voici. Et elle vient de chez nous. De Bruxelles, pour être précis. Trio monstrueusement inspiré et délicieusement décadent, Kube ne traîne pas pour appâter nos tympans. Dès l’ouverture, les riffs sont robustes, débordants de vitalité et de hargne, empruntés à tout ce que le mot ‘rock’ contient comme déclinaisons et qualités. Certains citeront les Queens of the Stone Age, d’autres penseront à And You Will Know Us By The Trail Of Dead. La liste des influences est aussi vaste que vaine à énumérer: nos trois gaillards ont tout simplement choisi de se fier à tout le monde, mais de ne copier personne. Succession d’uppercuts assénés par des guitares tantôt ‘décoiffantes’ tantôt hypnotiques, ce « Stockholm Syndrom » ne souffre d’aucun temps mort et s’offre le luxe -trop souvent négligé par les énervés d’aujourd’hui- de laisser une grande place aux envolées purement instrumentales. En un mot : ‘waow’.

Michel Jonasz

Chanson française

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Comme l’ironise Bénabar, ‘Ils s’appelaient tous Michel : Polnareff, Jonasz, Delpech, Fugain, Berger et Le Forestier ( ?!?!?)’. En conjuguant le verbe ‘s’appeler’ à l’imparfait, il ne veut certes blesser personne. Mais il a peu raison : les carrières de tous ces Michel sont derrière eux. Heureusement, l’air du temps autorise une formule idéale : l’album de reprises. Il y a quelques mois, c’était un certain Michel... Delpech qui y allait de son petit retour en arrière, sur une rondelle revisitant ses propres succès en compagnie d’artistes d’hier et d’aujourd’hui.

Voici donc le nouvel album -le quatorzième- d’un Michel nommé Jonasz. Un album de reprises. Mais pas les siennes. L’interprète de « La boîte de jazz » explore un répertoire presque ‘classique’ de la chanson française, de Brassens (« Les copains d’abord ») à Brel (« Fernand », « La chanson des vieux amants ») en passant par Prévert (« Les feuilles mortes »), Ferré (« Avec le temps ») ou encore Nougaro (« Armstrong »). Bien entendu, ce projet n’aurait aucun intérêt si le gaillard n’y mettait pas, avant toute chose, de la sincérité. Dont acte. Et, bien entendu, personne n’y aurait prêté attention si notre homme ne s’appelait pas Jonasz, qu’il n’avait pas ce timbre de voix si chaud et ce don inimitable de chanter des histoires. Mais bizarrement, on apprécie sans en profiter pleinement. La raison est simple : les morceaux choisis ont vécu dans d’autres bouches, avec une force qui ne réclamait ni rappel, ni hommage…

Best Fwends

Alphabetically Arranged

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Si le grand classique « Anyone Can Play Guitar » de Radiohead devait atterrir dans les bacs aujourd’hui, ses géniteurs l’auraient probablement intitulé « Anyone Can Play Electro ». Imaginez vos deux petits frangins, cloîtrés dans leur chambre, la bouche collée à un micro cheap et les doigts scotchés sur un synthé arraché aux puces deux heures plus tôt pour 5 euros 95 seulement. Un prix défiant toute concurrence s’expliquant par l’étrange absence de certaines touches. Mais les deux garnements n’en ont rien à foutre, ils s’amusent comme des bêtes à composer les morceaux les plus débiles que l’humanité ait eu à endurer. Dans le salon, votre petite famille s’impatiente. ‘C’est quoi ce bordel ?’, hurle maman. ‘Ils commencent à faire chier, ces deux petits cons !’, s’époumone papa. ‘Je vais leur couper les bras et leur faire bouffer leur synthé de merde’, s’énerve la grande sœur. Et comme si cela ne suffisait pas, voilà que le duo infernal décide d’inviter ses potes pour faire encore plus de bruit. Ayant de la suite dans les idées, les trublions décident de graver sur disque leurs morceaux ‘self-made’ préférés, pour la postérité et le grand bonheur de leurs proches. Afin de s’y retrouver dans leur ouvrage dantesque, ils auront même pensé à classer les 29 créations originales et collaborations par ordre alphabétique ainsi que de subtilement intituler l’ensemble « Alphabetically Arranged ».

Quelques semaines plus tard, en se promenant sur la toile, maman, papa et grande sœur tombent sur quelques morceaux electros leur semblant étrangement familiers mais dont l’origine leur paraît un peu floue. Et malgré eux, parents et enfant se mettent à taper du pied, à balancer la tête et à sautiller dans tous les sens, faisant dangereusement valser tous les meubles du salon. Le tout, sous l’œil amusé des deux garnements, tapis dans l’obscurité et se régalant à l’avance de la manière dont ils nargueront sournoisement le trio qui, jusque à cet instant, voulait impérativement les réduire au silence.

Low

Introspection électrique

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Depuis le début des années nonante, un groupe s’obstine à caresser la beauté musicale dans le sens contraire du poil : Low, trois lettres qui modèlent une ascension. De bas en haut. Toujours. Et, une fois encore, la formation d’Alan Sparhawk évite le repos, les lauriers et tout autre considération, préférant se concentrer sur l’essentiel : sa musique. Fouiller les sons, remuer les technologies pour toucher à l’essence d’une vie nouvelle. Voilà, en substance, le programme de « Drums And Guns », le nouvel album des Américains. Profondément marqué par les incivilités d’un gouvernement belliqueux (à ce titre, on se penchera sur les paroles de l’introductif « Party People » : ‘All soldiers they’re all gonna die’), Low dépose armes et guitares. Désormais, la puissance incantatoire du groupe passera par des sonorités électroniques. Mais cela ne change pas la donne : délicate, austère et hypnotique. Ne craignons rien, jetons-nous à Low !

Alan, tu es originaire de Duluth, dans le Minnesota. Bob Dylan est également natif de cette ville. Considères-tu Duluth comme une bourgade propice au développement personnel des grands musiciens ?

Alan Sparhawk : C’est assez difficile à dire... Duluth se situe à la frontière entre les Etats-Unis et le Canada. Il y fait très froid. Nous sommes à quelques pas des Grands Lacs. La vie de ce centre urbain est rythmée par les fermes, les usines métallurgiques, quelques magasins. En fait, en évoquant l’existence de ma ville à voix haute, je me rends compte qu’il s’agit d’un endroit très éclectique. Cependant, Bob Dylan n’a pas vraiment dû rencontrer l’essence même de Duluth. Au contraire, il devait s’y sentir aliéné dans sa jeunesse car, dès qu’il en a eu l’occasion, il a filé : à Minneapolis, d’abord et à New York, ensuite, où il est devenu célèbre. Il existe pourtant une atmosphère particulière qui se dégage de cet endroit. De là à dire que Duluth guide toute notre création artistique, il y a un pas que je ne franchirais pas. Mais il est indéniable que le froid, le vent, l’absence de soleil ont un impact sur notre vision des choses et de notre musique. Nous aimons vraiment cette ville.       

Tu es marié avec Mimi Parker, actrice phare de votre formation. Ton épouse t’accompagne donc sur la route. Est-ce difficile d’associer vos vies professionnelles et privées ? La musique fait-elle surgir des tensions au sein de votre couple ?

A.S. : Evidement. Déjà, à la base, faire partie d’un groupe de musiciens n’est pas une chose facile à gérer. Dans un même ordre d’idée, le mariage ne constitue pas qu’une partie de plaisir. Le fait de travailler ensemble sur un projet artistique peut entraîner quelques tensions. En même temps, travailler ensemble et partager ces instants nous procurent une indescriptible satisfaction. C’est une chance que de vieillir proche l’un de l’autre, d’avancer ensemble sur un projet, de le voir grandir. Mon mariage est une bénédiction, j’ai la chance d’avoir une femme formidable et une famille compréhensive. Il est vrai que certaines tensions peuvent surgir mais elles sont toujours bénéfiques. Nous n’avons pas cherché à établir une frontière délimitée entre notre vie professionnelle et privée. Ce serait bien trop difficile. Il faut laisser les choses se dérouler naturellement. Parfois, à la maison, nous sommes en train de jouer de la guitare et les enfants débarquent dans la pièce pour jouer. Généralement, on ne se pose pas de questions : nous allons jouer avec les enfants. A la maison, on ne s’impose aucune contrainte. On se contente de vivre les choses comme elles viennent. Il ne faut pas rendre la vie trop compliquée : elle l’est déjà pas mal comme ça !

En Europe, votre précédent album (« The Great Destroyer ») était signé sur le label anglais ‘Rough Trade’. Cette fois, on vous retrouve sous l’égide du célèbre label « Sub Pop ». Comment s’explique ce changement de crémerie ?

A.S. : En fait, aux Etats-Unis, nous sommes signés sur le label Sub Pop depuis des années. Le patron du label est fan de notre musique. En Europe, « The Great Distroyer » était distribué par le label anglais Rough Trade. Je n’ai rien contre Rough Trade. Pas de ressentiment en vue, donc. Simplement, il était temps de partir. Les gens qui avaient travaillé pour nous chez Rough Trade ont emprunté d’autres chemins. On les adorait vraiment. Dès lors, on ne se sentait plus comme à la maison. Ce n’était plus les mêmes personnes. Et, chez Low, nous accordons beaucoup d’importance à la notion de stabilité dans le travail. C’est la principale raison pour laquelle nous sommes passés chez Sub Pop pour la gestion internationale de notre album.

Lors de votre dernière tournée, vous aviez déjà joué quelques morceaux de “Drums and Guns”. Quand avez-vous composé les chansons de ce nouvel opus ? 

A.S. : Certaines chansons du nouveau cd ont été écrites à l’époque de « The Great Distroyer ». Nous avons pris le temps de retravailler ces morceaux, de les reconsidérer. Quand nous sommes entrés en studio pour le précédent, nous disposions d’un stock d’une vingtaine de chansons. Cependant, certaines d’entre elles présentaient un côté inachevé. Il fallait donc les laisser mûrir. Elles possédaient un indéniable potentiel. Mais il fallait pouvoir l’utiliser à bon escient. D’ailleurs, musicalement parlant, il existe une distinction entre « The Great Destroyer » et « Drums and Guns ». Pour le précédent, nous avons tout enregistré comme si nous étions en concert. C’était très brut, très élémentaire : guitare, basse, batterie. Cette fois, nous recherchions de nouvelles sonorités. Nous avons donc abandonné la tradition pour mieux explorer les sons. Pour « Drums and Guns », la première étape s’est concentrée sur l’élaboration des morceaux. Les voix sont ensuite venues s’ajouter. C’est la première fois que nous expérimentons à ce point. Certaines personnes trouveront que ce disque est trop électronique. Mais, en fait, « Drums and Guns » est peut-être notre œuvre la plus artisanale ! On ne s’est jamais imposé le biais des musiques électroniques. Ces sonorités se sont imposées lors du travail sur les morceaux. Rien n’était prémédité ! J’espère simplement qu’en écoutant ce nouvel album, les gens percevront l’évolution sonore recherchée ces deux dernières années.

Vous avez confié la production à Dave Fridmann. Dans quelle mesure sa personnalité ressort-elle de « Drums and Guns » ?

A.S. : Lors des sessions d’enregistrement, Dave a été notre plus proche confident. Parfois, on se disait : Oh lala, c’est une véritable catastrophe !  Et Dave nous soutenait le contraire. Il a vraiment essayé d’explorer nos idées les plus folles. Nous étions un peu comme des enfants découvrant de nouveaux jouets. Il n’a pas arrêté de nous encourager. Parfois, on ne comprenait plus rien et lui, dans un élan magistral, il survenait : On va prendre ces deux sons-là et cette voix : voilà la chanson !  Pour mener à bien ce nouveau projet, nous avions besoin d’une personne talentueuse, calme, capable de reconstituer des fragments sonores pour en délivrer une chanson. Dave était parfait dans ce rôle. Il était un peu comme un professeur à notre égard.

Lifesavas

Gutterfly : The Original Soundtrack

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Bande originale d’un film qui n’existe pas, le deuxième album de cette formation de Portland confirme la bonne impression qu’elle nous avait laissée sur l’album « Spirit in Stone », sorti il y a quelques années sur le même label. « Gutterfly » plonge l’auditeur au sein de l’atmosphère seventies des polars ‘blackploitation’, en vogue à l’époque. Un casting prestigieux (George Clinton, Oh No, Vernon Reid, Smif’N’Wessun, Fishbone et quelques autres) qui s’applique à rendre une trame éclatée sur des beats très efficaces où les orgues, cuivres et les guitares lascives apportent une forte dimension mélodique. Car la mélodie est le point fort des Lifesavas, que ce soit sur le dansant « Double Up » (produit par Oh No), la belle ballade de « No Surprise », le funèbre « Dead Ones » ou encore le funk caribéen « A Serpent’s Love » au cours duquel ISH (Digable Planets) pose les rimes. A signaler aussi, la belle intervention de George Clinton sur « Night Out » narrant l’histoire d’un contrôle de police qui tourne au vinaigre et la nuit subséquente. Bref, beaucoup de bonnes choses et peu de déchets. Un disque vivement conseillé.

Various Artists

Ragga Ragga Ragga !

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« Raw, X-Rated Dancehall » précise la pochette. L’acheteur ne sera pas trompé sur la marchandise, l’essentiel de ces titres se focalisent sur la fête, les fesses, l’abus d’alcool, mais pas nécessairement dans cet ordre. Sur des musiques très électro influencées par le r’n’b américain, le crunk et l’euro dance, l’auditeur a droit aux titres les plus efficaces qui ont balayé les dancefloors jamaïcains cette année. A boire et à manger sur cette plaque. Pourtant il recèle quand même pas mal de bons titres. Et en particulier ceux signé Shaggy, Bennie Man (l’excellent « Reverse Da Ting »), Future Fambo (le très drôle « Tom Drunk ») ou encore Tony Matterhorn (l’explicite « Bawl & Beg »). Il est tout de même assez drôle de constater que certaines de ces plages évoquent la dance roumaine, comme le « Whine Pon You » de Vybz Kartel où le chanteur déclare dans un délire de vocoders : ‘Gimme that fuck look, pretend like you didn’t fuck in a while !’ « X-rated » on vous dit !

Uncle Joe Turner and Friends

I-10 Hurricane Blues

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John Turner est né au Texas. A Port Arthur, très exactement. Il y vit toujours. La notoriété de ce drummer éclot en 1968, lorsqu'il intègre le groupe de Johnny Winter. Il y rejoint le bassiste Tommy Shannon (futur Double Trouble) et le saxophoniste/claviériste Edgar Winter. Il participe ainsi à la confection des elpees "Johnny Winter", "Second Winter" et "The progressive blues experiment". Il émigre ensuite à Austin. En compagnie du même Shannon pour y fonder Krackerjack, et engagent un certain Stevie Ray Vaughan, alors débutant. John devient alors insatiable. Il retrouve à nouveau Johnny Winter pour concocter "Third degree" (paru chez Alligator), puis collabore à différents projets ; et en particulier ceux ce Paul Orta, Mike Morgan, Lazy Lester, Alan Haynes ainsi que des Français Benoit Blue Boy et Big Dez. Pour réaliser cette plaque, il a reçu la collaboration d'amis texans. Pour la plupart méconnus.

 Le titre maître ouvre l’opus. John chante. Il est soutenu par son ami Paul Orta à l'harmonica. Et John Edery à la slide, pour le riff célébré par Elmore James. Il attaque ensuite le célèbre "I hear you knockin" de Jay Miller, le spécialiste du swamp louisianais. Paul Orta chante d’un timbre nasillard. Il est épaulé par les cordes d'Edery, le leader du House Rockers Band, une formation texane. Issue de Beaumont, très exactement. "Bridge City blues" baigne au sein d’une ambiance très louisianaise. Un fragment adapté du "St Louis blues" de W.C Handy. Floyd Moore chante d'une voix grave et fascinante. Roger Ward (un inconnu !), le "Good understanding" de Willie Dixon. Le tempo est très enlevé. L'harmonica d'Orta décolle. Il est rapidement suivi par le piano de Mark Solis. Puis par les guitares du même Ward et de Little Ray Ybarra (il drive les Blues Sonics !) Edery, son "Beaumont Blues". Il laisse délirer ses cordes sur un motif rythmique emprunté à "Spoonful". Nous sommes au Texas, non loin de la frontière mexicaine. Uncle John, "Hey senorita" dans la langue de Cervantès. Une compo caractérisée par ses rythmes exotiques bien syncopés. Paul, un swamp blues intitulé "Really is hurtin' thing". La guitare de Little Ray s'adapte très bien au sein de ce climat malsain. Le son réverbéré est bien typique de la Louisiane. John, encore un dernier titre : "T Bone intentions". L'harmo d'Orta se plaint pendant que les cordes de Tonky de la Pena s'enivrent au cœur de ce décore sonore. Le "Honest I do" de Jimmy Reed opère un nouveau retour du côté de Baton Rouge. La voix chaleureuse de Floyd Moore mène les débats. L'harmo se démène et monte dans les aigus. La guitare réverbérée de Little Ray emprunte des sonorités particulièrement bayou tout au long d’"I'm gonna keep what I've got", un morceau digne des meilleures plages de Creedence Clearwater Revival. Roger Ward shoute de son timbre abrupt, "She's nineteen years old", un slow blues signé Muddy Waters. La slide est très incisive. En finale, Paul Orta chante "Hurricane Rita", un excellent shuffle à la texane. Little Ray se déchaîne avec bonheur sur ses cordes. Il y est au sommet de son art. Bref, un elpee qui réunit de très bons moments.

Sister Iodine

Helle

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Highway to helle. Enfer et damnation, chroniquer ce genre d’album n’est pas chose aisée. Difficile aussi d’exprimer la sensation exacte qu’il procure, l’auditeur non-averti capitulera vite devant la tâche, tant la complexité électronique de ces Frenchys est proche du malaise. Conglomérat de bruits expérimentaux, les sons semblent sortir de nulle part, se fracassant sur la montagne de notre confort auditif. Dérangeant au possible, les Sister Iodine produisent 13 plages dénuées d’un quelconque sens de la mélodie. Influencés par Sonic Youth ou The Ex, ils n’en ont gardé que l’acide pour dessiner au creux de nos conduits auditifs, un sinueux chemin froid et chaotique. Le trio n’est pas à son coup d’essai, les deux précédents albums avaient déjà l’ambition de perturber la ligne claire en la faisant littéralement exploser. Atypique, arythmique, la fragmentation de ce dernier album dilue cris de détresse et guitares larmoyantes avec cynisme. Tel du papier de verre sur une blessure, il écorche un peu plus la partie sensible et effrite nos zones saines. Un album qui demande patience et oubli de soi.

Olabelle

Olabelle

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Olabelle ! Un bien joli nom de famille pour ce sextet new-yorkais qui s’efforce de relire l’histoire pour mieux la réinterpréter. Les mélodies traditionnelles s’offrent donc un lifting dans le salon d’Olabelle, coiffeur contemporain et typiquement américain. Le folk, le blues, le gospel et, au final, toute la souffrance de plusieurs générations noires américaines sont au centre des préoccupations de nos six musiciens. Vu d’ici, on frôle l’épure nationaliste. Toujours est-il que ce premier album éponyme s’ouvre sur un morceau du feu de Dieu : « Before This Time », un titre originellement composé par Bessie Jones et Alan Lomax. Le gospel suinte des baffles, on se met à taper dans les mains, à lever les yeux au ciel. On commence sérieusement à croire au miracle. Mais il faut déchanter. La suite du disque abandonne le gospel à ses champs de coton et part à la rencontre de sonorités convenues. Et si les voix féminines s’enlacent aux cordes vocales des mâles, copulant pour mieux nous bercer, on finit par s’endormir. Pas chiant, non. Mais pas forcément captivant, le répertoire revisité aurait, dans certains cas, mérité le repos éternel. Revisiter sans perdre l’authenticité : mission difficile. Impossible ?