Un dixième album studio pour Idlewild

Idlewild sortira son nouvel opus – un éponyme – ce 3 octobre 2025. Il s’agira de son dixième. En attendant, il a partagé le single intitulé "Stay Out Of Place". Le chanteur Roddy Woomble explique que la chanson traite de la multiplicité des voix et de la…

logo_musiczine

La Divine Comédie de Lora Gabriel

Lora Gabriel a trouvé sa voie en oscillant constamment entre les polarités pour mieux les réconcilier. Cette quête débute dès son enfance, lorsqu'un professeur de flûte traversière, au conservatoire, lui propose de chanter les notes qu'elle joue. Son premier…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Search results (26653 Items)

The Revs

The Revs

Écrit par

Après avoir séduit le public irlandais avec leur gentil punk-rock (« Wired to the moon », « Death of a DJ »), Michael Daniel O'Donnell, Rory Gallagher et John McIntyre, alias The Revs, changent de line-up et partent à la conquête de l’Europe. Premier single issu de leur nouvel album éponyme, « Time slippin’ » confirme le changement : d’une musique proche de Sum 41 ou Busted, ils jouent désormais dans la cour de Snow Patrol ou Saybia. Certains morceaux même (« Streets », notamment) rappellent franchement ceux de Franz Ferdinand. Et cette dernière comparaison n’est pas si surprenante : à la production de cet album, on retrouve Stefan Kvarnström et Jens Lindgård (ceux-là mêmes qui avaient déjà sévi sur le premier album de Franz Ferdinand). Pour l’enregistrement, le groupe a également fait appel à Danton Supple, qui a travaillé, entre autres, sur le dernier album de Coldplay, « X+Y ». Le résultat de ces collaborations est un disque assez classique. Avec des plages plus rock (« Take it all back », « You shine », « Every monkey ») ou des ballades pop (« Here’s where the conversation ends »), The Revs ne renouvelleront pas le style mais combleront certainement les fans du genre.

Roommate

Songs the animals taught us

Écrit par

Sur "Songs the animals taught us", Kent Lambert, cerveau de Roommate, n’hésite pas à dresser un portrait cynique de l’Amérique à l’heure d’aujourd’hui. Sa musique, héritière de celle de Xiu Xiu, mais aussi de groupes tels que M83, n’est pas sans rappeler l’électro pop de Postal Service, en plus décousu, en plus éclectique. En faisant intervenir de multiples instruments (basse et batteries, bien sûr, mais aussi une scie, un xylophone ou encore un banjo), la mélodie se noie parfois dans un brouhaha agaçant. Heureusement, la voix de Kent réussit souvent à sauver les morceaux aux multiples subtilités. A travers cet album, Roommate questionne les angoisses et les contradictions de notre culture occidentale. Les thèmes de l'économie ou de la guerre, de statut social ou de jeune amour sont abordés sous forme de petites fables dont les protagonistes sont typiques d’un monde à l’ère de Bush : des profiteurs de la guerre ou des travailleurs middle-class qui s’inquiètent de l’économie (la reprise de Big Head Todd & Monsters, "Dinner with Evan", est à ce titre parfaitement cohérente sur cet album). Le meilleur exemple du dilemne ‘roommatien’ figure sur "Typhoon", en ces mots: ‘How much luxury would it take to kill me/and how much of your breath would it take to fill me/and how much love will save me ?’ Idem pour la fausse partie de Nintendo de "Status hounds": ‘We hate the richs/but we might get rich/maybe hate will make us rich’. Un disque intelligent et pertinent.

Maxïmo Park

Found on film (CD + DVD)

Écrit par

Depuis qu’il a enregistré son premier album en 2005, Maxïmo Park tourne inlassablement. Et, apparemment, son planning de concerts est à nouveau impressionnant. Fin de l’année dernière, le quintet a donc décidé d’immortaliser cet exercice de style qu’il semble apprécier tout particulièrement. Le 10 décembre 2005 dans leur ville natale de Newcastle et le 17 février 2006 à Brixton. Filmé en noir et blanc, ce dernier spectacle contient deux compos qui ne figurent pas sur leur album : « Fear of falling » et « I want you to leave ». Deux sets qui ont servi de base à l’élaboration de ce DVD. Le film reproduit parfaitement l’énergie dispensée par la formation sur les planches ; une énergie exacerbée par le vocaliste/showman Paul Smith. Ce support recèle également six morceaux issus de sessions accordées à la BBC, trois autres concédées à AOL et une interview de 20 bonnes minutes consentie par Paul et Duncan pour la radio locale de Brighton ; sans oublier les six vidéos promotionnelles tournées par le band. Seul petit bémol, la navigation du DVD est plutôt difficile à la détente et sur PC, certains programmes refusent carrément de lire le support. Le CD audio propose 9 plages encore issues de sessions accordées à la BBC dont une adaptation assez étonnante du « Shiver » de Natalie Imbruglia, une version acoustique de « Going missing » et un inédit, « Surrender ». Le tout est enrichi d’un booklet de 16 pages abondamment illustré. Et si vous souhaitez en savoir davantage sur Maxïmo Park, je vous invite à relire l’interview fort intéressante que Paul et Tom avaient accordée à Musiczine l’an dernier…

Leya

Watch you don´t take off

Écrit par

Leya nous vient d’Irlande du Nord. De Belfast, très exactement. Un quatuor dont la musique évolue entre britpop et britrock. Un fil conducteur : la voix de Ciaran Gribbin dont le timbre et les inflexions empruntent tour à tour à Matthew Bellamy, Danny McNamara, James Walsh ou encore Paul Draper. Dans ces conditions, difficile de ne pas imaginer que la musique de Leya évolue dans un univers rappelant tantôt Muse, Embrace, Starsailor voire Mansun. Et manifestement, elle devrait plaire à toutes celles et tout ceux qui ne jurent que par ce style si insulaire. Cependant, si c’est bien fichu, ça manque quand même d’originalité. Les arrangements symphoniques sont légion (NDR : somptueux ou emphatiques : biffer la mention inutile), l’instrumentation luxuriante, les changements de tempo fréquents, les mélodies mélancoliques. Et le tout est bien sûr dominé par les vocaux de Ciaran. Une compo parvient quand même à s’extraire de l’ensemble : « Again ». Tramée sur un piano sonore, elle monte progressivement en intensité avant de voler en éclats dans une orgie de sonorités cosmiques. Un peu à la manière de Radiohead. Pour le reste, on peut fermer la parenthèse…

Hyperclean

Hyperclean

Écrit par

Hyperclean ou la jeunesse décadente dans toute sa gloire. Irrévérencieux à souhait, le quintette instaure le revival rock sixties/seventies à la française. C’est con mais fallait y penser. Héritiers de Jacques Dutronc ou de Serge Gainsbourg, ces nouveaux trublions au nom trompeur livrent un premier disque complètement décalé, à prendre au cinquième degré. Dans l’univers déjanté d’Hyperclean, l’outrage est une forme d’art pratiquée avec véhémence. Les demoiselles y sont tendrement malmenées et le nudisme y est la norme. Même les animaux en prennent pour leur grade, acteurs involontaires des turpitudes de la bande. Entre rythmiques yé-yé et mélodies libidineuses, « Hyperclean » referme treize perles de poésie provocatrice. Si la Boum de Sophie Marceau avait eu ce disque pour fond sonore, nul doute qu’elle se serait soldée par une orgie.

Johnny Cash

Personal file

Écrit par

Lors de la vente de la maison de ses parents décédés voici 3 ans, John Carter Cash a fait une découverte inattendue. Il est tombé sur des bandes sur lesquelles ne figurait comme annotation que ‘Johnny Cash – Personal files’. En fait, le fiston venait de dénicher des tas d’enregistrements concoctés par feu son père dans son studio maison. Ces compos inédites constituent un trésor inestimable, puisque non seulement il ne s’agit pas de fonds de tiroirs ou de demos (NDR : probablement des projets d’albums non aboutis) ; mais en outre, elles sont tellement nombreuses, qu’elles devraient faire l’objet de toute une série de futurs opus posthumes. Et ce « Personal file » en est la première concrétisation. Enregistrés entre 1973 et 1982, celles qui constituent ce double cd réunissent reprises (Louvin Bothers, John Prine, Carter Family, Johnny Horton, Lefty Frizzell), traditionnels irlandais, chansons gospel, poèmes, et inédits pour la plupart précédés de préambules explicatifs. 49 titres en tout. Le premier privilégie les anecdotes sinistres, alors que le second trahit ses convictions spirituelles. Des berceuses qu’il interprète de son baryton rocailleux, fragile, chaleureux, profond, sudiste, en s’accompagnant simplement d’une guitare sèche. The Man In Black n’est peut-être plus de ce monde, mais son œuvre n’a jamais été aussi vivante…

Joe Cuba

Bang! Bang! Push, push push

Écrit par

Déjà remis à l’honneur par les Espagnols de Vampisoul, le catalogue du légendaire label Fania a été racheté par V2. Fania a révolutionné la musique latine en la mariant à la musique pop et jazz. Parmi la première salve de rééditions, on trouve une dizaine d’albums parus dans les années 60 (Eddie Palmieri, Joe Bataan, etc.) Le sextet de Joe Cuba (alias Sonny Calderon) est considéré comme un des précurseurs du boogaloo, ce genre musical particulier qui a marié la musique cubaine au doo-wop et à la soul. Un mariage qui a pu avoir lieu grâce au mélange des populations dans le New York des années 60. Datant de 1966, cet opus est un bel exemple de l’énergie contagieuse du genre : de la musique festive jouée avec une ferveur incroyable. Un chapelet de morceaux (dont le tube « Bang ! Bang ! ») qui repose sur une même recette : des chœurs gueulards, des rythmes rapides joués avec des instruments typiques de la musique cubaine (percussions, piano, etc.) et une énergie furieusement rock’n’roll. On ralentit rarement le rythme (« Mujer Divina ») mais la richesse mélodique est toujours présente, comme sur le magique « Que Son Uno », plus calme mais d’une classe folle.

The Be Good Tanyas

Chinatown

Écrit par

Curieux nom que celui de ce groupe composé de trois jeunes Canadiennes originaires de Colombie-Britannique. Frazey Ford, Trish Klein et Samatha Parton l’ont choisi d’après la chanson « Be good Tanya » de la Texane Obo Martin, une chanson qu’une certaine Jolie Holland leur avait fait découvrir lors d’un camp de planteurs d’arbres. Il n’est donc pas surprenant que leur musique colle au décor. Mandolines, harmonicas, guitares et harmonies vocales alimentent « Chinatown », deuxième album du trio (qu’elles ont produit elles-mêmes). Oscillant entre country, blues ou encore gospel, les demoiselles y parlent des dangers de la vie urbaine et des problèmes de drogue, de voyage et d’amour perdu, de Jésus et de la mort. « It’s not happening », « Junkie Song » ou la triste ballade « Dogsong 2 » où Samatha Parton déplore la mort de son chien sont autant d'invitations à la mélancolie. En outre, quelques reprises viennent se glisser entre les morceaux originaux : « Waiting around to die » de Townes Van Zandt, par exemple. Mais ce sont surtout des chants traditionnels que le trio fait revivre ici: une xième version, plus légère, de « House of the rising sun », « Reuben » ou le sympathique « In my time of dying ». De plus, tout au long de l’instrumental « Horses », les trois artistes prouvent qu’elles sont également bonnes musiciennes. Enfin, une piste bonus vient clore le tout : « Diamond in my crown », où Frazey Ford est rejointe par sa mère pour un a capella tout en harmonie. Mignon.

Bizzy Bone

Speaking in tongues

Écrit par

Ancien membre des atypiques Bone Thugs-N-Harmony, Bizzy Bone continue une carrière solo loin de ses anciens compères et du succès commercial. Ce deuxième album ne risque pas de le replacer sous le feu des projecteurs mais a au moins le mérite d’être sincère. Responsable d’une musique moins mélodique que celle dispensée par son ancienne formation, il reste cependant fidèle à son flow aigu et rapide qu’il pose sur des beats très californiens : claviers acides, beats puissants, mélodies tapageuses. L’ancienne gloire du trip hop Tricky co-mixe quelques uns de ces titres qui respirent la violence urbaine et le désespoir, le tout noyé dans une imagerie religieuse déjà fortement présente dans la précédente formation de Bizzy Bone. Un disque pas toujours très digeste, mais qui contient quelques bons morceaux. On citera « Bald Head Horse Man » et « Shake that Stick » (taillés pour les dancefloors), le tendu « He Told Me », les plus pop « Represent da One » et « Less Fame ». Ensoleillé et délétère à la fois, un paradoxe auquel les représentants hip hop de la côte ouest nous ont habitués.

CSS

Cansei de Ser Sexy

Écrit par

Aurait-on cloné Peaches ? ‘Sex, drugs & electro’ semble être le nouvel adage d’une certaine génération. CSS (pour « Cansei de Ser Sexy », qui, traduit du portugais, veut dire ‘fatigués d’être sexy’, rien que ça…), réunit cinq jeunes femmes et, accessoirement, un gars, qui n’ont pas la langue dans leur poche. Originaire de Sao Paulo et première formation sud-américaine a être signée sur le label Sub Pop, CSS martèle des beats acides et tout simplement ravageurs. Qu’ils s’en prennent à Paris Hilton (« Meeting Paris Hilton » dans lequel la jeune pouffe s’en prend plein la tronche) ou qu’ils rendent hommage à Death From Above 1979 (le single « Let’s Make Love And Listen to Death From Above »), les compos infectieuses des six Brésiliens s’immiscent vicieusement dans le système nerveux de l’auditeur. Leurs effets dévastateurs ne se font ressentir qu’au moment où l’on s’y attend le moins. Afin de passer une bonne nuit de sommeil, il est d’ailleurs fortement déconseillé d’approcher ses tympans de titres tels que « Alala », « Music Is My Hot, Hot Sex » ou encore « Art bitch » après dîner. Aucun remède n’est actuellement disponible. Si, par curiosité ou par mégarde, vous vous faites tout de même prendre au piège, il n’y a aucune alternative. Vous devrez succomber aux rythmes obsédants de « Cansei de Ser Sexy » et de son electro-rock subversif. A bon entendeur…

 

The Weepies

Say I am you

Écrit par

The Weepies, c’est avant tout l’histoire d’un coup de foudre entre deux songwriters. La scène se passe au Club Passim, à Boston, où Steve Tannen vient présenter son premier album "Big Señorita". Dans le public, une fan : Deb Talan. Cette dernière a sorti un disque, "Something burning", que Steve écoute en boucle depuis quelques mois. Le concert s’achève et les deux musiciens passent le reste de la nuit à jouer ensemble, intimidés et charmés. De là naîtra un premier essai "Happiness" (2003). "Say I am You" est le second opus du groupe. Dès l’ouverture ("Take it from me"), le duo promet une pop légère sans être naïve, discrète mais terriblement efficace. Guitare en bandoulière, le couple se partage le chant : tantôt elle, tantôt lui. Et puis, ensemble, leur voix s’épousent pour le meilleur. Les morceaux s’enchaînent et, sans rien révolutionner, vont pourtant à l’essentiel ("World spins madly on" ou "Suicide blonde", qui évoque l’écriture sombre d’Elliott Smith). De comptines douces-amères ("Nobody knows me at all", "Not your year") en vérité désarmantes ("Love doesn’t last too long"), les Weepies restent optimistes dans le désespoir. Sur la pochette de "Say I am You", deux petits oiseaux. Deux hirondelles, peut-être, qui ont fait un printemps.

Leslie West

Blue Me

Écrit par

Alias West, Leslie Weinstein est né en 1945 à Forest Hills, dans l’état de New York. Il y fonde son premier groupe : les Vagrants. Une aventure de courte durée, car dès 1969 il forme Mountain en compagnie du bassiste/producteur Felix Papalardi et du batteur Corky Laing Leslie. Une aventure que le trio américain allait couronner de succès. En pratiquant tout simplement du blues rock. La formation accorde un de ses premiers concerts lors du festival de Woodstock. Rayon discographie, le combo aligne "Mountain climbing" en 1970, "Nantucket sleighride" et "Flowers of evil" l'année suivante, ainsi que "Live Mountain" en 72. Ce sera le chant du cygne, puisque l’ensemble splitte la même année. West et Laing décident alors de reprendre la route en impliquant un Anglais dans le nouveau projet : le très notoire bassiste Jack Bruce ! West, Bruce & Laing immortaliseront 3 albums. En 74, Mountain se reforme brièvement et concocte un elpee : "Avalanche". Depuis, l’histoire de Leslie West est devenue beaucoup plus anecdotique. Ce qui n’a pas empêché son LW Band de graver une multitude d’albums. Et de croire encore aujourd’hui à son étoile. Ainsi il a commis "As Phat as it gets" en 2001, "Blues to die for" en 2003 ainsi que "Guitarded" et "Got blooze" en 2004.

Pour concocter "Blue Me" West a reçu le concours du drummer Aynsley Dunbar (NDR : un vétéran anglais !), de Tim Fahey à la basse, de Kevin Curry à la guitare rythmique, d’Art Groom à l’orgue Hammond et de Brian Mitchell au piano (NDR : ce dernier a côtoyé une multitude de musiciens notoires ; et en particulier BB King, Dr John, Bob Dylan et Allen Tousssaint). Le bon vieux Leslie attaque le "Blues before sunrise" de Leroy Carr. Il emprunte le célèbre riff de slide imaginé par Elmore James. La section rythmique est écrasante. Le piano épouse le rythme. Le résultat n’est pas très subtil, mais très efficace. Et puis ça déménage ! Il embraie ensuite par le "I woke up this morning" de Graham Barnes, en reproduisant toute une série d’accords appréciés par tous les fans de Ten Years After. Pas pour rien qu'Alvin Lee les avait réservés pour son album "SSSSh!". En 1969. Et manifestement, cette plage est la meilleure de l’opus. La machine est bien huilée. Dévastatrice, elle broie tout sur son passage. Et "Four day creep" en est la pus belle démonstration. A l’instar de ses derniers opus, Leslie mange un peu à tous les râteliers. Sans trop de discernement. Parfois ses décisions sont judicieuses. Parfois douteuses. Ses covers du "Hit the road Jack" de Percy Mayfield (NDR : un tube pourtant glorifié en son temps par Ray Charles) et du "Green river" de Creedence Clearwater Revival, au cours duquel il ressemble à un Omar Dykes survitaminé, sont tout à fait dispensables. A contrario, le sommet de l'album est atteint par sa version du "Standing around crying" de Muddy Waters, un slow blues qui libère un maximum d'intensité dramatique. West sait comment conduire son blues. Sa voix est surpuissante. Ses cordes ne demandent qu'à hurler, mais il parvient toujours à les garder sous contrôle. Une performance impressionnante dans le domaine du répertoire lent. A cet instant, on sent qu’il est dans son jus. Que ses quarante années passées sur les grandes scènes internationales, les petits clubs et autres roundhouses, bars ou tripots ont forgé chez cet homme, une expérience hors du commun. Son adaptation du "Sinner's prayer" de Lowell Fulsom évolue en catégorie ‘super lourds’. Pour la circonstance, il a reçu le soutien du notoire Todd Wolfe. Je le préfère cependant dans un autre registre. Et en particulier lorsqu’il aborde le répertoire de Freddie King. D’ailleurs on sent très fort que lors de l’adaptation du vigoureux "Tore down", il prend son pied. Le géant de Forest Hills ne fait pas dans la dentelle. Dans son style de rocker éléphanteque, il n'a pas peur de relever le gant du hard rock. A l’instar du "One thing on my mind" de Samyy Hagar et Montrose! Il s'amuse tellement qu’il n’est pas difficile d’imaginer le West aligner encore une bonne dizaine d'albums du genre dans les années à venir!

Love Wollberg

On the heights of despair

Écrit par

La pochette est noire. « On the heights of despair » (rien que ça) promet déjà un disque des plus réjouissants… Un coup d’œil aux titres (« Between boredom and fear », « Return to chaos », « Pretty far from ok »), et la tendance se confirme: Love Wollberg ne risque pas de nous faire rire. Bien que fort sombres, ses mélodies ne sont pas mauvaises, bien au contraire. A ce titre, il s’inscrit parfaitement dans la tradition des grands songwriters. Mais sa voix… Tout au long de ces onze chansons aux paroles suicidaires, elle se lamente, tremble, pleure presque. Qu’il est triste, ce Suédois ! Qu’il est malheureux ! Et que c’est agaçant ! Et quand il chante « Rendez-vous with nobody », on n’est plus étonné. Une chose est sûre : comparé à Wollberg, Elliott Smith était un fameux pitre !

Les Ardentes 2006 : vendredi 7 juillet

« Liège ». C'est le titre d'un des morceaux de Para One, sur son album « Epiphanie ». Pas étonnant dès lors qu'en ouverture des Ardentes, on retrouve les joyeux drilles de TTC, fans de la Cité Ardente et de son atmosphère toxique. Nous sommes aux bords de la Meuse, coincés entre un énorme hangar technoïde et les arbres d'un parc (l'Astrid) qui nous rappelle le Cactus. Une longue allée dédiée aux plaisirs de la gastronomie festivalière s'étale entre ces deux lieux de concerts et, surtout, de DJ-sets. On se croirait presque à l'heure du midi, lorsqu'on attend dans la file du buffet. Mais non : il est 20h00, et Liège s'éveille. La foule hétéroclite se balade gentiment en consommant des bières.

Quand TTC débarque sur scène pour y mettre le souk, l'ambiance n'est donc pas très ardente : après le quart d'heure de digestion réglementaire, le sang finit quand même par monter à la tête, et l'on crie 'Bouge ton gros cul, pute, fais-le rebondir !', en souriant bêtement. Les tubes s'enchaînent, l'ambiance est à son comble pendant « Catalogue » et les inévitables « Girlfriend » et « Dans le Club », traînés en longueur pour faire durer le plaisir. Surtout celui des trois rappeurs, qui ne se lassent décidément pas de l'accueil du public belge, toujours fort amical. Les TTC sont des stars à Tox City, et pour remercier leurs (jeunes) fans (en pull-over Etnies) de montrer tant leur amour du beat 'ben fé', ils offrent un nouveau titre, « Paris, Paris », changé en… « Liège, Liège » pour l'occasion, et un bon vieil a capella de « Leguman », le tube qui les a fait connaître. Aucune compo, par contre, de « Ceci n'est pas un disque », mais pas mal de freestyle de CuiziCuiz, le 'pimp' façon Gloubiboulga, alias Cuizinier, « laisse-lui donc te dire ASS », etc., qui s'émancipe avantageusement depuis la sortie de ses deux « street tape », « Pour les filles, vol. 1 & 2 ». Au menu de l'intermède, « Saute sur ma musique », « J'aime bouger ça » (un bootleg démentiel d'« I Like 2 Move It »), « Va t'asseoir », et bien d'autres fantaisies machistes et tape-à-l'œil. Mais on est là pour rire.

Rien de surprenant à ce que les deux Allemands de Modeselektor succèdent à nos b-boys mi-thugs mi-nerds, puisqu'ils sont à l'origine de « Dancingbox », cette tuerie électro 'featuring'… TTC (et que Thom Yorke himself adore). C'est un tube, que les deux pensionnaires de Bpitch Control n'oublieront pas de faire péter, avec Teki Latex traînant dans les parages.

Une bonne mise en jambes avant l'ouragan Sven Väth, qui n'a rien perdu de sa verve BPM : on se croirait presque à la Love Parade de Berlin il y a dix ans, le million de personnes et le soleil en moins (il fait noir, et il bruine).

Après, tout est question d'énergie et d'endurance face aux invectives EBM de Blackstrobe. On dirait de plus en plus du Front 242 remixé par Fischerspooner. Parti l'Ivan Smagghe, ne reste plus qu'Arnaud Rebotini, sa mine patibulaire de Des Esseintes indus, deux trois hits underground, tout au plus.

Heureusement, dans le hall 'Minimal', il y a Reinhard Voigt, de l'écurie Kompakt. L'espace est un peu exigu et la chaleur quasi insoutenable, mais le beat moite et pesant de l'Allemand (un de plus) fait du bien aux neurones, cramoisis par la rythmique soutenue qui les tenaille depuis déjà 5 heures.

Tenir, il faut tenir jusqu'à Oxia, le pote à The Hacker (l'excellent « Domino », sur Kompakt justement). Il faut tenir… ten… Oufti, il est déjà 6h00 ! Il faut rentrer chez soi et reconstruire sa flore intestinale. La vie de clubber ? Demandez donc à votre pharmacien.

 

Sleep Talker

Sleep Talker

Écrit par

Les Français de Sleep Talker ont une démarche intéressante et assez originale. Conçue comme un ‘Work On Progress’, la formation présente sur son premier album éponyme une suite de 13 morceaux, dont 10 sont instrumentaux. Le quatuor propose à ses fans et tous ceux qui apprécient leur musique d’enregistrer eux-mêmes des chants sur les plages instrumentales et de leur faire parvenir la démo afin de pouvoir peut-être avoir la chance d’être publiée ! L’idée, sympa au départ, se complique à l’écoute du disque. En effet, la force des compositions de Sleep Talker réside en la rareté des vocalises qui auraient pu les desservir sur la longueur. En témoignent, d’ailleurs, les titres chantés « Disposable Bra », « Last Resort Before Jealousy » et « Picador, My Love », plutôt intrusifs. On préférera donc se plonger dans l’indie-rock 100% instrumentale de « Sink Or Swim », « Goldfish Memento » ou encore «Watching Monica », morceaux qui ne jureraient pas en en fond sonore de l’un ou l’autre film indépendant made in US.

Soledad Brothers

Hardest walk

Écrit par

Cette formation est née en 1998. Dans la bourgade de Maimee, du côté des faubourgs de Toledo, dans l'Ohio. Elle a été fondée par deux gars du coin : le chanteur/guitariste/harmoniciste Johnny Wirick (alias Walker) et le drummer Ben Smith (alias Swank). Ils sévissaient déjà au sein d’un blues band : Henry and June. La formation allait ensuite transformer son paronyme en Soledad Brothers. Faut-dire que l'album fétiche de Walker n’est autre que le "Live at Soledad" de John Lee Hooker! Ce groupe de dark blues punk a été rapidement intégré à la scène de Detroit, en compagnie des White Stripes et de Greenhorns. Le duo est entre-temps rejoint par un second guitariste : Oliver Henry qui double également au saxophone. Ils commettent un premier elpee éponyme en 2000. Et embraient en 2002 par "Steal your soul and dare your spirit to move", un "Live" en 2003 et "Voice of treason" en 2004. Lié au mouvement des Black Panthers, dont ils affichent fièrement le logo, le combo est engagé politiquement. John Sinclair (NDR : il fut jadis le manager du MC5, groupe révolutionnaire de Detroit dont le "Kick out the jams" est toujours considéré comme un classique de l’histoire du rock’n roll !) en devient rapidement un fan. Un soutien qui signifie beaucoup pour les Soledad.

Leur nouvel opus a été enregistré en France, du côté de Bordeaux. Un quatrième musicien a participé à la confection du disque : un certain Dechman. Un Français. Ce multi-instrumentiste y joue de l'orgue, des synthés, du sitar, de la basse, du banjo et toute une variété d’autres instruments ; de manière à ajouter davantage d’épaisseur au son des Brothers. Dès l’ouverture, les Soledad Brothers dispensent une folle énergie. En respectant l’esprit des libertés prises par les formations punk de la fin des années 70. La rythmique est implacable. Dans un style que pouvait emprunter l'énigmatique Wilko Johnson, le premier guitariste de Doctor Feelgood. Et en remontant dans le temps, je ne peux m’empêcher de penser aux premiers ensembles de R&B anglais du début des 60s : les Stones bien sûr ; mais aussi les Yardbirds, les Pretty Things ou encore Downliners Sect. Les Soledad pratiquent un R&B âpre, musclé, primaire. Le vocaliste pose sa voix sur une expression sonore à la musicalité approximative. Mais le groupe est très soudé ; et puis sa musique bien plus convaincante qu'elle n'y paraît à première écoute. A l’instar de "Truth of consequences" et "Dowtown paranoia blues" : de la pure dynamite. Nos oreilles sont à peine acclimatées que le décor change. Plage très lente, "Crying out loud" véhicule une tension cotonneuse presque insoutenable. Blafard, le timbre vocal se complait dans un style immortalisé par les bands anglais d'autrefois. La tonalité lugubre d’un harmonica hante le décor. Le tonitruant "Crooked Crown" marque un retour au climat trash. Le guitariste a sorti sa slide primaire et poisseuse. Les jaillissements de l’harmo attisent l’incendie. Les cordes ne quittent guère l'avant-scène. Les sonorités ne font pas dans la dentelle, comme si elles avaient été enregistrées dans un bon vieux garage. "Sweet & easy" observe une quiétude toute relative. Les sonorités acoustiques infiltrent les guitares indomptables, bien amplifiées. Ce rock blues est dispensé sans concession, même si on recèle en filigrane une volonté pop manifeste chez les Brothers. L'intro de "Dark horses" est divin. Les flots de guitare me remémorent l’ouverture majestueuse des Doors en quête de la fin. Cette ballade en apparence inoffensive évolue dans un climat oppressant. Une fresque sonore magnifique qui ne laissera personne indifférent… Bref interlude instrumental, "White jazz" véhicule une violence sous-jacente avant de céder le relais à "Good feeling", un rock implacable dont la rythmique est digne des Stones. Une compo qui laisse cependant libre cours à de nouveaux délires free ; et en particulier ceux produits par le saxo de Henry!! Les Soledad ont bien intégré leur instrumentation diversifiée. Leur frénésie devient psychédélique pour "Let me down", un délice lysergique, une aventure intense au cours de laquelle l'orgue s'évade vers les sphères cosmiques du Pink Floyd originel (NDR : quarante ans déjà!). Et ce périple peut même bifurquer vers l’époque "Their Satanic Majesties Request" des Stones. Lorsque Brian Jones était toujours de ce monde. "Mean ol' Toledo" en est la plus belle démonstration. "Loup Garou" entretient ce voyage acide ; mais de ce fragment émane une profonde douceur, entretenue par la présence d’un sitar bien en place. Après une dizaine de minutes de silence, les Soledad reviennent concéder un dernier fragment : un boogie instrumental, parfaitement marqué du sceau de Detroit. Et une nouvelle fois, le spectre de John Lee Hooker plane tout au long de cette plage. Véritable puzzle, cet opus est une ode au délire. Je vous conseillerai donc de le consommer sans modération mais en gardant l'esprit bien ouvert…

Quasi

When The Going Gets Dark

Écrit par

Nous connaissons très mal Portland. Certes, nous vivons une relation intense, presque amoureuse, depuis plus d’une décennie en compagnie des Dandy Warhols. Et, suite à la découverte des riffs cinglants de 31Knots, nous sautons quotidiennement sur nos murs, tête la première. Ensuite ? Ensuite, il y a Quasi, un duo amateur de folles échappées psychédéliques. « When The Going Gets Dark », septième album de la paire composée de Sam Coomes (chant, guitare, claviers) et Janet Weiss (batterie), célèbre le mariage d’un clavier déjanté et d’une batterie martiale. Au cours de cette histoire, la guitare tient le rôle de l’amante parfaite. Mariés et divorcés, les deux ex-tourtereaux n’en sont pas moins restés volatiles. De son côté, Sam Coomes aime à déstructurer ses chansons décomplexées. Et, pour sa part, Janet Weiss (derrière la batterie de « Dig Me Out », le grand classique de Sleater-Kinney) n’a rien à envier à ses collègues masculins. Taper sur les fûts, c’est son truc. Restés en couple malgré la disparition des alliances, Sam et Janet font toujours bon ménage. Meilleures preuves de l’adéquation de leur union : « I Don’t Know You Anymore », « Peace and Love » et « Death Culture Blues ». Ces titres invitent tant d’univers contradictoires qu’il convient de les explorer encore et encore. Pour chercher et trouver les liens subtils rapprochant Quasi de Pavement, Elliot Smith, Sebadoh, Sonic Youth et des Meat Puppets. « When The Going Gets Dark » constitue une excellente porte d’entrée vers la discographie du groupe. Ne reste plus qu’à franchir le pas...

Bif Naked

Superbeautifulmonster

Écrit par

Vers le milieu des années ’90, Bif Naked sortait son premier opus éponyme, un disque qui remporta un large succès aux Etats-Unis. Il sera suivi quelques années plus tard de « I Bificus », un album qui fera un carton plein dans son Canada natal, notamment grâce à « Spaceman », single diffusé en boucle sur MTV. Depuis la jeune femme brasse de l’air et, à en croire la pochette de son nouveau disque, a décidé de miser sur son physique plutôt que ses talents vocaux. Sentiment exacerbé par la bio qui nous la présente comme ‘l’une des 10 femmes les plus sexy selon TV Week’ ou encore ‘la femme tatouée la plus sexy, selon la chaîne musicale Much Music’. Que de futilités... La musique passe donc au second plan et on serait tenté de dire que c’est un mal pour un bien. En effet, entre des « Abandonment » et « That’s Life » sonnant comme le plus mauvais des Roxette et une resucée karaoké de « Nothing Else Matters » de Metallica, Bif Naked nous sert du rock FM réchauffé, coincé quelque part dans les années ’90. Même lorsqu’elle se lance dans un rock plus heavy (« I Want », « The Question Song »), la jeune femme a énormément de mal à convaincre. Reste toujours la pochette truffée de photos de miss Bif Naked en tenues légères. C’est toujours mieux que rien…

Montevideo

Montevideo

Écrit par

Après l’engouement suscité par ses prestations ‘live’, le plus british des groupes belges était attendu au tournant. Il ne lui en fallait pas beaucoup plus pour faire taire les mauvaises langues. Sans être totalement original, au vu de ses (trop ?) nombreuses influences, Montevideo s’impose tout de même comme l’une des formations les plus innovantes de notre pays. En 11 titres, le quatuor distille une énergie fracassante qui fait du bien aux oreilles. Entre les machines à danser « Nu Song », « Groovy Station » ou « Sunshine » et les rouleaux compresseurs rock « H.E.A.T. » ou, surtout, « Boys From Brazil », Montevideo n’a plus grand-chose à envier à son parrain. Pourvu que ça dure…

Ben Harper

Both sides of the gun

Écrit par

Benjamin Chase Harper est né en Californie. A Claremont. En 1969. Au fil du temps, ce chanteur guitariste a acquis une notoriété en développant un style très personnel et original, où se mêlent blues, folk, gospel, funk, rock et reggae. Il est parvenu à s'inspirer intelligemment de monstres sacrés tels que Robert Johnson, Jimi Hendrix et Bob Marley, pour n'en citer que trois. Très jeune, ce prodige s’exerce à la guitare acoustique dans l'atelier musical de ses parents. Il dispose alors notamment d’une Weissenborn (NDR : du nom du luthier allemand qui la créa). Il commet son premier album en 1992. En compagnie de Tom Freund : "Pleasure and pain". Un opus qui recèle pas mal de blues dont les classiques "Dust my broom" et "Sweet home Chicago". Lors d'un concert, il impressionne Taj Mahal qui l’invite à tourner quelque temps en sa compagnie. L'année suivante, il fonde les Innocent Criminals. Sous ce line up, paraît un premier elpee en 94, "Welcome to the cruel world", puis "Fight for your mind" en 95, "The will to live" en 97 et "Burn to shine" en 99, une oeuvre entièrement composée par Harper. Il embraie ensuite par un album enregistré en public : "Live from Mars". En 2001. Puis encore par "Diamonds in the inside" en 2003, "There will be a light" en 2004, pour lequel il reçoit le concours des Five Blind Boys of Alabama, un ensemble gospel qui participera encore à la confection d’un autre long playing immortalisé en public : "Live at the Apollo". A Harlem. En 2005.

Double CD, "Both sides of the gun" rencontre en une bonne heure de musique, les deux facettes du personnage : Ben le doux et Ben le dur. Ce qui explique la présence de deux disques différents. Le premier elpee expose la face tendre et délicate de l’artiste. Il s’ouvre par le brillant "Morning yearning". Le ton est à la musique de chambre. A cause de la présence d’un ensemble de cordes, nonobstant le chant de Ben. Ballade précieuse, contagieuse, "Waiting for you" communique sans ambiguïté un message d'amour. Dès que la mélodie pénètre dans votre oreille, elle ne la quitte plus. Posé dans le même écrin, "Picture in a frame" illumine l’œuvre de sa beauté immaculée. Pour la circonstance, les Innocent Criminals sont au grand complet (Michael Ward à la guitare, Jason Yates aux claviers, Juan D. Nelson à la basse, Francis Charles à la batterie et Leon Mobley aux percussions), communiquant à la texture sonore une dimension plus compacte et électrique. La voix de Harper est incontestablement le plus bel instrument de l'ensemble. Expressive, unique en son genre, elle est davantage mise en évidence lorsque l'environnement est dépouillé à l'extrême. A l’instar de "Never leave lonely alone", limité à Ben et la basse de Matt Cory ; ou encore "More than sorry", une compo saturée d’émotion, nonobstant la présence Danny Kalb à la guitare. Ben revient flanqué de son ensemble de cordes pour évoquer l’histoire d’un amour difficile : "Reason to mourn". Il chante divinement cette plage. Son vague à l'âme lui permet d’inoculer une sensation de désespoir à sa guitare amplifiée. Le premier disque s'achève sans jamais perdre de son intérêt.

Dit ‘dur’ ( ?!?!?), le second disque s’ouvre dans un registre totalement différent. On a même parfois l’impression de remonter le temps. Pour y revivre l'époque du "Sgt Pepper" des Beatles. Et « Better way » en est le plus parfait exemple. Un parfum d’Asie méridionale flotte dans l’atmosphère. Les sonorités riches, élégantes, complexes, entretenues par sitar et tablas, nous plongent dans une certaine sérénité. Tout au long de ce morceau, la voix de Harper est réverbérée à l'infini. Elle finit même par se déchaîner pour hurler sa quête du droit chemin. Le tamboura de David Lindley (Kaleidoscope) alimente la fête des percussions. Greg Kurstin s’assied derrière son orgue Hammond B3 pour seconder un Ben soudain passé au funk. Il semble hanté par le diable, lorsqu’il chante le titre maître. La tension est omniprésente. Le ton monte. Les fourmillements commencent à envahir nos doigts de pieds. Harper pousse le volume de son ampli. Les cordes s’alourdissent et épousent un riff plus ‘rollingstonien’ que nature pour célébrer "Engraved invitation". Responsable de toute l’instrumentation et de toutes les parties vocales, l’artiste est à la fête. On s'attend même à voir débouler Mick Jagger au micro! Et nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Notamment lorsqu’il se risque à l’exercice du disco riche et épais sur "Black rain", à la manière d'un Stevie Wonder des bons jours. Ballade roots, ma foi fort classique à première écoute, "Gather 'round the stone" s’ouvre sous la forme d’une parenthèse. Mais peu à peu, le climat se trouble. La voix semble véhiculer une forme de malédiction. Et la guitare de déferler en emportant tout sur son passage! Harper se mue en rocker lorsqu'il est rejoint par un second gratteur : Jason Mozersky. "Please don't talk about murder while I'm eating" libère une fameuse dose d’agressivité. Les vibrations électriques persistent et signent tout au long de "Get it like you like it". Le riff est dur et épais. Les cordes électriques de Michael Ward et de Mark Ford des Black Crowes crèvent l'écran! Ben saisit sa guitare slide pour nous rassurer. Il n’a pas oublié son blues. Et le démontre à travers "The way you found me". Face à la sobriété de l’accompagnement tout en swing, son bottleneck dévoile une facette sauvage de son jeu. Avant de nous quitter, Harper rappelle Mozersky. L’occasion rêvée de mêler les deux facettes : riff pur et dur, très sudiste, dans sa réalisation et allégresse acoustique, limpidité du toucher en contre-pied. Un superbe album pour cet artiste majeur!

 

 

Grandaddy

Just like the Fambly Cat

Écrit par

Après avoir commis cinq albums en quatorze années d’existence, Grandaddy a donc décidé de splitter. Ou plus exactement Jason Lytle a mis un terme à l’existence du groupe. Ce qui peut aisément se comprendre, quand on sait que pour enregistrer ce « Just like the Fambly Cat », il a pratiquement tout fait seul. Dans son studio maison. Un collaborateur de marque quand même : l’ingénieur du son Dave Trumfio ! A contrario des trois premiers elpees qui traitaient de sa relation amour/haine avec la technologie moderne ou de ses observations rurales /urbaines de la vie, cet ultime essai est beaucoup plus personnel. A la limite autobiographique. Dès les premier instants du disque, une voix d’enfant demande : ‘Qu’est-il arrivé à la Fambly Cat ?’ Traduisez : ‘Qu’est-il arrivé à Grandaddy ?’ Et la suite est partagée entre chansons empreintes de nostalgie, de réflexion existentielle et de résignation même. Des chansons qui réalisent la parfaite synthèse entre « Under the Western freeway », « The sophtware slump » et « The Broken Down Comforter Collection » (NDR : ne me demandez pas pourquoi je n’inclus pas « Complex Party Come Along Theories », il est devenu une pièce de collection). On a droit en fin d’opus à deux titres en forme d’épilogue. Tout d’abord le psychédélique « Disconnecty » et puis le space rock déchirant « This is how it always starts ». Mais après avoir tourné définitivement une page de sa vie, il nous adresse un dernier au revoir déchirant (NDR : n’auriez-vous pas un mouchoir ?), en remettant une couche lors du morceau caché « Shangri La », compo au lyrisme meurtri qu’il chante accompagné d’une voix féminine scandant ‘I’ll never return’. Tout au long de cet album l’électronique et le basique font à nouveau bon ménage. La chanson peut être contagieuse (« Elevate myself »), féroce et torturée (« Jeez louise »), visionnaire et mélancolique (« Summer… it’s gone »), lancinante et brumeuse (« The animal world »), punkysante et sauvage (« 50% »), mystérieuse (l’instrumental « Skateboarding saves me twice ») ou encore capricieuse et sardonique (« Campbershell dreams ») : le sens mélodique est toujours intact. En outre, le falsetto délicieux de Jason fédère ce mélange de styles, de formes et de modes. Le livre de Grandaddy vient de se refermer ; mais Lytle a déjà derrière sa tête de nouveaux projets. Seul l’avenir nous apprendra s’il a pris la bonne décision…