La clef de TOPS git 6 pieds sous terre…

TOPS sortira son nouvel elpee, "Bury the Key", ce 22 août. Le quatuor propose une musique intemporelle qui allie profondeur et immédiateté. Il s’agit de son premier album complet depuis 2020, un opus qui explore des tons plus sombres tout en restant maîtres…

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Farfouiller dans la Pure Carrière…

Après des années de chaos et de réinvention, Pure Carrière revient avec « Farfouiller », une ode brute, étouffante mais libératrice à l'ennui, au chaos et à la mort. Née des racines du slacker punk, cette pièce marque un nouveau départ et un retour en force.…

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Adem

L'oreille de l'orfèvre.

Il y a deux ans sortait « Homesongs » d'Adem, les histoires domestiques d'un Anglais habitué aux bruits lancinants du frigo, et de son 'autoharpe' achetée aux puces. Aujourd'hui c'est à plus grande échelle que notre homme compte émouvoir le quidam, même si la recette n'a pas changé d'un poil. Une voix, une guitare, du bidouillage en mode veille pour ne pas réveiller le voisinage : Adem est le gendre idéal. Rencontre, bis.

J'ai lu sur ton site que tu considères « Love And Other Planets » comme un album-concept sur l'espace, la chose cosmique…

Oui, tout à fait. A l'instar de « Homesongs », c'est de nouveau un disque conceptuel : je l'ai remarqué après avoir écrit 4/5 titres, qui parlaient tous de la même chose. Au début je pensais que c'était juste de la parano, mais il faut croire que j'avais envie d'en parler ; alors j'ai décidé d'explorer davantage ce thème… Et je me suis rendu compte que c'était déjà présent sur « Homesongs », dans « These Are Your Friends » par exemple, où je parle d'espace. Faut croire que c'est quelque chose qui trottait dans ma tête depuis un bon bout de temps, donc…

Et tu sais pourquoi ?

Je ne sais pas, c'est une question qui m'a toujours interpellée ! (rires) Et puis après « Homesongs », qui est un disque composé d'un point de vue très personnel, j'avais envie d'emprunter dans d'autres directions, d'expérimenter de nouvelles perspectives. Sur cet album-ci le point de vue est quasi démiurge, comme un regard jeté sur la Terre à partir de l'univers, même si j'y parle toujours d'amour… Sauf qu'ici je voulais insister sur le fait qu'on est tous pris dans un mouvement bien plus massif qu'on ne l'imagine, et qu'en même temps de petits détails peuvent changer le cours de nos existences. Peu importe le contexte global dans lequel on baigne, une poignée de mains peut avoir autant de conséquences sur nous que deux galaxies qui entrent en collision !

N'est-ce pas flippant, en tant que terrien, de se savoir si minuscule ?

C'est clair, mais cette peur de l'immense nous encourage aussi à nous serrer les coudes. Parce que rester seul fout forcément la trouille. Mais nous ne sommes pas seuls dans ce monde : nous sommes tous là les uns pour les autres.

Et ce titre, « Love And Other Planets » : signifie-t-il aussi que l'amour est une planète à part entière, qu'il nous faut explorer ?

Oui, bien sûr. Cela signifie, entre autres, que l'amour est comme un astre que tu peux regarder à l'aide d'un télescope : tu sais qu'il existe, mais tu ne peux pas l'atteindre. Ou que c'est mécanique, comme une planète : ses mouvements s'avèrent régulés, répondent à certaines lois, comme celle de la gravité. 

Euh, et les hommes sont issus de Mars et les femmes de Vénus ?

(rires) Ouais, je connais le bouquin (NDR : signé John Gray) mais je l'ai jamais lu ! En fait je pense que les hommes et les femmes viennent de la planète Terre, et peu importe qui habite Mars et Vénus ! On a déjà assez de problèmes à résoudre ici-bas… 

As-tu produit ce disque de la même manière que son prédécesseur ?

Sur « Homesongs » les silences étaient très importants. Ici je ne voulais pas reproduire la même chose, mais au contraire pondre un disque plus dense, avec plein de choses qui se passent en même temps… Quand tu écoutes « Homesongs » encore et encore, ça roule, ça tient en place. Ce que je voulais pour « Love And Other Planets », c'est qu'à chaque écoute l'auditeur découvre de nouveaux détails : il y a bien plus d'instruments et d'arrangements sur celui-ci, et tout s'y trouve pour une raison précise. Ecoute-le donc au casque ! 

Il t'a demandé plus de boulot, je suppose, surtout au mixage.

C'est sûr. Mais j'ai beaucoup appris depuis « Homesongs », en tant que songwriter, que performer, que chanteur et que producteur. Et c'est ce que j'ai voulu prouver sur ce disque. Pour « Homesongs » j'ai vraiment cravaché comme un dingue pour arriver à ce que je souhaitais. Pour chanter correctement. Et il n'était pas question que je lâche la pression au moment d'envisager son successeur. Je ne me suis pas dit : 'Oh, maintenant je sais chanter, c'est bon' : j'ai vraiment bossé dur. Ce que j'ai tenté de réaliser, c'est un disque très touffu et travaillé, mais facile d'écoute, qui sonne de manière très naturelle... 

Et que tu as enregistré une nouvelle fois tout seul, ou presque ?

Oui, chez moi, comme pour « Homesongs ». Avec cette fois l'envie d'avoir un son plus massif, plus ouvert, capable de suggérer l'univers, l'immensité qui nous entoure. Il y a davantage de tension qui sous-tend l'écriture, parce que mes textes parlent d'espoir, du potentiel en chacun de nous, de ce qui peut nous arriver. Ou pas. C'est l'un des thèmes de l'album. J'y parle aussi d'amour, d'humanité, mais pas forcément dans le bon sens du terme : l'espoir peut s'avérer un sentiment très pathétique… Il ne sert à rien, par exemple, d'espérer quand la situation est sans espoir. C'est le sujet du dernier titre de l'album (NFR : « Human Beings Gather Round ») : la fin du monde arrive, mais il reste des hommes qui espèrent être sauvés, alors qu'ils vont y passer comme tout le monde… (un ange passe) Mais ça n'a rien de cynique. Il reste de l'espoir. Je crois en l'être humain. 

En live tu joues quasi en sourdine, sans trop d'amplification. S'agit-il d'un choix mûrement réfléchi ?  

Oui, mais rien ne dit que mon prochain album ne sera pas électrique ! J'aime laisser toutes les pistes ouvertes… Pareil pour ce disque, même s'il est clair que je ne voulais pas de sons qui émanent d'instruments amplifiés. Je n'ai pas fini mon exploration de la chose intimiste. 

La musique acoustique symbolise-t-elle pour toi le genre suprême pour traduire une certaine idée de l'intime, de l'intérieur, du profond ?

Peut-être… Mais j'ai récemment écouté le « Master & Everyone » de Bonnie Prince Billy, et c'est le même genre d'émotion, avec une basse et une guitare électriques ! Je ne sais pas… Moi je préfère ce qui n'est pas amplifié, c'est ainsi. Et les instruments que j'utilise, l'autoharpe, le glockenspiel, le clavecin, vont dans ce sens. Je pense que beaucoup de musiciens qui jouent de la musique intimiste le font avec des instruments acoustiques parce qu'ils y sont habitués, point barre. Mais s'ils se mettaient tout d'un coup à la guitare électrique, ça marcherait toujours, j'en suis sûr ! 

Tu sais de toute façon de quoi tu parles : tu jouais dans Fridge ! Rien à dire à ce sujet ?

On y travaille. On espère sortir un nouveau disque début 2007. C'est très excitant parce qu'on se connaît depuis qu'on a 12 ans (NDR : Sam Jeffers, Kieran Hebden et lui), mais ces dernières années on n'a pas eu le temps de se voir, et le fait de relancer la machine va nous permettre d'y remédier. C'est vraiment cool. Et c'est une bonne excuse pour reprendre contact ! 

C'est amusant : on parle de musique acoustique, et ton pote Four Tet (Kieran Hebden) vient de sortir un disque en compagnie de Steve Reid (« The Exchange Session ») sur lequel on trouve un morceau intitulé « Electricity And Drum Will Change Your Mind »…

Oui c'est vrai, et d'ailleurs j'aime beaucoup ! Il y a plein de trucs hyper électriques qui me touchent, de la musique de laptop qui me fait fondre en larmes… L'important n'est pas l'instrument, mais la sensibilité avec laquelle on en joue ! 

Que pensent Kieran et Sam de ta musique ?

Ils me soutiennent depuis le début, et ils l'aiment beaucoup. Kieran m'aide au mixage, parce que je suis sourd d'une oreille. 

Vraiment ?!?

Oui ! Je n'entends rien de l'oreille gauche, donc la stéréo… Je ne sais pas ce que c'est ! C'est pourquoi lors du mixage de mes disques, j'ai fait appel à Kieran ; car il est très difficile pour moi d'appréhender le son en tant qu'espace, les balances… 

S'agit-il d'un accident ?!?

Non, c'est congénital. Le nerf relié au cerveau ne fonctionne pas comme il devrait… Il y a de la friture sur la ligne, si je puis dire ! Mon oreille fonctionne, mais l'information n'atteint pas le cerveau. 

Penses-tu que ta carrière de musicien, ton amour de la musique, en est la conséquence ?

Je ne sais pas… Il y avait bien un piano à la maison, mon père était pianiste… Mais  je pense que ma passion pour la musique vient surtout de ma rencontre avec des gens comme Sam et Kieran, à l'adolescence… Ils m'ont beaucoup inspiré, et vice-versa : on traînait tout le temps ensemble à écouter des disques, à s'exciter les uns les autres à propos de tel ou tel artiste qu'on venait de découvrir, ce genre… 

Donc, tu entends, si je puis dire, en mono ?

Si on veut, oui, mais c'est même encore pire puisque quand j'écoute de la musique au casque, je n'entends que d'un côté ! Je ne reçois que la moitié de l'information, en somme.

Et sinon, comment s'est passé ta rencontre avec Vashti Bunyan ? Tu as collaboré à son deuxième album, « Lookaftering », sorti l'année dernière…

En fait je la connaissais depuis un certain temps déjà, mais quand elle a découvert qu'elle était devenue la nouvelle icône de la coolitude et qu'elle allait devoir donner un gros concert à Londres, elle a eu un peu peur. C'était son premier spectacle en 45 ans, à peu de choses près, et elle m'a demandé de l'accompagner sur scène, avec Kieran. Quand on s'est rencontrés elle était très timide, et vraiment apeurée. Elle est venue chez moi, on a discuté. Elle nous a raconté son histoire, c'était incroyable ! Je me rappelle qu'elle ne voulait pas quoique ce soit ; puis à la fin de la soirée elle a quand même changé d'avis, et c'était grandiose : imagine, Vashti Bunyan qui chante dans ta cuisine ! Depuis lors on est devenus amis, on discute beaucoup de l'industrie du disque, parce qu'elle n'a pas beaucoup d'expérience en la matière. Quand elle m'a demandé si je voulais jouer sur son disque, j'ai accepté directement, évidemment ! Ce qu'elle a fait avec Max Richter (NDR : à la prod) est vraiment brillant, d'autant qu'il y a plein de stars qui ont participé, Devendra Banhart, Joanna Newsom,… Ils sont arrivés malgré tout à garder le contrôle et à faire sonner le disque comme un disque de Vashti Bunyan. 

De là, la discussion prend des allures de débats à la Nick Hornby… Où il est question de Grizzly Bear, d'Alice in Chains, de Jeff Buckley (sa cover de « Mojo Pin », sur l'album-tribute « Dream Brother – The Songs of Tim & Jeff Buckley »), de Hot Chip (« Leur premier album est bon aussi »), de The Verve, de musique sérielle, de Quickspace Supersport, de Stereolab, de Nirvana, de l'Elysian Quartet, d'Alexis Murdoch (« Un songwriter à suivre ! ») et de ses disques d'île déserte. Il y en à quatre, et ce sera le mot de la fin :

« Blue » de Joni Mitchell, « Music For 18 Musicians » de Steve Reich, « A Love Supreme » de John Coltrane et « Gish » des Smashing Pumpkins ! 

Various Artists

Switch 8

Rien de neuf au rayon des compiles Switch ou pour tout dire que le meilleur de l’électro de ces derniers mois, comme d’habitude. De l’eighties bien léchée signée Tiga (son album, « Sexor », sort d’ici peu, et c’est une ribambelle de tubes), des hits FM customisés pour le dancefloor (« Number 1 » de Goldfrapp, « Sow Into You » de l’ex-Moloko Roisin Murphy, « Jacques Your Body » des Rythmes Digitales, vieille scie électro-pop remise en selle par une pub automobile), et quelques bombes de minimal techno de derrière les fagots (« Just Fucking » d’Audion alias Matthew Dear, « Les Beaux Jours » du Français Agoria, l’épatant « Enuffs Enuff » de Pnau). Tu veux du gros son à écarquiller les mirettes, du beat en rut qui réclame son coït ? « Zdarlight » de Digitalism, « Darkness » de Carl Craig et « This Fragile Addiction » de Jesse Somfay t’appellent du pied sous la boule à facettes. Une claque sur tes fesses et c’est parti pour le grand huit : ton cœur fait boum boum boum, « laisse-moi donc te dire ‘ass’ ». Ass, ass, ass, ass, ass,…

Rock Werchter 2006 : vendredi 30 juin

On ne pèse pas grand-chose dans ce bas monde, à voir le peuple qui vous submerge de tous côtés, sous un soleil de plomb, sur une plaine perdue près de Leuven, à regarder Brian Molko chanter ses simagrées. Il en faut du courage pour braver la fatigue, la déshydratation, les décibels, la file d'attente pour boire une douche, et 1h30 de Muse. Oui, se taper quatre jours de Rock Werchter s'avère un sacré challenge. Météo : 30 degrés en moyenne. Et 80000 personnes par jour, assises, couchées, debout, partout. Ajoutez à cela la somme d'argent exorbitante à dépenser pour y participer, et 'l'événement rock de l'année' ressemble de plus en plus à un élevage en batterie de poules pondeuses. Heureusement, il n'y a pas eu de morts à Werchter, et ce grâce à la générosité des organisateurs qui ont bien voulu mettre cinq (…) robinets d'eau à disposition de leur très cher public. 'Eat your money and die !' : voilà qui ferait un bon T-shirt de festival, en taille « Girly », XS, S, M, L, XL et XXL. Espérons que Live Nation y pense pour l'année prochaine, et d'ici là…

… Bon vent à toi, le clonage FM ! Les 'Interpol anglais' : c'est un peu ce qu'on dit à propos des Editors. Même allure (habits noirs, sourire figé), même voix (sépulcrale, profonde, à la Ian Curtis – cette figure tutélaire), et quasi le même genre de tubes (« Blood », « Munich », etc.) mais en moins percutants. Autant d'éléments qui augurent un prochain triomphe, à moins que le vent ne tourne et que le post-punk/no/cold wave revival devienne rapidement ringard. On parle de soussous, de covers du NME, de compiles Rough Trade et de dossiers dans les Inrocks. Des rumeurs courent d'ailleurs que la coupe 'mulet' devrait bientôt revenir à la mode, tout comme la musique de Fleetwood Mac et de Blue Oyster Cult (cfr. The Raconteurs).

… Bon vent à toi, l'amateurisme qui fait mouche ! La meilleure idée d'Alec Ounsworth est d'avoir nommé son groupe Clap Your Hands Say Yeah, comme ça plus besoin de gueuler le nom avant le concert ou au rappel : il suffit de 'taper des mains et de dire Ouais !' Même Guy Debord ou Gilles Deleuze n'y auraient pas pensé… Il faudrait donc, pour bien faire, applaudir en cadence pendant tout le concert. Sauf qu'en live, les CYHSY sont loin de convaincre, tant leurs faits et gestes s'avèrent emprunts d'une nonchalance rébarbative. Si sur disque la voix étranglée d'Ounsworth et les mélodies bancales parviennent à faire mouche, sur scène c'est tout le contraire : on se croirait presque à un concours rock amateur, d'autant que le groupe n'a pas beaucoup d'allure… Pour l'ambiance, il fallait donc aller voir du côté de la Main Stage, où Kanye West faisait péter son hip hop de première classe devant un parterre pour une fois échaudé. Accompagné d'un quatuor à cordes, d'un DJ et d'un garde du corps, l'Américain s'amuse (sur « Take on Me » d'A-Ha), joue au chef d'orchestre (le « Bitter Sweet Symphony » du Andrew Oldham Orchestra) et brocarde gentiment les organisateurs du festival pour leur manque d'éclectisme. C'est un fait (et un scandale) : le hip hop est le parent pauvre de l'affiche, mangé tout cru par le rock, qui se taille la grosse part du gâteau… Un constat d'autant plus alarmant que le concert de Kanye West était l'un des meilleurs de ces quatre jours de déluge sonore. Des hits (« We Don't Care », « Get 'Em High », « Heard 'Em Say », « All Falls Down », « Gold Digger », « Jesus Walks », et, en apothéose, « Touch The Sky » et son sample de Curtis Mayfield), de la bonne humeur, et un mec qui ose dire ce qu'il pense sans jouer les fiers-à-bras. Big up !

… Bon vent à toi, l'Angleterre de Coldplay ! Sans doute n'ont-ils pas les tubes FM de leurs compatriotes humanitaires, mais les cinq types de Elbow, eux, ne se prennent pas la tête et gardent le sourire. On peut parler ici de véritable humanité, de gentillesse, et ça n'a rien de péjoratif : quand Guy Garvey dédicace « Newborn » à ses deux collègues Craig Potter et Richard Jupp, papas depuis peu, c'est fait avec tellement de sincérité qu'on ne peut qu'applaudir… Surtout que le titre en question, le dernier de la setlist, s'avère l'un des meilleurs du groupe, tout en montée et en intensité. Pour le reste c'est du pop-rock aux atmosphères dilatées, sans tambours ni trompettes, autrement dit parfait pour reprendre ses esprits avant la tempête Mogwai. Une belle grosse tempête, ponctuée de moments d'accalmie, d'éclairs de chaleur et de coups de tonnerre imprévisibles. Mention spéciale à Stuart Braithwaite, qui s'est planté à un moment crucial de l'hénaurme « Mogwai Fear Satan » : en balançant trop tôt sa partie de riff (un glissement ? une faute d'attention ?), le guitariste aura brisé toute la chaîne noisy patiemment tricotée par lui et ses potes depuis plusieurs minutes. La cathédrale sonique ainsi réduite en cendres, l'effet voulu (et tant attendu) sonnera finalement comme un pétard mouillé… Dommage ! Mais à part cette bourde innommable, les Ecossais nous auront quand même gratifié de quelques-uns de leurs meilleurs morceaux : « Yes ! I Am A Long Way From Home » en ouverture, « Ithica 27 o 9 », « Helicon 1 », « Friend of the Night »… Un grand moment de rock'n'roll, malgré l'éjaculation précoce de « Mogwai Fear Satan ».

… Bon vent à toi, la new beat ! Du beat, du vrai, enfin, qu'on satisfasse cette envie pressante de plier du genou en pointant du doigt les étoiles comme autant d'éclats d'une immense boule à facettes. C'est l'heure de la grosse nouba, sponsorisée par les frères Dewaele, alias les 2Many DJ's, alias la moitié de Soulwax, alias les producteurs du « Sexor » de Tiga, alias les mecs qui ont fait découvrir Vitalic au monde entier (sur leur mix-bootleg « As Heard… Part 2 ») : toute une bande de potes qui se retrouvent ici ce soir, pour transformer la pyramide en chaudron bouillant, et la plaine qui l'encercle en fourmilière au cœur unique, battant la mesure sur le poumtchak salvateur. C'est une heure en avance sur le programme que Pascal Arbez s'empare de ses laptops et séquenceurs divers, devant une foule qui s'extasie dès les premiers retentissements de sa techno cow-boy. Dehors, il fait très chaud. Sous la tente circulaire c'est bien pire : il pleut des gouttes de sueur. C'est « La Rock 01 », comme d'habitude, qui remporte la palme de l'ambiance : un hymne techno de la trempe d'un « Da Funk », d'un « Spastik » ou d'un « Southside », qui rend les gens fous et la croix rouge alerte. Malgré les titres mixés comme un sacré bourrin par le Français (des pistes qu'il lance - mal - sur son ordi), personne ici ne s'en inquiète et c'est normal : dans une telle ambiance, on pardonne allègrement ce genre de détails crispants. D'autant qu'à la fin de son set, Vitalic gratifie l'assemblée d'un bon vieux « Sound of C », de nos gloires nationales… les fameux Confetti's. La new beat, ce trésor national, s'avère de plus en plus une influence majeure chez les DJ's et musiciens techno, de Derrick May à la clique de DJ Hell (International DeeJays Gigolos). De la 'new new beat' ? A voir le costume de Tiga (tout en blanc, chapeau compris), il est certain que les eighties restent d'actualité. Qu'il balance ses propres tubes (dont une version mixée incroyable de son « Hot in Herre » - en fait de Nelly - avec le « Rollin' and Scratchin' » de Daft Punk) ou ceux des autres (à noter : le « Blue Orchid » des White Stripes passe très bien mixé à de l'électro), c'est la fête, l'extase océanique, ce sentiment toujours précieux de ne faire qu'un avec les gens qui dansent auprès de vous. Et ici ils se comptent par milliers. Que dire alors de la prestation des 2Many DJ's, si ce n'est qu'une fois dans le bain c'est si bon d'y rester ? Après le concert « Nite Versions » de Soulwax (combis blanches, prénoms-néons, beats efficaces), les 'Fucking Dewaele Brothers' ont prouvé encore une fois qu'ils ont un sens incroyable du DJing tout-terrain, mixant futurs tubes planétaires et vieilles scies au lustre à chaque fois redoré. Une soirée mémorable, sous le signe de toutes les musiques, mixées à l'encontre de tout purisme réducteur.

Rock Werchter 2006 : jeudi 29 juin.

On ne pèse pas grand-chose dans ce bas monde, à voir le peuple qui vous submerge de tous côtés, sous un soleil de plomb, sur une plaine perdue près de Leuven, à regarder Brian Molko chanter ses simagrées. Il en faut du courage pour braver la fatigue, la déshydratation, les décibels, la file d'attente pour boire une douche, et 1h30 de Muse. Oui, se taper quatre jours de Rock Werchter s'avère un sacré challenge. Météo : 30 degrés en moyenne. Et 80000 personnes par jour, assises, couchées, debout, partout. Ajoutez à cela la somme d'argent exorbitante à dépenser pour y participer, et 'l'événement rock de l'année' ressemble de plus en plus à un élevage en batterie de poules pondeuses. Heureusement, il n'y a pas eu de morts à Werchter, et ce grâce à la générosité des organisateurs qui ont bien voulu mettre cinq (…) robinets d'eau à disposition de leur très cher public. 'Eat your money and die !' : voilà qui ferait un bon T-shirt de festival, en taille « Girly », XS, S, M, L, XL et XXL. Espérons que Live Nation y pense pour l'année prochaine, et d'ici là…

… Bon vent à toi, la jeunesse qui fout le camp ! Il est à peine 18h00 en ce premier jour de festival que déjà le soleil tape plus fort que l'intégrale des Deftones. Chino, de plus en plus obèse, peine à éructer son mal-être juvénile. Normal : il n'est plus jeune. Le poids de l'âge l'empêche de sautiller comme en 95, à cette époque où le 'nu-metal' régnait en maître sur les charts. D'« Adrenaline » il lui en reste assez pour chanter du Deftones, mais sur le mode du pilotage automatique. Il est probable que les Américains changent leur fusil d'épaule à court ou moyen terme, et ralentissent leur musique (l'inédit joué ce soir, à l'ambiance très spongieuse, tiré d'un nouvel album qui sort à l'automne). Le side-project de Moreno, Team Sleep, en était le signe avant-coureur… Après, c'est une question de tubes, enchaînés vite fait bien fait pour satisfaire tout le monde (« Passenger » en ouverture, sans Maynard James Keenan, puis « Feiticira », « My Own Summer (Shove It) », Root, Nosebleed, Be Quiet and Drive (Far Away) », « Change (in the House of Flies) » et le grandiose « 7 Words »,…). Du bon boulot, sans plus.

… Bon vent à toi, le rock progressif ! Si Maynard James Keenan n'était pas présent aux côtés de Chino lors de « Passenger », c'est sans doute parce qu'après les Deftones il y avait Tool, dont il est le chanteur. Quand on est le 'frontman' d'un des groupes de rock les plus puissants de la planète, faut-il à tout prix se préserver avant chaque concert, se concentrer et faire une prière, éviter de boire un casier de bières et de se faire renverser par une voiture ? Y a-t-il un secret ? Aiment-ils les premiers Yes ? Toujours est-il que « 10,000 Days », le dernier album de Tool, sonne durablement à nos tympans comme un Panzer lancé à toute allure dans un champ de mines adverse. C'est de la grosse artillerie, du matos de pro : on parle ici de metal 'crimsonien', et ça pète dans tous les sens à coups de frappes chirurgicales. Maynard a le torse nu, une crête sur le crâne dissimulée par un Stetson, une colonne vertébrale tatouée sur sa colonne vertébrale, et des lunettes à la Starsky et Hutch. Les trois autres ressemblent étrangement à des métalleux middle-class qui cachent bien leur jeu… Et de fait : une basse, une guitare, une batterie et une voix suffisent pour évoquer l'Enfer, le Jugement Dernier, l'Apocalypse. En huit titres d'une fureur métronomique, Tool rappelle aux infidèles qu'on peut faire (et écouter) du metal sans avoir l'air ridicule, et qu'en plus ça rapporte (« 10,000 Days » cartonne ici et ailleurs). « Stinkfist » ouvre le bal (des damnés), et le ton est donné. Du coup le soleil fait moins le malin, et tout le monde lève le poing en cadence, sur « The Pot », « Forty Six & 2 », « Jambi », « Sober », « Lateralus », « Vicarious » et « Aenema ». Fin des affrontements, victoire de Tool par KO.

… Manu, Chao à toi ! Le jeu de mot est facile, mais il fallait le faire. Bien qu'aucune actualité discographique ne soit au programme de l'ex-Mano Negra, l'idée de l'inviter sur la Main Stage pour faire péter l'ambiance n'avait rien de saugrenu. Comme d'habitude, Manu Chao et son Radio Bemba Soundsystem ont donc mis le feu sur la plaine de Werchter, en toute grâce, sans se forcer. Avant l'entrée en scène de Manu, son groupe déjà s'échauffe, devant un public attentif qui le regarde jouer sans l'entendre. Etrange bal populaire, augurant un décollage sonore d'une grande intensité. 'Et c'est parti pour le show, et c'est parti tout le monde est chaud' : Manu déboule, monte le son et balance les hits sans temps morts. Ses musiciens assurent côté guitares et basse, même si la formule est désormais connue de tous. Ici, aucun mystère : c'est l'équilibre parfait entre ballades reggae-salsa-pop et footings ska-punk, qui s'emboîtent comme des pièces d'un puzzle. Ces ruptures de rythme finissent évidemment par agacer, d'où l'incident en fin de concert : 'et je coupe le son !', comme le chante Katerine, sauf qu'ici personne n'aura songé à le remettre, et Manu de faire un doigt d'honneur aux caméras et de se casser sans dire au revoir. Quand c'est l'heure, c'est l'heure, et tant pis pour le rappel, qui aurait dû se composer des titres suivants : « Mala Vida », « Makina », « Elegir », « Bobby Lent » et « Sidi H Bibi ». Forcément, il y a de quoi se fâcher tout rouge. 

… Bon vent à toi, le tueur de coyotes ! Des stars, ouaip. 'Le plus grand groupe de rock du monde', titrait le Mojo il y a plus d'un an, en parlant des Red Hot Chili Peppers. Ce soir en tout cas, ils n'auront assuré que le strict minimum syndical : « en roue libre » comme on dit, et à regarder de plus près les textes de Kiedis, on se dit que le bonhomme ne l'a pas inventée (la roue). Ce soir, plus que d'habitude, c'était lui le maillon faible : petite voix, présence effacée, et une chemise qu'il gardera quasi tout le concert (NDR : or, un concert des Red Hot sans un Kiedis torse nu n'est pas vraiment un concert des Red Hot). Peut-être n'avait-il même pas envie de monter sur scène, ce qui explique sans doute pourquoi Frusciante, Flea et Smith auront tricoté pendant 10 minutes en attendant que leur chanteur se pointe. « Can't Stop » en ouverture, puis « Dani California » et « Scar Tissue » démarrent les festivités, sous un ciel moite qui calme les ardeurs. Le soleil aurait-il eu raison, déjà, de la fougue des plus intrépides ? La mollesse est communicative, et l'on bâille à l'écoute de ces nouveaux morceaux (« Charlie », « Warlocks », « Snow », « Wet Sand », « Tell Me Baby ») aux relents funk rock à peine audibles. Une vieillerie (« Me And My Friends », 1987), deux-trois tubes (« Parallel Universe », « Californication » et un « By The Way » à rallonge), mais pas de « Give It Away » ni de « Under the Bridge »… Constat amer ou amusant : le meilleur moment du concert est à mettre sur le compte des Bee Gees et de leur hit « How Deep Is Your Love ? », interprété par un Frusciante en solo, terriblement touchant.

… Bon vent à toi, la mondialisation ! N'ergotons pas sur l'avenir de notre planète, et laissons donc les Black Eyed Peas nous donner leur version de la globalisation… Ou comment s'approprier le « Misirlou » de Dick Dale (« Pump It »), Bollywood (« Don't Phunk With My Heart »), l'électro-hop à la N.E.R.D. (« My Humps »), le reggae, la rumba, la pop, le rock, etc., pour en faire des tubes certifiés platine, sans se fouler le cul. Que ceux qui aimaient les Black Eyed Peas avant le polissage FM (l'album « Bridging the Gap ») passent ici leur chemin : on ne parle plus du même groupe. Ambiance aussi du côté du Marquee, avec Roger Sanchez, DJ housy au poil, mais pas original. Les gens dansent en cadence sur le plancher qui rebondit. Un peu de beat après tant de riffs, c'est quasi l'oasis. « Let's Get Retarded », comme le gueule Will.i.am, mais ne soyons pas dupes : c'est du divertissement, rien d'autre. Et c'est pour ça qu'on paie.

Think About Life

Think about life

Écrit par

Lentement mais sûrement, le Canada est en train de devenir un pourvoyeur important de formations rock iconoclastes. On en a une nouvelle preuve avec Think About Life, trio originaire de Montréal. L’instrumentation minimale (claviers bon marché, boîte à rythme Bontempi et batterie) est mise au service de chansons pop brouillonnes mais attachantes qui hésitent entre espièglerie et mélancolie, le tout au sein d'une atmosphère souvent bruyante et punky. Malgré l’absence de guitares, ce premier album respire le rock’n’roll, situation qu’on mettra sur le compte de ces nappes distortionnées de synthé et du chant braillard (un peu usant à la longue) de Martin Cesar. On notera aussi un certain goût pour les expérimentations sonores (« In her Heart ») qui rappellent un peu le Beck des débuts. La chose essentielle du disque restant un grand talent pour les mélodies accrocheuses. « Paul Cries », « Bastian and the Boar », « Fireworks », « Money », « Serious Chords », « What the Future Might Be » sont des morceaux qui restent gravés à l’esprit et qui rachètent largement un son parfois un peu limite et une légère tendance à noyer dans le bruit, les pannes d’inspiration.

My Little Cheap Dictaphone (MLCD)

Rat des villes et rat des champs

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Quatre longues années se sont écoulées depuis la parution de l'initial « Music Drama ». Ce premier album, enregistré entre Liège et le Nebraska, tournait les projecteurs en direction du trio, titillant les tympans des rockeurs les plus réticents. En 2006, My Little Cheap Dictaphone reprend du service. « Small Town Boy », leur nouveau disque, dévoile leur cheminement artistique. Entre folk et rock, la pop du trio a gagné en maturité. Les excursions initiatiques ont leurs bons côtés. My Little Cheap aussi...

Qu'évoque « Small Town Boy », le titre de votre nouvel album ?

Un « Small Town Boy » représente l'homme dans toute sa diversité. Il s'agit d'un campagnard aimant se balader en ville. Cet intitulé nous représente bien : nous apprécions autant la vie urbaine – sorties, concerts, cafés – que la vie de reclus propre aux campagnards. Le côté festif d'une ville nous attire. Mais nous rejetons ses côtés stressants. « Small Town Boy » est également un compromis entre le passé et la modernité, entre la technologie et la tradition.

Vos chansons comportent-elles des touches autobiographiques ?

En fait, nous touchons essentiellement à l'autobiographie. Quelques textes de cet album ont été écrits en collaboration avec une écrivaine norvégienne. C'est une de nos meilleures amies. En ce sens, elle nous connaît bien et, à travers ses textes, elle touche à notre personnalité. Encore une fois, c'est très autobiographique !

L'introduction d' « At the Other End Of Love » peut faire penser à « Float On » de Modest Mouse. Est-ce une influence, une source d'inspiration pour « The Other End Of Love » ?

Pas vraiment... Nous recherchions davantage un côté urgent, une sorte de locomotive sonore. Cette chanson évoque une histoire d'amour tragique : la fin d'une romance. C'est l'opposition entre le côté dramatique de la chanson et le côté frappant de la grosse caisse qui donne ici l'impulsion.

« Upside Down » est votre premier single. La partie banjo de cette chanson renvoie à l'univers des Thrills mais sans le côté Beach Boys. C'est plus forestier. On se trouve davantage du côté de Sparkelhorse... Pensez-vous parfois aux influences que les méchants journalistes risquent de vous coller aux basques ?

Parfois, nous y songeons. Mais ces rapprochements sont souvent forts subjectifs... Tout dépend de l'expérience musicale du journaliste. Bon, ici, tu évoques les Thrills et Sparklehorse. Ce sont des groupes que nous apprécions. Mais cette chanson n'est pas un single pour ces valeurs référentielles. Nous abordons plutôt « Upside Down » comme l'ouverture de la saison printanière, une sorte d'hymne à la joie.

Sur votre nouvel album, la chanson « Travel » s'emploie aux réjouissances. Considérez-vous que la musique soit le meilleur moyen de voyager ?

La musique participe à tous les voyages : humains et artistiques. Nous baignons continuellement dans la musique. D'un côté, nous en jouons et de l'autre, nous en écoutons. C'est aussi ce qui nous permet de vivre. « Travel » évoque les voyages engendrés par la musique, les rencontres faites à ces occasions. Nous voulions parler des gens aperçus une fois en cours de route, toutes ces personnes qu'il faut laisser derrière nous lorsque le voyage nous mène à l'étape suivante. Cette chanson parle également de la peur de l'avenir. En effet, que se passera-t-il une fois que nous serons grisés de ces pérégrinations ? Aujourd'hui, nous sommes musiciens, nous vivons de notre passion. Mais que se passera-t-il dans dix ans ? Là, nous sommes contents de voyager. Mais si un jour nous ressentions un désir de stabilité dans nos vies... que se passera-t-il ?

Vous avez évoqué les rencontres éphémères, toutes ces relations d'un jour, d'un soir. Comment ressentez-vous ces rapports humains momentanés ?

Il convient de distinguer deux choses. D'une part, les gens qui sympathisent par pure envie de discuter lors de la soirée et, d'autre part, il y a des personnes avec lesquelles nous ressentons une certaine affinité. Celles-là, nous essayons de ne pas les perdre de vue...

N'en avez-vous pas assez que les gens viennent vous trouver en vous garantissant que votre concert était génial ?

Au contraire, c'est plutôt encourageant ! Le gros problème, c'est que je ne sais jamais quoi répondre. Quand un type arrive vers moi surexcité et me dit 'Ouah j'adore tout ce que tu fais et tout', je ne peux m'empêcher de lancer un pauvre 'merci'. Certaines personnes doivent penser que je suis un peu froid et renfermé. Mais en réalité, je ne sais vraiment pas quoi répondre lorsqu'on me dit des choses aussi gentilles.

Depuis votre premier album, il s'est passé beaucoup de choses, notamment une parenthèse Hollywood Porn Stars. En tout, il s'est écoulé quatre ans depuis « Music Drama ». Qu'est-ce qui a changé pour vous au cours de ces quatre années ?

Après le premier album, nous avons fait de nombreux concerts. Après deux ans, Red Boy a composé quelques titres plus rentre-dedans en compagnie d'Anthony Sinatra. Au départ, ces chansons ressemblaient davantage à une blague entre potes qu'à un projet déterminé. A ce moment là, nous avions déjà préparé de nouveaux morceaux pour My Little Cheap Dictaphone. Mais la blague en duo s'est rapidement transformée en Hollywood Porn Stars. Pendant deux ans, nous avons donc opté pour une pause. Pour My Little Cheap Dictaphone, le changement est surtout à chercher dans le retard engendré par ce deuxième projet. Car, on ne peut le nier, nous avons évolué : si nous avions enchaîné les deux albums de My Little Cheap Dictaphone, les compositions de « Small Town Boy » auraient été différent. Nous avons eu le temps de prendre du recul, d'apprendre et d'écouter de nouvelles choses. Tout cela enrichit forcément votre expérience.

Vous êtes fortement engagés et impliqués au sein du Collectif Jaune Orange. Pouvez-vous expliquer les fondements et l'esprit qui animent cette communauté d'artistes ?

A la base, Jaune Orange est un collectif composé de plusieurs groupes. Le but était de créer une plateforme susceptible de les représenter. Lorsqu'un groupe du collectif a de bons échos du public, il peut ainsi soutenir les autres formations, les pousser vers le haut. Ici, les groupes travaillent pour eux. C'est donc une association composée des bonnes volontés des groupes. Il s'agit avant tout d'une histoire de copains, une aventure où l'argent n'a que peu d'importance. Parfois, nous organisons des concerts avec le Collectif. Les fonds récoltés à ces occasions nous permettent de financer d'autres activités. C'est aussi simple que cela.

Vous sentez-vous plutôt « Sacrés Belges » ou « Massacrés Belges » ?

Il y a de bonnes choses dans chaque camp, mais aussi de mauvaises. Nous nous sentons aussi proches de groupes présents sur la compilation « Sacrés Belges » que sur celle des « Massacrés Belges ». Ainsi, par exemple, un des instigateurs du label indépendant « Matamore » est aussi un des initiateurs du Collectif Jaune Orange ! Nous aimons aussi le label Top 5. Aujourd'hui, c'est peut-être mal vu d'affirmer une telle chose mais tant pis : nous nous sentons aussi proches des deux structures ! Nous sommes convaincus que chacun peut trouver sa place...

En plus de vous voir sur scène, le public vous croise régulièrement dans les salles de concerts. Quelles sont vos dernières découvertes musicales ?

Pour l'instant nous écoutons beaucoup Josh Ritter, un singer songwriter américain. Nous avons aussi beaucoup apprécié le dernier album d'Arcade Fire : un compromis parfait entre la scène indépendante et le grand public. Dernièrement, nous avons vu Venus en concert... Les sonorités de leur dernier album sont vraiment très chouettes. Nous pourrions encore citer Calexico, Bruce Springsteen, Architecture In Helsinki, Art Brut, Flaming Lips, Spinto Band, Okkervil River, etc. On s'intéresse vraiment à toutes les nouvelles sorties.

 

 

Tiger By The Tail

Tiger By The Tail

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Cette formation australienne (NDR: issue de Melbourne très exactement) ne tire pas le diable, mais le tigre par la queue. Un quatuor qui accorde peu de place à la pop mélodique tout en évitant soigneusement de sombrer dans un quelconque métal. En fait Tiger By The Tail pratique un punk garage hérité en ligne droite des Hoodoo Gurus, Celibate Rifles, New Christs, Scientists et consorts. Vivifiante, pétillante, incisive, sauvage et dévastatrice, son expression sonore consomme une quantité d’électricité phénoménale afin d’entretenir une intensité quasi constante destinée à communiquer des sentiments de haine, de concupiscence, de détresse, de colère et ultimement d’amour. On a même parfois l’impression que le combo désosse ses références – qui oscillent des Stones circa « Exile on main street » à la « Raw power » des Stooges en passant par le « Heroes » de Bowie et The Fall – pour les jeter en pâture aux fauves. Cependant, hormis « Get set to go », une compo imprimée sur un tempo new wave, le presque contagieux « Natural enemy » et l’irrésistible « Too much in love with you », plage teintée d’un zeste d’exotisme et glacée par une basse menaçante, le reste de l’opus souffre d’une trop grande carence en sensibilité mélodique pour vraiment convaincre. Dommage !

Tindersticks

Bareback - Nine Films by Martin Wallace

Dix années de clips, compilées dans ce bel objet, sans fioritures (entendez : bonus) ni pose marketing. De 1993 à 2003, Martin Wallace a confectionné neuf vignettes visuelles pour accompagner l’univers musical des Tindersticks : élégiaques, altières, sombres ou légères, en fin de compte profondément humaines, à l’image du groupe. Neuf clips, loin des clichés du genre, qui s’emparent de la poésie d’un Ken Loach (période « Kes ») et du Free Cinema. Neuf bonnes raisons d’aimer encore plus « Sometimes It Hurts », « City Sickness » ou « Bathtime ». Un couple mime l’acte sexuel, habillé, en surimpression (l’instrumental « The Art of Love Making ». Une attraction foraine, un « saladier » à la « 400 Coups », un motard acrobate, de l’amour (« Sometimes It Hurts »). Des rondes de nuit, un bébé dans son landeau, la nuit, Soho, l’errance (« City Sickness »). Du noir, du blanc, entre les deux de la grisaille, du shopping, Cassavetes, un couple (encore), et de l’amour (toujours ?) (« Travelling Night »). Le groupe en live, la caméra qui danse, au milieu avec Stuart Staples, d’une beauté ténébreuse. La classe (« Bathtime »). Des visages de femmes. Des yeux. Des bouches. Des décolletés. Et le groupe, spectateur de cette féminité dans toute sa splendeur, féconde, sensuelle et inquiète (« Can We Start Again ? »). Un étrange ballet à la Berkeley, des danseuses au galbe hypnotisant, une rengaine populaire, du music hall, des plumes, et Stuart Staples qui sourit, crooner (« Rented Rooms »). Une coiffeuse, l’attente sensuelle, la peur de l’inconnu, l’amusement d’un enfant (« Don’t Ever Get Tired »). Un split screen, Prague, un homme, une femme, se rencontreront-ils ? Quatre minutes de solitude, ici, ailleurs, le coup de foudre existe-t-il ? (« Can Our Love »). Neuf impressions fugaces d’un instant de bonheur, de doute et de sérénité. Neuf façons de voir les choses, de les mettre en musique. Un petit bout de vie, avec les Tindersticks.

 

 

Scritti Politti

White bread, Black beer

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Lorqu’on évoque Scritti Politti, on pense à des chansons comme “Wood beeze”, “The world girl”, “Perfect way”, “Oh Patti” ou encore “The sweetest girl”. Scritti Politti c’est avant tout Green Gartside, un musicien et surtout un chanteur qui dispose d’un falsetto extraordinaire. Son dernier opus (NDR : "Anomie & Bonhomie"), remonte à sept longues années. Faut dire qu’en près de trente ans de carrière, il n’a commis qu’un petite vingtaine de singles, quelques Eps et 5 albums. Soit un elpee tous les cinq ou six ans. Enregistré seul dans une pièce aménagée en studio de son appartement à Hackney, « White bread, Black beer » baigne au sein d’une atmosphère volontairement indolente. Green y assure toute l’instrumentation y compris les vocaux, of course. Qu’il retravaille souvent en harmonies vocales, grâce à son ‘multipistes’. Et puis, cet elpee fête son retour sur le label Rough Trade. Découpé en 14 fragments, ce disque nécessite cependant plusieurs écoutes, avant d’être apprécié à sa juste valeur. Depuis le duveteux « The boom boom bap » au contagieux « Robin Hood », en passant par le somptueux « Snow in the sun », caractérisé par ses vocaux immaculés (NDR : les Beach Boys pour le corps, Queen pour les fringues), le subrepticement reggae « Throw », le remuant « Dr Abernathy » et ses guitares beatlenesques, le synthético glamoureux « After six », l’insidieux « Petrococadollar », « Eleventh nuts » pétri dans le funk digital, l’éthéré, cosmique « Window wide open », le très beau et mélancolique « Locked » (NDR : tramée exclusivement sur un clavier et des cordes de guitares semi-acoustiques jouées en picking et empreinte d’une très grande sensibilité, cette compo mélancolique frôle l’univers intimiste de Durutti Column) et le versatile « Mr Hughes », qui s’ouvre par des harmonies vocales a cappella ‘brianwilsonesques’ avant de virer dans le funk pur et dur. Et puis si vous voulez en savoir davantage, je vous invite à prendre connaissance de la longue interview que Green Gartside a accordée à Musiczine…

Silent Poets

Sun

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Projet désormais porté à bout de bras par le seul producteur japonais Michiharu Shimoda (Takahiro Haruno, son ancien comparse, ayant depuis quitté le navire), "Silent Poets" a bénéficié pour ce cinquième album du savoir d'un certain Everton Nelson qui travailla en son temps sur les arrangements "sections cordes" des albums de Björk. Une collaboration bien nécessaire tant il est évident que les onze thèmes présents sur cette plaque reposent quasi entièrement sur les mélodies dispensées par une myriade de violons en folie... Construites autour de structures électro discrètes et minimalistes, ces plages s'apparentent plus à des ambiances sonores proches de l'univers cinématographique qu'à de véritables morceaux... Relativement agréables dans leur ensemble, elles peinent cependant à se distinguer les unes des autres malgré l'ajout, souvent malheureux, de quelques voix vaguement soul sur certaines d'entre-elles. Ce disque se révèlera donc utile comme fond sonore classieux, de luxe presque, pour une soirée entre potes...

Six Organs of Admittance

The Sun Awakens

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Le soleil se lève. Le téméraire Ben Chasny et ses comparses ouvrent un nouveau chapitre des aventures du mouvement ‘New Weird America’. Cette fois, l’histoire nous plonge au cœur des plaines arides d’un vaste univers à la fois sous-peuplé et hostile. Le décor est placé. Commence alors la longue épopée de Six Organs Of Admittance. Chasney trace la voie à travers des paysages troubles dont la chaleur étouffante provoque mirages et autres hallucinations (« Torn By Wolves », « Bless Your blood »). Au milieu du chemin, un « Black Wall » fascinant se dresse. Iron & Wine seraient-ils déjà passés par là ? Pas le temps de s’y éterniser. La marche se poursuit dans le désert, où la soif devient insoutenable (« The Desert Is A Circle »). Soudain, le ciel se déchire (« Attar »). Des trombes d’eau s’abattent sur les aventuriers qui, comme possédés, entament une étrange danse à la gloire de la beauté des lieues. La pluie cesse tandis que le soleil commence à se coucher. Chasney hâte le pas, rappelant à ses compagnons la raison de leur présence sur ces terres (« Wolves Pup », basé sur le même leitmotiv que « Torn By Wolves »). S’ensuit un voyage épique durant lequel se livrera la bataille finale du leader de la troupe contre ses propres démons, au pied de la mystique « River Of Transfiguration ». Bataille de près de 24 minutes, dont l’homme laissera le soin à l’auditeur d’imaginer l’issue. « The Sun Awakens » est, incontestablement, une aventure dont on ne revient pas indemne.

Sherman Robertson

Guitar man Live

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Sherman est originaire de Beaux Bridge, un patelin sis non loin de Lafayette, en Louisiane. Il a passé sa jeunesse à Houston, au Texas. Contaminé par le virus du blues, il tâte très tôt de la guitare et se retrouve, dès la fin des 60s, derrière Bobby "Blue" Bland et Junior Parker. Il monte alors son groupe : le Crosstown Blues Band, en compagnie duquel il commet deux albums pour le label Lunar. Quelque temps plus tard, on le retrouve au sein du backing band de Clifton Chenier, le roi du zydeco, à la guitare. Cette aventure durera cinq ans. Une aventure au cours de laquelle il tournera inlassablement en Europe et aux Etats-Unis. Paul Simon en personne l'invite pour participer à la confection de son album "Graceland". En 1986. Le célèbre producteur britannique, Mike Vernon, le repère et le pousse à enregistrer son premier elpee sur son label Code Blue : "I'm the man". En 1993. Trois ans plus tard, il concocte "Here and now", toujours chez le même label, désormais distribué par Atlantic. En 98, il édite "Going back home", chez Audioquest. Il s’agit de son dernier elpee studio à ce jour. Un opus pour lequel il avait reçu le concours de deux musiciens de Little Feat : le pianiste Bill Payne et le batteur Richie Haywayd. Depuis, il n’a pratiquement plus jamais quitté la route. Et n’a donc plus beaucoup de temps à passer en studio. Ultime solution : immortaliser ses prestations ‘live’. L’occasion s’est présentée en mai 2005, aux Pays-Bas. Lors du Kwadendamme Blues Festival cher à Pete Kempe des Juke Joints. "Guitar man Live" vient donc de paraître chez Crosscut. Pour la circonstance, il a reçu le concours du Blues Move, soit Julian Grudgings aux claviers, John Moloney à la basse et Mike Hellier aux drums. Cette équipe nous sert un cocktail subtil et personnel dérivé du cajun louisianais et du blues groove texan, baptisé "Loutex".

Le concert s’ouvre dans le pur R&B par "Out of sight out of mind", une composition signée Chris Youlden qui figurait sur son album solo "Mattico", un disque paru en 1993. Longtemps chanteur de Savoy Brown, ce musicien demeure un des fleurons du british blues boom des sixties. La voix de Sherman est chaleureuse, puissante, taillée pour ce genre de répertoire. Il la pousse avec une facilité déconcertante. L’orgue Korg de Julian occupe une place prépondérante dans le décor sonore. Sherman passe à la vitesse supérieure en attaquant son "Long way from home". Canalisé par les courtes phrases de la Fender Stratocaster, ce blues rock galope. Les vocaux de Sherman éclatent avant que les cordes sortent d'une réserve à peine contenue. Plus rien ne peut désormais l'arrêter. Albert Collins hante son esprit ; tout en ayant le souci de ne pas tomber dans le fac-similé. Shouter affûté, il implore "Shake rattle, roll". La puissance de feu est constante. Elle dévaste tout sur son passage. Survolté, Sherman fait suer tout les Blues Move en imprimant un tempo funky sur son "Guitar man". Plus personne dans l'assistance zélandaise ne tient en place. C'est le moment choisi pour détendre l'atmosphère et concéder du smokin' blues bien texan, même si la version ralentie du "Dust my broom" de Robert Johnson est pratiquement méconnaissable! Le musicien est possédé par sa musique. Il ne fait plus qu’un avec sa guitare. La voix et les cordes ne peuvent plus de détacher. Il libère nerveusement des flots de notes bien senties. Toute la sensibilité de l'artiste imprègne ce blues chaleureux. Le rythme refait surface pour le "Home of the blues" de Colin James. Tout au long de ce R&B assez funky, Sherman racle les mots au fond de sa gorge. Il n’est pas loin d'un Robert Cray, mais la voix est plus grave, moins lisse. Il manifeste énormément de vécu dans sa démarche. Robertson semble possédé pour exécuter la version du "Linda Lu" de Ray Sharpe, à la manière du maître de la Telecaster, Albert Collins. Une cover qui vire rapidement à une orgie de guitare. Slow blues, "Make it rain" constitue uns des meilleurs morceaux du concert. La voix de Robertson est à la fois bouleversante, puissante et poignante. Il se consacre exclusivement au chant, délaissant délibérément ses cordes. L'orgue Hammond assure la partie instrumentale. Le concert s’achève par une très longue version de "Tin pan alley", une compo imprimée sur un mid tempo. Il s’y fait encore une fois shouter, répondant à coups de phrases acérées.

Sabrina Malheiros

Vibrasons

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Le premier album de Sabrina Malheiros vient juste d’être remixé… C’est la bonne nouvelle du mois pour tous les bars branchés des métropoles mondaines. Accompagnement sonore idéal pour les sorties fringuées en Armani, « Vibrassons » se présente déjà comme le disque le plus cool des clubs hype. Après la sortie d’« Equilibria », coup d’envoi discographique de la jeune Brésilienne, les promoteurs de la demoiselle n’ont rien trouvé de mieux à capitaliser qu’une redite électronique de ses rythmes bossa, salsa et jazzy. Il en ressort un enregistrement d’une platitude extrême, à l’orée de l’easy listening. Chez « Vibrasons », on ne se sent pas chez soi. Les douze remixes sentent le chiqué, le contreplaqué. Comme un mauvais verre de Cachaça industrielle, cet album nous tape sur le système, nous laissant en compagnie d’une gueule de bois de premier ordre. Un mal de crâne difficile à localiser. Sans doute à des milliers de kilomètres de Rio de Janeiro…

Holiday For Strings

CD

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Tout simplement intitulé « CD », le premier essai de cette formation suédoise est, en un mot, époustouflant. Beautés à la fois sombres et froides, à l’image de la pochette pink floydienne, les compositions de Holiday For Strings évoquent un compromis entre le calme olympien de The Album Leaf et les expérimentations instrumentales les plus couillues d’Animal Collective. D’une grâce envoûtante, les beats d’ouverture de « Three Laps » s’écoulent au ralenti, goutte à goutte, pour nous entraîner délicatement vers la vague de fraîcheur rassérénante de « Touch The Tiger » et un « Brest » aux chants ‘vocodés’ remémorant, à leur tour, un Radiohead circa « Kid A ». En sept titres à peine, Holiday For Strings s’impose comme un des groupes les plus enthousiasmants de l’année. Signé chez Stilll (Immune, Offthesky), le quintet prouve qu’à force de tirer le bon numéro, le jeune label (1 an à peine) plein de promesses pourrait fort bien décrocher la timbale d’ici peu.

Ester Drang

Rocinate

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Juste avant d’enregistrer cet album (NDR: leur troisième), les musiciens d’Ester Drang ont été victimes d’un accident de voiture au cours duquel ils ont failli y laisser leur peau. C’était en 2003. Lors d’une tournée accomplie à travers l’Illinois, en première partie de Sufjan Stevens. Ce qui n’a pas empêché le groupe d’entrer en studio, ni Mc Alister et Shoop d’accompagner Sufjan lors de son dernier périple. Bref, « Come back alive », la chanson de leur dernier opus, a pris naturellement une toute autre signification… A l’instar des Flaming Lips, Ester Drang nous vient de l’Oklahoma. De Broken Arrow, près de Tulsa, très exactement. Un trio réunissant Bryce Chambers, Jeff Shoop et James Mc Alister qui pratique une musique riche, élégante, sophistiquée, orchestrale, cinématique, impliquant une multitude d’instruments ; une musique qui bénéficie d’arrangements particulièrement soignés, dignes d’un Burt Bacharach. Le plus souvent, elle évoque la face la plus pop de Brian Eno. Faut dire que non seulement Bryce possède un timbre fort semblable ; mais en outre il utilise sa voix très souvent en reverb. Enfin, le mélange entre électronique et instrumentation basique est particulièrement réussi. Une instrumentation luxuriante que se partage le trio et une multitude d’invités, parmi lesquels on retrouve l’ex violoniste de Polyphonic Spree, Daniel Hart, Jeff Shadley aux cuivres et Chad Copelin au clavier Hammond. Enfin, si Jeff Shoop se réserve l’essentiel des parties de guitares, James Mc Alister y injecte toute sa panoplie de percussions et ses drums souples ; outre ses vocaux, Bryce se réservant la deuxième six cordes. Un seul titre échappe à la règle : « Caledona ». Un instrumental qui agrège salsa, new age et dub. Dans l’esprit du célèbre « How much are they? » du trio Wobble-Czuckay-Liebezeit. Cependant, si « Rocinate » ne manque pas de charme, son accessibilité risque fort d’agacer celles et ceux qui voient (entendent?) d’un(e) mauvais(e) œil (oreille) la résurgence de la prog sophistiquée de la mi-70’s.

Euphoria

Precious time

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En provenance du Canada, Euphoria s’essaie à brouiller les pistes et mêler les genres. Dans cet humble dessein, « Precious Time » constitue la quatrième tentative de Ken Ramm et de ses musiciens. Ce nouvel album s’aventure ici dans des styles variés sans jamais s’y engager complètement. Entre trip-hop, electronica et slides de guitare au bottleneck, Euphoria ébauche une musique postée entre l’Occident et le trip oriental. Quelques collaborations intensifient encore le côté improbable de la recette sonore d’Euphoria. Tina Dico (« Blue », « Sinners And Saints ») et Tracy Bonham (« Precious Time », « Anyone Can Lose ») participent ainsi à ces euphories alternatives. Au final, « Precious Time » aligne douze titres apaisants, mélangeant les approches musicales sans bouleverser les modes. Euphoria célèbre la rencontre d’Hooverphonic et de Massive Attack. Les prises de risque sont donc limitées.

DAT Politics

Wow Twist

Sixième album de ce trio lillois, en six ans de carrière : « Wow Twist », c’est du chip tune joué à l’arrache par trois sniffeurs d’hélium, fans de Mouse on Mars, de John Foxx et de Kevin Blechdom. Onze chansonnettes acidulées comme ces sucettes qu’on dévore pour atteindre au plus vite leur cœur : un chewing-gum qui colle un peu aux dents et qui rougit la langue. « Wow Twist » se révèle l’album le plus accessible du groupe, parce qu’il s’adresse plus aux jambes qu’à la tête : les bleeps crépitent, un peu pompettes, et le chant s’amuse de ses propres délires, synthétiques et cocasses. Forcément, à telle allure, l’expérience devient très vite agaçante. Comme si l’on écoutait Bis et Chicks on Speed (tiens…) le doigt appuyé sur la touche 'forward'. Un album d’IDM-pop pour la génération X. Rigolo. Dispensable.

The Congos

Fisherman style

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Conservant une pratique opérée sur le plutôt moyen « Tree of Satta », le label Blood and Fire a décidé de revisiter un autre classique du reggae roots. Le principe est simple : on demande à une série d’artistes plus ou moins connus de chanter d’autres paroles sur l’instrumental de la chanson originale. Tandis que « Tree of Satta » revisitait le « Satta Massa Gana » des Abyssinians, c’est le « Fisherman » des Congos qui est à l’honneur sur ce volume. Une belle chanson traitant du combat pour la survie de pêcheurs, tirée du classique « Heart of The Congos », un petit chef d’œuvre de reggae psychédélique, le meilleur album produit par Lee « Scratch » Perry dans son légendaire studio Black Ark. Ce copieux double album honore donc 24 fois le même morceau, 24 exercices de style exécutés par des pointures comme Horace Andy, Max Roméo, Big Youth, Gregory Isaacs, Sugar Minott, Luciano, Paul St Hilaire, Freddie Mc Gregor, pour ne citer que les plus connus. Des adaptations qui oscillent du pire au meilleur en passant par le totalement anecdotique et dont une écoute à doses homéopathiques est vivement conseillée, sous peine d’overdose fatale. Parmi ceux qui s’en sortent dignement, on citera Big Youth dont le flow mystique est intact malgré le temps qui passe. Horace Andy chante plutôt bien « Love Love Love » tandis que la collaboration entre les Congos et Prince Jazzboo sur « Live Good Today » est assez réussie. Verdict positif aussi pour Freddie Mc Gregor et Sugar Minott, dont les voix ont gardé leur puissance. Ce qui n’est pas le cas pour la prestation inaudible de Gregory Isaacs : il n’est plus que l’ombre du grand chanteur qu’il a été. La deuxième galette recèle notamment les efforts convaincants de Luciano, de Paul St Hilaire et Country Culture. En général, cette plaque est consacrée aux artistes moins connus ; mais dont les efforts sont plus vivaces que les vénérables ancêtres mis en exergue sur le premier morceau de plastique. Si le bilan affiche un travail de grande qualité ; il manque singulièrement de surprises au niveau des thèmes abordés (strictement rasta) et des nouvelles mélodies de voix. Bref, un peu trop classique pour convaincre totalement.

 

Black Time

Midnight world

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Prenez un câble électrique de haut ampérage, ouvrez la bouche et croquez. Alors, peut-être, ressentirez-vous l’électricité éprouvée en plongeant les oreilles dans « Midnight World », deuxième livraison toxique de Black Time. Certainement enregistré en une seule prise après une overdose de trois jours, ce nouvel album dépoussière le rock-noisy à grands renforts de riffs garage. Inévitablement, on songe aux Hunches, à Sonic Youth, aux Clone Defects, à Pussy Galore. Un son primaire, une attitude primale, Black Time n’en fait qu’à sa tête. Au diable les concessions ! Pas question de retourner son perfecto. Mieux vaut rester dans sa cave et faire fuir les cafards. Une musique jouée à fond les pistons pour servir le rock’n’roll : une noble cause pour laquelle se battent encore quelques irréductibles, à l’instar d’un Billy Childish, vieil adepte des œuvres sans compromis.

Big Bill Broonzy

Amsterdam Live concerts 1953

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William Lee Broonzy serait né en 1901. A Scott, dans le Mississippi. D'autres sources situent sa naissance en 1893, voire en 1898 ; ce qui est plus vraisemblable s'il a effectivement participé à la première guerre mondiale. Sa famille s'établit en 1903 dans l'Arkansas. Au cours de sa jeunesse, Willie apprend d’abord le violon, puis la guitare. En 1920, à l’instar de nombreux de ses contemporains, il émigre à Chicago. Ses premiers enregistrements remontent à 1927. Accomplie entre 1927 à 1951, toute son œuvre a été colligée sur une série de douze CDs, un recueil paru sur le label Document. Big Bill fut un des premiers bluesmen à traverser l'Atlantique et à se produire en Europe. En juillet 1951, son périple passe par l’Allemagne, la France et l’Angleterre. L'année suivante, il revient sur le Vieux Continent et joue en Belgique et aux Pays-Bas. Il est alors régulièrement accompagné du pianiste Blind John Davis. Il revient encore fin 1955, 1956 et en 57. Mais en juillet de la même année, il rentre à Chicago pour subir une opération des cordes vocales. Atteint d’un cancer, il s'éteint le 15 août.

Les enregistrements réunis sur cet opus, sont issus de bandes originales de sets immortalisés à Amsterdam, en février 1953. Une tournée organisée par l'Amsterdam Jazz Society. Ces bandes traînaient depuis belle lurette dans un tiroir poussiéreux, lorsque le label Munich a pris l’excellente initiative de les extraire de leur anonymat. Et le résultat est très surprenant pour des enregistrements ‘live’ issus de cette époque. Le son est d'une clarté prodigieuse. On jurerait presque être en présence de Big Bill Broonzy. Dans la même pièce. Le plus intéressant procède du dialogue ou plus exactement de la présentation opérée par Big Bill de son répertoire. Ce qui transforme cet opus en témoignage unique. L'artiste est seul avec sa voix et sa guitare. Il nous accorde près de deux heures de spectacle ; un spectacle partagé entre ses propres compositions, des chansons traditionnelles et quelques reprises. Il est indispensable d’écouter les deux CDs dans leur ensemble.

Cette œuvre est incontestablement marquée par quelques moments plus intenses ; à l’instar du "When the sun goes down" de Leroy Carr, du traditionnel "Down by the riverside", de "Mindin' my own business", une compo au cours de laquelle une émotion extrême émane de son chant plaintif et du superbe "Just a dream". Tout au long de cette cover, souvent reprise par d’autres artistes, sa voix y est vraiment saisissante. Pour le second disque, nous retrouvons Broonzy deux jours plus tard ; c’est à dire le 28 février, toujours à Amsterdam. "John Henry" est enrichi par la complexité de son jeu sur les cordes. Pour exprimer ses sentiments, il met bien en relief sa voix sur le "Backwater blues" de Bessie Smith. Son interprétation de "Kansas city blues" n'a pas pris une ride. Au bord des larmes, la gorge serrée par l’émotion, il chante le "Trouble in mind" de Curtis Jones. Et il remet le couvert pour "Louise, Louise Blues". Il adapte également le traditionnel notoire "The midnight special" et le "Good night Irene" de Leadbetter. Après la guerre, Big Bill était surtout réputé pour son style urbain électrifié, chicagolais ; mais lorsqu'il atterrissait sur le Vieux Continent, il changeait radicalement de style. Broonzy en revenait alors au folk blues, celui de son âge d'or des années 30, lorsqu'il chantait en solitaire flanqué d’une guitare acoustique. Proficiat à Munich pour le soin accordé au digipack de ce disque. Cartonné, ce double cd est enrichi de notes fort intéressantes et de remarquables photographies.

 

Amusement Parks On Fire

Out of The Angeles

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Michael Feerick a fondé Amusement Parks On Fire à l’âge de 16 ans (NDR : il en a aujourd’hui 21 !). Son A.P.O.F., puisqu’à l’origine il était seul maître à bord. Non seulement il assurait les vocaux, mais il se réservait tous les instruments : guitares, basse, drums. Ce surdoué a été bercé par la musique qu’écoutait ses parents : le Pink Floyd, Genesis, Emerson Lake & Palmer. Puis il a découvert les Pixies, Sonic Youth, My Bloddy Valentine, Smashing Pumpkins et Sigur Ros. Ce n’est que tout récemment qu’il a fondé un véritable groupe (NDR : un quintet !) responsable l’an dernier d’un premier opus éponyme. L’enregistrement du deuxième elpee de la formation s’est déroulé dans les studios de Sigur Ros. A Reykjavik, En Islande. Et Jón Bór Birgisson est venu donner un bon coup d’archet. Un disque qui a bénéficié, en outre, du concours Howie Weinberg, à la mise en forme. Un ami de Michael, qui avait déjà bossé sur son premier long playing. Bref, après tout ce que je viens de vous raconter, vous devez déjà vous faire une petite idée du style pratiqué par Amusement Parks on Fire. Fondamentalement noisy. Vous regrettez la disparition de My Bloody Valentine, Ride, Pale Saints ou encore Swervedriver ? Vous adorez Mogwai tout en regrettant que les parties vocales soient réduites à la portion congrue ? Vous ne pouvez passer à côté de ce « Out of The Angeles ». Bruit blanc mélodique, cordes de guitare rugissantes, rougeoyantes, soniques, gémissantes, bringuebalantes, orgiaques, en couches, chargées de feedback, mélodies sinusoïdales, vertigineuses, claviers fluides en filigrane, voix diaphane, éthérée ; le tout régulièrement enrichi de cordes ‘sigurosiennes’ : l’élixir sonore parfait pour vous faire tourner la tête. A jouer le plus fort possible, de préférence. Et au plus j’écoute ce disque, au plus il m’envoûte…