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mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Ready for love

Agé de 60 balais, John Hammond est un des plus anciens bluesmen blancs sur la route. Il est né à New York City en 1942. A 20 ans, il vivait à Greenwich Village. Il avait d'ailleurs participé au Folk Revival de l'époque et bien entendu à la renaissance du blues. Celle qui date des années 60.

Cet elpee s'ouvre par "Slick crown", une composition de John. Un fait à souligner, car il compose très peu. Ce qui est regrettable, car inspiré sans surprise par le regretté John Lee Hooker, ce léger boogie est vraiment croustillant. Tout est bien en place. Les deux guitares : celles de John et de Frank Carillo. Augie Meyers siège derrière le piano électrique. David Hidalgo (chanteur/guitariste/accordéoniste chez Lobos) a composé deux titres pour l'ami John : "No chance" et "I brought the rain". "No chance" est un blues délicatement rythmé à l'instrumentation très riche. Les guitares de Carillo et d'Hidalgo lui donnent de l'épaisseur. John se réserve l'harmonica. En bon texan du sud, Augie Meyers a sorti son accordéon. L'ambiance générale est très relax, laidback même, jusque dans la voix nonchalante. Pour "I brought the rain", les percussions de Hodges sont à l'avant-plan. L'orgue de Meyers intervient timidement dans le décor sonore. Très roots, très 'americana', "Easy loving" est particulièrement accrocheur. Une composition signée Freddie Hart, qui met en évidence l'accordéon et le violon de Soozie Tyrell. "Gin soaked boy" met un soupçon de rock dans le blues. En outre, les trois guitares sont en verve. Composée par Tom Waits (NDR : et cela s'entend !), cette chanson sied comme un gant à l'ami Hammond. Souvenez-vous de "Wicked grin", le dernier album de John ; il était presque exclusivement consacré aux chansons de Waits. Qui avait, sans surprise, assumé la production. John interprète aussi "Low side of the road", partie intégrante de l'univers glauque de Waits. Le jeu est minimaliste. La mise en scène chère à Hidalgo. Il ne faut pas oublier qu'il est aussi impliqué chez les Latin Playboys ! "Spider and the fly" est une des plus belles réussites de cet elpee. Composée dans les années 60 par Mick Jagger et Keith Richard, cette plage figurait autrefois au répertoire des Rolling Stones. Un très bon blues, paresseux, sans doute inspiré par Jimmy Reed. L'harmo flotte dans les aigus. Les guitares et le piano impriment une rythmique soutenue. "Can't remember to forget" constitue un de mes moments favoris. Un morceau écrit par Jerry Portnoy, un des rares musiciens blancs à avoir sévi au sein du Muddy Waters Band. Ce fragment s'inspire des marais de la Louisiane et emprunte au style de Guitar Slim. Hanté par le violon de Soozie, "Color of the blues" n'a strictement rien à voir avec le blues. Nonobstant son titre, cette cover de George Jones relève de la musique country pure. L'interprétation du "Same thing" de Willie Dixon est très dépouillée. Le climat lugubre, volontiers dramatique. La guitare (NDR : celle de John?), colle parfaitement à ce contexte. Une légère touche exotique teinte l'univers sonore de "Comes love", que John interprète de manière si personnelle. Il se fait enfin plaisir lors de la reprise du "Money honey" de Jessie Stone, une cover qui date de 1958 ; c'est à dire des années glorieuses du rock'n'roll. Lorsque John est sur la route, il prend le soin de s'entourer de musiciens talentueux. Ceux du Wicked Grin Band ne dérogent pas à la règle. En l'occurrence Meyers, Carillo et la section rythmique qui réunit Stephen Hodges aux drums et Marty Ballou à la basse. Si mes calculs sont exacts, " Ready for love " constitue le 29ème opus de John. Un disque qui s'achève par une partie de bluegrass. Intitulée "Just one more", elle met en exergue mandoline et violon. Par souci d'originalité, chaque album de Hammond bénéficie du concours de producteurs très différents, entraînant ainsi une relecture permanente de sa musique. A cet égard, le choix de JJ Cale pour "Trouble no more" (93), Duke Robillard pour "Found true love" (98), Tom Waits hier et David Hidalgo aujourd'hui, en sont des exemples particulièrement éloquents.

 

mercredi, 16 mars 2011 22:25

Boogie disease

Ce quartet californien avait déjà fait l’objet d’une chronique sur Musiczine. En 2008. Mais elle était consacrée au Dvd "Live at Biacci". « Boogie disease » constitue donc leur premier enregistrement audio, un disque sur lequel figure trois titres repris sur leur Dvd. Au sein du line up, militent toujours le chanteur/guitariste Johnny Main, l’harmoniciste Tex Nakamura (NDR : de nationalité japonaise, il est né à Tokyo) et le drummer J.R Lozano. Par contre, changement de bassiste, puisque le poste est aujourd’hui occupé par Mike Turturro, un musico qui dans le passé à sévi au sein des backing groups de Lynwood Slim et Candye Kane. La force de frappe des 44's est sans aucun doute son souffleur japonais. A une certaine époque, il se produisait en compagnie de War. Toute cette équipe fait partie de la grande famille musicale de Los Angeles, on sein de laquelle on retrouve les musiciens de Los Lobos, Rod Piazza et surtout Kid Ramos. Tous des potes, par ailleurs. C'est d'ailleurs ce dernier qui non content de jouer sur plusieurs plages, produit l'album.

Les 44's démarrent en puissance par leur "Pull my strings". La guitare de Johnny introduit la compo. La section rythmique est brillante. Et pour cause, la contrebasse de Mike ronronne devant les fûts de Jason. En outre, la dynamique de groupe est impressionnante. Main a une bonne voix. Son timbre est naturellement puissant. Tex entre enfin en scène. Son souffle est extraordinaire. Il est le principal soliste du band. C’est un admirateur de Lee Oskar (son prédécesseur chez War), Magic Dick, Mark Wenner, Kim Wilson, William Clarke et surtout du regretté Lester Butler. Les 44's reprennent d'ailleurs deux compositions de Butler, dont "So low down". Et si la version est superbe, Tex s'y révèle époustouflant. Direction Chicago, pour attaquer le "Take it easy baby" de Willie Dixon. La sonorité s’avère très Westside. Leur "Boogie disease" constitue un véritable remède contre la morosité. On en attrape même des fourmis dans les jambes. Tous les orteils sont en effervescence. Le tempo est très élevé. Main nous communique son virus du boogie. Nakamura en profite pour décoller vers les sommets et c'est Mr Ramos himself qui se réserve les cordes ; et franchement, le Kid est loin d’être un manchot ! Retour vers Chicago pour la cover du ténébreux "Commit a crime" signé par le légendaire Howlin' Wolf. Johnny pousse sa voix au maximum pour rivaliser de puissance avec le bon vieux ‘Loup hurlant’. Bien balisé par la section rythmique, le riff est hypnotique. La guitare grave et lugubre. "Going to the church" est l'autre reprise du répertoire de Lester Butler. A nouveau une plage très nerveuse évoluant sur un tempo rapide. Et Tex s’illustre encore sur sa musique à bouche. Il empoigne ensuite son harmonica chromatique pour rendre hommage au regretté William Clarke à travers l'instrumental "Blowin' like hell". Le petit homme jaune, le Stetson vissé sur le crâne, y est vraiment diabolique. Leur version du "Automatic" de Willie Love" est également de très bonne facture. Tout au long de ce shuffle brûlant, Kid Ramos est en verve. La cohésion de l'ensemble est sans faille. A l'époque de ses Red Devils, Lester Butler avait également adapté cet "Automatic". Ramos est tellement heureux de participer à cette session qu'il interprète son "Johnny Cochino", un instrumental au cours duquel Mr Tex Nakamura tire une nouvelle fois son épingle du jeu. Dommage que les 44's se focalisent autant sur les covers ; néanmoins, je vous recommande chaudement ce long playing…

 

mercredi, 16 mars 2011 21:07

Dos

"Dos" constitue le second elpee de ce quartet issu de Los Angeles dont la figure de proue est incontestablement son guitariste. Le libellé du titre de l’opus ne laisse subsister aucun doute à ce sujet : "Los Fabulocos featuring Kid Ramos". Un argument de poids pour se procurer cet album. A l’instar de leurs amis chicanos de L.A., Los Lobos, leur musique est particulièrement marquée par la culture mexicaine. Mai si la notoriété de Ramos force le respect, l'authentique leader de ce combo est manifestement le chanteur/accordéoniste Jesus Cuevas. Le line up de Los Fabulocos implique également le bassiste James Barrios et le drummer Mike Molina.

L’ouverture de la plaque est particulièrement révélatrice du climat ‘Cali-mex’ au sein duquel baigne cette œuvre. Cuevas chante cet "Everything will turn out alright", une plage très agréable. La voix de Cuevas est très proche de celle de ses potes de Los Lobos. L’accordéon s’impose déjà dans le décor. Et sur son piano à bretelles, Cuevas est loin d’être un personnage banal. Les accords de gratte de Ramos sont élégants. Ils sont même réminiscents de George Harrisson. "The vibe" lorgne vers le zydeco louisianais. Le rythme est très vivifiant. Très Clifton Chenier, l’accordéon est bien vite relayé par la guitare très rock'n'roll du Kid. "I never thought" est une compo que j’apprécie tout particulièrement. Un blues décontracté, dont l’ambiance évoque inévitablement les marais louisianais. Ron Dziubla a ramené son saxophone ; mais ce sont bien les interventions de l’accordéon et les accords réverbérés de la six cordes qui se taillent la part du lion. Los Fabulocos traverse la frontière mexicaine. Jesus chante en espagnol le traditionnel "Los Chucos suaves" de Lalo Guerrero, considéré comme le père de la musique chicano. Ramos réussit une escapade très exotique sur ses 6 cordes. Très entraînant, "She wakes up" trempe dans le pur rock'n'roll. Et ce rythme inspire bien entendu Ramos, l'un des gratteurs les plus doués de sa génération. "Une pura y dos con sal" est une autre ballade rythmée aux accents mexicains. Allègre et nerveuse, "What's in my heart" est une chanson très proche du tex mex. James Barrios a écrit "The coffee song", une plage bien ficelée, parfumée de country et parcourue par une slide très sensuelle. Cuevas se réserve une nouvelle complainte mexicaine intitulée "Un puno de tierra". Kid Ramos signe "My brother's keeper", une chanson blues imprimée sur un mid tempo. La guitare très amplifiée, assez réverbérée, teinte de Delta cette musique issue de l'extrême ouest américain. Los Fabulocos nous réserve leur traitement d'un titre immortalisé par Little Richard : "Keep a knockin". Très en relief, la compo trahit des accents latins indéniables, à des années lumières de la version originale. "Dos" s’achève par "Calmen su rollo", une plage sémillante, que chante Jesus, dans la langue de Cervantez. De toute bonne facture, cet album bénéficie également d’une excellente mise en forme. Pas de doute, chez Delta Groove, on a toujours le nez creux… 

 

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Bluju

Né à Paris, Frank est aujourd'hui âgé de 43 ans. Il a fait ses armes chez Marcel Dadi ; mais son inspiration originelle pour le blues procède de Hound Dog Taylor. Cependant, il s'est établi de l'autre côté de l'Atlantique sur les conseils de Sonny Rhodes. A San Francisco, très exactement. Troyce Key le repère rapidement. Il le rebaptise du sobriquet "Paris Slim" et lui permet de jouer dans son club à Oakland : le Eli's Mile High Club. Il y accompagne notamment Elvin Bishop et Charlie Musselwhite. Il tourne également en compagnie Jimmy McCracklin. Pendant trois ans. Dans les années 80 il sort deux albums sous le patronyme de Paris Slim : "Blues for Esther" (1989) sur Blue Sting, et "Bleedin' heart" (1996) chez Globe. Ce dernier coproduit par Joe Louis Walker. En 1999, il se fixe à Santa Barbara, près de L.A, et collabore aux productions du label Fedora. Il a également partagé la mise en forme du dernier album de RJ Mischo : "Meet me on the coast". Un disque paru chez Crosscut. " Bluju " a été enregistré fin 2001. Il est le fruit de différentes sessions accordées en Californie.

"Homesick blues" s'ouvre sur les accents rythmiques du Delta. Les percussions de Lorenzo Martinez occupent l'avant-plan sonore. L'accordéon de Jim Calire suit à la trace les percussions. Elles confèrent à l'expression sonore une épaisseur sonore particulièrement éloquente. Frank se libère sur le bottleneck de manière très percussive. Blues façon BB King, "Back door key" enchaîne avec beaucoup de douceur. Pourtant, la guitare est acerbe, largement amplifiée. Elle opère un jeu de questions et réponses avec la voix de notre Parisien. L'échange est brillant. Red Young accompagne cette guitare très classe de son orgue Hammond. L'ambiance est à la fête pour introduire "Petit à petit (l'oiseau fait son nid)", une plage chantée en français, réminiscente de la Nouvelle-Orléans, au cours de laquelle les percussions envahissent l'espace sonore. Le redoutable Alex Schultz intervient sur sept plages à la guitare et sur deux autres à la basse. Son rôle demeure cependant discret. Hormis lors de l'instrumental générique, il s'intègre de manière permanente à la section rythmique. Si les deux guitaristes s'affrontent dans des registres fort différents, leurs talents se conjuguent, tant ils se montrent complices. "I'm a love you" de Jimmy Reed est sculpté dans un boogie au swing dépouillé. Les sonorités sont manifestement empruntées à John Lee Hooker. Frank double avec caractère à l'harmonica devant les voix de Cynthia et Jessica. Le rôle des percussions est davantage accentué sur "Don't take away my love". Elles s'enchevêtrent dans les sonorités de la guitare acoustique, qui prend ici des accents de raga indienne. Frank découpe cette plage saturée d'émotion contenue à la slide. Une atmosphère plutôt reggae pop émerge du pétillant "I can't stand it". La ligne mélodique est claire. Martinez, Red Young et John Hanes aux percussions ainsi que Souhail Kaspar aux tablas égyptiens s'amusent comme des fous. Ils portent littéralement Frank dans son solo latino. Excellent ! "Well well Josephine" est taillé dan le funk exotique. Ce titre évoque le développement rythmique pratiqué par Howlin' Wolf. La richesse sonore est à son paroxysme. Traité de manière contemporaine, ce blues demi-séculaire évolue dans un décor lugubre et oppressant. "Melba's bomp" manifeste d'incontestables affinités avec le Westside de Chicago. La six cordes semble empruntée à Otis Rush. La partie de guitare rythmique basse est irrésistible. Signé Melvin London, "The twelve year old boy" est un blues plus classique. Largement cuivré par les saxophones du très doué Dave "Woody" Woodrow, il me rappelle l'Electric Flag de Mike Bloomfield. Et c'est un compliment ! Instrumental, "Playing in the park" fait mouche. Une composition de Philip Walker qui ressemble fort à un tournoi qui oppose Walker et Goldwasser ; et arbitré par le piano de J.J Malone et le sax de Jim Calire. Frank retrace son séjour aux Etats-Unis depuis son arrivée sur le slow blues autobiographique "Three sisters" ; un morceau sur lequel JJ Malone est resté derrière le piano. Plage fortement cuivrée, "Feels like home" achève cet opus. Un album exceptionnel ! Et encore bravo à toute l'équipe de Crosscut !

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Big time in Big D

Originaire de Dallas, Memo est un grand amateur de soul et de R&B. Avant d'opter pour l'harmonica, ce Texan était préposé à la basse chez les Weebads. Le chromatique, il l'a appris en écoutant James Cotton et Charlie Musselwhite. Au cours de leur existence, les Weebads ont vu défiler quelques musiciens dont la réputation n'est plus à faire aujourd'hui. Et notamment Johnny Moeller, Hash Brown et Paul Size. Memo est finalement repéré par Eddie Stout, producteur à Austin. Il l'invite à enregistrer pour son label Pee Wee ; et en particulier des sessions pour les "Texas Harmonica Rumble" parties. Des exercices de style qui vont lui permettre de décrocher des billets de sortie pour l'Europe et ses nombreux circuits. En 1993, il participe au Blues Festival d'Utrecht. Il y rencontre le guitariste Kai Strauss, le bassiste turc Erkan Ozdemir et le drummer Klaus Schnirring. En l'occurrence, ceux qui deviendront son backing group actuel. Memo Gonzales et les Bluescasters tournent pour la première fois en 1995. Ils enregistrent deux albums pour Stumble : "Let's all get drunk and get tattooed" en 1996 et "10,000 Miles" en 1999.

En février dernier, tout ce beau monde se retrouve au Texas pour mettre en boîte ce nouvel album. Le répertoire est essentiellement issu de la plume de Memo et de son compère gratteur Strauss. Il recèle cependant quelques reprises, souvent inhabituelles. L'opus s'ouvre par "Must be love". Un fragment qui trahit quelques affinités avec le rhythm'n blues et la soul. "The look of a creator" est une superbe composition. Tout est à bien mis en place. L'inspiration est puisée dans le Chicago Westside. La guitare tisse des lignes très créatives pendant que l'harmonica se fait très personnel. Kai Strauss chante son "What you're doin' to me" sur un rythme très rock'n'roll. Le refrain léger, tonifiant, autorise de belles envolées de guitares. La rythmique est en effervescence, pendant que Klaus Schnirring martèle comme un fou sur les peaux. La pression rythmique de Strauss est imparable. Tout au long du shuffle "It's been awhile", Memo souffle dans les aigus, sans faille, comme un Jimmy Reed en grande forme. Sur le blues lent et brûlant "Wages of my sins", Kai dispense des phrases aux tonalités torrides, empruntées à un Otis Rush des meilleurs jours. Très R&B dans sa démarche, "One and one (don't make three)" autorise des échanges et des sorties de guitares à très haut niveau. Pourtant, nul ne sort vainqueur de cette joute entre Strauss et Johnny Moeller. Ce qui n'empêche pas cette plage de briller. Plus surprenant, les Bluescasters s'attaquent au célèbre et délicat "His latest flame". Un titre signé Doc Pomus et révélé au grand public par un certain Elvis Presley. Un léger frisson me parcourt l'échine. Anson Funderbuirgh, l'ami de Dallas, est venu rendre visite au groupe dans les studios de Palmer. Il intervient sur deux plages : le très rock'n'roll "You got me rollin" et "The door of happiness". Les musiciens conservent ce tempo rapide pour soutenir le chant de Kai sur "Two headed woman", un titre obscur de Junior Wells. Le gratteur peut y montrer toute l'étendue de son talent en y développant des tonalités très diverses. Impressionnant ! Pour "Angels in high heels", les Teutons texans puisent leur inspiration dans la West Coast. Un de ces moments choisis au cours duquel Memo étale sa virtuosité d'instrumentiste devant la guitare jump de Straus. Kai chante encore un autre rocker : "Give it to me", un titre qu'aurait sans aucun doute aimé Jimmy Vaughan (NDR : armé d'une Strato blanche, Kai affiche d'ailleurs un look très proche de Vaughan). Mais ici, Mike Morgan, un autre pote de Dallas, vient donner le coup de pouce. Ce superbe album s'achève par un brillant exercice de style sur les cordes accordé par Kai Strauss : "Icy blue" ; un instrumental signé Albert Collins.

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Nuke the world

En consultant les notes reproduites sur la pochette, il n'est pas difficile de se rendre compte que Tino est devenu aussi amer que désenchanté. Mais, précise-t-il, la musique n'est pas responsable. En fait, en critiquant ouvertement son pays, l'impérialisme et sans doute et inévitablement, son actuel dirigeant, il veut faire passer un message. Où donc se trouvent ces armes de destruction massive? Mais place à la musique. Sans même dresser une discographie exhaustive de Gonzales, tant il est prolifique…

Autoproduit, cet opus a été enregistré en France. Première constatation, Tino a eu le bon goût de s'entourer de musiciens, bien meilleurs que dans le passé. L'ouverture est très électrique, belliqueuse, à contrario des percussions légères, loin des productions actuelles. Tino n'en a cure et se dresse sur ses pédales pour opérer sa première sortie en solo. "You're not one" est une plage très hendrixienne, mais la section rythmique (NDR : composée de Darryl Taylor à la slappin' basse et de Kenny Martin aux drums) ne soutient pas assez le leader. La plage titulaire est sculptée dans un funk fort sobre, même si tous les instruments participent au rythme. Bon blues classique, "How you play the blues" bénéficie du concours de Nico Wayne Toussaint à l'harmonica. Exécutée tout en sensibilité, la partie de guitare est solide. Puissante, la voix évolue dans un registre proche de BB King. "Raging blues" s'attarde dans le même style. Mais le tempo est plus élevé et l'orgue de Johan Dalgaard alimente bien l'assise rythmique. L'unique reprise est consacrée au "Higher ground" de Stevie Wonder. Elle ne manifeste rien de très particulier. Il faut ainsi attendre le septième titre pour voir enfin Tino Gonzales montrer tout son savoir-faire. Sur "When angels weep", il apporte une touche latino-américaine. Une bien jolie mélodie instrumentale qui rappelle un certain Carlos Santana. Et "Why" épouse un format fort semblable, même si l'orgue continue de jouir de son rôle rythmique. Tout au long de cet opus, le talent de Tino à la guitare est omniprésent. Mais aujourd'hui, pour sortir du lot, il faut aussi savoir s'entourer d'un excellent backing band. Tony a fait exclusivement appel à des musiciens français pour la dernière plage de cet elpee. Et tout au long des neuf minutes de "Here ! My freedom sings", ils n'ont certainement pas à rougir de leur prestation. D'autant plus que le style, même s'il est emprunté à Santana, n'est pas pour me déplaire. Une œuvre dédiée au valeureux peuple français qui a su dire "Non" au diable. Vous avez compris ?

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Livin´ in Oblivion

"Livin´ in Oblivion" constitue le dernier album de Davey Lee Goode. Un opus beaucoup plus personnel, car il réunit 12 compositions du leader et deux reprises, au sein d'un univers sonore incontestablement plus travaillé. Chez ses Bad Cats, il ne demeure plus que Gill et le percussionniste Brendon Frail. Eric Rolheiser, un nouveau bassiste a pris place au sein du nouveau line up ; mais le piano de Fingers Fred a malheureusement disparu.

L'album s'ouvre par le titre maître. La rythmique est sculptée dans le boogie et la reverb du son très réussie. Autre boogie, "Creepin' up on me" permet à Davey Lee d'étaler tout son talent sur ses Gibsons et autres Gretschs. Presque folk, "Two wrongs don't make it right" privilégie l'instrumentation acoustique. Surprenant ! L'énergie refait surface pour "Lonely nights". Gill chante sur un riff de guitare. Le solo de guitare est tout en réverbération contrôlée. "Ain't nothin' true about you baby" est un roots rock. Du rockabilly assagi, ralenti. Davey, Gill et Eric chantent en chœur ; mais les registres sont différents. Un exercice de style très réussi, un rien doowop. Davey joue du bottleneck acoustique pour accompagner la voix de Gill sur "Houndin' round my door". "You're all I want" est un autre boogie assez plaisant. Chanté par Gill, il bénéficie du concours de Kim, jeune invitée, à la guitare. Moins immédiat que le premier, ce 2ème album correspond davantage à la personnalité de son leader. Pourtant, les deux reprises de l'album sont sans doute celles qui m'ont le plus impressionné : "Bo Diddley" d'Elias McDaniel (NDR : alias Bo Diddley) et une version speedée, assez hard dans la démarche, du "Rollin' and tumblin" de Muddy Waters. Nul doute que les Bad Cats doivent déménager sur les planches. S'ils passent près de chez vous, ne les manquez surtout pas. Alors que l'album est prêt à s'achever, Mr Goode retrouve sa vitalité comme par enchantement. Il remet le couvert et dispense un nouveau rockabilly intitulé "Let's find a place to rock". Dernière plage, "This ain't no blues" est taillé dans le blues lent acoustique ; une compo qui met en exergue le très bon travail de Ronnie Hayward à la basse acoustique.

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Gonna rock my blues

Davey Lee Goode est un chanteur guitariste. Un Canadien basé à Calgary, dans l'Alberta. Pour enregistrer " Gonna rock my blues ", il s'est entouré de ses Bad Cats, parmi lesquels figure sa compagne : la charmante Gill Goode. La chanteuse du groupe. Elle avoue beaucoup aimer Big Mama Thornton, mais aussi Lulu et Brenda Lee. De son vrai nom David L. Goodhead, le leader a longtemps écumé les scènes européennes. Il a ainsi notamment sévi chez les Blue Caps de Gene Vincent ou encore derrière l'excentrique Screaming Lord Sutch.

L'elpee s'ouvre par la reprise du "Rock me" de Muddy Waters. Le riff est imprimé par une guitare primaire qui remplit bien son rôle. La voix de Davey accentue ce côté assez sale, pendant que l'orgue de Fingers Fred se complait dans un rôle de second couteau, à l'arrière. Davey Lee doit être un rocker dans l'âme. Il est sur son territoire pour l'attaque rythmique du "You can't judge a book", avant que ce fameux Bo Diddley beat ne surgisse au détour. Le son est excellent, sans aucune fioriture. Il embraie par "Bad little girl", un titre qui balance furieusement. La rythmique est rock. Pas de doute, l'homme a ses racines dans le rockabilly. Gill prend le relais aux vocaux pour aborder un autre canon : "Money (That's what I want)". Elle chante sans grande conviction ; mais qu'est-ce que la guitare et le rocking piano de Fred assurent derrière ! Big Bill Broonzy avait écrit "Diggin' my potatoes" pour Washboard Sam. La cover reçoit ici un traitement 100% rockabilly. Malgré deux faux départs, on peut déceler cette énergie débordante que les Rolling Stones infligeaient au traitement des classiques, à leurs débuts. "All I can do is cry" renoue avec le rockabilly pur. Mr Goode chante très rythmiquement le "Kokomo me baby" de Fred McDowell ; seul en s'accompagnant d'une guitare acoustique. Notre rocker canadien s'attaque au classique des Shadows, "Apache". C'est une surprise ! Mais cette version surf rock, rehaussée par les percussions de Brendon Frail, est de bonne facture. Deux plages ont été écrites par Davey : "Gonna rock my blues" et "Somethin' bad goin' down". Très boogie, la première est parcourue par le piano insatiable de Fred. Mais Goode n'oublie pas de remettre une solide tranche de cordes. Dans le même registre, la seconde baigne au sein d'une atmosphère que dégageait naguère une formation que j'adore : les Flamin' Groovies. Gill chante une bonne version de "Fever". Il injecte des touches de jazz et de swing dans l'accompagnement partagé entre guitare, piano et la basse acoustique de Pan. La reprise cajun (NDR : avec accordéon et harmonica) de "Nothin' but fine (fine fine)" apporte une petite touche d'originalité dans la programmation. Cet album de bonne facture s'achève par une version speedée (NDR : cette guitare trashy !) et combien dynamique de "These boots are made for walkin" ; Gill se réservant le rôle de Nancy Sinatra...

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Wire & wood

Issue du New Brunswick, sur la façade atlantique, cette formation canadienne est née en 1994. Elle vient cependant de signer un contrat chez NothernBlues, le label si dynamique du pays des Grands Lacs. Ce quintette comptait déjà trois albums à son actif : "Glamour Puss Blues Band" (1997), "Blues du Jour" (1999) et "Electric & alive" (2001). Particularité : les cinq membres du groupe chantent. La majorité des compositions est signée par le claviériste Roger Cormier et le guitariste Travis Furlong.

Introduit par le saxophone de Don Rodgers et la guitare de Travis, "Kitty kitty" suinte le pur R&B funkysant. Roger Cormier chante d'une voix grave. Dès leur première sortie, les cordes de Travis démontrent déjà une valeur certaine, mais aussi l'élégance du jeu. Roger a également écrit "I don't know how to win your love" dans un même style dansant. Les cordes sont gouailleuses. Le sax de Don souligne bien le rythme. Travis se fait plus rocker sur un shuffle issu de sa plume : "Hollow man". Il chante lui aussi d'une voix assurée, puissante et un rien graveleuse. Constituée de Ron Dupuis aux drums et de Paul Boudreau à la basse, la section rythmique est parfaitement soudée. L'orgue Hammond de Roger Cormier s'autorise un solo. L'impulsion se fait plus rock encore pour "Don't you worry". Furlong semble hanté par le Cream. A cause du chant aux intonations empruntées à Jack Bruce, et des petites phrases de guitare que n'aurait pas boudées le Clapton de l'époque. Cette impression passéiste est accentuée par le jeu d'orgue de Cormier, pas éloigné d'un Jon Lord. "You're reach & I'm poor" marque un changement important et prend la direction du Sud, de la Louisiane pour être plus précis. Ici, c'est le zydeco qui s'installe. Le rythme est syncopé. Roger est passé au piano. Le saxophone se libère totalement au cœur de cette ambiance frénétique, pendant que Travis assure, de manière convaincante, sur un dobro acoustique. Les Glamour Puss se sentent bien chez eux dans les bayous. Roger a empoigné l'accordéon. Le violon et les guitares acoustiques se mêlent à la fête. "Wire & wood" est une superbe complainte acoustique très roots. Les échanges de guitares opérés entre les invités, Michael Jerome Browne et Charlie A'Court, sont réellement enthousiasmants et éclatants. Mais ces deux musiciens canadiens ne sont pas nés de la dernière pluie. Charlie n'a que 25 ans. Issu de Halifax, il jouit d'une solide réputation. Particulièrement prisé dans les milieux folk roots, Michael Jerome est un brillant multi-instrumentiste. Roger chante son "If you miss me". Un très beau blues lent, mélodique, souligné par les lignes pures de la guitare dont les notes sont dispensées avec tellement de parcimonie. Un très beau moment qui me rappelle le "I need your love so bad" de Ray Charles. La seule reprise de l'album est le "Boom boom" de John Lee Hooker. La version est bien nerveuse mais pas indispensable. On s'y attendait : "Dangereuse" est un bon blues rythmé, un blues des marais chanté en français. Le sax sort de sa coquille. La guitare travaille en réverbération contrôlée avant d'éclater dans un solo cinglant. Excellent ! "Six feet down" est un excellent boogie R&B, partagé entre sax, piano et guitares. "Million-air" est un autre blues lent, plus classique, proche d'un bon BB King. L'opus recèle deux plages instrumentales : le swing "Swingin' cin" et "Blues for Sheila", un fragment empreint d'émotion décontractée. En finale, le cajun "Mama connaît pas le zydeco" nous plonge dans la bonne humeur. Un morceau enrichi par le violon de Browne. Produit par Michael Jerome Browne, ce fort bon album ne démarre réellement qu'après les 4 premières plages. Il faut avouer que ce ne sont pas les plus excitantes.

 

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Stoned again

Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, Barry Goldberg est un musicien blanc. Originaire de Chicago, ce vétéran a trempé très tôt dans le blues. A l'aube des 60's, il a sévi au sein du backing group de Bob Dylan, tout comme son ami, le guitariste Mike Bloomfield. Il a ensuite fondé le Goldberg Miller Bues Band en compagnie du guitariste Steve Miller, avant de vivre l'aventure de l'Electric Flag avec Bloomfield et Nick Gravenites, puis du Barry Goldberg Reunion, avec un autre guitariste réputé, Harvey Mandel. Il a aussi commis trois albums solo, "Barry Goldberg", "Blowin' my mind" et "Two jews blues". A chaque fois, il a bénéficié du concours de l'harmoniciste Charlie Musselwhite. Par la suite, Goldberg s'est beaucoup moins montré en public ; se concentrant davantage sur la composition et surtout la production.. Il a ainsi produit des grands noms du blues comme Muddy Waters, Howlin' Wolf et John Lee Hooker ; mais également, Bob Dylan, Neil Young, Chuck Berry et Jimi Hendrix, parmi bien d'autres.

Bien que n'ayant jamais cessé de jouer au fin fond de la Californie, j'ai été assez surpris d'apprendre qu'il avait enregistré cet elpee. Un disque constitué de reprises des Rolling Stones, qui est paru sur le label texan Antone's. Mais dont les versions sont exclusivement instrumentales. Un choix judicieux, car je ne vois pas l'intérêt de se farcir les canons stoniens repris par une voix qui n'est pas celle de Mick Jagger. L'album a été produit par Carla Olson, une charmante chanteuse de country rock. Il est ici secondé par Denny Freeman aux guitares, Gregg Sutton à la basse et Don Heffington aux drums.

L'album s'ouvre par "Stoned", un très ancien thème instrumental développé par les Stones. Goldberg est au piano. Invités, John "Juke" Logan (à l'harmonica) et Ernie Watts (au saxophone) mettent le nez à la fenêtre. Une aventure qui se poursuit pour les solistes Juke Logan (toujours sur l'instrument chromatique) et Carla Olson à la guitare, tout au au long de la version originale de "Tumbling dice". Goldberg passe derrière son orgue Hammond B3 pour entamer "Jumpin' Jack Flash". Une version à peine reconnaissable ! Par contre, on distingue nettement la richesse du jeu rythmique de Freeman. Chez "Ventilator blues" la présence de Mick Taylor est facilement détectable. Sous sa forme instrumentale qu'entretiennent l'orgue Hammond et le sax de Tom Junior Morgan , "Heart of stone" se mue en slow crapuleux. Denny Freeman réalise de l'excellent travail aux cordes sur "Parachute woman", un blues extrait du célèbre "Beggar's banquet", bien sûr! Barry retourne au piano pour jouer "Let it bleed", un boogie woogie imparable caractérisé par la présence de Carla Olson aux cordes. L'ambiance de l'album est très cool, car les musiciens sont parvenus à éviter le piège des reprises trop conventionnelles. Ou si vous préférez, de reproduire les mélodies originelles à la lettre. Le style oscille régulièrement entre blues et jazz. Très blues, "Think I'm going mad" met en exergue Mick Taylor et Ernie Watts; "Good times, bad times", l'harmoniciste Juke Logan. Trempé dans le jazz, "Melody" vibre au son de l'improvisation du sax tenor d'Ernie Watts. Brillant comme toujours ! "As tears go by" est, bien entendu, empreint de douceur. Le jazz rencontre le rock sur "Some girls", scellant un duel entre le piano et le sax de Morgan. L'album s'achève par 30" d'"I can't get no satisfaction". Une adaptation difficile à identifier, je le concède. Mais ce n'est pas grave, car le piano semble sortir d'un honky tonk. Personnellement j'apprécie cette nouvelle approche du répertoire des Stones. A vous de juger ! Barry Goldberg dédicace cet album en souvenir de Brian Jones et du fameux pianiste des Stones, Nicky Hopkins.