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Sur « Idols », Yungblud franchit un cap et affirme son identité musicale avec force. Toujours porté par une énergie brute et une notoriété en pleine ascension, le chanteur britannique livre un troisième album studio aussi puissant que varié. Dès « Hello,…

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Le jeu d’échecs de Vera Daisies

Margaux Jaudinaud, illustratrice multi-casquettes et binôme du groupe Ottis Cœur, se lance en solo sous le nom de Vera Daisies. Après avoir ouvert pour The Libertines, Tess Parks ou encore le band londonien Sorry, elle dévoile un premier titre incisif, "Chess…

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Jean-Claude Mondo

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mercredi, 02 février 2011 22:15

Back around here

Rob Stone est originaire de Boston. A 18 ans, il découvre le blues de Charlie Musselwhite. Dès le lendemain, il s'achète un harmonica et se met à répéter. Il est très vite épaulé par l'un de ses concitoyens : Jerry Portnoy. Pas n’importe qui puisqu’il avait milité comme souffleur au sein du Muddy Waters Band. Il part ensuite vivre dans le Colorado où il a l'occasion de rencontrer Sam Lay, batteur et également ancien collaborateur de Muddy Waters. Il engage le drummer pour compléter son groupe au sein duquel figurent déjà Patrick Rynn et Chris James. On retrouve ensuite sa trace à Chicago, soit dans la Cité du blues. En 98, il fonde ses C-Notes. Un combo au sein duquel il a conservé Rynn à la basse et James à la guitare. Dans la foulée, la formation publie un long playing : "No worries". En 2003, le band est signé chez Earwig, un label blues notoire, pour lequel il grave "Just my luck".

Il faut attendre sept longues années avant voir sortir un nouvel opus de Rob : "Back around here". Au sein du line up, il a gardé ses fidèles amis Rynn et James. Et le reste du backing group sont tous des potes, dont son ancien leader, Sam Lay!

Rien de tel pour aborder cette galette qu’un généreux Chicago shuffle. Un excellent blues intitulé "You're no good for me", dont la puissance est alimentée par le piano de David Maxwell ainsi que les grattes de Chris James et de Jeff Stone. Place au jump pour "Back around here", une compo enrichie de cuivres qui respire le swing et au cours de laquelle James tire manifestement son épingle du jeu. Rob adapte le "Love you for myself" de John Lee Williamson (Sonny Boy I). Son style est empreint d’une grande pureté et sa voix chargée de feeling. Aaron Moore au piano et Willie ‘Big Eyes’ Smith aux drums soutiennent parfaitement l’ensemble. La voix de Stone se teinte de soul pour chanter le "Give me time" de Magic Sam, en mode Chicago westside. "I need to plant a money tree" est imprimé sur un tempo euphorique. Rob souffle à la manière de Jimmy Reed avant de prendre un billet de sortie digne de Sonny Boy Williamson II au sommet de son art. Agréable, "Chicago all night" marque un retour au jump syncopé. Willie Hayes frappe solidement sur les peaux, face au piano de Maxwell et les cuivres. Enfin libéré, il souffle en puissance, tout au long de "Love to love about you". Big Eyes imprime un tempo métronomique sur ce morceau assez proche de Little Walter. Il échange un duo en compagnie de David Maxwell sur "Sloppy drunk blues", un vieux classique de Leroy Carr, au cours duquel la pureté de l'harmonica est restituée dans sa meilleure expression. Omniprésents, les saxophones envahissent "It's hard but it's fair", un funky blues, ma foi, fort plaisant. Rob chante autoritairement "Can't turn back the clock", un boogie très rapide qui permet à David Maxwell de se déchaîner sur son instrument. "No string attached" clôt l’elpee. Le tempo est toujours soutenu et les tous les instruments sont bien en place. Mr Stone signe alors brillamment sa dernière intervention comme soliste.

mercredi, 02 février 2011 22:12

Driving blues

Robert ‘Robin’ Sullivan est né en 1963. Au Texas. A Dallas, très exactement. En découvrant John Lee Hooker, il contracte le virus du blues. Il fréquente alors un vieux bluesman, Alex Moore. C’est ce dernier qui va lui coller son sobriquet de Texas Slim. En 1983, il se produit régulièrement en compagnie du chanteur de couleur noire, Little Joe Blue. Il prend alors goût à la scène et se met à tourner sans relâche, que ce soit chez le Cold Blue Steel, flanqué de Randy McAllister ou au sein de son propre blues band.

Il avait publié son premier opus en 2002, "I have arrived". Pour concocter ce nouvel elpee, il a reçu la collaboration d’Aaron Comess des Spin Doctors. A la basse, la batterie ainsi qu’aux percussions. Il assure aussi la production. Slim signe les treize plages. Il se réserve également les vocaux.

Le disque s’ouvre par "Welcome to the game", un tout bon Texas blues. Subtilement funky et proche du style d'Albert King, la guitare est constamment à l'avant-plan. Comess sort son artillerie lourde pour propulser son leader sur d’excellents rails, tout au long de "Driving blues", un shuffle percutant. Les lignes de cordes sont excellentes. Manifestement l’homme n’est pas du style à se retourner. Il fonce droit devant lui. Place ensuite à un blues lent torride, très caractéristique. Les inflexions vocales sont dramatiques. Les cordes réverbérées, très amplifiées mais jamais écrasantes. Nous sommes bien à Dallas. "You're hip" sort tout droit des bayous de la Louisiane (NDR : nous n’en sommes pas très loin). Le rythme est bien soutenu. Autoritaire, la guitare réverbère ce léger écho spécifique du style. Du Slim Harpo à la sauce contemporaine! TS maintient la pression sur "Funky love". La rythmique demeure funkysante, bien entendu et la guitare continue de briller sous son meilleur jour. C’est d’une voix plus ou moins ravagée (NDR : un lendemain de la veille ?), qu’il aborde "Deville", un autre blues enrichi par la présence d’un piano électrique et d'une trompette aux sonorités feutrées. Intimiste, créative et mélodieuse, la six cordes se teinte légèrement de jazz. "When it's cold outside" accélère à nouveau le tempo. Une compo efficace exécutée dans l’esprit de Buddy Guy. Il se montre très à l’aise dans l’exercice du blues lent. A l’instar de "High alert", une plage soutenue par le piano acoustique d'Andy Comess. Si vous aimez  Stevie Ray Vaughan dans ce style, vous allez adorer ! Slim réenfile son costume de rock'n'roller. Il aligne l’ABC des riffs chers à Chuck Berry pour nous vanter les vertus de cette "Coffee shop girl". Et afin de diversifier son répertoire, Slim goûte au R&B ("Cool with the flow") au country blues acoustique ("Country home") et même à la ballade roots ("And it is"), une piste sur laquelle TS double dobro et orgue. Et on a encore droit à un bonus track, "Jacqui's house", une plage chantée presque a capella, sur fond de percussions. Quoique sans prétention, cet opus tient la route…

mercredi, 02 février 2011 22:00

Built right on the ground

Andy Cohen n'est pas vraiment notoire au sein des milieux du blues européen! Pourtant, ce chanteur/compositeur/multi-instrumentiste s'est forgé une solide réputation chez lui dans les sphères folk et blues. Certains spécialistes prétendent même qu’il mériterait autant de considération que Taj Mahal et Ry Cooder! Originaire de Boston, il est surtout imprégné du climat musical de Memphis. D'abord pianiste, ce grand amateur de jazz traditionnel s’est finalement converti au folk blues authentique, immortalisé par Rev Gary Davis, Leadbelly, Blind Lemon Jefferson, Big Bill Broonzy, Skip James ou Bukka White! D’une grande pureté, cet essai est découpé en 15 chapitres.

Andy a calé sa machine à remonter le temps, près de 80 ans en arrière, pour aborder le titre maître. Un folk blues sans concessions signé par l'obscur Teddy Darby. Je lui préfère le thème du chemin de fer, généralement propice à un tempo plus vivifiant. A l’instar de "Railroad blues", une compo au cours de laquelle Cohen se révèle très en verve sur les cordes. L’adaptation de "Cairo blues", un titre écrit en 1929, est très intéressante. Un assemblage complexe basé sur onze mesures et non douze. Son répertoire suscite notre curiosité tout au long des trois quarts d'heure que dure l’opus ; car il y a de la diversité chez ce musicologue averti. D’ailleurs, il est aussi bien à l'aise derrière les 88 touches d'ivoire du piano. Et le démontre sur "Honky Tonk train", un classique du boogie issu de la plume de Meade Lux Lewis ainsi que tout au long de "Shake-a-boogie". Andy aborde aussi les douces ballades country. Et en particulier deux plages signées Jimmie Rodgers : "Miss the Mississippi and you" et "My old pal" qu’il chante en duo en compagnie de son ami Kurt Anderson. Il se réserve aussi les vocaux sur le "Mopper's blues" de Big Bill Broonzy, un morceau qui figurait, à une certaine époque, au répertoire de Rod Stewart, et sur le "Me and my chauffeur" de Memphis Minnie. L’elpee recèle quelques plages instrumentales. Tout d’abord "Jim Dickinson stomp", un hommage rendu par Cohen au célèbre producteur, disparu l'année dernière. "Temptation rag", ensuite. Un classique du pré-jazz, adapté en leur temps par Sidney Bechet et Bennie Goodman. Et enfin le  "Grandpa's spells" de Jelly Roll Morton. Andy clôture cette session d'amour pour sa musique lors d’un duo qu’il partage en compagnie de sa chère épouse, Larkin Bryant. Une dernière ballade intitulée "Tennessee blues". Une compo écrite par Bobby Charles, une gloire du swamp pop, disparue début 2010. 

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Key to love

Issue de Los Angeles, cette chanteuse/guitariste a dépassé le cap du demi-siècle, l'année dernière. Elle a fait ses armes au sein du groupe d'Albert Collins. Le père Albert lui aura tout appris, et même présenté son batteur d'alors, un certain Coco Montoya. Qui deviendra célèbre plus tard, en troquant ses deux baguettes contre une six cordes. Chez les Bluesbreakers de John Mayall. L'idée n'était donc pas banale de sous-titrer son nouvel opus, "A celebration of the Music of John Mayall". D'ailleurs, tout émoustillé, le vieux John est venu rédiger quelques notes sur la pochette. Il est vrai que Miss Debbie a débuté sa carrière en 86. Au sein de la formation féminine de Maggie Mayall et les Cadillacs!! A cette époque, John lui demande de participer à l'enregistrement de son elpee "A sense of place", un disque qui paraîtra en 1990. Sa présence est créditée sur "Without her".

Elle a entamé son aventure en solo, il y a plus de dix ans. Et commis pas moins de trois albums pour Blind Pig et trois autres pour Shanachie. Sans compter "Grand Union" en 98, pour Blueside. En compagnie d'Otis Grand et Anson Funderburgh. Et "Homesick for the road" en 99, pour Telarc. En compagnie de Kenny Neal et de Tab Benoit. Elle est ici épaulée par sa section rythmique : Don Castagno (un ancien de Popa Chubby) à la batterie, et Alan J Hager à la basse. Et puis, pour célébrer le vieux loup, visez l'entrée des artistes.

L'album s'ouvre par "Light the fuse", une plage peu connue issue de "Wake up call", un disque paru en 93. La plage démarre sur un tempo élevé. Bruce Katz, le claviériste, est le premier à tirer son épingle du jeu. L'ancien musicien des Broadcasters de Ronnie Earl se réserve successivement un solo de piano boogie et d'orgue Hammond. Une bonne entrée en matière. "Chicago line" avait été enregistré par Mayall dès son tout premier elpee. Intitulé "John Mayall plays John Mayall", il était sorti en 65. John avait écrit ce titre en pensant à l'un de ses harmonicistes favoris : James Cotton. Et c'est bien ce dernier qui est revenu pour souffler sur un rythme du chemin de fer. En outre, Le vieux Jimmy est à son top ! Debbie réalise là une superbe version de ce titre qui salue le beat de Bo Diddley. "Hard road" est la chanson générique de l'album du même nom. Sorti en 67, il avait bénéficié du concours de Peter Green à la guitare. Un superbe blues écrit par Mayall. Le guitariste au sens mélodique appuyé, capable de faire chanter paresseusement ses cordes dans un registre assez unique, ne pouvait être que Mick Taylor. Il baigne dans son élément, l'ami Mick! "Room to move" constitue, sans doute, la composition la plus célèbre de John. Sa première mouture était d'abord apparue sur l'album "Turning point". En 69. Proche de l'originale et traversée par l'harmo de luxe de James Cotton, cette nouvelle version est tout à fait réussie ! "Takin' it all to Vegas" est issu de la plume de Debbie. Un blues au tempo enlevé, caractérisé par le piano roulant et la guitare largement inspirée par Albert Collins. "Dream about the blues" est un blues typique, signé John Mayall. Debbie le chante avec passion, comme elle le respire. Les deux guitares sont bien présentes. Celle de Debbie, bien sûr, et puis de Paul Opalach, à la slide. Manifestement, le style Mick Taylor est mis ici en exergue. Ce sens de la mélodie et cette sensibilité exacerbée sont toujours d'actualité sur un autre fragment peu connu : le très doux "I should know better". Debbie y joue superbement de la guitare acoustique, très hispanisante, nonobstant une délicieuse finale électrique. Dynamique et nerveuse, la plage titulaire relève bien entendu du fameux album "Bluesbreakers". Paru en 1966, il impliquait Eric Clapton à la guitare. "I'm a sucker for love" est en effet, un blues rocker très Mayall. Le piano boogie de Katz se paie un nouveau super solo. La guitare est nerveuse comme pouvait l'être celle de Clapton, à ses débuts. Elle soutient aussitôt la comparaison, tout au long d'un autre titre emprunté à "Bluesbreakers" : le fabuleux instrumental signé L.C Frazier : "Steppin' out". Miss Davies reproduit la prouesse de Clapton avec une facilité déconcertante. Un ban pour Debbie! "Nature's disappearing" constitue une nouvelle page d'émotion. Debbie avoue avoir tiré ce morceau de "Wake up call" ; mais cette compo figurait déjà sur "USA Union", en 70. Tout au long de cette plage un peu funky, Peter Green souffle dans l'harmo. Il libère les soli de guitare. Nonobstant sa réserve, Peter demeure toujours aussi inspiré et intéressant! Debbie referme son album par "I just came to play" : 'je suis juste venue jouer, ne sois pas si modeste!' Elle joue ici à la manière d'Albert King avec toujours autant de facilité. Tiens, l'aviez-vous remarqué ? Elle a enfin dévissé son éternel béret du sommet de son crâne. Et ma foi, malgré ses 50 balais, elle est encore bien mignonne. Excellent !

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Chocolate to the bone

"Chocolate to the bone" constitue déjà le sixième opus de Guy pour le label Red House. Le dernier, "Give in kind", date de l'an dernier. Guy Davis vit à New York City. Chanteur, compositeur, mais aussi acteur, il joua à Broadway le rôle de Robert Johnson dans la pièce "Robert Johnson : Trick the devil". En 1993. Son 1er album, "Stomp down rider" remonte à 1995. Ce tout nouvel album est parsemé de dédicaces adressées aux gens qu'il apprécie. Et, le plus souvent à ses deux grands-pères, deux ouvriers des chemins de fer, ainsi qu'à Nina Simone et John Jackson.

Guy ouvre les hostilités par "Limetown". Ecrit par Sleepy John Estes, il rend hommage à ce célèbre citoyen de Brownsville ; mais David y a ajouté quelques nouveaux versets, issu de sa plume. "Tell me where the road is" est une bien jolie composition. Elle relate ses relations amour/haine rencontrées sur la route. Guy reprend le traditionnel "Step it up and go". Il ne sait à qui l'attribuer : Leadbelly ? Josh White ? Ou John Jackson ? Qu'importe, il l'interprète en pensant à Blind Willie McTell. Howard Johnson y assure les parties de basse… au tuba. Son regard remonte un demi-siècle en arrière lorsqu'il exécute "I believe I'll lose my mind" de John Lee Hooker. Et quand Mr Davis écrit, il a régulièrement un bluesman de naguère en tête. A l'instar de "Right on time", dédié à Furry Lewis ou encore de "Set a place on me" de nouveau à Blind Willie McTell. Tramée par l'orgue Hammond de Tommy "T-Bone" Wolk et les cordes de guitare à la beauté immaculée de Nerak Roth Patterson, cette dernière plage embrasse une bien jolie mélodie. Le morceau traditionnel "Shortnin' bread" est dédié à son oncle, Pete Seeger. Et le "Drifting blues" de Charles Brown à la fois à Buddy Guy ainsi qu'à la mémoire de son compère, Junior Wells. Une version que Guy réussit brillamment. Son "Sho'nuff satisfied" dégage beaucoup de gaieté et de bonne humeur, avant de vibrer pour le "Matchbox blues" de Blind Lemon Jefferson. Guy embraie alors par un hommage à ses dieux musicaux. Tout d'abord Jorma Kaukonen, le guitariste de Jefferson Airplane et de Hot Tuna, à travers "Honey babe". Ensuite, Willie Dixon, tout au long d'un "Back door man" chanté à la manière de … Howlin' Wolf! Le "Railroad story" ne manque pas son but. Qui ne connaît pas le célèbre "Whoopin' style" de Sonny Terry ? La conclusion est brillamment réservée à "Saturday blues". Une adaptation consacrée à Ishman Bracey, son compositeur, derechef enrichie par les curieux effets du tuba. Tout bon! Mr Guy Davis possède une superbe voix, une voix idéalement sculptée pour chanter ce type de répertoire…

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

De tattoos van de blues

Lorsque Daniel Droixhe, alias Elmore D, chante le blues en patois liégeois, certains s'interrogent. Je les comprends. Les Vets ont décidé de chanter leur blues en flamand. J'apprécie énormément mes compatriotes flamands. A la fois pour leur culture et leur ouverture d'esprit. Mais chanté dans la langue de Vondel, le blues passe très mal ! Ce qui est vraiment dommage, car les Vets sont capables d'atteindre un niveau musical très élevé. Est-il nécessaire de vous présenter leur line up ? Parce que les Vets ne manquent pas d'humour : Pim Vets au chant et à l'harmonica, Pat Vets à la guitare, Wim Vets à la basse et, bien sûr, Stan Vets aux drums. En outre, nos Vets ont tout composé, alors qu'en réalité ils répondent sûrement aux patronymes de Roegiest, Winnepenninckx et puis, pourquoi pas de De Cort, Fievé, de Habils ou encore de De Groef. Sacrés Flamands! Et nos Vets, croyez-moi, connaissent la signification du blues.

Dès l'ouverture, un shuffle vous attend au détour pour un "Dat komt voor mekaar" dont l'assise rythmique est d'une solidité à toute épreuve. Très enlevé et inspiré par Little Walter, "Goed raak" est exécuté à l'harmonica comme un R.J Mischo en grande forme. Ils sont également susceptibles de swinguer le tonnerre. Et d'évoluer sur un mode très jump. A l'instar de "Liefde maakt blind" (l'Amour rend aveugle) et de "Verdorie nog aan toe". Ils jouent aussi superbement le blues. Et je pense tout particulièrement à "Je staat me bij". Le Chicago blues ? Ils excellent également, en l'imprimant sur un tempo très élevé. Comme sur "De droom fabriek" et the "Dream factory", illuminé par une superbe intervention à l'harmonica. Et je vous prie de croire que le guitariste sait gratter ! L'instant suivant, les Vets jouent le Texas blues comme les Fab T-Birds. "Pak de poen", une espèce de "Fine, fine, fine" au tempo percutant et au dynamisme communicatif en est la plus belle démonstration. Il sont aussi capables de sonner comme Little Charlie & the Nightcats, en alignant de toutes bonnes répliques dignes de Rick Estrin ou de Charlie Baty. C'est évident chez "Terug naar je wereld" et "Back to your world". Cet opus s'achève, sans surprise, dans le Delta ; une slide ou un dobro bien immergé dans le Mississippi. Nonobstant la réserve due au côté guttural de la langue, " De tattoos van de blues " demeure un tout bon album ; et la plage titulaire, délicatement cuivrée, reflète parfaitement le potentiel de la formation.

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Blues amongst friends

La vague du british blues s'était essoufflée au tout début des 70s. Le mouvement punk et son cortège d'énergie allaient ramener à l'avant-plan les formations blues et rock qui écumaient les pubs. Dr Feelgood, bien entendu, mais aussi Nine Below Zero ou encore les Count Bishops. Des blues bands plus orthodoxes allaient rapidement leur emboîter le pas. Et en particulier le Blues Band de Paul Jones et de Dave Kelly ainsi que le DeLuxe Blues Band. Fondé en 1980, cet ensemble réunissait trois vétérans de la scène blues anglaise : le drummer Mickey Waller, le talentueux pianiste de blues et de boogie Bob Hall, et enfin Bob Brunning, préposé à la basse au sein du Fleetwood Mac originel, en 1967. Le line up était complété par un excellent guitariste issu de Cincinnati, l'ex Roogalator Danny Adler. Le quatuor va commettre quelques albums intéressants au cours des 80's : "Live at Half Moon Putney", "A street car named De Luxe", "Urban De Luxe" et "Motorvating". La formation va ensuite disparaître avant de renaître sous la houlette de Brunning. Et si Waller est toujours au poste, de nouveaux musiciens, dont le légendaire Dick Heckstall-Smith aux saxophones, font alors leur apparition. La formule de ce groupe sera immortalisée par un elpee intitulé "The DeLuxe Blues Band".

1997 marque de nouveaux changements importants chez DeLuxe, au sein duquel on ne compte plus qu'un seul membre survivant : Bob Brunning. Avec à la clef, un nouvel opus, baptisé de manière très originale "The DeLuxe Blues Band". Le label américain Blues Leaf a décidé de ressortir la quintessence de ces deux derniers albums, sous la forme d'un double Cd. Baptisé "The early years" le premier disque implique Brunning et Waller, le chanteur Phil Taylor, les guitaristes Allan Vincent ainsi que Dave Beaumont. Mais au fil des plages, des invités prestigieux interviennent. Quatre en tout ! Et tout d'abord, Paul Lamb. Le n°1 de l'harmonica du blues anglais participe à trois titres, dont l'instrumental "Lambpoon", sur lequel il s'exerce au whoopin cher à Sonny Terry, et une bonne cover du "Peach tree" de Sonny Boy Williamson, malgré le chant assez faible de Phil Taylor. Otis Grand est également de la partie. Il donne un bon coup de guitare sur le notoire "All your love" d'Otis Rush, et l'instrumental "Elevator's blues". Le saxophoniste Dick Heckstall-Smith participe à quatre plages assez intéressantes, notamment à cause du jeu échangé par les deux guitaristes de base. "Neighbour nieghbour" en est la plus belle démonstration. Enfin, une longue version de "Hoochie Coochie man" (près de 8') bénéficie du concours de l'harmoniciste noir, Johnny Mars. Ce Californien n'a pas changé. Toujours aussi excessif et très amplifié, il est demeuré le Jimi Hendrix de l'harmo.

Le deuxième disque s'intitule "The later years". Brunning est ici flanqué de Russell Baillie au chant, un vocaliste plus puissant, assez agressif, de Reg Patten aux drums, de Bill Smith à l'harmonica, ainsi que de son fils Daniel et de Dennis McGrath aux guitares. Imprimé sur un rythme à la Slim Harpo, "Really love my baby" est emmené à la manière des R&B bands anglais du début des 60s. Ce DeLuxe me paraît bien plus intéressant, plus énergique, plus dynamique. Et les performances de l'harmoniciste Bill Smith et du guitariste Daniel Smith n'y sont pas étrangères. Parcouru par l'harmo et la slide de Dennis McGrath , l'excellent "A fool of me" dispense une énergie roots. Le point fort de ce line up procède de sa capacité à composer et à ne pas toujours ressasser les mêmes canons du blues. Blues lent dépouillé à l'extrême, "I know" est bien ciselé par la guitare. Heckstall-Smith pigmente ce fragment de son saxophone mélodique, pendant que Russell chante avec discernement. Dick collabore également à trois autres titres : le funky "Riding two trains", "Heatwave" et "Just a little bit". Entre les deux morceaux de plastique, il n'y a pas photo. Le premier souffre d'un manque de prouesses instrumentales et de passion vocale. Le second est beaucoup plus intéressant. Plus intense et vivifiant aussi.

mercredi, 19 janvier 2011 22:46

I'd rather drink muddy water

Malgré son patronyme fort curieux, le Super 300 est un groupe local yankee qui tient la route. Comme il en existe une multitude aux States. Un quartet réunissant d’excellents musiciens, même si ce ne sont pas des premiers rôles sur leur instrument. Apparemment, le leader s’appelle Jerry Feldman ; c’est aussi le guitariste. Il a d’ailleurs a écrit 7 des onze plages de l'album. Le chanteur/harmoniciste Brad Radis est l'autre personnalité du band. En fait, il y a déjà quarante ans qu'il côtoie Feldman. Ensemble, ils ont soutenu des artistes comme Shakey Jake Harris, Jimmy Witherspoon et Jimmy Reed. Le line up est complété par le bassiste Allan Hearn et le drummer Jim Snodgrass. Ce combo est drivé par les deux leaders depuis 18 ans. En 2005, la formation avait publié un premier opus, intitulé "West Coast boogie".

Nous sommes en Californie. Et on s’en rend compte dès les premières mesures d’"I'm not wild about that". Nous sommes même plongés dans le west coast jump. Feldman est un guitariste très versatile. Son compère Brad souffle puissamment dans son modeste instrument. "Five two blues" est bercé de swing. A cause de la présence de Mr Paul Tuvman, invité au piano. L'intro d’"I'd rather drink muddy water", une compo qui figure au répertoire de BB King, ne libère que les notes nécessaires, mais elles sont chargées d’une extrême sensibilité. Faut dire que Jerry est un sixcordiste au jeu subtil, susceptible de se frotter au jazz. La voix de Brad est un peu rugueuse, âpre, et ne colle pas toujours à tous les styles ; par contre, son intervention sur l'instrument chromatique est pertinente. De bonne facture, "Boogie woogie feelin" est une plage dont le tempo est imprimé par le drummer, Jim Snodgrass. Le "Lollipop mama" de Roy Brown s’attarde dans le jump, un morceau au cours duquel les cordes de Feldman s’intègrent à la perfection (NDR : Roy Brown était un chanteur de R&B issu de la Nouvelle Orléans ; il était aussi notoire dans l’univers du jump blues!) La lecture du "T-Bone shuffle" de T-Bone Walker poursuit dans le même style. Super 300 souffre cependant de l’absence d’un vocaliste performant. Radis n'est pas un chanteur médiocre, mais il n’a guère de charisme. Lors de la reprise du "Two-headed woman" de Willie Dixon, la section rythmique  sur lequel la section rythmique manque de caractère. A contrario des deux solistes qui tirent parfaitement leur épingle du jeu. Un instrumental : "West Coast '51". Et l’elpee s’achève, à nouveau dans le jump, lors d’un "Just right of center", caractérisé par la réplique de tous les musiciens et au cours duquel on retrouve Tuvman.

 

Originaire de Canton, dans le Mississippi, Grady est un jeune chanteur/harmoniciste de blues. Et pour cause, il n’affiche que 41 balais. Il est souvent comparé –et c'est certainement un compliment– au légendaire Sonny Boy Williamson. Avant de contracter le virus du blues, il militait comme rappeur sous le patronyme de McGold. Un changement radical qui a coïncidé avec son déménagement sous le soleil radieux de Miami.

Ses débuts discographiques remontent à 1998. Il avait alors publié "Goin' back home" sur son label, Grady Shady, puis l'année suivante, "Payin' for my sins" et en 2001, "2 days short of a week", ces deux derniers chez Shanachie. Après une longue période de silence, période au cours de laquelle il est retourné sur sa terre originelle, il nous propose enfin un nouvel opus. Un disque live immortalisé le 7 juillet 2007. Et il faut croire qu’un deuxième long playing enregistré en public devrait suivre, puisqu’il a remis le couvert ce 6 novembre dernier. Au Skipper's Smokehouse de Tampa, en Floride.

Mais revenons au set accordé à Jackson, dans le Mississippi. La troupe est sur la scène du 930 Blues Café. Grady est entouré de ses musiciens : le pianiste Calvin Wilson, le drummer Frank White, le bassiste Marquis (NDR : c’est son fils !) et pour invité de circonstance, son ami guitariste Eddie Cotton Jr, également un citoyen issu du Mississippi!

Dès les premières notes d’"I'm ready", une compo notoire, on se rend compte que Grady est un fameux entertainer. Il sait mettre l'ambiance sur les planches. Une compo plutôt funky, au cours de laquelle tous les instruments s'emboîtent parfaitement. Notre Champion est sur sa rampe de lancement. Il se révèle excellent chanteur, shouter même. Et lorsqu’il se libère à l’harmonica, il fait vraiment la différence. Sans transition, tout ce beau monde attaque un medley issu de la plume de Jimmy Reed, "Baby what you want me to do" et "Bright lights". Le r&b "You got some explaining to do" et le funkysant "1-800-Blue love" sont des compos de bonne facture, qui font monter la température de quelques degrés. Calvin Wilson est très en verve derrière l'orgue Hammond B3. Grady chante son "Policeman blues", une plage très soul blues. Sa voix passe bien pour ce type de compo, bien plus délicate à maîtriser ; il est même rejoint, un peu plus loin, par le rappeur Jacktown Swiff. Lors de sa version participative de "Spoonful", sa voix lorgne étrangement du côté du grand Howlin' Wolf. Signé Curtis Jones, "Lonesome bedroom blues" est le long slow blues de circonstance. C’est également le sommet de ce concert. Une plage à la fois brûlante et chargée d'émotion. Cotton Jr sort enfin de sa réserve et son intervention à la gratte est de très haut calibre. Le tempo demeure indolent mais Grady manifeste un sens certain du tragique pour chanter "Love and memories", d’un timbre oscillant entre Buddy Guy et Rod Stewart. Les musiciens remettent alors la pression et rappellent les danseurs sur la piste pour aligner le "Why I sing the blues" de BB King, "Wine and women" et un "Brother, brother" aux accents southern rock. La fin du show est empreinte d’une grande sérénité. Tout d’abord lors d’une bien jolie ballade intitulée "I'm yours", puis "Blues on Christmas", un morceau pas vraiment de circonstance pour cet été 2007.

mercredi, 19 janvier 2011 22:26

Twist-O-Lettz

Harmoniciste californien (NDR : issu de Los Angeles, très exactement), John ‘Juke’ Logan a fondé le label Mocombo en 1998, afin de le consacrer au ‘Custom blues’. Cependant, après douze années d’existence, on ne peut pas dire que les publications soient abondantes. Il y a bien eu une collection parue en 2000, intitulée "Custom blues for you sampler", à laquelle ont participé Logan et les Delgado Brothers, un album concocté en duo par Logan et Doug McLeod en 1999 ("Live as it gets") et trois elpees personnels de Juke, "The chill", sorti à l'origine en 1995 et réédité en 2007, qui avait bénéficié du concours de David Hidalgo, Junior Watson et Denny Freeman, "The truth will rock you" en 2005, enregistré au Texas en compagnie de Gary Primich, les Leroi Brothers et Johnny Moeller, ainsi que "Juke rhythm" en 2002, impliquant Kid Ramos, Davis Hidalgo et Primich.

Rick Holmstrom est un des meilleurs gratteurs californiens. Il s’est forgé une notoriété dans l’ombre des meilleurs harmonicistes : William Clarke, Rod Piazza (et ses Mighty Flyers), Billy Boy Arnold et Johnny Dyer. Stephen Hodges est un batteur très réputé sur cette scène locale. Il a joué pour Charlie Musselwhite et James Harman mais aussi en compagnie de Tom Waits et John Hammond. Ces trois musiciens ont donc décidé de se réunir pour enregistrer ce « Twist-O-Lettz », dans un style qu’ils ont qualifié de neo roots blues. Ils se sont enfermés au sein des studios Pacifica, sous la houlette de Glenn ‘Senior Sol’ Nishida, afin d’explorer en ‘live’ le son des jungles urbaines de la planète X. 

La mise en bouche est impressionnante. Une cover pas possible d’une compo remontant à 1962, "The land of a thousand dances". Un morceau signé Chris Kenner, un chanteur de R&B de couleur noire issu de la Nouvelle Orléans et disparu depuis plus de trente ans. L’atmosphère qui baigne tout au long de cette plage est mystérieuse, terrifiante. Pétrifiante, la voix de Logan semble émaner de l'au-delà. Des sons puissants sont synthétisés par les cordes de Holmstrom. Le rythme devient hypnotique. Une forme de transe s’installe. Ce blues traduit un mal de vivre manifeste ; mais son originalité n’est jamais prise en défaut. Ce style, Rick avait commencé à nous en donner un large aperçu tout au long d’"Hydraulic groove", un elpee gravé en 2002. Que la vie doit être difficile et dangereuse sur cette planète. Il chante "If I should die", un boogie infernal. Logan empoigne son harmo. Tel un carnassier jamais rassasié, il souffle nerveusement, fiévreusement, dans son instrument. Démoniaque ! Les percussions et la rythmique des cordes sont découpées au rasoir. De la pure défonce. Blues rocker assez court mais très efficace, "Be home soon" va droit au but. "Lone wolf" est également propice à l’envoûtement. Le reflet d’un vécu difficile du loup solitaire. Logan chante et souffle rageusement. Au bord de la démence, les cordes se mettent à hurler. Régulièrement, le trio met le cap vers la Louisiane et le Texas, à l’instar de Fabulous Thunderbirds postmodernes. Et "Let's rock & roll, imprimé sur un tempo implacable, "Waitin' too long" ainsi que la reprise extraordinaire du "Turn yer' damper down" de Jerry McCain (en hommage à Gary Primich) en sont les plus belles illustrations. Des compos au cours desquelles le trio ne peut tenir en place. John, Rick et Stephen ont la classe. "Jukestaposition" et un morceau puissant, direct et remarquable. Il y a bien longtemps que je n’avais plus entendu un instrumental aussi convaincant. Enorme!!!  "I'd like to see" nous entraîne dans les bayous. "Come along" s’ouvre dans la douceur mélodique avant de virer en boogie infernal et dévastateur. Rocker puissant et sans fioriture, "We got to rock" est sculpté dans les cordes métalliques et réverbérées. Direction Chicago pour la reprise du "Wild about you" d'Elmore James. Le son est primaire, rustre, mais d’une efficacité à couper le souffle. Blafard, lugubre, "Look me in the eye" opère un dernier détour dans les swamps, avant de nous plonger dans la torpeur du titre final, "Way of action", le chaos de la planète X. "Twist-O-Lettzse" constitue manifestement un des meilleurs albums de l’année dernière. Et pourtant, il vient de nous parvenir début 2011. N’empêche, ce disque est vraiment impressionnant.