Chris Duarte a commis son premier elpee en 1987 flanqué de ses Bad Boys. Un disque qui n'est sorti qu'en édition limitée. Mais il faudra attendre 1994 pour voir paraître le suivant, "Texas sugar/Strat Magik", puis 1997 pour qu'il embraie par "Tailspin headwhack". Deux opus édités chez Silvertone. Dennis Herring assure la production de ce " Romp ". Une mise en forme qu'il a réalisée au sein de son Sweet Tea studio à Oxford, dans le Mississippi. Réfléchissez un peu, et puis pensez au "Sweet Tea" de Buddy Guy…
Chris Duarte est texan. D'Austin, pour être plus précis. Il évolue aujourd'hui au sein d'un trio impliquant Ed Miles aux drums et John Jordan à la basse. Chris a composé huit des dix plages de l'opus.
Il ouvre les hostilités par "Do the romp", un titre issu de la plume de Junior Kimbrough, un personnage qui se rendit fort célèbre pour son travail sur le label Fat Possum. Duarte a conservé l'aspect abrupt de l'original ; mais sous la formule du trio, les percussions claquent sèchement à l'avant-plan, pendant que la guitare, plutôt 'Hendrixienne', manœuvre en riffs, avant de se libérer à travers des sons recherchés, trafiqués, déchirés. Instrumental, "101" est imprimé sur un tempo assez rapide. La six cordes est toujours hantée par le spectre du grand Jimi. Un exercice de style, au cours duquel la maîtrise des sons 'larsénés' est essentielle. Mais Chris parvient à contrôler le tout avec autorité. Le CD Group nous fait voyager dans un passé où tout se libérait. "Fire's gone out" est, avouons-le, plus R&B. La rythmique est dansante. Mais après quelques couplets, les cordes s'envolent et le style débridé refait surface. Les nombreuses notes, toutes largement amplifiées, sont projetées dans l'atmosphère ; mais toujours rattrapées au vol, elles permettent de créer de nouvelles phrases. Le rythme s'accélère encore. "Like Eric" est propulsé comme un boogie instrumental (NDR : inspiré dit-il par John Coltrane). Tous les instruments tapissent le décor sonore. Chris libère un maximum de notes. Il étale sa virtuosité tout en conservant constamment les idées claires. "My, my" nous plonge dans un monde étrange, surréaliste. Un délire psychédélique qui nous ramène à l'album "Tailspin headwack". L'atmosphère est oppressante, périlleuse ; un peu comme si un funambule marchait sur un fil, au-dessus du vide. Signé Bob Dylan, "One more cup of coffee" nous berce dans la douceur. Chris chante avec beaucoup de sensibilité et de délicatesse. Devenue minimaliste, la guitare épouse la voix. Le solo progresse ainsi très lentement, puis monte en puissance, mais ne dégénère jamais. Un sommet de l'album ! "Bb blues" constitue le premier véritable blues de l'album. Le fragment s'engage sur un bon rythme cher à BB King. Un instrumental au cours duquel Duarte peut développer et manifester l'étendue de son talent. "Last night (I saw the devil)" déambule au cœur d'une atmosphère bien sombre. Les bruits étranges sont produits par les cordes. Ils marchent sur les traces du chant quasi parlé, avant que n'explosent des riffs cinglants. A l'instar d'un "Wild thing", mais en plus complexe. Le solo qui s'ensuit entre dans le domaine de l'expérimentation sonore. Chris en est même étonné ; mais exténué, il reprend avec beaucoup de bonheur le riff torturé. Un rêve éveillé de plus de 9' ! Agé de 40 ans, ce musicien possède une personnalité musicale étrange. De l'ombre légendaire d'Hendrix, il en vampirise la quintessence pour tisser une toile où se mêlent blues, rock, jazz et même musique classique. Et le résultat peut être d'une grande beauté ! J'adore "Mr Neighbor", même s'il est partiellement déjanté. Lente, très intimiste, la plage finale ("Take it to the Lord") se pose en blues du 21ème siècle. Le dépouillement à l'extrême. La beauté dans sa nudité ! Chris Duarte est incontestablement un grand guitariste. Mais son style risque fort de ne pas plaire à tout le bon peuple du blues. Sa forte personnalité y est sans doute pour quelque chose. Et pourtant, je n'ai pas cité une seule fois le nom de Stevie Ray Vaughan dans la chronique.