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Le parfum de vie de Goudi

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mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Friends in the can

Pour célébrer la troisième année de bonne entente entre les membres actuels du groupe, les pères de la boogie music nous reviennent en Europe avec un nouvel album. Autour du père Fito de la Parra, gravitent Stanley Behrens au chant, à l'harmonica, au sax et à la flûte, John Paulus aux guitares, Dallas Hodges au chant et à la guitare, ainsi que Greg Kage au chant et à la basse. Soit quatre chanteurs pour cinq musiciens. Ce qui aurait dû être suffisant pour ficeler un album de boogie. Mais non, ils nous ont fait l'heureuse surprise d'attirer quelques amis dans leur boîte.

Hormis "Little wheel", toutes les plages ont été enregistrées en studio au cours des deux dernières années. Une composition signée John Lee Hooker à laquelle il participe, puisque cette prise date de 1989 ; c'est à dire des sessions réalisées pour l'album "The healer". L'album s'ouvre par "Same old games". Les accents de la guitare accordés par Paulus sont légers et la voix d'Alan Wilson, cette voix inoubliable qui sévissait tout au long d'"On the road again", chargée d'émotion. Manifestement, Fito de la Parra tient à sauvegarder ce timbre si familier à tout fan du Heat. Dès les premières mesures de "Bad trouble", on se rend compte que la machine de guerre est parfaitement huilée. La voix rocailleuse de Dallas Hodge mène la bande de L.A, tambour battant. Dès que la voix de Hodge s'efface, une slide bien nerveuse se libère. Un brillant exercice de style opéré par un des élèves les plus doués de l'école : Mr Roy Rogers. Il est vrai que ce vétéran relevait du Coast to Coast Blues Band de Mr Hooker. Puis Dallas prend le relais en empruntant une sonorité que n'aurait pas renié Vestine. Dallas n'est autre que le frère de Catfish Hodge. Encore un musicien intéressant, mais surtout connu des initiés. De sa voix majestueuse, il chante ensuite "Black coffee", un blues lent classique que Stanley colore discrètement de courtes phrases de sax. Un riff puissant introduit "Getaway". Une plage rockin' blues que chante Corey Stevens devant l'harmo de Behrens. L'impact est immédiat. Cette plage était le titre maître du 3ème album de Stevens, paru en 2000. Le léger "It don't matter" marque un changement de style. Stanley chante d'une voix frêle, en s'accompagnant de son harmo chromatique. La nouvelle version du "Let's work together" de Wilbert Harrison est un vrai bonheur. La voix puissante et graveleuse de Dallas Hodge fait bien revivre l'inoubliable Bear. John Paulus est transcendé à la slide, car il bénéficie d'une puissance rythmique exceptionnelle. En fait Harvey Mandel est venu épauler Fito et … Larry "The Mole" Taylor!! Superbe blues lancinant, "1, 2, 3 Here we go again" a été écrit par Dallas. Il chante toujours avec la même autorité et se réserve ici le solo de guitare, pendant que Stanley souffle paresseusement dans son saxophone. Greg Kage a composé "That fat cat", une plage très cool, au subtil parfum de jazz, que chante Greg, d'une voix très musicale. Caractérisée par la flûte de Behrens et les percussions de Fito, ce fragment baigne dans une ambiance latino-américaine. "Home to you" est un blues légèrement rythmé. Une rythmique assez lourde introduit un ancien guitariste du Heat : Walter Trout ; un musicien qui depuis, a fait fortune en embrassant une carrière individuelle. Walter ne veut pas en remettre exagérément. Son solo demeure (presque) retenu. Il ne cherche absolument pas à égrener le maximum de notes à la seconde. C'est ainsi qu'on t'apprécie Walter ! Le brillant Taj Mahal est venu chanter le "Never get out of these blues alive" de John Lee Hooker. J'ai un gros pincement au cœur, en entendant sa voix. La guitare de John Paulus respecte la marque du vieux maître disparu. Taj chante ce blues dépouillé avec passion et feeling. L'émotion est intense. Un climat renforcé par l'harmonica de Stanley et la (vraie) voix de John Lee. Elle revient aussitôt, bien vivante, pour interpréter le fameux "Little wheel". John épaulé par Henry Vestine et Larry Taylor : c'est du bonheur pour les fans de boogie ! Un tel album ne pouvait se terminer sans rappel. C'est prévu ! Suffit de patienter une bonne minute pour laisser la place aux accents dramatiques de "Let's work together". Harvey Mandel et Larry Taylor sont toujours au poste ; mais pour la circonstance, les vocaux et la slide sont assurés par l'extraordinaire Robert Lucas. Enfin, "Getaway" revient dans le parcours. En fait, il s'agit du titre dont le potentiel commercial est le plus flagrant. Cette version a été éditée pour la route ; celle des radios américaines FM. Au beau milieu des trois guitares en rythmique, Corey Stevens y révèle toute sa compétence au chant, Mike Finnigan à l'orgue et Behrens à l'harmonica. Si cet opus recèle pas mal de bonnes choses, sachez que Walter Dr Boogie a prévu de sortir, fin de cette année, le deuxième volume des Boogie House Tapes. Don't forget to boogie!

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Six

Carl est un guitariste californien. Un artiste qui avoue aimer interpréter le blues, le jazz, la musique classique et la country. Il a joué pour des nombreux groupes et musiciens. Pour la plupart issu du monde du jazz. Mais il a également dépanné régulièrement Supertramp. En 1985, il avait ainsi déjà remplacé Roger Hodgson. Par la suite, il a embrassé une carrière solo.

Son premier elpee, "No borders", est paru en 1988. Il faudra cependant attendre 94 pour le voir commettre un second opus, "Garage sale". "Slang justice", son troisième est édité en 96. Pour la première fois, il prend les couleurs du blues. Il rejoint alors une nouvelle fois Supertramp et enregistre en leur compagnie "Some things never change" et "It was the Best of times". Son 4ème album personnel sort en 98. "Slingshot". Très rock blues. "Atlas overload" ensuite. En 2000. Carl Verheyen poursuit aujourd'hui sa carrière individuelle, tout en continuant à collaborer pour Supertramp. "Six" constitue, vous l'aurez deviné, son 6ème album. Pour l'enregistrer, il a bénéficié du concours de Cliff Hugo à la basse et de Steve Di Stanislao aux drums. Carl est un brillant technicien. C'est incontestable. Le type de guitariste dont on parle constamment dans les pages des magazines spécialisés. Et en particulier chez Guitar Player, un spécialiste de la ‘rock fusion’.

Il ouvre cet elpee par "Lay your hammer down". Un morceau de hard rock très propre sur lequel il se montre particulièrement démonstratif, nonobstant le renfort Jim Cox, à l'orgue. Et si "24 and 10" s'ouvre sur les accents acoustiques du Delta, la suite s'orientalise insidieusement avant de virer dans un rock progressif très électrique. "Give a try" est une ballade bien ficelée. "Come down tonight" pourrait figurer au sein du répertoire de Supertramp. Les amateurs de blues n'ont donc ici pas grand chose à se mettre sous la dent. Provogue nous avait habitués à des productions rock trempant bien plus largement dans le blues.

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Thursday night live

Chilly Willy constitue aujourd'hui une des meilleures formations belges de blues. Une réputation acquise au cours de leurs valeureuses prestations scéniques. CW s'est formé en 1992. A Diest, dans le Brabant flamand. Au cours des dernières années, il a écumé les planches des principaux festivals belges. Une formation toujours drivée par le chanteur, Wim ‘Huibbe’ Huybrechts ; mais amputée du guitariste Dirk Piselé, qui s'en est allé l'année dernière. Ce qui n'empêche pas les solistes de s'y bousculer. Ils sont au nombre de trois : Kris "Reverend Hotrod" Rogiers à l'harmonica ainsi que Dirk Cuyvers et Alain Counye aux guitares. Ils sont épaulés par une très solide section rythmique : Roel Celis à la basse et Walter Cuyvers aux drums.

Cet excellent premier album à été immortalisé 'live' au M.O.D de Hasselt. En février 2002. Chilly Willy est principalement inspiré par le Chicago blues. Il le rappelle à travers les célèbres "I'm ready" et "My babe" de Willie Dixon, mais également "Checkin' up on my baby" et "Help me" de Sonny Boy Williamson II. Sans oublier les quelques chouchous issus de son répertoire, élaborés au cours des dernières années : "Backscratcher" de Frank Frost, ici épinglé en rappel, ainsi que "Tinaneenanuu" et "Hip shake baby" de Slim Harpo. Ce qui ne l'empêche pas de commettre d'autres plages aussi intéressantes. A l'instar d'"I dont want you hangin' around" de Lee McBee, "Pocketful of wishes" des frères Arlt (NDR : de BB & the Blues Shacks), ainsi que de "No fightin' de Lester Butler. Il faut reconnaître que les musiciens du combo sont des fans impénitents du regretté Lester et des Red Devils. Si la voix de Huibbe est bien adaptée au style de C.W., il faut reconnaître que le haut du pavé est tenu par le Reverend Hotrod. Il est incontestablement un des meilleurs souffleurs de notre pays. Il attaque "I'm ready" à la façon de Kim Wilson, son maître. A mi-parcours, Chilly Willy accueille le saxophoniste Igor "Saxomatic" Maseroli. Un invité que je ne connais pas, mais tire très bien son épingle du jeu. Et en particulier chez "Little girl", caractérisé par une ambiance louisianaise, le funky "Tinaneenanuu", et le sémillant "Help me", au cours duquel les guitares s'activent. Les plages de choix abondent en fin de parcours. Et en particulier la longue version du "No fightin'" de Lester Butler, empreint d'une certaine intensité dramatique, et "Hip shake baby", une plage menée à la manière d'un boogie de bravoure. Ce que le peuple souhaite voir et entendre 'live'! Ce bon band bien de chez nous mérite une accolade. Et pas seulement parce que son patronyme complet doit probablement être un des plus longs de l'histoire du blues et même du rock'n roll : Chilly Willy Loony Goony and the Free American Indie hippy blues street fruits! Ouf!

 

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Romp

Chris Duarte a commis son premier elpee en 1987 flanqué de ses Bad Boys. Un disque qui n'est sorti qu'en édition limitée. Mais il faudra attendre 1994 pour voir paraître le suivant, "Texas sugar/Strat Magik", puis 1997 pour qu'il embraie par "Tailspin headwhack". Deux opus édités chez Silvertone. Dennis Herring assure la production de ce " Romp ". Une mise en forme qu'il a réalisée au sein de son Sweet Tea studio à Oxford, dans le Mississippi. Réfléchissez un peu, et puis pensez au "Sweet Tea" de Buddy Guy…

Chris Duarte est texan. D'Austin, pour être plus précis. Il évolue aujourd'hui au sein d'un trio impliquant Ed Miles aux drums et John Jordan à la basse. Chris a composé huit des dix plages de l'opus.

Il ouvre les hostilités par "Do the romp", un titre issu de la plume de Junior Kimbrough, un personnage qui se rendit fort célèbre pour son travail sur le label Fat Possum. Duarte a conservé l'aspect abrupt de l'original ; mais sous la formule du trio, les percussions claquent sèchement à l'avant-plan, pendant que la guitare, plutôt 'Hendrixienne', manœuvre en riffs, avant de se libérer à travers des sons recherchés, trafiqués, déchirés. Instrumental, "101" est imprimé sur un tempo assez rapide. La six cordes est toujours hantée par le spectre du grand Jimi. Un exercice de style, au cours duquel la maîtrise des sons 'larsénés' est essentielle. Mais Chris parvient à contrôler le tout avec autorité. Le CD Group nous fait voyager dans un passé où tout se libérait. "Fire's gone out" est, avouons-le, plus R&B. La rythmique est dansante. Mais après quelques couplets, les cordes s'envolent et le style débridé refait surface. Les nombreuses notes, toutes largement amplifiées, sont projetées dans l'atmosphère ; mais toujours rattrapées au vol, elles permettent de créer de nouvelles phrases. Le rythme s'accélère encore. "Like Eric" est propulsé comme un boogie instrumental (NDR : inspiré dit-il par John Coltrane). Tous les instruments tapissent le décor sonore. Chris libère un maximum de notes. Il étale sa virtuosité tout en conservant constamment les idées claires. "My, my" nous plonge dans un monde étrange, surréaliste. Un délire psychédélique qui nous ramène à l'album "Tailspin headwack". L'atmosphère est oppressante, périlleuse ; un peu comme si un funambule marchait sur un fil, au-dessus du vide. Signé Bob Dylan, "One more cup of coffee" nous berce dans la douceur. Chris chante avec beaucoup de sensibilité et de délicatesse. Devenue minimaliste, la guitare épouse la voix. Le solo progresse ainsi très lentement, puis monte en puissance, mais ne dégénère jamais. Un sommet de l'album ! "Bb blues" constitue le premier véritable blues de l'album. Le fragment s'engage sur un bon rythme cher à BB King. Un instrumental au cours duquel Duarte peut développer et manifester l'étendue de son talent. "Last night (I saw the devil)" déambule au cœur d'une atmosphère bien sombre. Les bruits étranges sont produits par les cordes. Ils marchent sur les traces du chant quasi parlé, avant que n'explosent des riffs cinglants. A l'instar d'un "Wild thing", mais en plus complexe. Le solo qui s'ensuit entre dans le domaine de l'expérimentation sonore. Chris en est même étonné ; mais exténué, il reprend avec beaucoup de bonheur le riff torturé. Un rêve éveillé de plus de 9' ! Agé de 40 ans, ce musicien possède une personnalité musicale étrange. De l'ombre légendaire d'Hendrix, il en vampirise la quintessence pour tisser une toile où se mêlent blues, rock, jazz et même musique classique. Et le résultat peut être d'une grande beauté ! J'adore "Mr Neighbor", même s'il est partiellement déjanté. Lente, très intimiste, la plage finale ("Take it to the Lord") se pose en blues du 21ème siècle. Le dépouillement à l'extrême. La beauté dans sa nudité ! Chris Duarte est incontestablement un grand guitariste. Mais son style risque fort de ne pas plaire à tout le bon peuple du blues. Sa forte personnalité y est sans doute pour quelque chose. Et pourtant, je n'ai pas cité une seule fois le nom de Stevie Ray Vaughan dans la chronique.

 

vendredi, 31 décembre 2004 01:00

Big Blues

Formation de british blues, le Climax (Chicago) Blues Band s'était mis en évidence dans les derniers moments du British Blues Boom. A la fin des 60s, très exactement. Au cours des seventies, Climax a acquis une popularité certaine aux Etats-Unis. Le band n'a jamais cessé ses activités, même si Pete Haycock, un guitariste fort talentueux, a quitté le navire depuis bien longtemps. Du groupe originel, il ne reste d'ailleurs plus que le seul Colin Cooper. Chanteur, saxophoniste et harmoniciste, il affiche déjà 64 ans au compteur. Son timbre grave, éraillé et immédiatement reconnaissable avait fait le succès de "Couldn't get it right". 35 ans plus tard, outre Colin, le line up du combo implique le guitariste Lester Hunt, le claviériste George Glover et pour section rythmique, Roy Adams aux drums et Neil Simpson à la basse. L'elpee est sous-titré "The Songs of Willie Dixon". Pas la peine, donc, de vous faire un dessin.

"Big blues" s'ouvre sur les accents bien connus de "Little Red rooster". Exécuté sur un tempo quelque peu accéléré, Colin y joue de l'harmonica. Mené à la manière d'un boogie, "Spoonful" figurait déjà sur "Tightly knit", leur quatrième album. Et "Seventh son" sur "A lot of bottle", leur 3ème. Mais la version est ici beaucoup plus laidback. Slow blues classique, "Third degree" est interprété de manière tout à fait convaincante. Imprimé sur un tempo assez élevé "I'm ready" libère une bonne dose de swing. Un fragment adapté à la voix grave du leader qui double ici au saxophone. Le traitement funky administré à "Wang dang doodle" est judicieux. Renforcée par les claviers, la section rythmique est un support idéal pour le sax de Colin, qui se démène dans une jam improvisée mais de bonne facture. Le swing est encore bien présent tout au long de "My babe". Nonobstant son traitement classique, "I'm your hoochie coochie man" évolue sur un tempo plus rapide que celui pratiqué par Muddy Waters. "You can't judge a book by looking at the cover" s'égare dans un funk sans grand intérêt. Le Climax Blues Band n'adapte pas "Big boss man", le célèbre hit de Jimmy Reed, de manière conventionnelle. Si la cover est bien rythmée, c'est le saxophone de Cooper qui est mis en exergue. "I love the life I live" ne manque pas de potentiel. Son approche est R&B. Faut dire qu'avec le sax dans le décor ! Mais Colin y souffle en solo dans son harmonica. Cet album n'est pas suffisamment percutant à mon goût, mais il reste d'honnête facture et l'interprétation ne manque pas d'efficacité. Il s'achève cependant dans la quiétude et la fraîcheur par "That's my baby".

 

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Soft & slow

Cette formation belge a été montée en 1998, pour accompagner la chanteuse Lieve Deconinck. Miss Lieve est entourée de Lieven Coudijzer à la guitare, son frère Bart à la basse, Frank Debode à la batterie et Willem Claus au saxophone. Joan Schotte, un vieil abonné du BluesBoarder, siège derrière l'orgue Hammond. Le style se décrit comme ‘Cool blue’. Un savant mélange de jazz et de blues au cœur duquel l'émotion et la spontanéité du blues fait bon ménage avec le caractère cool du jazz. Un style qui ne se base pas sur le rythme. Il se veut essentiellement ‘soft and slow’ ; doux et lent, si vous préférez. L'album a été enregistré live dans le plus célèbre juke joint belge : le Banana Peel de Ruiselede.

Le répertoire est classique. Il s'ouvre par "Dangerous mind" de BB King et embraie immédiatement par le fameux "I'll sing the blues" d'Albert King. Certainement un exemple type du style pratiqué par Cool Blue. Lieven joue sa partie de cordes avec habileté. Les musiciens soignent le décor. Willem sort de l'ombre pour signer son solo de sax. La voix me rappelle tantôt celle de la délicieuse Ann Vancanegem, tantôt de la chanteuse du regretté Red Rooster, tantôt encore de l'ex Vaya Con Dios, Dani Klein. Signé Mose Allison, "Mind on vacation" est un excellent blues. Lieve le chante avec passion. Lieven met la pression sur ses cordes, avant de céder le relais à Joan qui communique beaucoup de chaleur dans son jeu à l'Hammond. Lieven chante "Come rain or come shine" de sa voix de velours. Un exercice périlleux, sans filet, très dépouillé. Cool Blue interprète avec un réel bonheur le "New coat of paint" de Tom Waits. L'orgue Hammond apporte beaucoup de densité sonore à cette plage très soft and slow, en effet! "Things better left unsaid" hausse de rythme, histoire de permettre à Willem Claus de sortir le sax de sa réserve. L'improvisation du style pratiqué par Cool Blue est résumée en 8 minutes sur la plage titulaire. La voix féminine chaleureuse est entourée de sax, d'orgue et de guitare. Le groupe adapte le "Whipping post" des Allman Brothers. Une des plus belles pages d'histoire de la guitare, consacrée au Fillmore East par les duels échangés entre Duane Allman et Dicky Betts. Ici, Joan Schotte amorce les débats de la même manière que Gregg Allman. La version tient la route ! Elle conserve l'esprit de la version originale. Vers la fin du concert, Cool Blue renoue avec le rythme dans une adaptation bien jazzy et swing de "Route 66". En guise de rappel, Cool Blue interprète "Riviera paradise". Un long blues lent écrit par Stevie Ray Vaughan. Cette reprise très cool et imagée plait manifestement au public du Banana Peel. Normal, puisque Lieven, Bart et Joan s'en sortent à leur avantage. Madame et messieurs, je vous tire mon chapeau !

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Doctor Velvet

Originaire de Portland, dans le Maine, Nick Curran constitue une des dernières révélations de la scène blues rockabilly moderne. Et pourtant, il est à peine âgé de 20 ans. Musicien professionnel, son père lui fait découvrir Duke Robillard et les Fabulous Thunderbirds. A 15 ans, il joue dans le groupe de son paternel, avant de rejoindre Ronnie Dawson, une légende du rockabilly. Il se lie ensuite avec la reine du rockabilly texan : Kim Lenz flanquée de ses Jaguars. Cette dernière la pousse à rejoindre Dallas, où il se produit d'abord régulièrement aux côtés de Hash Brown. Nick entame ensuite une carrière personnelle ; et en 99, il enregistre son premier album, "Fixin' your head". En 2000, il monte ses Nitelifes ; et l'année suivante, il commet son second elpee, "Nitelife boogie". La même année, il émigre à Austin où il est remarqué par Jimmie Vaughan qui le prend sous son aile protectrice. Curran adore le vieux R&B et le jump des années 40 et 50. Ses idoles répondent aux noms d'Amos Milburn, Wynonie Harris, Roy Brown et Jimmy Liggins. Il est souvent comparé à un hybride entre T-Bone Walker, Little Richard et Johnny Guitar Watson.

Ses Nitelifes se résument à une section rythmique composée d'Eric Przygocki à la basse, et de Damien Llanes aux drums. Enregistré 'live' au sein des studios de Fort Horton à Austin, cet album a bénéficié du concours de quelques invités.

L'album s'ouvre par la plage titulaire. Nous sommes immédiatement plongés dans cette ambiance de la fin des 40s. Rev Murph Moticka et Joe Morales se réservent les saxes. De solides chœurs masculins appuient le chant rocailleux de Nick. La guitare et le piano de Matt Farrell sortent de leur tanière. Signé Freddie King, "Lonesome whistle blues" nous entraîne dans l'univers du Chicago blues. Celui de Magic Sam, du West Side. De puissants chœurs doowop soutiennent les parties vocales. La guitare distille un blues bien vécu. Le p'tit a tout compris ! Surtout qu'il est ensuite relayé par un maître du genre : Mr Jimmie Vaughan en personne. C'est le bonheur ici bas! Nick possède une voix assez ravagée, taillée au couteau. Elle peut aussi se révéler une solide rampe de lancement pour un chant plus rockabilly. A la manière de Little Richard, si vous préférez. Damien ne sent plus ses bras. Le piano de Matt frétille et sautille. Curran y va de son solo, très inspiré par le frère Jimmie. J'adore le style de "Drivin' me crazy. Un peu mambo, proche d'Otis Rush, mené à la manière des Paladins de Dave Gonzalez ; mais avec ce petit plus procuré par l'harmonica bien huileux de Gary Primich. "Don't be angry" reste planté dans le début des 50s. Un prétexte pour sortir à nouveau un nouveau solo à haut niveau ; mais secondé par le sax ténor, il évolue dans un registre plus jazzy. Ballade bluesy, "Please don't leave me" semble sortir tout droit des juke boxes nés au cours des fifties. Nick y dispense une intervention lumineuse. Le blues est rythmé. La guitare de Nick épouse une sensibilité très West Coast jump sur "Midnite hour". Une composition parfaitement ciselée, signée Clarence Gatemouth Brown, qui permet un dialogue entre Nick et Jimmie Vaughan. Une joute à très haut niveau ! "One more time", la fête continue tout au long de la rencontre entre le piano honky tonk de Farrell et la guitare très nerveuse, presque métallique, de Curran. Primich revient souffler sur le rapide "Can't stop loving you". Le langoureux "She's gone" est un moment chaleureux à partager avec votre partenaire. Toujours aussi diverdifiée, la palette conserve son intérêt en fin de parcours. A l'instar du swing "Beautiful girl", de l'amusante cover country de Hank Williams, "Cold cold heart", et du final explosif "Stompin' at the Fort". Instrumental, ce roadhouse boogie est caractérisé par une savoureuse succession d'accords de piano et de cordes. Un superbe album!

 

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Ought to be a law

Harmoniciste de couleur noire, Bill Hill est inspiré depuis bien longtemps par Little Walter. Il a enregistré cet elpee à Calgary (NDR : dans l'Alberta au Canada), entouré de Jimmy Payne à la batterie, Kevin Christensen à la basse et Russel Foreman à la guitare. " Ought to be a law " réunit douze compositions personnelles, inspirées largement par le Chicago sound de naguère. Bill et le véritable patron de son blues band. Il en est d'ailleurs pratiquement le seul soliste, son guitariste ne s'autorisant que de très rares billets de sortie. Bill possède une voix étonnante, difficilement comparable ; encore que parfois elle me fait penser à Charlie Musselwhite.

Dès l'ouverture, une plage légèrement funky intitulée "Keep on runnin", son jeu d'harmonica transperce l'horizon sonore. "Ought to be a law" élève sensiblement le tempo. Sa voix typée, plus veloutée et un rien plus grave que celle de Charlie, mène la danse. Très prometteur, son jeu à l'harmo est proche des géants : Little Walter, Sonny Boy Williamson,… Clair et concis, le phrasé franc, à peine appuyé, il laisse transparaître une évidente réserve de puissance. Caractérisé par un swing subtil, "Call my job" en est une belle illustration. "I'll play the blues" constitue son seul blues lent. Bill s'y complait dans une certaine torpeur. Il chante ce blues bien gentil à la manière d'un Elvis des débuts, la chaleur contagieuse dans la voix. Russel le guitariste met cependant, et pour la toute première fois, le nez à la fenêtre. Bill Hill élève le tempo et se réserve alors quelques sorties très convaincantes ; et notamment tout au long de "White on rice" et de "Sunshine's every day". S'appuyant sur le rythme de "Help me", "Cherry Red Ford" est une bonne composition. Il n'est guère surprenant d'entendre Bill y souffler à la Sonny Boy ; mais il est néanmoins capable de garder son style en appuyant son jeu de son souffle puissant. Sur le rapide "Hollywood", il me rappelle encore l'ami Charlie Musselwhite. Son jeu à l'harmo bonifie encore. Soudainement, l'ensemble se met à swinguer et l'harmo s'emballe. Excellent ! De plus en plus étonnant, le swing persiste chez "Nothing gives you le blues like a woman" (NDR : il n'a rien inventé dans les thèmes !), sans pour autant que le morceau ne perde de son intérêt. Une impression qui réapparaît lors de la finale, "Icing on the cake". "Can't take it with you" est un Chicago shuffle irrésistible. Sur orbite, rien ne peut désormais arrêter l'envolée de Bill. L'album s'achève par une interprétation en duo acoustique de "Just to be your loving man". Responsable d'un opus de bonne facture, cette formation vous est probablement inconnue. N'ayez crainte, je ne me rappelle même plus l'endroit où je l'avais repérée...

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Dreams are for losers

Neal Walden Black Nous vient du Texas, mais vit aujourd'hui à Mexico. Agé de 44 ans, ce chanteur/guitariste est depuis si longtemps sur la route, qu'on pourrait l'imaginer usé par ce parcours de globe trotter. Chez lui, à San Antonio, il a d'abord écouté de la musique country, avant de goûter au blues des Johnny Winter, Hubert Sumlin ou Earl Hooker. Il fonde alors Dogman and the Shepherds. Il émigre ensuite à New York où il y monte ses Healers flanqué de Gib Wharton à la pedal steel guitar. Le groupe commettra deux albums : "Neal Black and the Healers" en 1992 et "Black Power" en 1994. Il rentre au Texas en 1998, pour y poursuivre sa vie de hors-la-loi désenchanté. Il concocte "Gone back to Texas" en 2000, avec le concours de l'harmoniciste Gary Primich.

Ce nouvel opus a été enregistré à Guadalajara, au Mexique. Un disque qui démarre dans un vrombissement de percussions. Les riffs profonds émanant des cordes de Black et l'harmonica gouailleur d'Oscar Michel embraient. Une belle entrée en matière, particulièrement électrique. Très hard, la guitare est prolixe. La voix de Neal est graveleuse, terriblement ravagée. Elle témoigne que l'homme a dû vivre d'excès. Mais l'ambiance explosive devient soudainement plus sereine, laissant alors la place à la voix suave de la Mexicaine Sara Valenzuela, le dobro de l'ami Gib Wharton, la guitare acoustique de Werther Ellerbrock et le banjo du leader. Quelle contradiction! La plage titulaire est un blues plutôt lent. Neal y récite ses paroles. Le piano d'Ivan Ocampo tisse des lignes mélodiques. La guitare s'aventure dans des phrases typiquement latino rock, largement amplifiées ; mais le doigté demeure très sensible. Résultat de luttes fratricides entre la guitare de Mr Black et la pedal steel de Wharton, "Take me" est une plage sculptée dans le country rock vivace. Neal chante de sa voix fatiguée "Hotel room in Mexico", une douce ballade très roots. Sa slide se réverbère dans un écho d'où se détachent un accordéon et une trompette. Ecrit par Willie Dixon, "It don't make sense" est un très beau blues atmosphérique. Le jeu de l'orgue Hammond est empreint d'une grande tristesse. Le désespoir est omniprésent. Le piano et l'harmonica se fondent dans l'ensemble. Et le duo vocal échangé avec Miss Valenzuela accentue davantage la douleur. En finale, Neal fait gémir sa guitare. Le mal de vivre nous envahit. "Shut up and confess" est imprimé sur un tempo rapide. La slide est torturée. Elle subit les derniers outrages avant d'être rejointe par le violon électrique de Cecilia Torres. Superbe instrumental, "Pigalle 4 am" baigne au sein d'une ambiance latino américaine de nuit parisienne enivrée. La guitare est d'une beauté immaculée. Une forme d'apaisement vous envahit. Une sensation renforcée par le piano de Ramirez et les percussions d'Hector Aguilar. Signée Link Wray, "Fallin' rain" est une jolie ballade pour deux voix, une guitare et un harmonica. L'album s'achève par une autre ballade : 'You're gonna make it". Interprétée sur un ton grave, elle sied bien à l'artiste. Le sentiment de détresse est amplifié par la slide, pendant qu'un bijou de sax est arraché des lèvres de Nathalie Braux.

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Hot´n tasty

Drivée par le chanteur guitariste Strat Cat Willie Hayes BPS, cette formation new-yorkaise implique également Rhythm Ray Pettis au chant et l'harmonica, John Wisor à la basse et Dave Fiorini aux drums. L'album mêle compositions personnelles à des reprises de classiques du blues.

Il s'ouvre par la composition rythmée "Good news of the blues". Willie y épanche sa voix assez abrupte. Les deux solistes restent sur leur réserve. Pettis chante alors son "Can't be my baby" sur le même tempo. Dispensé dans le style du swamp blues, "Givin' me reasons" est un blues lent. L'harmonica suit la voix de Hayes, dont le timbre est à nouveau exempt de douceur. Le groupe adapte le célèbre "Born in Chicago" de Nick Gravenites. Une reprise d'honnête facture, sans plus. En fait, Hayes et Pettis souffrent de la comparaison avec Bloomfield et Butterfield! La plage titulaire est une ballade sans réelle consistance. Par contre, le "Ironing board" de Rhythm Ray est bien plus tonique. BPS maintient le tempo pour aborder le canon "I got my mojo working" ; mais nonobstant notre Ray qui s'excite bien sur le devant de la scène, il n'apporte rien de neuf à l'original. C'est au cœur d'une atmosphère fort paresseuse qu'ils embraient ensuite par une longue version du "Never trust a woman" de Rick Estrin des Nightcats. Stratcat se montre bien mieux inspiré sur cet ouvrage. L'atmosphérique "Nobody else like me" et le saignant "Scramblin" constituent deux bonnes compositions sur lesquelles Pettis démontre qu'il a bien assimilé les techniques de son instrument. Issu de la plume d'Arthur Crudup, "So glad you're mine" est un fort bon blues. En s'appuyant sur sa guitare acoustique, la voix de Hayes passe bien le cap. Cette parenthèse country blues leur sied bien. La version de "Terraplane blues" de Robert Johnson demeure dans le même contexte. La fin d'album est d'ailleurs fort encourageante. A l'instar du lent "Texas flood" de L.C Davis. Mais pourquoi faut-il attendre l'extrême fin de l'album, et en particulier la reprise du "You upset me baby" de BB King pour voir Willie Hayes s'éclater et se montrer un bien bon guitariste ? Il existe sans doute beaucoup de formations de cet acabit au pays du blues et ailleurs ; mais leur multiplication démontre que l'intérêt pour ce style musical reste bien présent…