La clef de TOPS git 6 pieds sous terre…

TOPS sortira son nouvel elpee, "Bury the Key", ce 22 août. Le quatuor propose une musique intemporelle qui allie profondeur et immédiateté. Il s’agit de son premier album complet depuis 2020, un opus qui explore des tons plus sombres tout en restant maîtres…

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La fresque de Vincent Delerm

Six ans après « Panorama », le chanteur cinéaste au cœur battant Vincent Delerm élargit encore son travelling sentimental en gravant « La Fresque ». Un huitième album dont la chanson-titre parlée, sur un arrangement tout en palpitations électroniques et…

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Jean-Claude Mondo

Jean-Claude Mondo

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

21st Century boogie

Paddy Milner est un jeune prodige au piano. Il n’a guère plus de 21 ans et affiche une santé spectaculaire tout au long de son premier album. Cet Anglais est un spécialiste du blues et du boogie woogie, mais il est capable d’embrasser un spectre bien plus large, puisant allègrement aussi bien dans le jazz que dans la musique classique.

Il débute en force par le titre maître. Epaulé par trois cuivres discrets, ce boogie évolue sur un tempo élevé. Le célèbre "I’m ready" de Willie Dixon est un classique du blues. Paddy nous en propose une version swing particulièrement éloquente. Ex Otis Grand et vocaliste actuel chez les Kingsnakes de Paul Lamb, Mr Earl Green le chante. Son timbre est immédiatement reconnaissable. Le piano ne tient pas en place, mais Paddy s’évade rapidement, avec beaucoup d’assurance et de compétence, dans le registre jazz. Ex Pretenders et Paul McCartney Band, Robbie McIntosh signe une belle sortie à la guitare acoustique. Paddy est responsable des arrangements sur le classique de Stephen Foster, rebaptisé pour la circonstance "Swannee river samba", et sur "Caravan" de Duke Ellington, qu’il prélude d’accents classiques très personnels. Mené sur un rythme très élevé et adoptant plusieurs variations de style, ce travail sur "Caravan" est superbe. Une assez extraordinaire prestation de boogie woogie impliquant Adam Skinner aux drums et Rodney Teague à la basse. Les huit autres plages de l’album sont issues de la plume de Milner. Tout d’abord le superbe blues lent, "The days, the nights". Il double au piano, largement teinté de jazz, et à l’orgue Hammond pour accompagner la voix d’Earl Green. Une voix qui se réserve encore le plus R&B "Highway of sound". "Late nights playing the blues" est un autre excellent blues. Il bénéficie du concours du chanteur/guitariste anglais (au crâne complètement dégarni) bien connu chez nous, Eddie Martin. Nick Gomer s’y réserve l’harmonica. Seul derrière le grand piano, Paddy se libère. Il laisse courir ses fins doigts le long des ivoires. Un court prélude avant d’atteindre "The Bumble Fumble". Pour conserver l’esprit boogie, il maintient un rythme élevé. Les dernières plages marquent un retour au chant. Hamish Maxwell empoigne le micro sur "Boogie-woogie time of year". Les cuivres sont à l’avant-plan ; et Patsy Gamble, Steve Trigg et Andy Gilliams se réservent successivement leur billet de sortie avant que Paddy n’oriente les débats vers New Orleans. Cet elpee de bonne facture s’achève par "The world is getting smaller everyday". Chanté de très belle manière par Eddie Martin, l’univers y est plus acoustique, proche du Delta blues. Le piano peut s’y libérer une dernière fois en compagnie de l’harmonica et de la guitare acoustique de Robbie McIntosh. Paddy Milner soigne les derniers détails de son nouvel album, qui sera produit par Pete Brown. J’attends cet opus avec impatience !

 

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Chicken & Waffles

Le nouvel opus de ce quartet issu de Long Beach, à Los Angeles, était très attendu. Il s'agit déjà du troisième ! De son véritable nom Mastrogiovanni, le chanteur/harmoniciste Johnny Mastro en est le leader. Il est épaulé par Dave Melton à la guitare et à la slide, Jeff ‘Slick Daddy’ Henry à la basse, Jim Godall aux drums et, en renfort, par le redoutable Kirk Fletcher à la guitare rythmique. Noir de peau, ce musicien est un grand spécialiste du style West Coast jump.

Les Mamas démarrent en force par "You'd better be sure". Nous sommes déjà sous l'emprise du guitariste Dave Melton. Omniprésent derrière la voix de Johnny Mastro, il prend d'entrée un solo redoutable. Le son des cordes est excellent. La complicité entre les deux solistes est de tous les instants. "Don't cry mama" reste dans le tempo. La voix nasillarde et persuasive de Mastro dirige une machine à rythme redoutable. L'étau n'est pas prêt à se desserrer. Melton empoigne sa slide et découpe le riff bien connu d'Elmore James pour exécuter "Coming home" (du même Elmore), un exercice au cours duquel la section rythmique tient bien le cap. Lorsque les Mamas décident d'enterrer la hache de guerre, c'est pour s'enfoncer dans les swamps louisianais. A l'instar de "Too tight". Mais l'interlude est de courte durée, car le tempo reprend vigueur dès "Shake 'em on down". L'atmosphère se fait proche de Lester Butler. Un des grands favoris de Johnny, il faut le souligner. Mastro joue de l'instrument chromatique sur l'instrumental "Chicken & waffles". Assez doux, ce fragment est abordé dans l'esprit purement West Coast, tout en adressant un clin d'œil à William Clarke. Les échanges opérés avec Melton sont très réussis. Signé Guitar Slim, "Something to remember you by" nous replonge dans la quiétude de la Louisiane. Les Mamas attaquent ensuite le classique de Little Walter, "Come back baby". Mastro y démontre que son influence majeure est bien l'enfant surdoué du Chicago blues des 50s, Walter Jacobs. Il n'est pas le seul à le reconnaître, il faut l'avouer. Nerveuse, teigneuse à souhait, "Drink" évolue toujours dans l'esprit du même Little Walter. Une des meilleures plages de l'elpee, c'est une certitude ! "One day" persiste dans un style très Chicago, proche du grand Howlin' Wolf. L'harmo continue d'y cracher des flammes. Les "fils à Maman" sont idéalement parés pour la pratique du boogie. Leur "Baby boy's boogie" correspond parfaitement à ce profil. Le chant de Mastro vit sa musique intensément, mais Melton ne peut attendre pour sortir du rang. En écoutant ce fragment le plus fort possible, vous avez l'impression de faire face au groupe! "Blues for the late summer" est un très long blues lent, réminiscent de George Smith. Johnny est préposé au chromatique. Kirk Fletcher est passé à l'avant-plan pour délivrer le dernier solo de cordes sur cet opus. Un travail remarquable, tout en sensibilité, ponctué par une montée en puissance impressionnante. Bonus track, l'excellent "Howl all night" permet une dernière fois aux deux solistes de briller. Bien que légèrement moins percutant que "Pinch that snake", son précédent elpee, "Chicken & Waffles" reste au-dessus de la norme…

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Max attack

Souvent comparé au regretté Otis Spann, le légendaire musicien de Muddy Waters, David Maxwell est un pianiste blanc. C'est est aussi un fervent adepte de Sunnyland Slim et de Pinetop Perkins. Il sévit sur la scène blues de Boston depuis la fin des 60s. Au fil du temps, il s'est forgé une solide réputation, derrière de prestigieux bluesmen comme Jimmy Rodgers, Otis Rush, James Cotton, Hubert Sumlin, Buddy Guy, Junior Wells, et bien d'autres…. Il a également participé à l'aventure des Broadcasters de Ronnie Earl. Il comptait également un premier opus à son actif : "Maximum blues piano". Un disque paru en 1997, sur le label Tone-Cool. Il en compte des amis notre David ! Ce qui explique pourquoi il a sous-titré son elpee "& Friends". Au premier rang, on y relève la présence de la section rythmique des Broadcasters : Per Hanson aux drums et Michael "Mudcat" Ward à la basse.

L'album s'ouvre par "Backseat of a greyhound bus", une plage lente au cours de laquelle nous ressentons ce toucher si proche de celui d'Otis Spann. La voix de David n'est pas désagréable, mais elle manque d'expression. En seigneur, Ronnie Earl se réserve la guitare. Maxwell a écrit tous les titres de cet album. Toujours proche d'un Muddy Waters, il s'inspire largement du fameux Chicago blues urbain. Il en fait la plus belle démonstration tout au long de "Thanks for all the women", une plage au cours de laquelle James Cotton est venu donner un petit coup d'harmonica, pendant que Ronnie Earl et Hubert Sumlin en décousent aux guitares. L'instrumental "Twisted tendons" épouse la formule trio pour. Un boogie woogie alerte qui met en exergue Hanson et Mudcat. Imprimé sur un rythme élevé, "Long distance driver" est un blues qui baigne dans un style proche de "Got my mojo working". Au sommet de son art, Kim Wilson mène la danse. Il se réserve le chant et l'harmonica et pousse Maxwell dans ses derniers retranchements, pendant que Ronnie Earl décolle à son tour sur les cordes. Une des meilleures plages de l'album ! Kim Wilson joue aussi de l'harmonica sur "Sticky buns" Richard Studhome est à la guitare. Parcouru par un orgue Hammond et des cuivres, "What's the use" opère un changement total de registre. David échange les vocaux avec Liane Carroll, dont le timbre chaleureux flirte avec le gospel. Le prix du meilleur slow blues revient sans aucune contestation, à "Moving out of this world". Dommage que la voix soit si terne, car l'empreinte d'Otis Spann est de nouveau marquante, pendant que Ronnie Earl et Duke Robillard se partagent discrètement les guitares à l'arrière. "Coming home baby" procure un moment très roots. Hubert Sumlin chante et gratte. Maxwell joue comme un Sunnyland Slim à la sensibilité exacerbée. Son duo échangé avec le vieux Pinetop Perkins est un autre moment chargé d'émotion. Baptisé judicieusement "Thank you Pinetop Perkins", il a été écrit pour une voix et deux pianos. Cet album de bonne facture s'achève par le titre maître. Une composition qui baigne dans une atmosphère funky et jazz. La bonne humeur festive de la Nouvelle-Orléans y règne en maître. Avec force cuivres.

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Been so long

Originaire de la Caroline du Nord, Toni Lynn a passé sa jeunesse à Boston. La vie sentimentale et professionnelle le conduira successivement à New Orleans, Pensacola, en Floride et à Hollywood, avant un retour à Boston opéré voici une vingtaine d'années. Elle et aujourd'hui âgée de 66 ans. Après avoir commis trois albums pour le label Tone-Cool ("Good things" en 2000, "It's my turn now" en 97 et "Blues at midnight" en 95), elle vient de sortir ce nouvel opus chez NorthernBlues Music.

 L'elpee démarre très fort par "Don't want nobody". Les saxes au swing cuivré de Gordon Beadle et de Doug James soutenus par le piano de Bruce Bears emmènent le rythme. La voix suave de Toni Lynn se fond dans l'espace sonore. Sax Beadle s'autorise déjà un sérieux solo sur le ténor. "It's love baby (24 hours a day)" est un superbe blues lent. La guitare rythmique de Duke Robillard épouse la section rythmique assurée par Jesse Williams à la basse et Mark Texeira aux drums. Les deux saxes et la trompette de Scott Aruda sont bien plantés dans le décor. Duke y signe un solo de classe, dans un registre proche de celui de T Bone Walker. Toni Lynn chante merveilleusement ce blues. Il rend ainsi hommage à Ruth Brown qui interprétait naguère ce titre signé Ted Jarrett. Plage générique, "It's been a long time" est un boogie woogie galopant entretenu par Bruce Bears au piano. Ce dernier partage, en outre, la production avec Duke Robillard. Le registre vocal de Miss Washington est très ample. La clarté de son timbre est impressionnante. Elle affiche même une incroyable réserve de puissance sur la reprise du superbe "Backwater blues" de Bessie Smith. Faut dire que Bessie est une source d'inspiration incontestable pour elle. Les racines du Mississippi ne sont guère loin. Bruce et Duke assurent le backing idéal. Les accents du Delta se reproduisent sur "Shake me". Duke y joue du bottleneck acoustique. A une certaine époque, on aurait pu imaginer un Rod Stewart le chanter de la même manière. Une touche louisianaise colore "Are you happy now?" Une plage rythmée signée par les Cate Brothers. Le guitariste Kevin Belz y apporte une tonalité rock. Tout au long de la superbe ballade Stax R&B "Everybody will be like a holiday", elle chante comme une Otis Redding au féminin. La touche d'émotion est déterminante. Gordon Beadle opère une sortie remarquable. Issu de la plume d'Earl King, "Three can play the game" est R&B subtilement funky que balaie cette voix toujours aussi expressive. Toni Lynn s'aventure au cœur des swamps pour chanter "I don't hurt anymore". Duke est particulièrement sensible à cette atmosphère relaxante. Elle rend aussi un hommage vibrant à la regrettée Nina Simone sur "Willow weep for me". Les accents jazz cabaret sont évidents. "Angel eyes" poursuit l'aventure jazz. Le swing est omniprésent. Un climat accentué par les musiciens ; et en particulier par la guitare de Kevin Belz et le piano de Bruce Bears. Cet excellent album s'achève par une reprise personnelle, imprimée sur une rythmique funk, du "Down in the basement" de Ma Rainey. TL Washinton nous démontre tout au long de cet opus, sa capacité à évoluer au sein d'une large palette de styles ; et elle s'acquitte de cette tâche avec un rare bonheur.

mercredi, 31 décembre 2003 15:47

Original demo

Stincky Lou & The Goon Mat

'The Crazy Blue Stuff is proud to present a Roots Blues and Boogie night with Stincky Lou & the Goon Mat!!!' Tout le Delta du Moyen Escaut en parle : du Juke Joint de Zak Janus au fameux Tanasse Pub de Molenbaix! Un duo français très coloré, venu nous faire la leçon : à l'avant-plan, Lou Laurent Goossens toise le public en pinçant la corde de son washtub. Ou de sa contre-bassine, si vous préférez. A l'arrière, Goon Mathias Dalle est manifestement ébahi par son partenaire. La corde rythmique emmène la slide pour aborder le classique "Rollin' & tumblin". Mat chante d'une voix paresseuse, traînarde, un rien graveleuse et poussiéreuse. L'inspiration n'est-elle pas vieille de plus de soixante années ? Et je pense tout particulièrement à ces fameux songsters qui écumaient les routes de tous les milieux ruraux du Sud américain. Mat entame le chant de l'un des plus beaux blues de l'histoire : la complainte du mauvais garçon. Une composition écrite par Eddie Taylor, le guitariste qui restait dans l'ombre de Jimmy Reed. La voix du Goon se fait plus autoritaire pour revêtir l'habit du teigneux de service. C'est le moment choisi par Alain Camus pour donner du groove au rythme, en nous plongeant dans le monde de la boogie music, celui de la "Boogie tonight". N'est-ce pas docteur ? Le guitariste croise une nouvelle fois le regard du Lou qui pue. Le son produit par les cordes est si baveux et tellement sale. Insatiable, Mat se met à hurler à la gloire du boogie. Intenable! Le Lou, lui, il s'en fout. Ses doigts saignent. Il martyrise le son : "I don't care". Mais oui, la contre-bassine déborde, n'autorisant que les cordes fatiguées de respirer à la manière de Lightnin' Hopkins, au cœur de Houston. Retour du côté de Clarksdale, non loin du fameux Carrefour où l'artiste rencontra le diable. Mat pince le dobro de ses longs doigts effilés. Lorsqu'il ferme les yeux, dont il ne peut retenir les larmes, l'intensité se mue en drame. Il reprend "Walkin' man", un fragment issu du répertoire du mythique Robert Johnson. Le silence plombe le duo! "Rock me babe", un des fleurons du Roi BB, marque un retour aux vibrations. Cette sombre nuit du blues et du boogie se termine aux accents du Delta. Les ombres de Sam Hopkins et d'un jeune John Lee Hooker fiévreux, se dessinent sur les murs poisseux, pour laisser Lou et le Goon Mat nous quitter l'âme déchirée. Les fantômes passent. La lumière revient. Nous sommes bien en 2003. Chapeaux bas, gentlemen!

 

mercredi, 31 décembre 2003 02:00

Kickin´ it (a)

Hamilton Loomis est un jeune musicien de bien moins de 30 ans. Et sa fée porte pour nom : Bo Diddley en personne. Enfant, il jouait de la batterie, du piano, de la guitare et puis de l'harmonica. Ce texan a enregistré son premier album à 18 ans : "Hamilton". Depuis, il en a encore commis trois ("Just gimme one night", "All fired up" en 1999 et "Live : Highlights" en 2002) avant ce " Kickin´ it ". Hamilton a composé l'essentiel du répertoire de cet album.

Il attaque "Workin' real hard" sur un rythme soutenu. La voix trahit sa jeunesse. Elle est même proche de celle de Monster Mike Welsh. L'orgue Hammond de Brant Leeper lui emboîte le pas et se pose instantanément comme une des pierres de base de l'édifice. Lorsque la guitare opère sa première sortie, le feeling coule de source dans nos oreilles. Je ne pouvais mieux imaginer le son moderne, bien électrique, sans tomber dans le hard, du blues… "No no no" ralentit le tempo. Brant passe au Fender Rhodes. D'une voix très soul et mélodique, Hamilton chante plutôt bien cette mélodie agréable. Le rythme ne change guère pour "Be mine anywhere". Les cuivres des Primal Funk Horns sont venus renforcer le tempo funky. Les cordes se rassurent. Son "Just your fool" permet à la voix et l'instrument acoustique de Mr Loomis de s'exprimer dans un registre très roots. Juste avant que l'étincelle électrique ne crache ses décibels. Pas bien méchants, il est vrai ; même si la slide parvient à émerger d'un ensemble dominé par une bonne section rythmique. Cet excellent titre bénéficie, en outre, de l'excellente mise en forme opérée par Michael Hodge. La mélodie soul de "Get my blues on " est toujours aussi séduisante et le travail exercé par Leeper, le claviériste du Nouveau Mexique, ne manque pas d'intérêt. Il s'est forgé son expérience sur la route, aux côtés de WC Clark. Il a composé la ballade lente "Better man". Hamilton la chante d'une voix claire. Loomis empoigne l'harmonica sur "99 blues", une autre composition bien rythmée. Et poursuit sa prestation sur une autre ballade soul intitulée "Something's gonna come my way". La voie R&B reste grande ouverte à "Take a number". Les cuivres invitent à la danse et la guitare devient plus pressante et surtout fort intéressante. Dommage que le leader ne se libère pas plus souvent de cette manière, ce " Kickin´ it " n'aurait pas été un album de bonne facture, mais une véritable claque. Néanmoins, ce Loomis est à suivre. Et de très près !

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Roadhouse Research

Que de chemin parcouru depuis ses débuts ! En treize années, Joe aura commis la bagatelle de 9 albums. "The axe man" en 1990, "Steppin' out Texas style" en 91, "Chain smokin' Texas style" en 92, "Texas Cadillac" en 94 et quatre autres elpees, avant de sortir ce "Roadhouse research". Joe est texan et cela s'entend !

Dès les premiers accords dispensés sur "Healthy mama", il étale toute sa puissance de feu. Tous les instruments sont bien en place. La guitare pousse lourdement le riff. Constituée de Paul Jenkins à la basse et de Ralph Power aux drums, la section rythmique exhibe tout le groove naturel en réserve. Sans doute trafiquée pour la rendre menaçante, la voix de Bnois King est ravagée. Pendant ce temps, Joe ne tient plus en place et reste à l'attaque jusqu'au bout, comme si sa vie en dépendait. Joe Kubek se lance à la poursuite de Carlos Santana pour introduire "Tell me why". Il embraie par un thème funky. Les guitares sont bien en rythme pour talonner la voix de King, davantage à son affaire dans ce registre. Joe joue, explose et s'évade au sein de cette trame musicale latino-américaine. Excellent ! Bnois apprécie la tournure des événements. Sa guitare rythmique remet le couvert funky pour se farcir "Cryin' shame", alors que la section de Paul et de Ralph brillent par leur cohérence. Une assise naturelle qui permet à Kubek de décoller. Il se sent si bien, qu'il n'en peut plus et en remet une couche. Quelle santé ! "Got to get paid" s'autorise des chorus à la Albert King. La paire se sent tout aussi à l'aise. La communion consentie entre Joe et Bnois prend tous les risques et opère une sortie en distorsion. "Better be getting it on" est un shuffle bien texan, presque un blues rocker, tant Joe laisse sa guitare dériver, déraper, mais toujours en prenant bien soin d'en garder le contrôle. "Runnin' blind" est un très bon blues lent, dont les échanges de riffs de guitares, entretenus entre Joe et Bnois, pourraient être qualifiées d'orgiaques. Ce dernier dans un style plus roots, naturellement plus blues ; a contrario de la touche plus flashy de son leader. Joe Kubek a sévi au sein du groupe de Freddie King. Une expérience qui l'a sans doute marqué. Et qu'il manifeste encore parfois. Surtout quand il maîtrise son blues. A l'instar du superbe "The blues is still with us". Pour la circonstance, nous pouvons clairement déceler les qualités complémentaires des deux musiciens : le style texan de Joe qui pratique le blues à Dallas depuis trente ans, et celui de Bnois, un louisianais d'origine dont les racines appartiennent davantage au jazz. Chantée divinement par Bnois, "Make it right" est une ballade très douce. Joe y accorde un solo mesuré. Chaque note ajoutée participe à la mise en valeur d'une jolie mélodie. Pourtant, ce n'est plus du blues, mais c'est tellement beau! Toujours bien électrique, "I need more" va droit au but. Kubek a empoigné sa slide au son bien réverbéré pour ce blues classique, d'une grande simplicité. Le combo est d'une solidité à toute épreuve. Pas étonnant lorsqu'on sait que les deux compères ont uni leur destinée musicale depuis déjà 14 ans. Cet excellent album s'achève par "Standing in my door", un long blues brûlant, très atmosphérique ; une finale "de luxe" qui ravira tous les amateurs de blues sur terre…

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Whole lotta love

Originaire de l'est de Los Angeles, la sulfureuse Candye est devenue chanteuse et même compositrice, contre vents et marées. Il est vrai que le récit de sa vie est une source intarissable d'anecdotes croustillantes. Autrefois paumée, strip-teaseuse et actrice porno dans ses mauvais jours, activiste féminine, provocatrice le reste du temps, cette fille est parvenue à se forger une place dans le giron du blues contemporain. A force de travail. Mais aussi de talent et de persuasion. Selon la légende, cette mère célibataire continue à vendre des produits Tupperware. Notre diva est particulièrement populaire à San Diego. Pourtant, ses trois premiers albums ont été enregistrés chez les Texans d'Antone's. "Home cookin" en 94, "Knock out" en 95 et "Diva la Grande" en 96. Il faudra cependant attendre 99 pour voir sortir "Swango". Sur Sire. En 2000, elle signe chez Rounder pour y commettre "The toughest girl alive". Elle s'est souvent produite chez nous. Chaque fois (ou presque !) en compagnie d'un nouveau backing band. Et je dois avouer qu'elle a rarement déçu. Impossible d'échapper à la magnifique photo qui illustre la pochette de cet elpee. Candye y apparaît plus voluptueuse et séductrice que jamais. Pour la confection de cet opus, Thomas Ruf lui a permis de s'entourer d'une sacrée brochette de musiciens.

Elle entame ce nouveau CD, les cordes vocales en transe. Elle aime les mettre en exergue, et ça se sent! "Something's got a hold on me" est mené tambour battant. Le chant est assez gospel. La première intervention de cordes est très réussie. Faut dire que pour la circonstance, elle est secondée par Jeff Ross et Kyle Jester. Son adaptation du "Wrap around joy" de Carole King bénéficie d'un excellent arrangement. Un morceau de soul R&B très funky enrichi par l'orgue Hammond et les cuivres. Signé Wild Child Butler, "Put it all in there" est un shuffle comme on les adore. Tous les musiciens sont bien soudés. La section rythmique assure, pendant que R.J Mischo se démène, comme un beau diable, à l'harmonica. Issu de la plume de Billy Valentine, "Fit, fat and fine" nous ramène dans l'ambiance de la fin des années 40. Ce fragment libère beaucoup de swing, de rythme. Le chant est caractérisé par un échange entre Candye et Kyle Jester. Au cours de ce duo, Brandon Fields prend un solide solo de sax et Kyle se réserve une superbe sortie dans le style West Coast jump. Assez rocker, "A lion in my house" est un blues très rythmé. Le chant de Candye est furieux. Mais il me semble reconnaître l'ami Charlie Musselwhite qui pointe le bout du nez. La cover du "What's that I smell?" de Big Bill Broonzy constitue le moment le plus roots de l'opus. Elle met en exergue un duo vocal échangé avec ce bon vieux Charlie qui tient aussi la guitare acoustique. Candye s'attaque alors au canon de Willie Dixon, "Whole lotta love". Elle emprunte cependant les arrangements du Led Zeppelin. Ce qui n'est guère étonnant, car elle jouait ce titre live depuis pas mal de temps. Elle accomplit ici le rôle de Robert Plant. Ce qui n'est pas davantage surprenant lorsqu'on connaît son registre vocal. Et la guitare est aussi d'un bon niveau. Ce qui ne gâter rien. Des violons sirupeux introduisent "When the hangover strikes", une ballade enivrante très fin de soirée, qu'elle interprète à la manière d'une crooneuse. Pourtant, je la préfère lorsqu'elle déménage. C'est une certitude. A cause du volume de son registre vocal et de sa prestance. Alors, nous ne sommes jamais déçus. Sa puissance, sa hargne sont inégalables. A l'instar du rock'n'roll furieux "I'm just a sucker who believes in love". Un morceau qu'elle a composé. C'est bien dans ce registre qu'elle est la meilleure. Elle remet le couvert pour "27 times", au rythme plus relaxant. Mené à la manière de Jimmy Reed, cette compo se termine en swing. Mais est-ce donc Larry Taylor qui se réserve la basse acoustique et R.J Mischo l'harmonica? Cet excellent album se termine dans une atmosphère très barrelhouse, honky tonk. Le duo échangé avec le piano (NDR : est-ce celui du Reverend Billy C. Wirtz ?) est tout à fait excellent. Dommage que les notes de pochette soient si avares d'informations. Un album très excitant pour la très excitante Candye!

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Limousine blues

Jan James est originaire de Detroit. Sa voix est chargée de vécu. Pas pour rien que le timbre de cette chanteuse est souvent comparé à celui de Janis Joplin, de Tina Turner ou encore d'Aretha Franklin. Mais elle met cette voix au service d'un style différent. Qui n'emprunte pas la route conventionnelle du blues, mais bien plus souvent celle du hard rock. Elle avait fondé les Flying Tigers en compagnie du guitariste Craig Calvert, un musicien issu d'un groupe punk. Ensemble, ils se sont alors mis à écrire des chansons, en mêlant rock, soul, gospel et blues. Lorsque le duo émigre à Chicago, il décide de se produire sous le patronyme de la chanteuse. Son premier album "Last train", est paru 1995 (NDR : sur le label hollandais Provogue). Depuis, elle a commis "The color of the rose" en 1996, "Rebel desire" l'année suivante (toujours chez le même label), et récemment "Promise me".

" Limousine blues " constitue donc le dernier opus de la chanteuse blonde. Les notes d'ouverture nous transportent dans le Delta ; et très rapidement la puissance électrique entre en action. La voix autoritaire et infectieuse de Jan perce l'écran sonore. Elle se montre très autoritaire sur ce "Build me a man". Son fidèle guitariste, Craig Calvert, opère à la slide. Et c'est dans ce registre que j'apprécie le plus Miss James. Qu'il soit chargé d'intensité électrique ou patiné de rock, ce nouvel album sent bon le blues. La première impression était vraiment la bonne, car tout au long de ce bon blues rythmé, "I got a feelin" maintient le cap. La voix ne force pas. La guitare de Calvert n'en fait pas trop. Blues lent, "Rise above" est trempé dans l'orgue Hammond de Bob Long. Toujours aussi tonique, "Did what I did" accroche par sa ligne mélodieuse. "Montgomery" opère un virage à 180°. Craig empoigne sa guitare acoustique : direction plein sud ! L'atmosphère sent bon les fleurs de coton. Jan emprunte la voix de Janis. Pas trop éraillée, elle laisse éclater, ça et là, sa réserve de puissance. "Young man" reproduit le schéma ; mais pour la circonstance, c'est le piano de Bob Long qui domine le sujet. Pas trop éloigné du style pratiqué par Albert King, le titre maître est un blues plus funky. Une impression renforcée par la plage suivante : "Chain of fools". Signée Don Covay, elle constitue la seule reprise de l'album. Du Memphis R&B, époque Stax garantie ! Et la voix se complait dans ce style. Jan respire ses vocaux tout au long de "Fool of me", une composition légère, parfumée délicatement de jazz et de swing. L'effet est très réussi. L'album s'achève par un instrumental taillé dans le blues rocker : "Pack my suitcase". Nous sommes probablement en présence du meilleur album de Jan James ; et certainement de son opus le plus proche du blues…

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Smoke and noise

Acoustic Music est un label allemand qui accorde un soin tout particulier à la qualité de ses enregistrements. Etablis en Allemagne, le chanteur/guitariste Chris Jones et l'harmoniciste Steve Baker ont décidé d'unir leurs talents. Baker est tout juste âgé de 50 ans. Il est originaire du sud de Londres. Ses premières influences, il les a puisées chez Paul Butterfield ainsi que chez Duster Bennett (NDR : ce compatriote disparu enregistrait pour Blue Horizon). En 1975, il rejoint Have Mercy (Jug Band), un groupe de folk blues composé de quatre harmonicistes : Henry Heggen, Rory McLeod, John Echols et Steve. Le groupe émigre à Hambourg l'année suivante et récolte un certain succès. Vers 1980, Steve partage un duo en compagnie de Tom Shaka, puis de Tony Sheridan. Un peu plus tard, il transite par Tough Enough, une formation destinée ( ?!?!) à rivaliser avec les Fabulous Thunderbirds... En 1993, il commet un album en compagnie de Have Mercy (NDR : sur Crosscut) et deux autres avec Chris Jones, "Slow roll" en 95, et "Everybody's crying mercy" en 98. Chris Jones compte 45 ans balais au compteur. Il est originaire de Reno, dans le Nevada. Après avoir effectué son service militaire à Wiesbaden, il décide de rester en Allemagne. Nous sommes alors en 1976. Il est l'auteur d'une multitude d'albums, enregistrés en solitaire ou en duo.

Les sessions de cet elpee ont été immortalisées live au "Backstage" de Fulda et au "Manufaktur" de Schorndorf, en avril et mai 2002. Au programme : une musique intimiste faite de blues, de folk et de ballades. Chris Jones est responsable de l'écriture d'une bonne partie des titres. Dont le très doux "Soul storm comin'" qui ouvre les hostilités. Leur reprise du "Bourgeois blues" de Leadbelly met en exergue le jeu d'harmonica de Baker. Au sein de cette ambiance dépouillée, son exercice de style est brillant. Cependant, il ne faut pas négliger les qualités de jeu en picking de Chris Jones. Cette plage en est la plus parfaite démonstration. Au sommet de son art, le duo est vraiment excitant tant il vit sa musique. Les deux musiciens sont très complémentaires. Ils le démontrent tout a long de "God moves on the water" et du remarquable "If walls could talk" de Bobby Miller. Baker y signe une intervention remarquée et remarquable. La reprise de "Willing" de Lowell George est très poignante. Il est vrai que Jones est un vieux fan de Little Feat et en particulier de son regretté guitariste. Chris Jones possède également un talent tout à fait évident de compositeur ; mais ses chansons relèvent davantage du folk. A l'instar de "Roadhouses & automobiles", de "Long after you're gone" et de "Cold creature", ponctué d'une dernière intervention de très haut niveau signée Baker. L'album s'achève par une longue version du classique "St James infirmary". Une adaptation exécutée avec une sensibilité débordante, émaillée de délicats échanges entre les instruments.