La clef de TOPS git 6 pieds sous terre…

TOPS sortira son nouvel elpee, "Bury the Key", ce 22 août. Le quatuor propose une musique intemporelle qui allie profondeur et immédiateté. Il s’agit de son premier album complet depuis 2020, un opus qui explore des tons plus sombres tout en restant maîtres…

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La fresque de Vincent Delerm

Six ans après « Panorama », le chanteur cinéaste au cœur battant Vincent Delerm élargit encore son travelling sentimental en gravant « La Fresque ». Un huitième album dont la chanson-titre parlée, sur un arrangement tout en palpitations électroniques et…

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Jean-Claude Mondo

Jean-Claude Mondo

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Which way is Texas?

Nouvel album pour un des meilleurs guitaristes texans de la toute dernière génération. Entouré de ses Rockets, Anson arbore fièrement la bannière étoilée des Etats-Unis. Il nous demande innocemment où se trouve le Texas ? Première surprise, la mention ‘featuring Sam Myers’ n’apparaît pas sur les notes de la pochette. Pourtant, ce bon vieux Sam est bien présent, élégamment vêtu de son costume d’un blanc immaculé qui tranche bien avec la couleur ébène de sa peau. Au piano, on retrouve Gentleman John Street, alors que depuis la sortie du dernier album ("Change my pocket", en 1999), la section rythmique a été renouvelée. Elle implique aujourd’hui Wes Starr (ex Howlers) à la batterie et Johnny Bradley (ex-Crawl) à la basse. Une basse qu’il partage avec Eric Matthew Przygocki. Le line up est renforcé par les cuivres des Texas Horns, épinglant au premier rang, Mark Kazanoff.

Alliant toujours cette dose de dextérité, de sobriété et de modestie, "Can we get together" ouvre le feu de manière classique. Un blues bien rythmé, cuivré et parfaitement exécuté. Le son Funderburgh est imparable. Nouvelle surprise, "One woman I need" semble sortir tout droit d’un juke box de la fin des 50s. Anson le chante ; un phénomène assez rare pour le souligner ! La reprise du "Tryin’ to get back on my feet" de Sonny Boy Williamson trempe dans le Chicago blues classique. Sam Myers souffle bien dans son harmo pendant que John Street l’épaule au piano. La voix de Sam n’est jamais aussi bonne que sur une plage bien rythmée. A l’instar du "Rambling woman" de Johnny Walker. Anson joue impeccablement de la slide ; mais face à cette slide qui ronronne, Street brille au piano. Myers demeure remarquable dans le domaine du Chicago blues bien relax. Et tout particulièrement sur "Some sunny day", un fragment composé par Anson et sa compagne Renée. Memphis R&B instrumental, "Going my way?" opère un changement de registre. John Street a bien assimilé ce style derrière son orgue Hammond B3, alors qu’Anson est irréprochable dans le rôle de Steve Cropper. Le blues indolent de la Louisiane n’a pas été oublié. Façon Guitar Slim, pour être plus précis. C’est dans cet esprit qu’Anson a composé "The last time". Sam chante de sa voix la plus grave. Anson irradie de mille feux. John Street a joué en Floride pour le Rock Bottom and the Cutaways. Il y a sévi quelques années. Il demeure cependant toujours une révélation, même s’il a participé à la confection des deux précédents opus. Un musicien talentueux capable de rivaliser avec son leader. Et il le démontre tout au long du rythmé "Don’t turn this child away from heaven". Le piano y roule avec tellement de facilité. Cette sorte de rock’n’roll au ralenti est un des meilleurs moments de l’elpee. Et le piano continue à rouler pour passer à une séquence inspirée par la musique de la Nouvelle Orléans : "Hoodoo party" (de Tabby Thomas, l'homme de Baton Rouge). Sam y joue de l’harmo avec un engagement pas possible. Anson chante impeccablement le shuffle texan "Toss and turn". Signé BB King, "Jungle" est un blues lent exécuté à la perfection. Secondé par les cuivres et l’orgue Hammond, Sam chante comme il respire, pendant qu’Anson y concède un solo divin. Enfin, "Need to know" nous réserve un petit voyage dans le Delta. Ce brillant elpee s’achève en beauté, dans le rythme, autorisant une dernière et grandiose sortie de John Street.

 

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Farlowe that !

Chris Farlowe est un vétéran de la scène blues et R&B britannique. Il est aujourd'hui âgé de 63 ans et a toujours bon pied bon œil. Il était déjà sur la brèche au début des années 60 en compagnie des Thunderbirds : Albert Lee à la guitare, Dave Greenslade aux claviers et Carl Palmer aux drums. Il connaîtra son heure de gloire en 1966, en commettant le hit "Out of time", une chanson signée Mick Jagger/Keith Richards. On le retrouve, quelque temps plus tard, chez Colosseum puis Atomic Rooster, avant qu'il ne reprenne une carrière plus personnelle. Aujourd'hui sur la route et sur disque, il est flanqué du Norman Beaker Band, un combo drivé par le guitariste de Manchester, Mr Beaker. Le 21 juin dernier, il était à l'affiche de la fête de la Musique à Marcq En Baroeul ; et je dois confesser que sa prestation fut de loin la meilleure de la soirée. J'ai beaucoup apprécié les accents très Colosseum rendus par sa formation : au sax, Lenni pouvait rappeler Dick Heckstall-Smith, et aux claviers, Dave Baldwin évoluait dans un registre fort proche de Dave Greenslade. Il est vraiment dommage que sur ce nouvel album, cette sensation ne se reproduise pas. Chris est donc bien entouré de Beaker et ses musiciens : John Price à la basse et Paul Burgess aux drums. Même si Farlowe compose peu, son répertoire est très Farlowe. Il est même unique en son genre.

Il débute par "Trouble", une plage assez rythmée et électrique. Chris chante toujours avec la même puissance dans la voix. Ballade lente signée Frankie Miller, "Sending me angels" libère un maximum de douceur. Pour la circonstance, il a reçu le renfort vocal des Chanter Sisters, et du saxophone de Damian Hand. Le tempo reprend des couleurs pour l'excellent "A matter of time" de Bobby Mack. Les sœurs Irene et Doreen donnent toujours la réplique et Miller Anderson joue de l'harmonica. L'album défile ainsi dans le monde de Farlowe. Alignant régulièrement les ballades aux mélodies impeccables, cet opus parvient trop rarement à faire flasher les amateurs de blues. Exception qui confirme la règle : "Ain't no big deal". Une compo issue du répertoire de Little Milton exécutée dans la lignée de ses Thunderbirds de naguère. Du pur R&B, avec orgue et saxophones, sur un rythme inspiré par John Lee Hooker. La version du "Lonesome whistle" de Hank Williams épingle une nouvelle intervention intéressante d'Anderson à l'harmo. Miller Anderson était apparu à la fin des années 60, au cœur du british blues boom, comme chanteur/guitariste du Keef Hartley Band (ex-Bluesbreaker de Mayall). Plus tard, il a transité par le Savoy Brown (Boogie Brothers), puis le Chicken Shack, aux côtés de Stan Webb. Pour la circonstance, il a aussi amené sa guitare et se réserve le solo sur "As long as I can see the light" de John Fogerty et "Living it down" un rocker signé Delbert Mc Clinton. Chris et Van Morrison chantent en duo "Sitting on top of the world", une chanson issue de la plume de l'ex leader de Them. Le "Borderline" de Ry Cooder est un des meilleurs moments de l'opus. Un fragment chanté avec pour seul accompagnement la guitare de Miller Anderson. Cet album me laisse sur ma faim. Je lui préférais "Lonesome road". Un elpee live, paru en 1995. En outre, je n'ai jamais eu l'opportunité d'entendre son précédent opus, "Glory bound". Paru en l'an 2000, chez le même label Delicious, il bénéficiait notamment du concours de Mick Moody, Mick Green et de Paul Jones.

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Shades of blue

De couleur noire, ce guitariste milite au sein d'un milieu dont les stars sont toutes blanches : Junior Watson, Kid Ramos, Alex Schultz, Rusty Zinn,… Mais à l'instar de ces dernières, il est un adepte du style jump, cher aux musiciens californiens. Originaire de Lakewood, en Californie, il a été très top imprégné du son des années 50 et 60. Et en particulier par le grand BB King. Il n'a que 27 ans, et a déjà côtoyé des musiciens de blues contemporain aussi notoires qu'Al Blake (NDR : le leader du Hollywood Fats Band), Lynwood Slim et Jr Watson. Il a participé à de nombreuses sessions pour John Stedman, le boss de JSP. Il a d'ailleurs commis son premier elpee chez ce label : "I'm here and I'm gone. En 1999. Il figurait également sur l'excellente collection "Blues across America : the Los Angeles Scene", un disque paru sur le défunt label Cannonball. Tout récemment, il a transité par le backing band de Kim Wilson et des Fabulous Thunderbirds. Aux côtés de Kid Ramos. Quel beau monde! Boss de Crosscut, Detlev Hoegen a eu le nez creux. Les sessions de cet album se sont déroulées aux studios Valley, près de L.A. Les invités sont de grosses pointures et se partagent les vocaux : Kim Wilson, la sulfureuse Janiva Magness et Finis Tasby. Parce que Kirk gratte mais ne chante pas.

Cet elpee s'ouvre par un instrumental : "Blues for Boo Boo. Bien rendu par l'orgue Hammond de Red Young, le climat trempe dans le Memphis R&B. Pourtant, aussi étonnant que cela puisse paraître, c'est le son de la guitare qui occupe le devant de la scène. La section rythmique impose un swing léger. Mais si Kenny Sara exerce son rôle à la batterie, les parties de basse sont produites par les pédales de l'orgue. Bonne entrée en matière ! Red Young est un claviériste texan. De Dallas Fort Worth. Il drive sa propre formation : le Red Hots Trio. Un combo au sein duquel on retrouve Sara aux drums. "Bad boy" est un de mes blues favoris. Une histoire de mauvais garçon composée par le grand Eddie Taylor. Cette version bénéficie ici d'un bonus décisif. Kim Wilson le double au chant et à l'harmonica. Il y a une éternité que Kim l'interprète en compagnie des ses FabTs. Janiva Magness revient chanter une version très personnelle de "Little by little". L'univers sonore est très proche du morceau qui ouvre l'opus. Très Memphis, ce fragment est dominé par l'orgue Hammond. Kim Wilson chante "My home is a prison" de Jay Miller. Sa voix reste distante sur ce blues des swamps louisianais chargé d'émotion. Kirk joue dans un style bien éloigné du jump, libérant une bonne dose d'intensité dramatique. La machine est désormais parfaitement huilée. Kim est toujours au poste pour se lancer dans le "Country girl" de BB King. Un West Coast swing d'excellente facture émaillé d'échanges de grande classe, entre la guitare et l'harmonica. Chanteur noir californien, Finis Tasby interprète "Welfare blues", un blues lent, brûlant, écrit par Jimmy Dawkins. Du Chicago blues ! Red Young est passé au piano. Eli Fletcher se sent comme un poisson dans l'eau pour exécuter ce fragment au style orthodoxe. Signé Willie Dixon, "Don't go no further" est ici rendu de manière très originale. L'atmosphère roots se teinte de jazz. Janiva Magness est au chant. Red au piano. Jeff Turmes à la basse et à la guitare acoustique. Kim repart de plus belle. L'inspiration féconde, il souffle avec puissance sur son instrumental "Club Zanzibar". Quelle pêche ! Faut dire que Kim a ramené une fameuse section rythmique. En l'occurrence Ronnie James Weber (ex-Little Charlie & the Nightcats, Fab Ts) et Richard Innes (ex-Hollywood Fats Band, Fab Ts). Finis Tasby chante encore de sa voix claire et puissante le "Down home woman" de Mark Goldberg (ex Canned Heat) et le classique de Percy Mayfield, "The river's invitation". "That's why I'm cryin" est sans doute le moment le plus intense de l'album. Un blues lent classique, à vous flanquer des frissons partout. Tout au long de cette plage signée Magic Sam, Janiva susurre une dernière fois au sein d'un univers sonore déchiré entre orgue Hammond et guitare…

 

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Relatively blue

Issu de la région de Brighton, ce blues band anglais s'inspire largement de B.B King. Très 'british' ces gentlemen accordent une grande importance à l'aspect mélodique de leurs compositions. Ils appartiennent à un mouvement qui a fait autrefois et encore aujourd'hui largement recette dans l'Albion ; et dont Eric Clapton et Peter Green incarnent certainement les plus parfaits symboles. Les Elevators me font également penser à un autre blues band anglais aujourd'hui malheureusement disparu : les Producers.

John Whippy en est le leader, chanteur et guitariste. Au sein du groupe, il joue le rôle de Peter Green. Phil Greaves, l'autre guitariste celui de Clapton. Martin Robinson à la basse et Mick Hill à la batterie complètent le line up. Une formule qui tient bien la route, car lorsqu'un des guitaristes exerce la fonction de soliste, le second assure aussitôt la rythmique.

Les Elevators se penchent tout d'abord sur le répertoire de B.B King. Ils interprètent ainsi "Understand (I'll survive)" avant de passer avec beaucoup de talent au fameux "Everyday I have the blues". Renforcés par les Brass Monkeys, une section de cuivres au sein de laquelle Miss Jane Stimpson nous réserve un solo à la trompette, ils reprennent le "That's what I'll do" de Robert Cray, dans un style plus saignant. "Seven L-O-N-G days" est une plage nerveuse. Le chant est situé entre Clapton et Green. La partie de guitare est assez originale. Les aficionados de John Mayall et de Peter Green vont être ravis d'entendre la reprise de "A hard road". Elle constituait la plage titulaire de l'album des Bluesbreakers impliquant Green. La version est très agréable. La guitare rythmique sans faille. J'apprécie toujours autant le son réverbéré de la Gibson Les Paul. Le répertoire demeure très classique. A l'instar du "My time after a while" de Buddy Guy, un titre que Clapton aimait interpréter ; du "All over again" de BB King, un savoureux slow blues modestement cuivré ; ou encore du "Double Trouble" d'Otis Rush dont Peter Green s'acquittait si bien à l'époque où il côtoyait Mayall. Pour la circonstance, John Wippy chante avec l'intonation de la voix et le phrasé de guitare de Peter. Wow! Signé Little Walker, "Mean old world" aligne un bien agréable défilé de solos : John tout d'abord, Miss Claire Mathews au sax alto, Paul Satchwell au trombone, Jane à la trompette, Simon D'souza au sax tenor et enfin Phil pour conclure. Autre titre de BB King, "3 O'clock blues" emprunte le style de Clapton. Blues très très lent, "Nightlife" de Willie Nelson est joué avec un maximum de passion et de feeling. Une chaleureuse sensation de douceur nous étreint. Le célèbre "I'd rather go blind" s'attarde dans le registre lent. L'opus nous réserve un titre caché. Un instrumental signé Freddie King : "Hideaway". Le style british blues de cet opus est imparable.

 

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Midnight creep

Le climat du Colorado est peut être aride mais le blues y reste vivace. Alors, une fois n’est pas coutume, mais je vous propose de nous y arrêter. Pour découvrir un certain Easy Bill Towber, un jeune musicien dont le point d’ancrage se situe dans les fifties ; et plus précisément la scène urban blues de Chicago.

Dès l'ouverture, vous être envoûtés par le climat sonore de ce premier opus. La production opérée par Nick Moss est impressionnante. Si vous appréciez Mark "Tee" Thijs, vous ne pourrez qu’adorer Easy Bill. Le "Gonna tell your mother" de McCracklin est un véritable brûlot. Une claque ! A cause de la sonorité de la guitare, mais aussi de la puissance et de la conviction du lead singer, que les autres musiciens soutiennent en chœur. La section rythmique est placée bien en avant. La basse de RD Jones et la batterie de Kyle Roberts constituent une base sûre et idéale pour cette musique propulsée dans ce 21ème siècle encore naissant. Deux autres instruments tirent encore ici leur épingle du jeu : l'harmonica de Gerry Hundt et le piano de Mark Richardson. Le rythme demeure aussi franc pour aborder "Starving for your love", une composition au cours de laquelle les cuivres renforcent l'impact de la guitare. Tout est parfaitement mis en place. Tous les musiciens ont posé leurs marques. Ce qui leur permet d’intervenir à tour de rôle. Tout au long de "Swinging on a vine", un R&B que n'aurait pas renié les Blues Brothers, le saxophone de Ken Plum, le piano et bien sûr la guitare s’en donnent à cœur joie. Quant à la voix de Big Bill, elle se joue des événements. Les néons s'éteignent. Les couples d'étreignent sur la piste de danse. Vous l'aurez deviné, le rythme ralentit. Une ambiance fin de soirée s'installe. Au milieu des volutes de fumées, Mr T-Bone Walker donne le ton : "Live to love" est un plaisir des oreilles. Les saxes de Ken susurrent des mots doux. La retenue d'Easy Bill impressionne. Dynamisé par les rythmes sautillants de la Nouvelle Orléans, "Shooty booty" reproduit une ambiance plus festive. Le saxophone et le piano s'envolent. Inspiré par le son southside de Muddy Waters, le vif "Whiskey drinking woman" opère un retour vers Chicago. Gerry y souffle comme Little Walter. Tous ces musiciens ont bien assimilé l'esprit du passé : celui de Chicago, de la Louisiane, mais aussi les ambiances plus feutrées de la West Coast. Le swing et la légèreté sont au rendez-vous. Et "Down boy", ainsi que "Spending time", un fragment au cours duquel le piano se fait jazzy, tant il swingue, en sont les plus belles démonstrations. Easy Bill mène son petit orchestre de main de maître sur l’excellente plage, "One more kiss", une bonne dose de joie de vivre dans la voix. L'harmoniciste Gerry Hundt opère un retour sur la plage titulaire. Responsable de la production (NDR : qu’il assure avec un rare bonheur), Nick Moss a ramené dans ses valises "Awful thoughts", une composition tellement imprégnée du Chicago des fifties (NDR : celui de Muddy Waters, bien sûr) qu’elle en devient un réel plaisir. Et lorsqu’Easy Bill délivre parcimonieusement ses notes, l'émotion ne peut que passer. L'album s’achève par "Side-track", un instrumental imprimé sur un rythme proche du célèbre "Honky Tonk" de Bill Dogett qui met en exergue le travail du saxophoniste. Si vous appréciez Tee, Nick Curran, Little Charlie & the Nightcats, je vous recommande cet opus qui est, je le confirme, une véritable réussite.

 

mercredi, 09 février 2011 01:00

The Blues sessions

Tim Woods est un bluesman de couleur blanche. Chanteur, guitariste, compositeur, il n’est guère notoire ; mais à l’instar de nombreux modestes artisans, il est animé d’une passion constante. C'est ce qu'il a voulu prouver tout au long de ces "Blues sessions", en exploitant différentes formules. L'homme a pourtant déjà plus de 25 années de carrière. Ce qui lui a permis de côtoyer de nombreux musiciens qui partagent cet amour inconditionnel pour les douze mesures.

"The Blues sessions" constitue son tout premier opus ; et saluons son initiative d’avoir voulu la traduire en hommage au blues et aux musiciens légendaires qui ont forgé ce style. Tim est originaire de la Pennsylvanie ; il a passé l'essentiel de sa vie musicale en Georgie, surtout du côté de Macon! Il a donc dû prendre son bâton de pèlerin pour concocter cet elpee. Six mois ont donc été nécessaires pour boucler les différentes sessions studio (NDR : à Chicago, à Clarksdale dans le Mississippi et chez lui, à Atlanta, en Georgie). Des sessions auxquelles ont participé une bonne quinzaine de musiciens. Ce qui lui a permis d’aborder des styles très différents. Tant électriques qu’acoustiques. Du blues lent au rapide en passant par le boogie! Et c’est le patron du label Earwig (de Chicago), Mr Michael Franck, qui s’est chargé de la production, aux côtés de Woods.

Les sessions s’ouvrent par le traditionnel "Deep ellum blues". Le line up campe un trio. Woods est soutenu par le guitariste Eric Noden (NDR : un musicien le plus souvent associé à l'harmoniciste Joe Filisko) et le drummer Kenny Smith (NDR : le fils de Willie ‘Big Eyes’). La voix de Tim n’est ni passionnante et encore moins passionnée, mais elle est solide et passe bien la rampe. En outre, elle est bien mise en exergue par les deux grattes acoustiques. Tim voue une admiration sans borne au légendaire bassiste de Chicago, Willie Dixon ; sans doute le compositeur le plus prolifique de l’histoire du blues! Mais aussi à un autre pionnier, Howlin’ Wolf. Et il le démontre sur "Do the Do". Le tempo est allègre. Les sessions se sont déroulées à Chicago. Elles ont bénéficié de la collaboration d’acteurs locaux réputés, comme le guitariste John Primer, le pianiste Alan Batts et le bassiste Bob Stroger. Les échanges de cordes sont de haute facture. "Castle rock boogie" trempe évidemment dans le boogie. Une compo signée par un spécialiste du genre, le pianiste Roosevelt Sykes. Pour la circonstance, Batts se réserve les ivoires de main de maître. Tim a aussi invité un vieux bluesman de couleur noire, Honeyboy Edwards. Issu du Delta, il est aujourd'hui âgé de 95 ans. Il a participé aux sessions de trois plages. Et elles sont chargées d'une intense émotion. Les deux musicos se partagent chant et guitare sur "Bad whiskey & cocaine" et "Wind howlin' blues". Honeyboy chante seul "Drop down Mama". Les 3 titres sont issus de la plume d'Edwards. Caractérisé par ses cordes acoustiques, la lecture de "Spoonful" est très personnelle. Le rythme s’est accéléré. Noden, Smith et Tim reforment le trio. Pour la session de Clarksdale (NDR : c’est dans le Mississippi, au cœur du delta) il est épaulé par l’un des maîtres des lieux, Big Jack Johnson, ainsi que par le bassiste Terry ‘Big T’ Williams. Allen Batts siège derrière l’orgue tout au long de "Clarksdale boogie", un instrumental bien nerveux. Le traitement du "Built for comfort" de Dixon est très funky. La cover du "Who's been talkin'" de Howlin' Wolf, superbe. Pour votre info, sachez quand même que Batts a accompagné les plus grands. Que ce soit Freddie King, Jimmy Witherspoon, Eddy Clearwater ou Albert Collins. Et pour être complet, signalons la présence de deux plages assez longues, au cours desquelles participent des musiciens moins connus, mais dont le rendement est tout à fait honorable. En l’occurrence le violoniste Joe Craven, l’illustre Ike Stubblefield, plutôt balèze derrière son orgue Hammond, et enfin Bobby Lee Rodgers, dont l’habileté aux cordes, reflète des affinités évidentes pour le jazz. Cette équipe se fend alors d’une adaptation du "It don't make sense you can't make peace" de Dixon et d’un "World comes tumblin' down", traversé d’accents country.

 

mercredi, 09 février 2011 01:00

Texas Blues Project Volume 2

Ce duo issu de Fort Worth (NDR : c’est au Texas !) nous propose le deuxième volet de son "Texas Blues Project". Il fait suite à un premier chapitre publié en 2008. Et pour réaliser ce projet, les deux amis, Bryan Freeze et Jim Ashworth, ont décidé de conserver le patronyme Dr Wu', un nom tiré d'une chanson de Steely Dan. Le duo d’amis a composé les douze plages ; mais ils se sont également chargés de la mise en boîte, du mixing ainsi que de la production de ce nouvel opus. Pour la pochette, ils ne se sont pas trop cassé la tête, puisqu’ils ont repris celle qui illustrait le premier volume ; celles de vaches texanes à (très) longues cornes! Paradoxalement, nos deux compères n'exercent qu’un rôle secondaire au cours de toute cette série d’exercices de style. Bryan Freeze est crédité de la guitare rythmique et Jim Ashworth, de rien (NDR : ‘nothin’). Je le soupçonne cependant de gratter parfois les cordes! En fait, le concept Dr Wu' est destiné à mettre en exergue le talent de tas de potes locaux. Indubitablement, on assiste à une fête de la guitare blues texane.

Au premier rang des guests, on retrouve le saignant Buddy Whittington (NDR : il a sévi comme sixcordiste, au sein des Bluesbreakers de John Mayall, pendant de nombreuses années). C'est d'ailleurs Buddy qui ouvre le feu par "That ain't rtight", une compo qu'il cosigne en compagnie de Bryan et Jim. D'emblée ce musicien révèle sa force de frappe et tout son talent. Il ne faut pas plus de 5" pour  s'apercevoir que nous sommes en présence d'un grand! Buddy met toute sa force vocale au service de l'ensemble. Ses cordes sont explosives, incisives, inspirées par Freddie King. Le vieil ami Charlie Bassham est revenu pour chanter "Can't keep a good man down". Lui aussi possède une voix autoritaire. Red Young (de Red and the Redhots) siège derrière l'orgue Hammond. Le ton est assez Memphis R&B. Mace Maben se révèle également très versatile à la guitare. Charlie chante encore admirablement le lent "Even a wolfman gets the blues". Manifestement, les gratteurs sont ici tous excellents. Et l’intervention de Dave Milsap, un ex-membre du Delbert McClinton Band en est une belle illustration. Mais déjà le géant Buddy Whittington refait surface. C’est même lui qui va prendre l’ascendant sur presque tout le reste du projet. Il chante "Bryan Irvin road", en échangeant quelques petits soli en compagnie de Freeze, préposé à la slide. Le tempo change. Place au boogie. Lors du percutant "Boogie in the rain", Buddy est aux vocaux. Il est soutenu par les brillantes interventions de Gary Grammer à l’harmo. Les deux hommes s'entendent comme larrons en foire! Le rythme est toujours aussi vivifiant sur "Fort Worth bound", une plage dédiée à la bonne ville de Fort Worth (NDR : voisine de Dallas). Mouse Mayes (ex-Black Oak Arkansas, ex-Pointblank) chante devant l'harmo de Grammer et les cordes acoustiques de Freeze. "Why is it so hard to say goodbye ?" est toujours aussi sémillant, une plage au cours de laquelle Whittington a repris les rennes. Sans le moindre répit, "Bo Diddley tribute" embraie, tout en empruntant, au passage à "Road Runner". C’est Mouse Mayes qui dirige la manœuvre tout au long de "Hey Bo Diddley". On en a des fourmis dans les jambes. Les percussions sont stimulantes et on se régale du Bo Diddley beat ! Le récital texan conserve tout son intérêt lors d’un "You give me the rain", caractérisé par la présence de trois guitares rythmiques pour épauler le soliste Mayes (NDR : leader de The Powerhouse, il invite régulièrement Whittington à venir renforcer son team). Instrumental, "My man's specialty" met aux prises Buddy et Red Young". Un nouveau convive a empoigné le micro : Geral Lawrence. Il attaque "Rockin' Chuck Berry blues", du pur rock'n'roll. Lee Pickens joue ici le rôle de Berry Whittington. Geral interprète "Slow rollin' train", une finale excitante, imprimée sur un rythme très ‘rollingstonien’, au cours duquel Buddy s’accorde une dernière sortie sur sa slide. Une magnifique propagande pour le rockin' blues texan!!

mercredi, 09 février 2011 01:00

Gonna boogie anyway

Chris James et Patrick Rynn sont issus de San Diego, dans l'extrême sud de la Californie. Chris est chanteur et guitariste. Patrick, bassiste. Ils avaient déjà publié ensemble "Stop and think about it", en 2008. Ce qui leur a valu un Blues Music award! Ils jouent ensemble depuis vingt ans et sont établis à Chicago. Ils militent également chez les C-Notes, le backing band du chanteur/harmoniciste local, Rob Stone.

L’elpee s’ouvre par "Money don't like me", un Chicago shuffle très Westside. Chris nous balance le riff cher à Magic Sam. Sa voix est vraiment excellente. Le tempo est imprimé par le drummer notoire Sam Lay (NDR : il sourit derrière ses fûts). David Maxwell, pote de toujours, aligne ses notes sautillantes sur les 88 touches d'ivoire, pendant que Jonny Viau s'époumone sur son sax ténor. Une adaptation en version instrumentale est également proposée sur cet elpee. James a toujours vénéré le bluesman rocker, Bo Diddley. Il reprend ici deux titres assez peu connus du mythe disparu en 2008. Tout d’abord "Dearest darling". Le célèbre beat est soutenu par les maraccas de Rob Stone et le piano de Maxwell! "You can't trust nobody", ensuite. Inspiré par Lil' Son Jackson, le légendaire bluesman noir texan, ce downhome blues chargé d’émotion est interprété en trio par Chris, Patrick et David Maxwell. "Life couldn't be sweeter" nous replonge dans le Chicago blues des années 50, une plage qui figurait au répertoire d'Elmore James. Chris est passé à la slide, les deux saxophones sont à l'arrière-plan tandis que le vieux pianiste Henry Gray (85 ans), ancien musicien de Howlin' Wolf, se libère. Henry est toujours au poste pour l'instrumental "H.M Stomp". Il est épaulé par l’illustre harmoniciste Bob Corritone. James et Rynn se réservent deux plages en duo. Soit "Headed out west", narrant l’histoire des deux amis quittant la cité des vents pour l'Ouest, par cette célèbre nationale, la route 66. Ainsi que le "Black spider blues" de Robert Lockwood Jr. Deux plages qui reflètent leur sensibilité à fleur de peau. Le "Can't stand to see you go" de Jimmy Reed est une cover bien ficelée, abordée dans l'esprit de ce célèbre bluesman. Un hommage rendu à Reed et son guitariste Eddie Taylor. Rob Stone souffle dans les aigus de son harmonica. Le bon vieux boogie n’a pas été négligé. Et il alimente un des sommets de cet opus : "Gonna boogie anyway", une plage qui adopte le style jump, bien balisé par le piano de Henry Gray ainsi que les saxophones de Viau et d'Allen Ortiz. Du 5 étoiles ! "The tables have turned" a la fièvre et frissonne. Maxwell et Stone s’y impliquent sans la moindre réserve. Le "Little girl" de Bo Diddley clôt l’elpee sur un rythme endiablé. La participation de Corritone est précieuse. Un album de grande classe !

mercredi, 09 février 2011 01:00

Horrifying death eating blood spider

Cet homme-orchestre suédois avait gravé, l’an dernier, "Outskirt", une œuvre particulièrement singulière. Imprégné de blues, folk et world, elle constituait, pour votre serviteur, une véritable révélation. Son nouvel opus, "Horrifying death eating blood spider" est tout aussi imprévisible. A cause des percus tonitruantes, primaires, dispensées par Pelle Nyhage. Et puis de la voix déjantée, scandée à tue-tête. Son blues est brut. Il est alimenté par des accords de guitare amplifiés, répétitifs, dessinant des motifs sans fin. Daniel chante, éructe, siffle comme un révolté. Son attitude est menaçante.

Un climat de torpeur et d’inquiétude envahit "Nr.& Nr.2 Nr.3". Manifestement, ce n’est pas la joie. Il s’abandonne aux tourments des artifices synthétiques, tel un repenti, la corde au cou! Et ce n'est pas "Highbird" qui va nous combler d’optimisme. Calfeutré dans sa maison, au cœur de la nature scandinave, Daniel se confesse à son enregistreur à cassettes. Il triture sa pauvre guitare sans ménagement. "Blind" est une complainte empreinte de mélancolie et de morosité. Sa voix est très assurée, mais les tonalités des instruments sont terriblement fragiles. "Crooked John" pénètre au sein d’un univers postindustriel d'une autre époque. Les sonorités sont indescriptibles. Les percussions accablantes. La flûte dissonante. Nous sommes proches  de l'anoxie, comme oubliés dans une fosse de garage. Daniel adopte un rythme plus enlevé pour aborder "Get the moon up". Son timbre est aussi ravagé que celui de Tom Waits. L’inspiration est nettement puisée dans le pré-war blues. La rythmique s’active pendant que l’harmonica communique un peu de couleurs à l'ensemble. "Mean old devil got on II" est également marqué par ce blues primaire. Il attaque ses cordes sur le fil du rasoir. L’accent est placé sur le message de notre artiste, issu du Nord. Ses riffs deviennent incandescents sur "Lowbird". Un vieil orgue, sorti de nulle part, hurle tel un Zeppelin des années trente! La plus belle chanson est sans doute aussi la plus accessible : "Stuck in the bones". Sa voix semble libérée. Daniel tolère même la présence d'autres musiciens, dont Berra Karlsson, préposé à la steel guitare. Et ses interventions sont judicieuses. Cependant, "Perfect jazz" replonge dans l’univers glauque avant de célébrer sa délivrance, lors de la finale, "Tough it aches". Introspective, cette œuvre est vraiment très originale. 

Keb Darge est deejay. Il est aussi spécialiste dans la northern soul et le rockabilly. Danseur lui-même, il aime naturellement les musiques qui alimentent son art. Cet Ecossais était encore, il y a peu, animateur de deep funk et de house ; mais récemment il a décidé d’enflammer un club qui se consacre exclusivement à la northern soul, au jump blues, au vieux R&B et au rockabilly. Little Edith partage la même passion musicale. Ensemble, ils ont donc sélectionné cette collection de plages, qui datent essentiellement des années 50. Elle est d’ailleurs sous-titrée "A collection of Ultra rare black rockers from the 50s and early 60". Un œuvre qui procure beaucoup de bonnes vibrations. Une constante : le dynamisme et le rythme ; mais des morceaux interprétés par des artistes pour la plupart inconnus aujourd'hui! Dommage que l’œuvre ne soit pas accompagnée d’un livret informatif sur ces 20 plages, comme d'autres labels le proposent. A l’instar d’Ace ou Edsel, par exemple, dans des registres semblables.

Le thème du chemin de fer hante "The freedom riders". Imprimée sur un rythme soutenu, cette compo d’Harold Jackson et ses Jackson Brothers date de 1962. Teddy McRae était un saxophoniste réputé. Il a côtoyé Cab Calloway, Lionel Hampton et Louis Armstrong, au cœur des fifties. Il avait choisi pour pseudo Mr Bear. "HiFi baby" est une plage rafraîchissante. Du jump swing très nerveux, au cours duquel tous les instrumentistes se révèlent excellents : le pianiste, le guitariste et le sax ténor. Junior Wells est un bluesman chicagolais notoire ; l’un des meilleurs harmonicistes du style. Il est disparu en 1998. En 1957, il gravait "Lovey dovey lovey one", un rock'n'roll percutant, rehaussé par la présence d’un guitariste très imaginatif. Marie Knight possède une voix assez extraordinaire. Son interprétation du très rapide "I tought I told you not to tell them" traduit une santé éclatante. L’œuvre épingle plusieurs artistes très rock'n'roll, fort proches de Little Richard, mais qui ne manquent pas de talent. Et tout d’abord Bill Johnson, dont le "You better dig it" est parcouru par un piano très sautillant et un sax ténor classieux. Puis Little Ike, dont le "She can rock" déménage, je vous assure! Autre style, le rock coloré de chœurs doowop. Des ensembles qui soignent avant tout les harmonies vocales. Comme les Willows, un quintet de vocalistes de couleur noire, qui a sévi fin des fifties, responsable de "Don't push don't pull don't shove". Les Electras également. Et surtout les Egyptians, lors d’un rockin' R&B étincelant intitulé "Flipping their top". Et non seulement les voix sont superbes, mais la guitare est terriblement contemporaine, fort proche même des meilleurs acteurs du style jump actuel. Parmi les plages les plus légères, pétillantes, en général assez humoristiques, on retiendra le "Pretty please" des Kinglets, drivés par le chanteur Leroy Thomas. Le "Tarzan" d’Artie Wilson est propice à la bonne humeur. Et le "Love blood hound" de K.C Mojo Watson, le "Zindy Lou" des Mariners ainsi que les "Zimba Lulu" des Rays baignent au sein du même climat. Johnny Guitar Watson était un illustre bluesman avant de se convertir au funk. "The bear" nous rappelle qu'à ses débuts, son style émargeait au rock'n'roll originel. Surtout connu comme guitariste, il était influencé par T-Bone Walker et Clarence Gatemouth Brown. Il est mort sur scène. A Yokohama. Il avait 61 ans. Le meilleur est pour la fin : le "That's a pretty good love" de Big Maybelle. Puissante, sa voix reflétait du vécu. C’est une des toutes premières chanteuses de R&B. Cette figure mythique avait entamé sa carrière dans les années 40. Elle avait même enregistré le fameux "Whole lotta shakin' goin' on", deux ans avant Jerry Lee Lewis. Elle est décédée en 1972, après être tombé dans un coma diabétique. Elle n'avait que 48 ans.

Let’s dance !