Les idoles de Yungblud…

Sur « Idols », Yungblud franchit un cap et affirme son identité musicale avec force. Toujours porté par une énergie brute et une notoriété en pleine ascension, le chanteur britannique livre un troisième album studio aussi puissant que varié. Dès « Hello,…

logo_musiczine

Le jeu d’échecs de Vera Daisies

Margaux Jaudinaud, illustratrice multi-casquettes et binôme du groupe Ottis Cœur, se lance en solo sous le nom de Vera Daisies. Après avoir ouvert pour The Libertines, Tess Parks ou encore le band londonien Sorry, elle dévoile un premier titre incisif, "Chess…

Miossec simplifie…

Miossec, le poète du Finistère, reprend la route avec "Simplifier", un album vibrant de…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Nos partenaires

Dernier concert - festival

Hooverphonic
Gavin Friday - Het Depot
Concerts

Ben Harper

A l’aise dans tous les styles…

Écrit par

La dernière fois que votre serviteur avait assisté à un concert de Ben Harper, c’était en 2014. Au Cirque Royal. L’artiste était accompagné par l’harmoniciste Charlie Musselwhite. Un set qui s’était enfoncé au plus profond du Bayou. Ce soir, le Californien est programmé au Club de Forest National ; la capacité de la salle est donc réduite à plus ou moins 4 000 personnes. Et elle est sold out, car le deuxième balcon a été condamné ; une tenture noire séparant d’ailleurs le poulailler du reste de l’hémicycle.

The Jack Moves assure le supporting act. Comme pour toute la tournée européenne ; un périple baptisé ‘Call It What It Is Tour’. Le premier elpee (NDR: il est éponyme) de ce duo originaire du New Jersey est paru en décembre dernier. Prévu pour 20 heures, le set démarre un quart d’heure plus tôt. Cheveux longs, pantalons à pattes d’éph’ et chaussures à hauts talons, Zee Desmondes s’installe à l’avant du podium. Il se consacre au chant et à la guitare. Il est soutenu par le drummer/producteur Teddy Powell. Mais en ‘live’, le tandem est épaulé par un bassiste (bonnet enfoncé sur le crâne) et un claviériste.

Bien funky/r&b, « Doublin' Down » ouvre le set. La voix de Zee est particulièrement soul. La frappe de Teddy est métronomique. Les interventions des claviers sont discrètes mais efficaces. On se croirait revenu au beau milieu des années 60. Et tout particulièrement au cœur de l’âge d’or de la Motown. Zee se distingue à la gratte tout au long du magistral « All My Love », une compo hantée par Nile Rodgers. Sa voix est alors empreinte d’une grande tendresse. La cover du « A Fool For You » est excellente. Pendant le langoureux « Make Love », des sonorités de clochettes s’élèvent des synthés. De quoi faire tomber en pâmoison le public féminin. Une autre reprise, le « Heavy Love Affair » de Marvin Gaye. Revue et corrigée par la formation, cette version est épatante. Et « We'Re Here Now » clôt cette excellente prestation, un morceau dominé par les synthés, que ce soit à travers les sonorités d’ivoires ou même de cuivres, reproduites par cet instrument. Dommage que le band ne soit pas un peu plus interactif…

Agé aujourd’hui de 47 ans, Ben(jamin Chase) Harper a donc décidé de remonter son premier groupe : The Innocent Criminals. Vingt-cinq ans quand même que le guitariste californien roule sa bosse. Sa musique mêle rock, folk, blues, roots, gospel, funk et reggae. Outre ce combo liminaire, il a également drivé The Blind Boys Of Alabama et Relentless Seven. Ce soir, il a donc décidé d’en revenir aux sources pour défendre son quinzième album, « Call It What It Is ». Son backing group implique le percussionniste Leon Mobley, le claviériste Jason Yates, le bassiste Juan Nelson, le drummer Olivier Charles et enfin le second gratteur Jason Mozersky, qui remplace Michael Ward depuis mai dernier

Les lumières s’éteignent vers 20h50. En arrière-plan, une toile, sur laquelle est représenté le sigle du dernier opus (NDR : une cible de tir au couleurs verte, orange et brune) de Ben Harper & The Innocent Criminals, est tendue. Deux estrades sont érigées sur le podium. L’une est destinée à Leone et l’autre à Olivier. Harper s’installe au centre, face à son micro. Soit debout. Ou assis, quand il y pose sa guitare sur les genoux. Il est coiffé d’un chapeau mou de couleur blanche. « Oppression » (« Fight For Your Mind  ») ouvre le set. La voix est douce, hantée, mais bien maîtrisée. Yates, bandana bleu lui enserrant le front, et le drummer assurent les backing vocals.

Dès « Don't Take That Attitude to Your Grave » (« Welcome to the Cruel World », 1994), Ben passe à la guitare électrique. Le public applaudit chaleureusement. Régulièrement, la main sur le cœur, il remercie la foule. Il signale que c'est un réel plaisir de jouer ce soir devant un tel public. Qui reprend les refrains en chœur. La température grimpe graduellement. Il revient à la semi-acoustique pour « Finding Our Way », un premier extrait du nouvel opus. Si la set list va puiser au sein des 15 long playings de Harper, elle va quand même privilégier le dernier en date. Pendant « In the Colors » (« Lifeline »), des lumières blanches balayent les premiers rangs de la fosse. Et Ben accorde un solo magistral de percus, en fin de parcours. Il cale sa gratte sur les genoux pour attaquer « Shine ». Il transpire de plus en plus. Aussi, il glisse un essuie éponge de couleur noire sous son couvre-chef, avant d’empoigner le micro pour aborder « Morning Yearning » (« Both Sides of the Gun », 2006). La basse compte cinq cordes. Ce n'est pas courant. Tour à tour, Ben caresse ou martyrise les siennes. Les interventions du percussionniste et du bassiste sont impressionnantes. C’est d’ailleurs en compagnie de ce dernier que Ben va opérer un duel de plus de 15 minutes. Son partenaire au banjo. Harper, à la gratte, posée sur les genoux. Une joute endiablée et terriblement excitante, démontrant ainsi que Ben est à l’aise dans tous les styles. Et le concert de s’achever par « How Dark Is Gone ».

« Burn One Down » et « Where Could I Go » sont interprétés lors du premier rappel. Mais également « Under Pressure ». Pour cette cover signée Queen/Bowie, The Jack Moves débarque, au grand complet, sur les planches. Un très grand moment au cours duquel les artistes vont littéralement vider leurs tripes.

Lors du second encore, Ben revient seul. Il s’accompagne à la sèche électrifiée pour nous réserver son « Waiting On An Angel ».

Ce soir, flanqué de ses Innocent Criminals, Ben Harper a accordé un show exceptionnel. De plus de 150 minutes. Aussi, le public a le droit d’être satisfait. Il semble même comblé. Et dans la tête de votre serviteur, résonne l’un ou l’autre refrain, qu’il fredonne secrètement, le cœur empli de joie… et il n’est pas le seul…

(Organisation : Live Nation)

Voir aussi le reportage photos consacré au concert accordé par Ben Harper & The Innocent Criminals, à Lille, ce 20 octobre, ici.

 

 

 

Wild Beasts

Heureusement, il y avait un chouette light show…

Écrit par

Quatuor londonien, Wild Beats a publié son cinquième opus, « Boy King », en août dernier. C’est d’ailleurs l’image de la pochette qui figure sur une toile tendue, en arrière-plan, quand on entre au sein du Grand Mix. Mais ce nouvel opus a pris une tournure résolument électro. Déjà que le précédent, « Present Tense », en consommait généreusement ; mais là, le ver est dans le fruit. Evidemment, en ‘live’, les morceaux prennent, en général, une forme plus organique, plus authentique. Enfin c’est ce qu’on espère en son for intérieur. Surtout que les prémices dream pop avaient permis au band de publier quelques singles d’excellente facture…

Avant de monter sur l’estrade, « Song to the siren » de This Mortal Coil retentit dans les haut-parleurs. Puis de très désagréables vibrations sonores ébranlent l’édifice. Pas très bon signe. Enfin, les musicos débarquent. En retrait, le batteur trône derrière un kit de fûts bien achalandé. Et pourtant son drumming est cool. Le guitariste et le bassiste (ou second guitariste, suivant les morceaux) se font face, derrière un synthé. Ce dernier partage également les vocaux avec Hayden Thorpe, qui se charge circonstanciellement de la basse et également d’un synthé. Les voix –falsetto pour Thorpe et baryton chez Flemming– sont complémentaires et se conjuguent régulièrement en harmonie. En outre, les musiciens affichent tous une excellente technique. Et le light show est superbe ; six colonnes de spots à leds rectangulaires dessinant même des formes géométriques. Mais le problème procède de cette déferlante électronique –nappes de claviers et beats programmés– qui non seulement asphyxie les compos, mais les rend bien trop lisses. Même les anciens morceaux sont ‘synthétisés’. Et le gratteur soliste a beau se servir d’un archet pour frotter ses cordes, on n’entend pas la différence. Seules quelques lignes claires émanent sporadiquement de sa gratte, comme pour rappeler que le band est bien britannique. Finalement, Wild Beasts incarne exactement cette forme d’électro que votre serviteur déteste. La musique électronique a ses lettres de noblesse ; mais abordée sous cet angle stéréotypé –pour être dans l’air du temps, sans doute– elle en devient toxique. Il ne manquait plus que les voix vocodées et la coupe était pleine. Heureusement, on a quand même vu un superbe light show ! (Pour les photos, c'est ici)

Et finalement, la bonne surprise nous est venue de Douglas Dare. Il assurait le supporting act. Ce fils de pianiste a également étudié cet instrument à l’‘Institute for Perfomance Arts’ de Liverpool. Son second album est sorti officiellement ce 14 octobre. Et il s’intitule « Aforger ». Il fait suite à « Whelm », paru en 2014. Physiquement, Douglas ressemble un peu à Howard Jones. A cause de ses cheveux blonds coupés au bol. Derrière son clavier, il est plutôt balaise. Il est soutenu par une claviériste/guitariste, également préposée aux backing vocaux. Qu’on pourrait qualifier d’atmosphériques, voire d’éthérés. Mais surtout par son fidèle batteur, Fabian Prym. Ce dernier est assis sur un tabouret bas et ses fûts sont disposés à la même hauteur. Etonnant ! Mais son drumming est impressionnant de dynamisme. Parfois, il vient ajouter quelques bidouillages électroniques ou alors agite un maracas en forme de sablier. Mais c’est la voix de Dare qui fait vraiment la différence. Certains medias la comparent à celle de Nils Frahm. Mélancolique, profonde, elle campe plutôt un hybride entre celle d’Antony Hegarty (Anohni, si vous préférez) et de Gavin Friday. Elle colle à merveille à une forme de trip hop introspective, élégante, capable de soubresauts rythmiques ; les arpèges dispensés par le Londonien d’adoption (NDR : il est originaire de Bridport, dans le sud-ouest de l’Angleterre) glissant comme des vagues tour à tour aventureuses ou chargées d’émotion. Douglas nous réserve un « Caroline » de toute beauté. En solitaire. On a alors l’impression qu’il caresse ses touches d’ivoire pour mettre en exergue sa voix exceptionnelle… Au bout de 30 minutes, le trio tire sa révérence et est chaleureusement applaudi. C’est amplement mérité. Cet artiste est manifestement à suivre de très près…

(Organisation : Le Grand Mix)

Steel Panther

De l’humour parodique, humoristique et quand même libertin…

Écrit par

Ce soir, l’AB accueille Steel Panther, un groupe qui perpétue l’héritage du ‘Sex, drugs and rock’n’roll’. En avril de l’an dernier, il se produisait au même endroit. Et son concert était sold out. Rebelote pour ce mercredi 12 octobre.

Avant le set, votre serviteur assiste à une conférence de presse/interview réalisée par Johnny Jailbait et Pete Da Bomber. Au Huis 123. Le chanteur Michael Starr et le bassiste Lexxi Foxxx ont accepté de répondre aux questions des deux spécialistes du style. Michael porte un t-shirt au nom de son band ; un bandana mauve lui enserre les cheveux. Lexxi se pâme derrière un miroir de couleur lilas. Au cours de cet entretien d’une trentaine de minutes, la paire va se distinguer par son humour décalé. Faut dire que leur heavy rock pullule de clichés cocasses et sexistes inspirés des eighties. Parmi leurs expressions favorites, en ‘live’, figure un certain ‘Hey girl's, put your titten’. Ils adorent la drague et, ne vont pas tarder à le démontrer, en faisant la cour à une jolie dame, assise aux premiers rangs. Incorrigibles ! 

Après avoir retiré son précieux sésame, votre serviteur file au balcon pour se réserver une place de choix.

Inglorious assure le supporting act. Il est 19h30. Cette formation insulaire est née en 2014. Objectif ? Faire revivre un passé glorieux incarné par Whitesnake, Deep Purple, Def Leppard, Led Zep, Bad Compagny, Judast Priest et consorts.

La voix de Nathan James est aussi puissante que celle de Richard Halfort. Outre le chanteur, le line up implique le bassiste Colin Parkinson, le drummer Phil Beaver ainsi que les guitaristes Andreas Eriksson à Wil Taylor. Le premier à la lead, le second à la rythmique. Début août, le combo avait servi d’opening act lors de la journée métal, dans le cadre des Lokerse Feesten. Son nouvel elpee est attendu pour 2017 ; cependant, la set list va essentiellement puiser au sein du premier opus (NDR : il est éponyme).

En intro, les haut-parleurs diffusent le célèbre « Won't get fooled again » du Who (NDR : c’est également le générique de la série télévisée 'Les Experts : Miami'). Les musicos en profitent pour s’installer. Les six cordes sont bien grasses et huileuses. Incisives aussi. Tout en dégoulinant de testostérone. Les percus sont puissantes. On se demande même si le drummer ne va pas finir par trouer les peaux de ses fûts. Tout au long de la cover du « I Surrender » de Rainbow, le spectre de Ritchie Blackmore se met à planer. Faut dire que la voix de Nathan est alors très proche de celle de son maître. Une deuxième reprise, le « Fool For You Loving » de Whitesnake. Et ici, c’est plutôt celle de Coverdale qui commence à rôder. Au bout de 45 minutes, le constat est implacable : du sang ‘deeppurpelien’ coule dans les veines d’Inglorious (pour les photos, c’est ici)

Les roadies évacuent le matos sis à l’avant-scène. Le rideau rouge se ferme. Un fait devenu plutôt rare à l’AB. Le concert de Steel Panther est prévu pour 20h45. Il débute pile à l’heure. La tenture se lève. Et le set s’ouvre par le « I Love It Loud » de Kiss. Le bulldozer américain est en marche. Et il risque bien d’écraser une foule venue en masse. Les musicos affichent des looks bien ‘glam’ : bandanas de couleurs dans les cheveux et pantalons en latex : mauve pour Lexxi, noir et argenté pour Michael, noir et orange pour Satchel. Ce dernier pète la forme. Il se balade de gauche à droite en exhibant sa Gibson de couleur verte et noire. Lexxi a pris soin de déposer sa trousse de maquillage sur sa gauche, afin de pouvoir se refaire une beauté. Ses cheveux ondulent, grâce à un ventilateur placé devant lui. Michael ressemble étrangement à David Lee Roth. Il déménage littéralement sur l’estrade. A travers ses gestes, sa chorégraphie est bien calculée. Il est partout. Constamment en interactivité avec les premiers rangs, il se focalise quand même sur les meufs. Satchel libère des riffs huileux de sa Gibson rutilante tout au long de « Eyes Of A Panther » (« Feel The Steel »). Alors que la voix de Michaël décolle dans les aigus, Satchel et Lexxi assurent des chœurs de luxe. 

Tout au long du mélodieux « Just Like Tiger Woods » (« Balls Out »), Michael invite le public à balancer les bras ; un mouvement qu’il accompagne à l’aide de son pied de micro. Satchel lève régulièrement la jambe pour appuyer son riff. Lors du brûlot « Party Like Tomorrow Is The End Of The World » (« All You Can't Eat »), une communion totale s’établit entre le public et les artistes. Les lumières se rallument. Avant la question existentielle (NDR : ou qui tue, selon) destinée aux nanas : ‘Hey girl's, put your titten’ (Trad : hé les filles montrez vos seins !’). Dans la fosse, quelques unes grimpent sur des épaules de mecs et s'exécutent. Un petit grain de folie qui permet au set de repartir de plus belle sur « Asian Hooker ». Et si dans la salle les spectateurs remuent, ils ne se lancent pas dans des pogos. Faut dire que la musique des Californiens ne s’y prête pas tellement.

Seul sur le podium, Satchel se réfugie derrière les fûts ; et pendant 10 minutes, il va faire son show en interprétant les plus grands standards du rock, à la guitare. Une forme de medley épinglant tour à tour « Smoke On The Water », « The Trooper », « Iron Man », « Sweet Child O' Mine », « Breaking The Law » et « Master Of Puppets ». Satchel a tout compris de la technique des Slash, Steve Vai, Joe Satriani, Eric Clapton et Eddie Van Halen. Et à l’issue de son exercice de style, il sera longuement applaudi. Les 3 autres loustics reviennent sur les planches pour « I won't suck itself ». Digne de Van Halen ! Michael s'époumone sans pourtant altérer sa voix. Il descend dans la fosse et serre de nombreuses mains.

Satchel troque sa Gibson pour une bonne vieille gratte semi acoustique afin d’attaquer « She On The Rag ». Et le résultat est probant. Michael s’installe sur un siège haut. Stix descend de son estrade, empoigne un IPhone et commence à y jouer des claviers. Lexxi en profite pour se refaire une beauté. Avant « Girl From Oklaoma », une jeune fille est invitée à monter sur les planches pour participer au chant. Elle s’appelle Liesbeth. Et quoique intimidée, elle ne s’en sort pas mal du tout derrière le micro. Puis une vingtaine de gonzesses sont conviées à faire la fête, sur l’estrade, pendant « 17 Girls In A Row ». Très rock’n’roll ! Et plutôt hot. Car à l’issue de cet épisode, Satchel noue plusieurs soutiens-gorge laissés sur le sol par quelques unes d’entre elles, autour du manche de sa 6 cordes.

Un set de près de 120 minutes, y compris le rappel de deux titres. Un spectacle impressionnant, particulièrement au point et à l’humour parodique, humoristique et quand même libertin. C’est ce que le public souhaitait (pour les photos, c’est ).

(Organisation : Ancienne Belgique + Live Nation)

The Delano Orchestra

Parfum d’Auvergne au Botanique…

Écrit par

Le Botanique (Bruxelles) et la Coopérative de Mai (Clermont-Ferrand) s’étaient donc associés pour nous proposer une soirée 100% auvergnate. A l’affiche Youth Disorder, Matt Low et The Delano Orchestra. Fait plutôt rare, l’Orangerie est en configuration assise ; mais c’est souvent sous cette forme que votre serviteur y a assisté aux meilleurs spectacles…

Il n’y a pas plus de 50 personnes pour accueillir Youth Disorder. Les musicos sont à peine âgés de 20 printemps. Un quatuor qui va nous réserver set rafraîchissant et plutôt dynamique, dans un style qu’on pourrait décrire à la croisée des chemins d'Artic Monkeys, de Queens Of The Stone Age et de Joy Division. Vraiment sympa !

Place ensuite à Matt Low. Lui affiche déjà 34 balais. Il milite chez Garciaphone et The Delano Orchestra, mais respectivement comme guitariste et bassiste. Il vient de publier un clip en noir et blanc sur la toile. Intitulé « Blow », il est issu d’un deuxième Ep, baptisé « Hangar Nuit » (NDR : il fait suite à un premier, « Banzai », publié en octobre 2015), dont les textes ont été écrits par Jean-Louis Murat. Un disque qui sortira ce 13 novembre. Pas étonnant que les paroles soient exprimées dans la langue de Voltaire. Dans un registre qu’on pourrait situer quelque part entre Benjamin Biolay et Vincent Delerm, même si on peut définir sa musique comme pop/rock. Alexandre Delano vient lui filer un coup de main, pendant le concert, au violoncelle. Pas de setlist. Matt se consacre aux vocaux, bien sûr, et à la guitare. L’artiste va nous réserver des extraits des deux Eps, dont le fameux « Blow » ainsi que le superbe morceau atmosphérique, « L'Aventure ».

Le line up de The Delano Orchestra réunit six musiciens. La formation rencontre un succès certain en Grande-Bretagne, dans l’univers du rock alternatif. A ce jour, elle a gravé six elpees ; en outre, elle a apporté son concours à Jean-Louis Murat pour enregistrer son LP, « Babel ». Le line up implique donc le chanteur/guitariste Alexandre Delano (NDR : c’est le leader !), le bassiste Matthieu Lopez (aka Matt Low), le trompettiste/claviériste Julien Quinet (il se charge également des machines) et le drummer Christophe Pie. Le sextuor a sorti son dernier long playing, « Nibtu », au cours de ce mois d’octobre.

La set list va d’ailleurs réserver une place prépondérante aux titres de cet opus. La trompette et le violoncelle apportent une jolie touche d’originalité à la musique du band français. Et en alimentant un climat romantique et atmosphérique, ces interventions vous transpercent l’âme…

Le set s’ouvre par le tendre instrumental « Amman ». Les ivoires s’immiscent discrètement. Les percus sont classieuses. Un peu dans l’esprit d'Archive. Caractérisé par ses guitares rageuses, « Everything » (« Eitsoyam ») est sculpté dans une forme de post-rock onirique. Il y a des vocaux, mais ils sont contenus, afin de mettre en exergue une instrumentation parfaitement exécutée. « Seawater » (« Now That You Are Free My Beloved Love ») traite d’une rupture amoureuse. L’orchestration est de plus en plus riche. Il en émane une langueur, un spleen, susceptibles de torturer l’esprit ; alors que volcaniques, à l’instar des collines qui traversent l’Auvergne, l’expression sonore devient tumultueuse, comme si on assistait à une rencontre improbable entre les Pixies et Girls In Hawaii. Et « Trouble » lorgne carrément vers la bande à Antoine Wielemans. « Paloma » est une superbe composition. La voix est vaporeuse. Et le violoncelle accentue encore davantage cette impression de mélancolie.

Alexandre signale que dans 'leur pays', ils sont peu sollicités pour se produire en concert. Ce qui les pousse à jouer dans des maisons de retraites. Il ajoute que les vieux ont besoin de se toucher. Il invite donc le public à venir s'enlacer et occuper le dancefloor. Un slow langoureux défile donc devant nos yeux.

« November », c’est le mois des couleurs chatoyantes peintes par l'automne. Mais également de la chute des feuilles. C'est l'été indien qui précède les premiers assauts de l’hiver, là-bas, vigoureux. Et après avoir interprété « Olga », le voyage s’achève par « Outro ». En rappel, The Delano Orchestra va nous réserver « The Escape », un titre qui parle de lui-même, avant le retour de la troupe au cœur du Massif Central…

(Organisation Le Botanique et la Coopérative de Mai)

Wovenhand

Une cérémonie lumineuse, chargée d’une rare intensité…

David Eugene Edwards est un être à part. Créateur du légendaire 16 Horsepower, groupe d'indie folk, il emmène depuis 2001 une formation plus orientée rock/stoner : Wovenhand. Sa voix unique, habitée, incantatoire même, trahit des accents quasi-mystiques. Sa musique est tribale, teintée de sonorités amérindiennes. Pas étonnant, puisque du sang Cherokee coule dans ses veines. Cette année, il est de retour pour présenter sa dernière production: « Star Treatment ».

Dans un ‘Depot’ sold out, Wovenhand va livrer un concert intense, inspiré et chargé d'émotions. Le son s'est encore épaissi, par rapport aux tournées précédentes. Réunissant Ordy Garrison à la batterie, Neil Keener à la basse et Chuck French à la guitare, le combo impressionne par sa puissance. Cette année, le line up a été élargi pour inclure un claviériste. De quoi apporter un côté tantôt psyché, tantôt carrément wave, à l’expression sonore. 

Mais tous les regards sont bien sûr tournés vers David Eugene Edwards. Il est coiffé de son indéboulonnable chapeau blanc et adopte une attitude de chaman. On le sait, ses concerts sont beaucoup plus que des concerts, ce sont des rituels. Sa voix vous emmène dans un monde pétri de spiritualité. Sa foi ouvertement déclarée en Dieu transcende sa musique. Il évoque Jim Morrison, mais aussi Neil Young et Nick Cave.

Au sein de la setlist figure des extraits de « Star Treatment » et de « Refractory Obdurate », ainsi que des morceaux plus anciens. La première partie est plus ‘stoner’ et certaines compos plus psyché, à l’instar de « The Hired Hand » ou « Maize », deviennent même carrément hypnotique. On pense parfois à Swans, tant l'atmosphère est intense. Le son de la Gretsch Tennessee rouge de David Eugene est incisif, abrasif et évoque celui d’un guitariste qui utilise la même gratte : Geordie Walker, de Killing Joke. Le parallèle avec la bande à Jaz Coleman semble parfaitement coller : sur les planches, ce sont deux rouleaux compresseurs aux accents post-punk.

C’est la deuxième partie du set qui va vraiment faire la différence. David Eugene troque alors sa Gretsch contre un très vieux banjo en bois, une pièce vintage datant, paraît-il, de 1887. Le son est plus clair, moins bruyant. Tant « Corsicana Clip » et « Oburate Obscura » atteignent la perfection. Edwards chante de longues intros mêlant anglais et langue lakota amérindienne. Il captive totalement le public, qui semble ensorcelé par ses gestes et sa voix.

Le troisième volet du show est consacré à de larges extraits du dernier opus « Star Treatment » et la tension retombe un peu. Certains titres se ressemblent trop et le côté ‘americana’ peut, à la longue, lasser. La prestation s’achève par le puissant « El-bow ». Issu de l'album « Refractory Obdurate », ce titre lorgne parfois vers The Black Angels.

Suivant la tradition, Wovenhand quitte l’estrade au son de chants amérindiens et la foule crie dans le rythme pour rappeler le groupe. Et quand il revient sur le podium, c’est pour attaquer un « King O King » énergique, quasi noisy, avant d’achever en beauté par une nouvelle chanson décochée en forme de coup de poing dans la figure : « Come Brave ».

Wovenhand confirme donc son évolution vers une musique toujours plus puissante, plus 'stoner', voire 'postpunk', mais aux accents psychédéliques. Une fois de plus, l’auditoire a vécu un moment inoubliable, comme une cérémonie lumineuse, chargée d’une rare intensité...

En première partie, on a découvert Emma Ruth Rundle, une artiste californienne qui relève également de l'écurie Sargent House. Elle milite également chez Red Sparowes, Marriages et Nocturnes. Ici, elle est venue seule, uniquement accompagnée de son compagnon Tosten Larson, qui se consacre au violon sur certains morceaux. Tant la morphologie de la chanteuse que sa musique évoquent immanquablement Chelsea Wolfe à ses débuts, dans un style très 'dark-folk' donc. Sa voix est plaintive, ses inflexions un peu arabisantes ; et le jeu de guitare est, comme celui de Wolfe, un peu désarticulé, un peu sale en raison d'un 'open tuning' qui communique aux cordes une tonalité très grave. Emma Ruth Rundle a présenté son dernier album, le 3ème, qui s'intitule « Marked for Death ». Une belle découverte !  

(Organisation : Het Depot – Merci à Suburban Records)

Dans les griffes de Major Lazer…

Écrit par

Agée de 27 printemps, MØ, aka Karen Marie Ørsted, est une jeune chanteuse danoise. Dans sa langue natale, son pseudo signifie ‘jeune fille’ ou ‘vierge’. Son style est souvent comparé à celui de Grimes, Purity Ring ou Twin Shadow. Un style sucré qui mêle soul, pop, electronica et hip hop. Mais c’est avant tout une vocaliste. Qui s’est illustrée à travers de nombreux succès et tout particulièrement lors de sa participation au mégatube de Major Lazer et DJ Snake, « Lean On », un titre qui, à ce jour, a dépassé plus d'un milliard sept cent millions de vues sur YouTube. Ce soir, elle est venue défendre les compos de son futur deuxième elpee, un opus qui a de nouveau reçu le concours de Major Lazer.

Le supporting act est assuré par Moonlight Matters, aka Sebastiaan Vandevoorde, un dj gantois résident du Studio 54 à Anvers. Son set est plutôt classique ; mais sans pour autant s’enflammer, le public se montre quand même réceptif…(Pour les photos, c'est ici

Le décor est somptueux. Une toile noire est tendue en arrière-scène sur laquelle sont inscrites en lettres blanches, le patronyme de l'artiste. Au centre, des rampes lumineuses vont dynamiser l’intégralité du spectacle, tout particulièrement grâce à l’aide de leds de couleurs différentes, dont on retiendra surtout celles reproduisant le ‘M’ et le ‘Ø’. Trois estrades sont installées en triangle. A gauche s’y plante le claviériste, au milieu, le guitariste (Ronni Vindahl), et à droite, le drummer.

En guise d’intro, une déferlante de stroboscopes prélude l’arrivée de la vedette, toute vêtue de noir. Elle retire cependant rapidement sa veste pour laisser apparaître un body de couleur chair. Bien coordonnés ses déhanchement focalisent tous les regards. Sa voix est haut perchée, aiguë même.

Le set s’ouvre par deux extraits du premier long playing, « Waste Of Time » et « Slow Love ». Le drummer libère y toute sa puissance. Inévitablement, les beats électro embraient. MØ salue son auditoire (NDR : c’est sold out, ce soir, il faut le préciser) composé, en majeure partie, de midinettes dont l’âge doit osciller entre 15 et 25 ans. Parmi lesquelles figurent de nombreuses et nombreux Vikings. Une gratte adopte une tonalité hawaiienne tout au long de « Slow Love ». Avant que le morceau ne se teinte de funk, un peu à la manière de Bronsky Beat. Le spectre de Jimmy Sommerville plane. Et on a l’impression de replonger au cœur des eighties.

Mais le concert prend son véritable envol à partir du hit « Kamikaze ». La jolie Scandinave est omniprésente sur les planches. Elle touche les mains des spectateurs sis aux premiers rangs, mais son attitude se révèle particulièrement professionnelle. « Riot Gal » et « All I Do » sont de nouvelles compos. Ce qui n’empêche pas la fosse de se transformer en véritable dancefloor. Plutôt pop, « Fire Rides » lorgne davantage vers Aluna George voire Chvrches…

Vitaminé, « Walk This Way », un titre électro/pop particulièrement dansant, incite l’artiste à rejoindre –prudemment quand même– la fosse. Pas sûr que ce soit spontané ! D’autant que certains backing vocaux semblent programmés par les machines. Il y a même un certain décalage entre la voix naturelle et les surnaturelles… Quand elle attaque le tube endiablé « Maiden », on est totalement convaincu du talent de , comme gymnase. Ce morceau est bien sûr, celui qui l’a fait connaître et lui a permis d’enflammer les dancefloors. Un grand moment du show au cours duquel l’interactivité entre la belle et la foule est total.

Lors de « Pilgrim », un titre plus lent et plus pop, MØ décide de reprendre un bain de foule. De retour sur l’estrade, elle aborde « On And On ». Puis s’autorise une première cover, celle du « Cold Water » de Major Lazer. Logique ! (NDR : Justin Bieber qui avait également prêté sa voix à ce morceau n’est évidemment pas de la partie). Très dansant, « True Romance » est une autre nouvelle compo. Le show arrive en fin de parcours. Et pendant « Final song », MØ se lance dans un exercice de crowdsurfing.

Cinq minutes après la fin du concert, elle revient sur le podium et nous réservera encore trois titres, dont une autre reprise de Major Lazer, l’inévitable « Lean On », qui vient clôturer une prestation de haut vol. (Pour les photos, c'est )

(Organisation : Ancienne Belgique + Live Nation)

Napalm Death

A bout pourtant !

Écrit par

C’est au Magasin 4 que les amateurs de musique sauvage et impitoyable s’étaient rendez-vous, ce dimanche 25 septembre. Et pour cause, les fondateurs du Grindcore s’y produisaient, motivés à démontrer, une fois de plus, qu’ils n’avaient rien perdu de leur réputation de brûleurs de planches. Napalm Death ou une leçon de violence donnée par les maîtres du genre. Sensibles des oreilles, s’abstenir.

L’automne en est à ses premières timides offensives : la température accuse une poignée de degrés en moins et quelques flaques de pluie parsèment les trottoirs, non loin du canal de Bruxelles. Plus on s’approche du théâtre des opérations, plus on croise de métalleux. Pour la plupart, ils arborent des t-shirts à l’effigie de groupes dont les sonorités sont assimilées, par un public non averti, à un dérivé du bruit. En effet, en accueillant Napalm Death en ses lieux pour le moins alternatifs (et quel bonheur que de tels endroits puissent encore exister !), le Magasin 4 plonge la capitale sous les auspices virulents et bruts de décoffrage du Grindcore, cette branche incisive et féroce du Metal incarnant à elle seule un mix dévastateur immergé dans ce qu’il y a de plus violent au sein du Punk et du Hardcore. Alors que bon nombre d’individus siphonnent des bières et grillent des clopes, adossés au bâtiment, les plus intéressé(es) s’infiltrent néanmoins dans les brumes nicotinées de la salle de concert afin de jouir des premières déflagrations de la soirée. Mais avant tout, passage obligatoire par le stand merchandising, peut-être pour s’offrir un t-shirt emblématique du band vedette, mais surtout se procurer une sérigraphie de l’affiche de la soirée, une fois de plus réalisé de main de maître par Fabrice Lavollay (voir ici).

Il revient à Silence Means Death d’appuyer le premier sur la gâchette. Ce trio belge crache un crust-n-roll efficace qui n’est pas sans rappeler les premières heures de Motörhead. Rik, le chanteur, ne manque d’ailleurs pas d’ajuster son micro en hauteur, à la manière du toujours aussi regretté Lemmy Killmister. Une bonne dose d’une vingtaine de minutes de speed rock, crasseux comme il le faut, établissant les bases de ce que sera cette soirée : du vif, du rapide et sans la moindre fioriture.

Ce n’est pas de l’huile, mais bien un jerrycan d’essence qui est balancé dans le feu, dès l’arrivée du sextuor gantois, élégamment baptisé Matrak Attakk. Il faut connaître un peu l’espace scénique du Magasin 4 pour se rendre compte que concentrer six musiciens sur un espace aussi réduit relève de la prouesse ; du moins si ces derniers tiennent à ne pas se marcher dessus. Mais peu importe, l’exiguïté ne semble pas les déranger et le duo de vocalistes s’époumonent comme de beaux diables : Moshrat, torse nu, vocifère dans un registre de growls tandis que Crustina, tempes rasées, robe noire et soutien-gorge léopard, éructe sa hargne dans des tonalités particulièrement aiguës. La fosse commence sérieusement à s’énerver. On se bouscule. Quelques bières volent. Une proche du groupe passera même tout le set… topless. Ambiance ! Fidèle au Grindcore, les morceaux sont aussi ultra-violents qu’ultra-courts… tant et si bien que la formation ne consommera que vingt des quarante minutes prévues. Le set vient à peine de se terminer que le batteur escalade ses fûts par l’avant, atterrit sur le podium et se jette dans la fosse. Mais l’auditoire semble un peu pris de court ; si bien que le drummer n’est accueilli que par un sol maculé de bière. Un léger goût de trop peu et d’amertume...

Les musiciens de Napalm Death ont beau compter trente-cinq années d’expérience, ils réalisent eux-mêmes les derniers réglages de leurs instruments. Oubliez les entrées triomphantes et glorieuses, et même un quelconque backdrop, on est dans l’‘old school’ et on se la joue relax. Alors que beaucoup de combos se seraient contentés de respecter l’horaire imparti, les pères du Grindcore ne souhaitent pas faire attendre inutilement leur public et investissent l’estrade. L’impressionnant Shane Embury, t-shirt Kylesa et short Sick of It All de rigueur, agrippe sa basse et se plante derrière son pied de micro. Danny Herrera, quant à lui, plonge ses mains sur les côtés de la batterie, en ressort une paire de baguettes et commence à échauffer ses poignets. Derrière ses dreadlocks, le guitariste John Cooke, qui remplace Mitch Harris depuis 2015, opère les derniers réglages sur ses pédales d’effets. L’intro gutturale et mystique de « Apex Predator – Easy Meat », titre maître du dernier elpee, retentit à travers la salle. Shane Embury fait à son tour claquer ses cordes de basse et Barney Greenway, frontman charismatique du band, vêtu d’un t-shirt défendant la cause animale, débarque sur les planches, micro en main. « Instinct of Survival » embraie et la déclaration de guerre est prononcée. Les Anglais brouillent à nouveau les pistes en entamant leur set par ce morceau… issu de leur premier LP, qui remonte à 1987 ! Barney incarne directement son personnage, balançant frénétiquement les bras de droite à gauche, coudes fléchis et tournant en rond au milieu de la scène. Ses jambes s’envolent également de temps à autre, frappant des obstacles uniquement présents dans sa transe grindienne. Il se prend la tête en mains, agrippant fermement ses cheveux, comme transpercé de part en part par les rafales de blasts millimétrés, tirés par Danny Herrera. Barney hurle dans son micro comme un possédé, le corps tordu afin d’en extirper le plus de puissance possible. Son âme et sa voix ne font plus qu’un, expulsant sans aucune retenue toute sa hargne intérieure.

La salle est pleine et la température ne cesse d’augmenter. Les guerriers de la fosse se jettent virilement les uns sur les autres, les torses nus partageant généreusement leur transpiration en bousculant tout corps sur leur passage. Napalm Death enchaîne les morceaux les uns après les autres, allant piocher dans pas moins de dix albums de sa discographie. Un voyage dans les terres calcinées de la violence brute de décoffrage, où chacun des 23 morceaux interprétés ce soir était comparables à des décharges de chevrotine tirées à bout pourtant. « Scum », « Life ? », « You Suffer » (qui ne dure que… 5 secondes !) –issus de leur premier long playing « Scum »– ou encore « Suffer the Children », « On the Brink of Extinction » ainsi que « Greed Killing », alimentent la setlist. Alors que la chaleur ambiante tend déjà à pousser la foule dans un état second, « How the Years Condemn », issu du dernier opus, sans oublier la reprise des Dead Kennedys, « Nazi Punks Fuck Off », viennent brûler vives les dernières traces d’énergie qui subsistaient dans les corps. Plus le show progresse, plus l’ivresse des spectateurs devient intense et nombreux sont ceux qui prennent le risque de monter sur le podium pour directement se relancer dans le flot des metalheads, en espérant qu’une bonne âme vienne amortir leur chute.

Cette hystérie contribue à la canicule suffocante ambiante, ressentie jusque sur scène. ‘Excusez-nous les gars, mais on doit vraiment faire un break de quelques minutes et nous rafraîchir un peu’, explique Barney d’un accent ‘so british’, entre deux rafales. Le frontman n’a d’ailleurs pas manqué de s’adresser à la foule à de nombreuses reprises, rappelant des valeurs humanistes d’égalité, de justice sociale et de lutte contre les inégalités qui lui sont chères. Désormais rafraîchi (mais tout est relatif), le band aligne ses derniers morceaux, achevant les plus vaillants après une heure d’ébullition sans cesse sous tension. C’est sur « Smear Campaign » que Napalm Death lâche finalement son emprise sur son public, John Cooke manipulant les effets de sa pédale de distorsion afin de faire hurler sa gratte à l’agonie, se retournant ensuite vers les amplis à l’arrière, avant d’être rejoint par les autres musicos. Ils clôturent ensemble, côte à côte, ce périple au pays des marges. Si les Britanniques terminent leur spectacle trempés jusqu’aux os, ils nous ont carrément lessivés. Après plus de trois décennies passées à faire déferler sur les planches une énergie sans limite, les gars de Meriden ont démontré ce soir qu’ils étaient loin d’être essoufflés. Pire : du souffle, ils semblent en avoir encore une bonne dose en réserve.

(Organisation : Magasin 4)

Moaning Cities

Une ‘release party’ réussie…

Écrit par

Affiche psychédélique, ce soir au Botanique. Pas d’herbe ou de substance pharmacologique en vente, ni de minibus ‘power flower’ devant l’entrée de l’édifice. Et encore moins de pantalons à pat’ d’eph, parmi les spectateurs. Simplement deux formations qui proposent une musique qui trempe dans l’acid rock. Et c’est sold out depuis quelque temps déjà…

Combo helvète, Forks (NDR : traduisez fourchettes) assure la première partie. Et Moaning Cities, la tête d’affiche. Il a organisé sa ‘release party’ d’un elpee dont il a rôdé ses compos pendant quelques mois, en se produisant à travers l’Europe, y compris lors des festivals. 

Quand on s’intéresse à la Suisse, on pense d’abord au chocolat, aux montres et au gruyère ; et accessoirement à ses artistes qui brillent sur la scène musicale. Et pourtant des Stephan Eicher, Sophie Hunger, LiA, Patrick Juvet ou Krokus jouissent d’une belle notoriété internationale. Forks est issu de Vevey, près du lac Léman. Fondé en 2012, il a eu l’opportunité de servir de supporting act pour The Dandy Warhols et Black Rebel Motorcycle Club, au sein de sa Confédération…

Ce soir, le line up de Forks est réduit à un trio. Pas de trace de la chanteuse/guitariste. Le combo est donc limité à l’autre gratteur Mehdi Benkler, au drummer Joel Bovy et au bassiste Pacifique Vuillemin. Et il va proposer trois longues compositions expérimentales.   

Tout d’abord « Lake ». D’une durée de 7’ sur disque, le morceau en atteint plus de 10 sous sa version ‘live’. Bien qu’aventureux, il est bien équilibré. Progressivement, on entre dans l’ambiance. Et lorsque les riffs de grattes libèrent toute leur puissance et que les drums impriment un tempo à la fois lourd et percutant, les morceaux lorgnent alors vers le stoner. Mais un stoner particulièrement électrique et vintage. Ensuite « Hannah » et « Last Control », deux extraits du second elpee. Ce dernier bénéficie du concours de Valérian des Moaning Cities aux vocaux. Le spectre des Doors y plane. Une forme de transe s’installe. Elle en devient même hypnotique…

On attend donc Moaning Cities, au sein duquel Melissa Morales se charge des drums depuis l’an dernier. Valérian Meunier au chant et à la guitare, sa sœur Juliette, aux vocaux et à la basse ainsi que Timothée Sinagra, à la gratte et au sitar, sont toujours au poste. C’est donc leur deuxième long playing « D. Klein », que le groupe est venu défendre tout en célébrant sa ‘release party’.

Melissa s’est installée fièrement à droite sur une estrade, derrière ses fûts. Il est 21 heures, et le band bruxellois aborde tout en douceur, le nouveau single « Insomnia ». Mais rapidement, les grattes se révèlent agressives. Très caractéristique, la voix de Valérien baigne au sein d’un registre très 70’s. Sa sœur libère quelques cris ou incantations chamaniques. Les musicos changent régulièrement d’instruments et même de place ; ainsi, la fratrie vient se planter à gauche pour attaquer « Vertigo Rising » et dans la foulée, « Vertigo Rising Bis ».

Timothée empoigne son sitar et s’assied sur les planches, en position tailleur (c'est le moment que votre serviteur attendait). Le périple vers l'Orient transite par le Taj Mahal et le long du Gange, pour « Easter ». La foule agglutinée aux premiers rangs semble onduler comme les flots du fleuve sacré. « Please To Lose » est manifestement hanté par la bande à Jim Morrison. A moins que ce ne soit par le Velvet Underground. Plus lent, « Sex Sells », nouveau titre, adopte bien un profil velvetien. La section rythmique est bien en phase, et tout particulièrement la basse qui se met à vrombir. Juliette focalise toute l’attention de l’auditoire, tout au long de « Daggers », l'épilogue du nouvel opus. Les titres défilent et après « Roots and Roses », ode au festival du même nom, auquel le band a déjà participé, « Drag » achève le set proprement dit, avant que le rappel –prévu de toutes manières– nous réserve « Solitary Hawk ». C’est ce qu’on appelle une ‘release party’ réussie !

Setlist : « Insomnia », « Vertigo », « Vertigo Bis », « Easter », « Please To Lose », « Sex Sells », « Daggers », « Autobhan », « Algiers », « Born Again », « Expected To », « Roots And Roses », « Drag », « Solitary Hawk »

(Organisation : Botanique)

The Rambling Wheels

150 minutes, sans chichis…

Écrit par

Le Moulin Fantôme se situe près des étangs du Coeurq. Cet endroit transpire le rock'n'roll. Pas pour rien que la signature de Paul McCartney figure dans le livre d’or, un livre d’or que le proprio, Phil, est très fier de vous montrer. Ce soir, une soirée très particulière va s’y dérouler. Elle est proposée par un groupe suisse répondant au nom de The Rambling Wheels. Fondé en 2003, il est issu de Neufchâtel. Le dernier artiste helvète qui y a foulé les planches n’est autre que LiA ; et il avait fait un véritable tabac…  

L’auditoire est constitué de mélomanes avertis. Mais le concert démarre avec 45 minutes de retard sur l’horaire prévu. Faut dire que le public ici n’est guère ponctuel. D’ailleurs, en début de set, il est plutôt clairsemé ; cependant, il finira par bien remplir la salle. Les musicos sont vêtus de Levi’s retenus par des bretelles et ont enfilé des chemises de couleur noire. Seul le drummer est coiffé d’une casquette bien yankee. Il ne leur manque que les chapeaux pour ressembler à des cow-boys. Quoi qu’il en soit, leur attitude est particulièrement cool. Les pseudos choisis par les musiciens sont cocasses. Jugez plutôt : Wheels au chant et à la guitare, Mr Jonfox à la basse, Mister I. aux claviers et Fuzzy O'Bron aux drums. La scène n'est pas très large, mais chacun y trouve sa place. Trois albums à l’actif du quatuor, dont le dernier est paru l’an dernier. Et un single gravé en juin 2016, qui fait l’objet d’un clip vidéo, « Stories Upon Your Lips » (voir ici

La set list va puiser au sein de l’ensemble de la discographie du band, soit « The Thirteen Woman Of Ill Repute » (2014), « The 300'000 Cats Of Bubastis » (2011) et « Furry Tales » (2009).

« Giving All The Gold » ouvre les hostilités. Très old school, le morceau puise ses sources à la fois chez Led Zep et The Killers, alors que la voix évoque Steven Tylor, le chanteur d’Aerosmith.

Le son est léché et précis. Une véritable horlogerie suisse. Le café concert est de mieux en mieux garni. Mais dehors, la température est estivale, et une partie de la foule préfère savourer la musique extra-muros, car le cadre y est magnifique.

Psychédélique, l’intro de « Somewhere To Go » est rogné par les claviers. Le spectre de Ray Manzarek (The Doors) se met à planer ; mais progressivement, le morceau prend de l’épaisseur et se charge d’électricité, les riffs de Wheels se chargeant d’entretenir ce climat électrique. Plus pop, « Runing After Time » est amorcé par les ivoires, un titre dont les sonorités nous replongent dans les eighties. Le chanteur/gratteur invite la foule à se rapprocher de l’estrade. Au fil du concert, ses interventions aux cordes sont de plus en plus présentes. Et tout particulièrement sur « Shadows we've Become ». « Interstellar Riot », est interprété en mode guitare/voix ; et la compo passe bien la rampe, d’autant plus qu’en fin de parcours, percus, piano et gratte s’emballent dans un bel ensemble. Et la prestation de s’achever, après 75 minutes, par « Wake Up ». C'est la fin. Enfin pas tout à fait, car à l’issue de ce spectacle, tout le monde se retrouve dans le jardin.

C’est le moment propice pour se désaltérer, autour d’un brasero ; moment choisi par Wheels pour s’illustrer sur un ukulélé. Mais manifestement, les musicos de The Rambling Wheels n’ont pas envie d’aller roupiller. Aussi, ils décident de revenir dans la salle pour accorder un rappel de plus d’une heure quart. L’horloge indique 2 heures, lorsque ce deuxième concert s’achève. Finalement, le combo aura accordé 150 minutes de prestation. Sans chichis !

Organisation Julien Farinella (Art-I) + Le Moulin Fantôme

Sam Beam & Jesca Hoop

De l’émotion, de l’intensité et du voyage

Écrit par

Il s’agit du concert de la rentrée au Botanique ; et il amorce une longue saison qui s’achèvera peu de temps après les Nuits 2017. Pour accueillir Sam Beam, Jesca Hoop et en supporting act, Erika Wennerstrom, il y a tout au plus 300 âmes dans la salle...

L'association entre Sam Beam et Jesca Hoop n'est pas neuve. Non seulement Jesca a déjà assuré les premières parties d'Iron & Wine, dont Sam est le leader, mais les deux comparses (NDR : ce sont des amis, pas un couple) ont enregistré ensemble « Love Letter For Fire », un elpee paru chez Sub Pop en avril dernier.

Erika Wennerstrom est originaire de Dayton, en Ohio. Outre sa carrière solo, elle milite au sein de Heartless Bastards, un combo qui pratique du rock/garage. Ce soir elle est seule, armée d’une gratte semi-acoustique. Pendant une demi-heure, elle va nous proposer un cocktail de rock, de folk et de country. Et elle donne tout ce qu’elle a dans les tripes. D’ailleurs, elle injecte tellement d’émotion dans ses chansons, que lors d’une d’entre elles, elle ne parvient pas à la terminer. Et elle a beau remettre le couvert, elle a manifestement un blocage. Bien que timide, l’artiste possède un joli timbre de voix. Et une douce mélancolie émane de ses compositions, des compos très susceptibles de nous entraîner à travers grandes plaines de l'Ouest…

Le décor est sobre. Sur l’estrade on remarque la présence de deux grattes semi-acoustiques et de deux électriques. Les premières sont destinées à Sam. Les secondes à Jesca. Pieds nus, cette dernière est vêtue d’une longue robe jaune. Dès les premiers accords, on se rend compte que les deux musicos sont très complices. D’abord attentif et recueilli, le public va finir par se montrer enthousiaste. Faut dire que Sam ne manque pas d’humour. Et entre chaque chanson, il ne s’en prive pas, déclenchant parfois l’hilarité générale.

Dépouillées, les compos puisent bien sûr dans le denier opus du duo, mais également au sein du répertoire d’Iron & Wine et de Jesca. Mais c’est la conjugaison des harmonies vocales qui fait vraiment la différence. Car elles sont tellement empreintes de douceur. Parfois, elles me font même penser à Simon & Garfunkel. Et dans ce registre, « Bright Lights And Goodbyes » constitue un des sommets du concert. Il n’y manque qu’un orchestre philharmonique. Une reprise des Bee Gees : « Islands In The Sream ». Fallait oser, quand même. Les étoiles descendent du plafond et le light show vous illumine de mille feux. Et lorsque le train est sur les rails, on se laisse alors bercer par le roulis des compos folk, country et americana.

En rappel, Sam Beam and Jesca Hoop vont nous réserver une curieuse cover du « Love Is A Stranger » d’Eurythmics. Bref, à l’issue d’un spectacle de 90 minutes, on peut affirmer que le public était conquis. De l’émotion, de l’intensité et du voyage, c’est tout ce qu’il demandait et qu’il a obtenu...   

(Organisation : le Botanique)

Page 46 sur 132