La terre fissurée de Daffo

À seulement 20 ans, Daffo, artiste indie-rock basée à Brooklyn, transforme le tumulte intérieur en chansons brutes et poétiques, d’une étrange beauté. Entre l’énergie DIY et des arrangements délicats, sa musique oscille entre fragilité et intensité. Révélée…

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Wu Lyf

Getting The Done Job

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De pied ferme qu’ils étaient attendus ces garnements ! Pendant deux ans, la World Unite Lucifer Youth Foundation ou WU LYF pour faire court, est parvenue à se jouer du buzz et du (faux) mystère qui l’entourait. Depuis, le quatuor s’est révélé au grand jour, en publiant, au mois de mai dernier, « Go Tell Fire To The Mountain », une première œuvre sans détour et à laquelle il était impossible d’échapper, à l’heure des palmarès 2011. Près d’un an après l’ultime édition du festival Domino à l’AB, WU LYF a opéré son retour sur les planches belges du côté du Botanique devant une salle overbookée.

La pression populaire, quelle force ! C’est ainsi que le concert de WU LYF initialement prévu à la Rotonde, s’est vu offrir un ‘upgrade’ vers l’Orangerie. Une Orangerie pour le moins comble. Entre petits curieux, simples mélomanes et fans hardcore, le public de la salle bruxelloise est des plus éclectiques. Et c’est vers 21h15 que tous s’apprêtent à prendre leur claque ou pas. Les quatre Britons débarquent sur une scène devant une énorme représentation lumineuse du logo de leur formation. Ellery James Roberts prend place devant son synthé, de profil et tournant donc le dos à une bonne moitié de l’assistance. Elément secondaire s’il en est, tant l’attention et les attentes sont tournées vers la retranscription ‘live’ de leurs compositions.

« L Y F » donne le ton. Les cordes vocales éraillées de Roberts, qui sont en soi le principal attrait du projet, scandent les premières lignes avec force et détermination. Les quatre musiciens parcourent ensuite les morceaux de « Go Tell Fire To the Mountain » avec un flegme certain. L’Orangerie est à quelques lieues de la claque monumentale à laquelle elle était en droit de s’attendre tant le set souffle le froid et le chaud. Les Mancuniens, légèrement amorphes, balancent leurs compos les unes à la suite directe des autres sans la moindre trace de l’urgence qui émaille leur premier LP. Et lorgnent même parfois du côté de Vampire Weekend. Sans parler des rares interventions presque caricaturales de Roberts entre les morceaux…

Le moment le plus pénible sera sans conteste celui de l’intro de « Such A Sad Puppy » pendant laquelle la voix de Roberts a définitivement cesser d’opérer son charme tant le chant s’amalgamait un chouia trop à des lamentations. Ces instants de flottements, WU LYF les contrebalancent néanmoins par de purs moments d’extase (« Summa’s Bliss », « Spitting Blood », « We Bros ») dont le génial « Heavy Pop » incarnera le climax. Le groupe se retire au bout de 10 morceaux et 50 minutes chrono, sans rappel, créant la surprise d’une très large partie public. Les lumières se rallument presque aussi vite que les quatre membres de la fondation luciférienne s’en sont allés mais l’assistance reste sur place et continue à réclamer un Bis qui n’arrivera jamais. Au final, WU LYF se sera donné à 50%. Allez, rien que pour l’ambiance sur « We Bros », on va dire 55%. Sans forcément être expansifs, les gars auraient gagné à injecter un tout petit grain de folie supplémentaire au niveau de leur jeu scénique. Mais à en attendre trop, on ne récolte pas grand-chose…

(Organisation : Botanique)

 

The Fall

Vol au-dessus d’un nid de coucou…

Écrit par

The Fall est une formation mythique mancunienne née en 1976. A sa tête, Mark Edward Smith, un leader imbuvable qui doit avoir consommé une bonne trentaine de musiciens en 35 ans de carrière (NDR : il est âgé de 55 balais !) Mais il est aussi une figure culte qui a eu une influence prépondérante sur la scène underground. Même s’il appartient au mouvement post punk, il est à la noisy insulaire ce que Sonic Youth est à la noisy américaine. M’enfin ne soyons pas trop réducteur, puisqu’un jour le célèbre Dj insulaire John Peel a déclaré, au sujet de la formation britannique, qu’elle était toujours différente, mais toujours pareille. Sans doute parce que le goût prononcé pour l’expérimentation, affiché par Smith, n’a jamais été pris en défaut. Et les 27 albums publiés à ce jour en sont la plus belle démonstration. Le groupe se produisait donc ce mardi 6 mars à l’Aéronef de Lille, devant un peu plus de 300 personnes.

Il doit être 9h40, lorsque les musiciens montent sur les planches et entament une longue intro instrumentale. Un drummer, un bassiste, un guitariste et une claviériste habillée de rouge, un sac en bandoulière. Il ne lui manquait plus que le bonnet de laine, et elle pouvait aller faire son shopping à Oxford Street. Mark E. Smith débarque ensuite sur le podium. Chemise blanche, pantalon de tergal, veste en cuir, mince comme un fil de fer, son physique ressemble plutôt à celui d’un alcolo. Quant à son faciès, on dirait un hybride entre Michel Daerden et feu Raymond Goethals. Il a quatre micros à sa disposition, mais régulièrement, vient se servir de celui du gratteur ou de la claviériste. La musique est hypnotique, pour ne pas dire répétitive. Mais elle est diablement excitante. C’est toujours du post punk impétueux et sans concession, malgré les interventions un peu kitsch, aux sonorités eighties, dispensées par la claviériste… Smith déclame ou plus exactement braille des mots incompréhensibles. Tout au long du set, il laisse tomber ses micros (NDR : apparemment, ils sont incassables !), les ramasse, ne sait plus trop bien ou il les replace, et semble parfois surpris, lorsqu’il empoigne un support, au sommet duquel son porte-voix a disparu. Quand il ne déblatère pas, c’est pour déambuler sur l’estrade, afin de dérégler les amplis ou jouer sur les modulations du son. Ah oui, il lui arrive aussi de tripoter un micro-ordinateur. On ne sait d’ailleurs pas trop à quoi il sert. Le type doit avoir un grain, et on se demande si on n’est pas occupé d’assister pas à un remake du film ‘Vol au-dessus d’un nid de coucou’, avec Smith dans le rôle de Nicholson. Tout un cinéma au cours duquel, ses musicos restent imperturbables. En outre, ils sont très talentueux. Et tout particulièrement le drummer. Il est même époustouflant. Progressivement, on est totalement envoûté par le set. Et on ne sait vraiment pas pourquoi…

The Fall va même accorder un rappel de deux morceaux, avant d’abandonner un public séduit, mais interloqué…

(Organisation Aéronef)

 

Buraka Som Sistema

Gonna Make You Sweat

Écrit par

De bruit et de sueur ! Le passage de Buraka Som Sistema à l’Orangerie du Botanique est de ceux dont on se souviendra encore longtemps. En deux temps et trois mouvements du bassin, les Portugo-angolais ont enflammé la salle bruxelloise archicomble. Et vu le microclimat tropical qui y a régné en cette soirée du 3 mars, il est fort probable que les tubes de leur « Komba » résonnent encore en ses murs.

Il y a quelques semaines, Azari & III m’avaient pris un peu à revers en proposant un show qui était parvenu à faire bouger l’Orangerie comme on l’avait rarement vu. Ce 3 mars, les Lisboètes de Buraka Som Sistema ont mis la barre encore plus haute. Sur scène, un dispositif semi-live : les manettes de J-Wow et deux kits de batteries à leurs côtés. Un écran domine l’arrière de la scène. Il fait chaud sous le toit de l’Orangerie et ça ne fait que commencer.

« Macumba » donne le ‘la’. L’assistance commence à s’agiter. Et l’excitation est déjà à son comble dès le deuxième morceau, avant lequel apparaissent sur scène trois MCs, deux gars et une demoiselle déchaînée. Les premières notes de « Hangover (BaBaBa) » s’extirpent des baffles et la célébration du Kuduro peut démarrer tranquillement. Les morceaux de « Black Diamond » et de « Komba » s’entremêlent avec force et conviction. « IC19 », « Kalemba (Wegue Wegue) », « Eskeleto », « Hypnotized » s’enchaînent à un rythme effréné. Les corps alignés devant la scène se désarticulent à la même cadence.

Personne n’est épargné. Même les plus timides tapent du pied frénétiquement. Et encore davantage lorsque ce sont les tubes du collectif qui secouent les murs. « Aqui Para Vocês », « (We Stay) Up All Night » et, surtout « Sound Of Kuduro » donnent à l’Orangerie des allures de Club en plein cœur de la nuit. Et pris dans les filets de Buraka, aucun moyen de reprendre son souffle avant le rappel.

Un rappel au cours duquel les demoiselles, parfois légèrement vêtues, comme pour attester de la température estivale régnant sous l’Orangerie, sont gentiment conviées à se déhancher sur les planches. La troupe boucle ensuite ses valises au terme de l’ultime morceau d’un spectacle qui n’a pas failli un seul instant, laissant la grande majorité de l’assistance complètement trempée de sueur.

Portugal, Angola, Belgique, peu importe l’endroit, l’appel du Kuduro est de celui auquel il est impossible de résister. D’autant plus lorsqu’il est dispensé avec autant de force et de conviction. Buraka Som Sistema est définitivement l’une de ces formations à ne manquer sur scène sous aucun prétexte.

(Organisation : Botanique)   

Kasabian

Kasabian pas vraiment au zénith…

Écrit par

Initialement prévu à l’Aéronef de Lille, le concert a été déplacé dans une salle plus (trop) grande vu la demande exhaustive de tickets. Bien mal leur en a pris car le Zénith est loin de valoir l’Aéronef, tant au point de vue acoustique qu’au niveau de l’ambiance. Lorsque la petite salle surplombant le centre commercial d’Euralille est bondée, une chaleur et une communion se dégagent de cet espace où par ailleurs, le son est quasi toujours d’excellente qualité. Ce qui a loin d’avoir été le cas hier soir.

La grosse ‘industrie’ qu’est le Zénith accueillait bien un petit 3000 fans, soit une augmentation de 50 % par rapport à ce qui est possible de l’autre côté ; mais dans cet immense hall à peine à moitié plein et résonnant comme un fût vide, Kasabian avait la lourde tâche de se succéder à lui-même pour tenter, une nouvelle fois, de mettre le feu dans la métropole nordiste.

Contrairement donc aux deux sets précédents, la foule ne se presse pas en rangs compacts pour avoir la chance d’être au plus près des musicos. De toute façon, ici, un espace de près d’un mètre est réservé aux photographes, et aucun contact ‘tactile’ ne paraît autorisé !

Les gradins sont réservés aux VIP (?) et PMR (personnes à mobilité réduite), une cinquantaine de sièges tout au plus sont occupés, ce qui fait un peu ‘assistance à la messe le dimanche matin’… Le reste de la foule doit donc se contenter de la fosse afin sans doute de donner l’illusion au band de se produire devant une salle comble.

Dans ces conditions, j’ai déjà un petit goût amer en bouche, surtout après avoir vécu les deux concerts précédents où la bande à Tom Meighan avait littéralement tout balayé sur son passage !

En lever de rideau, l’occasion est donnée à Belakiss de se forger un nom de ce côté-ci de la Manche. Si ce quatuor ne se débrouille pas trop mal dans son style électro/pop/grunge, sa notoriété procède surtout de la présence de Miss ‘Tatia Starkey’, petite-fille de Ringo, batteur d’un des quatre Liverpuldiens les plus célèbres au monde. La fille… du fils… de l’ex-Beatle impose une présence, non pas par son jeu de basse (inaudible) mais par une plastique plutôt avantageuse, dont elle tire un tel avantage. D’ailleurs, on ne voit quasi qu’elle sur scène. Poupée (gonflée ?) dans un pantalon latex noir, poitrine aguicheuse, une épaule discrètement tatouée (on le remarque même du fond de la salle), elle ne laisse pas indifférente… Pourtant, les 5 ou 6 compos enchaînées par ses amis musiciens laissent deviner un potentiel intéressant. Petit bémol, je ne vois pas bien l’utilité de répéter à l’envi ‘Fuck’ ou un de ses dérivés tous les 15 mots…

Vite fait, bien fait, cette petite mise en bouche a pour effet d’ouvrir l’appétit des milliers d’aficionados venus (beaucoup) de Belgique, (nettement moins) de France, mais également d’Angleterre. Il n’est en effet pas rare que les 6 de Leicester emmènent une ‘cargaison’ de fans dans leurs valises…

Il est 21:03 lorsque résonnent les premières notes d’une courte intro (plus électro que ça, tu meurs) et que les rampes de spots déchirent les ténèbres. Sergio Pizzorno, seconde voix et seconde âme du groupe accompagne son comparse sur le titre inaugural « Days are forgotten », repris en force par la salle. S’il faut constater l’excellence de la prestation d’ensemble, on regrettera quelque peu la ‘retenue’ de Tom qui s’était fait remonter les bretelles, il y a deux ans, par un service d’ordre bien vite débordé et courroucé par l’attitude légèrement provocante du chanteur mué en meneur d’une bande d’excités de la pire espèce...

Aujourd’hui, de temps à autre et parcimonieusement, notre homme encourage bien les premiers rangs à danser, taper dans les mains ou pogoter. Mais il n’esquisse qu’un léger sourire lors de très rares ‘crowdsurfings’ et c’est tout pour cette fois. Bien trop souvent caché derrière ses lunettes de soleil, Tom se contente, non sans talent, d’interpréter la petite vingtaine de titres (j’en ai compté 17) issus des quatre albums publiés depuis la naissance de la formation.

Si quelques morceaux ‘déchirent’, on constate surtout que Kasabian est devenu au fil du temps et vu le nouveau line-up (Christopher Karloff a quitté le combo en 2006) une formation plus pop/rock que rock électro hip-hop. Des titres tels que « Lost Souls Forever », « Cutt Off », « Empire » ou « Club Foot » rappellent la grande époque alors que depuis trois ans et la sortie de « West Ryder Pauper Lunatic Asylum », les garçons sont devenus plus ‘calmes’, plus ‘raisonnables’. Dispensant une musique de haute qualité, à géométrie variable, le band s’est fait de nouveaux amis, sans aucun doute, mais a peut-être également perdu quelque peu son identité…

Nonobstant ce constat, force est de constater que Kasabian reste une fabuleuse machine de concerts qui multiplie les hits (« Velociraptor », « Re-wired », « Goodbye Kiss », « Fire », …) et joue remarquablement le jeu de l’alternance entre les plages représentant les différentes époques musicales.

Un décor austère mais un jeu de lumière époustouflant, six pylônes comportant chacun au minimum 6 phares de couleurs différentes et des rampes derrière le décor ou suspendues au-dessus de la scène donnent une impression de feu d’artifice qui correspond bien à l’ambiance voulue.

Une fois de plus, Kasabian démontre qu’il est devenu incontournable dans le paysage pop/rock/électro de la scène british, prenant même la tête du peloton au sein duquel militent les Arctic Monkeys, Franz Ferdinand et consorts.

Reste quand-même un (gros) regret… Je suis quasi certain que si les dispositions prises dès le départ, à savoir 2000 places dans l’Aéronef (NDR : et tant pis pour les autres), avaient été respectées, on se serait à nouveau tous retrouvés cul par-dessus tête. Et c’est bien la raison pour laquelle j’avais à nouveau fait le déplacement hier soir. Faudrait peut-être faire (re)lire aux organisateurs la fable de Lafontaine ‘La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Bœuf!’

Une petite déception pour un fan qui en attendait un peu (!) plus…

 

Half Asleep

A moitié ou profondément endormi ?

Écrit par

Aka Youth Lagoon, Trevor William a incontestablement été une des bonnes surprises de la fin 2011. Ce lundi 27 février, il venait défendre son premier opus, « The Year of the Hibernation », devant une Rotonde pleine à craquer, pour la circonstance. Et en première partie, Valérie Leclercq, alias Half Asleep, était invitée à mettre l’auditoire en condition.

Sous le patronyme Half Asleep, la Belge Valérie Leclercq a déjà publié quatre albums, dont le dernier, « Subtitles For The Silent Versions » est paru également en 2011. Un chouette elpee pour lequel elle avait eu la bonne idée d’enrichir la solution sonore de drums, de basses et même de cuivres. Outre la guitare et le piano auxquels elle a habituellement recours. Malheureusement, ce soir, elle va se contenter de s’accompagner aux ivoires, qu’elle ne quittera que pour la sèche, après quelques morceaux. Difficile, dans ces conditions aussi minimalistes, de se concentrer sur son set. Et seul deux morceaux, au cours desquels elle va se servir de loops, nous permettront de ne pas sombrer dans un profond sommeil. Half Asleep, c’est le cas de le dire…

A 21h00 pile, Trevor William Power monte sur l’estrade. Il est accompagné de son guitariste. Trevor a un visage de poupon, rappelant étrangement celui de Michael Cera (NDR : notamment aperçu dans ‘Juno’). Il s’installe derrière ses claviers qu’il ne quittera d’ailleurs pas de toute la soirée. L’atmosphère baigne dans une certaine forme de mélancolie. Et la voix nasillarde de l’Américain accentue ce climat. Mais une mélancolie qui laisse néanmoins un espace à l’espérance. Pas ou peu d’expérimentation. Il faut dire que la formule en duo ne laisse guère de place à ce type d’audace. Mais on ne s’en plaindra pas. Car la paire va parvenir retranscrire, l’intégralité du dernier opus de Youth Lagoon, « The Year of the Hibernation », dans un style dépouillé. Et à merveille. Un set de 40 minutes, y compris les deux morceaux du rappel. Mais le public est comblé. Il s’est plongé dans l’univers intimiste et tout en délicatesse de Youth Lagoon, avec délectation…

(Organisation Botanique)

 

Youth Lagoon

D’une délicatesse délectable…

Écrit par

Aka Youth Lagoon, Trevor William a incontestablement été une des bonnes surprises de la fin 2011. Ce lundi 27 février, il venait défendre son premier opus, « The Year of the Hibernation », devant une Rotonde pleine à craquer, pour la circonstance. Et en première partie, Valérie Leclercq, alias Half Asleep, était invitée à mettre l’auditoire en condition.

Sous le patronyme Half Asleep, la Belge Valérie Leclercq a déjà publié quatre albums, dont le dernier, « Subtitles For The Silent Versions » est paru également en 2011. Un disque pour lequel elle avait eu la bonne idée d’enrichir la solution sonore de drums, de basses et même de cuivres. Outre la guitare et le piano auxquels elle a habituellement recours. Malheureusement, ce soir, elle va se contenter de s’accompagner aux ivoires, qu’elle ne quittera que pour la sèche, après quelques morceaux. Difficile, dans ces conditions aussi minimalistes, de se concentrer sur son set. Et seul deux morceaux, au cours desquels elle va se servir de loops, nous permettront de ne pas sombrer dans un profond sommeil. Half Asleep, c’est le cas de le dire…

A 21h00 pile, Trevor William Power monte sur l’estrade. Il est accompagné de son guitariste. Trevor a un visage de poupon, rappelant étrangement celui de Michael Cera (NDR : notamment aperçu dans ‘Juno’). Il s’installe derrière ses claviers qu’il ne quittera d’ailleurs pas de toute la soirée. L’atmosphère baigne dans une certaine forme de mélancolie. Et la voix nasillarde de l’Américain accentue ce climat. Mais une mélancolie qui laisse néanmoins un espace à l’espérance. Pas ou peu d’expérimentation. Il faut dire que la formule en duo ne laisse guère de place à ce type d’audace. Mais on ne s’en plaindra pas. Car la paire va parvenir retranscrire, l’intégralité du dernier opus de Youth Lagoon, « The Year of the Hibernation », dans un style dépouillé. Et à merveille. Un set de 40 minutes, y compris les deux morceaux du rappel. Mais le public est comblé. Il s’est plongé dans l’univers intimiste et tout en délicatesse de Youth Lagoon, avec délectation…

(Organisation Botanique)

 

John Foxx

Les ‘metamathiques’ sonores de John Foxx

John Foxx, pionnier de la musique électronique (synth-pop/new-wave), d'abord au sein de son groupe Ultravox (1977-79) et ensuite en solo, avait dû annuler sa prestation au festival Sinner's Day, prévue à Hasselt, en octobre dernier. A toute chose malheur est bon: il est donc venu à Aarschot pour un concert unique, un concert gratuit pour celles et ceux qui s’étaient déplacés au Sinner's Day: une bonne initiative! Il y a donc largement plus d’un millier de personnes, signe du puissant revival new-wave qui fleurit, depuis quelque temps, au Nord du pays.

Tout au long de ce concert, on sera bercé par une musique chaude, analogique, façonnée par des instruments ‘vintage’ ARP, Korg ou Moog. John est accompagné de son nouveau comparse, Ben ‘Benge’ Edwards, le ‘magicien des synthés’, mais aussi de deux jeunes chanteuses multi-instrumentistes et artistes à part entière: Serafina Steer et Hannah Peel. Cette dernière figure d'ailleurs à l'affiche des Nuits Botaniques en mai prochain, où elle se produira en première partie de Lisa Germano. Coiffée de longs cheveux auburn, Hannah se charge du violon. Un violon aux accords lancinants. Et sur les planches, elle impressionne.  

Debout derrière le clavier qui lui permet de contrôler son vocodeur polyphonique, John Foxx est concentré et dégage une forte énergie. Sa voix est claire et puissante et il n'éprouve aucune difficulté à reproduire même les notes les plus élevées. Derrière lui, ‘Benge’ Edwards joue très peu de synthé ; ce qui est un peu dommage, mais frappe avec conviction sur un drum-kit Simmons des années '80. Derrière lui, les vidéos des chansons sont projetées sur un écran.

La setlist fait la part belle à "Metamatic", le chef-d’œuvre enregistré par John en 1980, mais aussi à "Systems Of Romance", le 3ème album d'Ultravox, qui contient le premier morceau synth-pop/new-wave de l'histoire du rock: "Hiroshima Mon Amour". L'interprétation de ce morceau en live est parfaite et touchante. Mais quand le groupe joue les plages d'"Interplay", sorti l'an dernier, on mesure à quel point la musique de John est moderne et ancrée dans notre époque. "Shatterproof" concède des accents EBM, voire techno et "Catwalk" est dansant à souhait.

John Foxx clôture son set par le très romantique "Just A Moment", un morceau auquel le célèbre "Vienna" d'Ultravox de Midge Ure doit beaucoup. Un bel euphémisme ! Le groupe se retire et revient pour "The Good Shadow", une ballade issue du dernier cd ; et, enfin, pour la compo que la plupart des spectateurs attendaient: le sublime "Underpass" (à voir ici en vidéo: http://www.youtube.com/watch?v=Rimb6fZgZr0). Toute la puissance du célèbre riff de synthé résonne dans la salle ; et le public, conquis, est aux anges. Un point d'orgue idéal pour un concert qui a tenu toutes ses promesses...

Setlist: 1 - Shatterproof; 2 - He's A Liquid; 3 - No One Driving; 4 - Running Man; 5 - The Shadow Of My Former Self; 6 - Hiroshima Mon Amour; 7 - A New Kind Of Man; 8 - Dislocation; 9 - Interplay; 10 - Catwalk; 11 - Summerland; 12 - Just A Moment; Encore: 13 - The Good Shadow; 14 - Underpass.

Pour être complet, précisons que la première partie a été assurée par De Brassers, un groupe de post-punk limbourgeois qui avait récolté un succès local au début des années '80, en dispensant une musique très inspirée par Joy Division.

(Organisation: Sinner's Day)

Kurt Vile

Un mur de guitares…

Écrit par

Ce soir, j’éprouve un énorme plaisir en me rendant au Botanique. Et pour cause, je vais revoir Kurt Vile, le nouveau génie américain de la guitare. Cet ex-membre de The War on Drugs avait publié « Smoke Ring for my Halo », son quatrième opus solo, l’an dernier. Un disque remarquable qui s’était classé dans le ‘Bilboard 200’. L’Orangerie est donc comble pour accueillir ce jeune trentenaire, nouvelle coqueluche avouée de Sonic Youth.

En live, le Philadelphien est soutenu par un backing band : les Violators. Et déjà depuis 2009. Lors de son set, le gratteur yankee et ses acolytes vont enchaîner les perles des deux derniers opus, parmi lesquels j’épinglerai « Jesus Fever » et « Freak Train » mais aussi « Overnite Religion » et « Blackberry Song » (NDR : issus de « Childish Prodigy »). Le son est pachydermique. Les six cordes imparables. Mieux encore, les quatre musicos se révèlent de véritables virtuoses. Traversées de larsens, brumeuses, psychés, les compos baignent dans le shoegaze. Bref, tout au long de ce show, Kurt Vile & The Violators vont s’efforcer d’ériger un véritable mur de guitares. Et le quatuor chevelu va y parvenir, le concert atteignant même son pic d’intensité lors de la reprise du « Downbound Train » de Bruce Springsteen  (NDR : une plage extraite de son dernier Ep, « So Outta Reach ») ainsi que de l’irrésistible « Peeping Tomboy ».

A contrario de son dernier passage à la Rotonde, Rotonde, Kurt Vile concèdera un rappel au cours duquel il va interpréter « He’s Alright » et un « Baby’s Arms » empreint de délicatesse. Ce soir, cette nouvelle grande figure de la musique américaine nous a accordé un concert tout simplement magique…

(Organisation Botanique)