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La fuite d’Ellside

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Gavin Friday - Het Depot
Suede 12-03-26

AaRON

Il était une fois un magasin de merveilles

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AaRON m’a replongé dans l’insouciance de l’enfance. C’était comme un coup de baguette magique, une chose belle et inexplicable à la fois. Laissez-moi vous emmener dans ce monde qui a été le mien le temps d’une soirée…

J’ai dix ans. Un magasin de jouets vient d’ouvrir ses portes à côté de la maison. Je l’appelle ainsi pour faire comme les grands mais je pense qu’on devrait dire un fabricant de bonheur, car tout ce qui s’y trouve est enchanteur. Dans sa vitrine, deux petits bonhommes regardent les passants. Ils sont habillés de façon très chic. L’un d’eux arbore fièrement une guitare. Dans leur dos, se cachent trois autres personnages équipés d’instruments divers. Plus loin encore, on discerne une pancarte sur laquelle est écrit le nom d’AaRON. De la musique retentit de l’autre côté de la vitre. De douces mélodies, si délicates qu’elles flottent quelques secondes dans l’air avant de se métamorphoser en papillons multicolores qui viennent vous faire des guili-guili dans le ventre. Du coup, je reste scotché à la devanture de mon nouveau voisin, un peu comme maman lorsqu’elle est en face d’un magasin de chaussures en période de soldes. Les chansons s’écoulent, certaines se ressemblent. C’est presque comme s’ils jouaient rien que pour moi. Je les connaissais déjà un peu ces petits bonhommes. J’en avais entendu parler à la radio. Et puis, maman fredonne leurs chansons quelquefois. Quand je les regarde comme ça, je ne pense plus à rien d’autre, tout devient plus léger. A vrai dire, je ne pense plus du tout. Je me laisse bercer par la musique et par les chants de Simon Buret (j’ai entendu le vendeur l’appeler par ce nom en discutant avec un client). J’ai l’impression qu’il a un pouvoir magique, que sa voix pourrait me permettre de laisser s’envoler tous les petits soucis et ainsi, je resterai toujours un enfant. Il paraît qu’on grandit trop vite, alors, je profite bien de ce moment en leur compagnie. Après un certain moment, je ne saurais dire combien de temps et je n’ai d’ailleurs aucune envie d’en avoir conscience, « Lili » arrive. Je l’attendais impatiemment. Lili, c’est mon amoureuse, c’est la plus belle. A chaque fois qu’elle s’approche de moi, je ressens plein de choses différentes. Tout se bouscule: j’ai en même temps envie de sourire et de pleurer, de la serrer contre moi et de la laisser filer, de tomber amoureux pour toujours et de rester seul comme un loup solitaire… Elle se poste à mes côtés, me frôle. Dans ce contexte, tous les deux devant cette vitrine, cet effet est multiplié par dix, il est plus fort que jamais. Soudain, elle se lève et me prend par la main. On s’éloigne ensemble alors que derrière nous, AaRON et ses compères nous promettent que ce sera une ‘chanson sans fin’, une « Endless Song ». Notre dernier point de mire est l’écriteau sur le haut de la façade du magasin; il y est écrit: ‘Ancienne Belgique, merveilles à gogo’.

(Organisation : Nada Booking)

Brigitte

Schizophrénie singulière pour identité plurielle

Écrit par

Chanson française ? Pas mon truc ! Trop snob pour ça. Vieux principes à la con, rarement démentis. Néanmoins, quelques exceptions notables sont tellement évidentes, qu’il serait obscène de les citer. Mais aucun attrait, en général, pour ce qui vient de l’Hexagone ou qui s’exprime dans la langue de Voltaire. Tout au plus quelques trucs sympas, de temps à autre. Mais rien qui ne rivalise avec la vraie musique, celle qui parle aux tripes. Chanson française = variété avariée. Quoique…

Entendu par hasard cette Brigitte, un soir d’été 2011. Vaguement scotché, tentative vaine de feindre l’indifférence. Quelque chose de spécial. Suffisant pour titiller ma curiosité. Allez, je tente le coup. Surtout pour vérifier de plus près que tout ce foin n’est pas mérité. « Et vous, est-ce que tu m’aimes ? » interroge l’album.

Après avoir vu ton spectacle, je te répondrai, ma petite dame. C’est jeudi, c’est l’hiver, et je me déplace pour tes beaux yeux. Alors montre-moi ce que tu as dans le ventre, Brigitte !

Salle bondée. Public qui ressemble à un autre, et pourtant, je sens bien que ce n’est pas le même. L’intrus, c’est moi. Je m’assieds dans les gradins.

Deux boucs campent sur le devant de la scène. Deux boucs et misère ! Prêts à en découdre avec le public. Prêts à livrer une joute avec moi. Deux boucs. Dualité. A l’image de cette fameuse Brigitte dont je ne sais rien ou en tout cas pas grand-chose. Etre bicéphale à la voix dédoublée. Tantôt brune, tantôt blonde, souvent les deux. Justement, la voici, justement, les voilà.

Enveloppées d’atours mystérieux. Costumes de cérémonies. Capes de jais et visages masqués. Entourées de musiciens affublés comme dans ‘Orange Mécanique’. Ça souffle le show et l’effroi. Je suis sceptique, mais bon public. Je contemple d’un œil Kubrick.

« Embrasse moi et tais toi » chante(nt) elle(s) d’une même voix.

Puis tombent les masques. Et qu’apparaissent strass et paillettes. Robes d’argents aux reflets captivants. Tenues de soirées pour enfin commencer. La sensuelle Brigitte décide de s’installer.

Fâchée sur ses kilos qui l’ennuient parfois,  Brigitte semble malgré tout, bien faire le poids.

‘Si j’avais le cœur comme de la pierre, j’embraserais tous les garçons de la terre’. Elle semble drôle et émouvante, elle a des atouts pour me plaire.

In English pleaze, Lady Brigitte singz sometimes like a cow, but I must admit, qu’elle en fait pas trop.

Les notes de guitares se renversent sous le charme de la belle. She’s singing very well. Puis Brigitte prends du poil de la bête. C’est la vengeance du loup.

Brigitte se déshabille. Se met à nu face au public. Ses musiciens s’éclipsent. La laissant se dévoiler avec pudeur et émotion. La voix étranglée lors d’un final subtilement amer, Brigitte s’en prend à cette nature qui lui refuse d’être mère.

Quand Brigitte pleure, se sont des larmes à double tranchant.

Ma gorge se noue et je découvre une Brigitte sensible et fragile. Ou bien est-ce là une manœuvre fort habile ? Le nœud se desserre et on passe au plat de résistance, après un petit crochet par un beau dimanche.

C’est l’heure du hit et l’ambiance monte de quelques crans. Clap ! Clap ! Dans les mains. Tout le monde s’amuse bien.

Gangster, voyou, dans sa Benz Benz Benz, Brigitte te veut à genoux.

Brigitte aime le soir, qu’on lui raconte des histoires. Des histoires de gangsters. Noires, comme une nuit polar.

Brigitte aime se faire femme aussi. Terriblement désirable. Version lumineuse, brillante et bandante d’un « I want your sex » débordant de sensualité. Brigitte sait jouer de ses charmes. Sans complexe face au business.

Candide et espiègle, elle s’abandonne au cœur d’un éclairage pourpre.

Quand Brigitte s’en va, c’est l’espace d’un instant, le temps de troquer sa tenue argentée pour une parure dorée qui illumine le cirque à ses pieds.

Pécheresse sans remords, Brigitte aime le Rock & Roll.

Plus sauvage que jamais, le regard enfiévré, son corps ondulant sous les caresses du succès.

Brigitte s’en va. Brigitte s’en vient. Brigitte s’éclipse et nous revient.

A cappella, sans d’autre filet que ses deux voix, elle subjugue l’auditoire en maîtresse du soir.

Humour au bord d’un verre, un dernier verre, juste un dernier ver.

Avant de prendre congé de nous, Brigitte envoie un dernier uppercut. “Eye of the Tiger”, en guise de chute.

Brigitte s’efface, la foule plébiscite. Brigitte a conquis tout le monde et je l’en félicite.

Ma réaction est mitigée vis-à-vis de l’aspect ‘grande messe pour foule en liesse’ et je suis passablement irrité par l’aspect ultra professionnel de ce show extrêmement bien huilé. Finalement, j’avais presqu’oublié que je m’étais bien amusé. Je l’avais dit : pas ma tasse de thé. Mais au final, j’en aurais presque redemandé !

(Organisation : Botanique)

Liz Green

Natural Blues

Écrit par

Liz Green aime prendre son temps. C’est donc seulement quatre longues années après avoir accompli ses premiers balbutiements discographiques que la jeune Mancunienne fait la grâce et l’honneur au public belge de sa présence. En novembre dernier, seule, en s’accompagnant d’une simple guitare, Liz chauffait le Cirque Royal deux soirs d’affilée pour les fans d’Agnès Obel à l’aide de ses macabres ritournelles. Ce jeudi 26 janvier, ce sont ses propres fans qui sont venus applaudir les pépites de son splendide « O, Devotion! », entre les piliers de l’intimiste Witloof Bar, au Botanique. Et, oh surprise, la jeune femme a emmené son backing band, pour le plus grand bonheur de l’assistance.

Rien d’annoncé officiellement sur le programme ou sur le site du Botanique, mais Liz Green est bel et bien précédée ce soir par une première partie. Et pas n’importe laquelle, puisqu’il s’agit d’une proche de cette dernière. Armée de son violoncelle, Hannah Miller, alias Hannah Moulette, membre active de The Moulettes, prend place sur son siège. Un peu réfractaire aux premières parties, c’est d’une oreille distraite que je laisse s’écouler l’entame de l’apéritif, vers 20h30. La Moulette s’égosille a capella. Joli brin de voix. Mais ce n’est que lorsqu’elle titille son instrument que la jeune femme capte toute mon attention. Le violoncelle marié aux cordes vocales de la chanteuse des Moulettes enchante instantanément, tout comme ses petites interventions entre chaque morceau. Ou encore sa tentative semi-réussie mais amusante de se remémorer les paroles d’une vieille compo à l’aide d’un vieux cahier de textes instable. Ou enfin celle de tenir la cadence de « Unlock The Doors » qui contient plus de mots qu’elle n’a de souffle. Hannah Moulette clôture cette sympathique introduction par un titre, soutenue par le saxophoniste de Liz Green qui, elle, débarquera un petit quart d’heure plus tard.  

D’entrée de jeu, Liz démontre toute l’étendue de son talent et de son background musical en interprétant magistralement un morceau du bluesman Son House intitulé « Grinnin’ In Your Face ». A cappella. Du lourd ! La Mancunienne ne s’attarde pas spécialement sur sa première œuvre mais peu importe, la qualité de son jeu et de son chant font le travail pour elle. Au bout d’une vingtaine de minutes, où s’enchaînent extraits de « O, Devotion! », inédits et reprises dont un excellent « Dying Scrapshooter’s Blues » qui traîne sur la toile depuis quelques années, Liz accueille enfin ses camarades de route. Trois petits gars prennent place autour d’elle. Un contrebassiste tiré à 4 épingles, un tromboniste chapeauté et le saxophoniste déjanté aperçu une demi-heure plus tôt. Nouvelle dimension au travail de Green. « Midnight Blues » et « Displacement Song », deux morceaux-clés du chef-d’œuvre de la Britonne, s’échappent tour à tour des baffles. Le son est parfait, la salle est parfaite, l’ambiance est parfaite. Toutes les conditions réunies pour un show au poil qui continue par « Hey Joe », une compo écrite en hommage au camarade chimérique de Liz, mi-homme, mi-oiseau. Ce dernier fera d’ailleurs une petite apparition le temps de « Robin », un morceau durant lequel Liz Green personnifie la bestiole en enfilant un masque en tissu, en forme de tête d’oiseau. Chaque chanson est un véritable voyage à travers les méandres de l’esprit torturé de la demoiselle qui, malgré l’obscurité de ses textes, garde constamment le sourire aux lèvres. La demoiselle amuse systématiquement la galerie entre deux morceaux, que ce soit par quelques anecdotes bien senties ou son interaction avec son trio de trublions. Trio auquel s’ajoute Hannah Moulette au violoncelle pour le grand « Bei Mir Bist Du Schoen » final (reprise des Andrew Sisters), précédé de l’imparable « French Singer », interprété à la guitare, comme lors de sa genèse.

On s’attendait à un petit concert de 45 minutes et puis s’en va. Finalement, Liz, Hannah et les garçons ont offert au public belge 2h de haut vol et un spectacle irréprochable, à dimension humaine. Il ne reste plus qu’à croiser les doigts pour que la jeune femme n’attende pas 2016 pour offrir une petite sœur à son impeccable « O, Devotion! ».

(Organisation : Botanique)

The Black Keys

Hanté par les légendes du blues rock!

Écrit par

Début décembre 2011, The Black Keys publiait “El Camino”, un superbe album que votre serviteur a tout bonnement placé en tête de son Top 20 de l’année. Un opus bourré de références ‘glam’ puisées chez T. Rex. La nouvelle tournée passait par le Zénith de Lille, ce mardi 24 janvier, au sein d’un hémicycle qui affichait presque sold out. Alors le spectre de Bolan allait-il planer tout au long de leur concert ?

Il revenait à Portugal. The Man d’assurer le supporting act. Etablis à Portland, quatre d’entre eux sont originaires de l’Alaska. Ils sont cinq sur les planches, dont un musicien de tournée, préposé à la seconde gratte. Tiens curieux, la formation reconnaît pour influences majeures T.Rex et David Bowie circa « Ziggy Stardust ». Le glam, quoi ! Pourtant, l’expression sonore dispensée par le groupe, ce soir, en ‘live’, s’inscrit davantage dans la lignée de Two Door Cinema Club et The Temper Trap, même si le falsetto de John Baldwin Gourley, lead vocalist, me fait plutôt penser à Jimy Somerville…

Pendant le checksound, la sono diffuse des chansons de Smokey Robinson et de Spinners. Du r&b old school ! Un énorme kit de batterie est installé au milieu du podium. L’extérieur des toms a été repeint aux couleurs de l’arc-en-ciel. A l’arrière, trois ou quatre grappes de luminaires concaves ressemblent à de petits arbres futuristes. Ils dispenseront circonstanciellement une intense lumière blanche. Et en toile de fond, on aperçoit des écrans rectangulaires. Ils projetteront des images de circulation routière, filmées aux States, lors de l’interprétation de morceaux issus du denier elpee. Le groupe monte sur les planches. Patrick Carney se plante derrière ses drums et Dan Auerbach, le chanteur/guitariste s’installe à droite de la scène. Deux musiciens de tournée les accompagnent : un bassiste et un claviériste/guitariste. Ils se postent en retrait, mais sur une petite estrade surélevée.

Le set s’ouvre par deux titres issus de « Brother », « Howlin’ for you » et « Next girl » Le groove a déjà de quoi enivrer. « Gold on the ceiling » embraie ; un extrait d’« El Camino » qui soulève déjà l’enthousiasme de la foule. Après « Run right back », dont la tension sous-jacente est très palpable, Patrick et Dan entament leur prestation en duo. Les compos y sont manifestement plus blues. Les cordes de guitares distordues. Que ce soit « Thickfreakness », « Girls on my mind », le lancinant « I’ll be your man » ou encore « Your touch », des plages issues de leurs quatre premiers elpees. Et la frappe de Patrick est meurtrière. Quand il pilonne ses fûts, il serre littéralement les dents. On se demande d’ailleurs comment son matos ne finit pas par se disloquer.

Retour des deux musicos complémentaires pour le reste du set, qui redémarre par des compos issues du dernier long playing, dont un « Sister » au cours duquel Dan chante d’un falsetto, ma foi plaintif. Dan change régulièrement de gratte, sans doute pour les faire réaccorder, et étonnant, les roadies sont vêtus de costards bcbg. Sur « Chop and change », morceau de garage ténébreux, il joue de la six cordes tout en secouant un maraca. Mais c’est surtout le claviériste qui vient hydrater l’expression sonore de ses interventions à l’orgue Hammond. « 10 cent pistol » est un moment important du show. Un morceau caractérisé par de nombreuses ruptures blues, mais surtout marqué par un long break que le combo se réserve au beau milieu de la compo. De quoi pousser l’intensité à son paroxysme et enflammer littéralement l’auditoire, pourtant déjà bien chaud, puisque le ‘crowdsurfing’ a déjà débuté depuis belle lurette… Petite pause de tendresse, puisque sur le single « Tighten up », Dan se met à siffloter. Mais le tracklisting s’achève alors par « I got mine », piste qui ouvre « El camino », le seul track vraiment glam du concert. Le public est en ébullition, il danse, gesticule, lève les bras, crie, hurle, applaudit et réclame son rappel.

Le funkysant « Everlasting light », au cours duquel une énorme boule à facettes inonde la salle de millions de particules scintillantes, ainsi que les plus blues/rock « She’s long gone » et “I got mine”, morceau dont le riff de guitare est curieusement réminiscent du « Heartbreaker » de Led Zeppelin, alimentent cet ‘encore’ de belle manière. N’empêche, le public a quand même eu la chance de savourer 22 titres en 75 minutes de spectacle. En prenant congé de la foule, le patronyme The Black Keys apparaît en lettres phosphorescentes en haut et derrière la scène.

De glam, hormis pour un titre, on n’en a guère détecté. Finalement, si des fantômes planaient ce soir au Zénith, c’était peut être ceux de légendes du blues/rock comme The Cream, Taste (NDR : au sein duquel militait feu Rory Gallagher) et le Led Zeppelin. D’autant plus que la voix de Dan est capable d’osciller entre le falsetto et le graveleux, des principes bien établis chez les chanteurs de blues. Tiens, lorsque les lumières se sont rallumées, comme par hasard, la sono s’est mise à diffuser une ancienne compo du Led Zep. Comme quoi !

(Organisation A Gauche De La Lune)

The Walkabouts

Presqu’une claque magistrale…

Écrit par

Fin 2011, The Walkabouts publiait un excellent album intitulé « The dustland ». Pour la circonstance, Chris Eckman et Carla Torgerson avaient d’ailleurs accordé une longue interview à Musiczine. Dans la foulée, la formation américaine est donc repartie en tournée. Un périple qui transitait par le Handelsbeurs de Gand, ce samedi 21 janvier. Il ne fallait donc surtout pas manquer cet événement…

Il revenait à Terry Lee Hale d’assurer le supporting act. Un pote à Chris Eckman. Pas étonnant, puisqu’il est également originaire de Seattle. Il se produit seul en s’accompagnant à la guitare à douze cordes. Une acoustique électrifiée. Il est plutôt habile sur son manche, possède un baryton, dont le timbre peut rappeler tantôt Neil Diamond ou Johnny Cash, et se sert parfois d’un harmonica posé sur un rack. Il ne manque pas d’humour et dispense quelques bons mots entre ses compos. Mais quoique bien interprété, son répertoire manque quand même de relief…

Place ensuite aux Walkabouts. Ce soir, le line up est  limité au sextuor. Soit le bassiste Michael Wells (un sosie de Charles Michel), Glenn Slater aux claviers et synthés, Terri Moeller aux drums (NDR : au fond de la scène, peu visible, mais diablement efficace) et l’ex-Willard Grant Conspiracy Paul Austin, à la guitare. Sans oublier, bien sûr, les pièces centrales, Chris et Carla, très complices tout au long du show, aux vocaux et aux grattes (NDR : Carla, surtout en seconde partie de show). Première constatation, par rapport à l’album, la voix de Carla est beaucoup plus présente. On a même parfois l’impression qu’elle dirige les débats. Elle possède une très belle voix, sorte d’hybride entre Sharleen Spiteri (Texas) et Grace Slick (Jefferson Airplane), mais sans jamais en faire trop. Elle est vêtue d’une robe noire moulante, traversée d’une bande blanche verticale. Sa chevelure noire est pigmentée de quelques mèches blondes. Le son est excellent. Les musicos irréprochables. Même quand le bassiste pète une corde sur « Thin on the air », obligeant le combo à reprendre le même morceau, dès le début. La setlist privilégie les compos issues de « Travels in the dustland », mais l’adaptation ‘live’ est bien plus percutante. A cause de cette section rythmique terriblement pulsante. En outre, le reste du répertoire s’intègre parfaitement à l’ensemble. Au fil du concert, la prestation s’électrifie davantage. Et le concours de Paul Austin aux six cordes n’y est pas pour rien. Il est peu démonstratif voire même un peu distant, mais ses interventions sont très judicieuses et particulièrement élégantes. Les climats sonores sont riches et évoquent tour à tour les grands espaces australiens (Triffids, Nick Cave & The Bad Seeds) ou issus de la West Coast (le Paisley Underground de Steve Wynn, le country rock éthéré de David Crosby et ses acolytes, si bien mis en valeur sur l’indispensable « If I Could Only Remember My Name »). Respectueux et attentif, le public est ravi et le manifeste bruyamment. Humble et chaleureux, le groupe lui accorde alors deux rappels, dont le premier permet à Carla de présenter les musiciens, et un second au cours duquel elle décrète ajouter un morceau au répertoire.

Franchement, il y a un bon bout de temps que je n’avais plus assisté à un concert d’une telle qualité et d’une telle intensité. Mais je ne lui attribuerai qu’un 9/10. Motif, le synthé qui supplée les parties orchestrales de l’album. Car si le groupe avait eu la bonne idée d’engager un quatuor à cordes, on prenait une claque magistrale…

(Organisation : Handelsbeurs)

Setlist:

1. Every river will burn
2. The dustlands
3. Rebecca wild
4. They are not like us
5. Follow me an angel
6. Thin of the air
7. Lazarus heart
8. Long drive in a slow machine
9. The light will stay on
10. Soul thief
11. Acetylene
12. My diviner
13. Prayer for you
14. Jack Candy
15. The stopping-off place

Rappel 1 :

1. Horizon fade
2. Grand theft auto

Rappel 2:

1. Wild sky revelry
2. Death At Low Water

(Voir aussi notre section photos : ici )

Joasihno

L’art de redessiner les frontières du flou…

Écrit par

Pas de panique au village indie, The Notwist revient fouler les planches de l’Orangerie sans la moindre actualité. Si l’on songe qu’il a fallu attendre six ans entre la sortie de « Neon Golden » (2002) et « The Devil, you + me » (2008), cela nous laisse le temps de respirer avant de voir paraître un nouvel opus. Sans subir de pression des gros labels, The Notwist appartient à cette catégorie de groupes indépendants qui écoutent le temps, expérimentent le son, affinent lentement leurs fibres artistiques, s’érigent dans la durée et s’ouvrent à des projets multiples et parallèles. Ainsi, après avoir accompli une tournée en compagnie de l’orchestre Andromeda Mega Orchestra de Berlin, concocté une BO de film (« Storm », 2009) et un album avec les rappeurs américains de Themselves (« Own Your Ghost », 2011), le quatuor bavarois reprend les chemins de la scène pour revisiter principalement le répertoire de ses deux derniers opus.

Plus de deux ans après leur passage à l’Ancienne Belgique, le ton change. Finies les mélodies electronica ultra-soignées, les grands orchestres de cuivres et de vents... L’attitude adoptée devient  plus désinvolte, plus percutante, plus brute mais également plus libre. Chaque morceau est revisité et laisse moins d’espace à l’électronique, plus de coffre aux guitares.

Une désinvolture que l’on déchiffre sans mal sur le visage des quatre artistes allemands – greffés, pour l’occasion, de deux musiciens supplémentaires– lorsque qu’ils investissent la scène. Paradoxalement. Las, usés, mal rasés et comme à peine sortis du lit, ils traînent péniblement la savate pour rejoindre leurs instruments. Image peu habituelle offerte par le groupe.

 Malgré un set moins travaillé, moins calculé, les six musiciens nous prouvent encore qu’ils comptent, incontestablement, parmi les artistes les plus expérimentaux et créatifs de la scène indietronica contemporaine. Une insidieuse imprécision, la perfectibilité que seule suscite la liberté vertigineuse d’innover, ajouteraient plutôt un charme supplémentaire à cet ensemble atypique.

Dès l’ouverture, The Notwist nous offre un inédit, laissant supposer que le quatuor de base œuvre, selon son propre rythme, à un nouvel album. Une intro construite d’électro hypnotique qui se fond dans la violence des guitares. Quant au reste de la prestation, elle présente principalement et en quasi-alternance des titres issus de « Neon Golden » et « The Devil, You + Me ». Morceaux joués avec plus de liberté artistique, plus de puissance aussi. Ici, les horlogers de l’intemporel, généralement doués d’une précision mécanique, déconstruisent leur œuvre et se réorientent vers de nouvelles architectures. La voix mélodieuse de Markus Archer s’écorche de douces mélopées et les textures sonores se croisent et s’entrechoquent  d’electronica ainsi que de guitares puissantes. Une multitude de sons riches et de genres s’enlacent, se débattent et finissent par plonger dans un magma nu-free jazz totalement débridé sur « This Room » et « Neon Golden ». « Gravity » et ses guitares totalement libérées mettent enfin un terme à une  séquence noisy apocalyptique sur les feux doux de « Trashing Days ».

Un univers sonore instable, oscillant entre fiel et miel, qui s’achève par trois rappels dont les délicieux « Chemicals » et « Consequence ».

Un arrêt sur image s’impose également sur l’excellente première partie de Christopher Beck alias Joasihno. Flanqué d’un batteur, le jeune Munichois était venu défendre son premier long playing, « We Say : ‘Oh Well’ ». Fort d’une expérience acquise en Afrique, le chanteur multi-instrumentiste aime pratiquer la langue française et tisse rapidement une ambiance chaleureuse avec le public de l’Orangerie. Expérience de voyage qu’il utilise régulièrement pour teinter ses compos electronica de rythmes africains.

Paradoxalement, Christopher Beck est un vrai passionné de musique islandaise et marche sur les pas de musiciens comme múm, Sigur Rós ou Seabear. Le mélange atypique est surprenant. Il intègre aisément et en toute simplicité, tous les contrastes : l'Islande et l'Afrique, Munich, le classique et le pop, le givre et le feu, la couleur et le gris. Subtile intuition de l’universel : les univers distincts se complètent et ne s’opposent pas, ils se chevauchent, s’imbriquent étroitement, se jettent l’un dans l’autre. L’artiste redessine les limites du flou et ignore les frontières.

Ses mélodies sont complexes et pourtant simples, impressionnantes et exigües… mais toujours chargées d’une émotion intense, vive. Une structure musicale proche de Lali Puna et Hjaltalin qu’il sait illuminer de mélodies africaines.

Un duo énergisant, électrifiant la salle de sons en boucle, d’instruments étranges et d’une guitare au centre des débats.

Joasihno, un univers particulier qu’on ne manquera pas de visiter dans un futur proche.

(Organisation Botanique)

 

The Notwist

Rien de neuf sous le soleil de Bavière…

Écrit par

Pas de panique au village indie, The Notwist revient fouler les planches de l’Orangerie sans la moindre actualité. Si l’on songe qu’il a fallu attendre six ans entre la sortie de « Neon Golden » (2002) et « The Devil, you + me » (2008), cela nous laisse le temps de respirer avant de voir paraître un nouvel opus. Sans subir de pression des gros labels, The Notwist appartient à cette catégorie de groupes indépendants qui écoutent le temps, expérimentent le son, affinent lentement leurs fibres artistiques, s’érigent dans la durée et s’ouvrent à des projets multiples et parallèles. Ainsi, après avoir accompli une tournée en compagnie de l’orchestre Andromeda Mega Orchestra de Berlin, concocté une BO de film (« Storm », 2009) et un album avec les rappeurs américains de Themselves (« Own Your Ghost », 2011), le quatuor bavarois reprend les chemins de la scène pour revisiter principalement le répertoire de ses deux derniers opus.

Plus de deux ans après leur passage à l’Ancienne Belgique, le ton change. Finies les mélodies electronica ultra-soignées, les grands orchestres de cuivres et de vents... L’attitude adoptée devient  plus désinvolte, plus percutante, plus brute mais également plus libre. Chaque morceau est revisité et laisse moins d’espace à l’électronique, plus de coffre aux guitares.

Une désinvolture que l’on déchiffre sans mal sur le visage des quatre artistes allemands – greffés, pour l’occasion, de deux musiciens supplémentaires– lorsque qu’ils investissent la scène. Paradoxalement. Las, usés, mal rasés et comme à peine sortis du lit, ils traînent péniblement la savate pour rejoindre leurs instruments. Image peu habituelle offerte par le groupe.

 Malgré un set moins travaillé, moins calculé, les six musiciens nous prouvent encore qu’ils comptent, incontestablement, parmi les artistes les plus expérimentaux et créatifs de la scène indietronica contemporaine. Une insidieuse imprécision, la perfectibilité que seule suscite la liberté vertigineuse d’innover, ajouteraient plutôt un charme supplémentaire à cet ensemble atypique.

Dès l’ouverture, The Notwist nous offre un inédit, laissant supposer que le quatuor de base œuvre, selon son propre rythme, à un nouvel album. Une intro construite d’électro hypnotique qui se fond dans la violence des guitares. Quant au reste de la prestation, elle présente principalement et en quasi-alternance des titres issus de « Neon Golden » et « The Devil, You + Me ». Morceaux joués avec plus de liberté artistique, plus de puissance aussi. Ici, les horlogers de l’intemporel, généralement doués d’une précision mécanique, déconstruisent leur œuvre et se réorientent vers de nouvelles architectures. La voix mélodieuse de Markus Archer s’écorche de douces mélopées et les textures sonores se croisent et s’entrechoquent  d’electronica ainsi que de guitares puissantes. Une multitude de sons riches et de genres s’enlacent, se débattent et finissent par plonger dans un magma nu-free jazz totalement débridé sur « This Room » et « Neon Golden ». « Gravity » et ses guitares totalement libérées mettent enfin un terme à une  séquence noisy apocalyptique sur les feux doux de « Trashing Days ».

Un univers sonore instable, oscillant entre fiel et miel, qui s’achève par trois rappels dont les délicieux « Chemicals » et « Consequence ».

Un arrêt sur image s’impose également sur l’excellente première partie de Christopher Beck alias Joasihno. Flanqué d’un batteur, le jeune Munichois était venu défendre son premier long playing, « We Say : ‘Oh Well’ ». Fort d’une expérience acquise en Afrique, le chanteur multi-instrumentiste aime pratiquer la langue française et tisse rapidement une ambiance chaleureuse avec le public de l’Orangerie. Expérience de voyage qu’il utilise régulièrement pour teinter ses compos electronica de rythmes africains.

Paradoxalement, Christopher Beck est un vrai passionné de musique islandaise et marche sur les pas de musiciens comme múm, Sigur Rós ou Seabear. Le mélange atypique est surprenant. Il intègre aisément et en toute simplicité, tous les contrastes : l'Islande et l'Afrique, Munich, le classique et le pop, le givre et le feu, la couleur et le gris. Subtile intuition de l’universel : les univers distincts se complètent et ne s’opposent pas, ils se chevauchent, s’imbriquent étroitement, se jettent l’un dans l’autre. L’artiste redessine les limites du flou et ignore les frontières.

Ses mélodies sont complexes et pourtant simples, impressionnantes et exigües… mais toujours chargées d’une émotion intense, vive. Une structure musicale proche de Lali Puna et Hjaltalin qu’il sait illuminer de mélodies africaines.

Un duo énergisant, électrifiant la salle de sons en boucle, d’instruments étranges et d’une guitare au centre des débats.

Joasihno, un univers particulier qu’on ne manquera pas de visiter dans un futur proche.

(Organisation Botanique)

The Pains Of Being Pure at Heart

Feel Good Inc.

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Il y a longtemps que les fans belges de The Pains Of Being Pure At Heart brûlaient de voir le quartet fouler les planches d’une salle de la capitale. Et ce sont celles de l’Orangerie du Botanique qui ont eu le privilège de se frotter aux semelles de la bande à Kip Berman, ce 17 janvier. Un passage tonitruant, à deux doigts du sold out, qui marque le départ d’une année riche en bonnes surprises. Enfin, on peut toujours rêver…

En mars dernier, The Pains of Being Pure At Heart effectuait un passage remarqué sur la scène de la salle courtraisienne De Kreun, en compagnie de Cloud Nothings. Cette fois, c’est au centre du pays qu’il a jeté son dévolu pour y dispenser son shoegaze entêtant. A l’instar de leurs ritournelles, Kip et ses potes sont du genre simple et efficace sur scène. Pas de première partie, aucun artifice. Juste quatre amis, auquel se greffe un cinquième pour la mouture live, venus délivrer le meilleur de leur discographie. La première demi-heure est assez timide, une période au cours de laquelle les morceaux extraits de leur œuvre éponyme font de l’ombre aux extraits de « Belong ». Seul « Heart In Your Heartbreak », interprété en début de set, se détache vraiment du reste. 

Pendant la seconde partie du set, Kip délie sa langue, remercie le public de sa présence et exprime ses regrets quant à la tragédie du Pukkelpop 2011 auquel la formation aurait dû participer. The Pains n’est pas une usine à tubes mais parvient à retenir l’attention de bout en bout particulièrement grâce à « Everything With You », « Young Adult Friction », « My terrible Friend », l’excellent « Come Saturday » ou encore « Higher Than The Stars ». La comparaison avec The Jesus & Mary Chain est certes facile mais n’en est pas moins évidente. On ne peut pas dire que l’ensemble claque à 100%, mais la prestation des New-Yorkais est plus que respectable et file droit, sans bavure. Après une bonne heure de distos résonnantes, Kip propose au public de les rejoindre au bar et tire sa révérence sur des « Say No To Love » et « Contender » qui font oublier la lenteur du démarrage de la soirée. The Pains Of Being Pure At Heart est une formation à gros potentiel, armée de quelques morceaux incontournables qui filent instantanément la banane. Reste à voir s’il parviendra à se renouveler par la suite. Car un troisième album dans la lignée directe des deux précédents risquerait fort bien d’être pointé du doigt comme étant le disque de trop.

Organisation : Botanique