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Elena Tonra rompt le silence de son projet solo Ex:Re. La voix du combo indie-folk londonien Daughter annonce la publication de Save As, un nouvel elpee attendu pour le 30 octobre chez 4AD. Pour faire patienter l'auditoire, elle dévoile le single d'ouverture…

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Chroniques

PJ Harvey

4 Track Demos

Si l'œuvre d'un artiste rock se révèle au fil du temps et de ses albums plus abordable et plus léchée, il faut admettre que pour PJ Harvey, c'est le phénomène inverse qui se produit. Vulnérable et fruité à l'origine ("Dry"), venimeux et torride par la suite ("Rid Of Me"), son expression s'est traduite sur "4 Track Demos" en termes de virulence et de sécheresse. Pas de batterie. Juste la voix déchirante de Polly Harvey et des cordes de guitares tendues, lancinantes, sournoises. Dix compositions ultimes, farouches qui luttent sans merci contre la mythologie romantique de la musique pop. En Grande-Bretagne, cet opus a déclenché l'enthousiasme communicatif des médias, un enthousiasme que nous ne parvenons pourtant pas à partager, parce que l'écoute exhaustive du CD a fini par nous excéder...

 

Juliana Hatfield

Become What You Are

Avant de fonder son propre trio, Juliana Hatfield a sévi au sein des Blake Babies en compagnie desquels elle a commis trois elpees de pop minimaliste, tout en volutes. Pour enregistrer "Become What You Are", le J.H.T. a reçu le concours de Mike Watt, John Wesley Harding et du leader de Lemonheads, Evan Dando. Non content de se consacrer à la basse, Juliana s'acquitte du chant et assure la composition. Des lyrics qui reflètent la sensibilité introvertie, coincée entre l'isolement né de la fin de l'adolescence et l'angoisse de la féminité naissante, des chansons qui traitent de solitude, de frustration, de dépression, du suicide, de désir, de sexisme, de vengeance et de viol, qu'elle chante d'une voix fluette, candide sur une structure instrumentale capable d'osciller entre la tendresse et le fanatisme. Certaines chansons atteignant même l'intensité cinglante des guitares de Dinosaur Jr voire de Hole. Produit par Gary Smith (Throwing Muses, Chills), "Become What You Are" développe ainsi une pop aiguë, mélodieuse, excitante, propice aux climats les plus visionnaires. Tout à fait rafraîchissant !

 

Hawkwind

The business trip

Du line up initial, établi en 1970, il ne reste plus chez Hawkwind que le seul Dave Brock. Et pourtant, la formation londonienne a toujours observé une même ligne de conduite, profilée sur le space métal rock. Ce qui explique sans doute pourquoi elle est toujours aussi populaire en 1994. Pas seulement auprès des vieux babas cool qui s'arrachent leurs vinyles à prix d'or (NDR : "Space ritual" se négocie, par exemple, aux environs de quinze mille balles, soit 375 €), mais parce que sa musique s'est adaptée à la technologie moderne. Des groupes comme Ozric Tentacles et The Orb ont d'ailleurs bien compris qu'il existait un public potentiel à séduire… Déclaré ‘live’, " The business trip " accuse cependant des applaudissements un peu trop soignés pour être honnêtes. Ce qui n'empêchera pas les aficionados d'Hawkwind, et pourquoi pas les autres, de prendre leur pied…

 

Hazel

Lucky dog

Tout comme le défunt Happy Mondays, Hazel se produit sur scène avec un danseur. Ni le ballet classique, ni la house mancunienne ne poussent pourtant dans le jardin musical de ce groupe yankee (Portland, Oregon) qui, tout au long de "Lucky dog", fait fructifier un savoureux hardcore mâtiné de pop, de garage et de grunge, récoltant quatorze petites noisettes sonores, quatorze bouchées à engloutir goulûment, tant elles s'avèrent irrésistibles, communicatives (drums épileptiques, riffs de guitare étranges, bourdonnants, croustillants, basse mélodique et pulsante, vocal aigrelet, sensuel de Jody Bleyle et diaphane, délicat de Peter Krebs, variations de tempo). Un album que nous pourrions peut-être planter à la croisée des chemins des Breeders, d'Hüsker Dü et de Nirvana... Tu me passes un casse-noisettes!

 

Headstarts

The Detroit Incubators

Nous ignorons si ce quartet gantois est frustré de n'avoir pu accompagner les diables rouges aux States en juin dernier. Mais une chose est sure, "The Detroit Incubators" lui permet d'explorer, par la musique, les quatre coins du pays de l'Oncle Sam. En d'autres termes, les Headstarts sont capables de pasticher n'importe quel groupe américain. Et ils le démontrent sur cet opus. Depuis Creedence Clearwater Revival à ZZ Top, en passant par Bruce Springsteen, John Lee Hooker, le Crazy Horse, Giant Sand et bien d'autres. Depuis le blues à la country en passant par la roots, le tex mex, le rhythm’n’blues et le hardcore juvénile. Et pour ne rien vous cacher, dans ces différents exercices de style, les Headstarts ne se débrouillent pas trop mal...

 

Tuxedomoon

Solve Et Coagula (The Best Of)

En 1977, la scène avant-gardiste de San Francisco est en pleine ébullition. Des formations comme Residents, Snakefinger, Indoor Life, Chrome et MX 80 contaminent toute la baie de leurs élucubrations alternatives. La plupart d'entre elles relèvent du label Ralph Record, un label que rejoint quelques mois plus tard un certain Tuxedomoon. Son créneau? Réaliser la fusion parfaite entre les musiques électronique, classique, tzigane, orientale, jazz, contemporaine, punk, tout en laissant la porte ouverte à d'autres cultures. Un objectif qu'il atteindra en 1981 lors de l'enregistrement de l'indispensable "Desire". Et puis également réunir plusieurs disciplines en un même acte associant musique, films et action dramatique. Or, l'Amérique ne semble pas tellement séduite par ces expérimentations artistiques. Le groupe décide donc de s'exiler en Europe. Au Pays-Bas d'abord. Puis en Belgique, élisant même domicile à Bruxelles. Bien que victime de plusieurs changements de line-up au cours de son existence, Tuxedomoon parviendra à aligner toute une série d'œuvres aussi fascinantes que différentes, signant même sur "Divine" la musique d'un ballet de Maurice Béjart... En quatorze fragments, Crammed Disc a voulu rendre hommage à ce mythe underground disparu en 1988. Septante minutes pour un groupe à géométrie variable dont les principaux acteurs ont été choisis parmi Blaine Reininger, Steven Brown, Peter Principle et Winston Tong. Sans oublier le metteur en scène Bruce Geduldig, dont l'âme plane encore sur chacune des compositions, ainsi que de l'ingénieur du son Gilles Martin, devenu au fil du temps le relais technologique indispensable à l'équilibre de Tuxedo. Splendide!

 

Helmet

Betty

Sur les quatorze titres de son troisième opus, Helmet ne concède qu'un fragment au hard-blues-folk zeppelinien ("Overrated"), une composition purulente ("Pariah") et une intro jazz inspirée par John Coltrane. Le reste macère dans un metal-hardcore-grunge impitoyable. Une solution angoissée, oppressive, aride dont l'implacable mécanique produit un groove laminant, capable de couper les riffs de guitares avec une précision diabolique et une violence hypnotique. Et au sein de ce magma dantesque, le vocal âpre, geignard, parfois vitreux, souvent au bord de l'asphyxie de Page Hamilton cherche une bouffée d’oxygène entre le timbre de Kurt Cobain et celui d'Henry Rollins. Dévastateur !

 

The Tea Party

Splendour Solis

Non seulement Jeff Martin, chanteur de Tea Party, campe un baryton profond, sombre, proche de feu Jim Morrison, mais en plus, il possède un physique très proche du roi lézard. Pourtant Jeff n'est pas la réincarnation du mythe disparu, mais le leader d'un nouveau groupe canadien. Un trio, pour ne rien vous cacher, qui possède un énorme avantage sur le chanteur californien : il est encore vivant!... Et puis, le line up ne comporte pas de claviériste. C'était probablement trop risqué. Imaginez un peu la présence d'un organiste qui ressemblerait, comme deux gouttes d'eau, à Ray Manzarek... Si Tea Party réfute toute corrélation avec les Doors, sa musique présente de nombreuses affinités avec celle de Led Zepplin. Parce que blues, folk et heavy metal se fondent dans même univers exotique, orientaliste, digne du troisième elpee enregistré par le célèbre dirigeable. Pas pour rien que le guitariste reconnaît pour influences majeures John Renbourn, Bert Jansh et Roy Harper; c'est à dire celles qui avaient inspiré Jimmy Page, à cette époque très précise. Produit par Glenn Robinson (Voivod, 13 Engines), "Splendour Solis" possède toute la science infuse (!) du métal le plus précieux, le plus vivifiant. Alors, pour notre plaisir nous en reprendrons volontiers une tasse. Mais avec deux sucres...