Fence n’en a rien à foutre…

Le combo rock limbourgeois Fence sortira son nouvel album, « Nobody Gives A Fuck », le 16 octobre 2026. Un titre qui laisse peu de place à l'imagination, quoique... Propulsés par un nouveau batteur, Wim Coppers, installé derrière les fûts, les musiciens de…

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Chroniques

Yeasayer

Odd Blood

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En 2007, Yeasayer nous proposait « All Hour Cymbals », un album dont le rock indé teinté de world naviguait manifestement à la limite de l’expérimental. Un œuvre difficile d’accès, balisée par des rythmes africains hypnotiques, qui au fil du sillon, pouvait se révéler lassante. En fait, plusieurs écoutes étaient nécessaires avant de pouvoir appréhender l’univers riche et complexe de cet elpee. 

Trois ans plus tard, la formation new-yorkaise opère son comeback en publiant « Odd Blood », un disque à premier abord plus accessible, mais toujours d’aussi bonne facture. Un opus clairement divisée en 2 parties. Trempés dans la pop, les 5 premiers titres se démarquent radicalement de leurs anciennes productions. Mais le combo a pris soin de préserver cette folie douce, une spécificité qui est en quelque sorte sa marque de fabrique. Conduit par un riff quasi-reggae, hydraté de claviers et traversé de chœurs délirants, « Ambling Alp » constitue un tube potentiel. Et peut-être même le futur hit pour ce début d’année (NDR : après ceux de Two Doors Cinema Club et de Gaëtan Roussel, bien entendu…) Enrichi de chœurs africains, et pigmenté par un étonnant solo de guitare, « Madder Red » est d’une redoutable efficacité. « I Remember » et surtout le tropical et dansant « O.N.E. » identifient deux autres petits hymnes pop. Le second volet d’« Odd Bloods » évolue dans une galaxie sonore plus proche de celle d’« All Hour Cymbals », quoique expurgée de ses divagations inutiles. Un morceau comme « Love Me Girl » lorgne même vers l’univers décalé et extravaguant d’Of Montreal. Une excellente plage couverte de superbes accents world. Du tracklisting, seul le morceau d’entrée, « The Children », fait un peu tâche d’huile. Cette voix trafiquée passe mal la rampe. Elle en devient même, au fil de l’écoute, pénible. Certainement la compo la plus faible de l’elpee.

Sans quoi, toutes les autres plages rivalisent d’excellence. En privilégiant même la concision. Certains fans risquent néanmoins d’être déçus par l’évolution du groupe. Perso, je m’incline en écoutant leur musique à la fois brillante, étrange, riche, barrée et mélodique. Une expression sonore qui s’adresse tant aux jambes qu’à la tête. Et qui parvient à réussir ce challenge à la perfection. Mon premier coup de cœur pour 2010 ! Et puis ce n’est quand même pas un sacrilège de préférer l’opus de cette formation de Brooklyn, à celui d’Animal Collective, paru l’an dernier, dont ils partagent, curieusement, le même secret pour soigner leurs harmonies vocales…

 

Built To Spill

There is no enemy

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Fondé en 1992, Built To Spill nous vient de Boise, dans l’Idaho. Une formation responsable à ce jour de six albums, dont bien sûr le dernier en date, « There is no enemy ». Doug Martsch en est toujours le leader. Le chanteur/guitariste aussi. Et pose son timbre délicat, nasal (NDR : évoquant tour à tour Jonathan Donahue ou Wayne Coyne), sur des mélodies contagieuses, mélancoliques, limpides, sculptées dans des accords de guitares noisy/pop, souvent torturés, toujours chatoyants, mais jamais frénétiques. En cause, une production et des arrangements particulièrement soignés. L’elpee recèle quelques ballades plus léchées, mais toujours agréables à écouter. Il y a même de la trompette sur « Things fall apart ». Mes coups de cœur iront cependant au lancinant et très électrique « Oh yeah », au sophistiqué « Lifes’ a dream » (Mercury Rev ?) ainsi qu’au seul morceau punk de l’elpee, « Pat ». Abrasif, incandescent et sauvage, il évoque même les débuts de Placebo. Un univers sonore qui devrait plaire aux mélomanes qui apprécient Luna et The Church. Et Mercury Rev. Pour que votre info soit complète sachez que lors des sessions d’enregistrement, le combo a bénéficié du concours de Sam Coomes (Quasi), Roger Manning (Jellyfish), Scott Schmaljohn (ex-Treepeople), Paul Leary (Butthole Surfers) et du violoncelliste John McMahon.

 

The Bear That Wasn’t

And So It Is Morning Dew

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The Bear That Wasn’t n’est pas un ours mal léché, mais plutôt un nounours à la douceur réconfortante. Un animal mélomane incarné par un jeune flamand répondant au nom de Nils Verresen. Ce Belge met son timbre vocal angélique, délicat, au service d’une musique acoustique, intimiste, afin d’apaiser les esprits des bêtes sauvages les plus terribles de la terre que sont les hommes. Nils a tiré cet étrange pseudo d’un livre pour enfant écrit par Frank Tashlin, membre de l’équipe des Looney Tunes. Finaliste du célèbre concours ‘Humo Rock Rally’, il a enregistré son premier album et s’est rapidement lancé dans une tournée un peu folle à travers la Belgique… Un périple illustré sous la forme d’un défi : dénicher 365 amis via Facebook, prêts à l’héberger et le nourrir pour une nuit en échange d’un concert privé ! Pari osé et réussi filmé par TRS, déjà responsable du très beau reportage sur la tournée de Soulwax. Les aventures de cet animal nomade sont à découvrir au jour le jour sur le site Web de l’artiste.

La musique de notre mystérieux mammifère s’inscrit dans la lignée de certains jeunes songwriters américains, apparus au cours de ces dernières années, tels Conor Oberst ou M. Ward. Tout au long d’« And So It Is Morning Dew », Nils nous propose des compos sculptées dans l’indie folk, des chansons empreintes d’une grande simplicité, respectueuses des traditions et à la sensibilité mélodique évidente. Malheureusement, l’elpee ne recèle pas vraiment de titre-phare. Et encore moins de tube éventuel. Et puis, au fil de l’opus, le minimalisme ambiant devient franchement lassant. D’autant plus que Nils semble, progressivement, ne plus parvenir à habiter ses chansons. A contrario, lors des premiers titres, l’apport de cordes et/ou de chœurs donne une toute autre dimension à son expression sonore. Et je pense tout particulièrement à « The Little Witch And The Brave Boy Are Going To Venus » et « Headphones », deux plages susceptibles de nous entraîner au sein d’un univers paisible, à des années-lumière du vacarme quotidien. Du potentiel et du talent pour cet artiste made in Belgium, mais aussi encore du pain sur la planche, s’il souhaite passer un pallier et ne pas en rester au stade de promesse.

En concert le 8 avril à l’Ancienne Belgique.

 

Autechre

Oversteps

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Les fans le savent. Autechre, c’est pas de l’électro de branleurs. On est loin des gros beats putassiers de chez Ed Banger et consorts. Deux ans après « Quaristice », les Anglais dispensent déjà leur dixième leçon. Une leçon à laquelle tout le monde est conviée. Car « Oversteps » est probablement l’un des disques les plus accessibles du duo. Dans la veine de leur « Amber » (1994), cette nouvelle livraison libère une techno minimale proche de l’ambient cérébrale. Faisant preuve d’une technicité à toute épreuve, Rob Brown et Sam Booth emmène l’IDM toujours plus loin, là où leurs confrères n’osent pas toujours aller ou s’y essaient, sans jamais vraiment atteindre cet état de conscience artistique supérieur.

Autechre est de ces formations qui, quasiment à chaque publication, repousse les limites du genre sans pour autant créer une mélasse rédhibitoire et/ou élitiste. Classieux jusque dans les moindres détails, Autechre a fait appel à la boîte de graphisme The Designers Republic, habituée des collaborations avec Warp Records, pour créer l’artwork du recueil. Un choix plutôt logique tant les travaux de la boîte épousent à la perfection les subtilités et l’intelligence du labeur des deux Sheffieldiens. « Oversteps », nouvelle réussite à leur actif, devrait vraisemblablement réconcilier ceux qui étaient restés sur leur faim à la sortie du mitigé « Quaristice ».

Thomas White

The Maximalist

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Apprivoiser « The Maximalist », la deuxième galette de Thomas White, n’a pas été une mince affaire. Tout d’abord, parce qu’il a fallu, déjà, trouver le courage de passer outre son ignoble pochette. Ensuite, pour assimiler cette profusion d’idées qui parcourt le disque, sans le moindre fil rouge. Mais l’ancien membre fondateur de The Electric Soft Parade ou honoraire chez Brakes et British Sea Power, est fort. Très fort. Car « The Maximalist » est truffé de cavillations. Et donc, pour appréhender tous les détails qui lui auront échappé au terme de la première écoute, l’auditeur se sentira presque obligé d’appuyer une seconde fois sur play. Voire une troisième et une quatrième fois. Et ainsi de suite.

« The Maximalist » évolue entre rock progressif, psychédélisme, pop et musiques électroniques. Thomas White y fait preuve d’une véritable soif d’expérimentations. Tant, parfois, que son œuvre est difficile à suivre et s’aventure aux limites de la schizophrénie. Mais le génie du jeune musicien procède de sa capacité à ne pas relâcher la tension et à créer des compositions réellement évolutives. En d’autres mots, exactement ce que l’on peut attendre d’un (bon) recueil de Prog Rock, à l’ère de la suprématie des machines. « The Maximalist » est le fruit d’un long travail de quatre années. Le résultat ne peut s’écouter que manifestant une attention particulièrement soutenue. Un Ovni percutant.

 

Vex’d

Cloud Seed

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En 2005, Vex’d publiait « Degenerate », un premier album qui allait très vite placer le Dubstep sur la carte des tendances à suivre de près. Cinq ans plus tard, le moins que l’on puisse dire est que le genre s’est définitivement ancré dans le paysage audio-sensitif comme une valeur sûre. Normal, vu les porte-drapeaux tels que Burial, Flying Lotus, Hudson Mohawke, Samyiam ou plus récemment Gonjasufi et The Gaslamp Killer. Le duo british profite donc de cet engouement pour présenter une série de morceaux écrits entre 2006 et 2007, juste avant la mise à mort de la formation. « Cloud Seed » n’est donc pas un véritable album, mais une compilation de compositions oubliées.

Ces morceaux devaient, à l’époque, constituer le point de départ du second ouvrage de Jamie Teasdale et Roly Porter, alias Vex’d. Mais les deux hommes ont préféré prendre des chemins opposés, laissant en plan toutes leurs expérimentations. Sous l’impulsion du label Planet Mu, Teasdale et Porter lèvent aujourd’hui le voile sur un travail qui, dans d’autres circonstances, aurait probablement été injustement délaissé. « Cloud Seed » réunit donc dix plages oscillant entre IDM et un Dubstep obscur à la Burial, mettant davantage l’accent sur la technique que sur l’accessibilité. L’atmosphère, généralement pesante, donne toute sa profondeur et sa cohérence à une compile qui aurait pu aboutir sur une suite de morceaux disparates. Car « Cloud Seeds » compte également quatre travaux de rénovation effectué par le duo pour le compte de Plaid, Gabriel Prokofiev, Distance et John Richards. Mais même ces remixes s’intègrent parfaitement à l’ensemble. Vex’d a beau être mort, il laisse derrière lui un héritage incroyablement pertinent. Aujourd’hui plus que jamais.

 

State Radio

Let It Go

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Une multitude de groupes et artistes pop, rock, metal, punk, blues et autres sont nés à Boston, au cours des 4 dernières décennies. Parmi les plus notoires, on épinglera The Enemy, le défunt Morphine, les Pixies et surtout Dropkick Murphys. Qui justement participe chaque année aux week-ends de fêtes de la Saint-Patrick, devant des milliers de spectateurs. Un événement qui se déroule au Sud de Boston, où la communauté est d’origine irlandaise. Pas étonnant que le punk celtique y fasse un tabac. Moins connu, State Radio appartient également à cette scène. Mais à contrario de leurs camarades, les trois Américains ont décidé de troquer les hymnes celtiques contre du reggae. Du vrai, du tatoué ! La plupart des morceaux de cet elpee sont d’ailleurs dynamisés par ces rythmes jamaïcains. Les guitares rebondissent sur des rythmes saccadés. La voix évoque celle de Bradley Nowell (Sublime). Certaines compos sont enrichies de cuivres. A l’instar de « Doctor Ron The Actor ». Une compo qui fustige la société de consommation contemporaine. Faut dire que leurs lyrics sont engagés (NDR : comme par hasard). Des textes qui condamnent également la politique extérieure de leur mère patrie, comme sur « Bonhemian Grove ». En y ajoutant un petit ‘Jah’ et quelques ‘Babylone’, la panoplie du parfait rasta était complète.

Tout au long de leur opus, State Radio communique la bonne humeur. Rien de tel, par ailleurs, pour se lever du bon pied, le matin au saut du lit. Certaines mélodies sont même particulièrement contagieuses. Et puis ces Etatsuniens sont loin d’être des manchots. Malheureusement, leur  solution sonore manque d’originalité. De ce long playing, j’épinglerai quand même encore un « Let It Go », au cours duquel les Bostoniens célèbrent leurs racines. Ou un « Knights of Bostonians » digne d’un hymne irlandais. Le refrain repris en chœur par les trois Américains est une ode à la Guinness (NDR : santé !) Quant au country rock « Blood Escaping Man », il pardonnerait presque la demi-dizaine de morceaux reggae endurés auparavant. Pas une raison, néanmoins, pour pavoiser…

 

Various Artists

We are only Riders – The Jeffrey Lee Pierce Sessions Project

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Nous sommes en 2006. En rangeant son grenier, Cypress Grove découvre des cassettes. Sur l’une d’entre elles est mentionné ‘JLP songs’. Cypress est un ancien guitariste de Jeffrey Lee Pierce. Et il se rend compte que cette bande réunit des démos, jamais gravées sur support ; des morceaux ébauchés, à-moitié développés, puis abandonnés à l’issue de sessions réalisées lors de l’enregistrement de l’elpee « Ramblin’ Jeffrey and Cypress Grove with Willie », un disque paru en 1992. Il lance un appel aux musiciens et aux chanteurs qui vouent toujours un profond respect à l’ex-Gun Club. Notamment via MySpace. Et le résultat va au-delà de ses espérances, puisque les réponses affluent rapidement…

Mais que contient cette cassette ? Des inédits. Et ce sont ces inédits qui ont été retravaillés par ces interprètes. Parfois sous différentes versions. Certaines parties de guitare, immortalisées par Pierce, ont été récupérées, sur certains morceaux. Une seule reprise d’une chanson déjà sortie : « Lucky Jim ». Un hymne élégiaque adapté par Debbie Harry. Les 15 autres compos sont manifestement hantées par le spectre de Jeffrey. Faut dire que les interprètes entretiennent constamment un climat ténébreux, étrange, parfois même presque satanique.

« Ramblin’ mind » fait l’objet de trois versions. Celle de Nick Cave qui ouvre l’elpee est remarquable, et aurait pu figurer dans son répertoire. Tout comme celle flamboyante et hypnotique de David Eugene Edwards. Davantage incantatoire, celle de Cypress Grove est aussi minimaliste.

« Constant waiting » a également droit à trois variantes. La voix diabolique de Mark Lanegan contamine cette compo trempée dans l’americana (NDR : avec banjo, mandoline, lap steel percus, etc.) Celle des Sadies baigne dans le surf, alors qu’imprimée sur un tempo enlevé, celle de Johnny Dowd est éclaboussée de claviers eighties et secouée d’accords de gratte spasmodiques.

Et encore trois pour « Free To walk ». The Raveonettes nous en proposent une, sculptée dans la noisy crépusculaire. Lanegan et Isobel Campbell, une différente, plus sensuelle, calquée sur une valse mid tempo. Autre duo, celui partagé entre Cave et Debbie Harry qui nous la balance sous la forme d’une ballade romantique.

Lydia Lunch est également de la partie. Sa voix éraillée, écorchée, épanche tout son désespoir tout au long de « When I get my Cadillac ». Sa douleur, sur l’intimiste « St. Mark Place ». Et soutenue par Dave Alvin, Kid Congo Powers et quelques autres, elle semble chercher à réincarner le Don Van Vliet de Captain Beefheart, lors du morceau final, « Walkin’ down the street (Doin’ my thing) ».

Mick Harvey nous réserve un « The snow country » complexe et mélodique à la fois. Reste Crippled Black Phoenix. Un combo responsable d’un des meilleurs morceaux de l’elpee : « Bell on the river ». Huit minutes de psyché/punk/blues tortueux, majestueux, dignes de la plus belle époque du Paisley Underground (NDR : pensez à Green On Red). Cette formation est rejointe par David Eugene Edwards pour une autre plage aussi impressionnante et surtout bouleversante : « Just like a Mexican Lover ». Cripple Black Phoenix, un nom à retenir, c’est une certitude !

Bref, « We are only Riders – The Jeffrey Lee Pierce Sessions Project » n’est pas une compile comme les autres. Ce serait plutôt un ‘Tribute’, mais consacré à des titres jamais enregistrés, et pour lesquels, la plupart de participants ont vraiment inoculé toute leur passion et toute leur âme. Vivement conseillé !

 

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