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Chroniques

Tom McRae

The Alphabet of Hurricanes

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Qu’est ce qui peut pousser une personne à écrire des chansons aussi noires, aussi tristes, aussi sombres et nostalgiques ? Sa vie, son passé, son environnement ? Force est de constater que Tom, en tout cas, n’est pas ce qu’on pourrait appeler un gai luron de la musique !

Fils de pasteur et issu d’un petit village anglais, Tom écrit et compose ses deux premiers albums (« Tom MacRae » et « Just like Blood ») à Londres avant d’émigrer à New York pour concocter les deux suivants (« All Maps Welcome » et « Kings of Cards »). Estimant avoir fait le tour de la question ‘américaine’, il revient à ses premières amours et (re)débarque à Londres où il installe chez lui son propre studio d’enregistrement. Après s’être acheté les instruments nécessaires à son travail (banjo, ukulélé, violon, batterie,…), c’est à domicile qu’il enregistre son cinquième album studio (entrecoupé entretemps d’une session live parue en 2008, uniquement disponible sur internet et lors de ses concerts). Les chansons composant « Alphabet Of Hurricanes » ont été écrites au cours d'une période de deux ans pendant laquelle Tom était incapable de choisir l'endroit où il voulait vivre.

Sur ce dernier opus, les mélodies tantôt intimistes, tantôt plus énervées, sont alimentées par une instrumentation simple mais subtile. On y retrouve les ingrédients qui sont un peu la carte de visite de Tom : des textes intelligents, une voix sublimement déchirante et des mélodies romantiques. Le thème décliné sur la majorité des titres est la colère d’un homme face aux dérèglements de la nature, ses caprices, ses phénomènes catastrophiques et ses conséquences pour notre pauvre planète. Y aurait-il là un parallèle à faire avec sa propre vie ?

Fidèle à sa ligne de conduite, Tom McRae ne surprend pas, n’innove pas non plus, il perpétue une tradition de songwriter bien ancrée chez lui : des chansons à texte sur des musiques douces et soignées.

Les amateurs du genre apprécieront et iront ‘timidement’ l’applaudir lors de sa tournée qui fera escale chez nous ou pas très loin ; et en particulier le 24 mars au Cirque Royal de Bruxelles ainsi que le 1er avril au Grand Mix de Tourcoing. Quant à celles est ceux qui ne le connaissent pas, inutile de tendre les pavillons vers les ondes FM, Tom y est des plus discrets, hélas pour lui !

 

Marcisz

Songs From Red Brick Road

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Qui se cache donc derrière cet étrange patronyme ? Un artiste polonais inspiré par les contes et les légendes ? Ben non, contre toute attente, il ne s’agit pas d’un ressortissant issu d’un pays de l’Europe de l’Est, mais d’Erwin Marcisz, leader du groupe limbourgeois Mint, formation principalement notoire en Flandre, pour avoir commis quelques singles couronnés de succès.

« Songs From Red Brick Road » constitue  le premier effort solitaire de notre ami Erwin. Sans toucher au génie, cet elpee (NDR : découpé en neuf vignettes pour à peine 26 minutes) s’avère, en général, agréable à l’écoute. Les compos sont sculptées dans une forme de pop/folk. Passé l’intro enfantine, Marcisz nous propose des chansons qu’il interprète d’un timbre fragile, en s’accompagnant le plus souvent d’une guitare acoustique ; ou en nappant délicatement l’ensemble de claviers atmosphériques. Le mini elpee souffle cependant le chaud et le froid. Une certaine lassitude nous envahit, par exemple, à l’écoute de « Smooth Sailing From Now On » et « Won’t Cry No More » ; alors que la comptine « The Miller’s Wife » (Badly Drawn Boy ?) et « The Golden Boy » (Nickel Eye ?) ne sont pas loin de susciter mon enthousiasme. Davantage qu’anecdotique, « Songs From Red Brick Road » rafraîchit comme un petit bonbon à la Mint (NDR : le jeu de mots lui l’est, c’est une certitude…)

Alix Leone

C’est là qu’on va

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Alix Leone, je l’ai découverte en même temps que Pierre Souchon lors de l’émission ‘D6bels’ diffusée par la RTBF, un week-end de début février. Cette jeune artiste a visiblement tout le potentiel pour devenir une personnalité intéressante de la chanson française ‘made in Belgium’.

Auteur/compositeur et interprète, Alix est tombée dedans quand elle était petite… Au cours de leur enfance, elle et son frère Hugo sont déjà très complices. Et tripotent les instruments qu’ils trouvent à la maison avant de se produire assez rapidement lors de concerts ‘garage’. S’en suivent quelques ‘cabarets’ durant les années passées à l’école, en humanités artistiques où tous les arts l’attirent, surtout le théâtre-action (problèmes de violences, conjugaux et autres).

Depuis mars 2004, les prix s’enchaînent pour la jolie Namuroise : un concours tremplin (‘Mars en chansons’), un premier prix au ‘Franc’off’ de Spa en 2006 et une nouvelle consécration décrochée lors du concours franco-belge ‘Belle à chanter’, en 2007. Sa carrière musicale est lancée. Il est temps de passer à la vitesse supérieure ; et de sortir enfin un album pour donner suite à un Ep cinq titres, qu’elle avait proposé en octobre 2005.

En compagnie toujours de son frangin Hugo (aux guitares, à la batterie, aux percussions et aux chœurs), rejoints par quelques musiciens-choristes (Benjamin à la guitare, Emmanuel à la contrebasse, Pierre-Yves à l’accordéon, Renaud au violon et Kathy au violoncelle), Alix nous propose, en ce début 2010, un Cd réunissant 13 titres aux accents jazz, bossa et pop.

Entièrement acoustique, l’album d’Alix propose de bonnes chansons traitant de petites choses de la vie, de rêves et d’amour, le tout enrobé de mélodies qui se baladent d’un genre musical à un autre, tout en demeurant très accessibles et agréables. Une belle réussite ! Suffit d’écouter « Radio-réveil » ou « La vie laisse » pour s’en convaincre.

Son talent avait, en même temps que sa simplicité, éclaboussé de fraîcheur l’émission de Manu Champagne sur les ondes belges. Emission durant laquelle elle avait démontré toutes ses capacités, allant même jusqu’à effectuer un duo très remarqué avec le fils d’Alain Souchon pour les besoins de la cause.

Du talent, de la simplicité, de la bonne musique, il y a encore pas mal à découvrir chez nous… Mais faut bien chercher !!!

 

Christopher Leigh

Gotta boogie

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Christopher Leigh n’est guère connu dans l’univers du blues. Et pourtant, il a entamé sa carrière au début des années 80. Mais au sein d’une formation de heavy metal : Life After Death. Ce n’est qu’au fil du temps qu’il a changé d’orientation musicale. Originaire de Smiths Creek, dans le Michigan, ce chanteur/guitariste/compositeur militait, début de ce siècle, chez Alley Katz, une formation responsable d’un elpee intitulé "Going alley on your minds", en 2005. Mais auparavant, il avait concocté un opus solo : "I don't know". Un disque qui vient d’être réédité sur le même label ! Pour cet album, il est encore flanqué des Boogie Chillens, une de ces innombrables formations américaines qui jouent la musique des racines, c'est-à-dire un mélange particulièrement vibrant de blues, de rock et de boogie. Issus de Detroit, ils avaient choisi ce patronyme pour rendre hommage à Mr John Lee Hooker, mythe qui était parvenu à asseoir la réputation du blues et du boogie de la Motor City. Mais depuis la sortie de ce long playing, le combo a dû changer de nom. Motif : un ensemble concurrent se produisait déjà sous cette appellation. Ils se sont donc rebaptisés tout simplement The Christopher Leigh Band

Le disque s’ouvre par une intervention légère de Joe Neely à l'orgue. Le timbre vocal de Mr Leigh est quelque peu nasillard. Il se réserve une bonne première sortie aux cordes, mais en alignant ses notes de manière parcimonieuse. Il embraie par un blues imprimé sur un mid tempo. Constitué de Gary Ellis à la batterie et Rudy Alcala à la basse, la section rythmique porte bien l’ensemble. Une approche plutôt british blues! Leigh force sa voix sur "Gotta boogie", un boogie classique de circonstance. Joe Neely trame le décor sonore de son orgue Hammond B3, s’autorisant même une certaine liberté, avant que le boss ne prenne le relais pour s’acharner sur sa slide. Il chante "True love", un blues lent très conventionnel. Face à l’orgue, il libère quelques chapelets de notes pour accompagner son chant! Il injecte beaucoup de sensibilité dans le pincement de des cordes. Une nouvelle fois, dans un style proche du british blues d'autrefois. Une seule cover : le "Chicken heads" de Bobby Rush. Mais dans un style différent. Radicalement funky, mais rudimentaire. "Since you went away" est une de mes compos préférées. Une ballade blues très lente, bouleversante, digne des débuts des Stones. Christopher est au sommet de son art. Soutenue de chœurs féminins, sa voix passe très bien la rampe. Indolent et ténébreux, "Pullin' in the station" véhicule un curieux pouvoir de séduction. "Twin heroes" est un autre blues de bonne facture, imprimé sur un mid tempo. Il est dédié à Clarence et Curtis Butler, deux jumeaux vétérans de la scène de Detroit, qui se produisaient sous le patronyme des Butler Twins (NDR : ils avaient participé, milieu des années 90, au Brussels Blues Festival). Plus métallique voire agressif, "Voodoo boogie" est évidemment un autre boogie ; mais il se rapproche davantage de l’univers sonore de Hound Dog Taylor et Lil' Ed & the Blues Imperials. Après s’être offert une parenthèse exotique ou si vous préférez caribéenne, les Boogie Chillens achèvent l’opus par un dernier blues lent. L’intensité y est permanente. La voix excellente. L’orgue Hammond très proche et la guitare minimaliste. A vous flanquer le frisson ! Sans s’avérer révolutionnaire, il faut reconnaître que ce « Gotta boogie » ne manque pas de charme…

LD & The New Criticism

Amoral Certitudes

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Quel titre bizarre pour un mini-album, des ‘certitudes amorales’, tout un programme… Inauguré par une petite entrée instrumentale d’une quarantaine de secondes, cet Ep ne recèle que cinq titres et constitue une suite logique à la production précédente que la bande à LD avait concoctée en 2006, « Tragic Realism ».

Avant de former son propre band, LD Beghtol participe à de nombreuses aventures pop au nombre desquelles on épinglera surtout The Magnetic Fields. Pour former le New Criticism, LD recrute alors Jim Bentley aux guitares, Geoff Otis à la basse, Jonathan Plummer à la mandoline et Noel Rose à la batterie. A noter que tous participent aux chants ou chœurs, et que LD lui-même chante et joue de tous les autres instruments (orgue, ukulélé, piano, mélodica, maracas, tambourin, …) Dana Kletter et Kendall Jane Meade prêtent aimablement leur appendice vocal sur le morceau « What you will » et participent également aux chœurs sur le reste de l’elpee.

Amoral Certitudes nous propose cinq titres donc, d’une musique enjouée et très accessible, où se mêlent arrangements traditionnels américains et rythmes folk/pop amusants, voire même parfois dansants. « Aka Paradise », « What you will », le lancinant « If I think of Love » sont trois excellentes compositions qui démontrent tout le talent d’écriture de LD. Dommage finalement de n’avoir droit qu’à un gros quart d’heure à se mettre sous la dent.

A savoir également, LD a écrit un livre au titre évocateur ‘69 chansons d’amour’ ; tout un programme qui reflète l’état d’esprit du ‘gaillard’ !

 

Lawrence Arabia

Chant Darling

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Lawrence Arabia nous vient en ligne droite des Antipodes ; et plus précisément, à l’instar des Datsuns et des Ruby Suns, de Nouvelle Zélande. Mais qui se cache derrière un tel patronyme ? Un certain James Milne. Néo-zélandais, il est né en 1981. A Christchurch. Ex-membre des Brunettes, des Ruby Suns et collaborateur ponctuel d'Okkervil River, il a décidé de monter son propre projet. Un dessein qui murissait dans l’esprit de James, depuis plusieurs années déjà, même après avoir fondé son propre band The Reduction Agents.

Au départ, The Reduction Agents était sa formation de base et Lawrence Arabia le fruit d’expérimentations consignées sur un amas de démos. Et puis, de fil en aiguille, Lawrence Arabia est devenu son band principal. Pour concocter ce « Chant Darling », James a reçu le concours de quelques musiciens issus de son entourage : Daniel Ward et Martin Keane du groupe The Sneaks ainsi que James Dansey des The Ruby Suns. Les autres collaborateurs, Hayden East et Tom Watson, sont des amis issus de Nouvelle-Zélande, de super chanteurs et musiciens. Comme il le déclare lui-même : ‘J'ai tout simplement pris les meilleurs mecs que je connaissais et je les ai mis ensemble dans la même pièce’.

Coupable d’une musique qualifiée de ‘beatlenesque’, le combo originaire du Pacifique Sud nous propose, tout au long de son elpee, dix plages empreintes de bonne humeur et d’optimisme, aux références sixties, tout en lorgnant vers Vampire Weekend. Bref, de la pop festive, accessible et qui accroche instantanément. Du tracklisting, j’épinglerai cependant deux très jolies compos : "The Undesirables" et "Auckland CBD Part 2".

Une nouvelle fois, le label Bella Union a tapé dans le mille en engageant cette formation qui vient de loin, mais semble tellement proche à cause de la fraîcheur que libèrent ses chansons. "Chant Darling" constitue le second opus du band. Il fait suite à un elpee éponyme, demeuré complètement anonyme en dehors de son île.

N’empêche, à la tête de son Lawrence Arabia, James Milne est très susceptible d’en faire tourner plus d’une. Je vous invite également à découvrir ses clips un peu ‘barges’ qui donnent directement le ton. Pas très sérieux, il faut le reconnaître. Mais qui a dit que la pop devait être sérieuse ? Même quand elle vient de loin, après avoir franchi les océans…

 

Nicolai Dunger

Play

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La première fois que j’ai écouté ce lonesome cowboy nordique, c’était en 2004. Lors de la sortie de son album « Tranquil Isolation ». A l’époque, sa musique m’avait laissé une impression plutôt favorable, même si elle était altérée d’un ennui poli. Motif ? Une certaine austérité, sans doute consécutive à la participation de Will Oldham aux sessions d’enregistrement. Depuis, je m’étais quelque peu éloigné de l’univers du Suédois, tout en promettant d’y revenir un jour. Et pour cause, il jouit d’une excellente notoriété auprès de la corporation. Pas pour rien qu’il a déjà collaboré ou tourné en compagnie de toute une série de pointures musicales comme The Soundtrack Of Our Lives, Mercury Rev ou encore Calexico. Nicolai s’était, cependant, accordé quelques années de répit, en prenant également ses distances vis-à-vis de l’industrie du disque pour se consacrer à ses expérimentations dans l’univers du jazz. Faut dire que ses relations avec son label n’étaient pas toujours au beau fixe.

Le crooner scandinave nous propose donc son seizième opus, tous projets confondus. Avant de me lancer dans l’audition de ce « Play », une question me taraudait l’esprit : allais-je devoir me farcir une œuvre aussi aride et glaciale que « Tranquil Isolation ». Bonne nouvelle, cet elpee macère dans une forme de folk classieux, swinguant voire dansant dans l’esprit de St-Thomas (NDR : son voisin norvégien), mais en un peu plus soul. On comprend ainsi mieux pourquoi, aujourd’hui, il est considéré comme un véritable ‘entertainer’ dans son pays d’origine. Il ose même un duo en compagnie de Nina Persson des Cardigans sur le très beau « Tears In A Childs Eye ». Faut dire que la voix du Scandinave est superbe. Puissante et empreinte de charme, également. Son timbre de crooner évoque même Jens Lekman voire Lou Reed (« Entitled To Play »). Paru en single, « Crazy Train » libère une énergie vivifiante. Un véritable bijou ! Et « Time Left To Spend » est aussi convainquant. Piano allègre, cordes de guitare sèche, drums volatils, accords de banjo et même un saxo tapissent élégamment toute l’expression sonore.

En réalisant une fusion parfaite entre folk et soul, Nicolaï Dunger vient de concocter son meilleur opus à ce jour. Une chose est sûre, je n’attendrai plus cinq ans avant de retourner dans l’univers enchanteur de cet artiste. Un peu de lumière venue du froid…

Nicolai Dunger sera en concert à l’AB Club le 6 avril prochain.

 

Dial M For Murder

Fiction of her dreams

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On est en pleine vague néo-new wave. Et le premier album de Dial For Murder en est une nouvelle illustration. David Ortenlöf et Anders Lantto ont fondé ce duo en 2007, en choisissant pour patronyme, le titre d’un thriller d’Alfred Hitchcock, en l’occurrence ‘Le crime était presque parfait’. Peu de suspense, cependant tout au long de cet opus, puisque la plupart des plages auraient tout aussi garnir le répertoire d’Interpol ou des Editors. Les mélodies sont ténébreuses, la basse profonde, le tempo de la boîte à rythmes hypnotique, les cordes de guitare climatiques et le zeste de claviers vintage. Sans oublier les vocaux angoissés, saccadés, réminiscents, pour la circonstance d’Andrew Eldritch, mais en moins sépulcral. Une exception qui confirme la règle : « NYC (Now you care) », au cours duquel, le timbre du vocaliste emprunte curieusement celui de David Bowie (NDR : à moins que ce ne celui de Peter Murphy). Bref si cet album est d’honnête facture, j’ai l’impression que le tandem s’est davantage inspiré de revivalistes que de la source même…

 

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