L’aurore de Lathe of Heaven…

Issu de Brooklyn, Lathe of Heaven sortira son nouvel elpee « Aurora », le 29 août. Né d’un processus d'improvisation, cet opus est propulsif, captivant et structuré, abordant des thèmes lourds et incorporant des influences littéraires. En attendant, la…

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La fuite d’Ellside

Le groupe parisien Ellside présente « Run Away », son concept album naviguant entre ombre et lumière pour un voyage qui durera un an. Une lente année pour dévoiler 6 chapitres de 2 chansons, 12 titres qui narrent l'histoire de Light. Le groupe invite les…

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Jean-Claude Mondo

Jean-Claude Mondo

mardi, 31 décembre 2002 01:00

Supakev n pilchards

Agé de bien moins de trente ans, Aynsley est encore un très jeune musicien. Il avait déjà commis deux albums autoproduits, en 96 et 97, avant d'être remarqué par Thomas Ruf, boss du label qui porte le même nom. En 1999, il avait également gravé un opus éponyme produit par Jim Gaines ; un disque suivi en 2001 par "Everything I need". Le jeune chanteur/guitariste anglais poursuit son apprentissage tout au long de cet enregistrement quasi unplugged. Un set immortalisé live au South Parade Pier de Southsea, en juillet 2001.

Lister prouve qu'il peut interpréter le blues des créateurs. Sa voix ne crève certes pas l'écran sonore, mais elle passe bien. En outre, l'artiste semble s'amuser face à son public. Il reprend ici pas moins de quatre compositions de Robert Johnson, dont l'ouverture "Stop breakin' down", un "Kind hearted woman" dont la voix sanglotante est saturée d'émotion, ainsi que "Crossroads" et "Walkin' blues". Assez technique, son jeu de guitare transparaît très bien sur plusieurs titres. A l'instar de "Tougher than tough" de Jimmy Witherspoon. Il se tire aussi très bien d'affaire au bottleneck, dans un style Delta. C'est une évidence chez la cover de "Mean old world" de Little Walter et d'"Empire State Express" de Son House. A mi-parcours, il réussit quelques petits coups de boogie ; et en particulier "Mad man blues" de John Lee Hooker et "Come go home with me" de Sam "Lightnin" Hopkins. Au beau milieu de ce programme blues, il concède l'une ou l'autre chanson. Tout d'abord l'adaptation du "Strong enough" de Sheryl Crow ; et enfin, en guise de rappel, une bien jolie et longue reprise d'"As the crow flies" de Tony Joe White. Lister demeure un artiste à suivre !

 

mardi, 31 décembre 2002 01:00

That´s big!

Trente ans déjà que Little Charlie Baty et Rick Estrim font équipe ensemble. Et cela s'entend tout au long de ce voyage musical qui nous transporte de la Californie à Chicago en passant par le Texas. Ils y maîtrisent avec brio, swing, jump, blues et rockabilly. Si on ne tient pas compte de la collection "DeLuxe edition", les Nightcats ont déjà commis sept albums pour le label Alligator.

Le disque s'ouvre par "Real love". L'intro de Little Charlie Baty à la guitare est tapissée de courtes phrases aiguës, assassines. Rick Estrin pose sa voix nasillarde, avant d'expirer au creux de l'instrument chromatique. Atmosphère Nightcats garantie ! "Weekend off" aborde le West Coast swing. La guitare déborde de vitalité dans ce style jump. John Firmin et Rob Sudduth soufflent dans leur sax. Steve Lucky est assis derrière le piano. "Desperate man" épouse un jeu plus conventionnel. Frankie Randall à la basse et Joey Ventitelli aux percussions impriment le rythme. Les cordes suivent cette trame qui baigne dans les bayous. Rick est détendu à l'harmo. "Livin' good" revient au Chicago blues. Il sent bon le Westside. Le petit Charlie ne distille que les notes nécessaires, avant de nous accorder un de ces soli dont il a le secret. Un exercice de style qui monte délicatement en puissance pour ouvrir le champ à Estrin. La plage titulaire est un excellent shuffle, bien saignant. Du rythme pour les solistes en pleine verve ! Et c'est James Harman en personne qui répond aux vocaux de Rick. La machine parfaitement huilée se fond dans l'instrumental "Bluto's back". Mr Baty ouvre le jeu, bientôt relayé par un autre grand de la scène californienne : Rusty Zinn. Il signe une intervention époustouflante devant l'orgue de Steve Lucky. "I'll bet I never cross your mind" est un blues lent royal. Les Nightcats, le piano et les cuivres forment un environnement parfait pour permettre à Baty de mettre en exergue un solo très T-Bone. Et ce festin composé de superbes plages rythmées persiste jusqu'à la fin de l'opus. A l'instar d'"I know she used to be your woman", au cours duquel Estrin se sent inspiré par Sonny Boy Williamson, du swing "Money must think I'm dead" et de "Coastin' Hank", qui démontre tout le talent d'Estrin sur le chromatique. Une voix nouvelle apparaît sur "It better get better". En fait, il s'agit de celle de Rusty Zinn. Il chante cette composition exotique d'Estrin, d'un timbre aigu, haut perché. "Bayview" est un instrumental jazz, base d'un dialogue très versatile entre Baty et les ivoires de Chris Siebert. "Steady rollin' man" est une plage dépouillée, très roots, ne réunissant qu'Estrin et la basse acoustique. Charlie revient, plus brillant que jamais, pour interpréter la finale swing "Go on if you're goin". Excellent!

 

mardi, 31 décembre 2002 01:00

You got that right

Elizabeth est originaire du Texas. De Houston, pour ne rien vous cacher. Elle n'est pas une véritable 'blues woman', car elle aborde indifféremment le rock, le blues, le southern soul et le R&B funky. Elle a beaucoup voyagé et s'est arrêtée à New York le temps de commettre deux albums : "Don't rub me the wrong way" et "Texas bound". Elle a transité par Nashville avant de revenir au Texas où elle a rencontré le guitariste/producteur Larry Chaney, en compagnie duquel elle a enregistré. "Milagro". Lors d'une tournée européenne, elle a noué des contacts avec le label allemand Taxim, sur lequel vient de sortir son petit dernier. Un opus qui baigne au sein d'un climat rocking blues dramatique.

Dès les premières notes de "Coffee song", la voix trafiquée, légèrement reverb, laisse une large place aux guitares saturées. Bien que l'album soit signé Miss Lee, Larry Chaney joue ici un rôle très important. Non seulement il se réserve la guitare, mais il assure également la production de l'elpee. La charmante Babette ne manque pas d'atouts. Elle possède une puissance naturelle dans la voix. "Somethin' gotta give" est un R&B séduisant. La guitare part à l'aventure. Elle s'évade au loin, très loin, pour frôler l'univers du psychédélisme. Elle déjante et délire à la fois. Composé par Percy Mayfield, "River's invitation" est un classique notoire, que ne recèle cependant rien de bien californien dans le son. "You slay me" est une compo qui épouse un riff très proche des Rolling Stones. La guitare de Chaney joue sur les rythmes, alors que l'harmonica de Frona Farrelly parvient enfin à émerger. Ballade sensuelle, "Never meant to" est un moment propice pour permettre à la voix de moduler le ton. Le traitement infligé à "Start it up" est bien plus intéressant. Composé par Robben Ford ce titre est caractérisé par un chant mesuré qui éclate dès que le tempo change. L'instrumentation se fixe alors à Memphis pour s'inspirer de Booker T & the MG's, Larry jouant le rôle de Steve Cropper et l'organiste Pat O'Bryan celui de Booket T. Probablement le meilleur moment de cet album! Composition originale, "Get ready" est une ballade sirupeuse au cours de laquelle la voix produit ses petits fantasmes sensuels. Le Band doit se sentir à l'aise sur scène. On s'en rend compte tout au long du 'medley' partagé entre l'illustre "Shakey ground" de Delbert McClinton et le non moins connu "After midnight" de J.J Cale. L'expression sonore passe, avec beaucoup de bonheur, du funk naturel du premier à la nonchalance du second, en maintenant une puissance dans la voix qui sied parfaitement à l'ambiance créée par les musiciens. "You got that right" sent bon le blues. La rythmique particulièrement solide balise cette plage paresseuse pendant que l'harmo et la slide se traînent sur la route quelque part entre New Orleans et Baton Rouge. Le rockin' blues durcit et se mue en boogie d'enfer tout au long de "Methadone man". Sur un tel thème les cordes peuvent délirer à satiété. Elesabeth Lee nous entraîne, tout au long de ce " You got that right ", au sein d'un univers sonore sis quelque part entre le blues, R&B et le southern rock…

 

mercredi, 09 novembre 2011 01:00

Six string Svengali

Ce guitariste texan drivait son propre band, The Sidemen, chez lui à Fort Worth. En 1991, le groupe se produit en première partie de John Mayall et ses Bluesbreakers. Le contact est noué. Deux ans plus tard, Coco Montoya quitte les Bluesbreakers. Aussitôt John passe un coup de fil à Buddy pour pallier le départ de son gratteur. Il sévira au sein de la bande à Mayall de 1993 à 2008. Il faudra d’ailleurs attendre 2007, pour que Buddy Whittington grave son premier opus solo. Il sera éponyme. Et embraie par "Bag full of blues", en 2010. Il est aussi la pierre angulaire des projets du Dr Wu, "Texas Blues Project : Vol 1 et 2", parus respectivement en 2007 et 2010. Certes Buddy a toujours été élevé à l'essence du blues, mais pas dans la pureté électrique des premiers gratteurs anglais comme Mayall, Clapton, Green ou autre Taylor. Son attaque sur les cordes est puissante, dure, implacable. Son style est plus proche d’un Walter Trout, sixcordiste qui l’avait précédé dans le backing group du natif de Macclesfield, même s’il reste bien plus fidèle à ses racines. Buddy est aujourd’hui âgé de 55 balais. Il signe les onze plages de cet elpee. Pour enregistrer cet opus, il ne s’est entouré que de sa section rythmique : le bassiste Wayne Six et le drummer Mike Gage.

"Back when the Beano was Boss" ouvre la plaque. Une belle synthèse de son style. Et un titre de plage qui se réfère à Mayall dont la pochette de son elpee le plus célèbre, "Bluesbreakers", montrait les musiciens occupés de lire la revue Beano. Plutôt R&B, "Deadwood and wire" réverbère des accents Southern rock très prononcés, tout en adressant un clin d'œil aux Allman Brothers. Et pour cause, Buddy double ici guitare et slide, jouant à lui seul les rôles de Duane Allman et Dicky Betts. La section rythmique est solide et efficace. Elle libère un maximum de groove. Le tempo est quand même, en général, assez uniforme. Faut dire qu’outre-Atlantique, le blues est avant tout une musique à danser. Et "My world revolves around you" en est certainement une belle illustration, une piste au cours de laquelle, il fait à nouveau vibrer la guitare slide. La production réservée à ce disque est impeccable. Le son est d’une précision métronomique. Digne de Steely Dan. Et c’est un compliment ! Pourtant, Mr Whittington est au sommet de son art, lorsqu’il nous balance son rockin' blues offensif. A l’instar d’"Ain’t got the scratch", une compo que le trio barbu de Dallas aurait pu inclure dans son répertoire. Fruit d’un mélange de country et de rock'n'roll, "I had to go see Alice" est lancé au galop. Un exercice de style en pickin' particulièrement complexe au cours duquel, Buddy s’en sort à merveille. Nous ne sommes alors pas loin de Nashville. La voix de notre Texan est puissante, jamais prise en défaut. Il a une présence de poids. Il attaque "Fender champ" à coups de slide incendiaires. On pense à Hendrix ; mais il reste lui-même d'un bout à l'autre de la piste. "Six string romance" baigne dans du western swing à la sauce Fort Worth. Seconde ville principale de l'aire urbaine de Dallas, elle est considérée comme une ville sœur, au Texas. Un état célèbre pour ses trios. Formules célébrées sur "Texas trios", tout en pensant à ZZ Top et Double Trouble (de Stevie Ray Vaughan). La fête texane s’achève par une ballade paisible intitulée "While we're here". 

 

mercredi, 09 novembre 2011 01:00

Jon Amor Blues Group

Au cours des nineties, un groupe a fait fureur sur les scènes européennes en pratiquant un hard blues rock ravageur : Hoax. Une formation insulaire réunissant le chanteur Hugh Coltman, le guitariste Jon Amor et les deux frères Davey, Jesse et Robin, à la guitare et à la basse. Elle dispensait une musique inspirée du regretté Texan Stevie Ray Vaughan, mais en l’assaisonnant à l’inévitable sauce anglaise. Les frangins Davey se sont ensuite montrés plus discrets, se consacrant au cinéma, avant de faire leur comeback, il y a deux ans, sous le patronyme de Davey Brothers, et même publié début 2010, un album intitulé "Wolfbox".

Jon Amor est demeuré dans l’univers de la musique, en se lançant dans une carrière individuelle sous son nom de famille. Tout en élaborant une musique plus personnelle, il a commencé à développer son talent de compositeur. Il a récemment décidé de monter son propre groupe. Et s’est tourné une nouvelle fois vers une paire de frangins : les Doherty. Dave à la guitare et Chris à la basse ; le drummer Simon Small complétant le line up. Et si de prime abord, le style est toujours marqué par le blues primaire, il est nettement plus dépouillé, moins hard, plus proche des pionniers de Chicago, Muddy Waters et Howlin' Wolf ainsi que des sons plus âpres rencontrés chez les adeptes des sonorités issues du delta du Mississippi, comme les Black Keys.

"Holy water" ouvre l’elpee. Le tempo est vif. L’impact est franc et direct. Le chant d'Amor n'est guère puissant mais il épouse toutes les facettes rythmiques de sa musique. Les riffs sont moins métalliques que ceux dispensés chez Hoax. Ils peuvent cependant s’avérer très durs, implacables même, mais jamais saturés de décibels. Sur "Juggernaut", les accords rythmiques sont découpés sur le fil du rasoir, alimentant un climat dramatique. Les cordes ne tardent cependant pas à s’autoriser un billet de sortie, tout en affichant un caractère acerbe et incisif. Et les interventions de Simon Small sur les cymbales métalliques accentuent ce climat sauvage. "Make it your trouble" est une plage audacieuse. Le backing group d’Amor y sculpte des motifs rythmiques inspirés par Howlin' Wolf. Menaçant, "Repeat offender" nous plonge dans la cité urbaine de Chicago. Nous ne sommes pas loin de l’univers sonore du grand Muddy Waters. Amor adopte aussi la spontanéité d’un Dr Feelggod des débuts. Il arrache ainsi ses accords à la manière de Wilko Johnson, sur "Sweetheart" et "She thought I was an eagle". La férocité originelle des Pretty Things alimente "Angel in a black dress". Le chant est aussi furieux que celui de Phill May, l’homme à la longue crinière, en 1964. Plus aventureux, "The underdogs" et la finale "You know it's only love" se signalent par un dérapage permanent des cordes. Blues lent à l’anglaise, "When the time comes" manque manifestement de subtilité. Le rythme écrase tout sur son passage ; mais il entretient une atmosphère dramatique. Un brillant exercice de style ! Franchement, le meilleur opus de Jon Amor publié à ce jour.   

 

mercredi, 02 novembre 2011 18:29

Winterland

Jimi Hendrix est passé comme un météore dans l’histoire de la musique rock. Le succès ? Il ne l’a connu que pendant quatre années, soit entre 1966 et 1970 ; mais quel succès ! Jimi était considéré comme un musicien issu d’une autre planète ? Il était devenu une véritable légende, déjà de son vivant. Il est disparu beaucoup trop tôt, à l'âge de 27 ans. Plus de quatre décennies après sa disparition, le filon est toujours autant exploité. Il est vrai que le guitariste n'a jamais été surpassé, ni même égalé. Nous le retrouvons ici au sommet de sa gloire, en octobre 1968 ; alors qu’il se produit trois nuits successives, deux concerts par soirée, au Winterland de San Francisco, sous sa première formule trio, The Experience, en compagnie de ses musiciens anglais, Mitch Mitchell et Noel Redding. Un album était déjà paru en 1987, "Live in Winterland". Pour la circonstance, Sony Music a décidé de frapper fort, en publiant un coffret réunissant 4 Cd et 8 LP, une édition de luxe dont la division Legacy s’est faite une spécialité.

Le disque reçu compile les meilleurs moments de cette collection ; et première constatation,  la qualité sonore est remarquable. Le tracklisting réunit la quintessence de son premier elpee, "Are you experienced?", "Fire", "Foxy lady", "Manic depression", le titre maître du recueil ainsi que ses tubes "Hey Joe", bien entendu, et "Purple haze".

De son second long playing, nous est réservé l'admirable "Little wing".

"Electric Ladyland", son double LP devait sortir une semaine après les concerts accordés au Winterland. Pour la circonstance, il avait offert au public américain, la première mouture d’une nouvelle compo qui allait devenir un de ses chevaux de bataille, "Voodoo child (Slight return)". Long jam blues, "Hear my train a comin" s’étale sur près de douze minutes, une piste au cours de laquelle il exploite une multitude d’expérimentations sonores, en improvisant sur les cordes et les pédales, mais aussi en recherchant l’étendue des capacités de son amplification. Des effets qu’on retrouvait aussi sur "Are you experienced?".

L’opus recèle également deux titres qu'il aimait reprendre sur scène. "Sunshine of your love" du Cream, tout d’abord. Jimi respectait et admirait même le trio anglais. Et enfin, sa relecture du "Like a rolling stone" de Bob Dylan, une version admirable et déférente. Jimi Hendrix est immortel !

 

mercredi, 02 novembre 2011 18:25

Play the Blues

Eric Clapton a d’abord fait ses classes dans l’univers du blues, avant de passer au rock, puis à la pop. L’artiste est populaire, il faut le reconnaître ; il est même notoire au sein de toutes les générations. Il a cependant décidé de se lancer dans une nouvelle expérience, en compagnie d’un des plus grands trompettistes de jazz contemporains, Wynton Marsalis. Les deux musiciens ont répété durant trois jours le répertoire présenté lors de trois concerts accordés au Lincoln Center de New York.

Le concert démarre par "Ice Cream", une compo qui baigne dans le pur dixieland. Du jazz très traditionnel dispensé par des professionnels du genre, une sphère au sein de laquelle, chaque musico est libre de mettre le nez à la fenêtre, dès qu’il en a l’opportunité. Et sept minutes plus tard, la trompette et la guitare, bien sûr, mais aussi la clarinette, le piano, la basse et la batterie ont déjà accompli leur exercice de style en solo. Le concert est partagé entre jazz et blues ; et c'est tant mieux. Notre Eric chante "Forty-four", l'une des meilleurs compositions du légendaire Howlin' Wolf. Avouons que la fusion est réussie. De ce Chicago blues conventionnel, s'échappent le trombone de Chris Crenshaw, la clarinette de Victor Goines et bien entendu les cordes d'Eric. Signé W.C Handy, "Joe Turner's blues" met bien en exergue le croisement entre ces deux musiques traditionnelles américaines. Le tempo est lent, paresseux même, mais il libère beaucoup de feeling. Une situation reproduite sur une autre plage issue de la plume de Handy, "Careless love". Sur "The last time", Marsalis nous rappelle le talentueux trompettiste, Louis Armstrong. Remarquable ! "Kidman blues" campe un boogie blues syncopé. Très ‘New Orleans’ cette plage est imprimée sur un tempo particulièrement enlevé. Le piano de Dan Nimmer est bien en avant-plan, mais tous les musiciens prennent leur pied sur cette piste. Eric sent bien que c'est l'instant de dispenser son tube "Layla". Mais il l’a adapté à la sauce Dixieland. Tous les cuivres et tutti quanti piaillent d'impatience. Une version originale de toute beauté au cours de laquelle Clapton nous pond un solo très inspiré, aussitôt relayé par Marsalis. Magique ! Chris Crenshaw chante "Joliet bound", un country blues très relax, attaqué dans l’esprit de JJ Cale. Et quelle bonne surprise, lorsque pour jouer les deux dernières plages, le grand bluesman noir Taj Mahal monte sur les planches. Il chante le traditionnel "Just a closer walk with thee" et son "Corrine, Corrina", à la sauce New-Orléans, Tak en profitant pour venir y ajouter ses interventions au banjo. Une belle propagande pour cette musique partagée entre le jazz et le blues. 

 

mercredi, 12 octobre 2011 02:00

Santo Spirito

Christopher Rea a soufflé, en avril dernier, les soixante bougies de son gâteau d'anniversaire. Le compositeur anglais avait pourtant annoncé sa retraite. Mais, il a apparemment changé d’avis. Et c’est un réel bonheur de retrouver ce compositeur au timbre de voix rauque et chaleureux chez ce gratteur qui privilégie, une nouvelle fois, sa guitare slide. Chris ne fait jamais les choses à moitié. Souvenez-vous, il avait publié une série de onze albums, sous un même coffret, baptisé "Blue guitars", fin 2005. Cette nouvelle œuvre est parue sous la forme d’un cd, mais également sous des formats différents. Dont un coffret en édition spéciale réunissant 3 cd et 2 dvd. La booklet est malheureusement avare en infos sur les participants aux sessions d’enregistrement. Une chose est sûre, cet opus est découpé en treize nouvelles compos et Rea est responsable de la peinture qui illustre la pochette.

L’elpee s’ouvre par "Dancing my blues away", un blues rock rythmé, entraînant, qui incite à danser. La voix de Chris est immédiatement identifiable. "Rock and roll tonight" embraie dans le même registre, mais cette piste met en exergue la slide. Une slide sauvage et torturée. Manifestement l'artiste privilégie un même profil rythmique ; à l’instar de "Never tie me down", imprimé sur un tempo bien carré. Revers de la médaille, la compo manque de relief. En effet, la section rythmique (basse/batterie) semble souffrir d’anémie. Elle manque même de groove, de punch quoi ; et je soupçonne fort Chris de s’être réservé la plupart des prises instrumentales. La voix est bien mieux mise en évidence sur "The chance of love", une ballade séduisante très proche de l’univers sonore de Mark Knopfler, en compagnie duquel il a d’ailleurs pas mal bossé, dans le passé. Il s’agit aussi de la meilleure plage de ce long playing. Nous ne sommes pas loin du folk rock celtique accroché à ses racines. "The last open road" monte en intensité. La slide crève l’écran lors de ce hard rock balisé par un riff puissant. Un riff qu’il emprunte à Joe Walsh sur "Electric guitar", un morceau signé par les Eagles. L’atmosphère y est quelque peu étouffante. Longue plage "Money" aborde le thème de l’argent. La sonorité dispensée au début de la piste craquèle comme un vieux 78tours. Instrumentale, la musique semble immortalisée dans un ancien cabaret. Elle glisse ensuite vers un style celtique allègre avant d’atterrir dans un blues que chante un Rea bien inspiré, dans un registre proche de cet autre charmeur qu’est Tony Joe White. Blues classique, "The way she moves" constitue un cri d'amour destiné à cette créature de rêve qui est venue pour danser. Chris en profite pour libérer sa plus jolie salve de slide. Le climat est semblable lorsqu’il attaque "Dance with me all night long", une boogie au tempo léger. Nous ne sommes pas loin de l’esprit de Dylan, flanqué du Band, lorsqu’il aborde "You got lucky", un track bourré de charme. Mais c’est lors des ballades mélancoliques que Rea prend toute sa dimension, des chansons dépouillées à l’extrême, élégantes, empreintes d’une grande douceur, et qu’on retrouve en fin d’album, comme "Think like a woman", "Lose my heart in you" et "I will go on".

 

mercredi, 12 octobre 2011 02:00

Live at Grossman's - 1994

Norman Jeffrey Healey est ce chanteur/guitariste canadien atteint de cécité depuis l’âge de 1 an. Atteint d’un cancer de la rétine, la maladie allait finalement l’emporter début 2008. Il n’avait pas encore 42 ans.

C'est en 1985 que le Jeff Healey Band prend forme, lors de la jam hebdomadaire accordée au club ‘Grossman's Tavern’, chez lui, à Toronto. Son backing band implique alors le drummer Tom Stephen et le bassiste Joe Rockman. Leur premier opus, "See the light", sort en 1988. Ce sera le début d’une carrière chargée de promesses, mais interrompue par la mort. Jeff était un grand amateur de blues et peut-être encore plus de jazz traditionnel. Au cours des dernières années, il avait également démontré ses talents de trompettiste. Eagle Rock nous propose un témoignage vibrant de cet artiste défunt.

Le Jeff Healey Band se produisait donc ‘at home’, au sein de cette célèbre taverne enfumée, deux soirs de suite, soit les 22 et 23 avril 1994. Pour la circonstance, le trio a reçu le concours du guitariste Pat Rush, un musicien qui avait côtoyé, notamment, Johnny Winter, James Cotton et Buddy Guy, ainsi que son compatriote harmoniciste, Michael Pickett.

Si Alvin Lee, le célèbre sixcordiste de Ten Years After, avait l'habitude de clôturer ses concerts par le fameux "I'm going home", Jeff débute le sien par une relecture de ce classique, mais dans un registre très différent. Pas vraiment rock'n'roll, mais bien plus blues, funky et tout en rythmique. Néanmoins, il aurait pu ne pas attribuer cette plage à Alvin Lee ; car sa version est tout à fait méconnaissable, uniquement instrumentale et théâtre d'une lutte à couteaux tirés entre les deux gratteurs. La machine du JHB est parfaitement huilée. Tous les engrenages fonctionnent à merveille. Place donc au "Killing floor" de Howlin' Wolf, une adaptation funkysante de ce blues rock propice à une nouvelle série d’échanges entre les cordes. Un frisson nous parcourt l’échine dès l’intro du superbe slow blues "As the years go passing by", une compo issue du répertoire d'Albert King, mais souvent et erronément attribuée à Fenton Robinson. Une excellente reprise chargée de feeling. Caractérisé par ses changements de rythmes, le "Yer blues" de John Lennon (un morceau qui figurait sur le double blanc des Beatles) est de toute bonne facture. Le climat baigne maintenant vraiment dans le blues. Signé Howlin' Wolf, "Who's been talking" bénéficie du concours de Michael Pickett à l'harmonica, un autre classique qui suscite mon enthousiasme. Tout comme le "Crossroads" du mythique Robert Johnson, dans une version plus proche de Cream que de l'originale ; mais plutôt roots, et colorée derechef par l'harmo de Pickett. Ce dernier termine sa prestation sur le "Dust my broom" d'Elmore James. Le concert s’achève par un hommage à Jimi Hendrix, lors de deux de ses créations ; tout d’abord le célèbre "Voodoo child", puis l’"All along the watchtower" de Bob Dylan…

 

mardi, 31 décembre 2002 01:00

Live at Monterey

Jimmy King a perdu son étiquette de ‘little’ qui lui collait aux basques depuis ses débuts. De son vrai nom Manuel Gales, il est le cadet d'une famille de musiciens réputés. Une famille issue de Memphis, dans le Tennesse. Manuel avait d'ailleurs gravé un album, en compagnie de ses frangins Eric et Eugene, en 96 : "Left hand brand". Un disque qui était sorti sous le patronyme des Gales Brothers, sur House of Blues.

Manuel est aujourd'hui âgé de 37 ans. Gaucher, il s'est tout naturellement inspiré de deux autres célèbres ‘left hand’, Albert King et Jimi Hendrix. Trois albums ont précédé ce "Live at Monterey" : "Little Jimmy King and the Memphis Soul Survivors" en 91, "Something inside of me" en 94, et "Soldier for the blues" en 97.

Son dernier opus est partagé entre enregistrements live accordés en juin 1999 au Monterey Bay Blues Festival (sept plages), et prises studio opérées en 1994, sous la houlette de Ron Levy (quatre titres). Passé l'intro de la partie live, l'instrumental "The ghetto" est marqué par une guitare très réverbérée ; un style inspiré à la fois par Albert King et Jimi Hendrix, surtout dans le travail sur le son. Jimmy chante ensuite "Somebody". Une composition écrite par son frère Eugene. Très largement amplifiées jusqu'à la saturation, les cordes rugissent, poussent bien dans les aigus. Et pour demeurer fidèle à Albert King, le son métallique est produit par sa guitare Gibson Flying V. La prise de son laisse un peu à désirer. L'homme possède une bonne voix, au ton naturellement soul. Il peut ainsi maîtriser son répertoire sans difficultés. A l'instar de "Don't burn down the bridge". Toujours proche du King Albert, sa guitare n'est pas toujours infaillible. L'intro de "Living in the danger zone" et celle du très long blues lent "Drowning on dry land" souffrent de suramplification ! Je préfère les plages studio, à la sonorité irréprochable, surtout lorsqu'elles sont renforcées par la présence des Memphis Horns ; c'est à dire Andrew Love au tenor sax et Wayne Jackson à la trompette et au trombone. "I wonder why" est percutant. Tous les instruments sont bien en place et la guitare décolle avec beaucoup d'aisance et de brio. "Everybody wants to go to heaven" est un blues lent écrit par Don Nix. La voix grave de King est majestueuse devant l'orgue Hammond d'Archie Turner. La guitare est cette fois parfaite, impériale. Jimmy s'en donne à cœur joie. Sans surprise, l'album s'achève par le "Floodin' in California", d'Albert King, avec force riffs cuivrés. Il serait grand temps que Jimmy pense à enregistrer de nouveaux titres. Son dernier opus studio remonte à 97, et ce live date déjà de 1999…