Musiczine recherche des collaborateurs.

Tu as une très bonne connaissance musicale et tu souhaites participer à l’aventure Musiczine.net ? Tu es passionné, organisé, ouvert, social, fiable et appliqué ? Tu as une bonne plume ? Alors n’hésite plus : rejoins-nous ! Vu l’ampleur prise par Musiczine et…

logo_musiczine

Le cauchemar de This Will Destroy Your Ears…

This Will Destroy Your Ears verse dans le dark wave, puise son inspiration dans la noirceur des sons de l’Angleterre des années 80 tout en y mêlant des notes psyché accrocheuses et des salves soniques noisy. « Funland », son nouvel album, sortira le 10…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Jean-Claude Mondo

Jean-Claude Mondo

mardi, 02 février 2010 01:00

Knowledge you can't get in College

RJ Mischo est un excellent harmoniciste. Ce n’est pas encore un vétéran, mais il compte déjà vingt bonnes années de carrière au compteur. En outre, il jouit encore et toujours d’une solide réputation sur la scène contemporaine. Il se considère même comme un monarque de l’harmo. D’ailleurs, lorsqu’il est photographié, il aime poser la tête ceinte d'une couronne. Il a opéré ses débuts à Minneapolis, sous l'œil bienveillant de Mojo Buford, autre souffleur qui avait milité au sein du band de Muddy Waters. Il monte sa première formation en compagnie du guitariste Teddy (alors Kid) Morgan et du chanteur noir Percy Strother. De ce projet naîtra un elpee : "Ready to go". Publié en 92. Au cœur des années 90, il tourne régulièrement en Europe et signe deux opus pour l’écurie allemande Crosscut : le live "Rough 'n' tough" et "Cool disposition". Respectivement en 96 et 97. En 1998, RJ émigre sur la côté Ouest des States. A San Francisco, très exactement, où il ne tarde guère à se faire une solide réputation. Il enregistre régulièrement et participe à deux volumes des "Blues Harp Meltdown", pour le label Mountain Top, et concocte un superbe album en 99, "West wind blowin'". Il participe au projet Downhome Super Trio, en compagnie de Frank ‘Paris Slim’ Goldwasser et du drummer Richard Innes, une aventure immortalisée par le long playing "Live at Lucerne Jazz Festival", un disque à nouveau publié chez Crosscut, en 2003. Il commet encore, toujours pour la même boîte, "Meet me on the coast" la même année et "He came to play" trois ans plus tard. Son dernier cd, "King of a mighty good time" date de 2008. Depuis, il s'est installé à Fayetteville dans l'Arkansas.

“Knowledge you can't get in College” constitue donc déjà son dixième album. Et pour le confectionner, il est retourné en Californie, du côté de San José, dans le studio Greaseland du guitariste Chris ‘Kid’ Andersen. Il a en outre reçu la collaboration de professionnels du style : Kid Andersen et Rusty Zinn aux guitares, Sid Morris aux claviers, June Core aux drums et Kedar Roy à la basse. Rien que du beau monde!

La ‘connaissance’ de Mischo s’ouvre par "Two hours from Tulsa", une compo évoluant sur le rythme d’une rumba. Les deux gratteurs sont à l'affût ; mais c'est le Kid qui décroche le droit de sortie. Toujours aussi inspiré, l'homme du nord ne concède que les notes qui tuent. Il est toujours au sommet de son art. Au sein du décor sonore, Zinn écrase modestement une pédale. RJ souffle judicieusement dans son instrument chromatique. Tout en jazz et swing, "Too cool for school" est un instrumental court, nerveux et rapide. La section rythmique est mise à l'épreuve. Kedar Roy assure pourtant sur sa lourde contrebasse acoustique, tout comme June Core derrière ses fûts, à l’instar de Matthew Dallonge, l'œil rivé sur la silhouette féline de son leader. Le titre maître démarre en puissance. Une compo qui avait forgé la notoriété de Slim Harpo, sur les routes humides qui reliaient la Louisiane au Texas voisin! Mischo chante "Little Joe" d'une voix soul. Une ballade légère et atmosphérique baignant au sein d’un climat empreint d’une grande sérénité. June et Rusty entretiennent de subtiles percus à l’aide de leurs mains, alors que Lisa Lou y pose son timbre féminin. Le sextet est vraiment convaincant tout au long d’"Ain't nothin' new", une plage légèrement R&B, illuminée par la guitare largement amplifiée de Rusty Zinn. Une petite perle dans le style, digne d’un certain Paul Butterfield. Sid Morris s’installe derrière son piano pour introduire "Ruthie Lee", une compo issue d’un autre pianiste légendaire, Roosevelt Sykes. Une bonne tranche de Chicago blues caractérisée par les excellents soli d'Andersen et RJ. "Big plans" et "Rich cat" évoluent dans un même registre, tout en poussant Rusty Zinn à l'avant-plan. Imprimé discrètement sur un tempo boogie, le "Please don't leave" de Big Lucky Carter est certainement un des meilleurs morceaux de l’elpee. Très en verve, Zinn y tire parfaitement son épingle du jeu. Accrocheur et hypnotique, "Don't look twice" emprunte un thème proche de Slim Harpo. Mischo souffle à la manière de Sonny Boy Williamson II, sur un autre instrumental intitulé "Teacher's pet". "Devil's love sin"/The wrong man" est un medley relevant successivement des plumes de Walter Vinson et Mojo Buford. L’immersion dans les profondeurs du Chicago Souhside est totale. Et lors de cette adaptation, Mischo est vraiment dans son élément. Les rythmes syncopés de la Nouvelle Orléans envahissent "Down in the bottom", Sid se chargeant de baliser le tout de ses ivoires. RJ se retire en toute quiétude en interprétant le "Mama don' t tear my clothes" de Snooks Eaglin. Un excellent album!

 

mardi, 26 janvier 2010 01:00

For Rosa, Maeve and Noreen

Samuel James est un bluesman dont le style est exclusivement acoustique. Une démarche très proche des authentiques précurseurs qui sillonnaient les routes poussiéreuses du sud américain. Pensez aux bluesmen originels comme Skip James, Mississippi John Hurt, Son House, Bukka White et Charley Patton. Mais s’il puise son inspiration chez ces légendes, ses compos sont parfaitement adaptées à la scène contemporaine. Tant sa musique que ses lyrics. En outre, c’est un multi-instrumentiste.

Originaire de Portland, non loin de la frontière canadienne (NDR : c’est dans le Maine, face à l’Atlantique), son grand-père était guitariste. Il explorait également différents styles de blues. Ceux qui correspondaient à son époque, bien sûr. Quant à son père, il était pianiste professionnel et tromboniste. Le jeune Samuel apprend la danse à claquettes dès cinq ans, le piano à huit et devient pro à douze. Il n'a pas encore passé la barre des trente balais, lorsqu’il grave sa troisième œuvre, "Songs famed for sorrow and  joy", un elpee déjà édité chez Northern Blues Music. Samuel est un solitaire. Sa musique est intimiste. Il manifeste un profond respect pour les traditions. Ainsi, s’il compose son propre répertoire, sur les planches, il adore reprendre des classiques de ces maîtres du blues, tout en cherchant chaque fois, à se réapproprier ces morceaux. Sur cet opus, il est à l’aise sur tous les modèles de guitares (resonator, flamenco, 6 et 12 cordes) ; mais aussi au banjo, au piano et à l'harmonica. Il tape des pieds et des mains ; et bien entendu il chante. Et le résultat est excellent, puisque James parvient à faire revivre la musique des années 20 et 30, en tirant parti de la technologie moderne.

Dès l’ouverture, il impressionne. Fermez les yeux, et vous aurez la sensation de vous trouver face à l'artiste. Il pince nerveusement ses cordes, tape furieusement du pied et chante en puissance, tout au long de "Bigger blacker Ben", une ouverture royale. Très dépouillé, "I'll break your promise" force le respect. "Cryin' blind" est un régal ! Sa présence, tant aux cordes qu’aux vocaux, est envoûtante. Il démontre son habileté au picking sur "A sugar smallhouse Valentine", rappelant au passage le style Piemond. Tout comme sur la jolie pièce instrumentale, "Trouble on Congress street rag". Chanson d’amour empreinte de douceur, "Rosa 's sweet lil' love song" s’adresse à Rosa Poda (dont la silhouette longiligne est reproduite sur la pochette), une danseuse du ventre locale. Il balance furieusement d'autres cris d'amour en s’armant d'un banjo aux sonorités sémillantes et métalliques à travers "Darlin' Maeve" et "Miss Noreen". En fin de parcours, il tape du pied en récitant a capella "Wooden tombstone". Et en finale, il le prend littéralement lors d’un "Path of ashes", au cours duquel, il assure l’intégralité de l’instrumentation.

 

mardi, 26 janvier 2010 01:00

Getting' Real

Andrew Jones a passé le cap de la soixantaine. Il est né à Dallas, au Texas, où il vit d’ailleurs toujours aujourd’hui. Particulièrement doué, ce musicien accomplit ses premiers pas dans le monde professionnel, alors qu’il n'a que seize ans. Il débute alors chez les Thunderbirds, le backing band du fameux Freddie King. Il passe ensuite chez celui du chanteur soul, Bobby Patterson, les Mustangs. En 1973, il opère son retour auprès de Freddie King. Au fil du temps il se forge une solide notoriété et est de plus en plus sollicité pour apporter sa contribution. Il enregistre en compagnie de Katie Webster. Puis Charlie Musselwhite, notamment pour les elpees parus sur le label Alligator, dans les années 90. C'est chez lui à Dallas qu'il met en boîte son premier album, "I need time". En 1996. Chez JSP. Deux ans plus tard, il signe "Watch what you say" chez Rounder. Puis "Mr Domestic". En 2001. Et en 2005, il immortalise son premier elpee en public, "Jr Boy Live".

Pour enregistrer "Getting' Real", il est soutenu par le bassiste Jamil Byrom et le claviériste John Street. Jr Boy possède une superbe voix, taillée pour chanter le ‘soul blue’, c’est-à-dire un cocktail de soul et de blues. Mais sur "Struggle", la différence est opérée par son jeu de guitare. Ses notes sont concises, harmonieuses, empreintes d’une grande sensibilité. Andrew est dans son élément, lorsque ses cordes répondent à sa voix. A l’instar de "People say I'm crazy". Il dispense subtilement de petites grappes de notes, dans un style de celui qui fut jadis son maître, Freddie King. Derrière son orgue, Street se révèle un partenaire idéal. Il a longtemps été le fidèle collaborateur d'Anson Funderburgh au sein des Rockets. Le tempo s’élève pour aborder "Negative talkin'", une compo plus classique. Urbaine, même, dans l’esprit de Chicago. Sa talentueuse concitoyenne, Miss Cheryl Arena, est venue l'épauler. Son intervention à l’harmo est superbe, alors que Street est passé au piano. Autre slow blues majestueux, "Lonely times" est balisé par une rythmique délicatement funky, une structure qui permet aux cordes de s’évader constamment. Exercice de style instrumental "Don't let the green grass fool you" est le fruit d’un savant dosage entre southern rock et jazz. Brillant ! Et manifestement, Andrew a beaucoup écouté Cornell Dupree. La tension monte encore d’un cran pour "Don't get twisted", une plage imprimée sur un mid tempo. Jr Boy démontre toute sa dextérité sur sa Gibson. Il est inépuisable. Le souffle subtil dispensé par l’harmo de Miss Arena vient rafraîchir l'excellente ballade soul "Just playin' the blues". Street y mêle piano et orgue. Une superbe compo chargée d’intensité et d’authenticité. Le tempo ralentit encore afin de favoriser une immersion totale dans le blues le plus pur. En l’occurrence lors d’un "Hell in my house" que le quatuor nous restitue en nous flanquant le frisson, d’un bout à l’autre du morceau. Et le long playing de s’achever par un exercice de style instrumental intitulé "What's goin' on", une plage issue de la plume de Marvin Gaye. Quelle belle propagande pour le blues!

 

mardi, 19 janvier 2010 21:56

Live form the heart

Ex-Smokin' Chillums, Backbone et Maxwell Street, ‘Lightnin' Guy’ Verlinde est belge. Il aime le blues ; et tout particulièrement celui qui nous vient de Chicago et de la Louisiane. Il chante, joue de la slide et de l'harmonica. Ce n’est pas encore un vétéran mais il n'est certes plus un débutant. Il a baptisé son nouveau groupe les Mighty Gators, un combo au sein duquel il a recruté le très jeune espoir Arne Demets à la guitare, Thierry Stievenart aux drums et Stefan Boret à la basse (NDR : deux anciens membres de Maxwell Street). Sans oublier Dominique Vantomme aux claviers (NDR : il avait notamment participé aux sessions d’enregistrement de l’album d’Ana Popovic, "Live in Amsterdam"). Si le combo s’était produit en juillet dernier, dans le cadre du Belgian Rhythm & Blues Festival de Peer ainsi qu'au Gouvy, ce long playing a été immortalisé en novembre 2008, au Link de Sint Eloois Winkel. Depuis, le line up a subi quelques modifications. Apparemment le prometteur Demets a quitté le navire et a été remplacé par Fredeerick Defraeye. Quant à Boret, il a cédé la basse à Dominiek Buyse.

Les Gators ne sont certainement pas des créateurs ; mais manifestement ils constituent des animateurs de premier choix. Car cette bonne heure de spectacle est de la pure dynamite. Lightnin' Guy joue de la slide et de l'harmonica. Une association d’instruments plutôt rare, il faut le souligner. Studebaker John Grimaldi en est probablement le plus bel exemple, cependant. Un blanc. Issu de Chicago, pour être plus précis. Et c’est justement par une reprise de son répertoire que l’opus s’ouvre. Une superbe cover de son "Highway king", au cours de laquelle la slide de Guy rugit sauvagement. Que du bonheur! Fougueuse et très présente elle attaque le "Goin' down" de Don Nix, un classique au cours duquel le jeune Arne s’autorise une sortie autoritaire et de toute grande classe sur ses cordes. Verlinde a également une bonne voix. Et il le démontre tout au long du "Cut you loose" de Mel London. Soutenu par un arrangement R&B, né de la conjugaison de la section de cuivres et de l'orgue de Van Tomme, les cordes se déchaînent une nouvelle fois lors de cet excellent morceau de funk. Le tempo ralentit pour permettre d’adresser un solide clin d'œil au reggae jamaïcain ; en l’occurrence le "Ain't no sunshine" de Bill Withers. Les Gators apprécient la musique issue du Sud des Etats-Unis. Un vent de fraîcheur souffle lorsqu’ils adaptent le répertoire de Sonny Landreth ; et en particulier "Congo square" et "Gone pecan". Guy empoigne enfin son harmonica et son intervention est remarquable tout au long du blues rocker très entraînant, "Automatic". Le voyage se prolonge au cœur de la Louisiane profonde à travers un "Gator bop" (NDR : signé Guy) très remuant ; puis de la quiétude des swamps, lors d’une version d’"Out in the rain" de Tony Joe White interprétée à la manière des Stones époque "Gimme shelter". Après s’être prêté à un nouvel exercice du funk ("Junko partner"), puis du blues ("Nine below zero)", les Mighty Gators mettent finalement le feu aux planches en alignant le "Hip shake" de Slim Harpo, "Do that boogie" et "Bon ton roulet", des morceaux de southern boogie participatifs de toute bonne facture. Un excellent album !

 

mardi, 12 janvier 2010 01:00

One dog barkin’

Harrison Kennedy est canadien. Il est originaire d’Hamilton dans l'Ontario, la région des grands lacs. Fin des 60’s, début des 70’s, il s’est illustré sur la scène de Detroit, en militant chez les Chairmen of the Board. Dont il était d’ailleurs le leader. Le combo avait même décroché un hit single, à l’époque, "Give Me Just a Little More Time". Aussi bien à l’aise dans le rock, la soul, le funk, le folk, le gospel que le blues, il va ensuite entamer une carrière individuelle. Guère fructueuse, il faut l’avouer. Avant de refaire surface début des années 2000. En se consacrant au blues.

"One dog Barkin’" constitue seulement son quatrième elpee solo. Il fait suite à "Sweet taste" et "Voice story" parus en 2005 chez Black & Tan ainsi que "High country blues". Edité en 2007, il était déjà sorti sur Electro-Fi. Il dédie ce nouvel opus à la mémoire de deux bluesmen authentiques. Tout d’abord Mel Brown. Disparu en mars dernier ce guitariste texan a passé la fin de sa vie au Canada, après avoir animé pendant de nombreuses années le célèbre club Antones à Austin. Uncle Jackie Washington, ensuite. Moins notoire. Oncle du guitariste Brian Griffith, partenaire musical de Harrison, ce musicien était devenu une légende locale à Hamilton.

Kennedy est un artiste complet. Chanteur, compositeur et multi-instrumentiste (guitare, harmonica, banjo, mandoline et percussions), il ne tolère que la présence de Keith ‘Nappy’ Lindsay aux claviers et Justin Dunlop à la basse.

Le titre maître ouvre l’elpee. La voix d’Harrison est naturellement puissante et autoritaire. Il souffle dans son harmonica dès qu’il en a le loisir. Ses deux comparses épaulent impeccablement leur leader. Notre Canadien possède un talent inné dans l’univers de la roots. Sa voix est bouleversante tout au long de "Cruise control". Soutenue uniquement par les cordes de son banjo, elle ressemble à un instrument. Elle crève constamment l’écran sonore. Elle déconcerte même par son réalisme sur " Them 90's blues", un morceau au cours duquel un étrange flirt est échangé entre le bottleneck et l’orgue curieusement percussif. ‘Maître de cérémonie’, elle domine parfaitement son sujet et me fait souvent penser à celle de Taj Mahal, dans ses meilleurs moments. Et "Leading lady", concédé face à des accords discrets de mandoline, en est une parfaite illustration. Mais la quintessence de l’opus se savoure dans la simplicité du downhome blues. A l’instar de "Could be you could be me", "The healing power of the blues", "Ode to Huddie", une compo saturée d'émotion et puis du dépouillé et ténébreux "Hogtown blues", une superbe compo caractérisée par les sonorités primitives de la guitare et de harmonica confrontées à celles bien plus chaleureuses de l'orgue Hammond. Et sculptées dans le pur roots, "Hair of the dog" ainsi que "You're the difference" méritent également une mention particulière. Tout comme cette interprétation quasi a capella de "Look a like", un exercice de style dont peu de vocalistes sont capables d’accomplir avec un tel brio.

 

mardi, 05 janvier 2010 20:34

Kindred spirits

Originaire de Dublin, Eamonn est irlandais de pure souche. Dès son plus jeune âge, il est envoûté par les démons de la guitare. Il écoute beaucoup Rory Gallagher, Hendrix, Clapton ainsi que ses compatriotes de Thin Lizzy. Il séjourne plusieurs années aux USA pour y parfaire sa technique. De retour en Europe, il embrasse une carrière personnelle sous le nom de Samuel Eddy. Nous sommes encore dans les 80s. Il commet alors trois albums qui se vendent plutôt bien!

Au cours des 90’s, ce jeune chanteur/guitariste de plus en plus prometteur tourne beaucoup. Notamment en première partie de ses maîtres : Rory Gallagher, Jan Akkerman, Johnny Winter ou encore Nils Lofgren. Il se produit sous la formule du trio, s’appuyant sur solide section rythmique composée du bassiste Par Cannon et du drummer Grant Nicholas. Au début des années 2000, il poursuit inlassablement ses périples ; et notamment comme supporting act pour Walter Trout, Popa Chubby et ZZ Top. Après un solide break musical, il fonde son label True Talent ; une écurie ouverte aux espoirs irlandais. C’est à cette époque qu’il enregistre les morceaux de cet elpee, restés inédits à ce jour.

Mc Cormack signe 12 des 14 plages. Il ouvre l’opus par le célèbre "Rock me baby" de BB King. Une version de bonne facture, speedée, largement amplifiée, de ce rockin' blues. Dans le même esprit, "Barclay Club blues" rappelle le Rory Gallagher des grands jours. "Strange on the run" est sculpté dans un rock aussi âpre. La guitare brille de mille feux, pendant que le saxophone de Keith Donald (ex-Moving Hearts) vient apporter sa petite touche bien irlandaise. Une certaine émotion filtre à travers "Falsely accused". Et pour cause, Eemonn y est épaulé par Rory Gallagher dont c'était –paraît-il– la dernière apparition en studio. Un solide blues rock aux riffs bien tranchants, mais aux entrelacements de cordes quelque peu filandreux. N’empêche, l'instant était historique. Soutenu par Herman Brood (NDR : ex-Cuby & Blizzards, ex-Wild Romance, ce talentueux musicien hollandais nous a quittés en 2001) au piano, "The grove" adopte un profil rock'n'roll. Eamonn ébauche "Mystica" à la sèche, mais sur un ton flamenco, avant de glisser vers une forme instrumentale amplifiée à laquelle participe activement Jan Akkerman (Focus) aux cordes. Slow blues électrique par excellence, "Down and out" libère une intensité dramatique conséquente. Simplicité et efficacité sont les maîtres mots de cette compo ficelée une nouvelle fois dans l’esprit du grand Gallagher. On épinglera encore la cover du "Next time you see me" de Junior Parker ainsi que "All I want to do is rock'n'roll", une plage particulièrement électrique, acide ; survoltée dans le bons sens du terme, si vous préférez. Et l’elpee d’honnête facture de s’achever par un long blues lent intitulé "Shed one me wrong"…

 

Sur la carte du blues, ce chanteur/harmoniciste de couleur noire est un véritable globe-trotter. Il est né en Californie, a passé sa jeunesse au Texas, s'est plongé dans l’univers du Chicago blues urbain avant de se fixer à Detroit, où il vit d’ailleurs toujours. "If all you have is a hammer, everything looks like a nail" constitue déjà son cinquième elpee, commis rien que pour ce XXIème siècle. Il fait suite à "Motor City mojo", paru en 2000 chez Blue Suit, "Deep Detroit", sur Southside en 2001, "Tell it to your landlord" en 2003 ainsi que "Listen at me good" en 2006. Ces ceux derniers ainsi que le nouvel opus, relèvent du label canadien Electro-Fi.

Shah est secondé ici par d'excellents musiciens canadiens. En l’occurrence le guitariste Jack DeKeyzer (NDR : il a sévi chez Ronnie Hawkins & the Hawks et au sein du band de Robert Gordon), le bassiste Alec Fraser (NDR : ex-Jeff Healey Band) ainsi que le batteur Al Gross. Sans oublier les invités, dont l'excellent pianiste Julian Fauth (NDR : il est responsable de plusieurs albums solos, concoctés en compagnie d’harmonicistes aussi redoutables que Paul Reddick et David Rotundo).

"Out on the highway" ouvre la route sur un tempo entraînant. La voix de Shah a du vécu. Les musiciens n’ont pas besoin de tour de chauffe ; ce qui permet à Jack s’autoriser un premier envol décisif sur ses cordes, pendant que le leader se vide les poumons sur son harmonica incendiaire. "I wonder why?" emprunte un rythme moins enlevé. Le canadien DeKeyzer se révèle un redoutable gratteur. Il dose parcimonieusement chacune de ses notes. Son intervention monte progressivement en puissance et son solo se révèle tout à fait personnel. Bien en verve, la section rythmique sert de rampe de lancement à l'harmo du maître de cérémonie sur le très funky "Bumble bee man". Jack est passé à la slide pour attaquer "Nasty brown rat", une compo imprimée sur un rythme hypnotique digne du grand Howlin' Wolf! Très roots, exclusivement acoustique, "I've got a woman black as Midnight gold" baigne dans le Chicago southside. Une tranche de blues très intense caractérisée par cette touche magnétique, presque tragique, réminiscente de Muddy Waters. Le Shah a refait le plein de carburant pour accomplir le trajet Chicago - Motor City lors d’un "Stranded in Detroit" bien huilé, et balisé impeccablement par Julian Fauth aux ivoires. "Every goodbye ain't gone" est le slow blues de circonstance. Un profond respect et une sensibilité à fleur de peau émanent de cette plage au cours de laquelle Jack et Julian se relaient sur le devant de scène. "Blues for Ford, Chrysler and G.M" nous précipité au cœur de Detroit. Le réquisitoire de Shah est sans équivoque : il pleure la grandeur révolue de sa cité d'adoption, en imprimant un tempo emprunté à un certain Jimmy Reed. La voix d’Harmonica Shah est empreinte de détresse, lorsqu’il échange un duo avec Fauth, sur "Don't you feel like a dog covered in fleas?". Un morceau qui rappelle les grands moments du blues de Chicago ; et en particulier ceux de Sonny Boy Williamson, Sunnyland Slim voire encore Memphis Slim… Une seule reprise, mais célèbre : le "Boom boom" de John Lee Hooker, bluesman mythique qui a forgé une bonne partie de sa notoriété à Detroit. "Duke and Queen blues" semble calqué sur le "I'm a king bee" de Willie Dixon ; mais on lui pardonnera cet écart, tant le morceau excelle. Cette fort bonne tranche de blues s’achève par "Cryin ' won't help me now", un slow blues attachant, bien balancé et véhiculant une dose d’émotion constante…

 

mardi, 29 décembre 2009 01:00

Sean's blues – A Memorial Retrospective

Sean Costello était l'un des plus solides espoirs du blues de ce début du XXIème. Hélas, à la veille de son 29è anniversaire, il nous a quittés. C’était en 2008. Il venait de concocter son meilleur album : "We can get together". Sur le label Delta Groove. Une œuvre qui lui avait permis d’être reconnu par ses pairs. Au cours des premières années de sa carrière, il avait commis trois elpees : "Call the cops" en 1996, sur Blue Wave ; puis "Cuttin' in" en 2000 et "Moanin' for molasses" l'année suivante, tous deux chez Landslide. Ce dernier label lui rend aujourd'hui hommage et justice en publiant cette rétrospective. Pas moins de vingt titres sont réunis sur cette plaque, dont douze inédits.

Trois plages de la plaque sont extraites de "Call the cops". Sean n'avait alors que 16 ans. Et c’est Cub Koda en personne qui produisait le disque. Son excellent "Take me back" ouvre donc les festivités. Le timbre vocal de Sean est encore juvénile, pas très assuré ; par contre, il s’affirme déjà à la six cordes. Efficaces, ses attaques sont redoutables. Il embraie par une version acoustique mais très respectueuse du "Sail on" de Sonny Boy Williamson I. Son ami Paul Linden démontre soute sa rigueur sur son harmonica! Ce dernier est passé au piano pour affronter "Call the cops", une plage de brève durée, mais très offensive.

Plusieurs sessions inédites avaient été immortalisées en studio. Elles remontent à 1998. "Lovin' machine" adopte un style jump, chargé de swing, en empruntant au passage des phrasés de T-Bone Walker. Instrumentaux, "The plumber" et "Big beaver", mettent en exergue les prouesses de Linden à l’harmo. Traditionnel, "Tell me baby" est interprété en Chicago shuffle classique. Plus notoire, le "Walkin' blues" de Robert Johnson est exécuté en Mississippi blues. Largement amplifié, il est enrichi par la voix féminine de la séduisante Susan Tedeschi.

Trois titres figuraient sur "Cuttin' in". "Mellow chick swing" est une autre reprise signée Williamson I. Costello est au sommet de son art. Sa voix a pris sensiblement de la consistance. Il est soutenu par Linden et Matt Wauchope au piano. Il opère également une très bonne lecture d'un des meilleurs titres lents du blues, "Double Trouble" ; un morceau popularisé par Otis Rush. Durant plus de sept minutes, il étonne par sa parfaite maîtrise du style et en manifestant une maturité incontestable. "Who's been cheatin' who" adopte le rythme du chemin de fer. Et la machine s’emballe ; mais nonobstant la vitesse vertigineuse du tempo, l’exécution est sans faille.

Parmi les extraits de concerts, deux ont été accordés à Marquette, dans le Michigan. Soit les classiques "All your love" d'Otis Rush" et "Mojo boogie" de J.B Lenoir. L'artiste y démontre tout son talent sur les planches. Autoritaire, il maîtrise parfaitement son sujet. Sa voix est désormais puissante et rugueuse. Sa version fiévreuse et délicate du "Motor head baby" de Johnny Guitar Watson a été enregistrée à Chicago. Sean y adopte le rythme nonchalant du swamp blues.

Deux plages sont issues de l'album "Moanin' for molasses". Tout d’abord "Don't be reckless with my heart", un solide et classique shuffle texan. Et puis "It takes time", une autre cover d'Otis Rush (NDR : qui décidément l'inspire beaucoup). Elle recèle de superbes sorties de cordes devant le piano de Linden et l'orgue de Wauchope.

Quatre titres inédits émanent d’une session studio accordée à Atlanta. C’était en 2002. Le "Your love is amazing" de Robert Ward macère dans une ambiance curieusement orientale. Une plage très soul blues, au cours de laquelle Sean épanche toute sa passion, d’un timbre vocal devenu plutôt graveleux. Signé Fenton Robinson, "You don't know what love is" est parcouru d’arrangements délicatement funky. Et pour terminer on a droit à deux titres coécrits en compagnie de Paul Linden. Soit le remuant et récréatif "Feel like I ain't got a home", dont la bonne humeur communicative est entretenue par le piano roadhouse. Ainsi que le très R&B "She changed my mind", au cours duquel la voix de Sean se prête idéalement à ce style!

Cette collection rend manifestement justice à un des artistes les plus doués de la génération montante, trop rapidement disparu. A l’instar de "WRFG Memorial", recelant seize plages rares ou inédites, les bénéfices récoltés pour la vente de « Sean's blues – A Memorial Retrospective » seront versés à une association luttant contre le ‘Bi-polar disorder’, une maladie souvent liée à la dépression…

 

mardi, 29 décembre 2009 01:00

Holdin' Court

Après avoir sillonné les routes du blues pendant 22 longues années et aligné pas moins de douze albums, on peut considérer Debbie Davies comme une ‘vétéran’ du style. Ses nombreux fans la suppliaient, depuis de nombreuses années, de sortir un album uniquement instrumental, afin qu'elle puisse se concentrer sur son jeu personnel, résultat de l'interaction entre ses principales influences (NDR : qui oscillent d’Albert Collins à Freddie King, en passant par Kenny Burrell)

Debbie entame les hostilités par le "Fishnet" de Duke Robillard. Une reprise bien saignante, libérant un maximum de groove. Elle démontre une fois de plus sa parfaite assimilation de l'approche technique forgée par son maître, Albert Collins. Elle embraie par l’excellent "Down at the honky shack", une compo inspirée par sa vision du "Back at the Chicken Shack" de Jimmy Smith et surtout du "Honky tonk" de Bill Dogett. Son style est très fluide et l’adaptation particulièrement personnelle. Sur l’album "All I found", "Tryin' to keep it real" proposait une version chantée. Ici, elle nous entraîne dans un univers funky, très clean, esthétique. Partagée entre la basse de Casandra Faulconer et les percus du fidèle Don Castagno, la section rythmique préserve la ligne de conduite, pendant que l'orgue Hammond de Paul Opalach filtre la solution sonore. Sur la cover du notoire "Okie Dokie stromp" de Clarence Gatemouth Brown, la Californienne se permet de swinguer. Les cordes de sa Fender vibrent subtilement, naturellement… "Percolatin'" est un morceau instrumental par excellence. Bref, concis, il fait instantanément mouche. Dans un style très proche de Freddie King. Elle retourne aux sources funky sur "So what", tout en gardant ce bon vieux Collins, à l'esprit. La vision atmosphérique, jazzyfiante d’"Atras de tus ojos" est empreinte de douceur et d'exotisme. Séduisant et intense, le titre maître est parsemé de grappes de notes vivaces et graciles. Baignant au sein d’un climat hispanique, il rend surtout un vibrant hommage à Kenny Burrell. Un véritable régal pour les oreilles ! Debbie assure une parfaite lecture du blues basique sur "I wonder why (Blues  in D Natural)", une compo qui baigne dans le Chicago blues, inspiré par l'Otis Rush de la grande époque. Elle appuie sur ses pédales afin d’exhiber une autre facette de son style, sur la reprise du "If you love me like you say" de Little Johnny Taylor. Elle y adopte un profil R&B, dansant, proche de Memphis (NDR : cet orgue !) D’excellente facture, cette collection s’achève par l’allègre "Zoom-in". Et pour cause, son ami Opalach (NDR : également responsable de la coproduction) a empoigné la deuxième gratte. Pour nous entraîner au sein d’un univers à la fois surf et métallique…  

 

mardi, 29 décembre 2009 01:00

Meridian

Shawn est originaire de l'Oklahoma. Il vient de fêter ses 35 ans. Il rejoint la liste de cette jeune génération qui se réclame de l’héritage laissé par feu Stevie Ray Vaughan. A l’instar de Sean Costello, Nick Curran, Joni Lang ou encore Mike Welch. Très jeune, il prend goût au blues à l'écoute de maîtres comme John Lee Hooker, Jimmy Reed, Lightnin' Hopkins et Elmore James. Puis tombe sous le charme des exploits forgés par Anson Funderburgh et Mike Morgan. Il part s'établir à Dallas pour y assouvir sa nouvelle passion. Il perfectionne sa technique au contact de Hash Brown. Il transite par les Icemen, auprès de Jason Moeller (Fabulous Thunderbirds) et Paul Size (ex-Red Devils). En 97, il sort son premier album : "Burnin' up". Puis embraie par "Something's gotta give". Deux opus édités chez Cannonball. En 99, il se fixe à Austin. En 2001, il édite "Full circle", un disque pour lequel il reçoit le concours de Double Trouble et des frères Moeller. En 2005, il concocte "Stay", avant de se retirer de la scène musicale, afin d’exercer un job dans le privé. Mais en 2007, il participe à un projet collectif baptisé "Texas Northside Kings" (Dialtone). Il s’y réserve quatre plages. Depuis, il a repris goût au blues. Et pour cause, il vient d’enregistrer un nouvel elpee. Onze nouvelles compos sculptées dans un Texas blues parfaitement assimilé. Une œuvre autoproduite, dénuée de la moindre sophistication : la voix et les cordes de Shawn sont uniquement secondées par une section rythmique classique, basse/batterie.

"Edge of the world" ouvre la plaque. L’effervescence est bien palpable. Un blues saignant, percutant. Le jeu aux cordes de Shawn est nerveux, franc, direct. Digne des meilleurs moments de Jimmie Vaughan. La voix est en retrait, mais demeure très musicale. C'est manifestement du vécu. Du ‘live’! La rythmique est lancinante. A l’instar du "Spoonful" de Dixon revus et corrigés par Howlin' Wolf et Cream (NDR : c’était il y a une éternité) ; mais en y incorporant des cordes bien plus éloquentes. Et cette approche aux cordes reste très personnelle tout au long de la ballade quasi éthérée, ‘hendrixienne’, "Fortune and fame". Le style rugueux et contemporain de Pittman colle parfaitement au blues venu du Mississippi voisin. Et "Make the world stop turnin'" en est une belle illustration. Les percussions sont placées bien à l'avant. Les accords de gratte sont très réverbérés. Répétitive, la rythmique produit ses effets hypnotiques escomptés. En fermant les yeux, on imagine facilement être transporté au cœur d’un de ces juke joints poisseux, dans les collines du Nord du Mississippi. Shawn nous entraîne alors vers Chicago. Celui du blues urbain des fifties. Primaire, mais parfait, le riff de slide est emprunté à Elmore James, tout au long du contagieux "My luck has changed". Shuffle saturé de groove, "No such of a thing" est imprimé sur un rythme proche du géant Howlin' Wolf! Les différents éléments de l'ensemble s'emboîtent à la perfection. Autre shuffle par excellence, mais texan, "Mr Dime Dropper" lorgne manifestement vers Mike Morgan & the Crawl. Blues rocker à la Chuck Berry, "Make people dance" nous invite à roller sur la piste de danse. Transpiration garantie ! Le tempo adopté sur "Let's blow this joint" est plus intense encore. Très T-Birds de la grande époque. Sur rails, la machine est alors propulsée à plein régime. Blues indolent, généreux, très downhome, "High maintenance woman" épouse une tonalité de guitare proche de Lightnin' Hopkins. On croirait presque entendre celle du vieux Texan. Son fantôme, peut-être ! De toute bonne facture, cet opus s’achève par "Hurricane", une plage instrumentale très électrique, impitoyable. Sachant l’épilogue proche, Pittman s'y libère. Shawn a également commis une autre galette cette année, "Movin' & groovin'", sur le label italien Feelin' Good.