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Farfouiller dans la Pure Carrière…

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vendredi, 12 mars 2010 12:34

Where the blues crosses over 2010

Le label Ruf a été fondé par un fan acharné de blues, Thomas Ruf. De nationalité allemande, il était aussi promoteur, agent et manager. Il adorait tout particulièrement Luther Allison, un artiste noir chicagolais exilé en France depuis le début des années 80. Pas étonnant que le label fasse une large place au regretté bluesman (NDR ainsi qu’à son fils, Bernard) au sein de son catalogue. Mais pas seulement ! En dix ans, Ruf compte plus de cent albums dans ledit catalogue. Cette écurie a également permis à de jeunes artistes de s’illustrer. Des Anglais tout d’abord. Dont Aynsley Lister, Ian Parker et Oli Brown. Mais aussi et surtout des artistes féminines comme Deborah Coleman, Sue Foley, Ana Popovic, Roxanne Potvin, Joanne Shaw Taylor, Dani Wilde, la Scandinave Erja Lyytinen et la diva Candye Kane. En outre, la boîte s’est surtout investie pour relancer certains artistes ou groupes autrefois notoires. Et je pense tout particulièrement à Canned Heat, Walter Trout ainsi qu’Omar Dykes avec ou sans ses Howlers.

Pour assurer la promo de son label, Thomas édite circonstanciellement des compiles à prix réduit. A l’instar de "Blues guitar women", "Summertime blues" et aujourd’hui de ce "Where the blues crosses over". Dont il s’agit déjà du second volume. Il met en exergue un éventail non exhaustif (sans considération d’âge ou de sexe) de son catalogue.

Big Daddy Wilson est un bluesman noir américain. Il s’est établi, depuis bien longtemps au Nord de l’Allemagne. Il chante "Love is the key" en s’accompagnant à la guitare acoustique.

Jeff Healey soufrait de cécité. Il nous a quittés ce 2 mars 2008. Le souvenir de ce chanteur/guitariste nous est rappelé tout au long d’"I think I love you too much".

Luther Allison vient de concocter un double album, "Songs form the road". Un espace lui a donc été réservé sur le recueil.

Omar Dykes est un personnage que j’apprécie tout particulièrement. Il est soutenu par Jimmy Vaughan lors de son excellente reprise du "Big town playboy" d'Eddie Taylor.

Coco Montoya a acquis une notoriété certaine depuis son long séjour opéré chez les Bluesbreakers de John Mayall, où il a longtemps milité auprès de Walter Trout. C’est la dernière recrue du label. Le titre maître de son nouvel elpee lui est consacré.

Les quatre filles retenues pour figurer sur ce cd sont peu connues. Surnommée la ‘Bonnie Raitt’ finlandaise, Erja Lyytinen nous propose "Crows at your door", une plage lente, aux accents dramatiques, au cours de laquelle ses interventions au bottleneck sont particulièrement subtiles. Elle assure également le chant, d’une voix tendre mais passionnée, soutenue par les accents d’une slide à la fois envoûtante et mélodieuse

Joanne Shaw Taylor est un jeune anglaise. Elle a bénéficié du concours du producteur et claviériste Dave Stewart (ex-Eurythmics), pour enregistrer "Just another word". Elle chante d’une voix intimiste "White Sugar", un extrait de cet elpee.

Shakura S'Aida est née à New York. Elle a passé sa jeunesse en Suisse, mais s’est établie depuis plusieurs années au Canada. Une chanteuse de couleur noire qui possède un joli brin de voix. Et elle le démontre tout au long de "Chasing the sun", une compo au tempo lent, soulignée par un orgue Hammond. Cette plage figurera sur son premier album intitulé "Brown sugar". Bénéficiant du concours de Jim Gaines à la production, ce disque sortira dans les prochaines semaines.

Chanteuse autrichienne, Meena est âgée de 33 ans. Et possède également une jolie voix. Elle vient également de commettre son premier elpee. Et (tiens tiens), c’est encore Jim Gaines qui est à la mise en forme. Publié en janvier, ce long playing s’intitule "Nothing left". Elle nous en propose un rock R&B de bonne facture

Et pour clore le chapitre, la plaque épingle Oli Brown, un jeune blues rocker anglais responsable, voici peu d’un elpee intitulé "Open road". En est extrait, "Stone cold (Roxanne)", un blues rock interprété sous la forme d’un trio bien ‘british’ !

 

vendredi, 12 mars 2010 12:31

Songs from the road (Cd + Dvd)

Luther était un des plus bluesmen contemporains les plus notoires. Né dans l'Arkansas en août 1939, il a rejoint Chicago, dès l’âge de douze ans. Il nous a quittés en août 1997. Il était alors au sommet de sa gloire ; et ce succès il le méritait assurément.

Son premier enregistrement date de 1965. Il s’agit d’un single. Et son premier album "Love me Mama" (publié chez pour Delmark) de 1968. En 1977, il avait décidé de vivre en France, à Saint Cloud très exactement. Depuis sa disparition, plusieurs albums posthumes ont été édités ; mais il faut reconnaître que ce petit dernier est vraiment intéressant

Il avait accordé un de ses tous derniers concerts, le 4 juillet 1997, soit un mois avant sa mort, au Festival International de jazz de Montréal. Mais sa dernière apparition sur scène remonte au 10 juillet. Elle s’est produite à Madison, dans le Wisconsin, alors qu'il était au plus mal.

Mais revenons à son set accompli à Montréal. Luther est soutenu par son backing band américain, le James Solberg Band. A la tête, James Solberg (NDR : saviez-vous que James figurait déjà au sein du backing band d’Allison en 1979 ; un épisode immortalisé par le "Live in Paris", gravé cette même année). Au sein du line up, militent le bassiste Ken Faltinson, le claviériste Mike Vlahakis et le drummer Rob Stupka ; c’est-à-dire la même équipe qui avait participé à l’enregistrement du superbe elpee "Live in Chicago", paru en 1995. De ce concert, Ruf a sélectionné dix titres audio et six ‘vidéo’. Il faut dire que l'émission réalisée par la TV montréalaise ne pouvait aller au-delà de l’heure.

Après une brève présentation de l’artiste, les hostilités peuvent démarrer. "Cancel my check" nous replonge dans ce bon vieux temps des concerts du père Luther. Il a une présence pas possible. L’attaque sur sa Gibson Les Paul est brutale. Jamais il ne la ménage. Et puis sa voix emporte tout sur son passage. Luther chante "Living in the house of the blues". Un régal ! Il vit, il sent ce blues. Difficile d'imaginer qu'un mois plus tard il ne serait plus des nôtres! Allison était capable de mettre le feu en deux temps trois mouvements à ses sets. Et à les rendre même torrides. Tout au long de "What have I done wrong", il libère de courtes phrases assassines, une compo subtilement funky et une invitation à se déhancher sur la piste de danse. Il autorise James Solberg, également excellent gratteur, à sortir de sa réserve. La marque d’un bon leader! "Will it ever change" est imprimé sur un tempo allègre. L'attaque sur les cordes est dévastatrice. Mais que ses interventions nous remplissent de joie ! Et aussi de fièvre ! Si à cet instant du set, l’artiste n’a plus un poil de sec, il en est probablement de même pour son public. De ce show accordé à Montréal, on épinglera encore quelques morceaux particulièrement bouillants. Dont le superbe "(Watching you) Cherry Red wine". Une compo introduite par la guitare très amplifiée. Souveraine, la voix transpire le blues. Probablement le style au sein duquel l’artiste était au sommet de son art. Il empoigne une Flying V (NDR : comme Albert King) ; et à cet instant, il est trempé jusqu’aux os. Même ses doigts dégoulinent de sueur. Et puis les échanges qu’il opère avec Solberg sont de haute facture! Slow blues, "It hurts me too" est signé Tampa Red. L’adaptation proposée par Luther met en exergue sa dextérité naturelle à la slide. Un exercice de style au sein duquel il brille. Et cet adepte du doigt d'acier glisse sensuellement le sien le long de ses cordes. Il achève sa prestation par "Serious". Une des ses meilleurs compos, caractérisée par des accès plus calmes au piano, dispensés par Vlahakis. Lors du rappel, il aborde "Move on the hood", un titre qui ne figure pas sur le Cd.

Le Dvd rend hommage à Luther, notamment à travers une des ses interviews. Luther avait un profond respect vis-à-vis du public. Ses concerts pouvaient prendre des allures de marathon, et dépasser les quatre heures. Thomas Ruf rêve toujours de retrouver un nouvel Allison. Mais il risque d’attendre encore bien longtemps…

 

mardi, 02 mars 2010 01:00

Reform school girl

Nous l’avions évoqué lors de la sortie de son dernier album, Nick Curran pourrait bien reprendre la place laissée vacante par feu Sean Costello, disparu l'année dernière. Ce jeune chanteur/guitariste texan possède en tout cas, tout le talent, pour y parvenir. Nick a signé chez un solide label, Eclecto Groove, mais une écurie orientée davantage vers le rock. Faut dire que ses influences originelles, il les puise dans le blues mais aussi le rockabilly. Originaire de Portland dans le Maine, il a été très tôt repéré par la chanteuse de rockabilly texane, Kim Lenz. Elle lui demande d’intégrer ses Jaguars. Il accepte et vient vivre au Texas ; ce qui lui permet de fréquenter les scènes musicales de Dallas et d’Austin. Son premier elpee, il se grave en 2000. Soutenu par son groupe The Nitelifes. Il s’intitule "Fixin' your head". Et l’année suivante paraît "Nitelige boogie". Les deux disques sont publiés sur le label Texas Jamboree. Mais en 2002, il rejoint le label de San Francisco, Blind Pig. Il y publie "Doctor Velver". En 2002. Et deux ans plus tard, "The Player!". Sollicité par Kim Wilson, il rejoint les Fabulous Thunderbids de Kim Wilson, en 2005. Il y militera jusqu’en 2007 et participe à l’enregistrement de l’elpee "Painted on".

Pour concocter "Reform school girl", Nick a remonté un backing band : les Lowlifes. Comme à ses débuts, il aime enregistrer sur du vieux matériel, du vintage fifties, histoire de communiquer le son direct des vieux vinyles 45 et 33 tours. Nick a suivi ses premières leçons auprès du regretté Ronnie Dawson, un chanteur de rockabilly texan qui nonobstant un succès d’estime a connu une assez longue carrière.

Phil Alvin, le chanteur/guitariste des Blasters est responsable des notes consignées à l’intérieur de la pochette. Il nous présente un Curran, adepte d’un rock'n'roll biberonné au funk, punk, blues et psychobilly. Et après avoir écouté cet opus, la description me semble exacte.

Lors de la confection de cet elpee, Curran a reçu le concours du bassiste Billy Horton, également responsable de la coproduction en compagnie de Nick. Mais également du drummer Nikki K, du pianiste Derek Bossanova et des saxophonistes Jon Doyle et Dan Torosian. Etabli à Austin, Billy Horton est aussi contaminé par le virus du rockabilly. Il milite au sein des Horton Brothers, en compagnie de son frangin (NDR : fallait s’en douter), Bobby. Enfin, pour que votre info soit complète, cachez que Curran signe 11 des 14 plages.

Le "Tough lover" d'Etta James ouvre l’elpee. Du rock'n'roll brut, primaire et furieux. Nick chante comme un possédé. Dans un style ‘shouter’ proche de Little Richard. Le sax ténor s’autorise une belle envolée bien graisseuse. "Reel rock party" est une compo propice à danser le rock'n'roll au sein d’un cercle d’amis. L’ambiance est excellente. Nick se libère à la guitare. Jason Ricci concède une intervention brillante à l'harmonica. Toute une équipe qui prend littéralement son pied au sein des studios Fort Horton. "Reform school girl" est sculpté dans la pop. Une véritable perle mélodieuse qui aurait pu garnir un juke box poussiéreux de la fin des fifties. L’intro évoque curieusement l’univers sonore de Phil Spector. On se demande même si les interventions vocales ne sont pas assurées par Ronnie Spector. D’autant plus que l’ensemble est enrichi de chœurs. Pour la circonstance, assurés par les Honey Bee Babes. Les accords de guitare sont simples, directs et efficaces. "Kill my baby" est un rocker largement teinté de blues. La voix de Nick est dévastatrice au sein d’un univers sonore particulièrement cohérent. "Psycho" nous replonge au cours des années folles. C’est-à-dire vécues entre les années 50 et 60. Un morceau détraqué mais racoleur, au cours duquel les cordes libèrent, avec une facilité déconcertante, des sonorités pas possible. Remarquable, "Sheena'sback" nous invite à nouveau dans l’univers de Little Richard. Des chœurs ‘vintage’ répondent au chant nettement blues. "Baby you crazy" trempe dans un rock'n'roll pur et dur. De la dynamite prête à exploser. Nick se force les cordes vocales jusqu'au seuil de la douleur, alors que Derek dispense des accords sautillants sur ses 88 touches d'ivoire. "Ain't no good" campe un rockabilly d’une grande limpidité. Billy Horton répond instantanément aux phrases sauvages exécutées par le leader. "The lowlife" s’engage sur un riff emprunté à Chuck Berry. Un peu comme si Little Richard  chantait "Maybelline". On imagine alors facilement Curran exécutant la danse du canard, sur les planches. "Dream girl" est la plage la plus longue de l’elpee ; mais aussi la plus lente. Elle baigne au sein d’une atmosphère lugubre, un climat entretenu par les accords de guitare reverb et par la voix digne d’un film d’épouvante. "Flyin' blind" nous replonge dans une atmosphère plus allègre. Un rockabilly dont les vocaux sont partagés entre Phil et Nick. Et au cours duquel les guitares de Phil, Nick et Chris Ruest se conjuguent remarquablement. Une des meilleures plages de l’elpee, c’est une certitude. Une bonne humeur répercutée tout au long de l’enlevé "Filthy", une compo réminiscente du début des sixties, à une époque où la musique était prétexte à danser. Sans prendre le moindre temps de repos. D’excellente facture, cet opus s’achève par une par version infernale, mais à des années-lumière du heavy métal du "Rocker" d'AC DC.

Nick n’a pas encore 33 ans. Et affiche déjà une fameuse carrière derrière lui. La presse spécialisée estime qu’il pourrait succéder au défunt Sean Costello. Malédiction, il est également dans une mauvaise passe. Atteint d’un cancer de la langue, il suit pour l’instant un traitement particulièrement lourd. Chez lui, à Austin. Et il espère guérir de cette épreuve, pour revenir au sommet de sa forme. C’est tout le mal qu’on lui souhaite…

 

mardi, 23 février 2010 01:00

Born in the country

De son véritable nom William Smith, Yakity Yak est originaire de Lansing, dans le Michigan. Etabli aujourd’hui à Detroit, ce chanteur/harmoniciste de couleur noire relève du label local, No Cover. Pour enregistrer cet elpee, il a bénéficié de la collaboration du Mike Espy Band, une formation au sein duquel milite inévitablement Mike, le leader et guitariste (NDR : il est également prof de math !), le guitariste rythmique Chris Hillabrad et le drummer John Barrera. Espy est issu de Kalamazoo mais a fait ses gammes à Memphis! Yak et Espy jouent ensemble depuis 1995. Hormis le "Sadie" de Hound Dog Taylor et le "Sundown" de Charlie Musselwhite, tout le répertoire est signé par le tandem. Mike Boulan, boss de No Cover et actuellement président de la Detroit Blues Society, s’est chargé de la production et du mixing. Il faut dire que c’est sa victoire au Detroit Blues Challenge, décrochée en 2006, qui a permis à Yakity Yak d'enregistrer cet album. Depuis, le Mike Espy Band a publié un cd instrumental baptisé "Son to father".

L'ouverture nous plonge dans le Delta du Mississippi. Les rythmes sont primaires, les percussions lourdes. La technique à l’harmonica est rudimentaire. La slide dispense un son immédiat. Légèrement éraillée, la voix de Yak est très présente. Et le tout est imprimé sur un tempo digne de Howlin' Wolf. Une excellente entrée en matière! Simple mais efficace, "Texas blues" est très proche du "Jesus left Chicago" de ZZ Top, un des meilleurs blues concocté par le trio de Houston. La section rythmique ne fait certainement pas dans la dentelle, mais Espy se révèle bon gratteur pour la circonstance. Une formule qui se poursuit tout au long de "Do you still love me?" Les compositions de Yak sont très souvent pompées sur des thèmes traditionnels notoires. A l’instar de l’hypnotique "Back to the Crossroads", au cours duquel la guitare bien amplifiée se montre aventureuse. Un climat qui se prolonge lors de "Lonesome road" ; et en devient presque envoûtant. La reprise du "Sadie" de Hound Dog Taylor a été préparée, sans surprise, à la sauce Yakity. Ballade blues, "Drunken all day " est manifestement une compo  autobiographique. Un morceau fort bien ficelé, au cours duquel les petits accès d'harmo répondent au chant. Le répertoire trahit une certaine uniformité, et ne recèle guère de surprises. "Trouble" constitue le long blues lent de circonstance. Mike souligne parfaitement de ses cordes le timbre tour à tour puissant, dramatique ou intimiste de Yak. Une slide élégante parcourt "Love my woman", un morceau fort entraînant. Notre vieux bluesman a des planches. Et les deux versions ‘live’ de "Drunk all day" et "Born in the country", proposées en duo avec Mike Epsy, en sont la plus belle illustration…

 

mardi, 23 février 2010 01:00

The gentleman is back

Johnnie Bassett est un vétéran du blues. Et vit depuis bien longtemps dans sa bonne Motor City de Detroit. Aujourd’hui âgé de 75 balais, il est originaire de Marianna, en Floride. Ce qui explique pourquoi il a eu le bonheur de voir et entendre Tampa Red et Big Boy Crudup. Ce remarquable chanteur et guitariste a le plus souvent cherché son inspiration dans les œuvres de ses contemporains ; et notamment T Bone Walker, Albert et surtout BB King. Lorsqu'il s’établit à Detroit dans les fifties, il rejoint la formation de Joe Weaver & the Blue Notes. En  1992, il a monté son groupe, les Blues Insurgents en compagnie desquels, il a sorti quelques albums de bonne facture. On ne compte plus ses tournées opérées aux States et en Europe. Mais son dernier elpee remonte à plus de dix années. Sur la pochette, l’artiste pose vêtu d’un smoking, chaussé de pompes blanches, approchant fièrement de sa vieille Cadillac blanche ; manifestement, the gentleman is back!

Ce nouvel opus s'ouvre dans une ambiance plutôt relax. L’aspect mélodique y est privilégié. Un peu comme sur les elpees de BB King. Johnny chante "A woman's got ways" d'une voix remarquable, taillée pour chanter le blues. Il concède quelques notes concises de sa gratte, un peu come BB, sur Lucille. Curieux ! Mais quelle leçon d'efficacité ! Imprimé sur un tempo bien enlevé, "Keep your hands off my babe" baigne davantage dans le west coast swing. Assurés par les Motor City Horns, les cuivres sont bien présents ; d’ailleurs la trompette et le saxophone ténor parviennent même à s’extraire triomphalement de la mêlée. Bassett chante "Nice guys finish last" d’un timbre nasillard, un superbe blues qui transpire le vécu. Le piano soutient parfaitement le tempo. La guitare du maître ondule sur la solution sonore avant de s’en extraire avec délectation. Tout est parfaitement en place. Il est vrai que nous sommes en présence de vieux routiniers du style. "Georgia" est une compo popularisée par Ray Charles. Cette nouvelle version est très respectueuse de celle du génie. Le rythme reprend ses droits pour "You real gutchiegummie" et surtout "Feeling lucky", caractérisé par une sortie de cordes particulièrement élégante. Tous les instrumentistes remplissent leur rôle à merveille. Que ce soit Skeeto Valdez aux drums, James Simonson à la basse, Chris Codish aux claviers ou encore Keith Kaminski aux différents saxophones. En outre, la cohésion manifestée par toutes ces différentes composantes est remarquable. Une homogénéité parfaitement illustrée tout au long du superbe "I'm lost". Dans ces conditions, Johnny n’éprouve guère de difficulté à tirer son épingle du jeu. Son jeu subtil et fluide s’adapte parfaitement aussi bien au cœur d'une section de cuivres que sous une forme dépouillée. Soutenu par la steel guitar de James Morris, il chante d’une voix indolente "I can't see what I saw in you", dans un style sis à mi-chemin entre le Memphis blues et le country de Nashville. Une compo déconcertante d’efficacité ! "I love the way you look" vire au jazz et au swing et laisse à nouveau voix au chapitre aux cuivres et à l'orgue Hammond. "My old flame" clôt l’elpee. Un long blues lent bouleversant. Voix, cordes, piano et cuivres s’y conjuguent à la perfection.

En concoctant cet elpee, Johnnie Bassett vient de frapper très fort. Et pour cause « The gentleman is back » est un opus remarquable ! Néanmoins, il faut aussi tenir compte du rôle joué par Chris Codish qui non seulement se charge des parties d’orgue, mais également a assuré la production et coécrit la plupart du répertoire.

 

mardi, 23 février 2010 01:00

Falling through the cracks

Doug Deming est un guitariste particulièrement talentueux. Il a même la grande classe. Il réside à Detroit, et a fondé son groupe en 1991. A l’époque il répondait au patronyme de The Blue Suit Band. Il puise ses principales influences chez ses anciens maîtres : T-Bone Walker et Charlie Christian ; et parmi les plus contemporains, Jimmie Vaughan et Ronnie Earl. Au fil du temps, la formation a changé de patronyme et s’est rebaptisée The Jewel Tones. Ce backing band a accompagné de nombreux grands noms du blues en tournée ; et notamment Louisiana  Red, A.C Reed, Lazy Lester, Johnny ‘Yard Dog’ Jones, Alberta Adams ou encore Johnny Dyer. Cet ensemble a publié son premier long playing en 2002. Produit par Rick Holmstrom, "Double down" était paru sur le même label, Mighty Tiger. Harmoniciste notoire, Greg Fingers Taylor avait d’ailleurs participé aux sessions d’enregistrement d’"Hi-Fi baby", le second elpee gravé l’année suivante. Mais également Doug Deming. Une œuvre qui avait été mise en forme par Kim Wilson.

Pour concocter "Falling through the cracks", Doug est épaulé par sa section rythmique, c’est à dire Bob Conner à la basse et Julian Van Slyke à la batterie. En outre, il a bénéficié du concours de quelques invités de marque, dont Kim Wilson, le redoutable harmoniciste Dennis Gruenling et le claviériste Bill Heid, un concitoyen qui s'est souvent illustré auprès de Johnny Bassett, un illustre bluesman issu de la Cité de l'automobile.

L'album s'ouvre dans le rythme. La voix de Doug est légère mais affirmée. L'harmonica du jeune et talentueux Dennis Gruenling talonne chacune de ses phrases avant de prendre le premier billet de sortie et de se lancer dans un envol long, mais de tout haut niveau. Excellent ! Doug prend le relais. Son solo bien cadencé surprend par son originalité. Un début très prometteur! Un autre souffleur introduit "Don't worry me (Part 1). Un certain Dave Morris. Cet ex- Big Dave and the Ultrasonics manifeste beaucoup de vitalité dans son jeu. Sa vitesse d'exécution est sans faille. Et il reproduit ce type d’intervention sur "Put it down", une compo directement issue des bayous! La formule trio classique attaque "Falling through the cracks" sur un riff rendu jadis célèbre par Magic Sam, au cœur du Chicago Westside. Et lors de cet exercice de style, Mr Deming nous donne une subtile leçon d'efficacité. A l’instar d’une plage hyper speedée, signée Jimmy Reed, "Momma didn't raise no fool" accueille un troisième souffleur : le grand Kim Wilson ; prouvant ainsi qu’il ne craint pas d'affronter ses jeunes rivaux. Changement de style pour "You changed" (NDR : évidemment !) Du R&B classieux balisé par l’orgue Hammond du maître claviériste de Detroit, Bill Heid. Doug affronte le swing, face à une section de cuivres sur "It was the wine", en s’accompagnant d’une guitare écorchée réminiscente du meilleur de Jimmie Vaughan. Mais ce n’est pas vraiment une surprise. Des cuivres toujours bien présents lors de l’indolent, très fin de soirée "Every night when I get home" ainsi que "No sense" dont le style swing jazz cabaret est entretenu par le piano de Bill Heid. Deming est aussi très susceptible de s’immiscer dans l’univers roots. A l’instar d’"Only time will tell", compo qu’il chante à la perfection. Plus Chicago blues, "I can't believe my eyes" met en exergue Kim Wilson, qui se sent T Birds comme à la grande époque. Doug et Kim reprennent "Don't worry me (Part 2)" en duo. Dennis Gruenlong refait surface lors de l'instrumental offensif "East side hop" ainsi que tout au long de "Whisper", une savoureuse plage saturée de swing. Et cette fête s’achève par "Heiding out!", un autre instrumental hydraté par l’orgue de Heid, dans un registre Memphis R&B ou si vous préférez très Booker T & the MGs. Un album 5 étoiles !

mardi, 16 février 2010 01:00

That man's got to go

Sweet Claudette Johnson Harrell nous vient de Detroit et elle chante le blues. Ce n’et pas une néophyte, puisqu’elle compte, à ce jour, cinq albums à son actif. Et le tout premier, "Linament & collard greens", remonte à 1999.

Pour enregistrer “That man's got to go”, elle a reçu le concours d'excellents musiciens locaux ; en l’occurrence Howard Glazer, un guitariste particulièrement doué qui a longtemps joué en compagnie de l'harmoniciste Harmonica Shah, Dan Dekuyper à la seconde gratte, Todd MacIntosh à la basse et Greg Manning à la batterie ; sans oublier les quelques cuivres pour compléter l'ensemble. Claudette signe pratiquement l’intégralité de son répertoire.

A la recherche d’un amant idéal, la douce Claudette injecte une fameuse dose d’énergie tout au long de "Best damn lover", un morceau funk entretenu par le rythme infernal des cuivres. Les solistes se bousculent déjà à l'avant-plan. Successivement, Alonzo ‘Big Al’ Haralson à la trompette, Marcy Montgomery au saxophone et Glazer aux cordes. L'étau funky ne desserre pas son étreinte rythmique et se mue en danse envoûtante tout au long de "Hee-bie Gee-bies", une compo caractérisée par une sortie de cordes précoce, vitaminée par les pédales de distorsion, mais aussi grisée par la fièvre rythmique de ces cuivres. L'allure est toujours aussi vive pour affronter "That man's got to go". La guitare emprunte des accents bluesy, acérés, incisifs, assez proches d'Albert Collins. La trompette de Big Al ne tient plus en place. L’imposante contrebasse de MacIntosh ronronne pour communiquer une atmosphère jazzyfiante à "Not another moment". Le talent des solistes d’Alonzo et de Marcy est une nouvelle fois bien mis en évidence, alors que le timbre de Claudette manifeste une bonne dose de gravité. Le nightfloor accueille une nouvelle fois les déhanchements des danseurs lors d’un "Too many irons" à la formule bien établie. Et si les cuivres restent toujours sur le qui-vive, toujours prêts à bondir, la guitare emprunte des accents bluesy. Changement radical de style à partir de "Don't talk that yak to me". Le climat s'adoucit, s’illumine à nouveau de sérénité. Glazer est passé à la slide. Il injecte beaucoup de retenue et de feeling dans son jeu. Claudette susurre ses mots. Ce qui n'empêche guère Marcy de souffler avec panache à l'avant-plan. Notre tendre vocaliste charme et bouleverse en même temps tout au long de "Love I see in your eyes", un slow blues très classique, au cours duquel les deux souffleurs étalent encore tout leur talent. Claudette manifeste un profond respect pour ses musiciens et leur permet, à tour de rôle, de se mettre exergue. "23 hours & 45 minutes" en est un nouvel exemple, un blues mid tempo, profilé sur une rythmique très Jimmy Reed, au cours duquel Howard, Alonzo et Marcy se libèrent totalement. Ainsi qu’"Ain't nobody's bizness", un autre blues lent notoire, issu du répertoire de Freddie King, exécuté à la manière d'Albert King. Et la version est tout bonnement remarquable !

 

mardi, 16 février 2010 01:00

Gotta boogie

Christopher Leigh n’est guère connu dans l’univers du blues. Et pourtant, il a entamé sa carrière au début des années 80. Mais au sein d’une formation de heavy metal : Life After Death. Ce n’est qu’au fil du temps qu’il a changé d’orientation musicale. Originaire de Smiths Creek, dans le Michigan, ce chanteur/guitariste/compositeur militait, début de ce siècle, chez Alley Katz, une formation responsable d’un elpee intitulé "Going alley on your minds", en 2005. Mais auparavant, il avait concocté un opus solo : "I don't know". Un disque qui vient d’être réédité sur le même label ! Pour cet album, il est encore flanqué des Boogie Chillens, une de ces innombrables formations américaines qui jouent la musique des racines, c'est-à-dire un mélange particulièrement vibrant de blues, de rock et de boogie. Issus de Detroit, ils avaient choisi ce patronyme pour rendre hommage à Mr John Lee Hooker, mythe qui était parvenu à asseoir la réputation du blues et du boogie de la Motor City. Mais depuis la sortie de ce long playing, le combo a dû changer de nom. Motif : un ensemble concurrent se produisait déjà sous cette appellation. Ils se sont donc rebaptisés tout simplement The Christopher Leigh Band

Le disque s’ouvre par une intervention légère de Joe Neely à l'orgue. Le timbre vocal de Mr Leigh est quelque peu nasillard. Il se réserve une bonne première sortie aux cordes, mais en alignant ses notes de manière parcimonieuse. Il embraie par un blues imprimé sur un mid tempo. Constitué de Gary Ellis à la batterie et Rudy Alcala à la basse, la section rythmique porte bien l’ensemble. Une approche plutôt british blues! Leigh force sa voix sur "Gotta boogie", un boogie classique de circonstance. Joe Neely trame le décor sonore de son orgue Hammond B3, s’autorisant même une certaine liberté, avant que le boss ne prenne le relais pour s’acharner sur sa slide. Il chante "True love", un blues lent très conventionnel. Face à l’orgue, il libère quelques chapelets de notes pour accompagner son chant! Il injecte beaucoup de sensibilité dans le pincement de des cordes. Une nouvelle fois, dans un style proche du british blues d'autrefois. Une seule cover : le "Chicken heads" de Bobby Rush. Mais dans un style différent. Radicalement funky, mais rudimentaire. "Since you went away" est une de mes compos préférées. Une ballade blues très lente, bouleversante, digne des débuts des Stones. Christopher est au sommet de son art. Soutenue de chœurs féminins, sa voix passe très bien la rampe. Indolent et ténébreux, "Pullin' in the station" véhicule un curieux pouvoir de séduction. "Twin heroes" est un autre blues de bonne facture, imprimé sur un mid tempo. Il est dédié à Clarence et Curtis Butler, deux jumeaux vétérans de la scène de Detroit, qui se produisaient sous le patronyme des Butler Twins (NDR : ils avaient participé, milieu des années 90, au Brussels Blues Festival). Plus métallique voire agressif, "Voodoo boogie" est évidemment un autre boogie ; mais il se rapproche davantage de l’univers sonore de Hound Dog Taylor et Lil' Ed & the Blues Imperials. Après s’être offert une parenthèse exotique ou si vous préférez caribéenne, les Boogie Chillens achèvent l’opus par un dernier blues lent. L’intensité y est permanente. La voix excellente. L’orgue Hammond très proche et la guitare minimaliste. A vous flanquer le frisson ! Sans s’avérer révolutionnaire, il faut reconnaître que ce « Gotta boogie » ne manque pas de charme…

mardi, 09 février 2010 01:00

Soulful stew

Miss Lewis est originaire de Philadelphie. Au cours de sa jeunesse, elle a beaucoup chanté au sein des églises baptistes. Comme choriste. Chanteuse au caractère bien trempé, elle s’est ainsi forgé progressivement un style emprunté au blues et au jazz, mais en le teintant de nuances gospel et soul.

Gregor Hilden est guitariste. De nationalité allemande, il est aujourd’hui établi à Munster. Il fait partie intégrante de la scène blues teutonne, depuis déjà plus de vingt ans. Il compte déjà une dizaine d'albums à son actif. Mais aussi un excellent Dvd live. Intitulé "Live at the Luna Bar", il mettait en exergue un band talentueux, rehaussé par la présence de toute une série d’invités, parmi lesquels figuraient Wilson B, Jimmy Rogers, Keith Dunn et… Harriet Lewis qui chantait avec bonheur "In the heart of the city".

"Wade in the water" est un traditionnel bien familier. Harriet entame doucement les premiers couplets de cette compo, avant de puiser quelque peu dans ses réserves, par ailleurs fort bien alimentées. Pendant qu’Horst Bergmeyer (NDR : un invité) se charge de l'orgue Hammond B3, Gregor Hilden communique de l'effet au son de ses cordes en appuyant sur une pédale de distorsion. Notre chanteuse libère ses cordes vocales pour attaquer "Hard drivin' mama", un blues imprimé sur un tempo bien enlevé. Gregor prend le large lors d’un solo bien calibré, montant progressivement en puissance. Harriet est tout à fait bouleversante lorsqu’elle se fait proche, intime. Elle articule alors parfaitement, lentement, ses mots. Et "Reverend Lee" en est une belle illustration. Un morceau qu’elle interprète face à un accompagnement minimaliste. C’est-à-dire réduit à quelques notes parcimonieuses concédées par Gregor, le piano de Thomas Hufschmidt et l'orgue Hammond. De quoi nous communiquer un fameux frisson. Miss Lewis aime effleurer son micro de ses lèvres pulpeuses, largement colorées. Pas besoin de s'exciter davantage, on est presque dans la confidence. A l’instar de "Love sneaking up on you", imprimé sur un tempo délicatement R&B. Volker Winck en profite pour souffler dans son saxophone ténor tout en rivalisant avec les cordes du virtuose aux cordes, Mr Hilden. "Since I fell for you" est un blues indolent issu de la plume de Buddy Johnson, une plage notoire très appréciée en fin de soirée. Et en particulier par les couples qui s’enlacent tendrement en restant sur le même carreau. Ce que le timbre suave de l'artiste qui se sert de sa voix comme d'un instrument, entretient avec complaisance. Signée Leiber et Stoller, "On Broadway" est une autre cover ayant fait l’objet d’une multitude de versions. Celle-ci est parcourue de subtils changements de rythme et baigne au sein d’un climat subtilement jazz. Les quatre acteurs du GH Band sont au fourneau : Gregor aux cordes, Thomas au piano acoustique, Sascha Oeing à la basse et Jochen Welle aux drums. Harriet interprète ensuite remarquablement le "Dr Feelgood" d’Aretha Franklin. Un excellent blues lent qu’elle chante en y injectant toute sa passion. Gregor s’y réserve un formidable solo, en se servant d’un minimum de notes. Et les silences traduisent manifestement sa sensibilité exacerbée. Une seule plage instrumentale : "Soulful stew". Ecrite par Hilden, cette plage macère dans les sonorités d’un orgue Hammond, joué dans l’esprit de Jimmy Smith. Au sein de cet opus, blues et jazz rivalisent de raffinement ; et pourtant, en fin de parcours, il épingle un superbe blues bien rythmé : "Running and hiding". Enrichi par la présence du très bon harmoniciste allemand Thomas Felmann, ce titre est issu de la plume de Steve Booker ; cependant, il ressemble étrangement au classique de Jimmy Reed, "What you want me to do". D’excellente facture, cet album s’achève par une adaptation chantée, à la fois longue mais particulièrement originale, du traditionnel "Amazing Grace".

 

mardi, 09 février 2010 01:00

Just as I am

Danny est un jeune chanteur/guitariste. Et pour cause, il fêtera ses trente balais en juillet 2010. De nationalité britannique, il excelle dans le ‘blues rock played with passion’ comme il le décrit lui-même. Au fil des années, il s’est forgé une solide expérience ; et notamment en partageant l'affiche auprès de grosses pointures comme Carlos Santana, Walter Trout, Mick Taylor, Peter Green, Joe Cocker, Buddy Guy et bien d'autres. Il avait été très tôt remarqué par le magazine/webzine et label anglais, Blue Matters, écurie pour laquelle il avait publié successivement "Watching soul" en 2002, "Shadows passed" en 2003, "Covering their tracks" en 2005 et "Days like this" en 2006. Depuis, il signé chez Rounder ; et plus particulièrement le département Continental Blue Heaven, gravant un "Live" en 2007 et "Black & White" en 2008.

"Just as I am" constitue déjà son septième album. Danny est uniquement soutenu par une section rythmique classique. Soit son papa Ken, à la basse, et Trevor Barr, à la batterie. Une formule trio qui lui convient parfaitement. La musique de Danny est puissante. Sa voix aussi. Naturellement. Il manifeste également beaucoup de présence. Son attaque sur les cordes est assez agressive. Pas étonnant que son style soit comparé au hard rockin' blues. Nuance quand même, il existe en permanence une volonté de préserver le sens mélodique. Sur cet opus, hormis une plage, il a écrit l’intégralité du tracklising.

"Shut out of the light" nous invite à pénétrer dans l’univers sonore du Redeye Band. Danny n'a pas besoin de forcer sa voix pour se faire entendre. Elle domine largement son sujet, à la manière d'un Leslie West (ex-Mountain). Il maîtrise parfaitement ses cordes, en dispensant quelques riffs assassins, dans un style proche d'un Walter Trout, mais sous une forme bien ‘british’. Tout au long de "Blues for Buddy", il décoche des notes imparables, impétueuses, très sonores, meublant chaque espace à la manière de Buddy Guy, à qui il rend, bien entendu, un vibrant hommage. Le jeune artiste ne fait pas dans la dentelle, mais il accomplit fort bien ce qu'il entreprend. L'attitude est de toute évidence menaçante. Ses rugissements évoquent tour à tour Muddy Waters, Litghnin' Hopkins, Freddie et BB King, dont les fantômes (sauf celui de BB, bien sûr!) doivent encore en frémir. Le fils Bryant est cependant capable de varier son répertoire. Tout en y conservant l’intensité de son timbre vocal. A l’instar des ballades tendres et mélodieuses "For the last tripe" et "Every time the devil smiles". Blues lent, le titre maître embrasse un développement volontairement dramatique. Le dédoublement opéré entre les cordes, tant rythmiques que distinctes, est savamment dosé. Faut dire que la production est irréprochable. Cordes acoustiques et électriques se conjuguent sur la cover du "Master of disaster" de John Hiatt. Et sa voix colle à merveille à cette version personnelle du fameux songwriter de l'americana music. Autre plage indolente, "Day by day" libère une fameuse dose d’intensité. Pour épancher ses émotions, Danny emprunte aisément le sens dramatique. Ses accords à la gratte sont meurtriers. Le climat devient lourd et angoissant. C’est bien au sein de cette atmosphère ténébreuse, qu'il est au sommet de son art. "The hard way" campe un blues rock accablant, réminiscent de son aîné Robin Trower. L’opus s’achève dans la douceur et la quiétude d’"Alone in the dark", une plage aussi belle que mélodique, à nouveau caractérisée par ses subtils entrelacements de cordes acoustiques et électriques. Sans doute le meilleur album commis par Danny, à ce jour !