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mardi, 03 août 2010 02:00

Hooba Dooba

Paul Brady est irlandais. Du Nord, très exactement. Chanteur, guitariste, auteur et compositeur, il est âgé de 63 ans. Ses premiers pas musicaux, il les a accomplis au cours des sixties, au sein de formations de R&B et soul. Il est ensuite emporté par la vague du folklore irlandais qui était alors emmenée par les Dubliners. Il rejoint ensuite un groupe d'irish folk : les Johnstons. Une aventure ponctuée de sept albums! En 1972, il rejoint Planxty ; mais son style n’a pas changé. Sa première œuvre individuelle, il la publie en 1978 : "Welcome here kind stranger". Sculpté dans le folk, cet elpee est très bien accueilli par la critique. Depuis, il a aligné une douzaine d'albums, dont le précédent, "Say what you feel" remontait à 2005.

Ce nouvel opus, il a commencé à l'enregistrer dans son propre studio. Sis dans les faubourgs de Dublin. Fin 2008. Lors des toutes premières sessions, il bossait en compagnie de son batteur, Liam Genockey. Puis, il a invité sa bassiste, Jennifer Maidman, à tracer quelques lignes, à l’aide de son instrument. Paul ajoute alors ses propres interventions : aux guitares, au bouzouki, à la mandoline, aux claviers et percussions. Début 2009, Billy Shanley et Anto Drennan prodiguent leur concours aux grattes électriques et Rod McVey le sien à l’orgue Hammond et à l’accordéon. Paul est un perfectionniste. Il sollicite Jerry Douglass pour enrichir la solution sonore de sa lap steel guitare. Depuis son domicile de Nashville. Puis, il invite Fiachra Trench à réunir un ensemble de cordes. Ce n’est qu’après ce long travail de préparation que Mr. Brady va enfin se consacrer au mixage et à la production. Et en 2010, il publie enfin ce "Hooba Dooba" ; un opus réunissant douze chansons, dont onze compositions personnelles et une reprise du "You won't see me" des Beatles, qui figurait sur "Rubber soul".

"Cry it out" donne le ton. Un titre taillé dans un pop rock de toute bonne facture. Le timbre vocal de Paul est franc et clair. Il est soutenu par des chœurs. La conjugaison de l'orgue Hammond de McVey et du Farfisa de Brady confèrent une coloration particulière à cette ouverture. "Rainbow" baigne au sein d’une atmosphère exotique, chaleureuse. La lap steel de Jerry Douglas et l'accordéon de Rod nous transportent sous des îles ensoleillées. Bien jolie ballade folk, enrichie de chœurs, de cordes et bénéficiant de superbes arrangements, "The price of fame" véhicule des accents country. Bercée par des flots de violons et de violoncelles, "One more today" campe une chanson d'amour bouleversante, empreinte d’une grande intensité. "The winner's ball" change de cap. Une chanson funky soul destinée à la piste de danse. L’elpee recèle encore quelque ‘love songs’ trempées dans le folk. Tout d’abord, "Luck of the draw", une chanson qu'il avait écrite pour Bonnie Raitt. "Mother and son", ensuite. Une plage balisée par le piano et illuminée par l'ensemble de cordes. Et enfin la finale "Living the mystery", une compo au cours de laquelle, son fils Colm est venu souffler timidement dans un harmonica. "Follow that star" est certainement le morceau que je préfère. Il emprunte son profil à vieux blues à peine dépoussiéré. La voix prend de la hauteur, le piano roadhouse s’impose, pendant que la guitare bien sentie s’illustre. "Money to burn" nous replonge dans l’univers de son folklore irlandais. Sa version du "You won't see me" des Fab Four est respectueuse de l’originale. Composée par Lennon et McCartney, cette ballade n'était pas une des chansons les plus connues du célèbre quartet de Liverpool. Son ton devient grave lorsqu’il évoque les guerres légitimées par la religion et la terreur qui en émane, sur "Over the border".

 

Tout semble enfin réussir pour ce jeune auteur/compositeur/guitariste californien. Et le succès est inévitablement au rendez-vous. Le style Harper est le fruit d’une savante fusion entre divers styles : rock, folk, blues, country et même funk et gospel. Son premier elpee, "Welcome to the cruel world", était déjà paru chez Virgin. Et apparemment, Ben semble fidèle à son label. A moins que ce ne soit l’inverse. Et pour cause, les disques de l’artiste se vendent plutôt bien…

Son premier backing band, c'était les Innocent Criminals. Ensemble, ils vont publier un elpee ‘live’, en 2001 : "Live from Mars". Puis un Dvd, également immortalisé en public : "Live at the Apollo". En 2005. Bénéficiant même du concours des stars du gospel, The Blind Boys of Alabama. Fin 2008, il met un terme à sa collaboration avec ces Innocent Criminals. Il fonde aussitôt Relentless7, dont l’esprit est beaucoup plus rock. La nouvelle formule concocte "White lies for dark times", un elpee studio qui paraît en 2009. Relentless7 réunit un trio et pas un septuor. Outre Ben, il implique le guitariste Jason Mozersky, le bassiste Jess Ingalls et le drummer Jordan Richardson.

Pour mettre en forme cette nouvelle œuvre, Harper a de nouveau fait appel à Danny Kalb. Le répertoire reprend presqu’intégralement le tracklisting de "White lies for dark times". Le concert s’ouvre par "Faster slower disappear come around". Nous sommes projetés plus de quarante années en arrière. On se croirait revenu à l’époque de The Cream. Le timbre vocal est proche de celui de Jack Bruce. Le son est dense et intense. L'attaque est franche. Les musicos n’ont pas besoin de rodage. Et dès qu’il en a l’opportunité, c'est-à-dire très rapidement, Mozersky se déchaîne. Il a la rage aux cordes et est constamment à l’offensive. Pourtant, ces jeunes hommes affichent un look ‘bcbg’ : cheveux coupés courts et tenue décontractée. Autre claque de cet elpee : "Number with no name". Ce titre ouvrait le long playing précédent. Harper est assis. Il tient sa guitare à l'horizontale. Il la martyrise à l’aide d’un slide bar qu'il fait glisser le long des cordes. Son delta blues rock est de haute facture. Jason prend le relais et s’éclate à son tour. Il nous entraîne au cœur d’un voyage psychédélique. L’intensité est à son paroxysme. Relentless7 nous a pris à la gorge et n'est pas prêt de relâcher son étreinte. "Shimmer & shine" est emporté par une dynamique carrément punk. Une sauvagerie qui renvoie presque les Stooges d'Iggy Pop chez les enfants de chœur. Quoique un rien plus mélodique, "Lay there & hate me" demeure aussi vivifiant. La voix soul, claire de Harper est splendide. Les guitares sont toujours susceptibles de rugir. A l’instar de "Why must you always dress in black", une compo qui semble issue des collines du Nord du Mississippi. Les cordes rappliquent au grand galop. Elles sont bientôt suivies par celles, plus épaisses, de la basse de Jess, qui mettent le nez à la fenêtre. Ben laisse hurler la slide. Le son est métallique comme ce n’est pas possible. Elle agonise, mais ne meurt jamais. Le "Red house" de Jimi Hendrix constitue la première reprise. Un blues lent très électrique, au sein duquel il inocule énormément de vibrations. Une leçon d'efficacité à la slide. Enfin un moment de répit ; une ballade apaisante intitulée "Another lonely day". Harper susurre ses mots. Tant de douceur est plutôt surprenant, après un tel début de set. Et embraie par le tendre "Skin thin", au cours duquel il s'accompagne à la guitare acoustique à douze cordes. Il chante encore une dernière ballade, "Fly one time". Passionnément. Une superbe compo qui marque le retour des guitares. Les deux gratteurs raniment la flamme sur "Keep it together". Les riffs sont denses et puissants, mais le tempo est lent, autorisant des périodes d’accalmie. Il est vrai que cette plage s’étale sur près de 12’. "Boots like these" lorgne vers le Led Zeppelin, mais la voix de Harper est radicalement différente de celle de Robert Plant. La deuxième reprise est consacrée à "Under pressure" du Queen de Freddy Mercury. Un titre sur lequel, Ben réalise une nouvelle performance vocale. Le concert s’achève par l’excellent "Up to you now". Nombreux et enthousiaste, le public sollicite un rappel. Pour gouverne, nous sommes le 12 août 2009. Dans le cadre de la trentième édition du Montreal Jazz Festival. Il aura droit d’abord à une ballade empreinte de délicatesse : "Faithfully remain". Puis à une longue version de "Serve your soul", un titre qui figurait sur "Both sides of the gun". Imprimé sur un mid tempo, ce blues rocker est le théâtre d’une nouvelle orgie de cordes ; Mozersky y brille de mille feux avant de laisser sa gratte émettre ses derniers cris. Cet excellent concert tient en haleine pendant plus d'une heure et demie.

Et le Dvd est la réplique du Cd. Il est cependant enrichi de deux bonus tracks : "Skin thin" et "Fly one time".

 

mardi, 27 juillet 2010 22:12

Joined at the Hip

Les bluesmen de la première génération sont presque tous disparus. Et pourtant il en reste un qui passe avec un réel bonheur, à travers les âges et générations : Joseph William Perkins. Il est né le 7 juillet 1913 à Belzoni, dans le Mississippi. Il a donc 97 balais et reste fidèle au poste, derrière les 88 touches en ivoire de son instrument. Ce grand spécialiste du blues et du boogie woogie s'était fait largement connaître en succédant, dès 1969, à Otis Spann, au poste de pianiste du Muddy Waters Band. Il est largement sexagénaire lorsqu'il publie son premier album solo. En fréquentant Muddy Waters, il rencontre le drummer Willie ‘Big Eyes’ Smith, en compagnie duquel il fondera plus tard le Legendary Blues Band. Depuis 2004, il vit à Austin, au Texas. Perkins avait déjà sorti sur Telarc, "Pinetop Perkins and friends" en 2008. Un œuvre pour laquelle il avait reçu la collaboration de BB King, Eric Clapton et Jimmie Vaughan.

Le Perkins nouveau implique son ami Big Eyes Smith, au chant et à l’harmonica, son fiston Kenny Smith aux drums, Bob Stroger à la basse, John Primer (un autre ancien membre du Muddy Waters Band) ainsi que le jeune et prometteur Little Frank Krakowski, aux guitares.

La mise en route est parfaite. Un solide Chicago shuffle intitulé "Grown up to be a boy". Une plage introduite par l'harmonica de Smith. Maître Perkins est bien fidèle au piano. Il est le premier à se réserver un billet de sortie. La guitare de Little Frank ouvre le "Cut that out" de John Lee Sonny Boy Williamson 1. Le tempo est assez vif. Le vieux Pinetop répond au chant de Big Eyes, tandis que les accords de gratte adoptent un profil jazz plutôt remarquable. Le vieil artiste semble s'amuser comme un gamin derrière ses ivoires. Et dire qu’il fait partie de ces pionniers originaires du Mississippi, qui sont montés dans le Nord pour gagner leur croûte. Atterrissant à Chicago, après avoir transité par Memphis et St Louis. Les musicos nous invitent à prendre un bain de Chicago Southside, en exécutant "Take your eyes off my woman". Proches ici de "Got my mojo working" et d’"I can't be satisfied", ils nous rappellent les meilleurs jours du Muddy Waters Band. Et la suite rencontre un même ravissement. A l’instar de "Walkin' down the highway", un blues lent au cours duquel Pinetop réincarne Otis Spann, Willie Smith enfile le costume de Little Walter alors que l'ami John Primer a ramené ses cordes. Smith est un excellent musicien. Et le démontre en soufflant comme Sonny Boy Williamson, lorsqu’il introduit "Gamblin' blues". Encore une plage de toute bonne facture. Nouveau blues lent, "Take my hand, Precious love" est dépouillé à l'extrême. Un remarquable dialogue s’instaure entre le piano et l'harmonica, pendant que le vieil homme se charge du chant, en personne. Toute l’équipe semble heureuse de partager ces instants privilégiés en studio. Un sentiment illustré sur "You'd better slow down", une compo au cours de laquelle, elle participe collectivement aux vocaux. Instrumental, "Minor blues" met en exergue le talent de Big Eyes Smith sur l'instrument chromatique. Le timbre de Smith est empreint de passion tout au long de l’indolent "Lord, lord, lord", une plage au cours de laquelle Little Frank joue tout en feeling (NDR : à mon humble avis, il serait judicieux de ne pas manquer la prochaine sortie du premier album de Little Frank & the Premiers). La voix de Pinetop est bouleversante lorsqu’il interprète "Grindin' man", un autre slow blues aux lyrics autobiographiques. D’excellente facture, cet opus s’achève par un véritable brûlot : la cover du "Eyesight to the blind" de Sonny Boy Williamson 2. Pinetop rêve de devenir le premier pionnier du blues à fêter son centenaire. C'est tout le mal qu’on lui souhaite. D’abord, parce qu’il se révèle toujours aussi sémillant ; en outre, à cause de sa générosité. Le vieil homme a ainsi fonder la Pinetop Perkins Foundation pour aider les jeunes artistes blues. Et pour que votre info soit compète, sachez, qu’en août prochain, se déroulera un piano masterclass, au club Ground Zero, à Clarcksdale (NDR : c’est dans le Mississippi !)

mardi, 27 juillet 2010 21:52

Smokin' joint Volume Two

Le premier opus live solo de Kim Wilson s’intitulait "Smokin' joint". Publié en 2001, sa pochette était illustrée par une paire de chaussures fumantes. L’album réunissait des enregistrements live opérés en deux endroits différents. Tout d’abord, au Rhythm Room (NDR : c’est à Phoenix, en Arizona), cher à Bob Corritone. Puis au Café Boogaloo d’Hermosa Beach, à deux pas de Los Angeles. Ce nouvel elpee n’a été publié qu’en tirage limité. Il a été baptisé "Smokin' joint Volume 2". Et pour cause, il immortalise la suite des sessions ‘live’ accordée au Rhythm Room. Au cours desquelles avaient participé quelques fabuleux musiciens, dont Larry Taylor, Richard Innes, Rusty Zinn et Billy Flynn.

La même paire de chaussures fumantes est reproduite sur la pochette. Kim Wilson se sent chez lui à Phoenix. Il est relax et manifeste une belle assurance. Il s’avance vers le micro et balance au public, un ‘How do you feel tonight ?’ La guitare de Rusty Zinn embraye aussitôt pour attaquer "Same old blues". Ce Blues avec un grand ‘B’, l’équipe va le célébrer pendant une bonne heure. En y manifestant de la bonne humeur tout en y répandant d’excellentes vibrations. Au cours de cette compo, la contrebasse acoustique de Larry Taylor se distingue. Kim sort de sa cartouchière un harmonica et démarre sans attendre, une assez longue introduction à "Take a little walk with me". Le tempo est paresseux. La ligne mélodique ressemble étrangement au célèbre "Sweet home Chicago". Le rythme s'accélère sensiblement lors du "Hands outa my pocket" de Sonny Boy Williamson. Un schéma que n'aurait pas renié Mr Jimmy Reed. Kim est en très grande forme. Il souffle généreusement dans son harmo et étale toute l’amplitude de son registre, face au groove dispensé par le maître percussionniste Dick Innes, le vétéran du Hollywood Fats Band. La progression rythmique s'intensifie encore. Et en particulier sur "I'm leavin' you". J’ignore si c’est Rusty ou Billy qui est responsable de la sortie de cordes, mais elle est remarquable. Un crescendo qui conjugue intensité et finesse. Changement de climat lors du "Learn to treat me right" des Fabulous Thunderbirds. A cause des sonorités trempées dans le delta du Mississippi, des accents métalliques de la guitare et des interventions à l’harmo, subtiles, brèves, mais tellement efficaces. Le Kim Wilson Blues Review met le cap sur la cité des vents (NDR : oui, oui, Chicago). A la slide, Billy Flynn jouit d’une expérience certaine. Il concède un riff cher à Elmore James avant de s'embarquer dans "Blue eyed baby". Ses interventions constituent autant de coups de griffes. Kim souffle à la manière de Sonny Boy Williamson II. Nonobstant leur prestige, les collaborateurs manifestent une cohésion stupéfiante. Ce qui n’empêche pas les solistes de prendre leur billet de sortie, à tour de rôle. Et pour cause, ils sont conscients de la capacité des autres musicos, à assurer les arrières. A l’instar de "Date bait", dont l’envol au cordes rejoint la cinquième étoile. Slow blues royal, "Please come back to me" est empreint d’une grande sensibilité. Chicago shuffle, "Born (eyesight to the) blind" est absolument superbe. Sans surprise, Kim se révèle, derechef, disciple de Sonny Boy. Excellent texas blues, "Please don't leave me" trahit un aspect T-Birds indéniable. Kim s’y sent comme un poisson dans l'eau! Bourré de swing, "I'm going home" nous embarque dans un West Coast jump, un aventure au cours de laquelle Rusty jouit de toute liberté pour mettre en exergue son propre style. Le Please don't leave" de Fats Domino nous replonge dans l’ambiance louisianaise. Un style tellement apprécié par Kim. Au cours du "Gumbo blues" de Smiley Lewis, Mr Zinn se déchaîne sur ses cordes. Que du bonheur! Les musiciens sont rappelés pour s’engager lors d’un medley final de plus de 10', au cours duquel, ils vont mêler "I hear you knockin" et "Bring it on home". Un conseil ? Précipitez vous sur le site de Bluebeat Music!   

mardi, 27 juillet 2010 21:49

Last train home

A l’instar de nombreux amateurs de blues, j’ai accroché à cette musique à l’écoute des artistes britanniques qui ont écrit de très belles pages de son histoire, il y a déjà plus de quarante ans. Je me souviens toujours d’un épisode vécu au tout début des années 70, au cours duquel après avoir poussé les portes d'une petite salle de concerts, en l’occurrence l'ICA (NDR : c’était sur le Mall, l'artère qui relie Trafalgar Square à Buckingham Palace, au cœur de Londres), j’ai recensé la présence d’une dizaine de spectateurs seulement pour applaudir ce qui était pratiquement le premier concert d'un nouveau groupe : Foghat. Trois des quatre musiciens de la dernière version du Savoy Brown (le leader Kim Simmonds ayant revu totalement sa formule) avaient été rejoints par Rod Price, guitariste issu des Black Cat Bones, groupe guère notoire issu du British Blues Boom, alors à bout de souffle. Ce remarquable concert est resté gravé dans ma mémoire. A cause du talent manifesté par le chanteur/guitariste Lonesome Dave Peverett et puis de Rod Price, une révélation à la slide! Le blues largement teinté de rock et de boogie de Foghat sonnait assez hard, à cause de son amplification. Et il allait rencontrer un très gros succès outre-Atlantique. Le combo a alors commencé à aligner album sur album. A tel point que mon intérêt pour cette formation s’est tempéré au fil du temps. Le band a vécu de nombreuses épreuves douloureuses. Atteint d’un cancer, Dave Peverett est disparu le 7 février 2000. Rod Price avait entretemps quitté le navire. Il avait été remplacé par son ami Bryan Bassett. Rod devait malheureusement perdre la vie, lors d’un accident domestique, le 22 mars 2005. Et pourtant, Foghat continue son parcours sous la direction de son batteur d'origine, Roger Earl ; car le bassiste Tone Stevens, a depuis mis également la clef sous le paillasson. Il a fondé Slowride, en s’inspirant du titre d’un hit de Foghat.

La formation nous propose aujourd’hui un elpee réunissant des canons du blues qui figuraient au répertoire de leurs débuts et même de Savoy Brown. Notez qu'elle avait déjà fait le coup en 1994, en publiant "The return of the boogie men", en compagnie du line up originel. Pour prendre ce dernier train, Roger Earl a reçu le concours du bassiste Jeff Howell (il a milité, autrefois, au sein des Outlaws et de Savoy Brown), ainsi que de Bryan Bassett (NDR : un ex-Molly Hatchett) et Charlie Huhn aux guitares. Charlie en est aussi le chanteur.

Dès les premiers accords de "Born for the road", ça cogne sec. Un hard rockin' blues tout en puissance signé Bassett. Charlie chante à la manière du regretté Lonesome Dave. Les guitares écrasent tout sur leur passage ; et pourtant en fin de plage, le climat s'adoucit quelques peu. En l’occurrence lors de l’intervention au piano de Colin Earl. Invité pour la circonstance, cet ex-Mungo Jerry et King Earl Boogie Band est également le frère de Roger. Foghat reprend alors "Needle & spoon", l'un des meilleurs titres de Savoy Brown que chantait remarquablement Chris Youlden. Cette cover est de très bonne facture. Affolante, la guitare s'inspire du jeu de Kim Simmonds. Foghat attaque le "So many roads" du répertoire d'Otis Rush. Slow blues par excellence, ce titre était particulièrement populaire lors du british blues boom. Une bonne version au cours de laquelle le gratteur de service pète la forme et Earl, préposé au piano, est bien présent. Et ne boudons pas notre plaisir, le résultat est excellent ! Tout comme le titre maître. Du Foghat pur et dur, au cours duquel Bassett se montre très généreux sur sa slide. Il garde le bottleneck au doigt pour aborder le canon d'Elmore James, "Shake your moneymaker". Une reprise très généreuse, semblable à celle du Fleetwood Mac de Jeremy Spencer et Peter Green. Notons également la présence d’un autre invité : Lefty ‘Sugar lips’ Lefkowitz. Drummer de Carolyn Wonderland, il est venu souffler dans son harmo. Superbe blues lent, "It hurts me too" est issu du répertoire de Mr James. Le "Feel so bad" de Chuck Willis figure dans le leur depuis fort longtemps. Ce qui explique la présence de ce morceau sur cet elpee. Une plage caractérisée par une chouette joute entre les deux sixcordistes. "Louisiana blues" est un classique issu de la plume de Muddy Waters. Leur version lorgne vers le Savoy Brown de la fin des sixties. Furieux, "495 boogie" est un boogie qui met en exergue les invités, Colin Earl et Lefty Lefkowitz. Un medley entre le traditionnel "Rollin' & tumblin" et le "You need love" de Willie Dixon est mijoté à la sauce Foghat. La surprise a été réservée en fin d'album. Débarque alors en studio le vieux bluesman de Detroit, Eddie Kirkland. Cet ancien compagnon de John Lee Hooker est aujourd’hui âgé de 86 ans. Eddie chante et joue de la guitare sur deux de ses compositions : "In my drreams" et "Good good day". Le changement de décor sonore est radical. Le rockin' blues a cédé le relais à du blues tout à fait conventionnel et plutôt sérieux. Perso, j'aime beaucoup ce disque…

mardi, 27 juillet 2010 21:44

Gary, Indiana

Au cours des années 80 et 90, Gary Primich a régulièrement tourné au sein des pays scandinaves : la Finlande, la Norvège, la Suède et le Danemark. Il a écumé les clubs et les scènes des grands festivals. Il s’y est d’abord illustré flanqué de son groupe, les Mannish Boys, puis en solo. Au cours de ces périples, il s’est produit en compagnie d’une multitude de formations locales. Auprès desquelles il a cependant dû s’adapter. En 1991, il rejoint le Honey B & The T-Bones (NDR : il s’est d’ailleurs, lié d'amitié au guitariste Esa Kuloniemi ; un personnage qui anime également une émission de blues, à la radio, dans son pays), et participe à la confection de l'album "Maantiekiitäjät". Par la suite, il s’est impliqué régulièrement auprès d’un autre combo du cru notoire : le Wentus Blues Band.

Le label finnois Blue North et la Finnish Blues Society viennent de prendre une excellente initiative : publier cet album hommage en y incluant de nombreuses plages inédites. La composition d’entrée et le final sont signés Kuloniemi. Elles ont été immortalisées en studio, dès 2006. Soit "The hitman", auquel collabore le chanteur rap Jimmie Lawson et "Gary, Indiana", une compo pas vraiment blues, plutôt étrange, flirtant avec la programmation électronique. Esa se charge des guitares, Gary, de l'harmo bien entendu, et Timo Hietala, des claviers.

La bonne surprise nous vient de son épisode vécu chez le Wentus Blues Band. On y recense sept titres étalés sur près de 40'. Ils ont été accordés au Cantina West de Helsinki, le 1er mars 2002. Originaire de Kokkola (NDR : c’est au beau milieu de la Finlande), le Wentus BB est drivé par Niko Riippa et Kim Vikman. La formation est née en 1986 et compte sept elpees à son actif. Lors de leur cinquième, "Family album", publié en 2004, elle avait reçu le concours de toute une série d’invités prestigieux, dont Kim Wilson, Omar Dykes, Gary Primich déjà, Carey Bell, Louisiana Red et Eddie Kirkland. Pour leur sixième, "Live in Helsinki", gravé l'année suivante, Phil Guy s’était improvisé frontman. Et sur leur dernier, "Family meeting" (NDR : encore un live !), la liste de guests épinglait notamment Omar Dykes, Kim Wilson et Mick Taylor.

Mais revenons à son aventure vécue auprès du WBB. Gary est au sommet de son art. Sa cover du "Hillbilly blues" d'Eddie Clearwater est nerveuse. Les musiciens du Wentus sont excellents. Sa version du "Sadie" de Hound Dog Taylor est superbe. Elle est imprimée sur le tempo du "Help me" de Sonny Boy Williamson et en emprunte même le riff. Le style de Gary est authentique, raffiné, très personnel. Il agrège blues, rock, country. Son interprétation est bouleversante. Sa voix harmonieuse. Et il le démontre à nouveau sur le pur rock’n’roll "Down the road I go", une compo issue de la plume de Smiley Lewis. Le "Real gone lover" de Dave Bartholomew trempe dans le swing louisianais. Les gratteurs s’y révèlent en pleine démonstration. Gary visite toujours la Louisiane lorsqu’il aborde le "Think it over" de Joe Barry, un swamp blues indolent. Si "Goodbye little girl" se révèle d’excellente facture, son "Company man" constitue certainement sa meilleure composition. Saluons cette excellente initiative prise par Blue North de nous réserver une telle tranche de concert.

Les quatre plages suivantes sont extraites de "Mantiekiitäjät", dont question dans le premier paragraphe. Honey B and the T-Bones est un combo piloté par la chanteuse/bassiste Aija ‘Honey B’ Puurtinen et Mr Kuloniemi. De cet elpee ont été extraits le "Hustler" de John Juke Logan, "The girl that radiates that charm" (NDR : une compo souvent reprise au cours des dernières années), "Number nine train" et un medley accordé en ‘live’ à Helsinki, en 1991 : "Been around the world"/"My back scratcher". C'est dingue comme cet assemblage sonne plus texan que nature, parfois même très très T-Birds ! Un bel hommage rendu à Primich. Rest in peace, Gary!

 

mardi, 27 juillet 2010 21:43

Back in style

Originaire de New York City, Tad est compositeur/chanteur/harmoniciste. Outre-Atlantique, sa voix est considérée comme un petit bijou national. Otis Clay, l'un des seigneurs du soul blues a déclaré qu'à sa mort, il aurait sa place réservée au paradis de la soul! Il y a longtemps qu’il sévit sur la scène de Chicago. Ses débuts, il les a accomplis au sein de la formation blues rock, Big Shoulders. Chez Dave Specter and The Bluebirds, il en est le frontman. Et participe à la confection de leur elpee, "Blueplicity". Tad est ensuite signé par le célèbre label local Delmark. En 1995, il grave "One to infinity" puis "Live in Europe", en compagnie du guitariste Dave Specter. Il publie "Last go round" en 1998. Avant de rejoindre l’écurie Severn, où il sévit toujours. Depuis, il a souvent fait équipe avec Alex Schultz (NDR : issu de la West Coast, ce guitariste notoire a milité chez le William Clarke Band et les Mighty Flyers), et notamment en 2005, lors de la confection de "Think about it", de ce partenaire. En solo, il est également responsable de "Did you ever wonder", paru en 2004 et "A new point of view", en 2007. Il a été nominé à plusieurs reprises comme artiste ou pour l’album de soul blues de l'année. On le compare souvent à d'autres blancs du style ; et en particulier Darrell Nulisch ainsi que Curtis Salgado.

A 54 balais, il nous revient donc pour un nouvel opus. Il est soutenu par son équipe de base : le bassiste Steve Gomes, le drummer Robb Stupka, le claviériste Kevin Anker et son grand ami Alex Schultz, à la guitare. De nombreux invités se sont joints à la fête. Notamment des cuivres et des choristes.

"Rained all night" nous entraîne au cœur d’un univers empreint de douceur et de passion. Une compo à la jolie mélodie issue de la plume de son bassiste Gomes. Face à l'orgue Hammond d'Anker et les cordes discrètes d'Alex, la voix de Tad est bien mise en exergue. "Full attention blues" constitue la plage qui me botte le plus. C’est aussi certainement la plus spécifiquement blues. Une plage introduite par l'harmonica de Tad (NDR : il ne faut pas oublier qu’il est également un souffleur raffiné, citant volontiers Big Walter Horton, Sonny Boy Williamson, Junior Wells et James Cotton, parmi ses références). Alex lui donne la réplique et se réserve une sortie parcimonieuse aux cordes. Exquis ! La plus belle mélodie est incontestablement rencontrée tout au long de la reprise du "You name it I've had it" de Clarence Shields. La voix est pure, lumineuse. Les chœurs féminins et le front de cuivres lui donnent la réplique. La tonalité grave de l'orgue ne fait que souligner la richesse et la profondeur de la voix. Les jolies ballades soul se succèdent : "On and on", "I'm in good", "Just out of my reach", au cours duquel Mr Schultz se révèle très économe mais tellement efficace à la gratte, ainsi que "Half smile", caractérisé par ses chœurs féminins. Benji Porecki se consacre à l’orgue Hammond tout au long de "Sunday morning woman", et il tire parfaitement son épingle du jeu pendant qu’Alex et Dan Hovey (NDR : le leader du groupe de blues psychédélique GHZ) se partagent les cordes. Un feeling que l’on retrouve lors de la finale, "Get back in love". "Turn to the music" véhicule des tonalités jazz bien ciselées. Les cuivres sont à l'avant-plan. Kevin Anker manifeste une grande versatilité sur les touches de son piano électrique Fender Rhodes. Je recommande chaudement cet album aux amateurs de soul blues.   

 

mardi, 20 juillet 2010 02:00

Too hot

Il y a deux ans, Shawn a signé chez Feelin' Good Productions, une boîte italienne dirigée par le Transalpin Tano Ro. Le label avait déjà publié "Moovin' and groovin", une compilation consacrée aux quatre premiers albums de Pittman. Lors de sa 10ème tournée accomplie outre-Atlantique (NDR : c’était en novembre 2009), le jeune Texan comptabilisait 18 dates de concerts en 19 jours. Il lui restait une seule date de libre. Au cours de laquelle il s’est rendu aux studios Electric Honey. Après 4 heures de travail acharné, il avait mis en boîte ce "To hot".

L’elpee réunit quinze plages dont une majorité de reprises. Shawn est soutenu par son backing band de tournée. Ils sont tous de nationalité italienne : Martin Iotti à la basse et Emanuel Zamperini aux drums. En outre, il a invité l’harmoniciste Max Lugli, le leader des Helltones qui participe à plusieurs compos. La voix de Pittman diffère très fort de ce qu’il nous propose en studio. Elle est très certainement fatiguée par l’accumulation de prestations concentrée sur une brève période. Le tempo s’avère, en général, plutôt uniforme, même si on y recèle davantage de morceaux rapides.

La plage d'ouverture est royale. Une reprise du "How many more years" de Howlin' Wolf. Le concours de Lugli à la musique à bouche est déterminant. Ses interventions sont versatiles. L'offensive est lancée. Imprimé sur un tempo vivace, "Secret weapon" véhicule des accents louisianais. Surtout au niveau du chant… qui me fait penser à Lazy Lester. Aussi, on n’est pas trop surpris lorsqu’il adapte aussitôt son "The same thing could happen to you". Le rythme est implacable. Les cordes vocales sont épuisées, corrodées. Mais l’organe est idéal reprendre cette chanson issue des swamps. Pittman appuie sur le champignon pour attaquer le classique de Larry Williams, "Slow down". Du pur rock'n'roll. Idéal pour se déhancher devant les planches. Pas de répit, puisqu’il embraie par "Geronimo rock", un boogie rock issu de la plume de Jerry McCain. Sans transition, il aborde "Next door neighbor". Max Lugli opère son retour à ses côtés. Une intervention au cours de laquelle, le souffleur de Reggio étale toutes les facettes de son talent. La machine est en surrégime. Et persiste dans son emballement sur l’instrumental très rythmique, "Lookin' good". Place ensuite au hit texan "My love is here to stay", une compo signée Anson Funderburgh/Sam Myers. Shawn incarne le rôle d'Anson. Max celui du regretté Myers. L’adaptation du "Can't stand to see you go" de Jimmy Reed nous replonge en Louisiane, un morceau au cours duquel Mr Lugli souffle dans les aigus avec un réel bonheur. Pittman nous réserve encore quelques shuffles fricotés à la sauce texane : "Play a little while", "Business man" et le "Where you get your sugar from" d’Eddie Kirkland. Pittman parvient quand même à changer quelque peu de registre. Notamment en sculptant dans le funk "Burnin' up", titre maître de son elpee publié en 98, et le "Reap what you sow" de Mance Lipscomb. La sortie est aussi royale que l'entrée. Il s’agit du titre maître. Une compo écrite par Jerry Mc Cain, un fabuleux harmoniciste né en 1930. Et inévitablement, Max Lugli participe à cette version remarquable. La brûlure ne dure que trois bonnes minutes. Mais elle est intense. 

mardi, 20 juillet 2010 02:00

Undeniable

« Undeniable » constitue le dernier elpee de Shawn Pittman. Autoproduit, c’est son huitième destiné au marché américain. Et il a été enregistré aux States. Aux studios Wire Recordings, à Austin. Shawn est soutenue par Pat Schramm à la basse et à la guitare rythmique ainsi que du drummer notoire des T-Birds, Jason Moeller (T-Birds). Le titre de l’elpee est lourd de signification : la musique reproduite sur cet opus baigne dans le texas blues. Et elle est basique, sans la moindre fioriture. Et émane de tout ce qui touche à Pittman. Ou que Pittman touche : sa guitare, son ampli, ses doigts, ses compos…

"Hard to hold on" ouvre l’elpee dans ce style texan, décrit dans le premier paragraphe. Les notes dispensées par Shawn sont parcimonieuses, mais franches et directes. Et le résultat est excellent. Shuffle classique, "Young girl" semble émaner en ligne droite du chaudron d'Austin. Pittman est uniquement épaulé par sa section rythmique. Il chante son couplet avant de rapidement s’évader aux cordes. Son exercice de style, il l’accomplit sans filet. Et il s’en sort impeccablement. Il récidive tout au long de "Change of heart". La voix de Shawn n’est gère assurée, mais elle tient la route. Dès qu’elles en ont l’opportunité, les cordes prennent le large. "Who's your man" est imprimé sur un tempo extrêmement rapide. Un boogie blues converti en rock'n'roll furieux. Pat Schramm assure une rythmique implacable ; ce qui permet au leader de se divertir à souhait. Très offensif, "The hard way" est un autre shuffle. Les musiciens montent en puissance. Leur pouvoir de séduction progresse, mais dans la mélodie. Blues lent, "Somebody please" transpire le vécu. Une compo troublante, brûlante, au cours de laquelle l'artiste baigne dans son élément. Son timbre a retrouvé tout son aplomb. La section rythmique est sur le velours. Elle n'a plus qu'à porter le leader qui atteint alors le sommet de son art. Superbe! "Righteous woman", la plus longue plage de l'opus, s'étire paresseusement. Pas d’effervescence, mais une incontestable efficacité. Le rythme décélère encore tout au long de "Sucker for love". Shawn sort le grand jeu et nous livre un solo d'une pureté inouïe. Mr Pittman est passé derrière le piano lors du boogie woogie instrumental "Blues for Juanita". Et il tire parfaitement son épingle du jeu. Slow blues, "Mindin' my own business" navigue sur le delta du long fleuve tranquille. La guitare concède des accents métalliques. Très sonore, amplifiée, la basse de Pat établit l'assise nécessaire pour accomplir ce type d'exercice de style. L'album s’achève par un excellent instrumental : "Lookin' good", un boogie shuffle très dynamique. La guitare nous prend à la gorge et ne nous délivre de son étreinte qu'à la toute dernière note.

mardi, 13 juillet 2010 02:00

Have blues will travel

Suite du périple de notre duo de guitaristes black & white. Joe Kubek, le blanc et le Bnois King, le (chanteur) noir. Les douze plages de ce nouvel elpee ont été intégralement composées par le tandem. Quel chemin parcouru, lorsqu’on sait que leur tout premier opus, publié en 1981, recelait douze reprises.

Si Kubek a autrefois milité au sein du backing band de Freddie King, comme second gratteur, c’est depuis 1980 qu’il partage ses aventures musicales, en compagnie de Bnois King (NDR : il est né en Louisiane). Une coopération ponctuée d’une quinzaine d'albums, parus chez Bullseye et Blind Pig et, depuis "Blood brothers", concocté en 2008, sur le prestigieux label Alligator. La pochette est très évocatrice : les deux hommes sont sur la route, les guitares dans le dos, en imaginant déjà de nouveaux épisodes.

La plage éponyme ouvre l’opus. Un morceau puissant imprimé sur un tempo boogie. Les guitares crépitent. Un service gagnant! Soutenues par une section rythmique d'acier, constituée du bassiste John Morris et du percussionniste Adrian Marchi, les douze cordes se conjuguent à la perfection. Joe est intenable, sa slide rugit de bonheur. "Got you out of my blood" baigne dans du R&B pur funk. Le timbre de Bnois est velouté. Il est dans son élément de prédilection. Les cordes de son partenaire sont agressives. Elles inoculent une coloration rock à la compo. King semble ravi lui accorder une réplique dans le style si cher à Albert King. Un modèle de feeling et d'efficacité. Pas le temps de récupérer et "Out of body, out of mind" nous prend à la gorge. Le rythme reste toujours aussi sémillant. Les deux guitares se muent en rythmique et ne laissent guère de place aux espaces vides. Joe le fumeur torture ses cordes. Echanges à couteaux tirés et grattes agonisantes : le southern rock dans toute sa splendeur ! "RU4 Real?" campe enfin le blues lent de circonstance. Un morceau bouleversant de sensibilité au cours duquel Kubek pince ses cordes à la limite de la rupture. Du bon, du vrai blues brûlant! Joe martyrise ses cordes à l’aide de son bottleneck sur "Payday America". Encore un titre pour la route. Bnois injecte toute sa passion, toute sa flamme dans sa voix pour attaquer "Shadows in the dark", une ballade blues au cours de laquelle les guitares sont insatiables, mais toujours remarquables. "My space up yours" trempe dans le texas blues le plus pur. Une plage bien rythmée, plus conventionnelle, mais moins rock que la plupart des autres de l’elpee. Ce qui n’empêche pas les interventions de Kubek de demeurer aussi redoutables. "Sleeping with one eye open" se couvre également d’accents blues. Mais sans jamais susciter la moindre sensation d’ennui. Autre ballade, "Wishful thinkking" est illuminé par une superbe mélodie. La voix de Bnois est conquérante et la slide de Joe majestueuse. Certainement un des meilleurs opus de ce duo, qui a bénéficié du concours du boss d’Alligator en personne, à la production.