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La fuite d’Ellside

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mardi, 04 mai 2010 02:00

The Fabulous Thunderbirds

Plus de trente années que la formation texane roule sa bosse sur les routes du blues. Et au cours de cette longue existence, elle a enregistré le séjour d’une multitude de musiciens talentueux. Dont, bien sûr, Jimmie Vaughan. Membre fondateur et guitariste. Et puis des tas de sections rythmiques. Aussi talentueuses les unes que les autres. Mais du line up originel, il ne reste plus que le chanteur/harmoniciste mythique Kim Wilson. Pourtant, il a embrassé, en parallèle, une carrière solo. Mais son projet immortel demeure les T-Birds. Au sein du line up actuel, militent les guitaristes Johnny Moeller et Mike Keller, le bassiste Randy Bermudes et le drummer Jay Moeller. Ils ont tous un peu moins de 40 balais, alors que le toujours jeune Kim en fêtera bientôt soixante.

Enregistré aux studios Churchhouse d'Austin, en 2009, "Fab T-Birds" constitue bien le dernier elpee concocté par Kim. Mais il n’est disponible que lors des concerts accordés par le combo.

L'attaque pratiquée sur "Satisfied" est assez brutale. A cause des deux guitares texanes largement amplifiées ; pourtant, la voix chaleureuse et si caractéristique de Kim reprend rapidement le dessus, tout au long de ce R&B bien entraînant. Très rythmiques, les cordes impriment une cadence infernale. Elles sont appuyées par les percussions franches et précises du cadet des Moeller. Le tempo ralentit pour aborder "I'll be around". Les guitares restent bien à l'avant. Des effets de réverbération communiquent une coloration bayou, mais également lugubre, à l'ensemble. Nerveux, Moeller est prêt à bondir à la première occasion ; mais il est rapidement rejoint par son comparse Keller pour célébrer cette fête des cordes. Un train lancé à vive allure propulse "Take me as I am". La section rythmique est accrocheuse et solide. Les lignes de basse tracées par Bermudes pètent de santé. Soutenues par un orgue, elles vont au combat, alors qu’un chant gospel est conjugué par la voix masculine de Kim Wilson et celle, féminine, de Miss Lavelle White. Superbe ballade lente, "Do you know who I am" est remarquablement chanté par Kim. Une compo dont les lyrics soulèvent la question de l’intégration. Il raconte l’histoire d’un homme considéré comme un étranger au sein de son propre quartier, à New Orleans. Alimentée par l'orgue Hammond de David Boyle ou d’Anthony Farrell, cette chanson interpelle. "Payback time" s’ébroue dans une ambiance très roots, proche du blues du Delta. Nous somme précipités dans l’univers quintessentiel des T-Birds. Kim sort enfin son harmo de sa poche et se met à souffler. Un véritable régal ! Il a d’ailleurs conservé toute la puissance de son souffle. La machine à rythme reprend le dessus et monte progressivement en puissance, tout au long de la cover du "Love the way you love" d'O.V Wright. Kim chante à la manière d’un James Brown au sommet de sa forme. Miss White le seconde. Les cordes entament un véritable ballet. Funk et groove envahissent "Got to bring it with you". Shuffle texan de toute bonne facture, "Baby I love you" est partagé entre les plus grands spécialistes du style ; et bien entendu, la musique à bouche revient à l’avant-plan. Signé Randy Bermudes, "Runnin' from the blues" est un superbe R&B dont la ligne mélodique imparable est soulignée par un orgue Hammond. Autre R&B, mais comme Mr Wilson l’affectionne, "Hold me" est investi par des guitares classieuses et incisives. D’excellente facture, cet elpee s’achève par une cover saignante du "Cat squirrell" de Doctor Ross. Une interprétation sauvage, plus que probablement opérée ‘live’, mais en studio, caractérisée par des interventions très offensives à l’harmo et un Jay qui cogne dur sur ses fûts.

Plusieurs extraits sont en écoute sur la page MySpace du groupe. Un site sur lequel plusieurs clips vidéo sont également visibles. Les T-Birds sont annoncés en Belgique pour le début du mois de juillet. Mais leurs nombreux fans se demandent si cet opus, sortira un jour sous une version physique officielle…

 

mardi, 13 avril 2010 02:00

My turn

La carrière de ce jeune guitariste afro-américain est assez extraordinaire ; mais ce parcours, il le doit en bonne partie à Randy Chortkoff. Et pour cause, peu de temps après la mise en route des Mannish Boys, c’est-à-dire en 2005, le boss de Delta Groove a engagé Kirk, au sein de son écurie. Originaire de Californie, Fletcher est âgé de 34 ans. Il y a près de 15 ans, il avait été remarqué par Al Blake du Hollywood Fats Band. Ce dernier lui avait présenté Junior Watson et Kim Wilson. De bonnes rencontres assurément ! Dans un passé plus récent, il a milité au sein du backing group de Charlie Musselwhite, lors des tournées du natif de Kosciusko. Il y est resté 3 ans. Rien que de solides références pour notre gratteur à la peau d'ébène.

Kirk comptait déjà deux albums à son actif. Publié en 1999 et intitulé "I'm here and I'm gone", son premier elpee avait reçu le concours de Jimmy Morello à la mise en forme. Il était paru chez le label anglais JSP. Son deuxième, "Shades of blue", remonte à 2004. Pour concocter ce troisième opus, Kirk n'a pas fait appel à de grosses pointures pour le soutenir. Il a simplement sollicité son ami Michael Landau, pour le coproduire. Le gratteur californien s’est cependant également investi à la six cordes.

Instrumental, "El Medio stomp" ouvre l’elpee. Fletcher embraie ensuite par le "Found love" de Jimmy Reed. Un blues flemmard, qu’il chante d’un timbre monocorde. L’instrumentation est très cool. Les cordes acoustiques (mandoline, banjo) sont distinctes, mais progressivement la guitare lumineuse de l’artiste se détache de l’ensemble. "Natural anthem" est une autre plage instrumentale. Signée Jesse Edwin Davis, elle est imprimée sur un tempo subtilement funky. Une compo trempée dans le roots rock et parcourue par la slide majestueuse de Dave Melton (NDR : ce musicien appartient au cercle d'amis proche de Kirk et de Landau). La voix de Fletcher est plus convaincante sur le "Ain't no way" de Jimmy Johnson, un blues dont le tempo enlevé est renforcé par les cuivres. Le titre maître est encore un instrumental. En fait, il ne sert qu’à étaler toute la dextérité du guitariste qui aborde froidement un mélange de rock et de jazz, en le teintant légèrement de psychédélisme. Une plage coécrite en compagnie de ses partenaires ; soit le bassiste Travis Carlton (le fils de Larry), le claviériste Luke Miller et le saxophoniste Paulie Cerra. La reprise du "Congo square" de Sonny Landreth est sans aucun doute une des meilleures compos de l’opus. Les arrangements sont soignés. Le jeu de cordes est chaleureux et inventif. Constituée de Bobby Tsukamoto et Tom Fillman, la section rythmique exerce un rôle essentiel dans le développement technique. Long instrumental atmosphérique, "Way back home" baigne dans le jazz funk. Les interventions aux cordes sont à la fois intenses et chirurgicales. Un morceau issu de la plume du saxophoniste Wilton Felder, le fondateur des Crusaders. Encore un instrumental : "Blues for Antone". Un blues lent signé par le Texan Clifford Antone, le patron du plus célèbre club de blues d'Austin. Cette version lui rend hommage. Sculpté dans le pur funk, "Let me have it all" est une compo issue du répertoire de Sly Stone. Le cri de Kirk est vigoureux. Il décoche au passage une superbe sortie sur les cordes. Mr Fletcher achève cet elpee par son "Continents end". Ses accords de guitares atmosphériques rappellent inévitablement le mythique Jimi Hendrix, une légende adulée par Kirk.

Un album d’excellente facture ! Et pour que votre info soit complète, sachez que Michael Landau devrait publier sous peu un long playing, chez Tone Center. Le disque s’intitulera "Renegade creation" et a bénéficié de la participation de Robben Ford.

 

mardi, 13 avril 2010 02:00

Last train to Bluesville

Cette formation issue de Washington DC pratique le roots blues depuis ses débuts. Soit près de quarante ans ; c’est-à-dire en 1972, très exactement. Mark Wenner en est le fondateur. Un chanteur/harmoniciste dont le corps est couvert de tatouages. C’est également le leader du quartet. Un combo responsable d’un nouvel opus. Acoustique, il est consacré à des covers de compos notoires. Lors des sessions d’enregistrement, l’excellent chanteur/drummer Pete Ragusa était encore à son poste. Mais depuis, il a quitté le navire. Il a été remplacé par Mark Stutso, un musicien qui militait, il y a peu encore, au sein des Drivers de Jimmy Thackery (NDR : pour votre info, sachez qu’il était le premier guitariste des Nighthawks!) Mark est aujourd’hui soutenu par le guitariste Paul Bell et le bassiste Johnny Castle. Les sessions d’enregistrement se sont donc déroulées ‘live’ et sous un format acoustique, au sein des studios de la Radio Satellite Sirius XM, à Washington.

Le disque démarre très fort par une cover du "The chicken and the hawk" de Big Joe Turner. La section rythmique libère énormément de swing. Un swing entretenu par la contrebasse de Johnny et les balais de Pete (NDR : de véritables caresses !) Mais la singularité de cette œuvre procède du jeu quasi manouche de Bell sur ses cordes acoustiques. Mark souffle dans son harmonica Hohner. Il est au sommet de sa forme. Et on sent que les deux musiciens éprouvent beaucoup de plaisir à jouer ensemble. Le "Nineteen years old" de Muddy Waters épouse un même profil. Mark chante comme possédé. Et ses interventions vocales sont convaincantes. Paul injecte beaucoup de passion et d’émotion dans les sonorités de sa National steel resonator. L’adaptation unplugged d’"I'll go crazy" de James Brown est une belle réussite. Le combo au complet participe aux chœurs doowop. L'attaque opérée sur "You don't love me" est directe. Le souffle de Mark réservé à son harmo est clair et impeccable. Un véritable régal ! Un style qui colle indéniablement au swamp blues. Et le "Rainin' in my heart" de Slim Harpo, dont le climat nous pénètre insidieusement, en est une parfaite illustration. La complicité échangée entre Mark Wenner au chant et à l’harmonica ainsi que Paul Bell au bottleneck est propice à la mise en valeur de canons du blues ; et en particulier "Can't be satisfied" et "Rollin' & tumblin'". Et comme tout roule, les Nighthawks osent s’attaquer à du pur rock'n'roll. En l’occurrence au "Thirty days" de Chuck Berry. L’intro du "Mighty long time" de Sonny Boy Williamson est bouleversante. Les sonorités fragiles dispensées par l’harmonica sont balisées par les accès de contrebasse (NDR : imposante !), concédés par Mr Castle. La voix de Mark est empreinte de respect et de réserve. Les six cordes peuvent opérer leur entrée et repasser à l’avant-plan, lors de cette plage destinée aux souffleurs. On épinglera encore un autre hommage réservé au génial harmoniciste, Little Walter, lors d’une adaptation de son "High temperature", enrichie de chœurs doowop. Tous à Ecaussinnes!

 

mardi, 06 avril 2010 02:00

Shake for me

Les Mannish Boys constituent, en quelque sorte, la genèse du label californien Delta Groove. Et pour cause, il a été fondé par Randy Chortkoff, pour lancer la carrière de cette formation. L’écurie, tout comme le groupe, célèbrent donc au même moment leur cinquième anniversaire, ponctuant cet événement par la sortie du cinquième album du band ; un combo qui a été nominé aux Blues Music Awards en 2007, 2008, 2009 et 2010. Excusez du peu! 

Chortkoff est également l'harmoniciste chez les Mannish Boys. Et bien sûr, pour enregistrer ce nouvel opus, le combo a reçu la collaboration de la crème des musiciens blues de Los Angeles, dont le talentueux pianiste Fred Kaplan (Hollywood Blue Flames), qui apporte son concours à la majorité des titres.

L'ouverture est royale. La guitare de Nick Curran ouvre le feu face aux cuivres. Il pète le feu et affiche une classe pas possible ! Mais le son de sa gratte est vraiment pourri. Ce qui n’empêche pas la voix chaleureuse de Finis Tasby de venir se poser délicatement sur cette cover du "Too tired" de Maxwell Davis. Une performance de choix qui se poursuit tout au long du medley "Mona"/"Willie and the Hand jive" (Bo Diddley/Johnny Otis), un morceau imprimé sur le Diddley beat, bien sûr. La section rythmique libère un fameux groove, alors que le chanteur/guitariste maison, Mike Zito, soutenu par Bobby Jones, se charge des parties vocales. "Reconsider baby" est une compo signée Lowell Fulsom. Finis chante ce west coast blues classique, pendant que Goldwasser y apporte ses touches subtiles à la six cordes (NDR : il faut reconnaître que depuis qu’il s’est exilé en Californie, le Français mène une brillante carrière). "Educated ways" est issu de la plume de Chortkoff. Une excellent compo au cours de laquelle il se réserve la slide, mais aussi démontre toute son adresse et sa vivacité au bottleneck, devant les ivoires de Kaplan. "Half ain't been told" campe un duo émouvant entre la voix puissante de Bobby Jones et le piano de l'invité Rob Rio. Figurant au répertoire d'Otis Spann, cette plage rend hommage à l'inoubliable accompagnateur de Muddy Waters. Chanté par Goldwasser, "Number 9 Train" alimente un autre duo. Primaire, primitive même, la slide est talonnée par les percus de Bott qui empruntent le rythme du chemin de fer. "Last night" est un superbe slow écrit par Little Walter, un Chicago blues auquel participent Tasby, Franck et Fletcher aux guitares, et dans le rôle de souffleur, Rod Piazza en personne. Il s’y révèle impeccable ! Le "Hey now" de Ray Charles est interprété à la manière du Genius, par Bobby Jones devant les cuivres et les cordes de Mr Fletcher. La même équipe remet le couvert lors d’une version saignante du "You can't be beat" de Howlin' Wolf. Les arrangements baignent dans le West Coast jump. Le boss se concentre à l’harmo, alors que Kirk et Randy se déchaînent aux cordes. Et la suite ne faiblit jamais. "Black nights" évolue dans un registre proche de BB King. "The bullet" exhale une grande envolée instrumentale. Toute en swing, elle met en exergue des échanges époustouflants entre Fletcher, Nick Curran et le piano boogie woogie de Kaplan. Chortkoff a certainement composé "Those worries", en hommage à George Smith. Empreint d’une grande sensibilité, et caractérisé par la présence de Lynwood Slim sur l'instrument chromatique, ce blues lent est dominé par la voix puissante et graveleuse de Jones. Et on n’est pas au bout de nos (bonnes) surprises. Arthur Adams chante son "Raunchy", un morceau inévitablement funky. Les sonorités de sa guitare sont très spécifiques, un peu comme si l’artiste et l’instrument ne faisait qu’un. Randy en profite pour souffler dans son harmo diatonique. Johnny Dyer n’a pas perdu ses bonnes habitudes. Il assure les vocaux tout au long de "Champagne & reefer", en rendant hommage à son vieux et regretté compagnon Muddy Waters. Mitch Kashmar le soutient à l'harmonica. Bobby Jones interprète encore "You've got bad intentions", à la manière des grands blues shouter. Fletcher s’autorise une nouvelle sortie impériale. Big Pete Vander Pluijm est également de la partie. Et c’est une surprise. Le Batave rend à son tour un hommage. Mais à Lester Butler. Sur "Way down South". La finale. Il chante et souffle énergiquement auprès de Kid Ramos à la guitare et Andy Kaulkin au piano. Un superbe album qui mérite déjà sa place parmi les meilleurs disques de blues, pour l’année 2010…   

 

mardi, 30 mars 2010 02:00

The Sojourners

The Sojourners, c’est avant tout une communauté chrétienne soucieuse de l’équité sociale. Leur crédo se focalise ainsi sur la foi, la justice et la paix. C'est aussi le nom choisi par un trio de chanteurs noirs qui se sont retrouvés, il y a quelques années à Vancouver, pour y enregistrer, sous la houlette du producteur Jim Byrnes.

Marcus Mosely est originaire de Ralls, un petit village texan. Il a chanté dans l'église locale avant que son talent de vocaliste ne soit reconnu dans le monde entier. Ron Small est né à Chicago, mais il a élu domicile au Canada, il y a plus de 50 ans. Il chante le gospel et s'est forgé une réputation dans les clubs jazz de Toronto. Will Sanders lui, nous vient d'Alexandria, en Louisiane. Toute son existence, il a trempé dans le gospel. Dans le style, c'est un véritable passionné. Après avoir accompli leurs sessions auprès de Byrnes, le trio entre en studio. Nous sommes alors en 2007. Et il y concocte "Hold on", un premier elpee. Un disque qui bénéficie du concours de Steve Dawson à la mise en forme.

Et c’est toujours à ce personnage que le groupe fait appel, pour produire cet opus éponyme. Un Dawson qui se charge, en outre, des parties de guitare. Une équipe de collaborateurs talentueux s’est également impliqué pour soutenir notre trio de vocalistes. Dont Mike Kalanj à l'orgue Hammond B3 ainsi que Geoff Hicks et Keith Lowe pour la section rythmique. Et tout ce beau monde participe à la confection d’un univers sonore au sein duquel se mêlent allègrement gospel, doowop, R&B, soul et blues.

Dès l'ouverture, les trois voix entrent en parfaite communion. Gospels, mais fortement teintées de R&B, elles sont balisées par l'orgue Hammond chaleureux, pendant que Dawson apporte une touche contemporaine à ce "Nobody can turn me around". Les cordes cristallines soulignent parfaitement les chœurs, tout au long de "Brother Moses smote the water". Pas étonnant que nos Sojourners citent comme influences, le Golden Gate Quartet, Edwin Hawkins, les Five Blind Boys from Alabama et les Staple Singers. La guitare électrique de Steve occupe une place importante au sein de cette fresque sonore guidée par la passion. Bien en avant, la slide affronte les trois voix sur un "Great day" bien participatif. Le timbre pur de Will Sanders illumine "Another soldier gone" et "When I die", deux douces ballades aux accents country. Cette couleur country est davantage prononcée sur "It's hard to stumble", une plage enrichie par la présence d'une guitare National aux accents métalliques et d'une pedal steel. "Strange man" est imprimé sur un rythme plus rapide, un blues pur et dur, guidé par la voix de Marcus Mosely et vivifié par l'orgue Hammond de Kalanj, en effervescence. Ron Small possède lui aussi un organe remarquable. Son intervention a capella, sur l’intro de "Lead me guide me", est vraiment bouleversante. Dawson communique des accents rock à la cover très réussie du "The neighborhood" de Los Lobos. Caractérisée par de solides échanges entre la slide et le piano électrique, cette chanson constitue un vibrant plaidoyer en faveur des droits civiques et de la justice sociale. Autre reprise : le "Death don't have no mercy" du Reverend Gary Davis. Une version particulièrement réussie, épatante, dominée par le banjo et la lap steel guitare hawaïenne (NDR : à vous flanquer des frissons partout) de Steve Dawson. Dans le style, c’est un excellent album !

 

mardi, 30 mars 2010 02:00

Shake a bone

Benjamin Darvill est né à Winnipeg, au Canada. Il est âgé de 43 ans et a choisi pour pseudo Son of Dave (NDR : on suppose qu’il s’agit du fils de Dave). Au cours des 90’s, il a milité chez les Crash Test Dummies. Il s’est établi à Londres, il y a une dizaine d’années. Il affectionne se produire en solitaire, vêtu d’un costard trois pièces ‘années 50’, une cravate très colorée, parfaitement nouée autour du cou, et coiffé d’un couvre-chef en feutre. Il chante, joue de la guitare, des percus (NDR : modestement !) et de l’harmonica, dans lequel il souffle comme un possédé. Il cite d’ailleurs James Cotton et Sonny Boy Williamson 2 comme maîtres. Il signe une bonne partie de son répertoire, même s’il n’hésite pas reprendre, à sa sauce, d'authentiques canons du blues, à l’instar de "Mannish boy", "Rollin' & tumblin'" ou encore "Crossroads". C’est le producteur Alex McGowan qui l’a découvert. Dès leur première rencontre, McGowan l’invite à entrer en studio ; mais il faudra plusieurs mois avant que Benjamin n’accepte la proposition. Son of Dave aligne alors successivement "02" en 2006 et "03", en 2008. Pour votre info, sachez qu’auparavant, il avait déjà sorti un opus intitulé "01". Sans oublier un long playing publié, avant 2002, sous le patronyme de Wild West Show. Manifestement, Darvill ne se creuse pas trop les méninges pour choisir le titre de ses elpees. Et prend sans doute, pour exemple, la discographie du Led Zeppelin.

Pour concocter ce nouvel album, il a traversé l'Atlantique et s'est rendu à Chicago, sous la houlette de Steve Albini. Une œuvre dont le style, né d’un mélange de blues et de pop, est toujours aussi déjanté. "Rock & roll talent show" ouvre la plaque. Les sonorités déversées par l’harmonica sont nerveuses, saccadées, industrielles. Les percus sont assurés par une boîte à rythmes. Puis une voix frémissante, ample, susceptible de pousser des cris indescriptibles, comme si elle émanait d’outre-tombe, entre en scène. Déjà l’intensité est à son paroxysme et on est proche de l’envoûtement. D’ailleurs, on ne  se rend guère compte que nous venons de glisser vers le titre maître. Une compo imprimée sur le rythme du chemin de fer. Le train est lancé à toute vapeur sur les voies ferrées. Il se rend vers l'Ouest lointain. Il règne sur cette plage un climat de transe permanent, proche de la jouissance. Furtivement, une vision de la Louisiane se dessine, lorsque l’harmo emprunte la sonorité improbable d’un accordéon décharné. La fatigue commence à produire ses effets. "She just danced all night" s’insinue lentement et s’enroule tel un serpent autour d’un arbre frêle. La voix devient soudainement proche. Les percussions campent bien sur leur position. La musique à bouche va et vient. Et pénètre votre subconscient de plus en plus profondément. Le timbre vocal est susceptible d’embraser plusieurs octaves. En cours de périple, on imagine débarquer sur une plage de Kingstown. Et pour cause, la rythmique de "Voodoo doll" emprunte un profil quasi reggae. A cet instant, Robert Plant passe pour un vieux sage. Retour au calme lors de l’indolent "Guilty". Une compo séduisante qui baigne intégralement dans le blues. Tant le chant que les petites phrases instrumentales, destinées à entretenir un climat chaleureux. "Revolution town" est une compo fébrile et spasmodique. Dave est véritablement possédé par sa musique. Et on n’est pas au bout de nos surprises, puisque bien que balisé par un harmonica, "Stiletto" concède une véritable mélodie. "You all but stay" est un autre titre lent. Un blues qui a du vécu. Tout au long de cette plage, il démontre qu’il est capable de créativité. Saturé de techno funk blues, "Ain't nothin' but the blues" relève spécifiquement du concept Son of Dave. "The way we roll 'em" clôt cette œuvre. Un morceau qui nous replonge au sein d’une autre époque. Celle angoissante et oppressive, au cours de laquelle les esclaves noirs trimaient dans les champs de coton. Une œuvre fort originale, concoctée par un personnage très énigmatique…

mardi, 23 mars 2010 01:00

Live Bootleg Cassette Anthology

William est considéré come un des plus grands souffleurs du blues. Un des génies de l'harmonica chromatique, et sans doute le meilleur élève de Georges ‘Harmonica’ Smith ; n'en déplaise à Rod Piazza ! Hélas, son cœur l'a lâché le 3 novembre 1996. Il n'avait que 45 ans. Sa veuve, Jeannette Lodovici semble avoir surmonté l’épreuve de sa disparition ; et une chose et sûre, elle dirige d’une main de maître la carrière posthume (si l'on peut dire) de Clarke, en compagnie de leur fille Gina. Elles nous avaient déjà légués plusieurs brillants témoignages discographiques consacrés à l’artiste, dont un superbe "Live in Germany", "Now that you've gone", "One more again" et deux volumes de "The early years". Sans oublier "My last goodbye", une vidéo lui rendant hommage. La source semble inépuisable, puisque vient de paraître "Live bootleg cassette Anthology". Pas vraiment un bootleg, puisqu’il est édité sur le label Watchdog de Miss Jeannette. Des prises ‘live’, immortalisées sur de modestes enregistreurs à cassette. Ce qui n’empêche pas le charme d’exercer son effet.

Sur les onze plages, huit sont issues d’un concert accordé à San Francisco, en 1991. Les trois dernières de sa toute dernière tournée accomplie 1996. Nous sommes à San Francisco. Bill est planté au milieu de la scène. Comme d’habitude, il est entouré de musiciens brillants : Zach Zunis et Rick Holmstrom aux guitares, Will Brinlee à la basse et Lee Cambell aux drums. Après une brève introduction, il attaque "Walked all night long". Et on entre instantanément au sein du fabuleux univers nocturne de Clarke. Le tempo est vif. William crache déjà des phrases assassines sur son harmo. L'ensemble libère un groove pas possible. Parfaitement huilé, le band peut hausser le rythme. L’attaque perpétrée sur le "Lollipop Mama jam" de Roy Brown est incisive et directe. Cette compo ouvrait "Blowin' like hell", le premier elpee, paru en 1991, chez Alligator. Les cordes de Holmstrom explosent dans un style digne du Hollywood Fats Band au sommet de son art. Ce west coast jump évolue en première division. Les poumons de William sont gonflés à bloc. A cette époque, il pétait encore la santé. Une compo qui atteint un véritable sommet, même si le son n'est pas hi-fi. Et puis tant pis ou tant mieux! Les deux gratteurs conjuguent leurs talents à merveille, tantôt en soliste, tantôt à la rythmique ; mais toujours au service du leader. L'introduction de "Telephone is ringing" est percutante et tonique (NDR : ce titre figurait sur "Groove time", et impliquait Kid Ramos à la guitare!) Mr Clarke entame enfin un blues lent, "Must be jelly", un hommage appuyé à son maître Georges Smith, au cours duquel Bill aligne des notes invraisemblables. Bref mais percutant, "Trying to stretch my money" campe un shuffle californien, un morceau caractérisé par le rôle des guitares rythmiques qui poussent sans cesse leur leader vers l'avant. "Lonesome in my bedroom" est un blues lent. Le type de compo au cours de laquelle Clarke injectait toute sa passion, au point où parfois il était au bord des larmes. Ce cri d'amour et de désespoir est vraiment bouleversant. La fin du concert approche ; et le présentateur le remercie. Mais c’est avec un pincement au cœur que nous écoutons religieusement "Bill's last tune… Goodbye".

Au beau milieu de la plaque, figurent trois plages extraites d'un concert accordé lors de son dernier périple accordé en 96. Paul Bryant se réserve les cordes, Rick Reed la basse et Brian Fahey les drums ; mais seul Mr Clarke se libère comme soliste. Se succèdent ainsi l’émouvant, mais prémonitoire "My last goodbye", un blues lent qui transpire le vécu. Un morceau au cours duquel on a l’impression que l'harmonica chromatique reste collé à ses lèvres. Puis deux plages plus rythmées. "Home is where the heart is" et un "Loose your life", marqué par ce riff à la Bo Diddley, une compo au cours de laquelle le maître s’autorise une sortie remarquable sur son instrument. Un riff signé Paul ‘Pops’ Bryant, c’est-à-dire plus que probablement le dernier guitariste à avoir accompagné Clarke sur la route ; un chemin parcouru depuis la fin 94 jusqu'au 20 octobre 96, à Abilene Texas. Deux semaines plus tard, William quittait ce monde. Repose en paix l'artiste!

 

mardi, 16 mars 2010 01:00

No one rides for free

Les Aces nous viennent de Santa Rosa, en Californie. Une formation née en 2000. Objectif : restituer le caractère primaire et brut du blues, dans l’esprit des juke joints issus des collines du Nord du Mississippi! Le combo a signé chez El Toro, un label espagnol, barcelonais pour être plus précis. Derek Irving en est le guitariste soliste et le frontman. Planté derrière son micro, Sky O'Banion souffle généreusement dans son harmonica. Mike ‘Junk Johnson’ Gutsch assure les percussions. Pour la circonstance, le trio a reçu le concours de deux guitaristes rythmiques : Bob Welsh et Chris Anderson. Ils assurent les parties de basse, un peu à la manière de Brewer Phillips auprès de Hound Dog Taylor. Les Aces composent leur répertoire. Ne les confondez cependant pas avec les Aces, le groupe de blues légendaire chicagolais, impliquant les frères Dave et Louis Myers ainsi que le batteur Fred Below, un ensemble qui avait accompagné brillamment des stars comme Little Walter et Junior Wells.

A première écoute, une référence évidente saute aux oreilles : les Red Devils de Lester Butler, celle de leurs débuts, il y a près de 20 ans. "You're gonna loose" nous donne immédiatement l’eau à la bouche. Implacable, la rythmique met instantanément le feu, à la manière du Jimmie Vaughan de ses débuts, lorsqu’il était flanqué des T-Birds. Les lignes de basse tracées par les six cordes rythmiques forment une ossature idéale! Sky, un colosse de près de deux mètres a certes le souffle puissant, mais ses interventions sont à la fois efficaces et bouleversantes. "Stole something for me" nous entraîne au sein d’un univers sonore proche des Red Devils. Ici également, la rythmique implacable balise l'ensemble. O'Banyon en profite alors pour chanter et souffler comme un possédé dans sa frêle musique à bouche. Il ne lâche jamais prise et sa voix est émouvante. La section rythmique nous invite à participer à un voyage tout au long de "Shed some light on me", un morceau plus Butler que nature. Sky chante à travers son micro astatique. Il prend son public à la gorge et ne relâche plus son étreinte. "Knee deep in mud" ralentit le tempo. L’harmo réverbère des accents fantomatiques. L’aspect lugubre des swamps louisianais remonte à la surface. Cinq bonnes minutes d’effroi, au cours desquelles, seul l'instrument chromatique parvient à communiquer une chaleur bienveillante. "Drinkin' song" macère au sein d’un climat de torpeur. Un blues lent et dépouillé à l'extrême au cours duquel des notes angoissantes s’échappent de l’harmonica. Sky chante tristement et nonchalamment. Derek en remet une couche à cette sinistrose, à l’aide de sa guitare, qui s’est insensiblement mais sûrement installée. La slide de "Need your lovin" nous transporte dans les climats humides du Delta du Mississippi. Les rythmes foisonnent, bouillonnent et sont projetés sur toute la scène. La slide d'Irving est poisseuse, reflet d'un mal de vivre évident. Toujours plongé au sein d’un même climat, Roy souffle frénétiquement dans les aigus lors d’un "Down in the cave" introduit par des notes orientalisées d’un sitar, dont l’âme a probablement été vendue au diable. "Mr Highway man" restitue l'ambiance des trips accomplis par le géant Howlin' Wolf. Et notamment à cause de ce riff inlassablement remis sur le couvert par Derek! La silhouette imposante de Mr O’Banion se profile derrière le shuffle vivifiant et torride "House on the hill". Et pour cause, il y impose son harmonica. "Kanka Kanka" achève cet elpee de toute bonne facture. La rythmique est implacable. L’harmo embrase un dernier brûlot interminable, pendant que les cordes se libèrent dans la braise. Un excellent opus dont la transposition en ‘live’ devrait faire des ravages…

 

mardi, 16 mars 2010 01:00

Live at Jazz à Vienne

Le Bone's Project est une formation établie en France qui pratique un blues funk, considéré comme le meilleur du style de ce côté de l'Atlantique. Boney Field en est le leader. Un trompettiste noir originaire du ghetto de Chicago. Il a côtoyé des maîtres du blues comme Junior Wells, James Cotton, Albert Collins, Buddy Guy et Jimmy Johnson. En 1997, il intègre le backing band de Luther Allison puis de son fils Bernard. Il se plaît au sein de l’hexagone et monte le Bone's Project. Sous ce line up, il aligne plusieurs albums, dont "Hard work" en 1999, "Red wolf" en 2003 et "We play the blues" en 2005. S’il souffle passionnément dans sa trompette, Boney est également auteur, compositeur et chanteur. Il est entouré d'excellents musiciens, originaires de tous les Continents : Sénégalais, Mauritiens, Martiniquais, Italiens, Danois et Français dont sa compagne Nadège Dumas qui se réserve le saxophone.

Ce nouvel opus a été immortalisé au festival Jazz de Vienne (NDR : c’est en France !), le 12 juillet 2008. Un cd audio et un Dvd sont donc consacrés au même concert! Dès "Hang loose", nous pénétrons dans l’univers sonore de Fields. Un funk dansant saturé de groove. Une ouverture caractérisée par le front de cuivres à l’avant-plan. Les interventions des différents musiciens sont bien distinctes. Ils sont tous contaminés par le jazz. Constitué d'Enrico Mattioli aux drums et Mike Armoogum à la basse, la section rythmique est solide. Jerry Leonide s’autorise un premier billet de sortie sur son piano électrique. Il est rapidement suivi par son leader et guitariste Hervé Samb, dont la vitesse d'exécution est impressionnante. Très long, "Late comer" trempe dans un climat R&B offensif, réminiscent de James Brown voire de Tower of Power. Une invitation permanente à s'éclater devant la scène. "Don't call me local" lorgne davantage vers le blues, mais un blues dont les accès de boogie sont alimentés par le piano de Leonide Boney. Le chapon rond coloré, toujours solidement vissé sur le crâne, Boney chante très délicatement l’indolent "Tough pill", un blues à la sauce maison! "Funny how time slips away" est propice à la danse hypnotique. Au saxophone ténor, Nadege démontre toute sa puissance, sa créativité et sa souplesse, une plage pétillante et aventureuse qui embraie sur une ligne rythmique reggae particulièrement allègre. Derrière ses fûts, Enrico nous replonge dans le funk pur et dur. Il est épaulé par Mike dont les accords de basse versatiles sont très caractéristiques. Tout au long de ce "Get up and stand up", Nadège tire une nouvelle fois son épingle du jeu. Et son intervention ne manque pas de punch. Toujours funky, "Live in peace" permet au trombone de mettre le nez à la fenêtre. Et Chabs Chabrele y injecte toute sa passion. Autre long morceau, "Red wolf" est un autre long morceau. La machine à funk est lancée sur rails. Une situation qui permet aux solistes de se mettre en évidence. Très rapide, "Hard work" démontre une nouvelle fois toute la dextérité aux cordes d’Hervé Samb. Cet homme pète la santé ! Ce concert s’achève par "Ain't doing too bad", un morceau au cours duquel Boney présente ses partenaires.

Le Dvd restitue parfaitement les pulsions explosives du band, parfaitement à l’aise sur les planches. Le même concert y est reproduit, mais bénéficie d’un bonus de 40 minutes. Au menu, des interviews accordées par Lucky Peterson, Jean-Jacques Milteau, Bernard Allison et Corey Harris, mais également deux plages supplémentaires : "Your good thing's about to run out" et "Another place in the blues". A l’instar de ses pochettes, la musique de Boney Felds & The Bone's Project est très classe, colorée, pimentée même. Il ne vous reste plus qu’à y goûter ! 

mardi, 16 mars 2010 01:00

I want it all back

Thomas Ruf s'est offert Henry ‘Coco’ Montoya, un guitariste californien dont le mandat accompli auprès des Bluesbreakers de John Mayall est le plus long à ce jour. Et pour cause, il y est resté une dizaine d'années. Il y a partagé, d’ailleurs, le poste de soliste, auprès de Walter Trout et a participé à la confection de sept albums du natif de Macclesfield, pour Ruf. Il a fait ses premiers pas au cours des 70’s, en épaulant Albert Collins, comme drummer. Lorsque Montoya entame une carrière solo, il est signé par Blind Pig, une écurie yankee pour laquelle il va graver "Gotta mind to travel" en 1995, puis "Ya think I'd known better" et "Just let go". En 2000, il passe chez Alligator, la boîte de Bruce Iglauer. Un bel avancement. Il aligne alors "Suspicion", "Can't look back' et enfin "Dirty deal" en 2007.

A cours des derniers mois, il a collaboré, composé et s’est produit en compagnie de Keb Mo et Jeff Paris. Et "I want it all back" constitue le résultat des sessions studio. Keb Mo se réserve la guitare rythmique et Jeff Paris, les claviers. Ont également participé à la confection de cet elpee, le drummer Stephen Ferrone, le bassiste Reggie McBride et le percussionniste Courtney Branch.

L'album s’ouvre par "Hey senorita". La frontière mexicaine n’est pas bien loin. Rythmes latinos et syncopés sont alimentés par les baguettes de Stephen Ferrone et les accords de piano de Jeff Paris. Légères, intrépides, toujours brillantes, les cordes de guitare s'évadent entre chaque couplet. Ballade soul séduisante, le titre maître met en exergue la voix chaleureuse de Coco. Elle semble taillée pour ce style. Jeff le soutient aux chœurs. Evoluant sur un tempo plus lent, "Forever" conserve une coloration soul. Signée Dozier/Holland, cette composition avait été un hit des Marvelettes, pour la Tamla Motown. Coco dispense parcimonieusement ses notes au sein d’un climat fort cool, entretenu par l'orgue Hammond. Ballade légèrement blues rock, "Cry lonely" est issue de la plume de Gary Nicholson (NDR : un folk singer notoire, issu de Nashville). Les interventions vocales de notre Californien sont impeccables. Sa six cordes libère des notes très mélodieuses, empreintes de beaucoup de finesse et de sensibilité. "As close as I have come" est également une compo signée Nicholson, une autre ballade pleine de tendresse. Manifestement, Coco nous avait habitués à plus d’audace. Tout au long de cet elpee, il semble se complaire dans une forme de blues/pop à la Eric Clapton. Et "The life of my broken heart" en est une autre illustration, une ballade écrite par Jeff Paris. Exclusivement et discrètement concentré sur sa seule guitare rythmique, jusqu’alors, Keb Mo offre enfin une réplique vocale chaleureuse. Le "The one of my broken heart" de Smokey Robinson est bien entendu une compo soul. Encore une ballade. C’est au moment où on désespérait qu’on se rend compte que Coco Montoya n’et pas définitivement perdu pour le blues percutant, qui avait fait ses lettres de noblesse. A l’instar de cette bonne réplique du "Fanny Mae" de Buster Brown, une plage qui bénéficie du concours du célèbre tandem Piazza/Alexander. Rod souffle dans son harmo et Honey se charge des ivoires. Coco n'a écrit qu'une seule des onze plages : "Don't go makin' plans". Un trip funky parcouru de cuivres synthétiques! Tout au long de ce long playing, on se rend compte que Montoya a pris des risques en tempérant son expression sonore pour mettre en exergue ses qualités vocales. Ce qui pourrait, je le crains, ne pas trop plaire à ses aficionados de la première heure. En finale Coco et Keb conjuguent leurs voix face au saxo racoleur de Paulie Cerra, lors d’une cover particulièrement réussie du "Somebody's baby" de Jackson Browne. Le produit fini frise la perfection, c’est indéniable. Mais je ne suis guère convaincu du résultat. A l’approche de ses 60 balais, Coco aurait-il pris un coup de vieux ?

Paradoxalement, lors de ses remerciements mentionnés au sein du booklet, il cite ses musiciens de tournée qui l’accompagne pour l’instant ; soit Randy Hayes, Brant Leeper et Nathan Brown. Mais aucun d’entre eux n’a participé à la confection de ce disque… Coco tourne pour l’instant en Europe. Il est ainsi annoncé ce 15 mars au Spirit of 66 de Verviers. Il participe également au nouveau périple organisé par Ruf, "Blues without frontiers", une Blues Caravane partagée en compagnie des chanteuses Meena et Shakura S'Aida..