La manille pour bébé de Panic Shack

Fondé en 2018, Panic Shack eéunit Sarah Harvey, Meg Fretwell, Romi Lawrence, Em Smith et Nick Williams. La formation a décidé de défier l'atmosphère exclusive des scènes indie et punk dominée par les hommes. Sa musique est décrite comme explosive et…

logo_musiczine

La vérité selon RORI

Après avoir marqué les esprits en assurant la première partie de Lana Del Rey, au…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Jean-Claude Mondo

Jean-Claude Mondo

mardi, 22 décembre 2009 19:46

Allen in reverse

Mi-anglais, mi-norvégien, Krissy Matthews est né en mai 1992. Son père, Keith, est également musicien. Et se débrouille tant à la quatre qu’à la six cordes. Mais il détient toujours la nationalité britannique. A  l’âge de 12 ans, soit en 2004, Krissy monte déjà sur les planches du fameux Notodden Blues Festival, en compagnie de John Mayall et ses BluesBreakers. Il crée ensuite son band aux Iles Britanniques, le Krissy's Blues Boys, impliquant son paternel à la seconde gratte. Un an plus tard, la line up est réduit à trio, son papa passant à la basse. Et un premier elpee paraît en 2005 : "Influences". Deux ans plus tard, ils se rendent en Norvège pour concocter leur second long playing : "No age limit", avant de rejoindre la France pour se produire au Blues Autour du Zinc. Janvier 2009, père et fils entrent aux studios Mars de Chesham, en compagnie du bassiste Chris Sharley (NDR : un ex-Mick Clarke Band) et du claviériste Mike Smith. Et y concoctent leur troisième opus, « Allen in reverse »…

La plage éponyme ouvre le disque. Un démarrage en force hanté par l’esprit de Jimi Hendrix. Du rockin' blues plutôt percutant, bien construit, caractérisé par des changements de rythme. Les accords de guitare sont bien sculptés. Krissy adore appuyer sur ses pédales. Sa voix est fluette. Pas étonnant, vu son jeune âge. L'intro de "When times were hard" libère une intensité dramatique. La guitare est très amplifiée, réverbérée, acide. Les sonorités dispensées par les cordes me rappellent Tony McPhee, le gratteur des Groundhogs, à ses débuts  (NDR : c’était, il y a bien longtemps…) Une plage aventureuse, bourrée d’effets ; mais surtout très réussie. Il adapte l’"Iceman" d'Albert Collins sur une rythmique funky. Il reproduit parfaitement le pincement de cordes caractéristique du grand Albert, pendant que l'orgue s’infiltre dans l’ensemble… Très rythmé, "What more could you want – Part 2" permet au talentueux gamin de montrer toute sa dextérité sur le manche. Il chante dans un  registre très rock, plus proche d'un Iggy Pop que du blues. Secondé par la voix féminine de Holly Petrie, Krissy chante à la manière de Mick Jagger, "Last young love", une jolie ballade lente et fort dépouillée. Son intervention à la six cordes est excellente. L'orgue Hammond communique sa chaleur naturelle. Très rock'n'roll, "Lonely on the road" déménage ; un blues rock parcouru par le piano acoustique de Smith. Au sein du tracklisting, "What more could you want – Part 1" est paradoxalement postérieur à la seconde partie. Une version bien plus consistante et ravagée. Krissy souffle judicieusement dans un harmonica pour apporter davantage de densité à son expression sonore. "Girl of yesterday" est un autre rockin' blues. La tonalité des cordes me fait alors penser à un certain Wishbone Ash. Celui de la fin des 60’s, début des seventies. Une époque à laquelle, il excellait dans le style. Récréatif, "Stone cold pizza" nous replonge dans l’univers des Stones, un rock'n'roll balayé par une slide comme à la belle époque marquée par la présence de Mick Taylor. Puissant et très électrique, "The soul will never die" est un slow blues bien ficelé ; une plage écrite pour BB King. Krissy démontre ici que soin doigté est aussi habile que celui de bon nombre de jeunes guitaristes yankees. C’est du côté de la voix, qu’il devrait encore progresser. Il attaque ensuite "Hug you squeeze me", un boogie shuffle signé John Lee Hooker. L’opus s’achève par "World", une ballade légère, mais sans grand intérêt.

 

mardi, 22 décembre 2009 19:44

Outskirt

Chanteur/compositeur/interprète suédois, Daniel Norgren est un artiste talentueux. Pour créer son propre style roots, il mêle ainsi le folk, le blues primaire et le vieux jazz ‘old school’ auquel il ajoute un soupçon de country et de musique populaire. En général, il se produit comme un homme-orchestre. Il chante ou souffle dans un harmonica ou encore un kazoo en s’accompagnant, en même temps, de sa guitare tout en se chargeant des percussions. Il est très populaire chez lui ; mais également, semble-t-il, chez nos voisins néerlandais. Son premier album solo est paru en 2007. Expérimental, "Kerosene dream" lui avait valu d’être comparé à Tom Waits. "Outskirt" est sorti dans son pays en avril 2008. Il fait aujourd’hui l’objet d’une distribution internationale via le label batave (NDR : et très blues !) Cool Buzz! Pour la circonstance, Daniel a reçu le concours d'excellents musiciens locaux. En outre, il signe les quinze pages de cette œuvre.

"Who's knocking" ouvre l’elpee. Une compo captée ‘live’ en studio. Et en une seule prise ! Norgren reconnaît pour influence majeure le blues d'avant-guerre. Celui des pionniers comme Blind Willie Johnson ou Son House. Les percussions sont rudimentaires. Les cordes véhiculent des accents métalliques. La voix de Daniel est mordante, brute. Il me fait un peu penser aux débuts de feu l'Anglais Kevin Coyne. La guitare est torturée. Il tire le maximum de son instrument. Les cordes sont lacérées et gémissent tel un animal blessé. Cette entrée en matière interpelle ; et pourtant elle ne reflète pas exactement le climat entretenu tout au long de cet elpee. D’ailleurs, "Let me go" est une plage plus paisible. Il mêle son blues à du gospel (NDR : un style qu’il apprécie), en balisant sa voix de légers chœurs. "The comedian" nous entraîne dans le monde du jazz, mais un jazz suranné et dépouillé, un tantinet manouche. Autobiographique, ce morceau est enrichi par les sonorités feutrées de la trompette de David Lindroth. Tom Waits n’est pas loin. Daniel se prend pour un matelot errant dans un vieux port (NDR : peut-être celui d’Amsterdam) pour chanter "Prettiest world". Une scie musicale talonne sa voix. Un orgue colore délicatement cette chanson folk mélancolique. Norgren ne respire pas la joie de vivre. C’est même plutôt un type au bord du désespoir. Mais ce désenchantement fait aussi sa personnalité. Un spleen qu’il épanche sur "Purse" et tout au long de "Poor heart's avenue", une ballade dont le profil country est dessiné par sa steel guitare ; ou encore lors de la complainte "Saddle my heart", caractérisée par ses violons larmoyants. Fort heureusement, le blues refait régulièrement surface. A l’instar de l’intense "Fivestringed crooked Red Clara". Si l’harmo transparaît en filigrane, le bottleneck entretient ce climat. Il s’accompagne au piano (NDR : tolérant néanmoins quelques artifices électroniques), pour interpréter "Mean old devil got on". Sa voix est très triste pour chanter cette compo traitant du monde plongé dans le désordre et le chaos. Apaisé, il nous livre une plage de toute beauté : "Before I go". Valse débridée, "No one wants you as you are" conjugue ses cordes électriques et le saxophone loquace de Mats Walson. Et finale, Daniel démontre qu’il a quand même le sens de l’humour. "I couldn’t even grow a moustache for you" est même une plage récréative. Et je dois avouer que c’est même celle qui me botte le plus.

Norgren est un artiste dont la sensibilité à fleur de peau est surprenante. Il peut se montrer paisible un instant et complètement ravagé le suivant. Respecter l’héritage d’un maître du passé ou emprunter un format résolument contemporain. A découvrir de toute urgence !

En 2005, le label Severn éditait une première collection du Chicago Blues Harmonica Project, baptisée "Diamonds in the Rough". Elle présentait six harmonicistes locaux. Quatre années plus tard, l’écurie propose une suite intitulée pour la circonstance "More rare gems", impliquant pas moins de sept souffleurs, tous soutenus par les Chicago Bluesmasters. C’est-à-dire Rick Kreher et Illinois Slim aux guitares, Mark Grumbach au piano, E.G McDaniel à la basse et Twist Turner à la batterie.

La plupart des harmonicistes ne sont gère notoires. Reginald Cooper ouvre l’opus. Originaire de l'Arkansas et établi à Chicago depuis 1959, cet illustre inconnu est cependant loin d’être un néophyte. Son jeu sur l’harmo est très rythmique tout au long de "Shade tree mechanic", dans un style proche du "Wang dang doodle" de Willie Dixon. Il a une bonne voix. Et le démontre tout au long de "Give me back that wig" de Lightnin' Hopkins, un merveilleux blues lent au cours duquel il est épaulé par Brumbach au piano.

Charlie Love est un authentique kid de Chicago. Il jouit d’une solide réputation de chanteur/guitariste ; et pourtant l'homme a du souffle. Il a beaucoup écouté James Cotton et il le restitue bien, en manifestant une puissance inouïe, sur le "Ooh baby, hold me" de Howlin' Wolf. Son authenticité et sa passion son traduites sur le "The 12 year old boy" de Mel London (NDR : ce morceau figurait également au répertoire d'Elmore James). Sa voix est émouvante et son jeu envoûtant. Je vous conseille par ailleurs vivement de vous procurer "So happy I could cry", le seul elpee solo de l’artiste. De la pure dynamite!

Harmonica Hinds est né sur l'île de la Trinité. Il vit cependant à Chicago depuis 1973 où il a été pris sous l'aile protectrice de James Cotton en personne. Il se produit régulièrement dans tous les grands clubs de la Cité des Vents (NDR : notamment le Theresa's Lounge et le Buddy Guy's Legends). Il a enregistré en compagnie de Koko Taylor et compte un album personnel à son actif : "Finally". Il présente ici deux de ses compositions. Tout d’abord le saignant "Kill that mouse". Le rythme est débridé, à l’instar d’un Jimmy Reed en version accélérée. Tant les parties vocales qu’instrumentales sont excellentes. Ensuite "Sunday morning blues". Un instrumental de très belle facture.

Little Arthur Duncan est sans aucun doute le musicien le plus réputé figurant sur cette collection. Né dans le Mississippi en 1934, ce vétéran du blues était l'ami de Little Walter, dans les 50s et 60s. Son adaptation du "Can't stand it no more" est superbe. Sa voix est ravagée sur la version speedée du "Gone to Main Street" de Muddy Waters. Le souffle est furieux et très offensif. Il s’agit malheureusement de sa dernière session d'enregistrement, puisqu'il est décédé en août 2008!

Jeff Taylor est lui aussi un véritable enfant de Chicago. Tout jeune, il se produisait dans la Maxwell Street. Ce multi-instrumentiste est capable de jouer des drums, de la basse, des claviers et bien sûr de l'harmonica. C’est également un fort bon chanteur. Il interprète ainsi le "Gangster of love" de Johnny Guitar Watson, pendant que Russ Green souffle dans l'harmo. Il avait participé à la première collection, parue en 2005. Taylor double enfin au chant et à la musique à bouche lors d’une version singulière du "Honest I do" de Jimmy Reed. Du swamp blues dispensé sur une trame funky, un peu à la manière de Paul Butterfield. Etonnant, mais intéressant.

Big D enfin est le plus jeune puisqu'il n'a pas encore 30 ans. Il a régulièrement côtoyé Rockin' Johnny, Billy Flynn et Tail Dragger. Sa voix est remarquable d’intensité tout au long du "I've got to be with you tonight" de Slim Harpo. Il interprète ce morceau dans le plus pur style du swamp blues louisianais ; et son instrument communique une tristesse infinie. Il se révèle cependant beaucoup plus offensif et percutant sur "Well you know".

Cette collection d’excellente facture est dédiée au regretté et légendaire Carey Bell, un des grands souffleurs du Chicago blues.

 

mardi, 15 décembre 2009 01:00

Soulblue 7

Al est un artiste complet. Trompettiste (NDR : il joue surtout du cornet !), chanteur et compositeur, il jouit également d’une solide réputation comme écrivain et poète. Il a milité au sein du Roomful of Blues, le célèbre big band de Rhode Island. Il a ensuite embrassé une carrière de professeur. A la fin des années 80, le célèbre guitariste Duke Robillard lui demande de l’épauler. Et notre artiste de reprendre goût à la carrière musicale. Il concocte ainsi "Down at Providence Plantation", son premier elpee solo, en compagnie du Duke Robillard Band au grand complet. Depuis, il édite régulièrement de nouvelles œuvres, dans un style, à chaque fois, sensiblement différent.

Vous l’aurez deviné, ce "Soulblue 7" constitue le septième chapitre de cette aventure personnelle. Pour la circonstance, il est consacré au blues et à la soul. Lors des sessions d’enregistrement de cet elpee, il a bénéficié du concours de collaborateurs notoires. Et pour cause, le Roomful of Blues a été pratiquement reconstitué. Soit le guitariste Robillard, le bassiste Marty Balou, le drummer Mark Teixeira, le claviériste Bruce Katz et trois cuivres tout aussi balèzes ; en l’occurrence Rich Lataille au sax alto, Doug James au sax ténor et baryton ainsi que Carl Querfuth au trombone. Al signe bien entendu les treize plages ; son ami Duke, se chargeant de la mise en forme.

"Housekey blues" est une ouverture royale. Les percussions de Marty s'installent et progressivement Duke égrène ses chapelets de notes sur le rythme d'un mambo. La voix d'Al est claire et puissante. Le décor sonore s’enrichit des cuivres et de l'orgue Hammond. Basile se réserve son premier billet de sortie. La sonorité émanant de son cornet est feutrée. Il cède aussitôt le relais à Bruce, avant que Duke n’embraie à son tour. "Dollar to a dime" trempe dans un climat subtilement swing. Le ton est emprunté au jazz. Les cuivres sont discrets. Katz est passé au piano. Le cornet s’affranchit à nouveau. Al est bien un maître de cet instrument ; même si dans le passé il l’a trop peu souvent mis en exergue. "You showed me something" épouse un même profil rythmique. Très jazz cette compo conjugue à merveille le piano et le sax ténor de Doug James. Mais Basile y manifeste également son talent naturel d’instrumentiste. Et honnêtement, je pense qu’il s’agit de la première fois qu’il montre autant le nez à la fenêtre. Slow blues royal, "Lonely are the brave" concède des accents dramatiques, presque tragiques. La six cordes de Robillard est émouvante. Le cornet magique d'Al bouleversant. C’est beau à pleurer ! Cette condamnation à la solitude trahit une telle intensité et une telle profondeur dans l'expression des sentiments éprouvés par les différents acteurs. "I hope you're right" emprunte une forme davantage R&B. Dansante même. Le climat presque pop semble couler de source et accorde des billets de sortie épatants à Duke et Bruce. Et on n’est pas au bout de nos surprises, puisque le reggae s’invite pour "Causing joy". Profilée sur une rythmique répétitive, "This dream (still coming true)" est une longue fresque illuminée par l’intervention au cornet et tapissée par l'orgue à la Jimmy Smith de Kats. Ballade lente, savoureuse, impeccable, "Where are you tonight?" pioche dans le meilleur de Stax. Une chanson d’amour qui transpire le vécu. Invité pour la circonstance, Gordon ‘Sax’ Beadle vient souffler toute sa passion dans son sax ténor. L’étiquette ‘Stax’ pourrait également être collée à "Give it like you get it". Du Memphis R&B très dansant, libérant énormément de groove et destiné à servir de rampe de lancement au cornet devenu intenable. Et le Duke en profite pour se réveiller. Indolente, chaleureuse, "Fool me again" est encore une autre ballade au cours de laquelle tous les instruments s'emboîtent parfaitement. Alors que l'opus s’achève, une étincelle basique de blues jaillit. Et enflamme "Termites in my basement", un morceau très downhome et dépouillé. La section rythmique est discrète mais efficace. Les cordes acoustiques et les accords de piano judicieux. Et c’est l’ami Sugar Ray Norcia en personne qui vient souffler dans l’harmo. Si « Soulblue 7 » n’était pas signé Al Basile, on pourrait le considérer comme le meilleur album de Roomful of Blues, édité depuis bien longtemps ; mais inutile de polémiquer, les mélomanes en tireront eux-mêmes les conclusions… Excellent!

mardi, 01 décembre 2009 18:46

Depot street blues

Akarshi ‘Aka’ Kumar est harmoniciste. Il est considéré comme un des meilleurs souffleurs de blues, dans le Nord de la Californie. Il a beaucoup appris auprès du vétéran Gary Smith et du très respecté David Barrett. Faut dire que ces derniers avaient tout compris de Little Walter, Sonny Boy Williamson II et Georges Smith. Akarshi a fondé Tip of the Top en compagnie du chanteur/guitariste Little Jonny Lawton, du bassiste Frank DeRose et du drummer Carlos Velazco. Et les deux premiers cités sont des vétérans notoires !

Lawton est originaire du Midwest. Après avoir émigré à Santa Barbara, en Californie, il recrute notamment l'harmoniciste Mitch Kashmar, pour former les Pontiax. Puis en 1990, il se lance dans l’aventure de Little Jonny & the Giants. Ce combo va se forger une excellente réputation en Californie du Sud. Il va aligner cinq albums de toute bonne facture en dix ans ; le dernier, "The King of clubs", avait bénéficié de la collaboration de RJ Mischo et de Bob Welsh. Frank DeRose s’est illustré à la basse, au cours ce ces 25 dernières années, derrière de nombreux grands de Californie ; et notamment Rusty Zinn, Junior Watson, Gary Smith, Marl Hummel, Nick Gravenites et Stevie Payne…

L'harmo d'Aki lance le "One of these mornings" de Little Walter. Son timbre vocal est frêle. Normal, vu son âge. Par contre, il n'a pas le souffle court. Son phrasé sur l'harmonica démontre qu’il a bien assimilé le style des légendes susvisées. Parcimonieux, Jon manifeste énormément d’assurance aux cordes, mais aussi de respect. Ce respect semble constituer une ligne de conduite pour ce nouveau quartet. Les musiciens apprécient jouer à quatre de front. Tous assis l'un près de l'autre. A gauche, Aki. Près de lui, comme pour le rassurer, Jon. Carlos derrière sa caisse claire et ses ballets. Et enfin, l'autre ancien, Frank et sa basse électrique. Le combo embraie par "Wait baby". Le son de la basse largement amplifié soutient l'ensemble. Imprégné de la tradition, Kumar s’immerge volontairement dans le delta. Lawton chante le "Stranger blues" d'Elmore James. Sa voix est plus franche. Il a glissé son doigt dans un bottleneck. Le son de sa slide est poisseux et primaire. Il correspond parfaitement à ce style rudimentaire. Chargée de swing, la cover du traditionnel "Juke" rend hommage à Little Walter. Aki chante "Love her with a feeling", un blues lent classique signé Lowell Fulsom. Jon Lawton reprend le micro pour attaquer ses propres compos. En l’occurrence un "Go ahead" imprimé sur un tempo enlevé, l’indolent "Got to move on" et l'instrumental "Depot street shuffle", une plage tramée sur le riff de slide cher à Elmore James. Aki Kumer reprend enfin deux titres de son idole, Little Walter. Tout d’abord "I got to go". Caractérisé par son arrangement détonant, il s’appuie une nouvelle fois sur la ligne de basse tracée par DeRose. Et puis l’excellent "Temperature". On n’est guère surpris de rencontrer sur cet elpee, une reprise du "Mellow down easy" de Willie Dixon (NDR : popularisée par Little Walter cette compo avait également été interprétée par Carey Bell et Paul Buttefield). Le cd s’achève par une relecture impressionnante du "Evan's shuffle" de Muddy Waters, un instrumental au cours duquel Kumar se révèle bouleversant. Pour votre info, sachez que c’était la flip side de "Louisiana blues". Elle remonte à 1950. Et Little Walter avait alors apporté son concours à l’harmonica.

Si cet elpee s’avère de bonne facture, on a l’impression que la formation est capable de donner une toute autre dimension à sa musique sur les planches… dans un petit club, par exemple…

mardi, 01 décembre 2009 18:45

12 Gauge insurance plan

Le TCB est né en 2006, pour accompagner Chris ‘Big Papa’ Thayer. Chanteur/guitariste, ce dernier reconnaît pour influences majeures, Albert Collins, Robert Cray et Louis Jordan. Auparavant, il drivait son River City Blues Band. Son nouveau band est constitué du claviériste Quinton ‘Dr Q’ Hufferd, du bassiste Steve ‘Ice Cream Man’ Brown (NDR : un ex-Strong Persuader Band et surtout également un ex-River City Blues Band) et le drummer Ray ‘Mr Pittz’ Wilson. La formation pratique un cocktail de jump blues, rock et swing. Avant d’enregistrer « 12 Gauge insurance plan », elle avait édité un album ‘live’, "Nice & Greasy", enregistré au Fender Museum & Center for the Arts.

Cet elpee propose une compo signée par le TCB et quinze issues de la plume de leur leader, Big Papa. Mr Pittz ouvre le bal en empruntant le Bo Diddley beat. "Who's yo daddy?" est dynamisé par la rythmique sèche, nerveuse, pendant que l'orgue de Dr Q colore fort bien l'ensemble. Le tempo est très marqué sur "Another man's wife", un blues que chante correctement Big Papa. Ses interventions à la guitare occupent bien l’espace sonore avant qu’il ne décide de s'évader dans un style très personnel! "Money" nous immerge dans le Delta du Mississippi, un blues rock balayé par une slide bien réverbérée que relaie parfaitement le piano acoustique de Quinton. Blues lent, "The fool you left behind" baigne totalement dans les bayous louisianais. La voix se détache nettement de l'ensemble. Le saxophone ténor de Gabe Hartman se réserve une sortie remarquée. Le piano très jazzy du Dr Q et le sax de Hartman entretiennent un R&B bien swinguant tout au long de "Hey there Charlie". Dommage que la section rythmique ne soit pas dans son élément naturel. En traînant, "All I need" est un blues imprimé sur un tempo bien enlevé et traversé par les accès d'harmo concédés par Jumpin' Jack Benny Cortez, invité pour la circonstance. Un profil qu’on retrouve sur " Lovin' man" et "Another ride". "Slow down" s’ouvre dans le country blues acoustique, une forme de roots que Big Papa chante en s’accompagnant à la sèche, avant que le groupe au complet ne débarque pour y changer le rythme, et surtout électrifier largement l’ensemble. Et l’effet est très réussi ! "Saved by you" constitue une parenthèse dans le décor sonore. Une plage minimaliste caressée par la voix de Thayer qui susurre ses paroles face au piano et à de timides percussions, avant que Marianne Keith ne vienne le rejoindre pour poser son timbre éthéré. De bonne facture, "Easy does it" me fait penser au "Get back" des Beatles. Notamment à cause de la présence du piano électrique. Néanmoins le tempo est un peu moins enlevé ; et puis Hartman revient hurler dans son sax pour notre plus grand plaisir. Piano et orgue balisent le rythme de "Little Miss Mischief". Eraillée et chevrotante, la voix de Big Papa lorgne modestement vers celle Joe Cocker. Caractérisé par ses changements de rythme et son chant qui transpire le vécu, "It wasn't me" évoque le "Framed" de Leiber et Stoller. Lancé au galop, "Ain't no tank" campe un rock chargé d’une bonne dose de swing, autorisant une bonne sortie des cordes. Long slow blues, "Dirty bird blues" est empreint de beaucoup de sensibilité et de sens du drame. Guitare et piano tirent leur épingle du jeu ; mais c’est surtout la voix théâtrale de Big Papa qui est mise en exergue. « 12 Gauge insurance plan » évolue bien loin des rythmes habituels du West Coast blues ; et pourtant, ils se manifestent lors de la finale participative, "Go Big Papa!".

mardi, 24 novembre 2009 01:00

Take me back

Sid Morris a passé sa jeunesse au Texas. A Houston, très exactement. Mais il réside depuis fort longtemps en Californie, du côté de San José. Au cours des sixties, ce pianiste avait déjà milité au sein d’un blues band, en compagnie de l'harmoniciste local Gary Smith. Il s'est produit sur la scène du tout premier San Francisco Blues Festival. En 1973. Trois ans plus tard, il participe à l'enregistrement de "Bay area blues", une compile à laquelle collaborent des artistes aussi notoires que Luther Tucker, Charlie Musselwhite, Sonny Rhodes, Ron Thompson et Gary Smith. Musicien demeuré très actif dans cette région de la Californie, il a fondé son groupe, il y a quelques années : Roadhouse Rockers. Au sein du line up militent le guitariste Gary Weller, le bassiste Frank DeRose et le saxophoniste Jack Sanford. La rencontre de Kid Andersen, le talentueux guitariste d'origine norvégienne, lui a permis d’entrer au sein de ses studios pour enregistrer ce nouvel opus : le Greaseland à San José. Ce dernier se charge du rôle d’ingénieur du son et de guitariste sur la majorité des plages. Pour rappel, Kid est le gratteur actuel des Nightcats de Rick Estrin.

Le "House party tonight" d'Amos Milburn nous plonge immédiatement au cœur de la musique de Morris. Frank DeRose et June Core libèrent un maximum de swing. Dans son répertoire, Sid s'avère un fort bon chanteur. Son toucher de piano est magique. On le sent très à l'aise. Dans ce style west coast jump, Gary Weller l’est tout autant à la six cordes. Au cours de l’elpee, Sid est soutenu par un même trio, à plusieurs reprises. En l’occurrence Andersen, DeRose et le drummer Butch Cousins (NDR : ce dernier a sévi au sein du band de l’excellent saxophoniste local, Terry Hanck). Le titre maître est imprimé sur un mid tempo. Un superbe blues qui met en exergue la cohésion entre les différents musicos. Sid aime varier les styles. Il est dans son élément à New Orleans. Il tire parfaitement son épingle du jeu sur le "Longhair's blues rhumba" de Professor Longhair, un "All by myself" au cours duquel il se révèle très proche de James Booker, et le "One for the highway" de Fats Domino. Il s'approche aussi de Chicago pour reprendre un de ses artistes favoris : Big Maceo Merriweather. Tout d’abord, le slow blues bien notoire "Worried life blues" ; et ensuite l'instrumental "Texas stomp". Il est hanté par l’esprit du grand Otis Spann tout au long du "CC Rider" de Ma Rainey. Sid Morris est avant tout un excellent pianiste de boogie woogie. Et il le démontre sur "Union Avenue boogie" ainsi que lors du "Bass key boogie" de Little Brother Montgomery. Il adapte encore le "Let's rock awhile" d’Amos Milburn. Un des meilleurs moments de cette œuvre, caractérisé par une intervention très propre de Kid Andersen. Sa v(er)(i)sion du "A virus called the blues" de Charles Brown est un autre sommet de l’elpee. On épinglera encore quelques autres instrus, dont le très jump "Down Ensalmo way" et "Tee Na Na", une finale empreinte de douceur et de quiétude. Un excellent disque de piano blues!

 

mardi, 17 novembre 2009 20:37

Live set

Chanteur/guitariste/compositeur, Mike Schermer écume les scènes de la côte Ouest des States depuis plus de vingt ans ; mais c’est avant tout un musicien très sollicité par ses pairs pour diriger leur backing band et y apporter son concours aux cordes. Il s’est ainsi notamment illustré en compagnie d’Elvin Bishop, de Charlie Musselwhite, d’Angela Strehli, de Maria Muldaur, de Sister Monica et de Bonnie Raitt. Il s’est converti au blues en 1984, après avoir assisté à un concert d'Albert Collins. Parmi ses héros, figure incontestablement T-Bone Walker. Mais il reconnaît également, comme influences majeures, Sam Cooke, Howlin' Wolf, Jimmy Smith, Ray Charles et Wilson Pickett. Il est le fondateur des mythiques Soul Drivers, un quatuor impliquant l'harmoniciste Andy Santana, le bassiste Steve Ehrmann et le batteur June Core. Ce combo aura l'opportunité et l'honneur d'accompagner les plus grands bluesmen : depuis Willie Dixon à Jimmy Rogers, en passant par Billy Boy Arnold, Snooky Pryor et un certain Tommy Castro, devenu aujourd'hui si populaire. Les Soul Drivers vont même commettre un superbe elpee. Intitulé "Tight white dress", il est publié en 1999. Mike fonde ensuite son Mighty Mike Schermer Band. Le combo concocte un premier opus en 2001, "1st set". Embraie en 2005 par "Next set", un disque sur lequel figure "Mr Big sister's radio", une chanson qui sera nominée. Mike a également composé pour sa corporation, dont Elvin Bishop, Angela Strehli, Howard Tate et le saxophoniste Terry Hanck. Et si vous connaissez mal cet artiste, je vous conseille de vous procurer "Right hand man : Vol 1", une compilation publiée sur Finedog qui lui est consacrée.

Ce "Live set" est donc paru cette année. Il immortalise deux concerts accordés sur autant de scènes californiennes, en novembre 2008. Soit au ‘Torch Club’ de Sacramento et au "Moe's Alley" de Santa Cruz. Le Schermer Band ouvre sa prestation par "See see baby", une cover de Freddie King. Le rythme est soutenu. Mike chante de sa voix musicale ; mais c'est avant tout sa guitare qui fait mouche. Elle sort de sa réserve dès qu'elle en a le loisir. Le phrasé est précis, limpide, bien plus proche d'Albert Collins que de Freddie King. Son répertoire se promène ensuite dans les rues de la vielle cité du Sud de la Louisiane : New Orleans. Et pour cause, il adapte le fameux "Those lonely, lonely nights" d'Earl King. Le piano y joue un rôle prépondérant. Ex-Doobie Brothers, Dale Ockerman se réserve ces ivoires. Mais les soli sont accordés ici par la saxophoniste californienne Nancy Wright (NDR : à ses débuts, elle a joué pour Lonnie Mack) et inévitablement Mighty Mike, particulièrement saignant dans son intervention. Le "Hey baby, que paso?" d'Augie Myers prend la direction du Texas. Le Sud, toujours. Une cover sculptée dans un tex mex pur et dur, soulignée par la trompette acérée de Pete Sembler. Schermer se met ensuite en évidence lors d’un long medley qui s’ouvre par le thème de "Hideaway" de Freddie King, puis entreprend un périple de visites chez d’autres artistes notoires comme Booker T, James Brown, Jimi Hendrix, les Stones, Beatles, Kinks, Roy Orbison, Chuck Berry, Ray Charles et la liste n’est pas exhaustive. Une belle performance ! Il n’a pas oublié une de ses références essentielles : T-Bone Walker. Dont il interprète deux compos. "T-Bone shuffle", tout d’abord. Un morceau balayé par le souffle insatiable de Nancy Wright. "T-Bone boogie", ensuite. Au cours duquel la section rythmique composée de son vieux complice Steve Ehrmann et de Paul Revelli, épaulée par June Core, libèrent un fameux groove. La reprise du "Groove me" de King Floyd trempe dans une soul music de toute bonne facture. Austin deLone (NDR : à ses débuts, cet Anglais militait au sein du pub rock band, Eggs Over Easy) se charge de l'orgue. Il est toujours au poste lors de l’adaptation du "Ain't no big deal" de Little Milton. La séduisante Lara Price Schermer rejoint Mike, sur les planches pour partager les vocaux sur "It's gonna work out fine", une plage au cours de laquelle Miss Nancy Wright se réserve une sortie impériale. Mighty Mike Schermer s’est forgé un statut d’artiste confirmé, et sa réputation a largement dépassé les frontières. Au cours des derniers mois, Mike s’est établi au Texas. A Austin, très exactement. Et il y est devenu le guitariste régulier de la pianiste louisianaise, Marcia Ball.

 

mardi, 17 novembre 2009 20:13

Serious fun

David Barrett prend goût à l’harmonica dès l’âge de 14 ans. Et pourtant, il joue déjà de la trompette et du saxophone. Il accomplit ses premiers pas sur scène, à San Francisco. Auprès du souffleur Gary Smith. Il s'inscrit au Collège de musique et se forge rapidement une notoriété. A 20 ans, il écrit déjà son premier bouquin. Son titre ? "Building Harmonica Technique". Puis fonde ensuite un groupe répondant au patronyme d’Harmonica Masterclass Workshop. Il monte ensuite son propre atelier. Qui va attirer une multitude d’étudiants. Aussi bien issu des States (NDR : au moins 26 Etats !) que de huit autres pays. Depuis, il a publié une quarantaine de livres, cds et vidéos. Dans son fief, à San José, il a créé the School of the Blues, une école privée qui se consacre à l'étude du blues. Enfin, où on enseigne la guitare, l’orgue, l’harmonica, la basse, la batterie, le chant et l’improvisation. Il a côtoyé pratiquement tous les souffleurs notoires. John Garcia est prof de guitare au sein de cette School of the Blues. Faut dire qu’il est gratteur depuis plus de 35 ans. Il a notamment épaulé John Lee Hooker, Albert et BB King, Buddy Guy, Junior Wells, James Cotton, Hubert Sumlin, et des tas d’autres icônes du blues. Il a fondé son propre combo : le John Garcia Band. Garcia et David militent au sein du School of the Blues All-Star Band, un projet au sein duquel participent régulièrement d'autres bluesmen issus de la région. Et en particulier les bassistes Frank De Rose et Randy Bermudes, le pianiste Steve Lucky ainsi que le drummer Paul Revelli. La majorité de ce team a participé à la confection de cet elpee, paru en 2003.

L'opus s'ouvre par "Serious fun ", un titre instrumental rythmé. La densité sonore est conséquente. L'harmonica est au centre des débats. Tous les autres instruments se mettent au service du souffleur. Ce qui n’empêche pas les cordes de Garcia et l'orgue de Steve Czamecki (professeur instructeur à la Community Music School de Santa Cruz) de se réserver leur premier billet de sortie. Garcia se réserve les vocaux pour "I love you more everyday", un blues shuffle bien rythmé, au cours duquel Steve Lucky assure tant à l'orgue qu’au piano, alors que Barrett et Garcia démontrent, lors de leurs soli, que leur technique est très affûtée. Instrumental, "Lick train" est conduit par l'harmonica puissant de Barrett. Seul maître à bord, il s’inspire alors largement de Little Walter, empruntant une démarche fort proche d'un Rod Piazza des bons jours. Blues imprimé sur un tempo bien enlevé, le "Pretty girls everywhere" d'Eugene Church permet à Steve Lucky de tirer son épingle du jeu aux ivoires (NDR : Steve est également le leader d'un swing band californien, les Rhumba Bums, une formation au sein de laquelle milite la délicieuse Carmen Getit, au chant et à la guitare). Barrett accomplit un remarquable exercice de style en solitaire sur "Quiet world". A passage, il nous rappelle les meilleurs moments de Sonny Boy Williamson II. "Chicago style" est un autre instrumental au titre adéquat. Les sorties des principaux acteurs, David, Steve Czamecki et Garcia sont ici tout à fait remarquables. Garcia aborde  un "Minor attitude" sur un mode mineur qui sied si bien au blues. Toujours dans le registre ‘instru’, "Don't fight it" permet à l’excellent drummer Paul Revelli de sortir de sa réserve ; et il est soutenu par Steve Lucky sur le mode boogie woogie. Revelli a longtemps milité chez les Boss Talkers de Joe Louis Walker. Quant au bassiste, Randy Bermudes, il sévit aujourd’hui chez les Fabulous Thunderbirds. Particulièrement divertissant et de bonne facture, cet elpee s’achève par le tendre "Feelin' good"…

 

mardi, 10 novembre 2009 01:00

Pearl river

Mike Zito est un chanteur/guitariste/compositeur dont la famille est d’origine sicilienne. Il a vécu son enfance à Saint Louis, dans le Missouri. Vingt ans quand même qu’il roule sa bosse. Mais à ce jour, il ne compte que six elpees solo à son actif. "Blue room" en 1996, "America's most wanted" en 99, "Slow it down" en 2004, "Superman" en 2006, "Today » en 2008 et ce "Pearl river », cette année. Ces deux derniers opus sont parus sur le label de Randy Chortkoff, Delta Groove (NDR : sise à Los Angeles, c’est actuellement la boîte la plus active dans le domaine du blues contemporain). Et en particulier pour Electro Groove, c’est-à-dire la branche plus électrique du label. Cet artiste à la voix extraordinaire puise ses racines dans le blues, le rock et la soul ; et il vient de franchir un fameux pas en avant en ouvrant ce nouveau chapitre musical.

Mike est soutenu par ses musiciens habituels : le bassiste Lonnie Trevino Jr et le drummer Eric Bolivar ; sans oublier le claviériste notoire Reese Wynans, un Texan qui a notamment milité chez le Double Trouble de Stevie Ray Vaughan. Zito signe huit plages, en cosigne une et épingle quatre reprises. Si David Z et Randy Chortkoff se réservent la production, ils ont quand même bénéficié du précieux concours du chanteur/harmoniciste à la mise en forme.

L'album s’ouvre par "Dirty blonde", un véritable brûlot. On se croirait revenu 50 ans en arrière, lorsque BB King nous réservait des titres explosifs, empreints de classe, de caractère et de pêche. Saisissant ! Manifestement, c’est un démarrage sur les chapeaux de roue. Le titre maître constitue probablement le meilleur morceau de l’elpee. Une ballade bluesy lente, aux accents volontiers dramatiques, caractérisée par des échanges vocaux tout à fait extraordinaires entre Zito et Cyril Neville, la plus belle voix soul des Neville Brothers (NDR : là, on est du côté de la Nouvelle Orléans !) La guitare est puissante. Wynans se réserve à la fois le piano et l’orgue Hammond. Du grand art que ponctuent les éclats d'une guitare libérée. Nous ne sommes alors pas loin de l’attitude du kid d'Atlanta, Tinsley Ellis! Zito y imprime la force et l'éclat de sa voix. "Big mouth" est un funky blues. La sonorité des cordes nous rappelle le regretté Stevie Ray Vaughan. Tout au long de "Change my ways", une autre ballade lente, la voix est très expressive. Les quelques accès d’orgue Hammond en soulignent la délicatesse naturelle. Les cordes peuvent alors dessiner des arabesques pour nous séduire. Remarquable ! La cover du "Eyesight to the blind" de Sonny Boy Williamson est surprenante. Elle emprunte le style syncopé de la Nouvelle Orléans. Randy Chortkoff (NDR : c’est le patron !) souffle dans sa musique à bouche. Anders Osborne est né en Suède, mais vit aujourd’hui à la Nouvelle-Orléans. Il signe "One step at a time" ; mais partage aussi le chant en compagnie de Mike, tout en grattant ses cordes acoustiques. Du folk d’une grande pureté ! Encore une ballade blues : "39 days". Une compo qui démontre le potentiel d'écriture et d'interprétation de l'artiste. "Shoes blues" nous entraîne sur un rythme rock'n'roll. Mike chante en duo avec Susan Cowsill (NDR : toute gamine, c’est-à-dire au cours des 60’s, cette Néo-orléanaise militait au sein des Cowsills). Les notes fragiles d’un piano d’enfant introduisent "The dead of night", puis se fondent dans une roots song très louisianaise, bercée par les accents d'une valse et colorée par l’accordéon délicat de Jumpin' Johnny Sansone. Zito chante en puissance le "Sugar sweet" de Mel London, un R&B funky qui met en exergue Reese Wynans à l'orgue Hammond. "Natural born lover" est un morceau de grande classe ! Un blues mid tempo caractérisé par son intensité dramatique. Les solistes sont constamment sur le qui-vive, prêt à bondir sur la moindre opportunité afin de tirer leur épingle du jeu. Blues indolent, "All last night" est issu de la plume du légendaire Georges Harmonica Smith. La prestation vocale est époustouflante. Lynwood Slim souffle discrètement mais impeccablement dans son instrument chromatique. Mike libère un solo très inspiré sur ses cordes. D’une beauté implacable, "C'mon baby" est une ballade belle à pleurer. Et elle referme cet opus dont le label Eclecto Groove peut vraiment être fier…