Il n’existe pas de ligne droite pour The Beths…

The Beths, un groupe néo-zélandais composé de la chanteuse Elizabeth Stokes, du guitariste Jonathan Pearce, du bassiste Benjamin Sinclair et du batteur Tristan Deck, annonce la sortie de son nouvel elpee "Straight Line Was A Lie", le 29 août 2025. En avril,…

logo_musiczine

La vérité selon RORI

Après avoir marqué les esprits en assurant la première partie de Lana Del Rey, au festival Rock en Seine, devant 40 000 spectateurs, RORI poursuit son ascension. Cet été, elle s'invite sur les scènes de plusieurs festivals dont Les Francos à Esch/Alzette, Les…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Jean-Claude Mondo

Jean-Claude Mondo

mardi, 25 mai 2010 02:00

The way of the world

Originaire du Mississippi, ce musicien américain dépasse aujourd'hui allègrement les 80 balais. Il fréquente les cercles musicaux depuis plus de 50 ans. Il joue circonstanciellement de la trompette, mais son instrument de prédilection est le piano. Au cours des années 40, il est déjà contaminé par le blues. Celui de Memphis, Beale street ; et tout particulièrement du tout jeune BB King. En 1956, il émigre à New York et rejoint très tôt les milieux du bebop. Ce qui lui permet d’enregistrer en compagnie de Stan Getz, Al Cohn et Zoot Sims. Il a publié une multitude d’albums sous son propre nom. Son dernier remonte quand même à 12 longues années. Il a influencé de nombreux artistes, tant blues que rock. Considérées comme des classiques, certaines de ses compositions ont été reprises par des artistes notoires. Ainsi, "Parchman farm" est devenu un des titres fétiche de John Mayall. Georgie Fame et même Blue Cheer en ont créé leur propre version. Les Yardbirds et Misunderstood ont adapté "I'm not talkin'". Le Who (NDR : témoignage sur « Live at Leeds) et Elvis Costello, "Young man's blues". Le Clash et surtout Van Morrison ("Tell me something : The songs of Mose Allison") lui ont consacré un album. Et enfin Patti Jones a écrit un bouquin sur sa vie et son œuvre : "One mans blues : The life and music of Mose Allison".

L'album s'ouvre par une reprise personnelle du célèbre "My babe" de Willie Dixon, qu’il a rebaptisée "My brain". Patiné de blues, ce morceau sculpté dans le jazz est de très bonne facture. Sa voix semble monocorde, mais c’est parce qu’il veut éviter de hausser le ton, face à la guitare acoustique manouche de Greg Leisz. La section rythmique swingue naturellement. Ses interventions aux ivoires sont très personnelles et créatives. L'approche musicale d'Allison me fait penser à JJ Cale. Pas son style, mais son côté laidback. Surtout sa voix paresseuse, caressante. Et il le démontre tout au long d’"I know you didn't mean it", face aux percus de Jay Bellerose, une compo enrichie d’interventions efficaces au saxophone, mais respectueuses de l’équilibre instrumental. Une instrumentation souvent minimaliste, il faut le préciser. La nonchalance de son débit vocal me rappelle un autre artiste attachant, l’ex Soft Machine, Robert Wyatt. Une voix empreinte d’une grande pudeur et d’une sensibilité à fleur de peau. Et ce raffinement extrême contamine "Everybody thinks you're an angel". La simplicité des compos n’est pourtant qu’apparente ; car en vérité, le contenu est bien plus complexe qu’il n’y paraît. Tendresse et tristesse envahissent "Let it come down". Les roulements accordés par Bellerose sonnent le glas. La slide acoustique de Leisz est exquise. Mose jouit d’une technique brillante et inventive. Et il le démontre tout au long de "Crush", un instru au cours duquel il me rappelle Thélonius Monk. Si le blues propose régulièrement des ambiances fin de nuit, cabaret même, Allison lui, préfère les climats de début de soirée. Une mise en bouche, un apéritif. Facile à appréhender, cette ambiance n’est pas toujours évidente à créer. Et pourtant, il y parvient sur le brillant "Some right, some wrong". Le titre maître est savoureux. Les accords de guitare sont empreints d’une infinie délicatesse. Le timbre vocal est velouté. Le saxophone cajoleur. "Ask me nice" marie naturellement et parfaitement jazz, blues et swing. Signée Joe Henry, producteur dont la carte de visite mentionne Allen Toussaint, Bettye Lavette et Solomon Burke, la mise en forme affiche une grande déférence vis-à-vis du vieil artiste. Tendre ballade, "Once in a while" est bercée par la gratte manouche de Leisz. La cover d’"I'm alright" est issu de la plume de Loudon Wainwright. Un blues qui autorise la présence d’une guitare électrique, mais permet également à Allison de hausser le ton de la voix. En finale, "This new situation" campe un duo amusant entre le vieil homme et sa fille Amy, une chanteuse de country alternatif qui a conservé un timbre de voix juvénile…

 

mardi, 25 mai 2010 02:00

The corridor

Youri Blow est un auteur/compositeur français. Originaire de Troyes, il n'a pas encore trente ans. Lorsqu’il a commencé à gratter une guitare, il s'inspirait du légendaire Leadbelly. Mais son folk blues, il l’a mis à la sauce Nirvana. Puis pousse le bouchon bleu un peu plus loin, à l'écoute de Led Zeppelin et de Jimi Hendrix. Faut reconnaître que son cheminement n’est pas très orthodoxe. Hanté par certains démons du rock’n roll, son blues est largement teinté de psychédélisme. Mais après avoir accompli un premier voyage au Pérou, ce troubadour mercenaire du Delta Blues revient marqué par folklore local. Youri s'établit en Bretagne, du côté de Brest, et s’imbibe de plus en plus de musiques issues de traditions cosmopolites. Une oreille est attentive aux pères du blues, comme Skip James, Son House et Mississippi John. L’autre est davantage sensible aux créations du monde ainsi qu’à la musique classique. Après avoir concocté plusieurs démos, il sort son premier opus en 2008, "Moon rock my soul". Un véritable plaidoyer pour les références qui circulent dans ses veines. Mais marqué par un long périple accompli au sein de la Mongolie profonde, il ne s’est pas limité à expérimenter ce cheminement introspectif.

Toutes ses aventures lui ont permis de se forger un style original. Il est pourtant toujours aussi contaminé par le psyché blues, mais le transpose au sein d’un univers musical très personnel. Youri est un solitaire. Et sa nouvelle œuvre en est une nouvelle illustration. Il chante et écrit toutes ses compos. Il se réserve l’intégralité de l’instrumentation, conventionnelle et insolite : guitare, dobro, violon, flûte péruvienne, viole mongole et guimbarde vietnamienne. Il nous invite à pénétrer dans son ‘corridor’, ce long couloir où il se reflète dans des miroirs très divers pour nous plonger au sein d’atmosphères inspirées du voyage.

"Ever love" ouvre l’album. Les cordes sont magiques. Les percussions timides. Secondée par une voix féminine fragile, la voix force le passage. Manifestement, il s’inspire du blues acoustique de l'avant-grande guerre. L'accompagnement est complexe et riche. De quoi permettre à l’esprit de vagabonder. Signé par son amie Lucie T, "Muddy streams" puise son inspiration dans les profondeurs du Mississippi. Une compo qui baigne dans un climat lugubre. La sonorité métallique du dobro et le timbre quelque peu forcé de la voix reflètent la souffrance des lieux saints du blues. Parcourues de sonorités orientales minimalistes, "Strange history" est, vous vous en doutez, une histoire bien étrange. Une voix d'outre-tombe communique un mal de vivre omniprésent. "Blue mountain" macère dans un climat similaire. Le tempo s’accélère. Les cordes et la trompette de David Babin se conjuguent. Une compo qui me rappelle Jim Morrison dans ses meilleurs moments ("The end"). La pression s’accentue pour "Salmon dreams". A cause de ce feeling désespéré, une nouvelle fois réminiscent du défunt leader des Doors, à moins qu’il ne s’agisse du tout aussi trépassé Ian Curtis, du légendaire Joy Division. Nonobstant son intensité, le titre maître embrasse un profil mélodique empreint de légèreté. Les accords de guitare sont discrètement amplifiés. Une certaine sérénité semble retrouvée. Place alors au dernier voyage vers l'Orient. La solitude et une certaine paix intérieure nous envahissent tout au long de "Tsagaan sar", de "Kohvsgol lake" ainsi que d’"Ulan taïga", des fresques psyché blues susceptibles de nous plonger dans un état de transe. Et cette sensation s’accentue, lorsque la voix trafiquée ressemble à une guimbarde. Bourrée d’émotion et de qualité, cette œuvre s’achève par deux morceaux instrumentaux singuliers dont les titres ont été baptisés dans la langue de Molière : "Autour du templier" et "L'éveil de la goutte d'eau". N’ôtez pas trop rapidement votre compact-disc du lecteur, car vous avez encore droit à un bonus track. La ‘goutte d'eau’ se réveille en empruntant ce rythme répétitif, caractéristique et résolument hypnotique. Youri se lâche en traduisant un titre annoncé de 4’ en plus de 17' de magie intimiste, au cours de laquelle sa voix fait un retour, en fin de parcours…

Enfin, pour que votre info soit complète, sachez que sur le cd, un clip vidéo de "The Corridor", est  disponible en piste multimédia...

mardi, 25 mai 2010 02:00

Look at the time

MOCT (NDR : Men of Considerable Taste) est une jeune formation néerlandaise. Elle pratique un blues teinté de soul, qui correspond parfaitement à la philosophie du label Cool Buzz. Le line up réunit des musiciens issus de formations bataves comme The Strikes, Drippin' Honey ou les Backbones. Le plus notoire est incontestablement Peter Van der Pluym, chanteur/harmoniciste qui a longtemps milité au sein du Lester Butler Tribute Band. Il avait également participé aux sessions d’enregistrement du dernier elpee des Mannish Boys, "Shake for me". Un opus qui vient de paraître chez Delta Groove. Sander Kooiman se charge de la guitare. Il était le leader de Drippin' Honey aux côtés de l'harmoniciste Kim Snelten. Jules Van Brakel est préposé à la basse, alors que Joost Tazelaar siège derrière les fûts! Avant  d’opter pour le patronyme MOCT, le combo répondait au nom de Big Pete & the Backbones.

Mises en forme par les membres du band, les dix plages de ce premier opus ont été concoctées aux Pays-Bas. Quant au mixing il a été opéré à Nashville, par David Z et masterisé par Greg Reierson, à Minneapolis. Pas étonnant que chez MOCT, l’esthétisme est une constante.

Le long playing s’ouvre par le titre maître. Une ballade soul blues que chante impeccablement Big Pete. Sa voix est taillée pour ce type de répertoire. Sander Kooiman s’autorise une première intervention en mode rythmique. Vander Pluym sort l'harmonica de sa poche pour attaquer "Boogie disease". Pas du tout un boogie, mais une compo, au cours de laquelle la section rythmique balise l’ensemble et permet aux solistes de s’exprimer. La voix soul et l'harmonica largement amplifié lorgnent manifestement vers le regretté Lester Butler. Légèrement funky, parcourue de chœurs féminins, ce type de composition rappelle les meilleurs moments d'El Fish. Le style de MOCT est manifestement original. Mélodique, dansant, il laisse une large place aux acteurs rythmiques. Kooiman opère une intervention concise, mais très structurée, sur "Live to see the day" ; mais jamais il ne s’impose. Seul Big Pete laisse éclater son souffle puissant. Le tempo ralentit spectaculairement pour aborder "I love you more than you'll ever know", un bues lent signé Al Kooper. La pureté du chant est stupéfiante. Les accords de gratte exécutés par Sander sont subtils. Il ne concède que les notes nécessaires, à la manière du Peter Green de la grande époque. Une compo empreinte de grande sensibilité au cours de laquelle le rythme s’accélère progressivement. "Pressure" macère également dans le funk. La mélodie envoûte progressivement. Kooiman prend un billet de sortie en injectant un peu d'effet de réverb dans les cordes. MOCT adapte le "I want you" du Louisianais Tony Joe White. Une cover qui colle bien au style réservé et nonchalant du combo. Superbe ballade soul, "One more day" est une compo très mélodieuse, réminiscente des juke boxes de la fin des fifties. "Best girl" est imprimé sur un tempo vivace. Un rockin' R&B à la Feelgood, caractérisé par la meilleure sortie de Kooiman et les interventions toniques de Big Pete. L’opus s’achève, inévitablement, par un hommage à Lester Butler, dont MOCT adapte le "Way down South", époque Thirteen, une plage au cours de laquelle l’équipe bénéficie de la collaboration du sixcordiste originel ; en l’occurrence le Californien Alex Schultz, responsable d’une excellente sortie. Un groupe chargé de promesses…

 

mardi, 11 mai 2010 23:57

Late Live!

Big Dez est une des plus anciennes formations blues de l'Hexagone ; mais aussi l'une des plus solides et talentueuses. C'est à Paris, en 1996, que le chanteur guitariste Phil Fernandez, dit Big Dez, fonde son groupe. Il y entraîne alors le redoutable claviériste Bala Pradal. L'harmoniciste Marc Schaeller est également de l’aventure. Par contre le second gratteur, Rodolphe Dumont, a débarqué au sein du line up, un peu plus tard.

Phil est un passionné du Texas. Il s’y est rendu de nombreuses fois et s'est fait des tas de connaissances. Il est monté sur les planches en compagnie d’artistes notoires comme Luther Allison, Billy Branch ou encore WC Clarck. Il était même devenu l’ami du regretté et légendaire batteur, Uncle Joe Turner (ex musicien de Johnny Winter). En mars 2003, le groupe s'envole pour Austin, afin de mettre en boîte son premier album "Sail on blues". L'année suivante, le combo reprend le même vol pour aller concocter son second opus, "Night after night", au même endroit. Il faudra cependant attendre février 2008 pour saluer la publication de "You can smile". Lors des sessions, le band avait reçu la collaboration de plusieurs pointures locales, dont Preston Hubbard des Fabulous Thunderbirds et Sax Gordon Beadle. Il était donc temps d’immortaliser un long playing ‘live’. Et c’est chose faite, puisque ce "…Late Live!" réunit des compos interprétées lors de tournées accomplies en 2008 et 2009 ; et notamment au festival Cognac Passions ainsi qu’au Fleurus in Jazz festival. Un disque qui nous offre près de 80' de musique dense et enflammée.

Le quartet de base est bien calé dans ses starting-blocks. Au fil des plages, différents musicos viennent apporter leur concours. Dont pas moins de cinq cuivres, parmi lesquels figurent l'ami américain, Gordon Beadle, mais aussi la saxophoniste du Bones Project de Boney Fields, Nadège Dumas. Le blues de Big Dez est teinté de rock, mais laisse également transparaître des accents très prononcés de R&B et de funk.

C'est sous un format big band que Big Dez attaque la plage d’ouverture, le "Sack o'woe" de Cannonball Adderley. Un instrumental tout en puissance. Du R&B très accrocheur. Les musiciens tirent leur épingle du jeu, chacun leur tour : Pradal à l'orgue Hammond, Andrew Crocker à la trompette, Gordon Beadle au sax ténor et Phil aux cordes, à moins que ce ne soient celles de Rodolphe, car l’entrée en scène de Fernandez est enfin annoncée. Et le set d’embrayer par la plage introductive et éponyme de "You can smile". Du Memphis R&B, généreusement nappé par l’orgue de Bala. La voix de Phil est puissante et domine le sujet. Elle est, en outre, soutenue de chœurs féminins. Parfaitement huilée, la machine aborde le rock'n'roll, lors de la cover du "I knew the bride when she used to rock'n'roll" de Nick Lowe (NDR : c’était à l’époque de Rockpile, au sein duquel militait également Dave Edmunds). Le tempo est très rapide. Bala est très à l'aise derrière son piano. Une formule qu’on retrouve sur "Keep a knockin". Extrait du premier elpee, "Bad news" campe un tout bon R&B funkysant. Il est caractérisé par de solides envolées de Phil aux cordes et de Marc à l'harmonica. Tout au long du blues lent très ‘Stax’, "Anywhere please", Phil impose sa griffe, nonobstant la présence de Vanessa et Kania aux backing vocaux. Il y dispense un solo tout en feeling. Fernandez est particulièrement convaincant lors de son adaptation du "The come back" de LC Fraser. Son jeu est manifestement inspiré par un maître texan, Albert Collins. Imprimé sur un tempo élevé, "One way ticket" marque le retour de Marc Schaeller, dont le souffle à l’harmo est chargé de passion. La reprise torride du "Three O' clock blues" de Lowell Fulsom est un blues d’excellente facture, au cours duquel les interventions aux cordes sont éclatantes. Dans le même registre, "I got the blues" est issu de la plume de Leo Nocentelli. Le "You don't know what love is" de Fenton Robinson concède un arrangement soul blues dansant. Bien dans l’esprit R&B, "Let's have some fun" accorde un billet de sortie à Schaeller et Pradal. L’elpee recèle encore quelques morceaux funky, dont une bien agréable reprise de "Green onions", au cours de laquelle Phil et Bala réincarnent Steve Cropper et Booker T.

Au cours de cet été, Big Dez se produira lors de plusieurs festivals européens. Notamment celui de Bourges ainsi que le Jazz Rallye de Luxembourg, en juillet ; et puis en août, au Nottoden Blues Festival, en Norvège.

 

mardi, 04 mai 2010 21:00

Valleys of Neptune

Johnny Allen ‘Jimi’ Hendrix est né à Seattle, en novembre 1942. Il est décédé à Londres, en septembre 1970, moins de 28 ans plus tard. Et pourtant, 40 ans après sa disparition, son culte n’a jamais été aussi vivace. Cet opus réunit des enregistrements inédits. Vous me direz, encore un. Faut dire qu’on ne compte plus les albums non officiels ou piratés, parus depuis sa mort. La société Experience Hendrix est dirigée par Janie, la demi-sœur adoptive de Jimi. Elle est aujourd’hui âgée de 50 ans et détient tous les droits de succession de l’artiste. Et manifestement, elle compte bien profiter de cette situation. Tant mieux et tant pis à la fois.

La maison d’édition avait publié "First rays of the new rising son", en 1997 (NDR : un elpee réunissant des versions inédites, datant de 1968) et "South Saturn Delta", une compilation de fonds de tiroirs se focalisant sur les différentes incarnations du mythe : Experience, Gypsy Sun and Rainbows (époque Woodstock) et Band Gypsies. Enfin, l’année 2000 a livré un coffret intitulé "The Jimi Hendrix Experience", consacré à 4 heures de prises alternatives…

Et pourtant, la carrière du génial guitariste n’a duré que cinq ans. C’est l’ex-Animals, Chas Chandler qui le découvre à New York. Il l’invite à traverser l’Atlantique, et à rejoindre Londres. Et il lui déniche rapidement deux musiciens insulaires : le bassiste Noël Redding ainsi que le drummer Mitch Mitchell. The Experience vient de naître. Le combo accorde déjà quelques concerts en France (merci Johnny !) et même un en Belgique. Les hits vont alors se succéder. Dont l’éternel "Hey Joe". Puis "Purple Haze" et "The wind cries Mary". L’album "Are you experienced" est publié en avril 67. Il est suivi par "Axis bold as love" ; et enfin par son chef-d’œuvre, "Electric Ladyland". Fin juin 1969, c’est la fin du Jimi Hendrix Experience. Quelque temps plus tard, il lance un nouveau groupe : Gypsy Sun and Rainbows. Une aventure de brève durée, il faut le préciser. Avant de fonder Band of Gypsies, en compagnie de Billy Cox et Buddy Miles.

Cet opus constitue la suite d’"Electric Ladyland". Il puise donc au sein de bandes inédites concoctées par le Jimi Hendrix Experience. Les trois premières plages impliquent Billy Cox à la basse. A cette époque, les relations étaient tendues entre Jimi et Noël Redding. Ce dernier allait d’ailleurs bientôt quitter le trio pour rebondir chez Fat Matress. "Stone free" est une compo écrite en 1966. Cette nouvelle version a été adaptée en 69. Caractérisée par les répliques vocales de Roger Chapman (Family) et la participation d’Andy Fairweather-Low (Amen Corner) à la seconde gratte, elle est très différente de l’originale. Le morceau maître est ma foi, une compo fort singulière. Une ballade sont le climat atmosphérique et aventureux évoque "The wind cries Mary", mais imprimée sur un tempo plus enlevé. Le répertoire d’Hendrix incluait la cover du "Bleedin' heart" d'Elmore James. Cette adaptation est totalement différente de la version originale. Jimi est ici soutenu par Billy Cox, le drummer Rocky Isaac, Chris Grimes au tambourin et Al Marks aux maracas. Assurée par Al Kramer, la mise en forme est tout à fait contemporaine. "Hear my train a comin?" est une compo particulièrement impressionnante. Un ‘transe’ blues dont le climat torturé, psychédélique, est digne du célèbre "Voodoo chile". "Mr Bad luck" est le seul morceau antérieur à mai 1967. Chas Chandler en assume la production et les parties de basse ainsi que de batterie ont été réenregistrées, par les mêmes musiciens, en 1987. Lorsque Hendrix a débarqué en Angleterre, il a fait la connaissance d’Eric Clapton, alors impliqué dans l’aventure de The Cream. Et leurs contacts sont devenus fréquents. D’ailleurs, l’Experience avait adopté le même line up : celui du trio. Jimi rend un hommage ‘hendrixien’ au Cream, à travers une version instrumentale du fameux "Sunshine of your love". "Lover man" est le traitement réservé au célèbre "Rock me baby" de BB King. On décèle chez l’Américain, sa manière très particulière, unique en son genre même, d’appréhender le blues. "Ships passing through the night" a été mis en boîte le 14 avril 1969, c’est-à-dire lors de la toute dernière session accomplie par les trois membres originels de l'Experience. Hendrix y laisse libre cours à son inspiration. Son périple est déconcertant et périlleux, mais bigrement prodigieux. Sa six cordes passe un sale moment. La suite propose des morceaux plus connus de son répertoire. A l’instar de "Fire" et "Red House". Il ne s’agit cependant pas de prises alternatives réalisées en 1967, mais bien de nouvelles versions retravaillées en studio, en février 69. Evoluant sur un rythme allègre et parcouru par des accords de guitare débridés, "Fire" affronte les réponses vocales agressives de Redding. Quant à "Red house", il est la parfaite illustration de l’expérience ( ?!?!?) acquise par l’artiste, au cours des deux années précédentes. L’elpee s’achève par deux instrumentaux inédits : "Lullaby for the summer" et "Crying blue rain". 

 

mardi, 27 avril 2010 02:00

On the road… again (double Dvd)

Le label Charly publie ce double Dvd qui ne devrait pas déplaire aux nombreux fans du boogie band californien. Et pour cause, non seulement il consacre plus de cinq heures à Canned Heat, mais il est accessible à toutes les bourses.

Le premier Dvd s’étale sur plus de trois heures et demie et réunit 52 documents de toutes sources, puisés dans la carrière du groupe entre 1967 et 1998. Il est sous-titré : "The story of Canned Heat 1967 – 1998". A menu : clips promo, passages TV et extraits de concerts. La qualité sonore et visuelle est bien entendu variable ; mais bon, vous ne serez certainement pas volés en acquérant cette œuvre.

De son expérience vécue, lors du premier festival de Monterey, en 1967, nous est offert un tout bon "Rollin' and tumblin'", impliquant Bob Hite au chant, un tout jeune Alan Wilson à la slide et Frank Cook à la batterie. Le clip promo de "On the road again" date de 68. Alan se réserve toujours les vocaux, Hite l'harmo, mais c’est Fito qui est préposé aux drums. Les cheveux ont poussé, lorsqu’ils interprètent "Goin'up the country", une compo au cours de laquelle, Bob –le futé– en remet une louche, à la flûte… Woodstock, c’était bien en août 1969. Un excellent et long chapitre nous est réservé sous la forme du "Leaving this town". Démoniaque, Larry martyrise sa basse. Fito cogne dur. Alan assure à la slide et Harvey Mandel y révèle toute sa dimension déjantée. Les sessions Playboy remontent également à 1969. Une version torride de "Turpentine moon" en est extraite. Revenu au bercail, Wilson se révèle brillant au bottleneck pendant qu’Henry Vestine manifeste toute sa fougue. Une autre adaptation d’"On the road again" met en exergue un sémillant Alan à l'harmo, sur fond d’élucubrations bien psychédéliques. La qualité du son proposé lors du concert accordé en Allemagne (c’était en 1970) est parfaite. Mandel tient la vedette tout au long de "Future blues". On retrouve la présence d’Alan à Kralingen, aux Pays-Bas, un pincement au cœur. Et pour cause, cet événement s’est déroulé, moins de trois mois avant sa tragique disparition, le 2 septembre. "Lets work together" en est donc le dernier témoignage de son vivant. L'année suivante, au Golf Drouot de Paris, Joel Scott Hill a remplacé Wilson, mais le son est pourri ! Une longue version de "Refried boogie" est accordée au festival de Montreux. Nous sommes en 1973. Bob Hite est de plus en plus obèse. Il assure ici, la rythmique boogie. Particulièrement fatigué, il chante "You don't have to go", la veillée de Noël 1980, dans la San Fernando Valley, à Los Angeles. Quelques mois plus tard, c’est-à-dire le 4 avril 1981, il nous quittait. 1989 célèbre le 20ème anniversaire du festival de Woodstock. James T vient de débarquer. Alors encore chevelu, Junior Watson est venu épauler le line up. Et c’est désormais Fito qui chante "On the road again" et "Goin' up the country". Lors de la tournée du Heat, accomplie en 1992, c’est une femme qui se charge de la lead guitar. En l’occurrence, la flamboyante Becky Barksdale (NDR : Cette Texane est née à Port Arthur, tout comme feu Janis Joplin). Et c’est une surprise. L'année suivante, elle quittera le bateau pour devenir soliste au sein du Michael Jackson Band (NDR : et ce n’est pas un canular !) Parmi les derniers extraits, on saluera l’excellente contribution de Robert Lucas, au chant, à la slide et à l’harmo. Un Canned Heat vrai de vrai ! Il partageait la scène aux côtés de Henry Vestine et Junior Watson. Un Vestine qui se produisait encore ce 18 octobre 1997, à Gouvy. "Keep our business to yourself" en est le dernier témoignage. Deux jours plus tard, il rendait l'âme. A Paris.

Le second Dvd épingle de larges extraits de deux concerts. Le premier accordé en mars 2000 à Cologne, et le deuxième, le 10 juin de la même année, à Bellinzona, en Suisse. Les musiciens sont pratiquement identiques : Greg Kage et Fito à la section rythmique, le multi-instrumentiste (NDR : particulièrement doué) Stanley Behrens ainsi que  l'impressionnant Dallas Hodge au chant et à la guitare. En mars, John Paulus était préposé à la seconde gratte. Et en juin, Larry Taylor. J'apprécie beaucoup le timbre vocal de Stanley. Il chante ainsi distinctement "On the road again". En outre, ce musicien appliqué et talentueux est capable de passer, avec un réel bonheur, de l'harmonica à la flûte, sans oublier le saxophone. Sa prestation est d’ailleurs remarquable tout au long de "Wait and see", une compo également caractérisée par les interventions vocales puissantes de Dallas. Lors du set accordé à Cologne, une dimension rock est apportée à "Road to Rio". A cause de la six cordes allumée de John Paulus. Et le résultat est épatant. La version de "Let's work together" n'est pas piquée des vers. L’attitude scénique de ‘bear’ de Hodge impressionne. Sa voix est surpuissante. Les interventions de Paulus au bottleneck sont incendiaires. Tout un descriptif pour se rendre compte de la qualité de ce "Mercury blues", susceptible de rivaliser avec la version du groupe Zero. Eblouissant ! En bonus tracks, la plaque nous réserve encore des interviews accordées par Bob Hite (1973), Henry Vestine (1996) et Fito de la Parra (1991). Les notes consignées dans le booklet ont été rédigées par Fito. A ce prix, pas d'hésitation !

 

mardi, 27 avril 2010 02:00

The Boogie House Tapes Vol 3

Dans la série des "Boogie House tapes" (NDR : des double Cds publiés à prix concurrentiels), le label Ruf nous propose son troisième volume. Il s’agit également du dernier issu des collections thésaurisées par Fito de la Parra et Walter De Paduwa, notre Dr Boogie national.

Ce périple s’étale de 1968 à 1976 et nous propose, entre autres, des prestations au cours desquelles le Heat avait reçu la collaboration d’autres artistes, comme John Lee Hooker, Curtis Mayfield, Sunnyland Slim, Wolfman Jack, Clarence Gatemouth Brown et les Chamber Brothers. 

Le premier cd s’intéresse aux sixties et place, par conséquent, beaucoup plus l'accent sur la présence et le talent d'Alan ‘Blind Owl’ Wilson. "Alan's intro" est une plage de brève durée. La slide, fragile comme le cristal, mais tellement émouvante, gémit comme un cri de détresse. Nous sommes au Fillmore West. En juillet 69. Il s’agit de la première apparition de Harvey Mandel au sein du Heat. Le souffle à la sensibilité si caractéristique d’Alan caresse "You don't have to go". Tout comme sur "Mi Huautla" (à Boston) et "Two many drivers" (à Carmel). Alan se réserve à nouveau la slide pour interpréter "Project blues". Puis "Turpentine moon". C’était en 1968 ! Bien sûr, le reste de l’équipe est bien présent. Le chant de Bob Hite est rageur tout au long du boogie "So sad". Henry Vestine marque de son empreinte "I'm her man". Son intervention est même totalement déjantée sur la longue version d’"On the road again", accordée au Kaleidoscope, en 68. Sans oublier la basse de Larry Taylor, pour baliser l’ensemble…

Le second cd se consacre au années 70. Au sein du line up figurent de nouveaux musiciens, dont Joel Scott-Hill et James Shane. Sans oublier les guests, évoqués au sein du second paragraphe. Le son est de bien meilleure qualité. Il est aussi plus contemporain. En 1973, le Heat est rejoint par Clarence Gatemouth Brown, à Montreux. Il enrichit de son violon électrique le blues lent "Election blues". L'orgue s’immisce dans la solution sonore, dès 1973. Ed Beyer en est le responsable. Il en nappe même d’une bonne couche, "On the road again". James Harman se réserve l'harmonica sur le funky "Feel alright", un morceau immortalisé en 71. A Venice. Personne ne le connaissait encore vraiment, alors! La plaque recèle quelques chutes de bandes, abandonnées à l’issue des sessions d'enregistrement réalisées pour l'album "Human Condition", en 1977. Dont un "Black Jack blues" rappelant qu’à cette époque, Chris Morgan et Mark Skyer étaient préposés aux six cordes. Le dernier mot revient cependant à John Lee Hooker. Faut dire qu’il s’est souvent produit en compagnie du Canned Heat. Pour la circonstance, il épaule le band. En 71. Au Carnegie Hall. Lors de deux morceaux : "Hey babe" et "I feel good". Une solide tranche de boogie music ! Et comme le dirait Fito, ‘Let's crank up and boogie 'till the night is gone’.

 

mardi, 27 avril 2010 02:00

Dearest darlin’

Jenni et la fille de Geoff et de Maria Muldaur, un couple de chanteurs particulièrement notoires au sein de l’univers folk blues américain. Cette charmante jeune femme a bossé, dès son plus jeune âge, en compagnie de son père. Elle avait ainsi participé à l’enregistrement d’"I shaving a wonderful time", en 1975. Et en 1992, elle a collaboré à la confection d’un opus pour sa mère : "On the sunny side". Le ménage Muldaur a depuis longtemps mis un terme à son histoire. Mais Jenni a, en quelque sorte, pris le relais sur la scène musicale. Et bon sang ne saurait mentir, car elle semble avoir hérité du talent de ses parents. Elle possède, en outre, une voix très agréable. Ce qui explique sans doute pourquoi, très jeune encore, elle a figuré comme choriste au sein du backing band du légendaire Todd Rundgren. Et sa notoriété croissante lui a permis de participer à certaines sessions pour Eric Clapton, Steely Dan et même John Cale. Son premier elpee solo remonte à 1992. Et il est tout simplement éponyme. Au cours des dernières années, elle a souvent collaboré en compagnie de Rufus Wainwright, un de ses fils (Loudon Wainwright III) ainsi que Kate McGarrigle (NDR : elle est décédée ce 18 janvier 2010 !)

Ce nouvel album a été concocté à New York City où elle a élu résidence. Des sessions dirigées alors par le regretté Sean Costello (NDR : ce remarquable chanteur/guitariste de blues  nous a quittés prématurément en avril 2008, alors qu’il n’avait pas trente ans)

L’elpee s’ouvre par "I've got a feelin'", un titre qui avait permis à Big Maybelle de décrocher un hit, en 1954. Dans ce style un peu suranné, sa voix passe bien la rampe. Le son est impeccable. Et Sean Costello s'offre une de ses rares interventions –excellente par ailleurs– en solitaire. "You're breaking me up" trempe dans le pur R&B. A l’origine, c’est Lee Dorsey, un artiste issu de la Nouvelle Orléans qui l’avait interprété. Jenny se mue ici en ‘shouteuse’. Face aux chœurs et aux cuivres, elle ne chante pas vraiment, mais crie, un peu à la manière de Brenda Lee, au début des sixties. Dans un registre similaire, son organe vocal se révèle franc et clair tout au long de "Just ain't no love". Un style soul/r&b à nouveau exploré tout au long du tonique "I'd rather live like a hermit", une plage caractérisée par les interventions nerveuses des solistes : Sean Costello à la gratte et Steve Elson au saxophone. Le titre maître est signé Bo Diddley. Il est imprimé sur le Diddley beat de circonstance. Par Don Fleming, le six cordiste des Velvet Monkeys. Joseph Arthur, le chanteur pop rock d'Akron, donne la réplique aux vocaux. Interprété a capella, "Hopali" évolue sur un rythme très soutenu. Une plage réminiscente des chants dispensés par les noirs, lorsqu’ils trimaient dans les champs de maïs du Mississippi. La cover du "Lost someone" de James Brown est certainement la meilleure plage de l’opus. Le rythme est lent. La voix de Jenni est troublante, sensuelle, remarquable. Et se love dans l’intimisme tout au long de "Jut kiss me once", un blues fin de soirée, cabaret, très inspiré par le jazz. "You got me uptight" campe un r&b funky et participatif. Et Jenni de se retirer lors de la seule compo écrite de sa plume : "Comatose town". Un morceau empreint de douceur et de charme, au cours duquel elle révèle ses talents de ‘crooneuse’… Une œuvre atemporelle…

 

mardi, 20 avril 2010 23:13

The otherside

Bernard Allison fêtera ses 45 balais, fin de cette année. Le plus jeune des neuf enfants de la famille Luther est parvenu à forger sa propre carrière, après la disparition de son père, en 1997. C’est au sein de sa tribu, qu’il a fait ses armes. Sa première expérience au sein d’un groupe, il la vivra chez le Koko Taylor's Blues Machine. Il va y militer trois années. En 1989, il rejoint Luther en Europe pour intégrer sa formation continentale. L'année suivante, il sort son premier album solo, "The next generation". Et dans la foulée, le fils prodigue aligne les œuvres individuelles. Ce qui va lui permettre de se construire une solide notoriété…

L’elpee s’ouvre par "Send it in", une courte plage instrumentale, abordée un peu à la manière de Freddie King. Le titre fait déjà mouche ! Le tempo imprimé est assez enlevé. Bien posée, la guitare s’impose face au piano de Bruce McCabe. Bien timbrée la voix de Bernard rappelle celle de son père. Il attaque "I wounld'nt treat a dog (the way you treated me)", une cover popularisée par Bobby Bland (NDR : les Nighthawks en avaient réalisé une excellente sur leur elpee, "Trouble"), une ballade R&B bien ficelée au cours de laquelle José Ned James sort déjà de sa réserve et s’autorise un envol au saxophone. "Tired of tryin'" embraie dans le même registre. Bernard en profite pour se libérer sur les cordes, dans son style si caractéristique. "As simple as that " est une plage issue de la plume de Bruce McCabe. Une ballade de toute bonne facture, à la mélodie contagieuse, que chante parfaitement Allison. Tout comme sur "The otherside", une plage un peu plus complexe. Evoluant sur un mid tempo, ce blues secrète quelques bons riffs rythmés. Progressivement, ses cordes –largement amplifiées mais toujours sous contrôle– s’affranchissent et montent en puissance. En toute modestie, Bernard se proclame maître de la slide. Elle est gouailleuse et très présente face à la section rythmique, constituée du bassiste Jassen Wilber et drummer Erick Ballard, qui soigne son groove. Encore qu’on a l’impression qu’elle manque parfois de relief, par rapport aux tandems constitués outre-Atlantique. Bernard confesse une bonne tranche de sa vie sur "Allison way". Il y parle de ses origines, de son enfance et de sa jeunesse à Chicago. Circonspect, il ne concède, de sa six cordes, que des notes parcimonieuses, mais bigrement essentielles. "Still rainin'" emprunte un format plus rock. Une compo signée par le pianiste McCabe. Il se charge également des vocaux, lors de cette plage très rythmée, invitant à la danse, caractérisée par de solides échanges entre le saxophone et les ivoires, une rencontre destinée à chauffer l’ambiance pour permettre aux cordes du maître de s’exprimer à satiété. Invité de marque, Lonnie Brooks chante "Leavin' the bayou", une compo signée Allison. Les deux musiciens s’y partagent guitare et la slide, tout en rendant hommage à leurs maîtres. De son véritable nom Lee Baker Jr, Lonnie est né en Louisiane. En 1933. Il a longtemps côtoyé Clifton Chenier. C’est après avoir émigré à Chicago qu’il se lie d’amitié à Luther Allison. Une affection qui va ensuite déteindre sur Bernard, puis Wayne et enfin Ronnie Baker Brooks. En fin de parcours, l’elpee nous réserve encore "Life goes on", un concentré nerveux de bon Chicago blues, "Clea vision", un superbe shuffle entretenu par le piano de McCabe et "Let's try it again", le blues lent de circonstance. Sans oublier l'hommage à Hendrix, rendu à travers la cover puissante de "Fire", une compo caractérisée par ses éclats d’orgue, les interventions au saxophone et un solo de guitare éblouissant.  Manifestement, un des meilleurs albums de Bernard…

 

mardi, 13 avril 2010 02:00

When the moon shines bright

Ce quartet anglais est surtout notoire auprès des amateurs de rockabilly et hillbilly ; et pourtant, sa musique est parsemée d’accents blues et surf. Les Wildcards se sont formés en 2003. Ils sont nés sur les cendres de deux formations talentueuses : Vince Lee & His Big Combo et les Nightporters. Le chanteur/guitariste/multi-instrumentiste Vince Lee et le bassiste Al Wallis ont donc rejoint le projet. Tout comme le guitariste et le drummer Kevin Crowe, du second combo. "When the moon shines bright" constitue leur troisième album. Il fait suite à "On fire!" paru en 2004 et "Raising hell", en 2007.

Vince Lee est manifestement un personnage halluciné par ses cordes. Il boute immédiatement le feu à son "When the moon shines bright", un brûlot dévastateur. Son timbre vocal est hypnotique. Ses lyrics traitent de l’influence causée par la lune sur l'humanité et le monde animal. Le climat est étrange, voire morbide. Les guitares sont lugubres. La rythmique est puissante et impitoyable. Et cette tension se révèle permanente de bout en bout de l’opus. Martin Vowles prend le relais. Il assène une autre vérité : "Women are the root of all evil". Signé Paul Williams, musicien/chanteur anglais qui s’est produit en compagnie d’une multitude de musiciens, dont Zoot Money, cette plage nous plonge dans une ambiance très fifties. Martin est un guitariste subtil. Son swing est naturel. D'ailleurs, il faut reconnaître que les quatre Wildcards sont de brillants instrumentistes. Et pour cause, ils sont capables de s’adapter à tous les climats développés sur cette galette. "She can rock" macère dans une ambiance purement rock'n'roll. La voix rageuse rappelle Little Richard. Les cordes se déchaînent, transpirent, suent jusqu'à la rupture. L'intégration d’éléments jazz dans leur expression est très intéressante. D’ailleurs, leur version du "Chocolate shake" de Duke Ellington est tout bonnement remarquable. Vince Lee joue du kazoo comme il souffle dans une trompette. Il est en pleine effervescence, pendant que Vowles pince ses cordes dans le plus pur style manouche, lorgnant même vers la technique et la sensibilité de Django Reinhard. Plage étrange, "Out of control" baigne dans l’atmosphère très caractéristique de la surf music. Saturé, le son est bien métallique. La section rythmique carbure à plein régime ; mais la compo subit, en fin de parcours, un traitement maison, emprunté au reggae. Vous avez dit étrange? "Got sumin' gor you" a été écrit au début des 50s par Guitar Slim, un R&B dont l’adaptation très personnelle, puisée essentiellement dans le rock'n'roll et le doowop, met en exergue des cordes très affûtées. Tout au long de l’instrumental "Dead cat bounce", Vowles affiche une nouvelle fois son incomparable technique instrumentale. Le swing est lustré. Quant au thème musical, il semble emprunté à la B.O. d’un long métrage d'autrefois. "Gal from Kokomo" est un titre de west coast jump, signé Roy Brown. Il est traduit en pur rockabilly. Les deux guitares assurent parfaitement les parties originellement réservées aux saxophones. Jeune vocaliste anglaise (NDR : une amie du groupe !), Becca Langsford a été invitée à interpréter "Sweet baby of baby", une délicieuse incursion dans le R&B, popularisée en son temps par Miss Ruth Brown. Swing, voix doowop et guitares aux accents manouches dominent le sujet. Autre compo curieuse, issue de la plume de Lee, "Welcome to the snakepit" nous entraîne au cœur d’un univers dense, mais parfumé d’Orient. De toute bonne facture, cet elpee s’achève par une reprise hypnotique, tribale et percussive de "Women are the root of all evil"…